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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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10.01.2026 à 01:40

États-Unis : Meurtre injustifié d’une femme par un agent de l’ICE à Minneapolis

Human Rights Watch
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Click to expand Image Une foule de personnes participaient à une veillée commémorative en hommage à Renee Nicole Good, abattue par un agent de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) à Minneapolis, dans le Minnesota, aux États-Unis, le 7 janvier 2026.   © 2026 Jaida Grey Eagle/Bloomberg via Getty Images

(Washington, le 9 janvier 2026) – Le meurtre d’une femme à Minneapolis par un agent fédéral des services d’immigration des États-Unis, le 7 janvier était injustifiable, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Trois vidéos de l’incident, partagées sur les réseaux sociaux et vérifiées par Human Rights Watch et par différents médias, contredisent clairement les affirmations des responsables du gouvernement selon qui la victime aurait « utilisé son véhicule comme arme » ou tenté de tuer des agents avant que l’un d’entre eux n’ouvre le feu.

Des agents des services de l'immigration et les douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) ont interpellé Renee Nicole Good, une citoyenne américaine de 37 ans, dans une rue résidentielle du sud de Minneapolis dont elle avait bloqué le passage avec sa voiture, comme l’a expliqué une femme qui se trouvait sur les lieux. Alors qu’elle tentait de s’éloigner des agents, l’un d’eux lui a tiré dessus à trois reprises à bout portant. Une déclaration de l’épouse de Renee Nicole Good, publiée dans un média local, indique que les deux femmes avaient alerté leurs voisins de la présence de l’ICE. « Nous avions des sifflets », indiquait Becca Good dans sa déclaration. « Ils avaient des armes. »

« Au cours de l’année écoulée, les agents de l’ICE et d’autres organismes fédéraux se sont livrés en toute impunité à des abus contre des communautés immigrées à travers tous les États-Unis », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Cet incident horrible est le dernier signe en date que leurs tactiques abusives mettent des vies en danger, y compris celles de personnes qui ne sont pas visées par les mesures d’application des lois relatives à l’immigration. »

Human Rights Watch a analysé quatre vidéos des tirs, ainsi qu’une autre vidéo filmée peu après, et examiné quatre témoignages parus dans les médias locaux.

Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux par un journaliste du Minnesota Reformer et diffusée ultérieurement par NBC News, Renee Good apparaît au volant d’une Honda Pilot de couleur bordeaux, stationnée au milieu de la route, tandis que des véhicules banalisés tentent de la dépasser. Elle semble leur faire signe de la contourner. Un véhicule y parvient, et elle fait signe à un deuxième de passer, mais celui-ci s’arrête perpendiculairement à la voiture de Renee Good. Deux agents en sortent et se dirigent vers elle en criant : « Sortez de la voiture ! »

L’un d’eux tente d’ouvrir la portière côté conducteur en saisissant la poignée, puis en passant la main par la fenêtre. Un troisième agent s’approche du côté passager du véhicule. Renee Good fait brièvement marche arrière, apparemment pour tenter d’échapper aux policiers. Le troisième agent s’approche du côté conducteur tandis qu’elle commence à rouler dans la direction opposée. Sortant son arme, le troisième agent tire trois coups de feu à hauteur des yeux, d’abord à travers le pare-brise, puis à travers la vitre côté conducteur. La voiture de Renee Good accélère et percute une voiture garée un peu plus loin. 

Une deuxième vidéo de l’incident, filmée par l’agent qui a ouvert le feu, montre que Renee Good tourne le volant et accélère pour s’éloigner des agents. Le véhicule n’est plus visible dans la vidéo lorsque l’agent fait feu. Une troisième vidéo de l’incident, ainsi qu’une quatrième vidéo, corroborent cette analyse, montrant le véhicule de Renee Good s’éloignant des agents, alors que des coups de feu retentissent. 

Les vidéos analysées par Human Rights Watch ne permettent pas de déterminer avec certitude si le véhicule a heurté l'agent. Cependant, elles montrent qu'au moment des tirs, l'agent se trouvait sur le côté gauche du véhicule, en dehors de sa trajectoire directe, et que le véhicule s'éloignait de lui et des autres agents. L’analyse combinée des vidéos montre que l’agent ne pouvait pas craindre de manière raisonnable que sa vie était en danger, ou qu’il risquait de subir des blessures graves.

