16.01.2026 à 14:55
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. A69 : arrêt partiel des travaux pour atteinte à l’environnement Un juge a ordonné l’arrêt des travaux de l’A69 sur 46 parcelles où le chantier dépassait l’emprise autorisée, soit 30 hectares. Les terrains […]
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Un juge a ordonné l’arrêt des travaux de l’A69 sur 46 parcelles où le chantier dépassait l’emprise autorisée, soit 30 hectares. Les terrains doivent être libérés sous quatre jours et des mesures compensatoires mises en œuvre sous 30 jours, sous peine d’une astreinte de 20 000 € par jour. La décision ne remet pas en cause la poursuite globale du projet, dont les autorisations ont été rétablies fin décembre. (Reporterre)
La station d’Artouste a renoncé à son projet de piste artificielle en plastique, jugé incompatible avec sa trajectoire de décarbonation en raison de son bilan carbone, notamment l’achat d’une dameuse spécifique. Le projet de 372 000 €, partiellement subventionné par la région, est annulé. (Reporterre)
Huit jours après son entrée en fonction, le maire de New York Zohran Mamdani a annoncé un service public de garde d’enfants universel et gratuit, une première aux États-Unis. Le projet prévoit 4,5 milliards de dollars pour élargir l’accès à près de 100 000 enfants, sous réserve d’un vote du Parlement de l’État. Il vise à réduire le coût de la petite enfance pour les familles. (L’Humanité)
Sept associations demandent le retrait du renard roux de la liste des ESOD, en vigueur dans 88 départements. Elles dénoncent une destruction annuelle de 500 000 à 600 000 animaux sans fondement scientifique et rappellent son rôle écologique. La pétition pourra donner lieu à un débat public à partir de 500 000 signatures. (La Relève et La Peste)
Trois jeunes cigognes noires se sont envolées d’un nid en Seine-et-Marne, marquant la première nidification confirmée de l’espèce en région parisienne depuis les années 1970. Les poussins ont été bagués dans le cadre du suivi national. Cette installation reflète la progression de l’espèce et la qualité écologique de certaines forêts franciliennes. (Ornithomedia)
Une étude menée près de Husum (Allemagne) montre que 99,9 % des oiseaux migrateurs contournent les éoliennes en fonctionnement, réduisant par vingt les traversées de zones à risque. La majorité vole au-dessus des pales. Selon les auteurs, ralentir les éoliennes lors des migrations aurait donc un effet limité sur les collisions. (taz)
Le gouvernement français a suspendu pour un an maximum les importations de fruits et légumes contenant cinq pesticides interdits dans l’UE. La mesure concerne notamment avocats, mangues et agrumes et répond aux craintes agricoles liées à la concurrence internationale. L’arrêté doit encore être validé par la Commission européenne. (Le Monde)
Une révision des programmes scolaires anglais propose de faire du climat un enseignement transversal, introduit dès le primaire et renforcé en sciences, géographie et technologie. L’objectif est de préparer les élèves aux transformations écologiques et économiques à venir, avec des effets attendus sur la formation des enseignants et les diplômes. (The Conversation)
Le Parlement albanais a adopté une loi interdisant les discriminations de genre et instaurant des quotas de 30 à 50 % de femmes dans les institutions publiques. Le texte renforce aussi la lutte contre les violences de genre, tout en ne reconnaissant officiellement que deux genres. La réforme est saluée par l’Union européenne dans le cadre du processus d’adhésion. (Human Rights Research Center)
Un tribunal suisse a jugé recevable une plainte d’habitants de l’île indonésienne de Pari contre le cimentier Holcim, accusé de contribuer à la montée des eaux. Les plaignants demandent réparations, financements de protection et réduction des émissions. Cette décision, inédite en Suisse, pourrait faire jurisprudence ; Holcim a annoncé faire appel. (France Info)
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Étendre la Sécurité sociale pour réduire les coûts et les inégalités Le financement mixte de l’Assurance maladie, partagé entre Sécurité sociale et complémentaires santé, génère des frais de gestion élevés et des inégalités d’accès. […]
The post Sécu, Lepen et Pérou : les 10 infos de la semaine ! first appeared on Mr Mondialisation.Le financement mixte de l’Assurance maladie, partagé entre Sécurité sociale et complémentaires santé, génère des frais de gestion élevés et des inégalités d’accès. Or, des travaux officiels estiment qu’une extension de la Sécurité sociale permettrait plus de 5 milliards d’euros d’économies annuelles, tout en améliorant l’accès aux soins. (Le Vent Se Lève)
Le procès de Marine Le Pen est analysé comme un moment judiciaire susceptible de renforcer le Rassemblement national. Les affaires nourrissent un récit victimaire et participent à la banalisation de l’extrême droite, désormais traitée comme une option de pouvoir ordinaire par une partie du champ politique et médiatique. (Politis)
L’intervention américaine au Venezuela, marquée par le déficit commercial et l’endettement des États-Unis veut renforcer le pétrodollar, historiquement fort. L’opération viserait à empêcher la dédollarisation et à sécuriser une ressource pétrolière stratégique, dans la continuité d’interventions passées comme en Irak ou en Libye. (Frustration Magazine)
Retour assumé de la doctrine Monroe: restaurer la domination américaine en Amérique latine et exclure les concurrents, notamment la Chine. Le Pérou en est le modèle : présence militaire américaine, perte de souveraineté, ouverture des secteurs stratégiques aux intérêts étatsuniens. (Les 2 Rives)
En Iran, les manifestations continuent malgré plus de 600 morts et une coupure totale d’Internet. Donald Trump alterne menaces militaires et ouverture diplomatique, une ambiguïté qui profite à la stratégie du dictateur, qui instrumentalise la colère populaire et affaiblit les revendications des manifestants sur la scène internationale. (L’Humanité)
Une offensive sécuritaire se déploie en Europe, marquée par le recul des libertés d’expression, de réunion et d’association. En France, la répression touche particulièrement les quartiers populaires ; au Royaume-Uni, des militants pro-palestiniens sont criminalisés ; en Nouvelle-Calédonie, la contestation est assimilée à une menace. L’état d’exception tend à devenir la norme, avec un affaiblissement des contre-pouvoirs. (Le Monde diplomatique)
Donald Trump veut exploiter les ressources du Groenland, malgré les alertes scientifiques.
