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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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09.01.2026 à 00:40

Iran : Nouveau cycle de répression sanglante de manifestations

Human Rights Watch

Click to expand Image Des photos de 28 personnes tuées par les forces de sécurité iraniennes entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026, lors de la répression des manifestations en Iran. © Amnesty International

(Beyrouth) – Les autorités iraniennes mènent depuis le 28 décembre 2025 une répression meurtrière contre les manifestant·e·s à travers le pays : les forces de sécurité font un usage illégal de la force et des armes à feu et procèdent à des arrestations arbitraires massives, ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch le 8 janvier 2026.

Les deux organisations concluent que les forces de sécurité, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et la police iranienne, connue sous son acronyme persan FARAJA, ont de manière illégale tiré avec des fusils et des fusils à pompe chargés de projectiles en métal, utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes, et roué de coups des manifestant·e·s majoritairement pacifiques afin de les disperser, de les intimider et de les punir.

Selon des informations crédibles recueillies par Amnesty International et Human Rights Watch, cette répression a entraîné la mort d’au moins 28 manifestants et passants, dont des mineurs, dans 13 villes situées dans huit provinces, entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026.

« Les Iraniennes et les Iraniens qui osent exprimer leur colère face à des décennies de répression et réclamer des changements de fond se heurtent une fois de plus à une réponse mortelle : les forces de sécurité tirent illégalement sur les manifestant·e·s, les pourchassent, les arrêtent et les rouent de coups. Ces scènes ne sont pas sans rappeler le soulèvement “ Femme, vie, liberté ” de 2022. Le plus haut organe iranien en charge de la sécurité, le Conseil suprême de sécurité nationale, doit ordonner aux forces de l’ordre de cesser de recourir illégalement à la force et aux armes à feu », a déclaré Diana Eltahawy, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Des manifestations ont éclaté le 28 décembre 2025 à la suite de l’effondrement brutal de la monnaie, dans un contexte d’inflation galopante, de mauvaise gestion chronique des services essentiels par l’État, notamment l’accès à l’eau, et de dégradation des conditions de vie. Des magasins ont fermé et des grèves ont éclaté dans le Grand bazar de Téhéran, avant que la contestation ne s’étende rapidement à tout le pays, sous forme de manifestations de rue qui appellent à la chute du régime de la République islamique et revendiquent le respect des droits humains, la dignité et la liberté. Les autorités ont réagi en dispersant les rassemblements avec violence et en procédant à des arrestations massives : des centaines de personnes ont déjà été arrêtées arbitrairement et risquent d’être victimes d’actes de torture et de mauvais traitements.

« Au regard de la fréquence et de la persistance avec lesquelles les membres des forces de sécurité en Iran recourent illégalement à la force, y compris meurtrière, contre les manifestant·e·s, et de l’impunité systématique dont bénéficient ceux qui commettent de graves violations, l’usage de telles armes pour réprimer les manifestations constitue une politique d’État bien ancrée », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Human Rights Watch et Amnesty International se sont entretenues avec 26 personnes, dont des manifestant·e·s, des témoins, des défenseur·e·s des droits humains, des journalistes et un professionnel de santé, ont examiné les déclarations officielles et analysé des dizaines de vidéos authentifiées, publiées en ligne ou qui leur ont été transmises. Un médecin légiste indépendant qu’a consulté Amnesty International a examiné des photos de manifestant·e·s blessés ou tués.

Les hauts responsables de l’État iranien diabolisent les manifestant·e·s, les qualifiant d’« émeutiers », et promettent une réponse « ferme ».

Le 3 janvier 2026, date à laquelle les forces de sécurité ont tué au moins 11 manifestant·e·s, le Guide suprême Ali Khamenei a déclaré qu’il fallait « remettre les émeutiers à leur place ». Ce même jour, la branche provinciale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de la province du Lorestan a fait savoir que la période de « tolérance » était terminée, s’engageant à cibler « les émeutiers, les organisateurs et les leaders des mouvements portant atteinte à la sécurité… sans indulgence ».

Le 5 janvier, le responsable du pouvoir judiciaire a enjoint aux procureurs de ne faire preuve d’« aucune indulgence » vis-à-vis des manifestant·e·s et d’accélérer leurs procès.

