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14.01.2026 à 17:12

Iran : l’adhésion prudente des minorités ethniques au mouvement de protestation

Shukriya Bradost, Ph.D. Researcher, International Security and Foreign Policy, Virginia Tech
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Les revendications des minorités ethniques iraniennes diffèrent de celles de nombreux habitants de Téhéran.
Texte intégral (3326 mots)
Manifestants à Téhéran, 10 janvier 2026. Fourni par l'auteur

Près de la moitié des Iraniens ne sont pas des Perses. Si les habitants des régions périphériques — Kurdistan, Baloutchistan, Azerbaïdjan… — soutiennent le mouvement de contestation, ils redoutent également un éventuel retour de la monarchie Pahlavi, qui ne leur a pas laissé que de bons souvenirs…


Lorsque les manifestations actuelles en Iran ont commencé au Grand Bazar de Téhéran le 28 décembre 2025, le gouvernement les a d’abord considérées comme gérables et temporaires.

Les marchands des bazars ont toujours fait partie des groupes sociaux les plus conservateurs du pays, profondément ancrés dans la structure économique de l’État et étroitement liés au pouvoir politique. Le gouvernement estimait donc que leurs protestations n’étaient pas de nature révolutionnaire et qu’il ne s’agissait que d’une campagne de pression de courte durée visant à stabiliser une monnaie, le rial, en chute libre et à freiner l’inflation — deux phénomènes menaçant directement les moyens de subsistance des commerçants.

Lors de sa première réaction publique au mouvement du bazar, le guide suprême iranien Ali Khamenei a ouvertement admis que les commerçants avaient des raisons d’être mécontents. C’était la première fois qu’il reconnaissait la légitimité d’une manifestation contestataire. Rappelant l’alliance historique entre l’État et le bazar, il a indiqué que le gouvernement considérait que les troubles étaient maîtrisables.

Les autorités n’avaient pas prévu ce qui allait se passer ensuite : les manifestations se sont étendues à plus de 25 provinces et constituent désormais un risque direct pour la survie du régime, lequel a réagi par une répression violente au cours de laquelle plus de 6 000 personnes auraient déjà été tuées.

Spécialiste des groupes ethniques iraniens, j’ai observé la façon dont ces groupes minoritaires, malgré leurs doutes quant à l’issue du mouvement et quant aux projets de certaines figures centrales de l’opposition, se sont joints à la contestation.

Les minorités ethniques se joignent à la manifestation

L’Iran est un pays d’environ 93 millions d’habitants dont l’État moderne s’est construit autour d’une identité nationale centralisée, ce qui masque une importante diversité ethnique. La majorité perse représente 51 % de la population ; 24 % des habitants du pays s’identifient comme Azéris ; le nombre de Kurdes est estimé à entre 7 et 15 millions de personnes, soit environ 8 à 17 % de la population totale. Enfin, les minorités arabe et baloutche constituent respectivement 3 % et 2 % des Iraniens.

Carte de la répartition des groupes ethniques en Iran. Wikimedia

Depuis le lancement du projet de construction nationale par la monarchie Pahlavi en 1925, les gouvernements successifs, qu’ils aient relevé de la monarchie ou de la République islamique qui l’a renversée en 1979, ont toujours considéré la diversité ethnique comme un défi sécuritaire et ont réprimé à plusieurs reprises des revendications en faveur de l’inclusion politique, des droits linguistiques et de la gouvernance locale.

Dans les manifestations actuelles, les régions où les minorités sont présentes en nombre se sont au départ moins mobilisées que lors de la dernière vague importante de manifestations : celle de 2022-2023, conduite sous le slogan « Femme, vie, liberté », déclenchée par la mort d’une Kurde iranienne nommée Jina Mahsa Amini.

Les Kurdes ont commencé à se joindre aux manifestations actuelles le 3 janvier, dans la petite ville de Malekshahi (province d’Ilam). S’est ensuivie une violente descente des forces de sécurité contre des manifestants blessés à l’intérieur de l’hôpital d’Ilam, qui a provoqué l’indignation au-delà de la communauté locale et attiré l’attention internationale.