La fonte de la calotte glaciaire et du permafrost rend le territoire instable, avec des risques d’éboulements et de tsunamis menaçant sites miniers, énergétiques et militaires.
La disparition de la calotte ferait monter le niveau des mers d’environ 7 mètres. (Futura)
L’accord UE-Mercosur reste inchangé sur le fond, malgré la communication de la Commission européenne. La clause de sauvegarde agricole présentée comme une protection est inefficace et difficilement activable. Les engagements environnementaux mis en avant ne sont pas contraignants et sans sanctions réelles. La Commission cherche enfin à contourner les parlements nationaux en limitant la ratification au niveau européen. (Politis)
Une résolution adoptée appelle la France et l’Union européenne à renforcer la coordination contre la désinformation climatique et les ingérences étrangères. Les députés demandent une feuille de route européenne et sa déclinaison nationale, notamment en vue de la COP30. Il demeure non contraignant juridiquement. (Reporterre)
Les émissions françaises de gaz à effet de serre devraient baisser de 1,6 % en 2025. Elles atteignent environ 363 millions de tonnes équivalent CO₂. Cette amélioration reste insuffisante : pour respecter la trajectoire 2030, la baisse devrait atteindre 4,6 % par an. L’agriculture et l’industrie progressent timidement, tandis que les transports et le bâtiment restent largement en retard. (Géo)
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
L’Intelligence Artificielle (IA) gaspille nos ressources, et pourtant elle se démocratise. Comment faire face à cet accaparement grandissant des énergies ? Existe-t-il des solutions éthiques et démocratiques pour réguler son usage ? « De toute façon, une requête sur Chatgpt, c’est comme une requête sur Google, non ? » Non ! selon une étude menée […]
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« De toute façon, une requête sur Chatgpt, c’est comme une requête sur Google, non ? »
Non ! selon une étude menée par l’International Energy Agency, une requête sur ChatGPT nécessite jusqu’à 10 fois plus de puissance qu’une recherche en ligne et ce n’est pas près de s’améliorer puisque la consommation électrique des centres de données de l’IA et des cryptomonnaies pourrait doubler d’ici 2026. Entre la production, l’entraînement et l’utilisation des centres de données nécessaires aux modèles de langages des intelligences artificielles (IA), rendre l’IA moins consommatrice en matières premières semble être un défi de taille.
L’insoutenable légèreté de notre utilisation de l’IA est problématique sur le plan écologique. Selon un article de Polytechnique Insights, l’entraînement du modèle d’IA BLOOM émet 10 fois plus de gaz à effet de serre qu’un Français en une année, tandis que les émissions de carbone de l’entreprise Google ont augmenté de 48 % de 2019 à 2023 ; et que le bilan carbone de Microsoft, lui, s’est alourdi de 29 % entre 2020 et 2023. Bien que tous deux soient cependant engagés envers des émissions nettes nulles ou négatives d’ici à 2030, ce graphique tiré du bilan trimestriel de Microsoft montre qu’à mesure que ses investissements dans l’IA explosent, le géant technologique s’éloigne de la neutralité annoncée.
Les accusés ont droit à la parole : les géants du numérique s’égosillent à défendre que l’IA sera très bientôt davantage un pharmakon — poison, mais surtout remède — pour le dérèglement climatique, comme le relate un article du journal Le monde du 4 août 2024. L’argument ? « Elle est de plus en plus utilisée dans les prévisions météorologiques, comme s’y emploie le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF), et pour les simulations du climat du futur. »
Même si ces Big Tech proposent des perspectives technosolutionnistes — servant avant tout leurs propres intérêts — pour aider à « sauver le climat », il y a fort à parier que l’IA ne fera pas partie des solutions. Au-delà d’une empreinte carbone dantesque, la surconsommation d’eau potable nécessaire au refroidissement des centres de données est plus qu’inquiétante.
Vous reprendrez bien un peu d’infobésité ? Selon le n°44 d’Usbek & Rica, « Intelligence artificielle », ChatGPT-3 consomme un demi-litre d’eau toutes les 10 à 50 requêtes. Pendant ce temps, la société TSMC a consommé l’équivalent de 70 piscines olympiques en 2020 pour polir les tranches de silicium qui forment la base des puces nécessaires au numérique.
Même philosophie extractiviste avec deux géants de l’oligarchie numérique : le rapport sur la durabilité de Microsoft indique que la consommation d’eau des centres de données a progressé de 34 % entre 2021 et 2022, alors qu’elle a consommé plus de 6,4 milliards de litres d’eau en 2022, soit l’équivalent de 2 500 piscines olympiques, tandis que Google selon son rapport, augmente de 20 % sa consommation d’eau sur la même période.
À l’ère des mégabassines, et des romans dystopiques qui prédisent la privatisation de l’eau comme Aqua
de Jean-Marc Ligny, il est plus que temps de se demander comment refroidir différemment les datacenters.
Dans Contre-Atlas de l’intelligence artificielle, Kate Crawford démontre le caractère extractiviste de l’IA, notamment via les métaux, par exemple :
Bref, l’IA dévore des métaux à une échelle gargantuesque. Il est nécessaire de la freiner pour éviter un futur façon Matrix.