Les États membres de l’ONU et les organismes régionaux, tels que l’Union européenne (UE), devraient condamner publiquement et sans équivoque ces agissements et mener sans attendre une action diplomatique visant à faire pression sur les autorités iraniennes pour qu’elles mettent fin au bain de sang.

Au regard du climat général d’impunité systémique qui a permis aux autorités iraniennes de commettre encore et encore des crimes relevant du droit international qu’ont recensés Amnesty International et Human Rights Watch, notamment les homicides, les actes de torture, les viols et les disparitions forcées visant à éliminer et sanctionner la dissidence, les deux organisations invitent les autorités chargées des poursuites dans des pays tiers à ouvrir des enquêtes pénales en vertu du principe de juridiction universelle, en vue de décerner des mandats d’arrêt contre les auteurs présumés de ces agissements.

Informations complémentaires

Usage illégal de la force et homicides

Les 28 victimes ont toutes été abattues par les forces de sécurité, notamment par des tirs de projectiles en métal à l’aide de fusils à pompe. Dans le droit fil de sa stratégie bien connue de déni et de silence, l’État iranien dément toute responsabilité dans ces homicides. Il a contraint certaines familles de victimes à apparaître dans les médias officiels pour attribuer ces décès à des accidents ou aux manifestants, les menaçant de représailles et d’inhumer en secret leurs proches si elles refusaient de le faire.

Amnesty International et Human Rights Watch ont conclu que les manifestant·e·s étaient majoritairement pacifiques. Certaines images et informations examinées indiquent que certains se sont livrés à des actes de violence ; cependant, dans tous les faits impliquant des tirs sur lesquels elles ont enquêté, il n’existait aucune menace imminente de mort ou de blessure grave justifiant l’usage d’armes à feu.

Selon les éléments de preuve qu’elles ont recueillis, les provinces du Lorestan et d’Ilam, où vivent les minorités ethniques kurde et lor, ont été le théâtre des répressions les plus meurtrières : au moins huit morts dans le Lorestan et cinq dans l’Ilam. Entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026, des homicides sont également à déplorer dans d’autres provinces, notamment dans celle du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, du Fars et de Kermanshah (au moins quatre morts dans chaque), ainsi que celles d’Ispahan, de Hamedan et de Qom (au moins un mort dans chaque).

Une manifestante à Azna, dans la province du Lorestan, a déclaré à Amnesty International que dans la soirée du 1er janvier 2026, les forces de sécurité avaient ouvert le feu sur des manifestants pacifiques près du bureau du gouverneur du comté, sur la place Azadegan. Elle a partagé une vidéo, qui a été authentifiée, montrant un gardien de la révolution islamique tirer sur des manifestants. Une fois la foule dispersée, certains se sont regroupés devant un poste de police voisin, où ils ont de nouveau essuyé des tirs des forces de l’ordre.

Sur des vidéos authentifiées, mises en ligne le 1er janvier, on peut voir des manifestants scander des slogans devant le poste de police. On entend des bruits de tirs dans au moins l’une de ces vidéos.

D’après les informations examinées, au moins six manifestants ont été tués à Azna : il s’agit de Vahab Mousavi, Mostafa Falahi, Shayan Asadollahi, Ahmadreza Amani et Reza Moradi Abdolvand. Les autorités n’ont toujours pas restitué le corps de Taha Safari, 16 ans, initialement porté disparu. D’après une source bien informée, le 3 janvier, les membres de sa famille se sont rendus dans un commissariat pour s’enquérir de son sort et un policier leur a montré des photos de plusieurs personnes décédées ; la famille a alors identifié Taha Safari. Il présentait des blessures graves et visibles à la tête.

D’après le témoignage d’un manifestant à Malekshahi, dans la province d’Ilam, dans l’après-midi du 3 janvier, des centaines de manifestants pacifiques ont défilé depuis la place Shohada jusqu’à une base bassidji du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) :

Des agents du CGRI ont ouvert le feu depuis l’intérieur de la base, tirant sans se soucier de qui ils touchaient… Trois ou quatre personnes ont été tuées sur le coup et beaucoup d’autres blessées. Les manifestant·e·s ne portaient absolument pas d’armes.