Depuis, les manifestations se sont poursuivies à Ilam. Dans la province voisine de Kermanshah, en particulier dans la région pauvre de Daradrezh, elles ont éclaté en raison de la précarité économique et de la discrimination politique dont les Kurdes sont victimes.

Une approche stratégique de la protestation

Les communautés d’Ilam et de Kermanshah continuent de subir une exclusion fondée sur leur identité kurde. Et ce, malgré le fait qu’elles partagent leur foi chiite avec le pouvoir en place à Téhéran — un facteur qui leur a historiquement permis d’avoir un meilleur accès au gouvernement que la population kurde sunnite.

À la suite du meurtre de plusieurs manifestants à Ilam et Kermanshah, les partis politiques kurdes ont publié une déclaration commune appelant à une grève dans toute la région.

Il convient de souligner que les dirigeants kurdes n’ont pas appelé à manifester, mais uniquement à faire grève. Lors du soulèvement « Femme, vie, liberté », le gouvernement avait traité les villes kurdes comme des zones rebelles, qualifiant les manifestations de « menace pour l’intégrité territoriale de l’Iran » et utilisant cette justification pour procéder à des massacres et à des exécutions massives.

En optant cette fois-ci pour des grèves, les dirigeants kurdes ont cherché à manifester leur solidarité avec le mouvement qui touche l’ensemble du pays tout en réduisant le risque de subir un nouveau massacre.

Téhéran, 10 janvier 2026. Fourni par l’auteur, CC BY

L’appel a été suivi : presque toutes les villes kurdes se sont retrouvées à l’arrêt.

Le Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran, a rapidement suivi le Kurdistan. Après les prières du vendredi 9 janvier, des manifestations ont éclaté, également motivées par la marginalisation ethnique et religieuse que la région subit depuis longtemps.

L’Azerbaïdjan iranien, une région située dans le nord-ouest du pays, s’est joint à la contestation plus tard et plus prudemment. Cette manifestation tardive et modeste reflète la position favorable dont jouissent actuellement les Azéris au sein des institutions politiques, militaires et économiques iraniennes. Historiquement, du XVIe siècle à 1925, les Turcs azéris chiites ont dominé l’État iranien, l’azéri étant la langue de la cour.

La période de la monarchie Pahlavi a marqué une rupture : la langue azérie a été interdite et l’autonomie locale réduite. Mais depuis 1979, la République islamique a partiellement restauré l’influence azérie, autorisant les religieux à s’adresser à leurs fidèles dans leur langue maternelle et intégrant des personnes d’origine azerbaïdjanaise dans le gouvernement central à Téhéran. L’actuel guide suprême, Ali Khamenei, est d’ailleurs d’origine azérie.

Une longue histoire de répressions

Des mouvements politiques de nature ethnique ont vu le jour dans tout l’Iran immédiatement après la révolution de 1979, que de nombreux groupes minoritaires avaient soutenue dans l’espoir d’obtenir une plus grande inclusion et des droits plus étendus.

Mais ces mouvements ont été rapidement réprimés : la République islamique a écrasé les soulèvements dans l’Azerbaïdjan iranien, le Baloutchistan, le Khouzestan et d’autres régions périphériques.

Le Kurdistan a été l’exception : la résistance, les affrontements militaires et les violences étatiques, y compris les massacres, s’y sont poursuivis pendant plusieurs années.

Cette répression et l’impact de la guerre Iran-Irak, durant laquelle la mobilisation nationale a éclipsé les griefs internes, ont étouffé les revendications des minorités ethniques tout au long des années 1980. Celles-ci ont refait surface dans les années 1990, notamment sous l’impulsion d’un renouveau culturel et de la formation d’identités transfrontalières après l’effondrement de l’Union soviétique. Au Kurdistan iranien, la lutte armée a largement évolué en une lutte civile, tandis que de l’autre côté de la frontière, au Kurdistan irakien, les forces peshmergas ont conservé leurs armes et leur entraînement militaire. Le gouvernement iranien a considéré ce réveil comme une menace stratégique et a réagi en décentralisant les autorités sécuritaires et militaires afin de pouvoir réprimer rapidement les manifestations sans attendre l’approbation de Téhéran.