Enfin, aux États-Unis, la surcharge des réseaux électriques occasionnée par l’utilisation de l’IA pourrait entraîner des pénuries potentielles d’énergie, faisant craindre à certains analystes que les infrastructures électriques approchent progressivement de leurs limites.
L’Irlande, dont la consommation des centres de données accapare désormais 20 % de la production nationale — la moyenne mondiale étant à 2 % — a refusé la construction d’un troisième datacenter à Grange Castle Business Park, dans le sud de Dublin, au motif d’insuffisance du projet en matière d’énergie renouvelable, selon un article du DC Mag.

Les responsables sont identifiés. Les géants de l’intelligence artificielle — prompts à se rallier à Trump quand le vent tourne — investissent des millions dans la recherche pour rendre leurs modèles plus efficaces. Mais ces gains d’efficience servent avant tout une course effrénée à la puissance de calcul et à la domination technologique entre les nouveaux géants de la Big Tech. Résultat : un effet rebond bien connu.
« Les gains d’efficience permettent soit de développer des modèles toujours plus grands, soit de les rendre plus accessibles », explique Théo Alves Da Costa, responsable IA pour la durabilité et le climat chez Ekimetrics et coprésident de Data For Good.
Alors que la première version de ChatGPT, sortie en 2018, ne comptait que 120 millions de paramètres, ChatGPT-3 en affiche 175 milliards. Non seulement ces modèles sont gourmands, et le sont de plus en plus à mesure qu’ils se complexifient, mais même Sam Altman, fondateur d’OpenAI, le dit en janvier 2024 dans un article pour Le Monde : « Nous ne mesurons pas encore pleinement les besoins en énergie de cette technologie. »
Pour aller plus loin, voici une vidéo sur le jeu du trombone qui exprime de manière ludique l’accélérationnisme de l’IA. (Attention, ça fait froid dans le dos).
Mettre un cadre à l’IA s’impose pour conjurer la dictature numérique. Comment limiter une technologie dont la dépendance est déjà ancrée dans la population ? Comment rallier l’adhésion face à une IA trop utile, au point de menacer les emplois ? Comment freiner l’élan de Trump, qui injecte 500 milliards dans Global AI via Stargate ?
« La technologie numérique ne soutient la décarbonation que si elle est correctement gérée. » (GIEC).
« Encore que certains de ces gains peuvent être réduits ou contrebalancés par la croissance de la demande de biens et services due au numérique », nuancent les chercheurs.
Que faudrait-il limiter ? La quantité ou la qualité de données ? L’usage privé, l’usage public, Celui des entreprises productrices d’IA ? Celui des consommateurs ? D’après Frédéric Bordage, expert en sobriété numérique, la quantité de données consommés n’est rien comparé au taux d’équipement et la durée de vie, qui représenterait, selon une étude de l’Arcep et de l’ADEME, 79 % de l’empreinte carbone du numérique.
Si on en limite la quantité, en sera-t-il in fine comme toute denrée rare, accaparé par les riches au détriment des plus pauvres ? Va-t-on voir une lutte numérique des classes arriver ? Ou comme dit le webzine Frustration, une « guerre des classes » ? Une autre possibilité, plus utopique, existe, celle d’une légifération pour un usage démocratique du numérique, afin qu’il devienne un bien commun, comme l’eau.

Face à la ploutocratie numérique en cours, une autre voie est possible : conditionner l’usage des technologies numériques à leur utilité pour le bien commun, plutôt qu’aux seuls intérêts économiques ou lucratifs.
Une telle approche suppose un choix collectif inédit : hiérarchiser les besoins technologiques. Faut-il vraiment mobiliser de l’intelligence artificielle pour jouer les psychologues, écrire des livres, produire des deepfakes, faire les devoirs des collégiens, répondre à des sextos ou générer des playlists automatisées ?
À l’inverse, certaines de ces fonctions pourraient rester du domaine de l’intelligence humaine — ou « organique ». La question n’est donc pas tant ce que l’IA permet de faire, mais ce qu’il est socialement et écologiquement pertinent de lui confier.
En parallèle du Digital Service Act et de l’AI Act de l’UE qui n’évoque absolument pas la question écologique, L’État français, s’est tardivement emparé de la question, en affichant un programme de recherche sur l’IA doté de 73 millions d’euros sur 6 ans, avec l’envie de la rendre plus frugale.
Pour imposer une réglementation en termes d’usage IA, l’État et l’Europe se doivent de jouer leurs rôles, et d’imposer des contraintes aux acteurs économiques, afin de mettre en place des quotas à ne pas dépasser, des mesures d’empreintes carbones, etc. En somme, l’utilisation d’un éco-score à l’instar de Yuka pour l’alimentation, à l’ensemble du numérique, est une solution accessible pour répondre à ce problème.
À une époque où tout ou presque est noté sur 5 étoiles, ce score permettrait de déterminer le coût environnemental de chaque produit en fonction du service rendu, et contraindrait certains acteurs à réduire leur impact au maximum pour un même service et obtenir une meilleure note.
Et si le vote permettait de choisir les usages du numérique les plus utiles à toutes et tous ? Quitte à provoquer, par ricochet, un licenciement économique des entreprises exploitant l’IA sans produire de bien commun. La décroissance numérique — parfois qualifiée, peut-être de manière barbare, de permacomputing ou d’alternumérisme — cesse alors d’être un tabou pour devenir un imaginaire politique possible.
