16.01.2026 à 10:04
aplutsoc
La République islamique d’Iran est secouée depuis plus de deux semaines par une vague de manifestations de masse, la plus importante depuis 2022. Ces manifestations se déroulent dans un contexte de crise économique profonde, de chute vertigineuse du rial iranien, d’inflation dépassant les 40 %, de forte hausse des prix des denrées alimentaires, du carburant et du logement, ainsi que de corruption systémique au sein des structures gouvernementales. La situation est aggravée par la sécheresse prolongée la plus grave qu’ait connue l’Iran ces dernières années, elle-même exacerbée par le changement climatique, qui provoque des perturbations de l’approvisionnement en eau et des pénuries alimentaires. À cela s’ajoutent la stagnation politique, le renforcement du contrôle théocratique, les nouvelles restrictions imposées aux droits des femmes, la discrimination à l’encontre de différentes catégories de la population et la répression brutale exercée par le Corps des gardiens de la révolution islamique et les forces paramilitaires du Bassidj.
Les manifestations actuelles s’inscrivent dans la continuité d’une vague de mécontentement social qui déferle sur l’Iran depuis quelques années. Ainsi, entre 2017 et 2018, puis entre 2019 et 2020, des vagues de manifestations et de grèves ont déjà secoué le pays , exacerbées par la dégradation de la situation socio-économique, la flambée des prix du carburant et les pénuries de pain, d’eau et d’électricité. Le point de départ symbolique du mouvement de protestation actuel fut le meurtre, en septembre 2022, de Mahsa Amini, une étudiante kurde de 22 ans, arrêtée par la police des mœurs pour avoir prétendument porté le hijab de manière incorrecte. Après son arrestation, la jeune femme fut sauvagement battue et mourut à l’hôpital. Sa mort déclencha des manifestations à travers tout le pays, sous le slogan « Femme, Vie, Liberté », qui, malgré la violence des violences, ne brisèrent pas la résistance de la société.
Les événements en Iran auront un impact considérable sur le monde entier et sur notre pays en particulier. Alors que la Russie de Poutine utilise, entre autres, des drones iraniens pour terroriser la population ukrainienne et attaquer les infrastructures civiles avec des intentions génocidaires, exposant des millions de personnes au risque de mourir de froid sans chauffage ni électricité, la solidarité des Iraniens ordinaires va aux victimes. Il est significatif que peu après le début de l’invasion russe, l’une des figures de proue du féminisme iranien, Nasrin Sotoudeh, ait exprimé sa solidarité avec les Ukrainiens. Divers secteurs de l’opposition iranienne, y compris la gauche radicale , ont également déclaré leur soutien indéfectible à la résistance ukrainienne face à l’agression russe.
La vague de protestations actuelle a éclaté fin décembre dernier pour des raisons économiques. Le mouvement a débuté par des grèves de petits commerçants et boutiquiers des bazars de Téhéran, qui ont fermé leurs boutiques en masse, incapables de résister à la dévaluation du rial et à la baisse du pouvoir d’achat de la population. Ils ont rapidement été rejoints par les habitants des quartiers populaires de la capitale, puis par les étudiants. Tout cela confirme que la colère populaire continuera de s’exprimer jusqu’à ce que l’omnipotence du clergé théocratique soit renversée.
En quelques jours, une vague de protestations a déferlé sur des dizaines de villes à travers le pays, de Téhéran et Mashhad à Shiraz, Ispahan, Kermanshah, et des centres industriels plus modestes. Les revendications socio-économiques se sont rapidement muées en slogans politiques explicites : « Mort au dictateur », « À bas le régime des ayatollahs », « Du pain, la liberté, la dignité » (une variante du slogan traditionnel de divers groupes socialistes iraniens, qui peut également inclure des revendications en matière de logement et d’emploi).
La vague actuelle de mobilisation protestataire, comme les précédentes, présente un caractère de classe clairement affirmé. Le mouvement de protestation repose sur les fondements suivants :
Ce sont les quartiers populaires et les petites villes qui sont devenus les foyers des affrontements les plus violents avec les forces de sécurité. Dans de nombreuses régions, les funérailles des manifestants tués se transforment en nouvelles manifestations antigouvernementales. La contestation prend de plus en plus l’allure d’un soulèvement national des pauvres et des opprimés contre l’oligarchie théocratique, dont le régime est qualifié de clérical-fascisme par l’opposition de gauche.
Cette évolution des événements n’est pas surprenante, compte tenu des traditions de protestation continues du pays, et aussi du fait que, comme l’ont noté des anarchistes locaux dans une interview accordée au magazine « Common », « le fossé entre le peuple et l’élite dirigeante s’est tellement creusé qu’il semble que l’élite et le reste de la société vivent dans deux mondes complètement différents : ils ne parlent pas la même langue et n’ont aucun point commun culturel, social, religieux ou politique. »
Dans l’espace médiatique, la figure emblématique des manifestations est Reza Pahlavi, fils du Shah Mohammad Reza Pahlavi, renversé par la révolution populaire de 1979. Il a publiquement soutenu les manifestants américains et appelé à des grèves nationales. Les médias occidentaux tentent de le présenter comme un potentiel « père shah » et une figure rassembleuse pour la nation.
En réalité, il est impossible d’imaginer un candidat plus inadapté à ce rôle. Le vieil « héritier du trône » n’est rien de plus que le chef (voire le principal instigateur) de l’une des nombreuses factions de l’opposition iranienne, pourtant très diverse – comme, par exemple, Maryam Rajavi, de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI) et du Conseil national de la résistance iranienne. De plus, les dirigeants en exil des monarchistes et des anciens socialistes islamistes de l’OMPI entretiennent des liens très ténus avec les masses contestataires à l’intérieur du pays.
Ainsi, tous les manifestants ne voient pas Reza Pahlavi comme un futur monarque ou un futur chef politique.
Au final, le despotisme de son père était tout aussi tyrannique et répressif que celui des ayatollahs qui lui ont succédé – simplement non pas anti-occidental, mais pro-américain.
Après s’être emparé du pouvoir absolu lors d’un coup d’État en 1953, au profit des multinationales, contre le Premier ministre de centre-gauche Mohammad Mossadegh, qui avait nationalisé l’industrie pétrolière iranienne, le Shah a transformé son service de renseignement, la SAVAK, en l’un des plus tristement célèbres pour ses méthodes de torture et de terreur. Il n’est donc pas surprenant que, pour une part importante de la société iranienne, le souvenir du régime du Shah soit associé à l’autoritarisme, aux inégalités sociales et à la dépendance envers l’Occident. Les forces de gauche, les syndicats et les étudiants radicaux, ainsi que les représentants de nombreuses communautés ethniques autres que celle qui porte le titre de Shah, se montrent particulièrement sceptiques à l’égard de Pahlavi.
Le Syndicat des travailleurs des bus de Téhéran et de sa banlieue , l’un des plus importants syndicats indépendants du pays, a déclaré s’opposer à « la restauration d’anciens régimes autoritaires » et a appelé les travailleurs protestataires à former leurs propres représentants et instances d’autogestion. Pour eux, l’objectif de la protestation n’est pas le retour de la monarchie, mais le renversement de la dictature théocratique et l’instauration d’une véritable démocratie sociale et politique.
Il est crucial d’éviter que ne se reproduise la situation de 1979, lorsque, après la chute du régime haï de tous, les fruits de la révolution purent être accaparés par ses membres les plus conservateurs. Car, depuis le soulèvement anti-Shah, la lutte en Iran n’a jamais cessé, non pas pour la survie, mais pour la mort, entre ses forces motrices : d’une part, les fondamentalistes religieux réactionnaires, et d’autre part, les courants démocratiques opposés, principalement la gauche, au sein de laquelle les mouvements ouvriers et féministes ont joué un rôle déterminant . Du côté de ces derniers se trouvait et demeure l’intelligentsia iranienne progressiste, et notamment la puissante tradition du cinéma critique.
Le régime de l’ayatollah Khamenei a systématiquement réprimé les soulèvements par des arrestations massives, l’usage de munitions réelles, la torture, des exécutions extrajudiciaires et des menaces d’exécutions de masse. L’Iran est déjà le pays qui exécute le plus d’habitants au monde, à égalité avec une autre théocratie réactionnaire, l’Arabie saoudite, et les ayatollahs brandissent désormais la menace d’un nombre encore plus effroyable de condamnations politiques.
Des milliers de personnes ont déjà été arrêtées , et on dénombre plus de 2 000 morts violentes – et ce ne sont là que les chiffres officiels (l’opposition avance déjà le chiffre d’au moins 12 000 morts possibles). Les forces de sécurité n’hésitent pas à prendre d’assaut les hôpitaux. L’accès à Internet est périodiquement coupé dans le pays afin d’isoler les manifestants du monde extérieur et de poursuivre le massacre à la faveur de ces coupures.
Dans le même temps, la région est confrontée à un risque croissant d’intervention militaire directe des États-Unis et d’Israël, qui pourraient tenter d’exploiter la crise pour frapper l’Iran et renforcer ainsi leur position au Moyen-Orient. Un tel scénario, celui d’une nouvelle aventure impérialiste irresponsable, risque de déclencher une guerre civile, d’aggraver encore le nombre de victimes et de déstabiliser davantage la région, conduisant à une situation encore plus catastrophique pour les populations de Palestine et du Kurdistan.
Trump se présente déjà comme un « défenseur » non sollicité des victimes du régime iranien, un rôle que la propagande iranienne instrumentalise contre les manifestants. Cette attitude est d’autant plus cynique que lui et son administration, à l’instar de leurs alliés iraniens, qualifient les manifestants de « terroristes » et justifient le meurtre de civils (comme celui de Renée Goode, abattue par un agent de l’ICE).
Les manifestants iraniens risquent de se retrouver pris en étau entre deux feux : une dictature théocratique à l’intérieur du pays et les intérêts impérialistes des États-Unis et d’Israël à l’extérieur, sans parler de la concurrence pour le pétrole et les ressources avec leurs voisins les plus proches (eux aussi antidémocratiques), comme le Qatar, les Émirats arabes unis et le Koweït. Lorsque les gouvernements d’extrême droite d’Iran, des États-Unis et d’Israël tentent de prendre le peuple iranien en otage, la gauche internationale doit l’aider à affirmer sa propre subjectivité et son indépendance, surtout lorsque nos ennemis cherchent à instrumentaliser ce sentiment pour inciter à la xénophobie anti-musulmane ou à opposer le soutien aux manifestants iraniens à la solidarité avec les victimes du génocide à Gaza ou de la guerre au Soudan.
Dans ces conditions, il est honteux de constater comment certains partisans de « l’anti-impérialisme des imbéciles », qui ont finalement troqué l’internationalisme et l’analyse de classe contre des futilités géopolitiques – souvent les mêmes qui ont applaudi l’agression russe contre l’Ukraine – non seulement nient la solidarité des travailleurs iraniens, mais la manifestent au contraire par le biais du régime fondamentaliste sanglant des religieux et du capital local, responsable de l’exécution de milliers de communistes et autres militants de gauche. Ces complotistes vont plus loin que le président iranien Pezeshkian lui-même, contraint d’admettre que si le peuple est mécontent, c’est la faute du gouvernement et non celle d’une puissance étrangère – car ils perçoivent les manifestations populaires de millions de personnes comme une manœuvre des services secrets étrangers ou quelque autre délire.
Parallèlement, même l’actuel président iranien, Massoud Pezeshkian, a été contraint de reconnaître que les causes du mécontentement populaire sont internes et liées aux politiques du gouvernement.
Le Mouvement social (SR) ukrainien appelle la gauche internationale à se solidariser avec les manifestants iraniens et à nouer des liens avec les collectifs ouvriers et les étudiants révolutionnaires iraniens sur le terrain. Il ne s’agit pas de soutenir la restauration d’une monarchie moribonde, encouragée par des forces extérieures, mais de lutter pour le véritable développement démocratique du pays, auquel aspirent les Iraniens persécutés et affamés.
L’Iran n’a pas besoin d’un nouveau « dirigeant fort », mais de la dissolution de l’État théocratique, d’une restructuration fondée sur l’auto-organisation, de l’émancipation des femmes et des minorités, de la liberté syndicale et politique, et de conditions de vie décentes pour les ouvriers et les paysans. L’avenir de l’Iran ne doit pas être décidé par les ayatollahs, ni par les généraux du Corps des gardiens de la révolution, ni par des individus malhonnêtes autoproclamés, ni par des impérialistes étrangers, mais par le peuple iranien lui-même.
Aujourd’hui, les rues des villes iraniennes sont devenues le théâtre de la lutte pour le pain, la liberté et la dignité. Le sort de l’Iran, mais aussi l’équilibre des pouvoirs dans tout le Moyen-Orient, en dépendent.
Solidarité avec les rebelles, solidarité avec tous les opprimés !
SR, 15 janvier 2026.
Source : https://rev.org.ua/iran-na-mezhi-socialnij-vibux-proti-teokrati%d1%97-bidnosti-ta-represij/
16.01.2026 à 09:40
aplutsoc
« Ils profitent de notre malheur pour s’enrichir » : les habitantes de Marioupol sont indignées par les occupants.
A visage découvert, les femmes de Marioupol dénoncent les forces d’occupation russes.
Les anciennes résidentes des immeubles situés sur l’avenue Mir, les rues Bogdan Khmelnitsky, Kuprin et Zelinsky ont enregistré une vidéo. Selon elles, leurs maisons ont été démolies par les occupants russes en 2022.
Les habitantes de Marioupol, désespérées, ont enregistré une vidéo dans laquelle elles déclarent :
« Nous errons d’appartements loués en appartements loués… Les promoteurs immobiliers profitent de notre malheur et s’enrichissent. Mettez fin à l’arbitraire en matière de logement », déclarent les femmes désespérées.
Au cours des quatre années d’occupation, les envahisseurs ont officiellement mis fin au programme de logement « de compensation », laissant des milliers de familles de Marioupol à la rue. À présent, les pseudo-autorités locales promettent d’attribuer des logements dits «sans propriétaire », c’est-à-dire des appartements illégalement confisqués aux habitants contraints de quitter la ville en raison du blocus et de l’occupation russes. Les logements sont placés sous le contrôle de l’administration locale d’occupation. En octobre, il a été rapporté que plus de 1 500 appartements avaient déjà été « nationalisés » de cette manière.
15 janvier 2026
Patrick Le Tréhondat (RESU)
16.01.2026 à 09:31
aplutsoc
Peuple iranien, vie, liberté.
C’est avec ce slogan (femme, vie, liberté) que le mouvement des femmes a bouleversé le monde en 2022. Les Iraniennes se sont dressées contre le régime théocratique prêt à tout pour se maintenir et imposer une société faite de dominations, d’obscurantisme et de brutalités. Ces femmes voulaient pouvoir enfin vivre comme elles le désirent. Leur mouvement avait été réprimé comme l’avaient été les révoltes de 2009 et 2019.
Aujourd’hui, c’est toute la société iranienne qui s’est levée contre le pouvoir des mollahs. La vie en Iran est devenue hors de prix et si instable que les petits commerçants, à bout de souffle, se soulèvent. La confiscation économique va de pair avec la confiscation politique : fortunes captées par les proches du pouvoir, corruption, milices et polices parallèles utilisées pour faire taire, intimider, punir.
Une nouvelle fois, les Iraniennes et Iraniens qui contestent subissent la violence inouïe d’un régime qui a coupé internet à la population et coupé l’Iran du reste du monde, un régime qui combat les manifestant.es à la mitrailleuse. Les ONG évoquent des centaines de morts et le bilan risque d’être plus lourd encore.
Nous ne devons pas laisser écraser cette révolution. Notre solidarité doit se manifester partout dans l’unité. La gauche doit être au premier rang, sans hésitations, pour défendre le peuple iranien et l’aider à renverser cette république islamique qui n’a que trop opprimé sa population.
La solidarité avec le mouvement en cours en Iran exige que la France et l’Union européenne, muettes face aux brigandages de Trump, agissent pour aider le peuple d’Iran par des sanctions contre le régime, mais aussi en permettant le rétablissement des communications internationales, essentielles pour éviter l’étouffement de la mobilisation populaire par le pouvoir.
L’alternative au régime des Mollahs ne peut pas être un retour en arrière. La chute de la République islamique ne justifie ni la restauration d’un trône, ni le recyclage des anciennes élites. Les Iraniennes et Iraniens doivent pouvoir choisir leur destin, avoir le droit de vivre libres, de reprendre le pouvoir sur leur corps, leur travail, leur avenir. L’émancipation ne se délègue pas, elle se construit par les mobilisations populaires et se fonde sur la démocratie.
Danielle Simonnet
Source : L’APRES hebdo du 16 janvier 2026.
15.01.2026 à 21:34
aplutsoc2
La situation internationale connait une accélération, selon des lignes visibles depuis des années et plus particulièrement depuis l’avènement du second Trump à la présidence des Etats-Unis.
Le fait le plus important est l’explosion révolutionnaire en Iran. Mais depuis une semaine, c’est la semaine sanglante. Les masses iraniennes sont de toute façon irréconciliables avec un régime et des institutions – mosquées comprises – dont elles veulent la destruction. Mais le massacre est de l’ordre de dizaines de milliers de morts. C’est la méthode syrienne : à défaut de calmer les masses, on les tue.
Trump a soi-disant menacé d’intervenir, les bases américaines au Qatar ont connu un début d’évacuation, puis il a annoncé que les tueries avaient cessé. De toute évidence, quel que soit le degré de conscience de Trump qui n’est pas un sujet, ses menaces, comme la mise en avant du prince héritier, ont couvert la répression en créant un effet d’attente sur une éventuelle intervention. Mais kidnapper Khamenei le motivait moins que kidnapper Maduro.
Dans les deux cas, Iran et Venezuela, ce qui l’inquiète, ce sont les masses. Alors, bien entendu, les milieux internationalistes veulent affirmer leur solidarité tout en s’opposant à ces « ingérences » dont ils perçoivent le caractère contre-productif.
Il faut soutenir à fond leurs initiatives. Mais il y a quelque chose à leur dire. Comment être efficace dans le soutien tout en rejetant ces ingérences que certains perçoivent parfois comme la seule bouée de sauvetage ?
Il y a une réponse à cette question. Elle suppose que l’on s’oriente vers les questions centrales de la force dans l’ordre social, la question du pouvoir et la question des armes.
Ce sont DES ARMES qu’il faut TOUT DE SUITE aux peuples d’Iran. Des armes, et pas Trump !
Bien entendu, les mêmes qui disent vouloir intervenir, mais à cette heure ne l’ont pas fait et n’ont fait en réalité qu’aider Khamenei, ne veulent surtout pas fournir des armes aux insurgés. C’est donc bien là la revendication que la solidarité internationaliste doit mettre en avant, les armes ne seront pas données, elles seront arrachées.
Si l’on objecte qu’il n’y a pas en Iran de structures organisées aptes à s’armer, trois remarques s’imposent. D’abord, cette objection est abstraite : le problème de dizaines de millions d’iraniens est de ne pas se faire tuer et d’être vainqueurs et pas morts. Ensuite, ce n’est pas complétement vrai : le conseil ouvrier d’Arak ou les syndicats indépendants à Téhéran, parmi les chauffeurs de bus ou les enseignants, existent. Mais surtout, dans notre période historique de crise totale, les choses ne se conforment pas à l’ordre théorique dans lequel elles sont censées se produire. Quand une grève de masse s’étend, les ateliers et les bureaux partent en grève avant d’avoir défini leurs revendications. La grève parfois précède le syndicat. A Minneapolis, la question de l’autodéfense armée est posée contre ICE, dans un mouvement de masse de défense de la démocratie et même de la constitution. Faut-il attendre qu’il y ait des soviets ou des conseils pour s’armer quand les armes deviennent la condition d’existence de toute action de masse ?