Dans une autre vidéo, filmée après les faits, un passant se tenant de l’autre côté de la rue, près de la voiture de Good, demande : « Puis-je prendre son pouls ? Je suis médecin. » Un agent refuse. On voit Good, toujours à l’intérieur du véhicule, ensanglantée et inerte, tandis que plusieurs agents se tiennent autour de son véhicule sans tenter de lui porter secours.

Selon la mairie de Minneapolis, les policiers qui sont intervenus sur les lieux ont trouvé Renee Good avec des « blessures par balle potentiellement mortelles », et les pompiers lui ont prodigué les premiers soins en attendant l’arrivée des ambulanciers. Deux témoins ont déclaré aux médias qu’en raison des véhicules de l’ICE qui étaient déjà garés dans la rue , les ambulanciers ont dû se garer plus loin et se rendre à pied auprès de la victime depuis le bout de la rue. Renee Good est décédée plus tard à l’hôpital, a indiqué la mairie.

Le Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) a rapidement publié un communiqué affirmant que Renee Good avait tenté de tuer des agents de l’ICE avec son véhicule, en se livrant à un « acte de terrorisme intérieur ». Ce récit est totalement incompatible avec toute analyse raisonnable des images vidéo disponibles, a déclaré Human Rights Watch.

Cet incident mortel est survenu dans un contexte de déploiement accru d’agents fédéraux de l’immigration à Minneapolis.

Des milliers de personnes se sont rassemblées lors d’une veillée le soir du 7 janvier pour honorer la mémoire de la victime et protester contre la présence de l’ICE à Minneapolis. L’incident mortel a déclenché des manifestations dans d’autres villes, notamment New York, San Francisco, Chicago et Seattle.

Le meurtre de Renee Good est survenu dans le cadre d’une série d’incidents où des armes à feu ont été utilisées dans des circonstances douteuses lors d’opérations de contrôle de l’immigration, a déclaré Human Rights Watch. Le 24 décembre 2025, un agent de l’ICE a ouvert le feu sur Tiago Alexandre Sousa-Martins, qui était à bord de son véhicule à Glen Burnie, dans le Maryland, provoquant un accident. Le DHS a affirmé que Sousa-Martins se serait « servie de son véhicule comme d’une arme », percutant des véhicules de l’ICE et fonçant « directement sur les agents ». Bien qu’aucune vidéo de la fusillade n’ait été diffusée, une déclaration de la police locale remet en question cette version officielle, affirmant qu’un deuxième homme blessé dans l’accident n’était pas un passager de la voiture de Sousa-Martins, comme l’affirmait le DHS, mais qu’il avait été blessé alors qu’il était détenu dans un véhicule de l’ICE.

En octobre, à Chicago, un agent des douanes et de la protection des frontières (Customs and Border Patrol, CBP) a tiré à cinq reprises sur Marimar Martinez. Le lendemain, celle-ci a été inculpée et accusée d’avoir percuté un véhicule du CBP avec sa voiture, mais l’affaire a été classée sans suite. En septembre, un agent de l’ICE a tiré sur Silverio Villegas-Gonzalez près de Chicago, affirmant que ce dernier avait « foncé sur les forces de l’ordre avec sa voiture ». Or, les images de vidéosurveillance ne montrent pas sa voiture fonçant sur les forces de l’ordre ni les percutant.

La directive du DHS sur le recours à la force ne l’autorise que lorsqu'aucune autre solution raisonnable ne semble possible ; l'usage de la force létale est interdit, sauf si l'agent a des raisons de croire qu'il existe une menace imminente de mort ou de blessures graves. Cette politique du DHS a été mise en place en 2023, afin de se conformer à un décret présidentiel alors en vigueur (et depuis abrogé par le président Trump) qui enjoignait aux agences fédérales d'application de la loi d'adopter des politiques d'usage de la force « équivalentes ou plus contraignantes », en comparaison avec la directives du ministère de la Justice, adoptées en 2022. Les deux directives du DHS et du ministère de la Justice interdisent explicitement aux forces de l’ordre de faire usage d’armes à feu « dans le seul but d’immobiliser des véhicules en mouvement ». Selon la directive du ministère de la Justice, même lorsqu’un « véhicule est conduit d’une manière qui menace de causer la mort ou des blessures graves », un agent ne peut faire usage d’une arme à feu s’il peut raisonnablement éviter le danger, notamment en « s’écartant de la trajectoire du véhicule ».