– Mauricette Baelen
Source photo de couverture : Pixabay
The post L’illusion d’une Intelligence Artificielle frugale first appeared on Mr Mondialisation.15.01.2026 à 05:00
Mauricette Baelen
13 ans. C’est le nombre d’années qui sépare l’espérance de vie d’un·e français·e riche et l’espérance de vie d’un·e français·e pauvre, chiffre quasiment identique depuis les années 70. La lutte des classes se joue-t-elle aussi sur notre temps de vie ? Selon une étude de l’Insee portant sur la période 2012-2016, l’espérance de vie à […]
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Selon une étude de l’Insee portant sur la période 2012-2016, l’espérance de vie à la naissance des hommes parmi les 5 % les plus aisés est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit exactement 13 ans d’écart. Quant aux femmes, cet écart est moins élevé mais tout de même de 8 ans. Depuis, l’Insee a mis à jour cette étude et l’écart s’est creusé. La lutte des classes est-elle aussi une lutte pour la vie, comme dans le film Timeless ?
« Entre les périodes 2012-2016 et 2020-2024, l’écart d’espérance de vie entre les personnes modestes et aisées s’accroît. L’espérance de vie des 25 % les plus modestes diminue, sauf pour les 5 % aux plus faibles niveaux de vie ; dans le même temps, celle des personnes plus aisées progresse. » rapporte l’Insee dans cette mise à jour.
Un constat peu surprenant au regard des industriels de l’alimentation qui capitalisent sur la santé des plus pauvres et des politiques sociales qui précarisent les foyers modestes.
Les statistiques sont sans appel : 25 % des français·es les plus modestes sont déjà décédés à 62 ans, contre seulement 5 % des plus aisés. Quant aux 10 % de Français·es les plus pauvres, elles ont 3,5 fois plus de risques de développer du diabète que les 10 % les plus aisées. Dans une étude publiée le jeudi 6 octobre 2022, le service statistique du ministère de la Santé revient sur les causes de ces inégalités.

Et cela se joue dès une augmentation de 100 euros sur le revenu. Selon l’Insee, une augmentation de 100 euros mensuels autour d’un revenu de 1 000 euros correspond à un gain d’espérance de vie de 0,9 an pour les hommes et 0,7 an pour les femmes, bien que l’effet s’atténue pour les revenus plus élevés, ne représentant plus que 0,3 an pour les hommes et 0,2 an pour les femmes autour d’un revenu mensuel de 2 000 euros.
Fait notable, les femmes aisées semblent les gagnantes de cette course à la longévité : 70 % les plus aisées ont une espérance de vie supérieure à celle des hommes faisant partie des 5 % les plus riches. Un diplôme ne suffit pas à rallonger son espérance de vie, c’est véritablement ses revenus qui vont impacter directement votre temps de vie disponible. Selon l’Insee, bien que le niveau d’éducation soit corrélé au niveau de vie, il n’explique que partiellement les disparités d’espérance de vie.
Plusieurs facteurs expliquent cette disparité alarmante entre les plus pauvres et les plus riches. D’abord, le logement : les plus défavorisés sont souvent exposés à des logements de moindre qualité, difficiles à chauffer et parfois humides, ce qui impacte directement leur santé.
Par exemple, selon une étude de l’Observatoire des inégalités, la proportion de ceux qui déclarent que leur logement est difficile à chauffer est 2,5 fois plus importante chez les 20 % les plus pauvres que parmi les 20 % les plus riches ; et près de 20 % des ménages moins aisés ont un logement trop humide, contre seulement 10 % des plus aisés. Selon l’ADEME, en 2022, 3,2 millions de ménages français·ses étaient en situation de précarité énergétique, ce qui représente 10,8 % de la population.
« 15 % de la population française renonce à des soins pour des raisons financières, malgré le système de protection sociale. »
La santé et l’accès aux soins est bien moindre chez les plus pauvres, à cause du prix de celle-ci : selon l’observatoire des inégalités, 15 % de la population française renonce à des soins pour des raisons financières, malgré le système de protection sociale. Selon l’enquête Santé et protection sociale (ESPS) de 2014 révèle des inégalités significatives en matière d’accès aux soins entre les différentes catégories socio-économiques en France.
Les données montrent que 11 % des adultes parmi les 20 % les plus modestes ont renoncé à consulter un médecin pour des raisons financières au cours des 12 derniers mois, contre seulement 1 % des adultes parmi les 20 % les plus aisés. De plus, les cadres, ayant un niveau de vie plus élevé, sont moins exposés aux risques d’accidents, de maladies et de contact avec des produits toxiques que les ouvrier·es.
Le rapport à la santé est différent d’une classe sociale à l’autre, avec des variations de comportements : les personnes moins diplômées ont tendance à adopter des comportements moins favorables à la santé, notamment en ce qui concerne le tabac.
Selon une étude du Baromètre de santé, la prévalence du tabagisme quotidien reste en 2021 nettement plus élevée lorsque le niveau de diplôme est plus faible : elle varie de 32,0% parmi les personnes n’ayant aucun diplôme ou un diplôme inférieur au baccalauréat à 17,1% parmi les titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat.
Elle ajoute que « plus le revenu est élevé, plus la prévalence du tabagisme quotidien est faible : de 32,3% parmi les personnes dont le revenu correspondait au tercile le plus bas à 17,0% pour le tercile le plus élevé. Enfin, parmi les 18-64 ans, la prévalence du tabagisme quotidien reste nettement plus élevée parmi les personnes au chômage (45,7%), que parmi les personnes actives occupées (26,6%) ».
