14.01.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Bruxelles, 14 janvier 2026) – Le gouvernement hongrois ne garantit pas aux personnes âgées le droit à la sécurité sociale et à un niveau de vie décent, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui ; elles sont notamment privées d’un accès adéquat à l’alimentation, aux médicaments et à l’énergie de chauffage. Les autorités devraient revoir d’urgence les pensions de retraite et prendre des mesures immédiates pour les augmenter, conformément à leurs obligations en matière de droits humains, afin de lutter contre la pauvreté croissante des personnes âgées.
« Le gouvernement hongrois demande à des centaines de milliers de personnes âgées de survivre avec des pensions dérisoires et manifestement insuffisantes », a déclaré Kartik Raj, chercheur senior sur l'Europe de l’Ouest à Human Rights Watch. « Le système de sécurité sociale insuffisant en Hongrie contraint un grand nombre de ces personnes, bénéficiaires de maigres pensions, à choisir entre des dépenses pour la nourriture, pour des médicaments ou pour le chauffage, et à décider de quels biens essentiels ils devront se priver. »
Les données officielles montrent qu'environ 2 millions de personnes percevaient une pension de vieillesse fin 2024, dont plus des deux tiers avec un revenu inférieur au salaire minimum mensuel brut (266 800 HUF, soit 676 €). Près d'un quart des retraités (471 000 personnes) perçoivent une pension inférieure au seuil de pauvreté officiel (173 990 HUF, soit 441 €). Les femmes sont plus nombreuses en chiffres et en proportion à percevoir une retraite inférieure à ces seuils.
Human Rights Watch a mené des entretiens auprès de 45 personnes âgées de 65 à 91 ans qui reçoivent des pensions contributives basées sur l'âge à Budapest et dans deux communautés rurales, ainsi qu’avec des experts en politique sociale et des associations de retraités, et a analysé des données officielles.
Les données de l'Office central des statistiques hongrois révèlent une augmentation rapide du risque de pauvreté chez les personnes âgées. Le taux de risque de pauvreté chez les personnes de 65 ans et plus est passé de 6,3 % en 2018 à 16,1 % en 2023. Près d'une femme âgée sur cinq est menacée de pauvreté. Les données montrent une baisse générale du taux de risque de pauvreté au sein de la population et chez les moins de 64 ans ; une tendance que les autorités ont choisie de mettre en avant tout en minimisant la hausse de la pauvreté chez les personnes âgées.
L'augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées a coïncidé avec la hausse de l’inflation depuis 2018, avec des pics enregistrés en 2022 et 2023 ; durant cette période, la hausse des prix alimentaires en Hongrie a été plus marquée que dans les autres pays de l'Union européenne. Les personnes âgées percevant de faibles retraites ont été parmi les plus durement touchées, nombre d'entre elles se trouvant dans l'incapacité de se nourrir correctement en raison de la flambée des prix des produits de base tels que le sucre, l'huile, la farine, les produits laitiers, la viande et les fruits.
Les autorités hongroises ont réagi en encadrant les prix du gaz et en imposant un contrôle partiel des prix sur les produits alimentaires de base en 2023 et 2025. Cependant, les vendeurs ont augmenté les prix d'autres produits non plafonnés pour compenser leurs pertes, limitant ainsi l'efficacité du plafonnement des prix.
La situation précaire des personnes âgées en Hongrie contraste fortement avec les affirmations répétées du gouvernement selon lesquelles il privilégie le bien-être des « Hongrois ordinaires », a déclaré Human Rights Watch. Ces déclarations interviennent également dans un contexte de vives inquiétudes internationales concernant le régime antidémocratique de la Hongrie et les violations généralisées des libertés fondamentales.
La hausse de la pauvreté chez les personnes âgées met en lumière des problèmes structurels persistants au sein du système de retraite et de sécurité sociale hongrois. Parmi ceux-ci figure une méthode d'indexation des pensions défaillante qui entraîne une dépréciation des faibles pensions plus rapide que celle des pensions plus élevées, perpétuant ainsi les inégalités et laissant les personnes aux revenus les plus modestes encore plus désavantagées.
« Les gens qui ont des millions ne peuvent pas imaginer cette vie, quand on n'a rien à dépenser et qu'on survit à peine », a déclaré une femme de 90 ans qui a travaillé dans une entreprise textile d'État puis a tenu un magasin d'État dans le comté de Jász-Nagykun-Szolnok, jusqu'à sa retraite en 1991. « Une personne qui a travaillé pendant 40 ans ne devrait pas avoir à vivre comme ça. Nous avons besoin d'un système de retraite plus équitable. »
Les mesures gouvernementales visant à apporter un soutien financier supplémentaire aux retraités n'ont apporté qu'un soulagement partiel et n'ont pas permis de remédier aux inégalités structurelles. En 2020, le gouvernement a progressivement instauré une « pension de 13 mois », versant à tous les retraités un supplément mensuel par an à partir de 2024. En novembre 2025, il a proposé la création d'un « 13ème mois de retraite ». Si les personnes âgées avec qui nous nous sommes entretenus apprécient ce soutien additionnel, la plupart souhaitent que le gouvernement s'attaque au problème fondamental : leurs pensions mensuelles sont insuffisantes pour enrayer la hausse du taux de pauvreté chez les personnes âgées.