Les revendications divergentes des manifestants

Ces précédents expliquent pourquoi les manifestations actuelles en Iran ont été, du moins au début, plus centralisées que les soulèvements précédents. Les régions où vivent des minorités ethniques ne sont pas indifférentes au changement, mais leurs habitants sont sceptiques quant à l’issue du mouvement.

De nombreux manifestants des villes à majorité persane réclament des libertés sociales, une reprise économique et une normalisation des relations avec l’Occident, en particulier avec les États-Unis. Mais les communautés ethniques expriment des revendications supplémentaires : décentralisation du pouvoir, reconnaissance des droits linguistiques et culturels, et véritable partage du pouvoir au sein de l’État.

Depuis plus de quatre décennies, les revendications des minorités ethniques sont qualifiées par la République islamique de séparatistes ou de « terroristes » et ont donné lieu à de nombreuses arrestations et exécutions. Cette rhétorique a également influencé les principaux groupes d’opposition dominés par les Perses — couvrant tout le spectre idéologique, de la gauche à la droite, et opérant principalement en exil — qui perçoivent les exigences des minorités ethniques comme une menace pour l’intégrité territoriale de l’Iran.

La crainte d’un retour du chah

Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier chah d’Iran, se positionne comme le leader de l’opposition et une figure de transition. Ce qui ne va pas sans inquiéter les communautés ethniques.

Le bureau de Pahlavi a publié une feuille de route pour un gouvernement de transition qui contraste fortement avec ses déclarations publiques selon lesquelles il ne cherche pas à monopoliser le pouvoir. Ce document présente Pahlavi comme un leader doté d’une autorité extraordinaire. Dans la pratique, la concentration du pouvoir qu’il propose sous sa direction ressemble fortement à l’autorité actuellement exercée par le guide suprême iranien.

Un manifestant brandit la photo d’un homme sur laquelle est inscrit « Roi Reza Pahlavi »
Reza Pahlavi, le fils du défunt souverain iranien Mohammad Reza Pahlavi, a vu son soutien augmenter parmi les manifestants, comme ceux que l’on voit ici en Allemagne le 12 janvier 2026. John Macdougall/AFP

Pour les groupes ethniques minoritaires, cette perspective est particulièrement préoccupante. La feuille de route qualifie leurs revendications de menaces pour la sécurité nationale, reprenant ainsi les discours étatiques traditionnels plutôt que de s’en éloigner. Cette position explicite a renforcé le scepticisme dans les régions périphériques à l’égard du système qui pourrait venir remplacer la République islamique si celle-ci venait à chuter.

Contrairement à l’ayatollah Khomeini en 1979, dont la vision révolutionnaire était délibérément vague quant au statut futur des groupes ethniques, le projet actuel des dirigeants de l’opposition dépeint un ordre politique centralisé qui exclut l’inclusion ethnique et le partage du pouvoir.

Pour les communautés dont les langues ont été interdites et dont les régions ont été systématiquement sous-développées pendant la monarchie, la résurgence des slogans monarchistes dans les villes centrales renforce la crainte qu’un changement de pouvoir aboutisse à une nouvelle marginalisation des régions périphériques du pays.

Le mouvement de contestation peut-il ignorer les sentiments des régions provinciales ?

Les manifestations actuelles révèlent donc plus qu’une simple résistance à un régime autoritaire. Elles mettent en évidence une division fondamentale sur la signification du changement politique et sur ceux à qui il profitera.

Dans un pays aussi divers sur le plan ethnique que l’Iran, où des millions de personnes appartiennent à des communautés ethniques non persanes, un ordre politique durable ne peut être fondé sur un pouvoir centralisé dominé par une seule identité ethnique.

Toute transition future, qu’elle passe par une réforme du système actuel ou par un changement de régime, aura plus de chances de réussir si elle s’inscrit dans un cadre politique qui reconnaît et intègre les revendications de toutes les régions et communautés. Sans cette inclusion, la confiance dans le processus de changement restera difficile à gagner et les espoirs d’un avenir meilleur s’amenuiseront.