Conformément aux normes internationales relatives aux droits humains, les forces de l’ordre ne peuvent utiliser intentionnellement la force létale que « lorsque cela est strictement inévitable, afin de protéger des vies ». Ces normes stipulent également qu’elles doivent veiller à ce que les blessés reçoivent des soins médicaux le plus rapidement possible.

Human Rights Watch a documenté d’autres incidents impliquant l’usage excessif de la force par des agents du gouvernement contre des immigrants et des personnes manifestant contre l’intensification des raids et des détentions depuis que l’administration Trump a lancé sa violente campagne de répression de l’immigration l’an dernier. Ces abus sont aggravés par le fait que les forces de l’ordre dissimulent leur identité à l’aide de masques, une pratique devenue courante parmi les agents fédéraux chargés de l’application des lois sur l’immigration et qui fait obstacle à l’établissement des responsabilités.

L’administration Trump a démantelé des mécanismes de contrôle essentiels au sein du département DHS, notamment le Bureau des droits civiques et des libertés civiles (Office for Civil Rights and Civil Liberties, CRCL), qui aurait pu enquêter sur une fusillade illégale menée par l’ICE, mais dont les capacités ont été considérablement réduites par des coupes budgétaires drastiques.

Le 7 janvier, le chef de la police de Minneapolis a déclaré que le FBI et le Bureau chargé de l’arrestation de criminels (Bureau of Criminal Apprehension, BCA), une agence relevant du Département de la sécurité publique du Minnesota, enquêteraient conjointement sur la fusillade. Cependant, le lendemain, le BCA a annoncé la clôture de cette enquête après que le FBI a indiqué qu’il ne lui permettrait plus d’accéder aux preuves et qu’il mènerait l’enquête seul.

Les autorités locales et fédérales devraient redoubler d’efforts communs pour enquêter de manière approfondie et impartiale sur le meurtre de Renee Good, a déclaré Human Rights Watch. En l’absence de mécanismes de contrôle internes solides au sein du DHS, les commissions parlementaires pertinentes du Congrès devraient organiser des auditions à ce sujet.

« La mort de Renee Good est un exemple effroyable des dangers posés par des forces de l’ordre autorisées à agir en toute impunité, et adresse un message menaçant et potentiellement dissuasif aux personnes migrantes, aux manifestants et aux passants », a conclu Ida Sawyer. « Les autorités devraient enquêter sur ce meurtre publiquement et de manière approfondie, et veiller à ce que justice soit rendue. »

Mise à jour : Ce communiqué a été mis à jour le 13 janvier 2026, afin de compléter l’analyse de vidéos de l'incident mise en ligne le 9 janvier, et de fournir des informations complémentaires sur les directives concernant l’utilisation de la force, qui s’appliquent aux agences du Département de la Sécurité intérieure (DHS).

09.01.2026 à 00:40

Iran : Nouveau cycle de répression sanglante de manifestations

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des photos de 28 personnes tuées par les forces de sécurité iraniennes entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026, lors de la répression des manifestations en Iran. © Amnesty International

(Beyrouth) – Les autorités iraniennes mènent depuis le 28 décembre 2025 une répression meurtrière contre les manifestant·e·s à travers le pays : les forces de sécurité font un usage illégal de la force et des armes à feu et procèdent à des arrestations arbitraires massives, ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch le 8 janvier 2026.

Les deux organisations concluent que les forces de sécurité, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et la police iranienne, connue sous son acronyme persan FARAJA, ont de manière illégale tiré avec des fusils et des fusils à pompe chargés de projectiles en métal, utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes, et roué de coups des manifestant·e·s majoritairement pacifiques afin de les disperser, de les intimider et de les punir.

Selon des informations crédibles recueillies par Amnesty International et Human Rights Watch, cette répression a entraîné la mort d’au moins 28 manifestants et passants, dont des mineurs, dans 13 villes situées dans huit provinces, entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026.