C’est là le caractère de notre époque. Bien sûr, poser la question des armes n’est pas y répondre d’un coup. Mais elle se pose et ne pas le dire n’apportera d’autre réponse que les cimetières, et même pas les cimetières, mais les bâches en plastiques pour cadavres défigurés.
Cette question s’est posée en Syrie au printemps 2011 et ceci a déterminé toute la suite terrible des évènements. L’Ukraine a elle aussi besoin d’armes, et les Palestiniens aussi alors que le Hamas les a expropriés de leur propre combat, les a désarmés en fait, et les expose aux coups.
Le second fait central de ces derniers jours est le Groenland. Trump et Vance, qui font les divas et les biches à propos de l’emploi de la force en Iran, font les taureaux et les forts des Halles s’agissant du Groenland.
Menace russo-chinoise ? Foutaise.
Terres rares ? Pas l’essentiel.
Bouclier anti-missile ? S’ils l’exigeaient gentiment, l’OTAN et le Danemark leur offriraient son implantation au Groenland.
Mais qu’est-ce qu’ils ont donc avec le Groenland ?
Réponse : attaquer le Groenland c’est amorcer l’attaque militaire contre l’Europe.
Depuis un an, la guerre sur deux fronts menace l’Europe. Elle vient. Et quand Poutine déclare « hausser le ton » à propos de la « présence de l’OTAN » au Groenland, ce ne sont pas les Etats-Unis qu’il menace. C’est l’Europe. De concert avec les Etats-Unis.
La France (qui avait commencé discrètement depuis des mois), l’Allemagne, la Suède, la Norvège, envoient des soldats au Groenland, officiellement pour assurer sa protection contre la prétendue menace russo-chinoise, quasi ouvertement dans l’espoir que cette petite présence militaire dissuadera l’agression étatsunienne.
Aussi dérisoire et biaisé que cela paraisse, le fait est là : les puissances européennes ont amorcé des opérations militaires, à reculons et en tremblant, dirigées en réalité contre l’attaque américaine qui vient.
Les questions militaires sont les questions politiques centrales du monde parce que la force armée définit le pouvoir d’Etat. Armer les Ukrainiens pour qu’ils repoussent les armées russes, envoyer des armes aux insurgés iraniens pour qu’ils se défendent, ce qui suffirait à faire tomber la République islamique, combattre en Europe pour des gouvernements démocratiques prenant en compte les besoins sociaux de la majorité et donc le besoin de défense populaire et armée contre Trump et Poutine, donner ainsi l’impulsion de la victoire à la résistance démocratique majoritaire du peuple américain contre Trump, tout cela fait sens et bloc.
Et tout cela ne conduit pas à la guerre mondiale, c’est au contraire la condition nécessaire pour l’éviter, en prenant l’autre voie, celle de la démocratie, de l’écologie, de la révolution.
VP, le15/01/26.
15.01.2026 à 14:52
aplutsoc
Présentation :
Le samedi 17 janvier 2026 auront lieu partout en France ( 15H à Paris, place du Panthéon ) des initiatives de diverses formes (rassemblements ou manifs) de soutien au peuple iranien et sa mobilisation contre le régime théocratique des mollahs. Aplutsoc appelle ses ami-es et lecteurs à participer massivement à ces actions.
La concomitance des mobilisations engagées depuis 15 jours par les femmes, les jeunes et les travailleurs d’Iran contre la dictature sanguinaire et des événements provoqués par Trump par son intervention au Venezuela, rend absolument nécessaire une mobilisation internationale de soutien aux peuples d’Iran et du Venezuela qui fasse la différence, contre Trump et ses meilleurs ennemis que sont les régimes maduriste et iranien, pour le droit des peuples contre tous leurs ennemis internes (les dictateurs et les exploiteurs) et leurs ennemis externes (les impérialistes cherchant à conserver ou étendre leurs zones d’influence et de prédation respectives).
Nous reproduisons ci-dessous plusieurs appels à cette mobilisation.
Document 1
Le 28 décembre 2025, les Iraniennes et les Iraniens sont descendus dans la rue, d’abord pour dénoncer le coût de la vie et rapidement pour se libérer du joug de la dictature criminelle, théocratique, militarisée et patriarcale de Khamenei.
À Téhéran, à Chiraz, à Yazd, dans de grandes villes et de petits villages, des centaines de milliers de personnes manifestent et crient leur aspiration collective à la liberté, la démocratie et la dignité.
Devant l’ampleur de la révolte, la dictature a choisi une fois de plus de répondre par la violence et la terreur.
Depuis le 9 janvier, face à la détermination des manifestants qui résistent malgré les morts, les blessés, les arrestations arbitraires et les disparitions forcées, le régime a imposé la coupure d’internet, du téléphone et des messageries dans tout le pays afin de pouvoir massacrer son peuple à huis clos.
Face au régime sanguinaire au pouvoir, les Iraniennes et Iraniens opposent le courage et la détermination d’un peuple à manifester et à s’exprimer pacifiquement ainsi qu’ils l’avaient fait en 1979 pour renverser la dictature du Shah.
Liberté, démocratie, dignité sont l’avenir que les Iraniennes et Iraniens sont en train d’écrire eux-mêmes, sans sauveur suprême, ni libérateur étranger.
Les Iraniens et les Iraniennes sont seul-es maîtres de leur destin qu’ils choisiront aux termes d’élections libres.
Nous appelons les autorités françaises et les institutions européennes à exiger du régime iranien qu’il respecte le droit de manifester et d’exprimer ses opinions et cesse immédiatement la répression à l’encontre des manifestant-es.
Nous, acteurs de la société civile, exprimons notre entière solidarité avec la lutte des Iraniennes et Iraniens contre l’oppression et la tyrannie.
Nous appelons à une mobilisation massive en soutien au peuple iranien samedi 17 janvier 2026 à Paris (lieu et horaire à définir), et partout en France.
Solidarité avec les Iranien-ne-s en lutte pour la démocratie et la liberté.
À bas les dictateurs !
Femmes, vie, liberté vit et vaincra !
Signataires :
Iran Justice, LDDHI (Ligue des droits de l’Homme en Iran), Alliance des femmes pour la démocratie (AFD), Cedetim Ipam, Comité français du réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU), Confédération générale du travail (CGT), Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), France Kurdistan, Institut Ouïghour d’Europe, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Memorial 98, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Russie-Libertés, SOS Racisme, Ukraine CombArt…
Les organisations syndicales françaises, CFDT, CGT, UNSA, FSU et Solidaires expriment leur plein soutien aux mobilisations en cours en Iran, qui se déroulent dans un contexte d’effondrement économique, d’hyper inflation et d’explosion de la pauvreté.
Face à cette colère légitime et à une mobilisation puissante, la République islamique d’Iran répond par une répression accrue, des violations massives et systématiques des droits humains et d’atteintes répétées aux libertés fondamentales. Aujourd’hui, les manifestant.es déplorent des centaines de morts, des arrestations massives, des détentions arbitraires et des violences les visant. Les forces de “maintien de l’ordre” interviennent jusque dans les hôpitaux où des blessé.es sont soigné.es.
Depuis plusieurs semaines, les autorités iraniennes ont intensifié les arrestations arbitraires, multiplié les violences et les entraves graves aux droits de la défense, prononcé de lourdes condamnations à l’encontre des manifestant·es, des syndicalistes et des défenseur·es des droits humains.
Les revendications sociales et syndicales sont systématiquement criminalisées, l’appareil judiciaire et sécuritaire instaure un climat de peur pour étouffer toute forme de contestation collective.
Ces pratiques sont en violation flagrante des engagements internationaux de l’Iran, notamment des Conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT) et des Pactes internationaux relatifs aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels
Les organisations syndicales dénoncent la criminalisation systématique des revendications sociales et syndicales, ainsi que l’utilisation de l’appareil judiciaire et sécuritaire pour faire taire toute contestation. Elles rejettent également les tentatives d’ingérence extérieure provenant, notamment, des États-Unis et d’Israël.
Les femmes occupent une place importante dans les mobilisations actuelles en Iran, qui ont repris depuis fin décembre dans de nombreuses villes du pays. Leur engagement ne se limite pas à des revendications économiques, mais s’inscrit aussi dans une contestation plus
large des atteintes aux libertés fondamentales et de la ségrégation de genre imposée par le régime des mollahs.
Elles subissent une répression spécifique particulièrement violente : arrestations massives, détentions arbitraires, viols et violences physiques en tous genres… Les jeunes sont également au cœur des mobilisations et figurent parmi les premières cibles de la répression.
Nombre d’entre eux/elles sont arrêté.es, lourdement condamné.es, et certain.es exécuté.es à l’issue de procédures expéditives, dans une stratégie assumée de terreur visant à dissuader la jeunesse iranienne de s’engager et de se mobiliser.
Les organisations syndicales françaises CFDT, CGT, UNSA, FSU et Solidaires réaffirment leur attachement indéfectible à la solidarité internationale entre les travailleuses et les travailleurs et entre les peuples. Elles appellent les autorités françaises, européennes et l’ensemble des instances internationales compétentes à agir sans ambiguïté et avec détermination pour exiger la fin immédiate de la répression, le respect des libertés fondamentales et la protection effective des personnes mobilisées.
Elles exigent notamment :
Les organisations syndicales françaises continueront à porter ces exigences dans toutes les instances nationales, européennes et internationales.
Elles apportent leur soutien aux travailleuses, travailleurs et à l’ensemble de la société civile iranienne dans leur mobilisation pour la justice sociale et les libertés fondamentales.
Elles appellent à se joindre au rassemblement le samedi 17 janvier à Paris à 15h, place du Panthéon.
Paris, le 13 janvier

Depuis le 28 décembre, les manifestations contre la crise économique sans précédent qui accablent la population en Iran ont gagné en intensité pour toucher l’ensemble des classes de la société et des régions.
Nourri-es des acquis des révoltes de ces dernières années et prêt-es à en découdre, les manifestant-es réclament aujourd’hui sans aucune ambiguïté la chute de ce régime dictatorial, théocratique, militarisé et misogyne.
Comme elles le font depuis 47 ans, les autorités massacrent impitoyablement les manifestant-es, les témoins sur place font état d’un usage massif de la force, d’arrestations arbitraires, de tortures et de sévices en détention.
Les manifestant-es blessé-es sont traqué-es jusque dans les hôpitaux, et ce sont des images de véritables charniers qui nous parviennent heure après heure.
Nous, collectifs féministes et associations de défense des droits humains de la société civile en diaspora, disons notre rejet de la République islamique qui tire à balles réelles sur sa propre population.
Nous sommes solidaires des Iraniennes et des Iraniens en lutte contre leur dictateur et en accord avec leurs aspirations légitimes à une vie libre et digne dans une société égalitaire.
Nous soutenons les manifestant-es issu-es de la société civile et les militant-es qui réclament leurs droits les plus élémentaires face à un État qui commet des crimes contre les femmes, les minorités sexuelles et de genre, les groupes ethniques et nationaux minorisés, les classes populaires, les Afghan-es (immigré-es et descendant-es), les opposant-es, et ce depuis ses premiers jours d’existence.
Fidèles au slogan « Femmes, Vie, Liberté » et au mouvement émancipateur qui l’a porté en 2022, nous réaffirmons qu’aucun peuple n’est libre tant que sévit l’apartheid de genre, à l’instar de ce que vivent les Iraniennes qui subissent chaque jour les lois de la République islamique.
En écho à ces révoltes, et alors que la population en Iran est mise à l’isolement en raison des coupures massives d’internet orchestrées par les autorités, nous témoignons de la diversité de l’opposition à la République islamique.
Nous demandons à ce que cette diversité soit entendue ici. La solidarité internationale n’a besoin ni d’hommes providentiels, d’où qu’ils viennent, ni d’ingérence étrangère.
Nous voulons la chute de la République islamique, l’égalité, la fin des discriminations systémiques, le droit à l’auto-détermination.
Vive la solidarité internationale ! Vivent les peuples en lutte ! Femmes, vie, liberté !
À l’appel de :
Rendez-vous samedi 17 janvier 2026 à 15h Place du Panthéon
Solidarité avec les Iranien·nes en lutte pour la démocratie, la liberté et l’égalité en Iran
Ni clercs, ni sauveurs suprêmes : Jina est notre guide !
Pour l’autodétermination des peuples !
Femmes vie liberté vit et vaincra !
15.01.2026 à 14:46
aplutsoc2
Nous reproduisons ci-dessous les interventions de Laurent Indrusiak, secrétaire de l’Union Départementale CGT, et de Vincent Présumey, au nom de la FSU Allier, au meeting intersyndical contre les fascistes tenu à Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier) ce mercredi 14 janvier. Ce fut un plein succès (une bonne centaine de participants) ayant, les deux interventions le disent de façon non concertée, la signification d’un « 12 février 1934 départemental ». Sont également intervenus : Sophie Vénétitay responsable nationale du SNES-FSU, Laurence Dautraix responsable nationale du SNETAP-FSU (enseignement agricole). A noter que dans « Riposte laïque », un prétendu espion a écrit avoir du se déguiser en femme pour ne pas se faire repérer, et avoir beaucoup souffert en étant contraint d’acclamer les deux « agents trotskystes » !

Chers Camarades,
Chers amis,
Avant d’aller plus loin, permettez-moi de vous dire que je ne boude pas mon plaisir d’intervenir ici, dans cette ville. Une ville dont le maire n’est autre qu’Emmanuel Ferrand, ancien responsable de la FNSEA de l’Allier, mais surtout tristement connu comme l’élu qui a mis des enfants de maternelle au pain et à l’eau, au prétexte que leurs parents ne pouvaient pas payer la cantine.
Il y a des actes qui révèlent définitivement ce que sont les hommes et les femmes qui nous gouvernent. Celui-ci en dit long sur la conception de la solidarité et de la justice sociale de ce premier magistrat.
Cela nous a valu, il y a quelques années, d’être directement confronté à ce même maire lorsque, après avoir décidé d’expulser l’Union locale CGT de ses locaux, il a fait arracher portes et fenêtres. À l’époque, j’avais dit qu’Emmanuel Ferrand était un minable. Depuis, il n’a fait que confirmer ce jugement.
Nous remercions la FSU pour cette initiative. Elle est nécessaire, urgente et salutaire.
Si la CGT de l’Allier prend la parole aujourd’hui, ce n’est pas pour commenter l’actualité.
C’est pour alerter.
C’est pour dénoncer.
C’est pour combattre.
Ce qui se joue dans l’Allier n’a rien d’anecdotique.
Ce n’est ni culturel, ni folklorique, ni le fruit d’un malentendu.
C’est politique. C’est organisé. Et c’est dangereux.
Les faits sont là, et ils sont graves.
La montée des idées d’extrême droite dans notre pays n’est en rien une situation abstraite dans notre département. En 2022, puis à nouveau en 2024, un député du RN a été élu dans la deuxième circonscription de l’Allier. Lors des élections européennes, ce sont 314 communes sur 317 de notre département qui ont placé le candidat du RN en tête.
L’extrême droite progresse en France, ce n’est pas un hasard. Elle pousse sur le terreau des promesses trahies, des politiques qui ont abandonné le monde du travail et sacrifié nos territoires. Là où l’emploi industriel disparaît, la colère s’installe. Dans l’Allier, plus de 3 000 emplois industriels ont été détruits en quinze ans : des usines fermées, des familles frappées, des bassins de vie cassés. Et quand, en plus, les services publics ferment , hôpitaux, écoles, postes, transports ,l’abandon devient total. C’est dans ces déserts sociaux que le Rassemblement national avance, en se nourrissant de la détresse populaire tout en protégeant les mêmes intérêts patronaux qui ont détruit l’emploi et organisé ce recul. L’extrême droite ne défend pas les travailleurs : elle détourne leur colère
Face à ce constat, l’UD CGT s’est engagée avec détermination à travers une campagne de longue durée : affichages, distributions de cartes postale d’organisation de formation, organisation de conférences.
À cela s’ajoute, depuis l’été dernier notre implication dans le collectif Laïque et républicain de Moulins ,suite à l’arrivée et la promotion d’initiatives dites culturelles telles que « Les Murmures de la Cité », qui s’inscrivent pleinement dans cette offensive idéologique.
Cette activité dans le département n’est pas restée sans réaction de la part de nos ennemis de classe. Nous avons ainsi fait face à des dépôts de plainte du RN et d’Horizons contre nos campagnes d’affichage, ainsi qu’à une campagne continue de dénigrement et de menaces à l’encontre des représentants syndicaux de la CGT, mais aussi de la FSU. Cette offensive se traduit par une multitude d’articles publiés sur des sites d’extrême droite (Riposte Laïque, Résistance Républicaine, etc.),
À Moulins, un spectacle intitulé Murmures de la Cité a été massivement financé par de l’argent public. À ce financement s’ajoutent les fonds d’un milliardaire idéologue d’extrême droite, Pierre-Édouard Stérin, exilé fiscal en Belgique, qui ne cache ni ses convictions ni son objectif : l’« union des droites » et l’arrimage d’une partie de la droite dite républicaine au projet de l’extrême droite.
Ce spectacle n’est pas neutre.
Il est la vitrine d’un cercle idéologique, Sophia-Polis, qui se revendique lui-même comme un espace de rencontre entre catholiques intégristes et néo-païens identitaires.
Ce n’est pas de la culture.
C’est de l’idéologie réactionnaire.
Ce n’est pas de la liberté artistique.
C’est un projet politique.
« Dites-moi qui vous soutient, je vous dirai qui vous êtes. »
Cette formule s’applique parfaitement à Monsieur Guillaume Senet petit bourgeois du bourbonnais , initiateur de Murmures de la Cité. Autour de lui gravitent les relais bien connus de la fachosphère : Riposte Laïque, Riposte Républicaine et consorts, toujours prompts à se poser en victimes tout en diffusant insultes, diffamations et appels à la haine.
Lorsque des syndicalistes, des enseignants, des militants laïques ont contesté l’utilisation de l’argent public pour ce projet, la réponse a été immédiate :
la haine,
la diffamation,
les menaces.
Des menaces nominatives, répétées, allant jusqu’à des menaces de mort.
Je cite :
« Les responsables CGT vont devoir se protéger et protéger leur famille. Ils veulent la guerre, dans une guerre il y a toujours des morts. »
Ces menaces ont conduit à des dépôts de plainte. Porter plainte n’a jamais été un réflexe de confort. C’était une nécessité : pour nous protéger, pour protéger nos familles, et pour rendre publiques des menaces qui prospèrent trop souvent dans l’ombre.
Même lorsque les responsables CGT ne sont pas nommément cités, chacun comprend qui est visé, surtout lorsque des articles antérieurs exposent photos, noms et fonctions syndicales. La menace est globale. Elle vise nos organisations, nos militants, nos proches.
Nous le disons solennellement :
ceux qui menacent des syndicalistes portent une responsabilité politique majeure.
Car ces mots ne tombent jamais du ciel. Ils sont nourris, encouragés, légitimés par le climat que l’extrême droite installe.
L’extrême droite ne débat pas.
Elle intimide.
Elle ne convainc pas.
Elle terrorise.
Mais notre présence ici ne se limite pas à une riposte défensive. Ce combat dépasse nos organisations. Il engage l’avenir des libertés publiques, de la démocratie et du syndicalisme.
L’histoire est claire et implacable.
À chaque fois que l’extrême droite avance, les libertés reculent.
À chaque fois qu’elle progresse, les syndicats sont attaqués.