The Conversation

Shukriya Bradost est affiliée au Middle East Institute.

14.01.2026 à 12:25

De l’histoire à la mémoire : 160 ans de commémoration de la fin de l’esclavage aux États-Unis

Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po
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La ratification du 13ᵉ amendement de la Constitution, en 1865, abolit formellement l’esclavage aux États-Unis. Cette rupture juridique, loin de clore l’histoire, ouvre une longue séquence de conflits mémoriels…
Texte intégral (2437 mots)
Cette célèbre photo (1863, ici colorisée) d’un esclave dont on voit le dos couvert de cicatrices s’est retrouvée en septembre 2025 au centre d’une polémique. Plusieurs journaux ont affirmé que l’administration Trump avait demandé au National Park Service de la retirer de plusieurs de ses sites. La Maison Blanche a aussitôt nié avoir fait cette demande. Une illustration de plus des tensions encore à l’œuvre aux États-Unis autour de la mémoire de l’esclavage. William D. McPherson et J. Oliver/Creative Commons, CC BY

De la guerre de Sécession au « 1619 Project », la fin légale de l’esclavage aux États-Unis s’inscrit dans une histoire longue de luttes, de résistances et de controverses. Commémorer l’abolition, c’est interroger les fondements mêmes de la démocratie américaine et ses promesses inachevées.


L’abolition officielle de l’esclavage aux États-Unis est consacrée le 18 décembre 1865, date de la ratification du treizième amendement de la Constitution américaine. Cet amendement interdit formellement l’esclavage et la servitude involontaire, et marque une rupture juridique majeure dans l’histoire politique et sociale des États-Unis. Cette date constitue aujourd’hui la référence historique et symbolique de la fin légale de l’esclavage sur l’ensemble du territoire national.

Le contexte de cette abolition est indissociable de la guerre de Sécession (1861–1865), conflit né des profondes divergences économiques, politiques et morales entre les États du Nord et ceux du Sud. Tandis que le Nord se dirigeait progressivement vers l’abolition, le Sud fondait sa prospérité sur un système esclavagiste profondément enraciné. En 1863, le président Abraham Lincoln promulgua l’Emancipation Proclamation, qui déclara libres les esclaves des États confédérés en rébellion. Toutefois, cette proclamation avait une portée limitée et ne constituait pas une abolition universelle. Seule une réforme constitutionnelle pouvait garantir une suppression définitive et juridiquement incontestable de l’esclavage.

Le treizième amendement fut adopté par le Congrès en janvier 1865, puis ratifié par le nombre requis d’États en décembre de la même année. Abraham Lincoln, bien qu’assassiné en avril 1865, demeure la figure centrale de ce processus abolitionniste, en raison de son engagement politique et moral en faveur de l’amendement. La ratification marque l’aboutissement institutionnel d’un long combat mené par les abolitionnistes, les anciens esclaves et les défenseurs des droits humains.

Les contradictions originelles du projet américain

La commémoration de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis ne peut être comprise sans un retour approfondi sur les luttes politiques, sociales et intellectuelles qui ont conduit à la disparition formelle de cette institution, ni sans une analyse des contradictions qui traversent dès l’origine le projet national américain.

L’esclavage constitue en effet l’un des paradoxes majeurs de la construction des États-Unis : alors même que la jeune nation se fonde sur un discours universaliste de liberté, d’égalité et de souveraineté populaire, elle maintient et institutionnalise un système reposant sur la négation radicale de ces principes pour une partie de la population.

Dès la période coloniale, des résistances à l’esclavage émergent, portées à la fois par les personnes réduites en esclavage elles-mêmes – à travers des révoltes, des fuites ou des formes quotidiennes de résistance – et par des mouvements abolitionnistes structurés à partir de la fin du XVIIIᵉ siècle.

La révolte de Stono, survenue en Caroline du Sud en 1739, est l’une des plus importantes insurrections d’esclaves de l’Amérique coloniale. Les insurgés se soulèvent contre leurs maîtres et tentent de rejoindre la Floride espagnole, où la liberté est promise aux esclaves fugitifs. La répression est extrêmement violente, mais l’événement révèle l’ampleur de la résistance organisée des personnes réduites en esclavage.