Sur deux vidéos authentifiées provenant de Malekshahi et filmées dans l’après-midi, on peut voir des manifestants, devant la base bassidji, fuir au milieu des coups de feu. Une autre vidéo publiée en ligne montre six agents à l’intérieur de la base, dont au moins un ouvre le feu en direction des manifestants. Dans deux vidéos, on peut voir trois victimes, inertes, présentant des blessures visibles.

Des sources bien informées assurent que trois manifestants – Reza Azimzadeh, Latif Karimi et Mehdi Emamipour – ont été tués sur le coup. Deux autres, Fares (Mohsen) Agha Mohammadi et Mohammad Reza Karami, ont succombé par la suite à leurs blessures.

Dans la région de Jafarabad, dans la province de Kermanshah, Reza Ghanbary et deux frères, Rasoul Kadivarian et Reza Kadivarian, ont été abattus le 3 janvier. Un défenseur des droits humains a raconté que des agents en civil, arrivés à bord de trois véhicules blancs, ont tiré des projectiles en métal sur les deux frères qui faisaient partie d’un groupe de manifestants tentant de bloquer la route.

Dans la province du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, Ahmad Jalil et Sajad Valamanesh ont été tués par les forces de sécurité lors de manifestations à Lordegan le 1er janvier et Soroush Soleimani à Hafshejan, le 3 janvier, selon les informations transmises par un défenseur des droits humains. Amnesty International et Human Rights Watch ont analysé des photos de leurs dépouilles, qui présentent des traces caractéristiques de blessures par balles métalliques au niveau du torse.

Des manifestant·e·s grièvement blessé·e·s

Amnesty International et Human Rights Watch ont recensé de très nombreuses blessures dues à l’utilisation généralisée de projectiles métalliques tirés par des fusils de chasse, notamment des blessures à la tête et aux yeux, ainsi que des blessures causées par des tirs de fusils et des coups assénés à l’aide de ces mêmes armes.

D’après le témoignage d’un manifestant de Dehdasht, dans la province de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad, il s’est fait tirer dessus lors des manifestations du 3 janvier. Craignant d’être arrêté, il n’est pas allé se faire soigner à l’hôpital malgré le risque de perdre sa jambe. Un médecin légiste indépendant consulté par Amnesty International, qui a examiné une photographie de sa blessure, a noté qu’elle pouvait avoir été causée par un seul plomb de fusil à pompe. 

Le 6 janvier 2026, un photographe de la ville d’Ilam a publié une vidéo sur les réseaux sociaux, filmant son visage ensanglanté et couvert de blessures causées par des plombs métalliques. Montrant une bille de métal à la caméra, il explique que les forces de sécurité utilisent des munitions de chasse contre les manifestants : « Tuer un être humain est un jeu pour eux. Ils pensent que nous sommes des proies et ils se prennent pour des chasseurs. »

D’après le témoignage d’une habitante de la ville d’Ispahan, elle a été poussée à terre par un policier, qui lui a piétiné le dos, alors qu’elle fuyait face à la dispersion violente des manifestations. Elle a partagé des images montrant son visage couvert de sang et de multiples écorchures.

« Plus je me débattais, plus il appuyait fort », a-t-elle raconté. « Je ne pouvais plus bouger. J’ai crié, mais il m’a dit de la fermer. »

Force est de constater que la présence des forces de sécurité dans les hôpitaux dissuade de nombreux manifestant·e·s blessés de se faire soigner, augmentant ainsi le risque de décès. Selon un défenseur des droits humains, Mohsen Armak est mort à Hafshejan, dans la province du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, après avoir été transporté dans une ferme plutôt qu’à l’hôpital, alors qu’il avait été blessé par un projectile métallique le 3 janvier.

Le 4 janvier, les forces spéciales de la police iranienne (FARAJA) et du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont attaqué l’hôpital Imam Khomeini à Ilam, où des manifestant·e·s blessés étaient soignés. Selon un défenseur des droits humains et des séquences vidéo vérifiées, ils ont tiré avec des fusils chargés de balles métalliques et de gaz lacrymogène dans l’enceinte de l’hôpital, ont brisé des portes vitrées et frappé des patient·e·s, leurs proches et des soignant·e·s.

Des arrestations arbitraires massives

Les forces de sécurité ont procédé à l’arrestation arbitraire de centaines de manifestant·e·s, dont des mineur·e·s âgés d’à peine 14 ans, au cours de la dispersion des rassemblements et de raids nocturnes dans des habitations, mais aussi dans les hôpitaux.