À chaque fois qu’elle se rapproche du pouvoir, les droits sociaux sont piétinés.
La CGT le sait. Elle l’a vécu. Elle l’a combattu.
En 1934 face aux ligues fascistes.
À la Libération en construisant la République sociale.
En 1958 contre le coup de force institutionnel.
En 1968 en portant les aspirations démocratiques du monde du travail.
En 2024 en prenant ses responsabilités pour faire barrage à l’extrême droite.
Pourquoi ?
Parce qu’il n’y a pas de droits sociaux sans démocratie.
Pas de justice sociale sans libertés publiques.
Pas d’émancipation dans le racisme, l’autoritarisme et la haine.
Dans l’Allier, nous refusons la banalisation.
Nous refusons que l’argent public finance des réseaux idéologiques réactionnaires.
Nous refusons que la culture serve de cheval de Troie à l’extrême droite.
Nous refusons que certains élus ferment les yeux, minimisent ou justifient.
À la veille des élections municipales, cette vigilance est cruciale.
Quand des figures identitaires sont invitées, quand la culture est instrumentalisée, quand les services publics sont affaiblis, le terrain est préparé. Et nous savons où cela mène.
Face à l’extrême droite, l’unité est une obligation.
Ce combat ne se gagnera ni dans le silence ni dans l’ambiguïté.
Il se gagnera par la clarté politique, le débat et la mobilisation.
L’extrême droite prospère sur la peur : nous opposons la solidarité.
Sur la division : nous opposons l’unité.
Sur la résignation : nous opposons la lutte.
Il y quelque année dans l’euphorie d’un discours de manif contre la réforme des retraites j’avais hurlé que c’était un combat à la vie à la mort pour la défense de nos retraites , certains m »avaient dit que j’étais peut être excessif , je le dit ici la froide c’est une lutte à la vie à la mort pour notre modèle de société , entre le rejet des autres , la division , le racisme ou le vivre ensemble , la sororité et la fraternité .
Nous le disons clairement :
Pas un centimètre de terrain cédé à l’extrême droite.
Pas une menace laissée sans réponse.
La CGT de l’Allier sera au rendez-vous. Aujourd’hui, demain, et aussi longtemps qu’il le faudra.
Parce que l’histoire nous regarde.
Parce que reculer n’a jamais protégé personne.
Face à l’extrême droite, nous ne plierons pas.
Merci.
Chers camarades, chers amis, chers collègues, je me dois et je vous dois de commencer cette intervention en vous disant merci, car votre présence ensemble, ici, à Saint-Pourçain, rassénère, fait chaud au cœur, conforte et encourage.
Merci aux camarades de la CGT de s’être laissés, pour ainsi dire, entrainés, de très bon cœur, par la FSU, et d’être là en nombre et d’apporter leur force collective,
Merci bien sûr aux militantes et aux militants de la FSU qui ont construit, discuté et préparé notre regroupement,
Merci à Sophie Vénétitay, secrétaire nationale de mon syndicat, le SNES-FSU, et qui incarne, comme je le disais hier à Radio Coquelicot, cette victoire syndicale qu’est le démantèlement du dispositif du « choc des savoirs » au collège voulu par Macron et Attal sous la pression et l’appui du RN,
Merci à Laurence Dautraix et aux camarades du SNETAP-FSU de l’enseignement agricole et du lycée de Neuvy,
Merci aux habitants de Saint-Pourçain qui sont là, car ils savent fort bien pour quoi ils sont là.
Et merci à mes collègues du lycée Banville, y compris à celles et ceux qui n’ont pu être là, enseignants ou non enseignants, qui m’ont exprimé leur soutien. Car ce meeting a bien sûr pour moi une dimension personnelle, je sais que vous êtes là aussi pour ma protection et celles des miens.
A ce meeting se sont associés Solidaires, l’UNSA-Education et la Confédération paysanne, matérialisant ainsi l’unité nécessaire. Il est soutenu par le Parti Socialiste, le Parti Communiste Français, les Ecologistes de l’Allier, l’APRES, et le Collectif laïque et républicain de Moulins dont sont également membres, sur Moulins, ATTAC, la FGR, RESF, le MRAP, le Mouvement de la Paix, la Ligue de l’Enseignement, LFI, Place publique, Génération.s.
Il faut aussi que vous sachiez que la CFDT, dans les instances de l’Education nationale et par une lettre au maire de Saint-Pourçain, s’est solidarisée contre les menaces et calomnies dont je suis l’objet. Le maire de Saint-Pourçain a en effet publié, en tant que valeureux défenseur de « Murmures de la Cité », que je n’aurai jamais enseigné de ma vie et que je fricoterai, voyez-vous cela, avec l’islamisme !
La première de ces calembredaines provient sans doute du souvenir de mes années d’enseignement, bien réel, au lycée de Saint-Pourçain, marquées par au moins trois manifestations dans cette belle bourgade, avec les collègues et les élèves, pour préserver un lycée qui, je m’en félicite, est toujours là.
La seconde puise dans les lectures et les contacts d’extrême-droite de Monsieur l’actuel maire, qui imagine manifestement que je participe à un grand complot avec des musulmans. Ces délires racistes sont en particulier diffusés par l’officine « Riposte Laïque », très mal nommée, dont un contributeur local n’est autre que Guillaume Senet, le petit chef de Murmures de la Cité, et de la cité qui véritablement murmure, Sophia-Polis, club de rencontres entre cathos tradis et néo-païens, c’est-à-dire nazis.
Plonger dans la lecture de ces officines est un exercice que je ne vous conseille pas : c’est, il faut dire les choses, s’enfoncer dans la merde, et une merde qui n’est pas bio, mais bien polluée. Je me trouve caricaturé en un porteur obèse de djellaba léchant une babouche : le dessin, même aidé par l’IA, est terriblement mauvais, car une bonne caricature suppose qu’on se moque par empathie humaine et pas par haine. C’est ce que faisait Cabu, assassiné par l’extrême droite islamiste : son Beauf et son adjudant Kronenbourg étaient malgré tout encore sympathiques. Là, juste de la merde, et pas bio, je le répète !
Voici, et ce n’est qu’un exemple, ce qu’ils ont écrit lundi matin, sur le meeting d’aujourd’hui et juste après, voyez-vous, sur ma maison :
« Certes, nous n’irons pas jusqu’à proposer une manifestation devant la maison bourgeoise de Vincent Présumey, située en bord d’Allier (bien sûr, nous avons l’adresse), et encore moins de la taguer, cela n’est pas notre culture, même si, en face, ils ne se gênent pas pour le faire. Certes, nous n’allons pas appeler à vandaliser la salle, à la taguer, à la détruire, comme le font fréquemment les gauchistes quand une mairie ou un restaurant accordent une salle à leurs adversaires politiques. »
Il est vrai que je ne mène pas la vie de château, et que cette maison, ici menacée de vandalisation, provient d’une famille d’ouvriers communistes de chez Potain, qui m’ont choisi pour me la vendre parce qu’ils m’avaient entendu causer dans les manifs de 1995. Plus généralement, je n’ai pas compté mais je dois en être au trentième article en six mois affirmant, parfois en titre, qu’ils ne veulent pas me tuer. Curieuse insistance !
Curieux aussi, il faut le dire, le fait que le procureur de Moulins ait estimé qu’une phrase telle que celle affirmant que les responsables CGT et moi-même « vont devoir se protéger, eux et leurs familles. Ils veulent la guerre. Dans une guerre, il y a toujours des morts. », une telle phrase, donc, ne constituerait pas une menace de mort justifiant une plainte : vraiment curieux, n’est-ce pas ?
Bien entendu, la plainte va être redéposée, avec tout ce qui s’est rajouté depuis. Nous rendrons coup pour coup, politiquement et judiciairement s’entend. Mais comprenons bien à qui, et à quoi, nous avons affaire. Fascisme et nazisme sont les mots appropriés. Pas exactement ceux du XX° siècle, mais leurs héritiers du XXI° : quand Elon Musk ou Steve Bannon font le salut nazi, c’est pour dire ce dont ils sont les héritiers, eux qui veulent faire plus grand, plus dur, plus gros, plus fort, eux qui veulent faire pire et contre lesquels nous avons, nous, à sauver l’avenir humain pour que nos enfants aient un monde vivable.
La doctrine de Guillaume Senet distingue les soi-disant enracinés comme lui, des êtres supérieurs qui seuls sont beaux, vrais, purs et bons, la masse déracinée bonne pour l’esclavage, et les déracineurs, c’est-à-dire nous, les syndicalistes, les professeurs laïques, les « wokistes » comme ils disent. Dans leurs fantasmes excrémentiels, les radoteurs tarés de Riposte soi-disant laïque sont rendus fous par les musulmans et les arabes, mais accusent les mêmes « wokistes » et syndicalistes de vouloir remplacer les blancs par les arabes. Les déracineurs et les agents du « grand remplacement » que nous sommes tenons très exactement, dans leurs fantasmes, la place que tenaient les Juifs chez les nazis. Et l’antisémitisme sous-jacent le plus crasse affleure dans leur prose.
On nous dit parfois : « vous avez raison de vous défendre, mais ne donnez pas trop d’importance à quelques tarés. » C’est vrai qu’il s’agit de quelques tarés.
Mais ces quelques tarés sont à l’intersection du RN, de l’UDR ciottiste, de Reconquête, des Identitaires, et ont des antennes évidentes dans LR, de Saint-Pourçain à Montluçon. Dans l’Allier, ce qu’il reste de droite républicaine, pour s’appeler républicaine, doit rompre toute antenne avec ce boulet, ce grelot, cette macule, et non se vautrer avec, via Murmures et compagnie !
Et ce qu’ils portent, c’est l’offensive de l’internationale fasciste du XXI° siècle, celle de Trump et de Poutine, dont l’Europe, non en tant que groupement de puissances, mais en tant que civilisation, est la cible.
Cette civilisation pluraliste est celle des services publics, de la Sécurité sociale et du droit du travail. Le syndicalisme indépendant a besoin de la démocratie et de l’Etat de droit. L’Etat de droit, dont la laïcité est un élément central, est la cible que les Trump et les Poutine veulent tuer.
Les Le Pen, Bardella, Zemmour et à leur suite les Stérin, Bolloré, Retailleau et autres sont leurs relais français. L’extrême droite chauvine qui ne veut pas d’étrangers, c’est elle, le parti de l’étranger. Cela remonte à loin, ça a commencé quand ils ont émigré, en 1789. Ils sont le parti de Trump et de Poutine : le refus de la pluralité, la haine des migrants et des musulmans, c’est l’abaissement national !
Nous sommes donc nous, ici le parti du redressement, de la solidarité, de l’empathie. Le syndicalisme est indépendant et politique. Il est politique car la lutte des classes l’est et c’est pour cela que, dans l’Allier, nous devons donner à notre regroupement de ce soir la signification qui fut celle, en France, du 12 février 1934, origine du front unique prolétarien puis du front populaire.
L’empathie, la cordialité, l’amour oui, la solidarité humaine, portent la chaleur qui peut regagner les pauvres gens perdus qui votent RN. Cette chaleur est celle de la lutte. Et pour lutter, il faut savoir pour quoi on lutte. Bien sûr, syndicalistes, nous luttons pour l’émancipation sociale, pour l’émancipation humaine. C’est pour cela que nous savons que sa condition, ce sont la démocratie, l’Etat de droit et la laïcité, et que l’humanité émancipée sera plurielle, animée de débats contradictoires, argumentés, démocratiques.
Ils ne passeront pas, et si au final nous gagnerons la guerre, c’est parce que nous portons cela tous ensemble !
13.01.2026 à 16:23
aplutsoc2
Deux sortes de nouvelles sur la révolution en Iran.
L’une, c’est que le black-out, combiné, à l’étranger, au centrage médiatique sur l’héritier Pahlavi et sur les rodomontades interventionnistes de Trump (avec lequel les mollahs disent discuter), une répression démentielle se déchaine. De sources crédibles sur les réseaux sociaux, on envisage 12 000 morts à ce jour et l’équivalent d’un coup de force contre le peuple dans tout le pays.
La défaite provisoire de l’insurrection est une possibilité. Elle ne réconciliera pas le peuple qui est opposé à mort à tout l’appareil religieux-policier.
Mais l’autre élément est la libération de fait de plusieurs villes, dans le Kuzistan et le Kurdistan, et, dans le centre industriel d’Arak, l’élection d’un conseil par les ouvriers en grève qui a pris le contrôle de la ville, et dont le communiqué ci-dessous, diffusé par le PC et par d’autres courants, semble tout à fait authentique.
Cela c’est la révolution au niveau de 1979, avec le relais des conseils ouvriers temporairement formés au Nord de l’Irak en 1991, qui revient.
Ces deux aspects – massacre partout, conseils ouvriers et zones libérées – sont contradictoires, mais bien simultanés.
Pourrait faire pencher la balance une vraie mobilisation internationaliste à la base. C’est trop demander ?
— Déclaration des Conseils ouvriers d’Arak
« Aux travailleurs de la province de Markazi, à nos camarades du Khuzestan et à tout le peuple iranien. »
Pendant des décennies, nos revendications de pain ont été accueillies par les balles, et nos revendications de dignité par l’emprisonnement. Mais aujourd’hui, le silence est rompu. Nous, les travailleurs des usines d’Arak, déclarons ce qui suit :
Contrôle des lieux de travail : Désormais, la gestion des usines de fabrication de machines, d’AzarAb et de wagons Pars sera entre les mains de conseils ouvriers élus par les travailleurs. Nous ne reconnaissons plus les dirigeants nommés par le gouvernement ni les syndicats contrôlés par le régime.
Lien avec la terre : Notre grève ne porte plus sur les salaires. Nous appelons les citoyens d’Arak à former des conseils de quartier pour gérer la sécurité et la logistique. Nos usines sont vos protectrices.
Défense des soldats : Nous demandons à nos frères d’armes : ne devenez pas les assassins de vos propres pères. Si vous nous soutenez, nos conseils garantiront votre sécurité et celle de vos familles.
Ultimatum au Régime : Toute tentative d’entrée par la force dans les complexes industriels ou d’arrestation de nos représentants sera considérée comme une déclaration de guerre contre la ville entière. Si une seule goutte de sang ouvrier est versée, les flammes de la rébellion scelleront le pouvoir.
Nous ne sommes pas ici uniquement pour des salaires impayés. Nous sommes ici pour décider de la gestion de cette usine et de ce pays. L’ère des patrons et des mollahs est révolue. Tout le pouvoir aux conseils !
13.01.2026 à 00:02
aplutsoc
Sébastien Lecornu a demandé au ministère de l’Intérieur de préparer d’éventuelles élections législatives aux mêmes dates que les municipales, en cas de dissolution. Ce couplage possible des élections municipales et législatives serait une catastrophe pour la démocratie au vu du délai, s’il se réalisait.
Il prendrait de court la gauche et favoriserait un petit chelem du RN dans un premier temps, municipales et législatives. En attendant le grand chelem avec la présidentielle.
Dans cet imbroglio électoral prévisible, puisque que la dissolution est possible à tout moment, que dire de cette gauche qui n’a pas su tirer les leçons de la victoire relative aux législatives anticipées de 2024 et qui ne cesse de mettre en spectacle ses chamailleries et autres pinaillages comme ses divergences.
Le RN, quant à lui, déjà fortement intégré aux institutions politiques, finalise sa stratégie d’accession au pouvoir, tant local que national. La récupération/absorption d’une grosse partie de la droite et de son électorat nous instruit sur la pertinence, pour le RN, de cette stratégie d’union des droites, menée de longue date, tambour battant.
Mais que propose en réponse à cette stratégie de conquête du pouvoir par l’extrême droite, la gauche ? Pour l’instant, elle est dans l’incapacité d’avancer une stratégie efficace contre la montée du fascisme 2.0, alors qu’il lui appartient de bien évaluer le moment historique.
Pourtant, nous ne sommes pas sans bille à gauche et, logiquement, une stratégie de front unique face à la fascisation tant sur le plan national, européen et international devrait être acquise depuis belle lurette.
Au-delà des éternels anathèmes et des crises passionnelles, la gauche se doit d’œuvrer rapidement à l’unité et prendre conscience que la ligne de démarcation première est l’antifascisme. Cette ligne transcende largement le clivage traditionnel gauche /droite.
La gauche doit œuvrer à un nouveau programme de la résistance qui ouvre l’espérance de jours heureux aux côtés de toutes les forces républicaines vaillantes. Un nouveau Conseil National de la Résistance 2.0 pour faire face.
Ghislaine, le 12/01/2026.
10.01.2026 à 18:56
aplutsoc2
Le chantage gouvernemental et ce qui serait possible contre lui.
Vendredi 9 janvier, les services du premier ministre Lecornu et du ministre de l’Intérieur Nunez ont fait savoir à la presse qu’ils examinent l’organisation d’élections législatives en même temps que les élections municipales, prévues les 15 et 22 mars prochains. Il s’agit très ouvertement d’une menace adressée aux députés à propos du budget 2026, toujours inabouti, et des motions de censure annoncées par le RN d’une part et LFI d’autre part.
Dans la V° République, c’est l’exécutif, même minoritaire et illégitime, qui menace le pouvoir théoriquement législatif. Les députés élus au titre du NFP en 2024 pour empêcher la formation d’un exécutif Macron/Bardella devraient, s’ils agissaient conformément à la démocratie, et pourraient, s’ils en avaient la volonté politique, censurer la poursuite, avec ou sans budget 2026, d’une politique antisociale qui atteint le droit à la santé et prévoit des milliers de suppressions de postes d’enseignants que préfets, ministres et recteurs sont en train de préparer alors qu’elles n’ont pas été votées par l’Assemblée nationale !
Une telle censure, appuyée sur les mouvements sociaux, viserait à renverser l’exécutif en place non pour avoir de nouvelles élections présidentielles, mais pour engager un processus constituant de changement de régime, seule issue démocratique à la crise politique française.
Tenez, d’ailleurs, une occasion de combiner censure et mouvements sociaux serait, par exemple, le 22 janvier prochain, jour de la niche parlementaire de LR qui va proposer que le 1° mai (voir aussi ici) ne soit plus par principe un jour chômé !
Mais en fait, si les directions des formations du NFP s’étaient réparties les rôles pour boucher l’issue, le résultat serait le même : le PS protège le gouvernement Lecornu en grignotant des reculs partiels qui résultent en fait de la poussée sociale de septembre 2025 (décalage/suspension de la réforme des retraites, dislocation du « choc des savoirs » au collège, reculs sur certaines des ponctions visant retraités et malades …), et LFI protège le régime de la V° République en refusant toute autre issue qu’une élection présidentielle pour faire élire Mélenchon et qui aura toutes les chances de faire élire Le Pen ou Bardella. Entre les deux, Ecologistes et PCF font un peu de la politique du PS et un peu de celle de LFI.
C’est uniquement pour cela, en combinaison avec l’attentisme syndical délibéré sur le plan national, que les coups antisociaux se poursuivent, que l’exécutif peut faire chanter l’Assemblée nationale par la menace de dissolution alors que c’est lui que la censure devrait faire partir, et que le RN peut espérer tirer le bénéfice électoral de la crise.
Dans ces conditions, les motions de censure auxquelles Lecornu réagit par le chantage à la dissolution ne sont ni l’une ni l’autre des motions visant à grouper les exploités et les victimes des politiques gouvernementales. Ce sont des motions-diversions, mais la crise politique est telle qu’une diversion peut accidentellement … marcher !
La motion-diversion du RN poussée par Trump et par Steve Bannon.