Parallèlement, les Quakers jouent un rôle pionnier dans la lutte contre l’esclavage en Amérique du Nord dès le XVIIIᵉ siècle. Ils sont parmi les premiers à condamner l’esclavage pour des raisons morales et religieuses, affirmant l’égalité spirituelle de tous les êtres humains. Leur engagement conduit à la création des premières sociétés abolitionnistes et influence durablement le mouvement antiesclavagiste américain.

Au XIXᵉ siècle, ces luttes se renforcent avec la diffusion d’écrits abolitionnistes, de récits d’anciens esclaves et par l’action de réseaux militants, tels que l’Underground Railroad. Toutefois, ces combats se heurtent à des intérêts économiques considérables, en particulier dans les États du Sud, où l’esclavage constitue le pilier du système de production agricole.

La rédaction de la Constitution de 1787 illustre de manière exemplaire cette tension. Bien que le texte ne mentionne jamais explicitement le mot « esclavage », plusieurs dispositions en assurent la protection et la pérennité. Le compromis des trois cinquièmes, la clause relative aux esclaves fugitifs (établissant que les personnes qui échappaient à l’esclavage dans le Sud n’étaient pas réellement libres) ou encore la garantie du maintien de la traite jusqu’en 1808 traduisent un choix politique clair : préserver l’unité des États au prix d’un renoncement moral.

La clause des trois cinquièmes, inscrite dans la Constitution de 1787, est directement liée à la question de l’esclavage aux États-Unis et révèle les profondes contradictions sur lesquelles la nation s’est construite. Lors de la convention de Philadelphie (1787), les États du Sud, fortement esclavagistes, souhaitaient que les esclaves soient comptés comme des citoyens à part entière pour augmenter leur représentation politique au Congrès, tandis que les États du Nord s’y opposaient puisqu’ils refusaient d’accorder des droits politiques à des personnes privées de liberté. Le compromis trouvé fut la clause des trois cinquièmes, selon laquelle chaque esclave serait compté comme trois cinquièmes d’une personne pour le calcul de la population. Cette décision renforça le pouvoir politique des États du Sud tout en maintenant les esclaves dans une situation de déshumanisation totale, puisqu’ils n’avaient ni droits civiques ni libertés fondamentales. L’esclavage, déjà central dans l’économie des plantations de coton et de tabac, fut ainsi institutionnalisé et protégé par le cadre constitutionnel.

Cette clause illustre le paradoxe fondateur des États-Unis, une nation proclamant l’égalité et la liberté tout en acceptant l’exploitation et l’oppression de millions d’Africains réduits en esclavage. À long terme, ce compromis contribua à creuser les tensions entre le Nord et le Sud, tensions qui mèneront finalement à la guerre de Sécession et à l’abolition de l’esclavage en 1865.

Les Pères fondateurs, souvent présentés dans la mémoire nationale comme des figures héroïques de la liberté, apparaissent ainsi comme des acteurs ambivalents, pris entre idéaux philosophiques hérités des Lumières et réalités économiques et sociales profondément inégalitaires. Cette contradiction structurelle nourrit progressivement les divisions politiques et idéologiques qui mèneront à la guerre de Sécession (1861-1865), conflit au terme duquel l’abolition est proclamée par le 13ᵉ amendement. La commémoration de cette abolition renvoie donc moins à une victoire consensuelle qu’à l’issue d’un affrontement violent révélant les failles du projet démocratique américain.

Le « 1619 Project », une relecture de l’esclavage

Dans les débats contemporains sur la mémoire de l’esclavage, le « 1619 Project » occupe une place centrale. Lancé en 2019 par le New York Times, ce projet historiographique et médiatique propose une relecture profonde de l’histoire des États-Unis en plaçant l’esclavage et ses héritages au cœur du récit national. En faisant de l’année 1619 – date symbolique de l’arrivée des premiers Africains réduits en esclavage en Virginie – un point de départ alternatif à 1776, le projet remet en question la centralité de l’indépendance comme moment fondateur unique.