Click to expand Image Margit, une femme hongroise âgée de 85 ans, montrait les bons alimentaires qui lui restaient après avoir acheté des fruits sur un marché de Budapest, en octobre 2025. Elle a indiqué que seuls quelques étals du marché acceptaient ces bons. © 2025 Kartik Raj/Human Rights WatchEn juillet 2025, le gouvernement a décidé de distribuer exceptionnellement 30 000 HUF (76 €) de bons alimentaires à tous les retraités, utilisables pour l’achat de produits frais entre octobre et décembre. De nombreuses personnes âgées interrogées ont déclaré qu’un versement direct en espèces, ajouté à leur pension plutôt que des bons alimentaires, leur aurait permis une plus grande autonomie quant à l’utilisation de ces fonds. Certaines ont qualifié ces bons alimentaires de manœuvre politique, tandis que d’autres ont estimé qu’ils étaient nettement moins avantageux qu’un remboursement d’impôt pour les retraités, initialement proposé par le gouvernement mais abandonné en raison de sa complexité administrative.
La Hongrie a l’obligation, au regard du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, de garantir tous les droits économiques, sociaux et culturels, notamment les droits à la sécurité sociale, à un niveau de vie suffisant ainsi qu’au meilleur état de santé possible. Les normes internationales relatives aux droits humains, les traités et les orientations connexes en matière de sécurité sociale définissent clairement les exigences relatives à l’adéquation des prestations de sécurité sociale. Le droit européen des droits sociaux assure une protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale, et consacre un « droit spécifique des personnes âgées à la protection sociale ».
La Hongrie devrait revoir d'urgence le niveau des retraites, en augmentant les pensions les plus basses afin de réduire les inégalités et de garantir à toutes les personnes âgées du pays les droits à la sécurité sociale et à un niveau de vie décent. Le gouvernement devrait notamment prendre des mesures immédiates pour que personne ne soit privé d'une alimentation nutritive adéquate, d'énergie suffisante pour chauffer son logement, ni des médicaments et fournitures nécessaires à sa santé.
« Les bons alimentaires ou un mois de pension supplémentaire accordé à la hâte ne sont que des solutions superficielles face au problème croissant de la pauvreté des retraités en Hongrie », a conclu Kartik Raj. « Si le gouvernement hongrois se soucie réellement du droit des personnes âgées à la sécurité sociale, il devrait augmenter d'urgence le niveau des faibles pensions, prendre des mesures décisives pour rendre le système plus équitable, et garantir à tous les retraités du pays un niveau de vie décent et digne. »
Suite détaillée en anglais.
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13.01.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 356 personnes en 2025, ce qui constitue un nombre annuel record dans ce pays depuis que ces statistiques sont suivies, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. C'est la deuxième année consécutive pour laquelle les autorités saoudiennes ont établi un nouveau triste record, suite aux 345 exécutions enregistrées en 2024.
« La fin de l'année 2025 a cristallisé une tendance horrifiante en Arabie saoudite, avec une hausse record du nombre d'exécutions pour la deuxième année consécutive », a déclaré Joey Shea, chercheuse sur l'Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Les gouvernements d’autres pays devraient immédiatement faire pression sur les autorités obéissant au prince héritier Mohammed ben Salmane, afin qu'elles mettent fin à tout futur projet d’exécution. »
Les exécutions de ressortissants étrangers pour des infractions non mortelles liées à la drogue ont été l’un des principaux facteurs de la forte augmentation du nombre d’exécutions en Arabie saoudite en 2025. Selon les organisations non gouvernementales Reprieve et l'Organisation européenne pour les droits humains en Arabie saoudite (European Saudi Organization for Human Rights, ESOHR), 240 des personnes exécutées avaient été condamnées pour des infractions non mortelles liées à la drogue, et 188 d'entre elles étaient des ressortissants étrangers. Selon les deux organisations, les autorités ont exécuté 98 personnes en 2025 pour des accusations liées uniquement au haschisch.
Parmi les personnes exécutées figuraient au moins deux hommes reconnus coupables de crimes qu'ils auraient commis alors qu'ils étaient enfants. Le 20 octobre, les autorités ont exécuté Abdullah al-Derazi, qui avait été condamné à mort pour terrorisme pour avoir participé à des manifestations et à des cortèges funéraires. Al-Derazi, âgé de 17 ans au moment des faits présumés en 2012, appartenait à la minorité musulmane chiite du pays, qui subit depuis longtemps une discrimination et des violences systématiques de la part du gouvernement.