La première a été annoncée par Jordan Bardella pour le RN, jeudi soir. Ce serait une motion de censure portant sur l’accord de libre-échange UE/Mercosur, auquel Macron a finalement dit s’opposer mais qui, la France étant minoritaire dans les instances de l’UE et Meloni s’étant ralliée au traité pour l’Italie, a été adopté vendredi 9 janvier à la majorité des pays de l’UE e²t pourrait entrer en vigueur sans même attendre sa ratification par le Parlement européen
Nous allons revenir sur le traité UE/Mercosur, mais il faut bien comprendre auparavant dans quel cadre global se place la manœuvre du RN.
Début janvier, le journal allemand Der Spiegel a fait état de fuites américaines selon lesquelles, si l’inéligibilité de Marine Le Pen était confirmée par le tribunal dans le procès en appel qui commence le 13 janvier, les juges français pourraient être sanctionnés par les Etats-Unis.
Et Steve Bannon, principale figure de l’aile du fascisme MAGA de plus en plus réservée sur la politique de Trump, a déclaré le 6 janvier que Marine Le Pen présidente est une nécessité pour tuer l’UE, après le Brexit et la réélection de Trump, alors que Bardella, « le gamin », « le poids plume », n’en serait pas capable (il lui en veut depuis que Bardella s’est enfui d’un rassemblement où Bannon faisait des saluts nazis, et pas pour la première fois, mais il y a là une appréciation intéressante sur les potentiels bonapartistes respectifs de Le Pen et de Bardella).
La motion de censure du RN, prétendant représenter « les agriculteurs », ne vise en rien à défendre la paysannerie, mais vise à relayer l’axe Trump/Poutine contre les Etats européens et contre l’UE, en exploitant l’affaiblissement de Macron et de l’impérialisme français qui, pour la première fois, est humilié dans le cadre de l’UE sur la question de sa politique agricole (la PAC), dont il fut historiquement l’initiateur.
Et LFI, pour ne pas être en reste …
Le lendemain matin, vendredi 9, Mathilde Panot, pour ne pas être en reste, annonçait que LFI allait déposer aussi une motion de censure, similaire à celle du RN en ce qui concerne l’accord UE/Mercosur, renchérissant sur l’ « affaiblissement de la France dans le monde » et, semble-t-il (le texte exact n’est pas encore connu), rajoutant l’exigence de libération de Nicolas Maduro, point sur lequel, après que les représentants LFI n’aient rien dit dans la réunion unitaire tenue sur le Venezuela à Paris le 6 janvier, J.L. Mélenchon a décidé de mener une offensive de division visant notamment Sophie Binet, dirigeante CGT. Parallèlement, et ceci sera peut-être aussi dans la motion, la sortie de la France de l’OTAN est exigée.
A propos du traité UE/Mercosur.
Le traité UE/Mercosur, dans lequel tous les gouvernements français depuis que sa négociation a commencé, c’est-à-dire depuis … l’an 2000 (!!!), sont effectivement impliqués, et que Macron dit rejeter en sachant qu’il n’y peut plus rien, formerait une zone de libre-échange entre l’UE et, en Amérique du Sud, le Brésil et les pays du cône Sud du continent.
Parmi les « agriculteurs », cette catégorie sociologique confuse qui mêle différentes branches, des capitalistes, des petits producteurs, et les ouvriers agricoles que l’on oublie toujours, viticulture et fromagerie en seraient avantagés, céréaliers et vendeurs de viandes bovines et de volaille seraient submergés par la concurrence brésilienne et argentine, et l’industrie allemande en tirerait bénéfice.
Mais les petits producteurs sont menacés aussi bien par le protectionnisme que par le libre-échange, ces deux visages du marché capitaliste : en cas de non-accord les gros céréaliers et gros éleveurs auraient toute facilité pour les écraser, la différence étant qu’en cas d’accord ils y seront plus impérativement obligés !
De plus, le protectionnisme à la Trump n’est pas l’alternative à la « mondialisation », mais sa forme contemporaine : les barrières se diffusent de manière mondialisée. Lula, président du Brésil, présente le traité comme une forme de la « multipolarité » censée unir Amérique du Sud et Europe contre les Etats-Unis de Trump, union qui pourrait d’ailleurs s’étendre à la Russie (et sacrifier l’Ukraine, cette redoutable exportatrice de blé !). Au Brésil aussi, les intérêts des petits, des sans terre et des ouvriers agricoles, ne sont pas ceux des gros, des propriétaires fonciers et des agro-capitalistes.
Les intérêts du prolétariat et des petits producteurs agricoles brésiliens ou français se rejoindraient dans une agriculture visant à nourrir les gens et non à faire des profits par tous les moyens, respectueuse des milieux, organisée de manière à la fois individuelle-familiale et coopérative-collective, telle que la dessinent les programmes de la Confédération paysanne en France ou du Mouvement des Sans Terre au Brésil – base électorale de Lula qui n’en défend pas les intérêts une fois revenu au pouvoir.
Si l’alternative protectionnisme/libre-échange est une fausse alternative et si c’est bien d’ailleurs aux deux en même temps que sont confrontés aujourd’hui les vrais producteurs de nourriture, la revendication de non-ratification de l’accord UE/Mercosur, comme mesure d’urgence, est dans l’immédiat totalement légitime.
Mais ce sont des forces sociales et politiques différentes qui, sous le nom trompeur d’ « agriculteurs », cette catégorie imaginaire, se mobilisent, et il est significatif que, malgré les confusions, les gros tracteurs de quelques 200 patrons petits et moyens de la Coordination rurale – 200 tracteurs c’est voyant mais ce n’est absolument pas un mouvement de masse- aient pu, par la bienveillance du ministre (récemment préfet de Paris) Nunez, aller jusqu’à la tour Eiffel, alors que, deux jours plus tard, ses services ont brutalement arrêtés les porte-paroles de la Confédération paysanne, Thomas Gibert et Stéphane Galais, qui manifestaient aux côtés de l’UD CGT de Paris, de Solidaires, des Soulèvements de la Terre et des étudiants d’Agri-Tech – ils ont depuis été relâchés.
Quand la défense de « la France » conduit à l’alignement sur Poutine et Trump.
La motion de censure annoncée par LFI, ajoutant à une opposition au Mercosur tout aussi confuse que celle du RN et de la Coordination rurale, une protestation contre le déclassement mondial de l’impérialisme français et une défense du régime de Maduro alors que celui-ci cherche à continuer sous forme maduro-trumpiste, fait donc, par son contenu, tout autant le jeu de l’axe Trump/Poutine que la motion de censure du RN !
L’une et l’autre prétendent défendre « la France », c’est-à-dire l’impérialisme français. En opposant sa grandeur perdue à l’UE, et, dans le cas de LFI, aussi à l’OTAN, elles ne font que relayer la pression de Trump et Poutine contre l’Europe. Une politique anti-impérialiste et démocratique, outre qu’elle réclamerait comme première urgence au Venezuela la libération de tous les prisonniers politiques, et non pas le retour au pouvoir de Maduro mais son retour au Venezuela, préparerait surtout l’affrontement avec Trump et les Etats-Unis dans l’Atlantique et sur le Groenland, tout en aidant l’Ukraine. Une mesure anti-impérialiste efficace dans ce cadre serait la reconnaissance immédiate par la France du droit à l’autodétermination de la Kanaky et de tout l’ « outremer » et l’abandon de l’incroyable, couteuse et irréalisable prétention à « posséder » d’immenses Zones Economiques Exclusives dans les océans Pacifique, Indien et Atlantique !
Concernant l’OTAN, le vieux slogan de la « sortie de l’OTAN » fait aujourd’hui le jeu de l’axe impérialiste Trump-Poutine et des secteurs les plus archéo gaulliens de l’impérialisme français. Ce sont le remplacement de l’OTAN par une alliance défensive des peuples d’Europe, incluant l’Ukraine, ou l’expulsion des Etats-Unis d’une OTAN réformée, qui devraient être à l’ordre-du-jour si l’on veut sérieusement combattre Trump et Poutine.
L’issue.
S’il n’y avait dans la situation politique française que le chantage antidémocratique de Lecornu à la dissolution et ce genre de prétendues « motions de censure », nous irions à un shitstorm (tempête de merde) opposant un bloc bourgeois-bienpensant faisant passer la casse des services publics et de la protection sociale, à une convergence inavouée mais visible entre le RN et LFI au nom de la lutte contre l’UE et Washington.
Mais ces lignes sont écrites alors que les manifestations déferlent aux Etats-Unis et que toute la population iranienne est héroïquement dressée pour renverser la République islamique. Et alors que l’aggravation actuelle de la crise politique française a pour cause profonde, ne l’oublions jamais, la poussée sociale qui a mis en suspension le budget et cassé le totem-tabou de la réforme des retraites.
C’est là qu’est l’issue. Shitstorm il n’y aura pas, tempête sociale et démocratique il y aura !
10.01.2026 à 17:58
aplutsoc2
Le texte que nous reproduisons, qui date d’aujourd’hui même, provient du Venezuela, et ne provient pas de milieux partageant les analyses que nous produisons par ailleurs sur la situation mondiale et contre le campisme, loin s’en faut, puisqu’il s’agit de la CTUV (Centrale Unitaire des Travailleurs du Venezuela), dont la direction est liée au PC vénézuélien et qui est affiliée à la FSM, Fédération Syndicale Mondiale soit-disant « lutte de classe », groupant plusieurs faux syndicats tels que la Chambre du travail des mollahs iraniens ou la centrale officielle biélorusse dont le « camarade syndiqué n°1 » est le premier patron du pays, Loukashenko.
Or, cette centrale vénezuelienne proteste contre le soutien à Maduro de la FSM, parce que, comme un certain nombre d’organisations encore membres de la FSM, il s’agit d’un vrai syndicat. S’ils écrivent ce qu’ils écrivent, c’est qu’ils savent ce dont ils parlent !
En France il est important de faire connaître cette prise de position au moment où, à partir de J.L. Mélenchon d’une part, et de la FSM dans la CGT d’autre part, se déroule une tentative de division des mobilisations déclenchées par le coup de force de Trump – et de division dans la CGT – au motif qu’il faudrait mettre en avant à tout prix la « libération de Maduro » et ne pas critiquer son régime, alors même que ce régime collabore maintenant avec Trump.
Les internationalistes, eux, soutiennent le peuple vénézuélien. Mélenchon soutient, lui « le peuple vénézuelien et ses institutions », c’est-à-dire l’Etat maduriste en train de se rallier à Trump.
Nous exigeons la libération de tous les prisonniers politiques, et non pas le retour de Maduro à la présidence, mais le retour de Maduro au Venezuela : ce n’est pas la même chose !
Et ce que nous préparons dans la mobilisation actuelle pour le Venezuela, c’est la suite, à propos de Cuba, du Groenland, de l’Ukraine et des pays européens que Poutine pourrait attaquer, ainsi que de Taïwan ; nous, nous ferons la guerre des peuples aux impérialismes, et pas la guerre des Poutine et des Maduro contre les peuples, laquelle conduit ces « anti-impérialistes », au final, à rallier … à rallier qui ? Trump et les Etats-Unis !
Dans ce combat pour l’affrontement avec tous les impérialismes, l’explosion d’une organisation menant à bien l’intégration des syndicats à l’Etat et à la police, avec la dissociation des syndicats de classe qui en font encore partie comme au Venezuela, en Inde, en Grèce, et parfois dans la CGT en France, serait une excellente chose pour la classe ouvrière !
Soyons inconditionnellement avec les syndicalistes vénézuéliens, que leur idéologie soit marquée par le stalinisme et le campisme ou non, du moment qu’ils tentent de défendre leur classe envers et contre tout. Salut aux efforts de la CTUV !
08.01.2026 à 22:32
aplutsoc2
Appel des organisations
Arguments pour la Lutte Sociale – ATTAC – Collectif Haiti France – Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua – CGT – Confédération Paysanne – CEDETIM/IPAM – CRID- Les Ecologistes – Pour une Ecologie Solidaire et Sociale -Emancipation Tendance Intersyndicale – France Amérique Latine – Fondation Copernic – FSU – L’Après – LDH – Le mouvement de la Paix – NPA Anticapitaliste – Nos Révolutions – PCF- PS – Réseau Bastille – Le Réseau Coopératif de Gauche Alternative – Solidaires – Solidaires Etudiant.es
Non à l’impérialisme ! Solidarité avec la population du Venezuela !
Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, les États-Unis d’Amérique ont lancé une opération militaire de grande ampleur sur la capitale du Venezuela, Caracas. Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, et sa femme, Cilia Flores, ont été enlevé.es et placé.es en prison à New York. Selon les premières estimations, 78 personnes seraient mortes au cours de l’opération, parmi lesquelles au moins une civile.
Cette agression impérialiste et coloniale ordonnée par Donald Trump viole ouvertement la Charte des Nations unies et la Constitution des USA.
Cette attaque signe le retour du pire de l’impérialisme étatsunien en Amérique latine, s’inscrivant dans
l’inflexion globale vers l’extrême droite.
Les justifications à géométrie variable de « lutte contre le narcoterrorisme » sont contredites par les affirmations de Trump lui-même, qui assume pleinement sa volonté de domination coloniale et d’accaparement des ressources du pays, notamment pétrolières.
Les violations des droits humains et démocratiques perpétrées par le régime de Maduro sont bien réelles, tout comme les effets sur la population des sanctions imposées par les administrations américaines. En revanche, ni le peuple vénézuélien ni les Nations Unies n’ont donné mandat aux États Unis pour intervenir et s’accaparer des ressources du pays. C’est aux populations du Venezuela de décider librement, sans interférences, de leur avenir.
Les évènements du Venezuela, et les nouvelles menaces que fait peser Donald Trump sur la Colombie, Cuba, le Mexique et le Groenland illustrent l’affirmation de la loi du plus fort comme seule norme des relations internationales, dans la pure tradition de l’extrême droite. La réaction d’Emmanuel Macron, ne nommant pas l’agresseur et ne condamnant pas clairement cette violation évidente des principes fondamentaux du droit international, est une faute politique historique et un blanc-seing donné à Donald Trump pour la suite.
De la Palestine à l’Ukraine, en passant par le Soudan et maintenant le Venezuela, les peuples agressés
sont en première ligne de l’autoritarisme et de la fascisation accélérée ayant cours actuellement partout
dans le monde. Face à tous les prédateurs, et à ceux qui laissent faire, le respect du droit des peuples à
l’autodétermination doit être au cœur de nos mobilisations.
Nous appelons à se rassembler partout dans le pays ce samedi 10 janvier pour exiger :
Commentaire de la rédaction : l’existence de cette position commune est importante. Aplutsoc (Arguments Pour la Lutte Sociale) a pris part aux rencontres qui l’ont permis, dans lesquelles des discussions sont intervenues pour savoir s’il fallait mettre au centre le mot d’ordre de « libération de Nicolas Maduro ». Nous avons dit pour notre part que dans ce cas il fallait mettre au même niveau le mot d’ordre de libération immédiate de tous les prisonniers politiques au Venezuela, dont la vie est menacé, que le régime maduriste sans Maduro maintient, dans l’opacité la plus totale, en détention, et dont Trump ne demande aucunement la libération. Finalement, ni la libération de Maduro, toutefois implicite car son kidnapping est dénoncé, ni celle des prisonniers au Venezuela, n’apparaissent dans le texte.
Il se trouve que suite à sa publication, J.L. Mélenchon, expliquant du même coup par là sa non-signature par LFI, a cité ce texte en l’appelant « déclaration de Sophie Binet » parce qu’il aurait, et donc Sophie Binet aurait, « abandonné l’exigence de libération immédiate du président vénézuelien ». J.L. Mélenchon en l’appelant « président vénézuelien », dénie la réalité, à savoir qu’il a perdu les élections. Il prétend de manière inexacte que le texte unitaire s’opposerait à sa libération (revendication légitime : il n’a pas à être jugé à New York, mais à Caracas si les prisonniers politiques sont libérés et le peuple est réellement libre !). Ne serait-ce pas plutôt parce que lui voudrait que l’on appelle à son RETOUR AU POUVOIR, totalement opposé à la souveraineté du peuple vénézuélien ? Et, pour des raisons qui sont les siennes, celles de LFI et celles du POI, il fait de cette position qu’il interprète de façon inexacte une position non pas unitaire, à l’exception de LFI et de quelques autres, mais de la seule CGT ou, pire, de la seule Sophie Binet !
Qui donc voudrait que la CGT ne puisse dénoncer « De la Palestine à l’Ukraine en passant par le Soudan et maintenant le Venezuela », « la fascisation actuellement partout dans le monde » -c’est-à-dire l’Axe Trump/Poutine ! – et être aux cotés de TOUS les peuples, condition de l’efficacité pour être aux côtés du peuple vénézuélien ?

Manifestons le samedi 10, dans toute la France, non pas pour le retour au pouvoir de Maduro, mais contre TOUTES les agressions impérialistes !
08.01.2026 à 16:25
aplutsoc2
Hier, mercredi 7 janvier, le DHS, (Department of Home Security, Département de la Sureté Intérieure des Etats-Unis), a organisé la « plus grande opération » de ICE (Immigration and Customs Enforcement), consistant à lâcher 2000 agents armés et masqués sur les villes de Minneapolis et Saint-Paul. Les nervis de l’armée raciste et trumpiste qu’est ICE ont assassiné une femme au volant de sa voiture, qui tentait de faire demi-tour quand ils ont surgi, en lui tirant dessus à travers le pare-brise.
Comme lors de l’assassinat raciste de Georges Floyd, en 2020, à Minneapolis aussi, qui avait déclenché la vague de manifestations à l’origine de la défaite électorale de Trump cette année-là, tout est filmé et la vidéo circule partout. On sait maintenant que la victime, Renée Nicole Good, était une femme – blanche- de 37 ans, maman d’un petit garçon de 6 ans qu’elle allait chercher à l’école, dont le papa était décédé, qui vivait avec une compagne qui a assisté au meurtre, et qu’elle était active dans la « community » du quartier et à ce titre effectuait une surveillance sur les opérations de ICE dans sa rue. Elle publiait également des poèmes.
Tout est filmé, y compris les cris de sa compagne et les insultes des nervis de ICE empêchant par la force un médecin d’intervenir.
Ce n’est pas le premier meurtre de ICE, mais probablement le 9° en quatre mois. Mais la publicité totale de celui-ci et le contexte politique local – Minneapolis est une ville « démocrate », avec un syndicalisme présent – ainsi que la situation générale, 4 jours après le coup de force sur le Venezuela, donnent à cet odieux assassinat un relief particulier.
Immédiatement, des manifestations spontanées, massives, ont éclaté dans tous les Etats-Unis, et les réseaux No Kings se sont mobilisés.

Mais immédiatement aussi, le DHS, sa cheffe Christie Noem depuis le Texas en arborant un costume de cow-boy, et, avec sa vulgarité habituelle, Donald Trump lui-même, ont présenté un récit mensonger doublé d’une innovation langagière : Renée Nicole Good était selon eux une « terroriste domestique ». Ainsi aux « terroristes étrangers » et aux « gauchistes radicaux », s’ajoute cette catégorie universelle : les « terroristes domestiques ». C’est très simple : vous êtes chez vous, ou devant chez vous, et ICE vient vous tuer, et ce meurtre est la preuve que vous étiez une ou un « terroriste domestique ».
Le maire de Saint-Paul (le meurtre a eu lieu à la limite de Minneapolis et Saint-Paul, côté Saint-Paul), Jacob Frey, a exigé que ICE « foute le camp de notre ville ». Mais attention : dès le tout premier communiqué local du DHS, qualifiant leur victime de terroriste, les nervis ont écrit que ce « terrorisme » est « la conséquence de la diabolisation de nos agents par les politiciens des villes sanctuaires » (une « ville sanctuaire » accueille des migrants). Ainsi, ils désignent non seulement n’importe qui comme « terroriste domestique », mais ils accusent les élus démocrates de terrorisme.