« Les Iraniennes et les Iraniens qui osent exprimer leur colère face à des décennies de répression et réclamer des changements de fond se heurtent une fois de plus à une réponse mortelle : les forces de sécurité tirent illégalement sur les manifestant·e·s, les pourchassent, les arrêtent et les rouent de coups. Ces scènes ne sont pas sans rappeler le soulèvement “ Femme, vie, liberté ” de 2022. Le plus haut organe iranien en charge de la sécurité, le Conseil suprême de sécurité nationale, doit ordonner aux forces de l’ordre de cesser de recourir illégalement à la force et aux armes à feu », a déclaré Diana Eltahawy, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Des manifestations ont éclaté le 28 décembre 2025 à la suite de l’effondrement brutal de la monnaie, dans un contexte d’inflation galopante, de mauvaise gestion chronique des services essentiels par l’État, notamment l’accès à l’eau, et de dégradation des conditions de vie. Des magasins ont fermé et des grèves ont éclaté dans le Grand bazar de Téhéran, avant que la contestation ne s’étende rapidement à tout le pays, sous forme de manifestations de rue qui appellent à la chute du régime de la République islamique et revendiquent le respect des droits humains, la dignité et la liberté. Les autorités ont réagi en dispersant les rassemblements avec violence et en procédant à des arrestations massives : des centaines de personnes ont déjà été arrêtées arbitrairement et risquent d’être victimes d’actes de torture et de mauvais traitements.

« Au regard de la fréquence et de la persistance avec lesquelles les membres des forces de sécurité en Iran recourent illégalement à la force, y compris meurtrière, contre les manifestant·e·s, et de l’impunité systématique dont bénéficient ceux qui commettent de graves violations, l’usage de telles armes pour réprimer les manifestations constitue une politique d’État bien ancrée », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Human Rights Watch et Amnesty International se sont entretenues avec 26 personnes, dont des manifestant·e·s, des témoins, des défenseur·e·s des droits humains, des journalistes et un professionnel de santé, ont examiné les déclarations officielles et analysé des dizaines de vidéos authentifiées, publiées en ligne ou qui leur ont été transmises. Un médecin légiste indépendant qu’a consulté Amnesty International a examiné des photos de manifestant·e·s blessés ou tués.

Les hauts responsables de l’État iranien diabolisent les manifestant·e·s, les qualifiant d’« émeutiers », et promettent une réponse « ferme ».

Le 3 janvier 2026, date à laquelle les forces de sécurité ont tué au moins 11 manifestant·e·s, le Guide suprême Ali Khamenei a déclaré qu’il fallait « remettre les émeutiers à leur place ». Ce même jour, la branche provinciale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de la province du Lorestan a fait savoir que la période de « tolérance » était terminée, s’engageant à cibler « les émeutiers, les organisateurs et les leaders des mouvements portant atteinte à la sécurité… sans indulgence ».

Le 5 janvier, le responsable du pouvoir judiciaire a enjoint aux procureurs de ne faire preuve d’« aucune indulgence » vis-à-vis des manifestant·e·s et d’accélérer leurs procès.

Les États membres de l’ONU et les organismes régionaux, tels que l’Union européenne (UE), devraient condamner publiquement et sans équivoque ces agissements et mener sans attendre une action diplomatique visant à faire pression sur les autorités iraniennes pour qu’elles mettent fin au bain de sang.

Au regard du climat général d’impunité systémique qui a permis aux autorités iraniennes de commettre encore et encore des crimes relevant du droit international qu’ont recensés Amnesty International et Human Rights Watch, notamment les homicides, les actes de torture, les viols et les disparitions forcées visant à éliminer et sanctionner la dissidence, les deux organisations invitent les autorités chargées des poursuites dans des pays tiers à ouvrir des enquêtes pénales en vertu du principe de juridiction universelle, en vue de décerner des mandats d’arrêt contre les auteurs présumés de ces agissements.

Informations complémentaires

Usage illégal de la force et homicides

Les 28 victimes ont toutes été abattues par les forces de sécurité, notamment par des tirs de projectiles en métal à l’aide de fusils à pompe. Dans le droit fil de sa stratégie bien connue de déni et de silence, l’État iranien dément toute responsabilité dans ces homicides. Il a contraint certaines familles de victimes à apparaître dans les médias officiels pour attribuer ces décès à des accidents ou aux manifestants, les menaçant de représailles et d’inhumer en secret leurs proches si elles refusaient de le faire.