Les plus pauvres sont davantage touché·es par des maladies graves de longue durée. Par exemple, les 10 % les plus pauvres ont 2,8 fois plus de risques de développer un diabète que les 10 % les plus riches. Les plus pauvres ont aussi une alimentation moins saine et équilibrée que les personnes cadres, comme en témoigne ce dossier de l’INRAE :
Enfin, selon une étude intitulée « Relations causales entre santé et travail, le regard des économistes », il existe une relation bidirectionnelle entre santé et niveau de vie : une mauvaise santé peut ainsi limiter les opportunités d’éducation et d’emploi, conduisant à un faible niveau de vie. Ces inégalités sociales en matière de santé persistent et sont souvent plus marquées en France que dans d’autres pays européens, selon l’Insee.

Malheureusement, ce n’est pas tout : Sous la présidence Macron, la précarité alimentaire est à la hausse, comme en témoigne, l’étude de l’INRAE Manger sain et à sa faim, une question de revenus. En 2022, on estime que 9,1 millions de Français·es sont concernés par cette situation de précarité alimentaire, soit 14,4% de la population.
Résultat ? Le recours à l’aide alimentaire est de plus en plus présent dans le quotidien de nombreux·ses français·es. Entre 2009 et 2019, le nombre de bénéficiaires a plus que doublé, atteignant 5,5 millions de personnes.
La crise sanitaire a encore accentué cette tendance, avec une hausse de 10 % en 2020-2021, suivie d’une augmentation de 6 % au premier semestre 2022. De nouveaux publics, comme les étudiant·es particulièrement touchés par les confinements, ont rejoint les rangs des bénéficiaires.
La crise des gilets jaunes en 2018 a mis en lumière une autre facette de la précarité alimentaire, touchant des personnes qui, bien qu’ayant un emploi et un logement, peinent à s’offrir une alimentation équilibrée. Ces individus, souvent au-dessus des seuils d’éligibilité pour l’aide alimentaire, se voient contraints de faire des choix difficiles, privilégiant par exemple les dépenses de carburant au détriment de produits frais.
Cette réalité complexe souligne l’importance de repenser les politiques de lutte contre la pauvreté et la précarité alimentaire en France, pour mieux répondre aux besoins d’une population de plus en plus diverse et fragilisée.
Déjà en 2022, le gouvernement publiait ironiquement une étude sur la lutte contre la précarité alimentaire, alors qu’inflations et superprofits permettaient à certaines entreprises de l’agroalimentaire, par exemple, d’engranger des millions sur le dos des Français·es.
Fin 2023, le gouvernement a tout de même alloué un budget de 60 millions d’euros contre la précarité alimentaire, ventilés comme suit à travers le programme « Mieux manger pour tous » : distributions de colis ou paniers alimentaires, les distributions de paniers solidaires de produits frais, les distributions de repas, les épiceries sociales et solidaires, les groupements d’achats citoyens, les jardins collectifs, les maraudes alimentaires, les restaurants sociaux et solidaires, les transferts monétaires…
Cela ne permettra pas aux foyers « juste au-dessus des seuils de survivre à une augmentation moyenne de 25 % du prix des denrées alimentaires ».
De même, l’accès aux soins est dans le viseur étatique, avec le plan « Pour des solutions concrètes d’accès aux soins dans les territoires ». Pourtant, le budget 2025 montre une diminution importante des crédits de la mission Santé, avec une baisse de près de 40% par rapport à 2024, des coupes budgétaires affectant le programme 204 « Prévention, sécurité sanitaire et offre de soins ».
Ce n’est certainement pas l’introduction d’une « taxe lapin » de 5 euros pour les rendez-vous médicaux non honorés, visant à récupérer 15 à 20 millions de rendez-vous qui vont aider les plus pauvres à être en meilleure santé.
« Rien sur la santé mentale, qui touche davantage les ENFANTS DES PLUS PAUVRES, dont ceux vivant sous le seuil de pauvreté sont trois fois plus souvent hospitalisés pour des problèmes psychiatriques que les autres enfants. »
La France a mis en place diverses mesures pour lutter contre le mal-logement, un problème qui touche encore de nombreux·ses citoyen·nes. Ces initiatives comprennent le Plan quinquennal pour le Logement, visant à orienter les personnes sans-abri vers des logements durables, et la loi DALO garantissant le droit à un logement décent.
La loi ELAN renforce la lutte contre les copropriétés dégradées et les marchands de sommeil. L’État poursuit également la construction de logements sociaux, avec un objectif de 25 % dans certaines communes d’ici 2025. Parallèlement, le budget global de MaPrimeRénov’ pour 2025, qui s’élève à 2,3 milliards d’euros, s’est amoindri d’un milliard d’euros par rapport à l’année précédente.
– Mauricette Baelen
Photo de couverture de Philippe Léone sur Unsplash
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Elena Meilune
Loin d’être un événement isolé, la mobilisation qui traverse aujourd’hui l’Iran s’inscrit dans une séquence de soulèvements populaires qui dure depuis plusieurs années. Depuis les grandes vagues de protestation de 2017-2018, puis celles de 2019 et les révoltes déclenchées par l’assassinat de Jina Mahsa Amini, la contestation n’a jamais réellement cessé. Elle connaît aujourd’hui un […]
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Partie de revendications sociales, cette mobilisation s’est une nouvelle fois transformée en contestation politique directe d’un régime autoritaire prêt à tuer pour se maintenir. Des manifestations ont éclaté dans les grandes artères de Téhéran, mais aussi à Tabriz, Mashhad, Abadan, Kermanshah et dans de nombreuses régions kurdes de l’ouest du pays. Le slogan « mort à Khamenei », en référence au guide suprême Ali Khamenei, s’est imposé comme un cri de ralliement, exprimant un rejet explicite du pouvoir en place et de son architecture théocratique. Face à cette révolte persistante, la répression s’intensifie, tandis que les tentatives de récupération impérialiste se multiplient.