A l’aune des discours et des actes de guerre civile et de terreur du pouvoir trumpien, les réactions démocrates sont du pipi de chat car aucun de ces élus, au-delà des discours, n’a entrepris de mettre en œuvre ce dont des millions de femmes et d’hommes ont besoin : l’autodéfense organisée armée, qui, sans aucun doute, serait victorieuse, car c’est la majorité qui ainsi se défendrait.
Ces évènements sont, d’un point de vue mondial, nous disons bien mondial, centraux. L’affrontement principal se déroule aux Etats-Unis mais la résistance ukrainienne, le soulèvement iranien, et la solidarité internationale, vont dans le même sens : celui de la lutte pour résister et pour renverser les tyrans.
Que quelques jours à peine après le coup de force au Venezuela cette nouvelle étape de l’affrontement social et démocratique aux Etats-Unis s’engage est le fait central.
Précisons bien une chose par rapport aux réflexes et commentaires gauchistes habituels, pour qui toute l’opposition à Trump serait marquée par la trouille et la tendance à capituler des chefs Démocrates, et pour qui ce mouvement ne serait pas « révolutionnaire » : il l’est. Il est révolutionnaire, précisément parce qu’il n’a pas de rhétorique « révolutionnaire » héritée du XX° siècle et de ses mensonges staliniens et caudillistes, mais qu’il est pleinement démocratique et même constitutionnel. Là réside son contenu politique et donc social révolutionnaire. La démocratie est la ligne de classe, la ligne de cassure et de bascule sociale autour de laquelle se nouent les affrontements, de l’Ukraine et de la Cisjordanie à Minneapolis en passant par l’Iran.
Les trumpiens l’ont compris à leur façon qui ne prétendent plus du tout restaurer la démocratie dans leurs interventions militaires, et qui se préparent des lendemains difficiles au Venezuela en misant tout sur Delcy Rodriguez et le chavo-madurisme dictatorial et corrompu dont ils veulent faire leur pantin. Pour l’instant, la mainmise simple et directe sur le pétrole n’a pas eu lieu, et encore moins l’élimination du narcotrafic dont tout indique qu’en fait Trump entend non pas l’éradiquer, mais prendre part à ses bénéfices. Car les tyrans fascistes 2.0 sont aussi, bien entendu, des bandits.
L’explosion de protestations démocratiques aux Etats-Unis est aussi le facteur n°1 qui rend difficile la mainmise sur le Groenland, bien avant les réactions apeurées des chefs d’Etat européens. Au Groenland, se construit un sentiment national intégrant la conscience Inuit et y associant les habitants d’origine européenne. L’appel de la chanteuse islandaise Björk à l’indépendance, contre Trump, se situe dans ce cadre et indique quelles évolutions se déroulent dans la conscience collective des pays scandinaves, menacés en même temps par la Russie.
Les arraisonnements par l’armée US de deux bateaux des « flottes fantômes » pétrolières russes en provenance du Venezuela, ainsi que les menaces d’intervention en Iran, peuvent sembler périlleuses pour la Russie. Mais sur l’essentiel – l’Ukraine – Trump aide Poutine. La pression sur la Russie vise à la détacher de la Chine, qui n’a pu réagir à la mise en cause de ses intérêts au Venezuela et qui les voit menacés en Iran.
En Iran, c’est le soulèvement populaire qui est le moteur, et c’est la crainte de la révolution qui suscite les menaces d’intervention US visant à prendre les devants. Des dizaines de manifestants tués n’ont pas stoppé la montée du mouvement marqué ce jour par la libération de plusieurs villes du Sud-Ouest (Nord du Khûzistân) et par la grève générale kurde. L’effondrement de la République islamique ébranlerait tous les tyrans et les hégémons, Trump compris.
Nous avons donc, depuis quelques jours, une combinaison entre l’accentuation de l’affrontement aux Etats-Unis et la fuite en avant de la bande de Mar-a-Lago dans des interventions extérieures : Nigéria, Venezuela, menaces sur Cuba, la Colombie, le Groenland, l’Iran, pression pour que l’Ukraine capitule (ça, ce n’est pas nouveau) et pour séparer la Russie de la Chine (qui ont peu de chances d’aboutir).
Répétons-le, c’est le climat intérieur aux Etats-Unis qui constitue le principal facteur rendant difficile une OPA armée sur le Groenland, rejetée massivement aux Etats-Unis comme au Canada. Le sens de la pression contre le Groenland, c’est l’asservissement de l’Europe. Comme la première ministre social-démocrate du Danemark l’a déclaré, une agression du Groenland serait la mort de l’OTAN. Mais la bande trumpiste mise sur le désarroi, les divisions et les complicités européennes. OTAN et UE seraient cassés en tant qu’institutions ayant tant soi peu de sens et d’efficacité, et Poutine pourrait intervenir en Arctique et en Baltique. Si l’on prend en considération ces paramètres-là, de nouvelles provocations armées visant l’Europe sont logiques et vraisemblables.
Une « anecdote » de réseaux sociaux montre d’ailleurs comment le régime russe, pourtant sans doute brusqué par certaines opérations US, entend en profiter. Un « même » circule depuis des jours, censé représenter le partage du monde selon Trump. Il y a trois zones : « Me » (moi) en Amérique, Poutine en Russie, Europe et Afrique occidentale, Xi en Asie-Pacifique. Exit l’Europe (et le Canada), exit l’Inde, exit le Japon, exit l’Amérique latine. Mais il s’avère que cette carte, censée se moquer de Trump et exhiber l’impuissance européenne, a pour auteur Kyrill Dmitriev, proche de Poutine, président du principal fond souverain russe, partenaire de Musk dans le projet invraisemblable de pont-tunnel dans le détroit de Behring, actif en politique étrangère. Il a fait un découpage « à la hache » sur la mappemonde, mais pas n’importe comment : toute l’Europe est dans la zone russe, y compris l’Europe nord-atlantique (Royaume-Uni, Scandinavie sauf l’Islande en toute limite). Cette carte revendique l’Europe si la Russie doit perdre Caracas, la Havane et quelques autres points d’ancrage !

Mais la mobilisation démocratique du peuple américain, la perspective de la révolution iranienne , la résistance ukrainienne, sont au moment présent les trois points chauds qui ont l’entière capacité de faire entièrement trébucher les plans concurrents d’asservissement du monde, et qui triompheront si les peuples de toute l’Europe, à l’image de la résistance ukrainienne et de la jeunesse serbe, entrent dans la danse. Soyons clairs : ils y seront, de toute façon, contraints.
VP, le 08/01/26.
07.01.2026 à 15:18
aplutsoc2
Le coup de force impérialo-trumpiste avec le kidnapping de Maduro et son épouse ont évidemment activé, de manière pavlovienne, les réflexes conditionnés par le XX° siècle, le stalinisme et le campisme : « c’est pour le pétrole ! c’est comme en Irak ! c’est l’impérialisme (US, forcément toujours et rien, qu’US) et c’est le sionisme », etc.
Nulle compréhension dans ce concert, qui a pour fonction de désarmer la résistance et la contre-attaque des prolétariats, de cette réalité concrète évidente qui se fait jour : Trump a maintenu le régime maduriste sans Maduro, avec des complicités dans l’Etat et dans l’armée, et l’aile dirigeante du parti au pouvoir, de la boli-bourgeoisie rentière et de l’armée, entend garder le contrôle du pays et réprimer en coopérant avec lui. C’est avant tout un enjeu de pouvoir visant à partager le monde avec Poutine et Xi – et, dans ce cas précis, l’accord du premier, qui a sauvé ses mercenaires russes et permis le sacrifice de la garde cubaine censée protéger Maduro, annonçant ce qu’il fera si Cuba est attaqué – , une attaque contre-révolutionnaire et anti-démocratique contre les peuples du monde entier, dont le peuple étatsunien. Le pétrole n’est pas au centre de cette affaire : Chevron l’achetait déjà et sa cotation se faisait déjà à Wall Street, tout au plus les firmes copines de Trump, sa propre mafia immobilière incluse, iront moderniser les installations si toutefois Delcy Rodriguez parvient à « stabiliser » et réprimer.
On ne peut pas soutenir le peuple vénézuélien en défendant le vieil ordre impérialiste contre le nouveau, celui du partage et de la guerre contre les peuples.
Dans cet esprit, Aplutsoc diffuse ci-dessous trois textes qui nous sont parvenus, qui peuvent comporter des nuances et des appréciations différentes entre eux et avec notre préambule, mais qui ont en commun de réfléchir sérieusement : l’analyse concrète des situations concrètes (comme disait Lénine … ), c’est d’abord dire ce qui est, et l’on ne saurait dire ce qui est si l’on ne saisi par le nouveau et si l’on ne fait que chercher dans ce qui se passe la répétition d’un bréviaire.
Le premier texte est une contribution de Paolo Stefanoni, journaliste connu sur l’Amérique indo-afro-latine, largement diffusée sur les réseaux sociaux, traduite ici du castillan par Marx Saint-Upéry. Il rapproche la chute de Maduro et la fin du chavisme, dernière tentative de révolution sous l’égide d’un Chef, de la chute du Mur de Berlin pour la gauche latino-américaine. Nous faisons précéder le second texte de sa présentation par Marc Saint-Upéry. Ces deux premiers textes nous ont été communiqué par notre camarade Fabrice Andréani.
Le troisième texte, qui circule sur les réseaux sociaux, est d’un militant libertaire vénézuelien, défenseur des droits humains, Rafael Leonardo Uzcátegui, qui permet d’approfondir le caractère non seulement de coup de force de Trump, mais aussi de coup d’Etat interne au pouvoir « bolivarien », de ce qui vient de se passer.
Un mur de Berlin pour la gauche latino-américaine ?
Le discrédit de Maduro est tel qu’il paralyse partout les actions contre la plus grave intervention impérialiste de ces derniers temps
En août 2024, après les élections vénézuéliennes, je concluais ainsi un article publié dans ce même journal : « Les images de la répression au Venezuela – et d’un gouvernement qui se barricade sans même vouloir montrer les procès-verbaux de sa prétendue victoire – constituent un cadeau inestimable pour les réactionnaires de tous bords. Un « socialisme » associé à la répression, aux pénuries quotidiennes et au cynisme idéologique ne semble pas être la meilleure base pour « make progressism great again», si l’on peut dire. J’y soulignais que « si, par le passé, le chavisme était un atout – matériel et symbolique – pour les gauches régionales, depuis le milieu des années 2010, il est devenu de plus en plus un fardeau ».
Pour une gauche qui croyait devoir affronter encore bien des années de désarroi politique, le chavisme est tombé du ciel comme un miracle. Après la chute du mur de Berlin, et en plein règne de la « pensée unique » néolibérale, qu’un président latino-américain parle de socialisme était quelque chose d’inattendu. Chávez était capable de citer le livre Bolchevisme : le chemin vers la révolution, du marxiste britannique Alan Woods – sur l’importance du « parti révolutionnaire » – et d’en lire des extraits à la télévision. Ou bien d’inviter des penseurs de gauche à discuter de leurs visions du changement social à Caracas. En bref, Chávez rouvrait le débat sur le socialisme alors que celui-ci semblait clos.
Diverses initiatives de « pouvoir populaire » semblaient donner corps à cette révolution – Fidel Castro avait enfin trouvé à qui passer le flambeau. L’Amérique latine était à nouveau le territoire de l’utopie, et un tourisme révolutionnaire bigarré débarqua à Caracas et dans ses quartiers les plus combatifs, comme l’emblématique 23 de Enero.
Mais sous ce manteau de radicalité, une élite s’est rapidement formée, qui s’est servie de l’État comme source d’enrichissement personnel et de pillage des ressources nationales, y compris pétrolières. Les services publics que la révolution bolivarienne était censée garantir se sont rapidement dégradés ou ont donné lieu dès le départ à des expériences faillies. Le « pouvoir populaire » dissimulait une caste bureaucratique et autoritaire qui contrôlait le pouvoir réel et un État qui rendait inutilisable tout ce qu’il nationalisait.
Les célèbres « missions » de santé organisées par Cuba, aujourd’hui exsangues ou évaporées, étaient en réalité des opérations de commandos de médecine primaire dont l’essor fut parallèle à la destruction du système de santé publique. Paradoxe d’un « socialisme » qui a démantelé les formes d’État-providence, modestes mais bien réelles, qui existaient avant Chávez au Venezuela et les a remplacées par des initiatives erratiques financées par les ressources pétrolières [NdMSU : et rongées par la corruption et les détournements de fonds].
Tout cela s’est aggravé après la mort de Chávez. Une partie de la gauche – à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela – a alors cherché des excuses en attribuant tous les maux au « madurisme », qui s’était écarté de la voie tracée par Chávez : le « chavisme non maduriste ». Avec l’aggravation des crises successives, après la période de prospérité pétrolière, l’énergie de la population s’est concentrée sur la recherche de solutions de fortune aux problèmes du quotidien. Cette quête de réponses individuelles à une vie quotidienne devenue impossible a trouvé son expression la plus dramatique dans l’un des plus grands — voire le plus grand — exode migratoire d’Amérique latine. [NdMSU : plus ou moins à égalité avec la migration des Syriens, qui eux fuyaient un état de guerre]
Pendant ce temps, le régime s’éloignait de plus en plus de sa base de légitimité électorale, qui avait pourtant été l’un des moteurs du chavisme. Un populisme sans peuple remplaçait le « peuple de Chávez ». On pouvait voir partout sur les murs des villes vénézuéliennes le dessein stylisée des « yeux de Chávez » – en tant que commandant éternel –, mais ce regard vigilant était de plus en plus invisibles pour l’homme de la rue. Comme cela s’était jadis passé avec le « socialisme réel », les mots avaient perdu leur sens.
Une fois de plus, comme hier à Cuba, la source de la légitimité politique n’était plus les conquêtes sociales, mais la résistance à l’« encerclement impérialiste » (qui avait certes une part de réalité). Le fait que le Venezuela soit une puissance pétrolière a également alimenté la suspicion que l’Empire cherchait à « voler » son pétrole – une idée quelque peu simpliste que Donald Trump cherche aujourd’hui à relancer, même si les entreprises pétrolières étatsuniennes semblent faire preuve d’une certain scepticisme à cet égard.
L’épopée de la résistance a remplacé celle de la construction d’un modèle politiquement démocratique et économiquement viable. Comme l’écrit le philosophe cubain Wilder Pérez Varona à propos de son propre pays, le lexique de la Révolution – souveraineté, peuple, égalité, justice sociale – a cessé de fonctionner comme une grammaire commune et comme un horizon de sens capable d’organiser l’expérience sociale. Le revers de la médaille , c’est une répression croissante, avec la participation active du redoutable et redouté Service bolivarien de renseignement national (SEBIN), qui jouit du pouvoir d’incarcérer quiconque sans le moindre respect des droits humains. [NdMSU : et Caracas est aujourd’hui la capitale de la torture politique en Amérique latine]
Le Venezuela s’est alors transformé en puissant outil de propagande pour la droite. Les médias internationaux en sont venus à se focaliser sur ce pays des Caraïbes par rapport à d’autres régimes autoritaires : le Venezuela faisait vendre. Puis, l’émigration massive a fait du débat sur le chavisme un sujet d’actualité nationale dans divers pays. L’énorme quantité de Vénézuéliens répandus à travers le monde incarnaient un témoignage militant beaucoup plus puissant que celui de Corina Machado ou de ses prédécesseurs dans les forums de la droite – et de l’extrême droite – mondiale. Chaque émigrant vénézuélien était un témoignage de l’échec du système.
En général – et avec bien sûr quelques exceptions –, la gauche latino-américaine n’a su trouver ni le langage ni le cadre théorique lui permettant de mettre en question les dérives du régime bolivarien, pas plus qu’elle n’a su se forger une place dans le débat public à ce sujet, même si elle a souvent pris silencieusement ses distances du Venezuela. Dans les débats domestiques des divers pays, critiquer le chavisme semblait revenir à se rallier à la droite, ce qui n’aidait pas à définir un « lieu d’énonciation » adéquat. (Il en va pour bonne part de même pour ce qui est de l’invasion russe de l’Ukraine).
Au jour d’aujourd’hui, le résultat est catastrophique. On assiste à une espèce de chute du mur de Berlin pour les gauches latino-américaines – et aussi pour celles de certains pays d’Europe. Le discrédit de Maduro est tel qu’il paralyse partout les actions contre la plus grave intervention impérialiste de ces derniers temps, qui reste impunie.
La Maison Blanche a clairement indiqué qu’elle mettait en œuvre le « corollaire Trump » de la doctrine Monroe, pourtant déclarée caduque par le secrétaire d’État John Kerry en 2013. Cette doctrine, conçue contre l’intervention des puissances extra-continentales à la fin des luttes pour l’indépendance, allait finir par justifier, comme l’explique le politiste brésilien Reginaldo Nasser, l’ingérence pure et simple de Washington dans les affaires intérieures de ses voisins face à toute menace ou prétendue menace contre la sécurité des États-Unis.
Le « corollaire Trump » sert aujourd’hui à défendre de manière éhontée les intérêts étatsuniens et à renforcer les forces d’extrême droite dans la région. Contrairement aux néoconservateurs de l’ère Bush, Trump ne parle plus de démocratie et de droits de l’homme pour justifier ses interventions. Il n’y a aucune hypocrisie dans ses discours, c’est un impérialisme à l’état pur qui se permet de kidnapper Maduro, d’aspirer à voler le Groenland au Danemark, ou de dire que les États-Unis géreront le Venezuela jusqu’à ce qu’il y ait une transition acceptable pour Washington, faisant place libre aux compagnies pétrolières gringas.
De fait, pourquoi un « lumpencapitaliste » aux velléités autocratiques dans son propre pays, qui méprise et sabote l’ordre multilatéral, prétendrait-il instaurer la démocratie au-delà de ses frontières ? Sa politique bénéficient du soutien de la galaxie des extrêmes droites régionales, qui considèrent Trump, à bien des égards, comme « leur » président. La voix la plus audible de ce chœur est celle de l’Argentin Javier Milei, qui s’émeut presque jusqu’aux larmes chaque fois qu’il narre ses rencontres avec le magnat new-yorkais.
L’héritage toxique de Maduro disqualifie aujourd’hui les actions anti-impérialistes et, tout comme lors de la chute du mur de Berlin, les débris de cet effondrement tombent aussi bien sur ceux qui ont critiqué Maduro que sur ceux qui l’ont soutenu. Les crises de type catastrophique ne tiennent pas compte des nuances : elles font basculer le pendule à l’extrême opposé. Aujourd’hui, cet extrême est la vague réactionnaire qui déferle sur la région et qui définit le difficile nouveau champ de bataille politique sur lequel doivent agir les forces démocratiques de gauche, affaiblies mais toutefois pas vaincues.
Pablo Stefanoni.
Présentation d’Andrès Izarra par Marc Saint-Upéry.
Voilà comment se présente l’auteur de ce texte, Andrés Izarra:
« Opérateur de médias et de canaux d’influence. Ancien ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela. Fondateur et président de Telesur sous le gouvernement d’Hugo Chávez. Exilé par Maduro. Il connaît le système de l’intérieur : ses opérateurs, ses motivations, ses limites. Cette expérience éclaire son analyse, mais ne la détermine pas. Il n’y a pas chez lui de loyauté résiduelle ni de wishful thinking.”