Amnesty International et Human Rights Watch ont conclu que les manifestant·e·s étaient majoritairement pacifiques. Certaines images et informations examinées indiquent que certains se sont livrés à des actes de violence ; cependant, dans tous les faits impliquant des tirs sur lesquels elles ont enquêté, il n’existait aucune menace imminente de mort ou de blessure grave justifiant l’usage d’armes à feu.

Selon les éléments de preuve qu’elles ont recueillis, les provinces du Lorestan et d’Ilam, où vivent les minorités ethniques kurde et lor, ont été le théâtre des répressions les plus meurtrières : au moins huit morts dans le Lorestan et cinq dans l’Ilam. Entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026, des homicides sont également à déplorer dans d’autres provinces, notamment dans celle du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, du Fars et de Kermanshah (au moins quatre morts dans chaque), ainsi que celles d’Ispahan, de Hamedan et de Qom (au moins un mort dans chaque).

Une manifestante à Azna, dans la province du Lorestan, a déclaré à Amnesty International que dans la soirée du 1er janvier 2026, les forces de sécurité avaient ouvert le feu sur des manifestants pacifiques près du bureau du gouverneur du comté, sur la place Azadegan. Elle a partagé une vidéo, qui a été authentifiée, montrant un gardien de la révolution islamique tirer sur des manifestants. Une fois la foule dispersée, certains se sont regroupés devant un poste de police voisin, où ils ont de nouveau essuyé des tirs des forces de l’ordre.

Sur des vidéos authentifiées, mises en ligne le 1er janvier, on peut voir des manifestants scander des slogans devant le poste de police. On entend des bruits de tirs dans au moins l’une de ces vidéos.

D’après les informations examinées, au moins six manifestants ont été tués à Azna : il s’agit de Vahab Mousavi, Mostafa Falahi, Shayan Asadollahi, Ahmadreza Amani et Reza Moradi Abdolvand. Les autorités n’ont toujours pas restitué le corps de Taha Safari, 16 ans, initialement porté disparu. D’après une source bien informée, le 3 janvier, les membres de sa famille se sont rendus dans un commissariat pour s’enquérir de son sort et un policier leur a montré des photos de plusieurs personnes décédées ; la famille a alors identifié Taha Safari. Il présentait des blessures graves et visibles à la tête.

D’après le témoignage d’un manifestant à Malekshahi, dans la province d’Ilam, dans l’après-midi du 3 janvier, des centaines de manifestants pacifiques ont défilé depuis la place Shohada jusqu’à une base bassidji du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) :

Des agents du CGRI ont ouvert le feu depuis l’intérieur de la base, tirant sans se soucier de qui ils touchaient… Trois ou quatre personnes ont été tuées sur le coup et beaucoup d’autres blessées. Les manifestant·e·s ne portaient absolument pas d’armes.

Sur deux vidéos authentifiées provenant de Malekshahi et filmées dans l’après-midi, on peut voir des manifestants, devant la base bassidji, fuir au milieu des coups de feu. Une autre vidéo publiée en ligne montre six agents à l’intérieur de la base, dont au moins un ouvre le feu en direction des manifestants. Dans deux vidéos, on peut voir trois victimes, inertes, présentant des blessures visibles.

Des sources bien informées assurent que trois manifestants – Reza Azimzadeh, Latif Karimi et Mehdi Emamipour – ont été tués sur le coup. Deux autres, Fares (Mohsen) Agha Mohammadi et Mohammad Reza Karami, ont succombé par la suite à leurs blessures.

Dans la région de Jafarabad, dans la province de Kermanshah, Reza Ghanbary et deux frères, Rasoul Kadivarian et Reza Kadivarian, ont été abattus le 3 janvier. Un défenseur des droits humains a raconté que des agents en civil, arrivés à bord de trois véhicules blancs, ont tiré des projectiles en métal sur les deux frères qui faisaient partie d’un groupe de manifestants tentant de bloquer la route.

Dans la province du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, Ahmad Jalil et Sajad Valamanesh ont été tués par les forces de sécurité lors de manifestations à Lordegan le 1er janvier et Soroush Soleimani à Hafshejan, le 3 janvier, selon les informations transmises par un défenseur des droits humains. Amnesty International et Human Rights Watch ont analysé des photos de leurs dépouilles, qui présentent des traces caractéristiques de blessures par balles métalliques au niveau du torse.