L’impact du « 1619 Project », qui a valu à sa créatrice, Nikole Hannah-Jones, le prix Pulitzer en 2020, est multiple. Sur le plan académique, il s’inscrit dans une historiographie critique qui insiste sur le rôle structurant de l’esclavage dans le développement économique, institutionnel et culturel des États-Unis. Sur le plan politique et mémoriel, il alimente de vives controverses, notamment autour de l’enseignement de l’histoire, de la légitimité des récits nationaux et de la place accordée aux populations afro-américaines dans la mémoire collective.

Ses promoteurs défendent l’idée que l’abolition de l’esclavage ne peut être comprise comme une rupture nette, mais comme un moment dans une longue continuité de domination raciale et de luttes pour les droits civiques. À l’inverse, ses détracteurs dénoncent une approche jugée téléologique ou idéologisée. Quelles que soient ces critiques, le « 1619 Project » a contribué à transformer durablement les cadres de la commémoration de l’esclavage, en mettant l’accent sur les héritages contemporains de cette institution.

L’analyse comparée permet aujourd’hui d’éclairer les spécificités du processus abolitionniste américain. Contrairement à d’autres puissances esclavagistes, l’abolition aux États-Unis résulte d’un conflit armé interne d’une ampleur exceptionnelle. Là où le Royaume-Uni adopte une abolition progressive par voie législative, accompagnée d’indemnisations pour les propriétaires, et où la France proclame l’abolition par décret en 1848 dans un contexte révolutionnaire, les États-Unis connaissent une abolition imposée par la victoire militaire du Nord sur le Sud.

Cette violence structure la mémoire de l’abolition et contribue à expliquer les résistances persistantes à son acceptation pleine et entière. À titre d’exemple, les Copperheads illustrent ce courant. Il ne s’agit pas d’un mouvement officiellement fondé par un leader unique, mais d’une nébuleuse d’élus, de journalistes et de militants – tels que Clement L. Vallandigham, figure emblématique du groupe – unis par leur opposition à la politique de guerre d’Abraham Lincoln. Les Copperheads aspirent avant tout à une paix négociée avec les États confédérés, au nom de la préservation de l’Union telle qu’elle existait avant la guerre, sans transformation sociale profonde. Leur rejet de l’abolition de l’esclavage repose sur plusieurs arguments : ils la considèrent comme inconstitutionnelle, dangereuse pour l’équilibre fédéral, et susceptible de provoquer une concurrence économique entre anciens esclaves et travailleurs blancs du Nord.

Par ailleurs, l’après-abolition américain se caractérise par l’échec partiel de la Reconstruction, période pourtant cruciale pour la redéfinition de la citoyenneté et des droits civiques. Là où certains pays tentent – avec des succès variables – d’intégrer les anciens esclaves dans le corps politique, les États-Unis voient se mettre en place, dès la fin du XIXᵉ siècle, des systèmes de ségrégation et de discrimination légalisée. Cette comparaison met en évidence le caractère inachevé de l’abolition américaine, tant sur le plan social que politique.

Enfin, la commémoration de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis s’inscrit pleinement dans les débats contemporains sur la question raciale. L’abolition juridique de 1865 n’a pas mis fin aux inégalités structurelles, comme en témoignent la ségrégation, les violences raciales, les discriminations systémiques et les inégalités socio-économiques persistantes. Les commémorations actuelles, telles que Juneteenth, le 19 juin, reconnu comme jour férié fédéral en 2021 pour célébrer l’émancipation des esclaves, prennent ainsi une dimension éminemment politique. Elles visent non seulement à rappeler un événement historique, mais aussi à souligner la continuité des luttes pour l’égalité et la reconnaissance.