Ayant été ministre de Chavez et de Maduro et ayant abandonné cette barque militaro-mafieuse à la dérive (comme des dizaines d’autres anciens ministres et hauts-fonctionnaires), Izarra n’est certainement pas un petit saint, mais je sais qu’il est très bien informé, et son analyse vaut largement le détour et tranche avec les approximations vaseuses et les imprécations analphabètes de la plupart des philochavistes et antichavistes.
J’ai quelques micro-désaccords secondaires avec certaines affirmation de son texte, et il est sans doute par ailleurs un peu elliptique et allusif pour qui ne connait pas bien le Venezuela et l’Amérique latine, mais il y a aussi des formules synthétiques extrêmement fortes et éclairantes qui résument avec vigueur la situation.
J’essaierai de revenir avec des documents ad hoc, sur ce que veut dire exactement Izarra lorsqu’il parle de “négociation » et de “trahison » parfaitement exécutées.
(Encore une fois, faites amplement circuler, surtout si vous avez encore des lou ravis méluchocompatibles et des néo-bolcheviks en peau de lapin parmi vos connaissances)
Le changement de régime parfait : quand capturer vaut mieux que détruire.
5 janvier 2026
Au petit matin du 3 janvier, Donald Trump a fait ce que beaucoup d’entre nous pensaient impossible de faire sans payer le prix fort : un changement de régime au Venezuela.
Des hélicoptères Chinook transportant des forces Delta ont pénétré dans Caracas, ont enlevé Maduro et l’ont déposé quelques heures plus tard dans une cellule à Brooklyn. Le 5 janvier, il a été présenté devant un juge fédéral sous l’accusation de narcoterrorisme.
Une perfection plus que suspicieuse
Pour capturer Noriega en 1989, les États-Unis ont dû raser El Chorrillo et tuer des milliers de personnes. L’opération a duré près d’un mois.
Où était l’armée « chaviste » ? Les collectifs armés ? La milice bolivarienne ? Les roquettes russes ? La « guerre populaire prolongée » qu’ils promettaient ?
« Le plus facile [pour les Yankees] ne se ra pas d’entrer mais de sortir », se vantaient les chaises. Ils sont entrés, ils sont sortis et ils ont emporté leur proie sans la moindre résistance.
L’histoire devra résoudre les détails de la négociation qui a ouvert à Maduro et à sa femme les portes d’une prison fédérale de haute sécurité aux États-Unis .
Le succès tactique n’est pas seulement celui des forces spéciales américaines. Il est aussi celui d’une trahison parfaitement exécutée.
La victoire stratégique
Cette opération redéfinit le « changement de régime » pour le XXIe siècle, à la lumière des bourbiers irakiens et afghans.
Son triomphe stratégique est d’avoir réussi à prendre le contrôle effectif du Venezuela sans payer le prix de la « reconstruction nationale ». Il n’y a pas de reconstruction institutionnelle, pas de désarmement des milices, pas de création de nouvelles forces de sécurité. Il n’y a pas d’occupation avec cent mille soldats pendant une décennie. Il n’y a pas d’insurrection, pas de vide du pouvoir, pas de chaos à gérer.
Trump l’a dit sans détour : il s’agit de s’emparer des ressources, à commencer par le pétrole. La démocratie peut attendre.
Ce que Trump met en œuvre aujourd’hui, avec la collaboration enthousiaste des Rodríguez [frère et soeur], n’est pas une libération : c’est une appropriation néocoloniale. Il s’arroge, par la force pure, le droit de gouverner le pays. De décider qui commande et qui ne commande pas. D’ouvrir le sous-sol vénézuélien à ses compagnies pétrolières. De gérer un pays de 31 millions d’habitants comme s’il s’agissait d’une concession.
S’il s’agissait d’une transition démocratique, si Delcy était le pont temporaire que certains imaginent, il y aurait des élections dans quelques mois, et non une période d’adaptation à l’occupation pétrolière étatsunienne.
Le changement de régime n’avait pas pour but la démocratie vénézuélienne.
Son but est le contrôle étatsunien.
Ce n’est pas Balaguer
On dit que Delcy serait une Balaguer [successeur du dictateur dominicain Trujillo en 1966] : la continuatrice qui prépare la transition démocratique.
Ce n’est pas le cas.
Trujillo avait construit un régime personnalisé, il incarnait l’État. Quand il a été assassiné, le vide était inévitable. Balaguer a servi de tampon pendant que la transition s’organisait.
Le madurisme est autre chose. Ce n’est pas un régime personnalisé, mais patrimonial : un réseau de militaires, de bureaucrates et d’hommes d’affaires qui s’est emparé de l’État pour le gérer comme un butin.
Un régime ne se définit pas par les noms de ceux qui le composent, ni par sa rhétorique. Il se définit par le fonctionnement du pouvoir : à qui il doit allégeance, sous quelle pression il opère, quelles sont les limites de ce qu’il peut faire ou dire.
Pendant des années, le madurisme s’est légitimé, du moins dans son discours, par sa « résistance » aux États-Unis. Les gouvernants bolivariens pouvaient être corrompus, autoritaires ou incompétents, mais ils étaient « anti-impérialistes ». Cette fiction leur conférait une cohésion interne et un soutien politique.
Cette fiction a pris fin.
Aujourd’hui, Delcy Rodríguez est là où elle est parce que Trump l’y a mise. Elle doit son poste à Washington. Elle peut répéter des slogans, maintenir le cabinet, invoquer Chávez, voire mener la campagne « Free Maduro ». Mais la substance du régime a changé. De facto, c’est un pouvoir subordonné au diktat américain.
La victoire de Trump a été d’arracher le volant à Maduro sans envoyer la voiture dans le décor et de s’asseoir lui-même à la place du chauffeur.
Lorsque le leader d’un régime personnalisé tombe, le système s’effondre. Il n’y a pas d’État sans lui.
Lorsque le chef d’une mafia tombe, la structure ne s’effondre pas : elle s’adapte. Elle cherche un nouveau patron. Elle négocie sa survie.
Les loyautés ne sont ni idéologiques ni morales. Elles sont contractuelles. Ce qui importe, c’est que le business continue.
C’est pourquoi Trump a pu évincer le parrain sans démanteler la structure. Il n’a pas détruit l’appareil chaviste pour construire quelque chose de nouveau. Il l’a capturé et mis à son service.
C’est le changement de régime parfait. Non pas parce qu’il est moralement acceptable ou juridiquement justifiable, mais parce qu’il atteint son objectif, le contrôle d’un pays, sans avoir a payer les coûts qui ont coulé les États-Unis en Irak et en Afghanistan.
Il ne sera pas nécessaire d’expliquer pourquoi des soldats étasuniens meurent à Caracas dans cinq ans. Ni de justifier des milliards de dollars de reconstruction. Le pétrole coulera, les contrats seront signés et le gouvernement local obéira sans que Washington ait à gouverner directement.
C’est pourquoi cet événement est historique. Non pas à cause de l’opération militaire, mais à cause du modèle qu’il inaugure :
On ne détruit plus un État, on le capture.
On n’occupe pas un territoire, on contrôle ses élites.
On ne fait pas du nation-building. On réoriente la nation existante .
Et tout a fonctionné parce que le régime de Maduro n’était pas révolutionnaire, mais mafieux.
Et les États mafieux, de par leur nature même, sont transférables.
Andres Izarra.
« Ne pas être idiots utiles des oligarchies (de gauche).
L’attaque américaine contre le Venezuela est condamnable sous de nombreux angles. Pour la première fois, le pays est bombardé sur son propre territoire par un gouvernement étranger. Mais en politique, les apparences sont souvent trompeuses. Avec le peu d’informations disponibles – et en regardant les faits et le comportement des acteurs – l’intrigue du conflit vénézuélien semble avoir pris un tournant inattendu : un coup d’État interne au chavisme, facilité par « l’impérialisme ».
Les événements sont toujours en cours, mais jusqu’à ce que cette note rédige quatre faits permettent de soutenir une hypothèse préliminaire : l’attaque elle-même, les déclarations de Donald Trump, les déclarations de Delcy Rodriguez et la décision de la Cour suprême de justice.
1) L’attaque : force écrasante, défense inexistante
Après des mois de siège et de pression, et après des attaques contre des bateaux qui ont fait plus de 100 victimes, l’armée américaine a attaqué le Venezuela au petit matin samedi 2 janvier. Il n’y a pas de partie officielle des dégâts. Selon des rapports, au moins plusieurs points de nature militaire ont été bombardés à Caracas, La Guaira, Aragua et Miranda, avec un accent particulier sur Fuerte Tiuna, où se trouvait Nicolas Maduro.
Jusqu’à présent, le gouvernement n’a publié aucun nombre de morts et de blessés. Le New York Times parle d’au moins 40 morts parmi les militaires et les civils. La plupart des pertes se sont produites pendant la capture de Maduro.
Le plus frappant n’est pas seulement l’attaque, mais l’absence de réponse militaire vénézuélienne. Bien que la possibilité d’une opération d’extraction ait été annoncée, la réaction a été nulle – pour ne pas dire inexistante – : il n’y a pas d’images de tirs défensifs ni de signes de résistance soutenue. Certains analystes ont ironisé que « les hélicoptères gringos se sont baladés comme Pedro dans leur maison ». La journaliste spécialisée Sebastiana Barráez a affirmé qu’à ce moment-là, la moitié du personnel militaire était en congé de Noël. Trump, pour sa part, a affirmé qu’il n’y avait pas eu de perte d’équipement ni d’incident avec le personnel américain pendant l’opération.
2) Trump : la confession implicite d’un nouveau scénario
Le deuxième acte a été la conférence de presse de Donald Trump, où il a confirmé la capture de Nicolas Maduro et de Cilia Flores. Là, il a lancé des phrases qui, ensemble, ressemblent moins à de la propagande et plus à des signes d’accord : il a dit qu’il avait « longuement parlé à Delcy Rodriguez », que « Rodriguez ferait tout ce qu’ils disent », qu’il « gouvernerait le Venezuela pendant un certain temps », et a terminé en rejetant María Corina Machado avec une phrase délibérément humiliant : « une jolie femme mais sans soutien au Venezuela ».
Au-delà du ton, le message central était clair : Trump a placé Delcy en tant qu’interlocutrice et en tant que pièce de transition.
3) Delcy : anti-impérialisme de procédure, omissions cruciales
Puis Delcy Rodriguez a parlé. Elle a utilisé, oui, le jargon anti-impérialiste typique du chavisme et a déclaré que le Venezuela « ne serait pas une colonie ». Mais son discours avait un centre différent : exiger une preuve que Maduro était en vie et présenter un dossier contenant le soi-disant décret d’« état de choc extérieur » – un article dont personne ne connaît le texte – pour demander au TSJ une interprétation.
Et surtout, sa première allocution était pleine d’omissions et de rebondissements difficiles à ignorer :
– Elle a annulé les mobilisations que d’autres porte-parole chavistes avaient encouragées contre l’attaque et a appelé à « calme » et à « rester chez soi ».
– Elle n’a pas donné de chiffres de morts et de blessés, ni parlé de l’ampleur des dégâts.
– Elle s’est écartée du récit d’« attaque contre la population » et, malgré quelques phrases dures, il a semblé inhabituellement condescendant envers les États-Unis après une agression de cette ampleur.
Dans une telle situation, ce qui n’est pas dit en dit souvent plus que ce qui se prononce.
4) Le TSJ : le raccourci pour ne pas appeler les élections
Enfin, la décision de la Cour suprême de justice. Des mois plus tôt, Nicolas Maduro avait parlé d’activer un « décret d’état de choc extérieur » en cas d’agression. Son contenu, jusqu’à présent, reste secret. Ce n’est pas le mystère qui compte, c’est l’utilité politique. Ce décret comporterait une formule permettant de définir qui exerce des fonctions présidentielles en cas d’absence.
Delcy a demandé une « interprétation » au TSJ et le tribunal a répondu rapidement : il l’a nommée « président en charge ».
Le problème est que la Constitution ne prévoit pas de « présidence chargée », « provisoire » ou « intérimaire » en cas d’absence du président. L’article 233 stipule que s’il y a faute absolue avant quatre ans du mandat, le Vice-Président exécutif prend en charge la convocation de nouvelles élections dans 30 jours (et prêter serment à l’élu selon la procédure). En simulant le « décret de choc », Delcy évite le point décisif : elle ne déclare pas l’absence absolue et ne convoque pas d’élection.
Pour dire simplement : le TSJ a fabriqué une issue pour conserver le pouvoir sans passer par la voie constitutionnelle.
Le fond : une faction prête à gérer la continuité
Delcy Rodriguez et son frère Jorge Rodriguez ont été les pièces centrales du dôme chaviste depuis des années. Jorge se voit attribuer une intelligence froide, une capacité de manœuvre et un talent de négociation : il a dirigé la partie officielle dans différents processus, notamment l’Accord de Barbade. Il a également tissé des ponts avec des hommes d’affaires, des partis « opposants » et des secteurs de la société civile qui ont été qualifiés de « normalisateurs ».
Ces derniers mois, en outre, une opération de positionnement – y compris des interviews médiatiques – aurait été promue aux États-Unis pour présenter Delcy comme une personnalité « fiable » et « modérée ». Si tel est le cas, alors ce qui s’est passé ne serait pas un accident : ce serait la phase opérationnelle d’un plan.
Conclusion : ce n’est pas une « invasion classique » ; c’est quelque chose de plus trouble
Nous aurons plus de données dans les prochaines heures, mais jusqu’à présent tout indique une situation surprenante : une faction du chavisme aurait livré Maduro pour garder le contrôle du pouvoir, avec le soutien ou l’aval des États-Unis.
Si en ce moment vous êtes véritablement indigné par l’incursion américaine – et à juste titre : le précédent est terrible –, ne devenez pas un idiot utile des oligarchies de gauche. Cela ne ressemble pas à la carte postale simple d’une « invasion impérialiste » traditionnelle. Ça sent plutôt le réaménagement interne, le remplacement contrôlé et la continuité maquillée. Trahison négociée.
Ne me crois pas. Cherche, contraste, connecte les points, pose-toi des questions. Et surtout, pense par toi-même. »
Rafael Leonardo Uzcátegu
05.01.2026 à 23:23
aplutsoc
Jenny (Eugénie) Plocki est décédée la nuit dernière à l’âge de 100 ans. Survivante de la Rafle du Vel d’Hiv, avec son petit frère, le futur écrivain anti-fasciste Maurice Rajsfus (1928-2020), elle le fut grâce à la lucidité de ses parents ; ceux-ci ne se faisant aucune illusion sur le sort funeste qui les attendaient, se décidèrent à laisser partir leurs enfants lorsque la police française, cette grande ordonnatrice et exécutante de cette ignoble rafle, offrit la possibilité de laisser les enfants sur place. Ainsi, Jenny et Maurice réussirent à survivre à Vincennes jusqu’à la Libération avec la complicité de leur entourage.
Après la guerre, elle fit un bref passage au PCI, l’organisation trotskyste officielle après 1945, puis un compagnonnage avec le groupe Socialisme ou Barbarie. Jenny devint institutrice, et milita en syndicaliste à la FEN au sein de la tendance École Émancipée. Elle milita activement contre la guerre d’Algérie, participa à la fondation et à l’action du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception) durant les années 70. Elle se plongea pleinement dans le mouvement de Mai 68 avec son compagnon de toute sa vie adulte, Jean-René Chauvin. Ils étaient bien placés pour cela : ils résidaient dans le quartier Monge à côté du quartier Latin. Elle entra dans la grève en tant qu’enseignante, avec l’Ecole Emancipée, dès le vendredi 17 mai alors que la FEN ne lança la consigne de grève qu’au lundi 20 mai.
Elle fut une enseignante exceptionnelle dotée d’un contact extraordinaire avec les enfants. Spécialisée dans les classes de CP, Jenny avait adapté plusieurs méthodes anglaises d’apprentissage de la lecture. C’était une personne merveilleuse, d’une formidable sagacité, d’une curiosité insatiable. Passionnée par la littérature anglaise, Jenny Plocki était également traductrice. On lui doit notamment la co-traduction du terrible témoignage de Rudolf Vrba « Je me suis évadé d’Auschwitz » (Ramsay, 1988). Mais c’est comme témoin de la Shoah que le grand public l’a découverte. D’abord comme narratrice du beau récit-roman de Geneviève Brisac « Vie de ma voisine » (Grasset, 2017, « Points », 2018). Puis, surtout, comme intervenante dans plusieurs documentaires. Dans « La Rafle du Vel d’Hiv, la honte et les larmes » de David Korn-Brzoza (France 3, 2022), elle crevait l’écran. Le film se finissait sur elle, traduisant le mot en yiddish que son père avait écrit sur un bout de papier et jeté du train en partance pour Auschwitz le 27 juillet 1942 : « Soyez tranquilles les enfants, Maman et moi nous partons Ensemble. Vivez et espérez. »
Jusqu’au bout, Jenny, devenue physiquement affaiblie, a gardé toute son intelligence, lisait des livres (en anglais), recevait son quotidien du soir en papier, se tenait au courant de l’actualité et pestait contre l’évolution folle du monde, elle qui, accompagnant son père, avait vécu les manifestations antifascistes des années 1930 et la liesse populaire de 1936…
Rédigé à partir d’un post Facebook de Laurent Joly et de la page Wikipedia de Jenny Plocki
05.01.2026 à 21:52
aplutsoc
Trump a déclaré : « On va parler du Groenland dans les 20 jours”. Après quoi il a menacé Cuba, la Colombie et le Mexique.
Si cette fuite en avant se confirme, soit Xi et Poutine acceptent tacitement comme pour le coup de force au Venezuela, mais dans ce cas l’impérialisme US est temporairement très renforcé (et à court terme encore plus déséquilibré et en crise).
Soit Xi et Poutine optent pour prendre leurs « parts », en attaquant Taïwan pour le premier, ce qui induira la guerre avec le Japon, en attaquant l’aire Baltique et l’aire Arctique pour le second, et/ou en tentant d’écraser l’Ukraine si, ce qui pourrait se produire, les États-Unis sabotent ouvertement et militairement la résistance.
La guerre arrive. Mais laquelle ?
Pas celle « de l’impérialisme américain et de l’OTAN contre les forces progressistes et anti-impérialistes », discours qui désarme les peuples en leur mentant. Notons qu’au Venezuela, c’est pour l’instant un régime maduro-trumpiste que cherche Trump !
Pas celle des impérialismes hégémoniques entre eux, pas la guerre entre Chine et États-Unis annoncée par bien des commentateurs, pas tout de suite. Car d’abord, il leur faut, à tous les trois, s’en prendre aux peuples, et s’en prendre à l’Europe.
En Europe, les impérialismes européens déclassés et désemparés ne sont bons qu’à saboter la nécessaire résistance et la contre-attaque des peuples. Ils ne veulent pas froisser Trump qui les méprise, ils ont peur de la chute de Poutine s’il perd en Ukraine, ils ont cautionné le massacre génocidaire de Gaza.
Les déclarations successives de l’exécutif français le montrent bien :
L’attaque du Groenland, l’asphyxie de Cuba, les opérations « spéciales » au Mexique et les provocations contre la Colombie sont imminentes. Poutine est logiquement en mesure d’attaquer au Svalbard (Arctique) et/ou en Lettonie en cas d’attaque US au Groenland.
Il faut sortir des fantasmes du passé, ce n’est ni pour ni contre l’OTAN, c’est la guerre européenne sur deux fronts qui se dessine. La guerre des hégémons impérialistes contre les peuples est la guerre qui vient rapidement.