Nombre d’entre eux ont été soumis à des disparitions forcées et à des détentions au secret, les exposant ainsi à un risque accru de torture et de mauvais traitements.

Les autorités ont déjà diffusé certains « aveux » obtenus sous la contrainte. Le 5 janvier 2026, Tasnim News, site affilié au Corps des gardiens de la révolution islamique, a diffusé les « aveux » d’une jeune femme de 18 ans et d’une adolescente de 16 ans, les accusant d’avoir « mené des émeutes ».

Les autorités iraniennes devraient libérer immédiatement et sans condition toute personne détenue uniquement pour avoir participé sans violence ou exprimé son soutien à des manifestations. Toutes les personnes détenues doivent être protégées contre la torture et toute autre forme de mauvais traitements, et avoir la possibilité d’entrer en contact sans délai avec leurs proches, de consulter leurs avocats et de bénéficier des soins médicaux dont elles ont besoin.

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Autres liens :

Communiqué principal d’Amnesty International.

Autre communiqué d’Amnesty France

Articles

France 24  Le Monde

CSDHI

08.01.2026 à 18:59

Myanmar : La CIJ tient des audiences dans l'affaire du génocide des Rohingyas

Human Rights Watch

Click to expand Image Des Rohingyas ayant fui le Myanmar traversaient des rizières près de Teknaf, au Bangladesh, après avoir franchi la frontière entre les deux pays le 1er septembre 2017. © 2017 AP Photo/Bernat Armangue

(La Haye, 8 janvier 2026) – Les audiences tenues par la Cour internationale de justice (CIJ) dans l'affaire du génocide au Myanmar reflètent la nécessité de rendre justice à l'ethnie rohingya, ont conjointement déclaré cinq organisations – Burmese Rohingya Organisation UK, Global Justice Center, Human Rights Watch, Refugee Women for Peace and Justice, ainsi que Women's Peace Network – aujourd'hui. Les audiences relatives à cette affaire débuteront le 12 janvier.

En août 2017, les forces de sécurité du Myanmar ont lancé une campagne massive de massacres, de viols et d'incendies criminels contre les Rohingyas dans le nord de l'État de Rakhine, forçant plus de 700 000 personnes à fuir vers le Bangladesh voisin. En novembre 2019, la Gambie a déposé auprès de la CIJ une requête alléguant que les atrocités commises par le Myanmar contre les Rohingyas constituent un génocide et violent la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Il ne s'agit pas d'une affaire pénale contre des individus, mais d'une demande de détermination juridique de la responsabilité de l'État du Myanmar dans le génocide.

« Le fait que l'affaire historique intentée par la Gambie contre le Myanmar entre enfin dans sa phase de fond redonne espoir aux Rohingyas que nos décennies de souffrances pourraient enfin prendre fin », a déclaré Wai Wai Nu, fondatrice et directrice exécutive de Women's Peace Network. « Alors que les violations à l'encontre des Rohingyas se poursuivent, le monde doit rester ferme dans sa quête de justice et dans ses efforts pour mettre fin à l'impunité au Myanmar et rétablir nos droits. »

9 décembre 2019 Questions et réponses sur l’action judiciaire intentée par la Gambie contre le Myanmar pour génocide devant la CIJ

En décembre 2019, la CIJ a tenu des audiences sur la demande de mesures provisoires présentée par la Gambie afin de protéger les Rohingyas restés au Myanmar contre le génocide, que la Cour a adoptées à l'unanimité en janvier 2020. Les mesures provisoires de la Cour exigent que le Myanmar empêche tous les actes de génocide contre les Rohingyas, veille à ce que les forces de sécurité ne commettent pas d'actes de génocide et prenne des mesures pour préserver les preuves liées à l'affaire. Le Myanmar est légalement tenu de s'y conformer. Human Rights Watch et d'autres organisations ont documenté les graves violations commises à l'encontre des Rohingyas restés au Myanmar, en violation des mesures provisoires ordonnées par la Cour.