Des manifestant·e·s grièvement blessé·e·s

Amnesty International et Human Rights Watch ont recensé de très nombreuses blessures dues à l’utilisation généralisée de projectiles métalliques tirés par des fusils de chasse, notamment des blessures à la tête et aux yeux, ainsi que des blessures causées par des tirs de fusils et des coups assénés à l’aide de ces mêmes armes.

D’après le témoignage d’un manifestant de Dehdasht, dans la province de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad, il s’est fait tirer dessus lors des manifestations du 3 janvier. Craignant d’être arrêté, il n’est pas allé se faire soigner à l’hôpital malgré le risque de perdre sa jambe. Un médecin légiste indépendant consulté par Amnesty International, qui a examiné une photographie de sa blessure, a noté qu’elle pouvait avoir été causée par un seul plomb de fusil à pompe. 

Le 6 janvier 2026, un photographe de la ville d’Ilam a publié une vidéo sur les réseaux sociaux, filmant son visage ensanglanté et couvert de blessures causées par des plombs métalliques. Montrant une bille de métal à la caméra, il explique que les forces de sécurité utilisent des munitions de chasse contre les manifestants : « Tuer un être humain est un jeu pour eux. Ils pensent que nous sommes des proies et ils se prennent pour des chasseurs. »

D’après le témoignage d’une habitante de la ville d’Ispahan, elle a été poussée à terre par un policier, qui lui a piétiné le dos, alors qu’elle fuyait face à la dispersion violente des manifestations. Elle a partagé des images montrant son visage couvert de sang et de multiples écorchures.

« Plus je me débattais, plus il appuyait fort », a-t-elle raconté. « Je ne pouvais plus bouger. J’ai crié, mais il m’a dit de la fermer. »

Force est de constater que la présence des forces de sécurité dans les hôpitaux dissuade de nombreux manifestant·e·s blessés de se faire soigner, augmentant ainsi le risque de décès. Selon un défenseur des droits humains, Mohsen Armak est mort à Hafshejan, dans la province du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, après avoir été transporté dans une ferme plutôt qu’à l’hôpital, alors qu’il avait été blessé par un projectile métallique le 3 janvier.

Le 4 janvier, les forces spéciales de la police iranienne (FARAJA) et du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont attaqué l’hôpital Imam Khomeini à Ilam, où des manifestant·e·s blessés étaient soignés. Selon un défenseur des droits humains et des séquences vidéo vérifiées, ils ont tiré avec des fusils chargés de balles métalliques et de gaz lacrymogène dans l’enceinte de l’hôpital, ont brisé des portes vitrées et frappé des patient·e·s, leurs proches et des soignant·e·s.

Des arrestations arbitraires massives

Les forces de sécurité ont procédé à l’arrestation arbitraire de centaines de manifestant·e·s, dont des mineur·e·s âgés d’à peine 14 ans, au cours de la dispersion des rassemblements et de raids nocturnes dans des habitations, mais aussi dans les hôpitaux.

Nombre d’entre eux ont été soumis à des disparitions forcées et à des détentions au secret, les exposant ainsi à un risque accru de torture et de mauvais traitements.

Les autorités ont déjà diffusé certains « aveux » obtenus sous la contrainte. Le 5 janvier 2026, Tasnim News, site affilié au Corps des gardiens de la révolution islamique, a diffusé les « aveux » d’une jeune femme de 18 ans et d’une adolescente de 16 ans, les accusant d’avoir « mené des émeutes ».

Les autorités iraniennes devraient libérer immédiatement et sans condition toute personne détenue uniquement pour avoir participé sans violence ou exprimé son soutien à des manifestations. Toutes les personnes détenues doivent être protégées contre la torture et toute autre forme de mauvais traitements, et avoir la possibilité d’entrer en contact sans délai avec leurs proches, de consulter leurs avocats et de bénéficier des soins médicaux dont elles ont besoin.

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Autres liens :

Communiqué principal d’Amnesty International.