La résistance armée des peuples peut et doit y répondre, comme en Ukraine !
Comprenons que c’est l’affrontement politique dans chaque pays qui est le début de la guerre. Il y a continuité : en France, Trump menace de « punir » les juges qui rendraient Marine Le Pen définitivement inéligible, et Macron sabote la défense nationale et démocratique contre Trump et Poutine, lui qui a dissous l’Assemblée nationale pour installer un gouvernement Bardella et a échoué.
Ce n’est pas seulement l’Europe, avec l’Ukraine, qui doit s’engager dans le combat, c’est l’Amérique, c’est l’Afrique, c’est le monde, et c’est le peuple américain déjà en situation d’affrontement montant contre Trump.
Cette guerre, la guerre sociale, écologique et démocratique, constitue le vrai combat pour la paix, car si nous battons les tyrans et les hégémons, nous empêcherons la guerre finale, inter-impérialiste et nucléaire. Mais ne racontons pas d’histoire : la guerre sociale, écologique et démocratique, avec ses méthodes de masse, ses méthodes démocratiques, sera vaincue si elle écarte les moyens militaires. Elle aura une dimension militaire. C’est une nécessité pour la gagner et ainsi sauver le monde humain en empêchant la guerre finale, inter-impérialiste et nucléaire.
Il est temps, il est plus que temps, que le mouvement ouvrier et syndical rompe avec les phrases campistes et pseudo-pacifistes et, comme les syndicats baltes, bélarusses en exil, et scandinaves, ont commencé à le faire, et comme la gauche ukrainienne nous y appelle, prendre à bras-le-corps les questions :
– de la production militaire sous contrôle social et non sous celui des trusts de l’armement,
– de l’organisation militaire démocratique combinée à la mobilisation sociale, avec droit syndical et large féminisation.
La défense des sociétés humaines contre le fascisme 2.0 et contre les hégémons est une affaire trop sérieuse pour être laissée à Macron, Starmer, Merz ou Kallas qui ne feront que l’handicaper et la trahir. L’Europe avec les peuples du monde, du Brésil à la Chine, doit être et peut être le tombeau des tyrans et le terrain de la contre-attaque.
05/01/2026 soirée.
04.01.2026 à 21:04
aplutsoc2
Contre Maduro, c’était d’une facilité déconcertante. Les matamores corrompus sont de bonnes cibles. Là dessus Trump a écarté toute « restauration de la démocratie » : il a écarté d’un revers de main Maria Corina Machado, dont le représentant E. Gonzales Urrutia était le vrai vainqueur de la dernière élection présidentielle. La faction qui se proposait à gouverner pour lui est, pour l’heure, récusée : il ne veut ni élections, ni respect des dernières élections, il mise sur l’appareil d’Etat et l’armée.
L’appareil d’Etat et l’armée bolivariens : tels sont les faits. Trump désigne la vice-présidente de Maduro, et ministre des Hydrocarbures, Delcy Rodriguez, comme étant la mieux placée pour lui servir de fantoche !
Dans le pays, celle-ci, tout en affirmant que « la révolution bolivarienne continue », a exclue expressément toute mobilisation. Ceci s’ajoutant à la peur des bombardements, aux coupures électriques et d’internet, créé une situation réelle de choc et de confinement. Les patrouilles du régime ci-devant maduristes circulent. Et l’on doit s’inquiéter pour les prisonniers politiques : sont-ils nourris ? que risque-t-il de leur arriver ? – notons bien que ni Trump, ni Rubio, ni Hedsegh, n’ont eu un mot pour elles et pour eux !
Première leçon donc : les anti-impérialistes dictateurs sont des bons à rien devant l’impérialisme et celui-ci ne demande qu’à recycler leur appareil d’Etat, leurs rentiers et leurs nervis en les mettant directement à leur service. C’est ce à quoi Poutine n’est jamais arrivé envers Zelensky et l’Ukraine, car là il y a pu y avoir résistance populaire dans et en dehors de l’armée !
Leçon complémentaire probable : le narcotrafic alibi a encore de belles heures devant lui. Trump a gracié l’ex-président narco du Honduras, Juan Orlando Hernandez : il ne s’agit sans doute pas de mettre fin au narcotrafic, mais de le contrôler et d’en saisir les bénéfices, exactement comme pour le fameux pétrole !
Les réactions internationales doivent s’analyser à l’aune du document de sécurité nationale sorti à Washington début décembre, qui édicte : les Amériques sous contrôle total des Etats-Unis, politique de la porte ouverte en Asie-Pacifique, et l’Europe est l’ennemie. Hedsegh a depuis confirmé que les Etats-Unis veulent l’extrême droite au pouvoir en Europe, comme le veut Poutine, et Vance a dénoncé les armes nucléaires françaises et même britanniques comme potentiellement dangereuses pour les Etats-Unis (parce que noirs et musulmans pourraient s’en emparer !). Washington a préconisé, pour gouverner le monde, un « G5 » : Etats-Unis/Russie/Chine/Japon/Inde. Ils y mettent la Chine en l’encadrant, mais en excluent les impérialismes européens (dont la France et le Royaume-Uni, toujours membres du Conseil de Sécurité de l’ONU), ainsi que les puissances latino-américaines, Brésil et Mexique, tout en menaçant directement la Colombie.
Moscou a approuvé expressément le document US dit de sécurité nationale. Bien sûr, Poutine et Xi y vont de leurs petites invocations contrites sur le « droit international », mais leur accord sur la prise de contrôle du Vénézuéla est patent. Leur présence économique et leurs liens commerciaux, dans l’immédiat, demeurent. Les livraisons pétrolières vénézuéliennes à Cuba, par contre, devraient cesser, ouvrant la voie à l’attaque US contre Cuba, laquelle, si elle se produit, misera elle aussi sur l’accord tacite (et les protestations verbales) de Poutine.
Cela dit, presqu’aucun gouvernement ne manifeste une satisfaction réelle devant le brigandage trumpiste. Les seules exceptions sont accablantes : Netanyahou, Meloni, Milei, Bukele, ainsi que … le président français Macron et le politicien belge, dirigeant du MR (Mouvement Réformateur) Bouchez.
Macron a pris le contrepied du communiqué publié deux heures auparavant par son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot :

La manière dont le président ayant perdu sa légitimité qu’est Macron court-circuite la réaction première du Ministère des Affaires Etrangères pourrait annoncer ce que ferait Macron quand se produira l’attaque contre le Groenland annoncée par la carte diffusée par ses services juste après le coup de force sur Caracas …

Tout converge vers une menace liguée des hégémons mondiaux contre l’Europe, avec l’extrême droite comme cheval de Troie de Trump et de Poutine. Les questions militaires, politiques et sociales vont fusionner. Là se situe l’angle le plus aigüe et le plus urgent d’intervention, d’interpellation et de discussion d’Aplusoc !
Enfin, ce que tous les commentaires sous-estiment ou ignorent : l’arène principale de ce qui se passe au Venezuela, ce sont les Etats-Unis. Le coup de force est aussi la reprise du coup d’Etat en difficulté de Trump, bâillonnant les prérogatives constitutionnelles du Congrès. Rien n’indique à cette heure que Trump ait élargi sa base ces deux derniers jours : ni l’opposition populaire No Kings, ni les divisions dans MAGA dont le non-interventionnisme isolationniste et protectionniste annoncé est un facteur clef, ne semblent surmontés à ce jour, et bien au contraire la ligne de la défense de la démocratie et des éléments démocratiques de la constitution reste le centre du regroupement populaire possible et nécessaire pour battre et chasser Trump, Vance, Thiel and co.
04.01.2026 à 14:12
aplutsoc
Ce qui se déroule aujourd’hui dans les rues des villes iraniennes est le cri d’un peuple acculé par la pauvreté et la misère, l’inflation et la flambée des prix, la répression et l’oppression, la misogynie, l’effondrement économique et la destruction des fondements mêmes de la vie sociale. C’est la conséquence directe de la forme la plus brutale et répressive de privation de droits imposée au peuple iranien.
Ce soulèvement s’inscrit dans la continuité des soulèvements populaires des années précédentes, impitoyablement réprimés et noyés dans le sang par la République islamique. Il constitue un nouveau chapitre de la lutte courageuse du peuple iranien pour mettre fin à cet enfer et bâtir une société démocratique, libre, prospère et affranchie de toute discrimination, oppression et exploitation. Pourtant, pendant ce temps, la République islamique – désormais incapable de fournir les besoins les plus élémentaires à la survie d’une société humaine, tels que l’eau, l’électricité, l’énergie et un air pur – continue de clamer sa propre survie honteuse et la destruction continue du pays. En envoyant les forces de répression dans les rues et en transformant les manifestations pacifiques en bains de sang, elle tente une fois de plus de surfer sur la vague puissante et transformatrice de la demande de changement fondamental du peuple iranien.
Mais la dure réalité est la suivante : le peuple iranien, épuisé et dépossédé, n’a plus rien à perdre. Il n’est plus disposé à tolérer les conditions misérables actuelles, même pour un court instant. Parallèlement, le gouvernement est totalement incapable d’apporter la moindre amélioration à cette situation catastrophique.
Ce qui se passe aujourd’hui dans les rues et les villes d’Iran n’est plus une simple protestation, c’est une révolution. Une révolution qui connaîtra peut-être des hauts et des bas, des avancées et des reculs, mais qui ne cessera jamais d’avancer. Un chapitre de l’histoire s’écrit en Iran, une histoire que le peuple iranien, de la Révolution constitutionnelle [1905-1911] à la Révolution de 1979, n’avait pu pleinement réécrire. Aujourd’hui, dans un monde radicalement différent, le pays traverse une importante révolution sociale et politique, puisant ses racines dans de grands mouvements sociaux modernes tels que le mouvement ouvrier, le mouvement enseignant, le mouvement contre les exécutions et pour les droits humains, le mouvement des retraités et le mouvement féministe.
Nous, membres du Syndicat libre des travailleurs iraniens – organisation née du cœur du mouvement ouvrier et de décennies de lutte acharnée – mettons en garde les dirigeants de la République islamique contre la poursuite des politiques de répression, des violences et des effusions de sang en réponse aux revendications légitimes du peuple. Nous affirmons que, tout comme nous avons été aux côtés du peuple iranien dès les premiers jours des soulèvements récents, nous poursuivrons notre lutte responsable jusqu’à ce que le pays soit libéré de l’emprise de l’oppression et de la dictature. En tant que travailleurs et en tant que peuple iranien, nous avons le droit d’exiger un changement fondamental dans ce pays.
En appelant les travailleurs de tout le pays – et plus particulièrement ceux des secteurs clés comme le pétrole, la sidérurgie et l’automobile – à jouer un rôle actif dans l’évolution politique du pays, nous déclarons, avec responsabilité et un profond engagement envers la cause de la libération de la classe ouvrière et du peuple iranien, que nous nous opposerons fermement à toute tentative du gouvernement d’opprimer le peuple, ainsi qu’à toute ingérence orchestrée par des puissances régionales ou mondiales.
Syndicat libre des travailleurs iraniens – 3 janvier 2026
Version originale en anglais de cette déclaration
Statement by the Free Union of #Iranian Workers on the Nationwide, Freedom-Seeking Uprisings in Cities Across the Country
What is unfolding today on the streets of cities across Iran is the cry of people pushed to the edge by poverty and misery; inflation and soaring prices; repression and suffocation; misogyny; economic collapse; and the breakdown and destruction of the very foundations of social life. It is the direct result of the most brutal and repressive form of rightlessness imposed on the people of #Iran.
This uprising is a continuation of the popular uprisings of previous years, which were mercilessly crushed and drowned in blood by the Islamic Republic. It is another chapter in the people of Iran’s self-sacrificing struggle to put an end to the existing hell and to build a society that is democratic, free, prosperous, and free from discrimination, oppression, and exploitation.
Yet in the meantime, the Islamic Republic—now incapable of providing even the most basic requirements for the survival of a human society, such as water, electricity, energy, and clean air—continues to beat the drum of its own disgraceful survival and the ongoing destruction of the country. By sending repression forces into the streets and turning peaceful protests into bloodshed, it is once again trying to ride out the powerful and transformative wave of the Iranian people’s demand for fundamental change.
But the hard reality is this: the exhausted and dispossessed people of Iran have nothing left to lose. They are no longer willing to tolerate the current miserable conditions, even for a short time. At the same time, the government is completely incapable of bringing even the slightest improvement to these deeply catastrophic conditions.
What is happening today in the streets and cities of Iran is no longer just a protest—it is a revolution. A revolution that may experience ups and downs, advances and setbacks, but will not stop moving forward.
A chapter of history is being turned in this country—a history that, from the Constitutional Revolution to the 1979 Revolution, the people of Iran were unable to fully reshape. Now, in a world very different from the past, the country is going through a major social and political revolution, rooted in large modern social movements such as the workers’ movement, the teachers’ movement, the movement against executions and for human rights, the retirees’ movement, and the women’s movement.
We, in the Free Union of Iranian Workers—as an organization born out of the heart of the workers’ movement and decades of relentless struggle by workers—warn the leaders of the Islamic Republic against continuing policies of repression, violent crackdowns, and bloodshed in response to the people’s rightful demands. We declare that just as we stood shoulder to shoulder with the people of Iran from the very first days of the recent uprisings, we will continue our responsible struggle until the country is freed from the grip of oppression and dictatorship.
It is our right, as workers and as the people of Iran, to demand fundamental change in this country.
By calling on workers across the country—especially workers in key industries such as oil, steel, and automobile manufacturing—to play an effective role in the country’s political developments, we declare that, responsibly and with deep commitment to the cause of liberation for the working class and the people of Iran, we will stand firm against any attempt by the government to suppress the people, as well as against any top-down, engineered intervention over the heads of the Iranian people by regional or global powers.
Free Union of Iranian Workers – 3 January 2026
03.01.2026 à 13:07
aplutsoc2
Samedi 3 janvier, 12h.
Quelques jours après avoir donné crédit aux affabulations russes selon lesquelles l’Ukraine aurait bombardé l’un des palais de Poutine, Trump a opéré un coup d’Etat et un coup de force. Le coup d’Etat, il faut le souligner, vise le Congrès des Etats-Unis, à nouveau non consulté ni prévenu pour une opération de guerre. Le coup de force vise le Venezuela.
A l’heure où sont écrites ces lignes, Maduro aurait été embarqué par les forces spéciales US.
Les sommets de l’Etat vénézuélien, après avoir proclamé la « fusion parfaite entre le peuple, l’armée et la police » (sic), implorent Washington – ou plutôt Mar-a-Lago, car la capitale des Etats-Unis dans cette affaire se trouve là – de leur donner des nouvelles de leur président.
C’est au peuple vénézuélien qu’il appartenait de renverser et de juger Maduro, qui serait, si c’est confirmé, désormais prisonnier personnel de Trump. L’opération de brigandage, appelée comme celle de Poutine en Ukraine « opération militaire spéciale », est dirigée contre les peuples de l’Amérique indo-afro-latine, dans le cadre du « corollaire Trump à la doctrine Monroe », c’est-à-dire de la brutalité impérialiste réaffirmée sur tout un continent.
Maduro et son régime n’auront en rien servi à la défense de la souveraineté nationale et à la lutte anti-impérialiste, bien au contraire. Quel contraste avec Chavez, qui, lui, car malgré les contradictions de sa politique le peuple le soutenait, a déjoué deux coups de force victorieusement ; et quel contraste aussi, bien sûr, avec Zelensky, choisissant de se faire leader national en refusant l’exfiltration le 24 février 2022, échappant à la mort ou à l’humiliation par le soutien du peuple malgré les contradictions de sa politique, lui aussi !
Nul doute que cette agression de bandits va soulever la révolte populaire dans tout le continent à commencer par la région caraïbe. Mais la défense du peuple vénézuélien requiert la rupture avec les fétiches de la gauche campiste qui en ayant un fil à la patte avec Poutine, l’a du coup aussi avec Trump, particulièrement en Amérique latine.
Les régimes autoritaires « anti-impérialistes » ne sont bons qu’à réprimer les peuples. La défense du Vénézuela requiert l’indépendance envers les pouvoirs cubain ou nicaraguayen, mais aussi envers le programme de Lula au Brésil d’une multipolarité impérialiste intégrant Brésil et Mexique aux côtés de la Russie, la Chine, l’Inde et les Etats-Unis, alors que l’administration Trump a choisi, comme l’explique son document de « sécurité nationale » de début décembre, une multipolarité à 5 – Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Japon- excluant l’Europe continentale, qui doit être soumise et prise en tenaille depuis l’Ukraine et le Groenland, et excluant toute l’Amérique qui doit être soumise, conformément au « corollaire Trump à la doctrine Monroe » actuellement mis en œuvre. Du point de vue des exploités et de la démocratie, il n’y a pas à choisir entre ces deux multipolarités impérialistes.
Les deux choses les plus urgentes dans l’immédiat sont les suivantes.
D’abord le soutien au peuple vénézuélien. Les chances de succès de la mobilisation sont fonction de leur degré d’indépendance envers les régimes en place, et de leur convergence avec la mobilisation du peuple nord-américain, les migrants latinos formant la large masse de contact entre les uns et les autres. La mobilisation contre Trump aux Etats-Unis, qui est aussi la cible du coup d’Etat/coup de force de Mar-a-Lago, est la toute première aide aux peuples du continent.
Ensuite, d’expliquer, expliquer et encore expliquer, clarifier, clarifier et encore clarifier, la nature réelle de ce qui se passe : l’agression étatusienne contre le Venezuela prépare d’autres agressions, contre l’Europe en particulier, des Etats-Unis et de la Russie. Elle n’est pas une « invasion de l’OTAN » et s’il y a bien une institution qui n’y est pour rien, quoi que l’on pense d’elle, c’est l’Union Européenne. Elle fournit en outre le contexte à Xi Jinping pour une éventuelle agression directe, ou blocus total, de Taiwan, et, s’ajoutant aux bombardements absurdes du Sokoto au Nigéria, elle renforce indirectement les dictatures néocoloniales prorusses du Sahel.
Cela veut dire que la prochaine cible est l’Europe, à la suite de l’Ukraine, l’Europe, que ses gouvernants comme Macron ont désarmés en refusant d’aider l’Ukraine au niveau nécessaire pour qu’elle ne fasse pas que résister, et en couvrant la destruction génocidaire de Gaza et l’épuration ethnique engagée en Cisjordanie. Ce que Trump propose à Xi et à Poutine, c’est, avant une éventuelle guerre contre la Chine, de se partager le monde et de s’entendre contre l’Europe.
A cette heure, la Russie et la Chine ont très faiblement réagi à l’agression au Venezuela. Si la Russie parle bien sûr de « violation du droit international », elle a surtout souligné que son ambassade et ses ressortissants n’ont subi aucun dommage !
Très clairement, Trump leur propose un deal, et la victime du deal doit être l’Ukraine tout de suite et, dans l’année qui vient, l’Europe. Les dirigeants européens sont bouche bée et n’ont toujours rien dit à cette heure, sauf une pathétique offre espagnole de « médiation ». Et remarquons qu’à cette heure, malgré la demande colombienne, aucune réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU n’est annoncée !
Or, c’est bien l’Europe qui est menacée par les prochaines « opérations militaires spéciales » soit directes, soit visant indirectement à imposer, par l’extrême droite au pouvoir, des régimes à la botte de Moscou et de Washington.
De ce point de vue, l’ingérence consistant à menacer les juges qui condamneraient Marine Le Pen, sans avoir la même échelle, est bien de même nature que le coup de force contre le Venezuela et l’Amérique, et que les interventions russes en Ukraine et en Géorgie. La question d’un régime et d’un gouvernement démocratique en France, capable de mener la lutte européenne contre Trump et Poutine, devient brûlante.