Dans les zones kurdes, des appels à la grève ont été massivement suivis : commerces fermés, rues désertées, arrêt de l’activité économique locale. Dans le sud du pays, des manifestants ont renversé une statue de Qassem Soleimani, figure centrale du régime et pilier de sa projection militariste régionale. Ce geste, hautement symbolique, illustre une rupture nette avec la propagande officielle et le culte des « martyrs » instrumentalisés par le pouvoir.

Le mouvement est largement décentralisé, sans leadership unifié ni structure hiérarchique identifiable. Cette horizontalité, héritée des soulèvements précédents, rend la contestation plus difficile à neutraliser par la décapitation politique, mais complique aussi la construction d’une alternative politique à court terme. Le mouvement, initialement circonscrit, a très vite débordé les dispositifs de contrôle habituels du régime, tant par son ampleur que par sa composition sociale et géographique. Mais la situation reste extrêmement volatile, avec un risque de multiplication de massacres et d’escalade militaire.
La réponse du régime a été immédiate et d’une extrême brutalité. Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency, au moins 2 403 manifestant·es ont été tué·es depuis le début du soulèvement et plus de 18 434 arrêté·es. Parmi les victimes figurent des enfants et des adolescent·es, rappelant le caractère indiscriminé de la violence d’État.
Des milliers de blessé·es ont été recensé·es. Des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, documentent l’usage de balles réelles, de projectiles métalliques et de gaz lacrymogène tirés à bout portant. Des témoignages concordants font état de raids dans les hôpitaux : portes vitrées brisées, patients et personnels médicaux frappés, arrestations de blessé·es directement sur leurs lits. Ces pratiques, déjà observées lors de précédents soulèvements, constituent de graves violations du droit international humanitaire.
Le procureur général iranien, Mohammad Movahedi Azad, a franchi un seuil supplémentaire en déclarant que toute participation aux manifestations pourrait être assimilée au crime d’« ennemi de Dieu », une qualification pénale passible de la peine de mort. Cette menace explicite révèle la nature profondément théocratique et punitive du régime, où la justice est un instrument de terreur politique.

Signe de la fébrilité du pouvoir, l’accès à Internet a été coupé à l’échelle nationale. L’ONG NetBlocks a confirmé une panne quasi totale du réseau, après des coupures ciblées dans plusieurs régions. L’objectif est clair : empêcher la circulation des images, des témoignages et des preuves de la répression.
Malgré ce blackout, des vidéos continuent de circuler via des connexions satellitaires et des réseaux clandestins. Elles confirment les tirs à balles réelles, les passages à tabac et les arrestations massives. Cette bataille de l’information est devenue un enjeu central : le régime tente d’imposer le silence pendant que la population cherche à documenter sa propre répression.
Il s’agit de la mobilisation la plus importante depuis le soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, déclenché par la mort de Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs. À l’époque, plus de 500 personnes avaient été tuées par les forces de sécurité. La répression n’a jamais cessé, et la colère, elle, s’est accumulée.
Ces cycles de révolte mettent en lumière une réalité structurelle : en Iran, les colères sociales, économiques et politiques sont indissociables. Inflation galopante, chômage massif, précarisation généralisée, inégalités abyssales, oppression de genre et répression des minorités nationales se combinent pour produire un rejet global du régime.
Ce regain d’attention internationale ne surgit pas ex nihilo. Depuis l’affaire d’Ahou Daryaei, étudiante arrêtée après s’être dévêtue en public pour dénoncer la police des mœurs, les regards extérieurs se sont de nouveau braqués sur l’Iran, en particulier autour des violences patriarcales.
La séquence actuelle s’inscrit dans cette continuité, tout en l’élargissant : elle révèle une colère sociale et politique bien plus profonde que les seuls symboles médiatisés. Mais cette visibilité accrue comporte un risque politique majeur. Elle ne doit en aucun cas servir de grain à moudre aux discours islamophobes, qui instrumentalisent les luttes des femmes et des peuples pour essentialiser l’islam, nourrir le racisme et légitimer des politiques sécuritaires ou impérialistes.
La répression en Iran ne relève pas d’une religion en soi, mais d’un régime autoritaire qui instrumentalise le religieux pour maintenir un ordre patriarcal, capitaliste et violent. Confondre les deux revient à trahir les luttes iraniennes, tout en renforçant les dominations racistes et coloniales ailleurs.
À l’étranger, plusieurs acteurs politiques tentent de capter médiatiquement un mouvement qui leur échappe, en le détournant de sa réalité sociale et populaire. Parmi eux, Reza Pahlavi, fils du dernier shah. Proche d’Israël et de l’extrême droite américaine, il se présente comme une alternative politique alors qu’il est loin de faire l’unanimité au sein de l’opposition iranienne. Sa visibilité relève davantage d’une tentative de récupération néo-monarchiste que d’une expression réelle des revendications portées dans la rue.
Dans le même registre, Donald Trump a déclaré que les États-Unis pourraient envisager une intervention militaire si le régime iranien continuait à tuer des manifestants. Cette prise de position, présentée comme une posture morale, ne relève en rien d’un soutien à l’émancipation populaire, mais s’inscrit dans une tradition impérialiste bien documentée, où les droits humains servent paradoxalement de prétexte à des stratégies de domination.
Le régime iranien s’est immédiatement saisi de ces déclarations pour alimenter sa rhétorique sur l’ingérence occidentale. Téhéran a ainsi menacé de frapper les États-Unis ou Israël en cas d’attaque, participant à une escalade verbale dont la fonction principale est de délégitimer un mouvement populaire interne en le présentant comme manipulé de l’extérieur.