Dans cette perspective, commémorer l’abolition revient à interroger la capacité des États-Unis à se confronter à leur propre passé et à reconnaître les limites de leur projet démocratique. Loin d’être un simple rituel mémoriel, la commémoration devient un espace de débat critique sur la nation, ses valeurs et leurs traductions concrètes. Elle révèle que l’abolition de l’esclavage, plutôt qu’un aboutissement, constitue un moment fondateur d’un combat toujours en cours pour une démocratie réellement inclusive.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

13.01.2026 à 15:45

Enquête sur la diaspora malgache en France

Léo Delpy, Maitre de conférences, Université de Lille
Claire Gondard-Delcroix, Enseignante-chercheuse en économie, Université de Bordeaux
Tantely Andrianantoandro, Socio-économiste, Unité Mixte Internationale-Résiliences, Université catholique de Madagascar, Institut de recherche pour le développement (IRD), Fondation Croix-Rouge française
Tsiry Andrianampiarivo, Maître de conférences au Centre de recherche en économie de Grenoble, Université Grenoble Alpes (UGA)
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Présentation des résultats d’une enquête qualitative sur la façon dont la diaspora malgache en France se perçoit et s’organise.
Texte intégral (2570 mots)
Manifestation de la diaspora malgache en France, place de la République à Paris, en solidarité avec les manifestations en cours à Madagascar à ce moment-là, 25 octobre 2025. Compte Instagram « Malagasy en France »

Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.


La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne en France. Les dernières estimations, datant de 2015, font état de 170 000 personnes, ce qui la place au même niveau que les diasporas malienne et sénégalaise. Malgré son importance numérique et son rôle important lors des récentes manifestations de la Gen Z à Madagascar, notamment à travers une mobilisation soutenue sur le réseau social Facebook, cette communauté est peu visible. Elle fait notamment l’objet de peu d’études si on la compare aux autres diasporas préalablement citées.

Une communauté peu connue

On peut faire remonter la première présence malgache en France hexagonale à la moitié du XIXᵉ siècle avec la venue de deux étudiants malgaches inscrits en faculté de médecine. Par la suite, d’autres étudiants, principalement issus des classes bourgeoises proches du pouvoir colonial, suivront le même chemin (études de médecine et de théologie). Cependant, comme le précise Chantal Crenn dans son livre Entre Tananarive et Bordeaux. Les migrations malgaches en France, il est difficile de parler de première vague tant le nombre est faible.

Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour observer la première vague importante avec l’arrivée de 40 000 hommes, puis une deuxième vague avec la Seconde Guerre mondiale. Après 1947, la venue de Malgaches en métropole est principalement le fait d’étudiants issus de la bourgeoisie des Hautes Terres. Dans les années 1975-1980, les difficultés économiques et politiques de la Grande île vont pousser une partie des étudiants à venir étudier en France métropolitaine et certains à y rester.

Cet article se propose de combler en partie ces lacunes en analysant les résultats de l’enquête qualitative « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France », réalisée dans le cadre du projet de recherche TADY entre janvier 2025 et décembre 2025, regroupant 25 entretiens réalisés avec des membres de la diaspora malgache en France (France hexagonale et La Réunion) et à Madagascar.

Dans le cadre de ces entretiens, deux thématiques principales ont été abordées : d’une part, la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ; d’autre part, la diversité des relations entre les membres de la diaspora en France, ainsi que les relations entre cette communauté et Madagascar.

Les résultats développés dans cet article n’engagent pas l’ensemble de l’équipe de recherche du projet TADY mais les seuls auteurs de l’enquête « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France ». Cependant, les travaux ont bénéficié d’interactions porteuses au sein du projet TADY et les auteurs remercient à ce titre l’ensemble des membres du projet. Nous renvoyons également les lecteurs au rapport « La diaspora malagasy en France et dans le monde : une communauté invisible ? ».

Définitions endogènes de la diaspora malgache

L’analyse des entretiens de notre enquête ne permet pas d’identifier une définition commune et uniforme à l’ensemble des membres de la diaspora.

Cela rejoint la littérature scientifique sur les diasporas et souligne la nécessité de ne pas adopter une définition trop restrictive des groupes diasporiques. Dans les faits, nous identifions plusieurs visions avancées par les personnes enquêtées, qui peuvent être cumulatives ou non.