02.01.2026 à 15:54
aplutsoc2
En tant que responsables syndicaux départementaux, mais aussi pour nous protéger et nous défendre, nous, nos proches et nos amis et camarades, nous mettons en garde les citoyens et tous les démocrates envers les menaces de l’extrême droite nous concernant, lesquelles ont introduit depuis quelques mois un climat visant à la violence politique, sans précédent dans l’Allier – nous pesons nos mots – depuis la veille de la Libération.
Le 24 décembre 2025, dans un éditorial signé « Cyrano », le site fasciste et raciste « Riposte Laïque », appelle à ce que « nos deux chouchous de l’Allier, l’enseignant Vincent Présumey, surnommé le Mongolo de l’Educ Naze, et le cégétiste Laurent Indrusiak, alias le syndicaliste racaille », reçoivent, « le soir de Noël, un magistral coup de fer à repasser, eux aussi, en pleine tête. »
Cet appel au meurtre mal enrobé sous un humour douteux n’est pas le premier : on ne les compte plus.
Quelques jours plus tard, au rythme d’un article par jour, nos photos sont en Une sous l’accusation de « refuser l’histoire nationale », vouloir « jouir sans entraves », oser « parler de Descartes, Spinoza, Leibniz, Locke » aux lycéens, et d’appartenir, tenez vous bien, aux « fausses élites aristocratiques, mondialistes, cosmopolites, sataniques, pour beaucoup issues du judaïsme », contre lesquelles « le peuple » va se révolter en même temps que contre « les musulmans », ce qui aura des « effets horribles et terribles » : appel raciste et antisémite à la guerre civile.
Depuis que le Collectif Laïque et Républicain de Moulins, dont font partie la CGT et la FSU, s’est opposé aux subventions publiques accordées par plusieurs collectivités locales à « Murmures de la Cité », une campagne est orchestrée combinant des mensonges dans la presse Bolloré accusant « la gauche » de préparer des violences contre « Murmures de la Cité », et un déferlement de diffamations et de calomnies grotesques, assorties de menaces de mort à mots à peine voilés dans les articles des sites internet « Riposte Laïque » et des sites apparentés, ou formulées ouvertement dans le « courrier des lecteurs »comme par exemple : « Les responsables CGT vont devoir se protéger et protéger leur famille. Ils veulent la guerre, dans une guerre il y a toujours des morts. A bon entendeur !! ».
Cette campagne a démarré en juin, nous prenant tous deux pour cible et, selon une méthode typique des fascistes voulant inspirer la peur, appelant également à harceler une employée de l’Office du Tourisme de Moulins, accusée d’avoir « censuré » Murmures de la Cité. À la suite de cela, la responsable du site jumeau de « Riposte Laïque », « Résistance républicaine », est assignée à comparaître à Moulins le 7 janvier prochain. « Riposte Laïque », cherchant la provocation, prétend déjà que nous allons manifester ce jour-là, ce qui n’est en rien notre intention.
Guillaume Senet et « Riposte Laïque », le soi-disant organisateur de « spectacles immersifs » et le torchon fasciste, agissent en étroite collaboration. Le 22 décembre, c’est par un article signé de Guillaume Senet que « Riposte Laïque » annonce la comparution du 7 janvier et appelle en fait ses partisans à se mobiliser, ce qu’il avait déjà fait sur « Radio Courtoisie » le 19 décembre.
Guillaume Senet, président de « Murmures de la Cité », ayant obtenu de la Ville de Moulins, de la communauté d’agglomération, du Conseil départemental, du Conseil Régional, et des fonds européens, près de 170 000 euros d’argent public venant de nos impôts, ainsi que le parvis du CNCS de Moulins, veut récidiver en 2026 et devient de plus en plus menaçant dans ses méthodes.
La « cité » qui « murmure » est en réalité « Sophia-Polis », l’autre association présidée par le même Senet, club de rencontre entre « cathos tradis et néo-païens » ainsi qu’il le présente lui-même. L’identité des deux associations ne se cache pas : c’est « Sophia-Polis » qui a ouvert une cagnotte en ligne pour « Murmures de la Cité » afin de payer les procès qu’annonce G. Senet en vue de faire taire toute critique si l’extrême droite parvient au pouvoir, ainsi qu’il l’espère.
S’exprimant longuement, le 13 novembre dernier, sur le site facho-complotiste Géopolitique profonde, Guillaume Senet, questionné sur les « censeurs » qui auraient fait remarquer que son « spectacle » ne comporte « ni musulmans, ni juifs, ni protestants », s’écrit : « Ben non, puisque mon sujet c’est la France ».
Il s’exprime sur ce site aux côtés du vieux théoricien racialiste de l’union des droites qui fut un proche de J.M. Le Pen, Jean-Yves Le Gallou, présenté comme son parrain, et de F. Layré-Cassou, cadre du RN se définissant comme « païen ». Le site sur lequel il vante longuement son spectacle est lié au régime russe et à l’aile la plus radicale du mouvement MAGA aux Etats-Unis.
C’est donc dans l’Allier qu’une antenne de l’extrême droite mondiale la plus extrémiste s’est mise en place, s’est donné, avec l’aide de Pierre-Edouard Stérin, la couverture d’un spectacle soi-disant historique, et organise menaces contre les syndicalistes et la presse, et compromission croissante de secteurs de la droite jusque-là républicaine.
Mais ce groupuscule marginal, nullement enraciné dans nos territoires, n’aurait aucun impact si des élus locaux n’avaient pas, de façon irresponsable, engagé la dérive de sa promotion.
Nous les appelons à constater leur erreur et à ne pas récidiver, pour préserver le cadre républicain et sa condition la sécurité de tous les citoyens, car c’est cela même qui est en danger immédiat.
Nous procédons et procéderons bien entendu à toutes les démarches judiciaires qu’exige la situation. Chacun aura compris d’où viendrait le coup s’il était porté atteinte à nos personnes ou à celles de nos proches et amis et camarades.
Nous ne manifesterons pas le 7 janvier où l’audience à Moulins doit se dérouler dans le respect de la loi et le plus grand calme, et nous condamnons les tentatives de provocations de M.M. Senet et consorts. En tant que syndicalistes pour qui l’Etat de droit et la laïcité sont les conditions de toute confrontation sociale constructive, nous appelons les démocrates à assister au meeting que nous organisons, avec d’autres, à Saint-Pourçain le mercredi 14 janvier à 18h, Salle Mirendense.
Laurent Indrusiak, secrétaire départemental de l’UD CGT.
Vincent Présumey, secrétaire départemental de la FSU.


02.01.2026 à 13:50
aplutsoc2
Avec son accord, et en vue de l’alliance des défenseurs des droits démocratiques pour toutes et tous, nous publions ce billet de Rudy Demotte, ancien dirigeant du Parti Socialiste wallon (Belgique), dont l’intérêt se passe de commentaires – nous signalons tout particulièrement l’information sur la DGSI française se fournissant et passant contrat auprès de Palantir, la forme « Big Brother » de Peter Thiel le milliardaire fasciste apocalyticomane !
États Unis : MISE À NU – VOTRE INTIMITÉ COMME PRIX DU PASSAGE
Quand le « bon sens » numérique fait le lit du fascisme naissant.
Ou comment les USA deviennent détestables.
Ce qui se met en place aujourd’hui aux frontières étasuniennes n’est ni une innovation technique parmi d’autres, ni un simple durcissement des contrôles que l’on pourrait attribuer aux inquiétudes d’un monde instable. C’est une mise à nu, au sens le plus littéral, mais déplacée : non plus exercée sur le corps visible, mais sur ce qui, désormais, tient lieu d’identité réelle – nos données, nos relations, notre mémoire numérique, parfois accumulée sur une décennie entière comme on empile des archives en se persuadant qu’elles ne serviront jamais qu’à soi.
Ces derniers mois, des ressortissants canadiens, français et européens ont été refoulés à l’entrée des États-Unis après la fouille de leurs appareils numériques, leurs téléphones et ordinateurs devenant soudain des pièces à conviction.
Et ce n’était là que le début. Le dispositif se met en place. Le pire, plus systématique et plus intrusif, est encore à venir.
Je préfère le dire clairement, sans détour inutile : nous ne sommes pas face à une mesure exceptionnelle appelée à disparaître avec un changement d’administration. Les textes publiés fin 2025 par les autorités américaines, notamment au Federal Register, décrivent au contraire l’installation patiente d’un nouveau mode de gouvernement des individus, dans lequel l’entrée sur un territoire ne dépend plus seulement du respect des règles, mais de l’acceptation préalable d’être rendu lisible, interprétable, exploitable.
On me dira que ce type de contrôles existait déjà, parfois depuis des années. C’est vrai, en partie. Mais ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas l’existence du contrôle, c’est son changement de nature: il ne s’agit plus d’un regard ponctuel, mais d’une agrégation systématique, automatisée, cumulative, qui transforme des fragments de vie en profil durable.
La frontière ne contrôle plus, elle dissèque.
Pendant longtemps, franchir une frontière consistait à prouver que l’on existait juridiquement : un passeport, parfois un visa, et cette fiction commode selon laquelle l’État se contentait de vérifier une identité sans prétendre comprendre une vie. Cette époque, avec son illusion de neutralité administrative, appartient désormais à l’histoire.
Ce que les autorités américaines assument aujourd’hui, et que Reuters, l’Associated Press ou le Washington Post ont documenté sans complaisance, relève d’une logique bien plus intrusive : il ne s’agit plus d’identifier une personne, mais de la qualifier, d’anticiper ses comportements, d’évaluer ses affinités, de mesurer sa compatibilité avec un ordre sécuritaire donné. La frontière cesse d’être une ligne géographique ; elle devient un processus étiré dans le temps, qui commence parfois dix ans avant le départ et se prolonge bien après l’arrivée, dans des systèmes auxquels l’individu n’aura jamais accès.
La parole, première dépouille.
La première couche que l’on retire est celle de l’expression.
Les voyageurs sont désormais tenus de déclarer les réseaux sociaux utilisés au cours des cinq dernières années, exigence confirmée par la Customs and Border Protection et commentée avec inquiétude dans la presse américaine.
Cinq années de paroles écrites, souvent à la hâte, parfois avec ironie, parfois sous le coup de l’émotion, produites dans l’illusion de la spontanéité, deviennent ainsi des éléments d’appréciation frontalière. Ce qui était encouragé hier – s’exprimer, participer, réagir – se transforme en matière à suspicion. La frontière ne s’intéresse plus à ce que vous êtes, mais à ce que vous avez laissé apparaître, à ce que vous avez cru pouvoir dire sans conséquence.
Dix ans d’e-mails : l’archéologie d’une existence.
Viennent ensuite les adresses e-mail, toutes celles utilisées au cours des dix dernières années, comme le précisent les documents réglementaires analysés par Reuters. Il ne s’agit pas de lire des correspondances, assure-t-on, mais de disposer des points d’accès d’une vie entière. Une adresse e-mail est un pivot : elle relie des services, des affiliations, des engagements professionnels, intellectuels ou militants. En livrer la liste, c’est permettre la reconstitution d’un parcours avec une précision parfois plus implacable que la mémoire humaine.
Les numéros de téléphone, exigés sur cinq ans, complètent ce dispositif avec une efficacité presque chirurgicale. Ici, ce n’est plus le contenu qui importe, mais la relation : qui appelle qui, à quelle fréquence, dans quels cercles. Le lien social devient une structure exploitable. L’intime, un graphe.
La famille aspirée dans la procédure.
Le basculement véritable intervient lorsque la fouille cesse d’être individuelle. Les textes prévoient la collecte d’informations détaillées sur les parents, les enfants, les frères et sœurs : noms, dates et lieux de naissance, adresses, parfois coordonnées. Comme l’a relevé Le Monde, l’individu devient ainsi le dépositaire administratif de la vie privée de ses proches, lesquels n’ont pourtant rien sollicité et rien consenti.
La frontière devient relationnelle.
Elle ne juge plus des personnes isolées, mais ausculte des constellations entières.
Le corps comme dernier verrou
Lorsque les données ne suffisent plus, le corps est convoqué : photographie du visage, empreintes digitales, reconnaissance de l’iris, et désormais l’ADN à l’horizon des données mobilisables, comme l’indiquent les documents stratégiques du Department of Homeland Security. L’identité juridique est jugée insuffisante ; le corps devient le dernier mot de passe, la preuve qui ne se discute pas.
Je note, non sans une ironie sombre, que ce corps autrefois sanctuarisé par le droit devient ici un simple identifiant technique. On ne vous touche pas. On vous scanne.
Le téléphone, frontière que l’on porte sur soi.
Tout cela s’opère sans cris, sans uniformes, sans violence apparente. Le téléphone devient le poste-frontière que l’on transporte dans sa poche : application officielle, selfie, géolocalisation ponctuelle, preuve numérique de sortie du territoire. La mise à nu devient fluide, presque aimable.
Ce n’est pas une hypothèse. Wired, l’Associated Press et Le Monde ont documenté l’augmentation continue des fouilles de téléphones et d’ordinateurs portables par la CBP, rappelant que, pour les non-citoyens, le refus de coopérer peut entraîner rétention prolongée ou refoulement. J’avais moi-même consacré un billet à ces voyageurs bloqués à la frontière, confrontés à une fouille silencieuse de leur vie numérique. Ce n’était pas une anomalie. C’était un signal.
Certains imaginent qu’il suffirait d’entrer sans téléphone, ou avec un appareil vierge. C’est une illusion rassurante. La frontière contemporaine ne commence pas dans la poche, mais bien avant, dans l’ensemble des traces déjà produites, recoupées, stockées, souvent à notre insu.
Une puissance qui se rend détestable.
Il faut le dire sans détour : à force de transformer l’entrée sur son territoire en épreuve intrusive, les États-Unis sont en train de se rendre détestables. Non pas au sens idéologique- quoique …- , mais au sens sensible, presque corporel. Voyager vers l’Amérique devient pour beaucoup une expérience anxiogène, soupçonneuse, dissuasive, comme l’ont relevé Reuters et l’Associated Press à propos des effets sur le tourisme, les universités et les échanges intellectuels.
La situation est encore plus délicate pour celles et ceux qui n’ont pas le luxe du choix: chercheurs, salariés, artistes, cadres, contraints de se déplacer pour travailler. Leur “consentement” à l’exposition de leur vie numérique est souvent moins un choix qu’une condition implicite de l’emploi.
Des établissements académiques américains conseillent désormais à leurs invités étrangers de voyager avec des téléphones dédiés, presque vides, comme on le ferait pour entrer dans un régime dont on connaît trop bien les excès. Ce simple fait dit beaucoup. Une puissance qui oblige ceux qu’elle accueille à se dépouiller de leur intimité entame ce que l’on appelait autrefois son soft power. Elle n’attire plus. Elle inquiète. Elle ne fascine plus. Elle dissuade.
Palantir, ou l’industrie de la transparence forcée.
Cette mise à nu ne devient politiquement opérante que parce qu’existent des outils capables de l’agréger, de la croiser, de la transformer en décisions. Palantir est l’un des acteurs centraux de cette architecture, comme l’ont rappelé à de nombreuses reprises le New York Times et Le Monde.
J’ai déjà écrit sur Palantir, sur son idéologie foncièrement antidémocratique, sur ses connexions politiques, sur sa manière de transformer le réel en profils, en risques, en scénarios prédictifs. Palantir ne se contente pas d’assister la décision ; elle façonne la manière même dont les États regardent les individus, en substituant au citoyen une entité calculable, anticipable, classable.
Les frontières ne sont jamais des dispositifs isolés. Ailleurs, ces mêmes architectures de données ont déjà été utilisées dans des contextes militaires ou sécuritaires extrêmes, où la classification algorithmique a servi non plus à filtrer des entrées, mais à désigner des cibles. Ce sont des laboratoires du pire, qu’il serait dangereux de considérer comme des exceptions lointaines.
Son directeur général, Alex Karp, l’a affirmé publiquement : rendre les États plus efficaces que leurs adversaires implique parfois de faire peur aux ennemis et de les tuer à l’aide des technologies développées. Dans cette vision du monde, la mort n’est ni un scandale ni une rupture morale ; elle devient une variable admissible.
L’Europe, et la France comme symptôme.
Il serait confortable de croire que cette logique ne concerne que les États-Unis. L’Europe, pourtant, s’y inscrit déjà, à pas feutrés. La France en offre un exemple limpide : en reconduisant récemment un contrat liant la DGSI à Palantir, comme l’ont confirmé Le Monde et Challenges, elle a accepté de déléguer une part décisive de son intelligence sécuritaire à une entreprise américaine dont les dirigeants revendiquent une vision du monde où la démocratie apparaît comme une contrainte, parfois tolérée, jamais centrale.
La circulation transatlantique des données, y compris parmi les plus sensibles, a déjà été acceptée dans d’autres contextes récents, au nom de l’urgence ou de l’efficacité. Il serait naïf de croire que les frontières numériques respectent davantage la souveraineté que les frontières physiques.
Ce choix n’est pas un accident. Il révèle une fragilité intellectuelle profonde, cette croyance persistante que l’on peut importer des outils sans importer la vision du monde qui les a produits, comme si la technologie était neutre, comme si les algorithmes ne portaient pas en eux une manière de trier le vivant.
Quand le « bon sens » numérique fait le lit du fascisme naissant.
Employer le mot fascisme n’est pas ici une description de régime, mais un signal d’alarme. Ce qui se joue n’est pas encore une idéologie assumée, mais une fascisation lente, procédurale, portée par des outils présentés comme raisonnables, efficaces, presque neutres.
C’est ici que se dévoile la mécanique la plus inquiétante de notre époque. On nous répète que la sécurité exige des données, que la technologie est neutre, que ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont rien à cacher. Ces phrases paraissent raisonnables. Elles sont même devenues familières. Mais c’est précisément parce qu’elles semblent évidentes qu’elles sont dangereuses.
À force d’être martelé, le « bon sens » cesse d’être discuté ; il devient une injonction. Il fabrique une docilité nouvelle, fondée non sur la peur immédiate, mais sur l’acceptation progressive de l’inacceptable. Ce n’est plus la contrainte qui domine, mais le consentement organisé.
Le fascisme qui naît de ce terrain n’a rien de spectaculaire. Il ne réclame ni cris ni uniformes. Il avance à bas bruit, porté par des procédures, des tableaux de bord, des algorithmes. Il ne dit pas obéis. Il dit optimise. Il ne dit pas soumets-toi. Il dit sois transparent.
Ce qui vient.
Ce qui se dessine n’est pas un État brutal à l’ancienne. C’est plus propre. Plus silencieux. Plus redoutable. Un État qui n’interdit pas, mais qui observe ; qui ne censure pas, mais qui classe ; qui ne contraint pas, mais qui exige l’exposition totale.
La frontière ne sépare plus des territoires. Elle trie des existences. Elle n’est plus un seuil, mais une table d’examen où l’on ausculte des vies entières, où l’on soupèse des relations, où l’on interprète des silences.
Il n’y aura pas de scène finale. Pas de moment spectaculaire.
Seulement cette habitude qui s’installe, presque poliment : se mettre à nu pour passer, livrer sa vie pour circuler, offrir ses données pour être toléré.
Et lorsque l’on cherchera à comprendre comment les libertés ont cessé de tenir, on constatera sans doute ceci : elles n’ont pas été arrachées.
Elles ont été rendues, puis dissoutes dans la transparence devenue norme, dans l’acide sournois de l’indifférence coupable.
Rudy Demotte., 24/12/25.