Autre communiqué d’Amnesty France

Articles

France 24  Le Monde

CSDHI

08.01.2026 à 18:59

Myanmar : La CIJ tient des audiences dans l'affaire du génocide des Rohingyas

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des Rohingyas ayant fui le Myanmar traversaient des rizières près de Teknaf, au Bangladesh, après avoir franchi la frontière entre les deux pays le 1er septembre 2017. © 2017 AP Photo/Bernat Armangue

(La Haye, 8 janvier 2026) – Les audiences tenues par la Cour internationale de justice (CIJ) dans l'affaire du génocide au Myanmar reflètent la nécessité de rendre justice à l'ethnie rohingya, ont conjointement déclaré cinq organisations – Burmese Rohingya Organisation UK, Global Justice Center, Human Rights Watch, Refugee Women for Peace and Justice, ainsi que Women's Peace Network – aujourd'hui. Les audiences relatives à cette affaire débuteront le 12 janvier.

En août 2017, les forces de sécurité du Myanmar ont lancé une campagne massive de massacres, de viols et d'incendies criminels contre les Rohingyas dans le nord de l'État de Rakhine, forçant plus de 700 000 personnes à fuir vers le Bangladesh voisin. En novembre 2019, la Gambie a déposé auprès de la CIJ une requête alléguant que les atrocités commises par le Myanmar contre les Rohingyas constituent un génocide et violent la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Il ne s'agit pas d'une affaire pénale contre des individus, mais d'une demande de détermination juridique de la responsabilité de l'État du Myanmar dans le génocide.

« Le fait que l'affaire historique intentée par la Gambie contre le Myanmar entre enfin dans sa phase de fond redonne espoir aux Rohingyas que nos décennies de souffrances pourraient enfin prendre fin », a déclaré Wai Wai Nu, fondatrice et directrice exécutive de Women's Peace Network. « Alors que les violations à l'encontre des Rohingyas se poursuivent, le monde doit rester ferme dans sa quête de justice et dans ses efforts pour mettre fin à l'impunité au Myanmar et rétablir nos droits. »

9 décembre 2019 Questions et réponses sur l’action judiciaire intentée par la Gambie contre le Myanmar pour génocide devant la CIJ

En décembre 2019, la CIJ a tenu des audiences sur la demande de mesures provisoires présentée par la Gambie afin de protéger les Rohingyas restés au Myanmar contre le génocide, que la Cour a adoptées à l'unanimité en janvier 2020. Les mesures provisoires de la Cour exigent que le Myanmar empêche tous les actes de génocide contre les Rohingyas, veille à ce que les forces de sécurité ne commettent pas d'actes de génocide et prenne des mesures pour préserver les preuves liées à l'affaire. Le Myanmar est légalement tenu de s'y conformer. Human Rights Watch et d'autres organisations ont documenté les graves violations commises à l'encontre des Rohingyas restés au Myanmar, en violation des mesures provisoires ordonnées par la Cour.

Le 1er février 2021, l'armée du Myanmar a organisé un coup d'État, renversé le gouvernement démocratiquement élu et installé une junte militaire. Depuis le coup d'État, un conflit armé entre les forces de sécurité du Myanmar et les forces d'opposition et les groupes armés ethniques a embrasé une grande partie du pays, les forces de sécurité commettant de graves violations, notamment des frappes aériennes contre des civils dans plusieurs zones ethniques.

L'armée birmane soumet depuis longtemps les Rohingyas à des crimes atroces, notamment des crimes contre l'humanité tels que l'apartheid, la persécution et la privation de liberté. Depuis fin 2023, les civils rohingyas sont pris au piège dans les combats entre la junte et le groupe armé ethnique Arakan Army. Les deux camps ont commis de graves violations, notamment des exécutions extrajudiciaires, des incendies criminels généralisés et des recrutements illégaux.

« Il faut mettre fin au cercle vicieux des violations commises par l’armée du Myanmar et de l'impunité dont elle bénéficie », a déclaré Shayna Bauchner, chercheuse auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Pour cela, les autres gouvernements devraient commencer par obliger la junte à respecter son obligation légale de se conformer aux mesures provisoires ordonnées par la CIJ. »

En janvier 2021, le gouvernement de la Ligue nationale pour la démocratie, dirigé par Aung San Suu Kyi, a déposé des objections préliminaires contestant la compétence de la CIJ et la qualité pour agir de la Gambie. En février 2022, la CIJ a entendu les objections de la junte militaire birmane. En juillet, la Cour a rejeté ces objections, permettant ainsi à l'affaire d'être jugée au fond.

Pour établir qu'un génocide a été commis au sens de la Convention sur le génocide, il faut démontrer que des actes génocidaires ont été commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

Au cours des trois semaines d'audiences à la CIJ, les parties devraient présenter leurs arguments et les preuves à l'appui pour déterminer si le Myanmar a violé la Convention sur le génocide.