Le 1er février 2021, l'armée du Myanmar a organisé un coup d'État, renversé le gouvernement démocratiquement élu et installé une junte militaire. Depuis le coup d'État, un conflit armé entre les forces de sécurité du Myanmar et les forces d'opposition et les groupes armés ethniques a embrasé une grande partie du pays, les forces de sécurité commettant de graves violations, notamment des frappes aériennes contre des civils dans plusieurs zones ethniques.

L'armée birmane soumet depuis longtemps les Rohingyas à des crimes atroces, notamment des crimes contre l'humanité tels que l'apartheid, la persécution et la privation de liberté. Depuis fin 2023, les civils rohingyas sont pris au piège dans les combats entre la junte et le groupe armé ethnique Arakan Army. Les deux camps ont commis de graves violations, notamment des exécutions extrajudiciaires, des incendies criminels généralisés et des recrutements illégaux.

« Il faut mettre fin au cercle vicieux des violations commises par l’armée du Myanmar et de l'impunité dont elle bénéficie », a déclaré Shayna Bauchner, chercheuse auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Pour cela, les autres gouvernements devraient commencer par obliger la junte à respecter son obligation légale de se conformer aux mesures provisoires ordonnées par la CIJ. »

En janvier 2021, le gouvernement de la Ligue nationale pour la démocratie, dirigé par Aung San Suu Kyi, a déposé des objections préliminaires contestant la compétence de la CIJ et la qualité pour agir de la Gambie. En février 2022, la CIJ a entendu les objections de la junte militaire birmane. En juillet, la Cour a rejeté ces objections, permettant ainsi à l'affaire d'être jugée au fond.

Pour établir qu'un génocide a été commis au sens de la Convention sur le génocide, il faut démontrer que des actes génocidaires ont été commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

Au cours des trois semaines d'audiences à la CIJ, les parties devraient présenter leurs arguments et les preuves à l'appui pour déterminer si le Myanmar a violé la Convention sur le génocide.

Onze pays sont intervenus dans l'affaire, mais ne présenteront pas d'exposé oral lors des audiences sur le fond. Si leurs observations écrites restent confidentielles, leurs déclarations d'intervention exposent plusieurs arguments à l'appui de la position de la Gambie, notamment sur la question de l'intention génocidaire, la portée de l'obligation de prévenir et de punir le génocide, et le rôle de la violence sexuelle et sexiste dans la détermination du génocide. Ce dernier point est détaillé dans un document publié par le Global Justice Center.

« Le génocide ne se manifeste pas uniquement par des massacres », a déclaré Elise Keppler, directrice exécutive du Global Justice Center. « Au Myanmar, les violences sexuelles et reproductives ciblées infligées aux femmes et aux filles rohingyas avaient pour but de briser les familles, de menacer leur avenir et d'éliminer toute possibilité de survie en tant que groupe. Une analyse tenant compte des questions de genre permet de mettre en évidence cette intention. Sans elle, l'argument selon lequel un génocide a été commis contre les Rohingyas est incomplet. »

Outre l'affaire portée devant la CIJ par la Gambie, plusieurs initiatives sont en cours pour traduire en justice les auteurs individuels de crimes commis au Myanmar.

En 2019, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête sur des crimes graves présumés contre les Rohingyas. Bien que le Myanmar ne soit pas membre de la CPI, les juges de la Cour ont déterminé que la CPI était compétente pour statuer sur cette affaire, car au moins un élément des crimes présumés a été commis au Bangladesh, qui est membre de la CPI. En novembre 2024, le procureur de la CPI a demandé un mandat d'arrêt contre l' Min Aung Hlaing , commandant en chef de l'armée du Myanmar, alléguant sa responsabilité dans les crimes contre l'humanité que sont la déportation et la persécution des Rohingyas en 2017.

Afin d'assurer une responsabilité globale, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait étendre la compétence de la CPI pour traiter l'ensemble des crimes en renvoyant la situation au Myanmar devant la Cour, ont déclaré les groupes.

En novembre 2019, plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Burmese Rohingya Organisation UK, ont engagé une procédure pénale en Argentine en vertu du principe de compétence universelle contre les autorités du Myanmar, pour les crimes commis dans l'État de Rakhine. En février 2025, un tribunal argentin a émis des mandats d'arrêt contre 25 personnes du Myanmar, dont Min Aung Hlaing.