Pourtant, l’existence d’intérêts économiques, militaristes et géopolitiques occidentaux n’enlève rien à la légitimité des révoltes face à un pouvoir ultra-répressif. Les tentatives de récupération impérialiste n’invalident pas la colère sociale, elles cherchent au contraire à la neutraliser politiquement. L’histoire est constante sur ce point : ni les États-Unis ni Israël n’ont jamais soutenu des peuples pour leur émancipation, mais uniquement lorsque leurs luttes pouvaient être instrumentalisées au service d’intérêts stratégiques.
Ce schéma n’est pas propre à l’Iran. Il rappelle le coup d’État de Donald Trump contre le Venezuela, pays qui, comme l’Iran, possède d’immenses réserves de pétrole. Le Venezuela subit depuis des années sanctions économiques, pressions diplomatiques et tentatives de changement de régime sous couvert de « défense de la démocratie ».
Cela n’absout en rien les responsabilités du pouvoir vénézuélien, ni les colères populaires bien réelles qui s’y expriment. Mais l’histoire récente montre que l’impérialisme étasunien n’intervient jamais pour les peuples, et toujours pour le contrôle des ressources et des équilibres régionaux.
Il est essentiel de préciser que le but ici n’est pas de mettre les régimes de l’Iran et du Venezuela sur le même plan. La situation iranienne relève d’un autre ordre de grandeur (répression systématique incluant exécutions, torture, tirs à balles réelles, arrestations massives, arsenal juridique où les manifestants peuvent être condamnés à mort etc.). Souligner les logiques impérialistes à l’œuvre n’implique en aucun cas de relativiser la violence spécifique du régime iranien, ni l’urgence absolue de soutenir la population qui s’y soulève.
La ligne de fracture est claire : d’un côté, une population iranienne étranglée économiquement, privée de libertés fondamentales et confrontée à une violence d’État systématique ; de l’autre, un régime autoritaire prêt à tuer pour se maintenir, et des puissances étrangères prêtes à instrumentaliser la révolte pour leurs propres intérêts.
Soutenir le soulèvement iranien impose une position sans ambiguïté : solidarité totale avec les manifestant·es, dénonciation ferme de la répression, refus tout aussi ferme des récupérations impérialistes. L’émancipation des peuples ne viendra ni des bombes, ni des sanctions, ni des héritiers de monarchies déchues, mais des luttes populaires elles-mêmes, dans toute leur complexité et leur radicalité.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Qassem Soleimani témoigne de son respect à Ali Khamenei en effectuant le salut militaire. 2017. Wikimedia.
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Mr Mondialisation
Une étude publiée sur Carbon Brief en mai dernier a révélé que la Chine a réduit ses émissions de CO₂ au premier trimestre de 2025, malgré une hausse simultanée de sa consommation électrique. Cette baisse des émissions s’explique principalement par les investissements massifs de la Chine dans les énergies renouvelables ces dernières années. Certains experts […]
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Face au climatoscepticisme de Donald Trump, la Chine, guidée par ses intérêts économiques, semble se poser en rempart de la lutte contre le réchauffement climatique mais ses objectifs annoncés pour 2035 manquent d’ambition et le pays reste largement dépendant des énergies fossiles.

Lauri Myllyvirta, spécialiste de la Chine au Centre de Recherche sur l’Énergie et l’Air Pur (CREA) basé en Finlande, a montré dans une étude publiée sur Carbon Brief, que les émissions de la Chine ont baissé de 1,6% au premier trimestre de 2025 comparé à la même période en 2024, se basant sur des statistiques officielles du pays ainsi que des données commerciales. L’analyse du troisième trimestre publiée en novembre démontre que cela faisait alors 18 mois que les émissions de la Chine étaient en baisse, ou du moins s’étaient stabilisées.
Des baisses d’émissions de CO₂ avaient déjà été observées ces dernières années, mais uniquement lors de périodes de récession économique, notamment pendant la crise du COVID-19. Dans ce cas-ci, les baisses d’émissions ont été associées à une hausse de la demande en électricité, de 2,5% au premier trimestre.

Autre fait marquant : cette diminution des émissions est principalement portée par l’évolution du mix énergétique de la Chine, qui repose de plus en plus sur les énergies solaires, éoliennes et nucléaires permettant de réduire la consommation de charbon. C’est précisément cette hausse de production d’énergie qui a permis de compenser l’augmentation de la demande en électricité durant cette année.
Si l’essor du nucléaire peut être présenté comme un levier indispensable de décarbonation, le nucléaire repose sur des choix technologiques lourds, centralisés et socialement contestés, dont les conséquences à long terme restent largement débattues. La gestion des déchets radioactifs constitue un point de tension majeur, sur les projets de stockage nucléaire, qui suscitent une résistance des populations locales face aux risques sanitaires, environnementaux et aux menaces d’expropriation.
Depuis plus de 15 ans, poussée par le mécontentement de la population face à la dégradation de la qualité de l’air et aux scandales sanitaires engendrés par une pollution intense ainsi que par sa volonté de réduire sa dépendance aux importations de pétrole, la Chine a pris le parti d’investir massivement dans les technologies propres pour effectuer son « tournant vert ».
Dans ce contexte, le pays a fortement augmenté sa capacité en énergies renouvelables et cela s’est intensifié ces dernières années avec des installations records de parcs éoliens et solaires. En 2024 seulement, la capacité de production électrique de la Chine en énergie solaire et éolienne a augmenté de 357 GW, soit plus de la moitié de la capacité supplémentaire en énergies renouvelables dans le monde.
Au troisième trimestre de 2025, la production solaire a bondi de 46% par rapport à 2024, tandis que l’éolien progressait de 11%. La Chine concentre désormais la moitié de la capacité installée en énergie solaire dans le monde. Ces déploiements ont permis au pays d’atteindre l’objectif d’une capacité de 1 200 GW en énergie solaire et éolienne avec six ans d’avance sur le plan du gouvernement. Ainsi, la capacité installée en énergies renouvelables a désormais dépassé la capacité en énergie thermique dans le pays.