Onze pays sont intervenus dans l'affaire, mais ne présenteront pas d'exposé oral lors des audiences sur le fond. Si leurs observations écrites restent confidentielles, leurs déclarations d'intervention exposent plusieurs arguments à l'appui de la position de la Gambie, notamment sur la question de l'intention génocidaire, la portée de l'obligation de prévenir et de punir le génocide, et le rôle de la violence sexuelle et sexiste dans la détermination du génocide. Ce dernier point est détaillé dans un document publié par le Global Justice Center.

« Le génocide ne se manifeste pas uniquement par des massacres », a déclaré Elise Keppler, directrice exécutive du Global Justice Center. « Au Myanmar, les violences sexuelles et reproductives ciblées infligées aux femmes et aux filles rohingyas avaient pour but de briser les familles, de menacer leur avenir et d'éliminer toute possibilité de survie en tant que groupe. Une analyse tenant compte des questions de genre permet de mettre en évidence cette intention. Sans elle, l'argument selon lequel un génocide a été commis contre les Rohingyas est incomplet. »

Outre l'affaire portée devant la CIJ par la Gambie, plusieurs initiatives sont en cours pour traduire en justice les auteurs individuels de crimes commis au Myanmar.

En 2019, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête sur des crimes graves présumés contre les Rohingyas. Bien que le Myanmar ne soit pas membre de la CPI, les juges de la Cour ont déterminé que la CPI était compétente pour statuer sur cette affaire, car au moins un élément des crimes présumés a été commis au Bangladesh, qui est membre de la CPI. En novembre 2024, le procureur de la CPI a demandé un mandat d'arrêt contre l' Min Aung Hlaing , commandant en chef de l'armée du Myanmar, alléguant sa responsabilité dans les crimes contre l'humanité que sont la déportation et la persécution des Rohingyas en 2017.

Afin d'assurer une responsabilité globale, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait étendre la compétence de la CPI pour traiter l'ensemble des crimes en renvoyant la situation au Myanmar devant la Cour, ont déclaré les groupes.

En novembre 2019, plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Burmese Rohingya Organisation UK, ont engagé une procédure pénale en Argentine en vertu du principe de compétence universelle contre les autorités du Myanmar, pour les crimes commis dans l'État de Rakhine. En février 2025, un tribunal argentin a émis des mandats d'arrêt contre 25 personnes du Myanmar, dont Min Aung Hlaing.

« Pour traiter pleinement l'ampleur des crimes commis contre les Rohingyas, il est essentiel de rechercher la justice et la responsabilité par différents moyens », a déclaré Tun Khin, président de l'Organisation des Rohingyas birmans au Royaume-Uni. « Cette affaire et la recherche de la justice ne concernent pas seulement la responsabilité des atrocités passées, mais aussi la prévention de celles à venir. »

La plainte déposée par la Gambie en 2019 était la première fois qu'un pays sans lien direct avec les crimes présumés utilisait son statut de membre de la Convention sur le génocide pour saisir la CIJ.

En décembre 2023, l'Afrique du Sud a saisi la CIJ d'une plainte alléguant qu'Israël avait violé la Convention sur le génocide en commettant un génocide contre les Palestiniens à Gaza et en ne l'empêchant pas, notamment en ne tenant pas les hauts responsables israéliens et autres personnes pour responsables de leur incitation directe et publique au génocide. En janvier, mars et mai 2024, la Cour a ordonné la prise de mesures provisoires, mais Israël a ignoré les ordonnances de la Cour lui enjoignant d'ouvrir les points de passage vers Gaza et d'autoriser l'entrée d'une aide humanitaire suffisante.

« L'affaire du Myanmar portée devant la CIJ est une lueur d'espoir pour des centaines de milliers de personnes comme moi, qui espèrent que notre combat pour la justice ne restera pas sans réponse », a déclaré Lucky Karim, fondatrice et directrice exécutive de Refugee Women for Peace and Justice. « Cette affaire, ainsi que d'autres affaires portées devant la CIJ, constituent un avertissement puissant pour les États abusifs du monde entier, qui savent qu'un jour, eux aussi, ils pourraient être appelés à répondre de leurs actes devant un tribunal. »

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