« Pour traiter pleinement l'ampleur des crimes commis contre les Rohingyas, il est essentiel de rechercher la justice et la responsabilité par différents moyens », a déclaré Tun Khin, président de l'Organisation des Rohingyas birmans au Royaume-Uni. « Cette affaire et la recherche de la justice ne concernent pas seulement la responsabilité des atrocités passées, mais aussi la prévention de celles à venir. »

La plainte déposée par la Gambie en 2019 était la première fois qu'un pays sans lien direct avec les crimes présumés utilisait son statut de membre de la Convention sur le génocide pour saisir la CIJ.

En décembre 2023, l'Afrique du Sud a saisi la CIJ d'une plainte alléguant qu'Israël avait violé la Convention sur le génocide en commettant un génocide contre les Palestiniens à Gaza et en ne l'empêchant pas, notamment en ne tenant pas les hauts responsables israéliens et autres personnes pour responsables de leur incitation directe et publique au génocide. En janvier, mars et mai 2024, la Cour a ordonné la prise de mesures provisoires, mais Israël a ignoré les ordonnances de la Cour lui enjoignant d'ouvrir les points de passage vers Gaza et d'autoriser l'entrée d'une aide humanitaire suffisante.

« L'affaire du Myanmar portée devant la CIJ est une lueur d'espoir pour des centaines de milliers de personnes comme moi, qui espèrent que notre combat pour la justice ne restera pas sans réponse », a déclaré Lucky Karim, fondatrice et directrice exécutive de Refugee Women for Peace and Justice. « Cette affaire, ainsi que d'autres affaires portées devant la CIJ, constituent un avertissement puissant pour les États abusifs du monde entier, qui savent qu'un jour, eux aussi, ils pourraient être appelés à répondre de leurs actes devant un tribunal. »

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08.01.2026 à 06:00

Yémen : Les arrestations par les Houthis bloquent l'aide humanitaire sur fond de crise

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule de police était garé près de l’entrée des locaux des Nations Unies dans le quartier de Hadda à Sanaa, au Yémen, le 29 octobre 2025 ; plusieurs jours auparavant, les autorités houthies y ont arrêté plusieurs employés yéménites, qu’ils ont placés en détention.   © 2025 Khaled Abdullah/Reuters Au cours des 18 derniers mois, les autorités houthies ont arbitrairement arrêté au moins 69 employés yéménites des Nations Unies et des dizaines d’employés d’organisations de la société civile, sans leur garantir une procédure régulière.L'intensification des arrestations par les Houthis d’employés d’organisations de la société civile et d'agences des Nations Unies risque d'aggraver la crise humanitaire au Yémen, qui est déjà l'une des pires au monde.Les Nations Unies, les groupes indépendants travaillant au Yémen et les gouvernements préoccupés devraient impérativement prendre toutes les mesures possibles pour assurer la libération des personnes détenues.

(Beyrouth) – Au Yémen, les Houthis ont intensifié leur campagne d’arrestations de membres du personnel d’organisations de la société civile et des Nations Unies, aggravant ainsi l’une des pires crises humanitaires au monde, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Au 4 janvier 2026, au moins 69 employés yéménites des Nations Unies étaient arbitrairement détenus, tout comme des dizaines d’employés yéménites d'organisations non gouvernementales locales et internationales ; parmi eux, de nombreux détenus sont visés de manière infondée par des accusations d'espionnage. Au cours des derniers mois, les Houthis ont également mené des raids au Centre d'hébergement commun des Nations Unies (UN Common Accommodation Facility, UNCAF) à Sanaa, ainsi qu’aux bureaux de plusieurs agences de l’ONU, d'organisations non gouvernementales internationales et de groupes locaux de la société civile, emportant dans certains cas leurs équipements.

« Les Houthis détiennent des travailleurs humanitaires qui apportent une aide vitale au peuple yéménite, alors qu'ils ne subviennent pas eux-mêmes aux besoins fondamentaux des personnes vivant sur leurs territoires », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Ils devraient immédiatement libérer les dizaines de personnes qu'ils ont arbitrairement arrêtées, et cesser d'entraver la distribution de l'aide humanitaire. »

La détention par les Houthis d’employés des Nations Unies et d’organisations de la société civile se poursuit, alors que les conditions de famine s’aggravent au Yémen. Dans leur dernier rapport sur la faim dans le monde, le Programme alimentaire mondial (PAM, ou WFP en anglais) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (Food and Agricultural Organization, FAO) ont lancé cet avertissement au sujet du Yémen : « La situation déjà critique d'insécurité alimentaire aiguë devrait encore se détériorer au cours de la période anticipée [novembre 2025 à mai 2026], certains segments de la population [dans quatre districts sous contrôle houthi] étant susceptibles d'être confrontés à une catastrophe ».