Grâce à ces efforts, l’analyse publiée sur Carbon Brief démontre que les émissions du secteur de l’électricité ont baissé de 5,8% au premier trimestre de 2025, et de 2% au total pour la période de mars 2024 à mars 2025. Durant le premier semestre de 2025, l’énergie solaire, à elle seule, a permis de compenser la hausse de la consommation électrique. Le secteur du transport a également vu sa part d’émissions de CO₂ baisser grâce à l’utilisation accrue de voitures électriques dans le pays.
Malgré cela, la Chine reste paradoxalement très dépendante de l’industrie du charbon dans laquelle le pays continue d’investir. Durant les six premiers mois de 2025, le pays a réduit son utilisation de charbon mais a simultanément augmenté sa capacité productive via la construction de nouvelles centrales. Cette stratégie répond notamment aux problèmes de réseau et de stockage des énergies renouvelables face auxquels les centrales à charbon « sécurisent » l’apport en électricité. De plus, l’économie et l’emploi de nombreuses provinces chinoises dépendent largement de l’industrie du charbon, et les groupes d’intérêts du secteur y sont très puissants.
La Chine continue donc d’augmenter sa capacité en production d’énergie au charbon, tout en n’exploitant actuellement que 50% de cette capacité. Alors que cette ressource fossile constituait 80% du mix énergétique chinois il y a quelques années, sa part a désormais diminué à environ 60%.
Cette dynamique contrastée, marquée par une accélération spectaculaire des énergies renouvelables tout en maintenant un socle important d’énergies fossiles, ne se limite pas à la Chine et se retrouve également en Allemagne, où la transition énergétique s’accompagne de tensions similaires entre objectifs climatiques et maintien des centrales à charbon.
Si la Chine a prévu d’atteindre son pic d’émissions avant 2030, certains observateurs prédisent qu’il pourrait déjà être atteint cette année. Cependant, Lauri Myllyvirta reste prudent sur cette hypothèse, d’autant que des prévisions similaires avaient déjà été formulées ces dernières années. Les émissions de CO₂ sont restées stables ou ont diminué depuis 18 mois mais cet équilibre reste fragile. Il suffirait de peu pour que les émissions du pays repartent à la hausse, risquant d’atteindre un nouveau record d’émissions.
Les émissions de CO₂ produites par des secteurs tels que l’industrie chimique ou la fabrication de plastique sont encore en augmentation. Pour que le pic soit atteint, il faudrait que les secteurs où les émissions sont en baisse compensent suffisamment, ce qui n’est pas assuré. Sans compter que la consommation électrique continue d’augmenter, compromettant une réduction de gaz à effet de serre durable.
D’autres facteurs viennent nourrir cette incertitude, comme la guerre commerciale des États-Unis avec la Chine qui a également un rôle à jouer dans la balance ou encore la nouvelle politique de tarification des énergies renouvelables en vigueur depuis juin.
Quant aux perspectives pour les années à venir, la président chinois Xi Jinping a présenté ses nouvelles ambitions climatiques lors de la dernière Assemblée Générale des Nations Unies fin septembre, en annonçant que la Chine s’engageait à réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre de 7 à 10 % d’ici 2035. À cet effet, il a précisé que son pays prévoyait de multiplier par six sa capacité en énergies solaires et éoliennes sur une décennie, afin d’intégrer plus de 30% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique.
Ces objectifs ont toutefois été considérés comme très insuffisants par la communauté scientifique et de nombreux acteurs internationaux, étant donné qu’une réduction de 30% des émissions chinoises serait nécessaire pour respecter les engagements pris dans le cadre des Accords de Paris. Cela est d’autant plus décevant que la Chine possède largement les moyens technologiques et humains pour y arriver plus rapidement.
Le chercheur a déclaré à cet égard que :
« le désengagement des États-Unis permet à la Chine de paraître sous un jour favorable par comparaison – alors même qu’elle ne fait pas assez pour aider le monde à atteindre ses objectifs climatiques ».
La réduction des émissions du pays, responsable de 30% des gaz à effet de serre mondiaux, jouera un rôle décisif pour l’avenir. Si son pic d’émissions n’est pas encore forcément atteint, la diminution des émissions de CO2 observée depuis plus d’un an apporte un signal positif et démontre l’importance capitale de la transition énergétique dans cette évolution.
Les investissements stratégiques à long terme de la Chine dans les technologies vertes peuvent également contribuer à la transition écologique dans d’autres régions du monde, bien que ses pratiques concurrentielles soient discutables. Dans le domaine des énergies renouvelables, la Chine est le premier producteur mondial d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Le pays domine également le marché des voitures électriques, maîtrisant l’ensemble de la chaîne de valeur, avec une production représentant 66% du volume mondial.
Si les motivations du régime autoritaire sont largement guidées par des intérêts économiques et politiques, il faut néanmoins reconnaître que la Chine cherche à se distinguer des autres puissances, comme l’a illustré sa décision d’interdire l’importation de déchets étrangers, contrairement aux États-Unis marqués par le climatoscepticisme de Donald Trump ou à l’Union européenne qui réduit progressivement ses ambitions environnementales.

Il est pour autant difficile de présenter la Chine comme un modèle écologique authentique, compte tenu de sa forte dépendance aux énergies fossiles, de projets controversés comme la construction d’un barrage géant au Tibet, ses pratiques extractivistes à l’étranger, notamment la surexploitation des ressources marines au large de l’Afrique et son modèle d’hyperproduction.
– Delphine de H
Évènement sur le climat à Hangzhou, Chine, en 2016. Source : Wikimedia
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