Le 21 août, les autorités ont exécuté Jalal al-Labbad, qui était âgé de 15 ans au moment des faits qui lui étaient reprochés. Les autorités saoudiennes ont arrêté al-Labbad en 2017 pour avoir participé à des manifestations et à des cortèges funéraires, a rapporté l'ESOHR. Al-Derazi et al-Labbad auraient tous deux été torturés par les autorités saoudiennes pendant leur détention.
Plusieurs accusés poursuivis pour des crimes commis alors qu'ils étaient mineurs risquent d'être exécutés sous peu, notamment Yousef al-Manasif, Ali al-Mabiouq, Jawad Qureiris, Ali al-Subaiti, Hassan al-Faraj et Mahdi al-Mohsen, a déclaré Human Rights Watch.
Le 14 juin, les autorités saoudiennes ont exécuté Turki al-Jasser, un journaliste connu pour avoir dénoncé la corruption au sein de la famille royale saoudienne, ce qui soulève des inquiétudes quant au fait que le gouvernement saoudien utilise la peine de mort pour réprimer la dissidence pacifique.
Le droit international relatif aux droits humains, y compris la Charte arabe des droits de l'homme, ratifiée par l'Arabie saoudite, exige que les pays qui recourent à la peine de mort ne le fasse que pour les « crimes les plus graves » et dans des circonstances exceptionnelles. En novembre 2022, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a publié une déclaration sur le nombre « alarmant » d'exécutions en Arabie saoudite après la fin d'un moratoire officieux de 21 mois sur l'application de la peine de mort pour les infractions liées à la drogue.
Human Rights Watch s'oppose par principe à la peine capitale dans tous les pays et en toutes circonstances, car cette forme de punition est inhumaine, unique par sa cruauté et son irréversibilité, et universellement entachée d'aspects arbitraires, de préjugés et d'erreurs. Le droit international, y compris la Convention relative aux droits de l'enfant, à laquelle l'Arabie saoudite est partie, comporte l'interdiction absolue de la peine capitale pour les crimes commis par des enfants.
« Les célébrités, les athlètes et autres personnes cherchant à tirer profit des tentatives de l'Arabie saoudite de blanchir son bilan en matière de droits humains devraient plutôt penser au nombre d'exécutions prévues en 2025, et se demander si l'argent vaut la peine d'être associé à cette vague de meurtres », a observé Joey Shea.
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13.01.2026 à 06:00
Human Rights Watch
En mars 2017, des images vidéo granuleuses ont montré des hommes armés conduisant Zaida Catalán, une Suédoise de 36 ans, et Michael Sharp, un Américain de 34 ans, dans la savane, avant de les forcer à s’asseoir et de les abattre. Les meurtres brutaux de ces deux enquêteurs des Nations Unies – et la disparition de leur interprète congolais et des trois chauffeurs de moto qui les accompagnaient – ont provoqué une onde de choc en République démocratique du Congo et au sein de la communauté internationale, notamment parmi les chercheurs et les défenseurs des droits humains travaillant en Afrique centrale.
Près de neuf ans plus tard, les familles, amis et collègues de Zaida Catalán et de Michael Sharp attendent toujours que justice soit rendue.
Les deux enquêteurs avaient été enlevés et exécutés alors qu’ils documentaient des massacres perpétrés dans la région du Kasaï, en RD Congo. Si le gouvernement du président Joseph Kabila a initialement imputé les meurtres à la milice Kamuina Nsapu, des reportages courageux de journalistes congolais et internationaux ont mis en évidence le rôle de hauts responsables de l’État.
Bien qu’un tribunal militaire congolais ait condamné plus de 50 personnes en 2022 pour leur implication dans les meurtres de Zaida Catalán et de Michael Sharp, le procès n’a pas pris en compte les preuves de complicité de l’État, notamment des images vidéo montrant des agents gouvernementaux facilitant le déplacement des experts vers le lieu de l’embuscade. Il a été entaché d’autres irrégularités, notamment des accusés jugés par contumace et des allégations de subornation de témoins. Une décision en appel est attendue prochainement.
La semaine dernière, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) de la RD Congo a publié un communiqué exhortant le pouvoir judiciaire à examiner le rôle de tous les individus cités dans les enquêtes officielles, y compris celles qui auraient commandité le double meurtre, avant la clôture du dossier. La Commission a également appelé la justice à prendre toutes les mesures nécessaires pour élucider le sort des quatre Congolais qui accompagnaient les experts et à garantir que justice soit également rendue pour les nombreuses victimes congolaises des tueries de masse dans la région du Kasaï. Paul Nsapu, le président de la Commission, a ensuite accordé une interview à Radio France Internationale, réitérant ces appels et ajoutant qu’il disposait de preuves pouvant permettre de « remonter jusqu’aux commanditaires, jusqu’aux auteurs intellectuels ».
Les autorités congolaises devraient tenir compte de ces appels. Les familles de Michael Sharp et de Zaida Catalán, ainsi que celles des victimes congolaises, méritent que toute la vérité soit faite. Une justice digne de ce nom implique de démasquer et de poursuivre tous les responsables, quels que soient leur rang, et de promouvoir un État de droit qui protège les défenseurs des droits humains.