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 36 personnes, dont des proches et des amis de personnes détenues, des travailleurs humanitaires, des diplomates, des avocats et des activistes ayant une bonne connaissance de ces affaires. Human Rights Watch a également examiné les publications sur les réseaux sociaux de plusieurs proches de personnes détenues, au sujet de ces cas particuliers.

Plusieurs sources ont déclaré que les actions des Houthis avaient empêché l'ONU de mener à bien son travail dans les zones sous leur contrôlé, en raison des risques encourus par son personnel. Elles ont expliqué que les employés de l'ONU ne pouvaient pas toujours se rendre dans leurs bureaux ni se déplacer librement, par crainte d'être arrêtés, ce qui affectait leur capacité à fournir de l'aide humanitaire.

Dans de nombreux cas, des Yéménites travaillant pour l'ONU, des groupes internationaux, la société civile et des missions diplomatiques ont fui les territoires contrôlés par les Houthis pour se réfugier dans le sud du Yémen ou à l'étranger, en raison de la vaste campagne d'arrestations menée par les Houthis. 

En juillet 2024, 15 organisations humanitaires, dont des agences de l'ONU, opéraient dans 14 districts du gouvernorat d’Al-Hodeida, gérant 26 programmes consacrés à la sécurité alimentaire et à la nutrition, à l'eau et à l'assainissement, ainsi qu’à la santé et au logement ; par la suite, l’ONU a annoncé la suspension provisoire de ses activités dans une zone, et les États-Unis ont désigné Ansar Allah, l’organisation des Houthis, comme « organisation terroriste étrangère ». En juillet 2025, seules deux organisations humanitaires travaillaient encore dans trois districts de ce gouvernorat, dans les domaines de la santé et de la nutrition.

En novembre 2022, les experts en matière d'insécurité alimentaire de l'Integrated Phase Classification (IPC) ont publié un rapport qui estimait que 63 % de la population de Saada, région contrôlée par les Houthis, se trouvait dans une situation d'insécurité alimentaire « critique » ou pire ; la grande majorité des personnes dans le besoin étaient classées au niveau 3 (« critique »). En juin 2025, la carte de Saada établie par l'IPC estimait que la majorité de la population se trouvait désormais dans une situation de Phase 4 d’insécurité alimentaire (niveau « urgent »), avec une plus petite partie dans une situation de Phase 3. 

Les arrestations effectuées par les Houthis ont fortement nui à la capacité des organisations humanitaires à fournir de l'aide aux populations des territoires qu’ils contrôlent, malgré des besoins graves et croissants. 

En octobre 2025, Abdulwahid Abu Ras, ministre des Affaires étrangères par intérim des Houthis, a déclaré à Reuters que les Houthis soutenaient l'aide humanitaire et souhaitaient « aider les organisations respectant les principes du travail humanitaire, en facilitant leurs activités et leur travail ». 

Toutefois, la plupart des sources travaillant dans des organisations humanitaires ont contredit cette assertion, affirmant que la campagne d'arrestations et les raids ont gravement affecté leur capacité à accomplir leur travail. 

En outre, les Houthis ont occupé les locaux de certaines agences des Nations Unies, ainsi que le Centre d'hébergement commun de l’ONU (UN Common Accommodation Facility, UNCAF) à Sanaa, le complexe résidentiel où vivaient de nombreux employés internationaux des Nations Unies. Ils y ont saisi du matériel, notamment des ordinateurs portables, des routeurs et d'autres appareils appartenant aux agences des Nations Unies et à des organisations non gouvernementales, paralysant ainsi leur capacité à communiquer et à accéder aux données et informations nécessaires à la poursuite de leurs opérations.

Une personne interrogée a expliqué : « [Les Houthis] ont occupé les bureaux des deux plus grandes agences des Nations Unies. Ils ont pris les véhicules de certaines agences. Ils ont confisqué du matériel [technologique]... Ainsi, rien qu'en raison de ce qu'ils ont fait jusqu'à présent, la conséquence directe des activités des Houthis a été essentiellement de paralyser les opérations humanitaires ».

Un travailleur humanitaire a déclaré : « Je ne peux demander à mes collègues aucune donnée pour établir des rapports. Vous vous réveillez soudainement le matin et vous n'avez plus de bureau, plus d'équipement, plus d'équipe. »

Un autre travailleur humanitaire, qui a dû quitter Sanaa en raison des risques que les Houthis y font peser sur la société civile, a affirmé : « Au milieu de la nuit, j'ai mis toute ma vie dans deux sacs et j'ai pleuré... Je me souviens encore de mes amis, de mes compatriotes emprisonnés pour avoir fait leur travail. Mon pays bien-aimé est en ruines. »

Plusieurs sources ont déclaré que les Houthis ont exigé que de nombreux employés de l'ONU se trouvant toujours dans les territoires sous leur contrôle signent des documents stipulant qu'ils ne quitteraient pas la région. Certaines agences humanitaires qui continuent à travailler dans les territoires contrôlés par les Houthis ont déclaré que si les arrestations et le harcèlement du personnel des agences humanitaires se poursuivaient, elles devraient réévaluer leur capacité à continuer à opérer dans ces zones. 

Une personne travaillant dans le domaine des soins de santé a déclaré : « La situation est déjà catastrophique. Épidémies de choléra, malnutrition, etc. Sans X [nom de son organisation] et d'autres organisations partenaires, ce serait l'effondrement du secteur de la santé dans le nord du pays. » Des organisations non gouvernementales et l'ONU soutiennent encore actuellement plusieurs hôpitaux et cliniques dans les territoires contrôlés par les Houthis.

Dans une déclaration commune publiée en octobre 2025, plus de 30 organisations humanitaires présentes au Yémen ont cité une étude menée en août, selon laquelle « plus de 100 districts du Yémen sont aujourd'hui confrontés à une situation d'urgence nutritionnelle critique, avec une augmentation sans précédent des niveaux de malnutrition dans tout le pays ». Elles ont déclaré que dans le district d'Abs, dans la province de Hajjah, « des enfants sont morts de faim en raison de la forte augmentation des taux de malnutrition, tandis qu'à Al-Hodeida et Taiz, on prévoit une augmentation de 15 à 30 % de la malnutrition aiguë d'ici la fin de l'année ».

Les organisations ont ajouté : « Les conditions sont difficiles dans tout le Yémen, mais dans les gouvernorats du nord [territoires contrôlés par les Houthis], la détention continue du personnel humanitaire a entravé davantage encore les opérations d'aide vitales ». 

Les actions des Houthis s'inscrivent dans une tendance inquiétante de répression de l'espace civique au Yémen, et de persécution brutale des défenseurs des droits humains et des travailleurs humanitaires sur la base d’accusations infondées d'espionnage.

Les Nations Unies, les groupes indépendants travaillant au Yémen et les gouvernements préoccupés devraient impérativement prendre toutes les mesures possibles pour assurer la libération des personnes détenues, a déclaré Human Rights Watch. Oman, qui a joué le rôle de médiateur dans les négociations entre les Houthis et les autres parties belligérantes, devrait collaborer avec d'autres pays pour garantir que les Houthis libèrent les détenus.

Les disparitions forcées, qui surviennent lorsque des autorités détiennent une personne tout en refusant de fournir des informations sur son lieu de détention ou sur sa situation, constituent des crimes graves au regard du droit international ; elles sont interdites en toutes circonstances, tant par le droit international des droits humains que par le droit international humanitaire. 

L’arrestation d’une personne, effectuée sans mandat d’arrestation ou en l’absence de chefs d’accusations clairs, constitue une violation de l'article 132 du Code de procédure pénale yéménite. 

« En ciblant les travailleurs humanitaires, les Houthis ciblent aussi les nombreux Yéménites qui dépendent de l'aide fournie par ces personnes », a conclu Niku Jafarnia. « La communauté internationale, en particulier les gouvernements de la région, devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour garantir la libération immédiate des dizaines de membres du personnel des Nations Unies et de la société civile détenus arbitrairement. »

Suite détaillée en anglais.

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