Premièrement, une vision identitaire et culturelle met en lumière une série d’arguments en lien avec le fait d’être natif de Madagascar ; d’avoir un attachement identitaire et culturel ; ou encore d’avoir la nationalité malgache (sans forcément avoir un attachement particulier à la culture malgache ou au pays). Ainsi, plusieurs entretiens soulignent que l’appartenance à la diaspora malgache renvoie au fait d’être né à Madagascar puis d’avoir migré, ou encore d’avoir la nationalité et de vivre dans un autre pays que Madagascar.

« La diaspora pour moi, c’est être natif du pays tout en étant parti du pays. »

Cette définition est pour certaines personnes une condition essentielle de l’appartenance au groupe diasporique. D’autres ont une vision plus large et considèrent que l’appartenance à la diaspora malgache est davantage liée aux pratiques culturelles, surtout au fait de parler le malgache.

« Quelqu’un de deuxième génération peut être considéré comme de la diaspora, mais cela dépend de l’éducation. Si les deux parents sont nés à Madagascar, et si les parents entretiennent la langue avec leurs enfants. Dans ce cas, oui. Sinon, les enfants peuvent avoir un rejet. Cette adoption passe par la langue mais aussi la culture, l’adoption du pays. »

Deuxièmement, une vision réticulaire et communautaire, avec deux représentations.

La première (représentation plus individuelle) renvoie au fait d’être en relation avec les membres de la diaspora et/ou d’être en relation avec Madagascar.

« Pour moi, la diaspora c’est toute personne qui a une relation avec Madagascar – que la personne soit malgache ou mariée à un Malgache ou née en France mais enfant de Malgache. Voilà, donc dès qu’il y a une relation avec quelqu’un qui vient de Madagascar ou qui est malgache, qu’il soit né ou pas à Madagascar, pour moi, ça constitue totalement la diaspora. »

La deuxième représentation organisationnelle et communautaire (moins fréquente) qualifie la diaspora comme étant toute forme d’action collective et d’organisation (formelle ou non) qui œuvre pour l’intérêt des Malgaches en France ou à Madagascar.

« Selon moi, la diaspora malgache, c’est la communauté de Malgaches à l’étranger qui se retrouvent par leur origine […] et qui se réunissent selon leurs centres d’intérêt (sportif, religion commune, ou un aspect culturel, etc.). »

Comme nous le verrons dans la suite de l’article, cette dimension réticulaire prend une place importante.

La structuration de la diaspora malgache en France

L’analyse des récits nous permet également d’identifier une dimension centrale de la diaspora : celle de la complexité et de la diversité des relations entre diaspora et Madagascar, d’une part, et entre les membres de la diaspora, d’autre part.

Premièrement, l’ensemble des témoignages soulignent l’importance des relations d’entraide entre les membres de la diaspora et Madagascar.

D’abord, les soutiens sont pour la plupart intrafamiliaux et peuvent être plus ou moins réguliers. Ils peuvent intervenir pendant un événement ponctuel (mariage, enterrement, baptême, maladie) ou bien plus régulièrement (transfert mensuel, paiement de frais de scolarité, etc.).

« Chaque fois que mes parents avaient besoin, ou avaient un pépin à Madagascar, il fallait dépanner. Ils n’avaient personne sur qui compter à part moi. Donc on part, on ne se rend pas forcément compte, mais il y a une responsabilité derrière. »

Ces logiques d’entraide s’apparentent souvent à de véritables mécanismes de protection sociale s’inscrivant dans une stratégie familiale construite autour de la migration.

D’autres témoignages relatent des processus d’entraide qui dépassent le simple cercle intrafamilial. À l’échelle de la famille élargie, de nombreuses initiatives sont développées dans le village d’origine des parents ou, plus largement, dans le lieu d’origine de la famille à Madagascar. Les mécanismes d’entraide sous-tendent de nombreux processus de négociation et des échanges complexes. Les écarts économiques et les perceptions de ces écarts renforcent la complexité de ces relations.

De nombreux témoignages soulignent la complexité des réseaux d’entraide entre la diaspora et Madagascar :

« Quand on envoie de l’argent là-bas, comme c’est un pays pauvre, ma famille a des voisins, les voisins savent que la famille de France envoie de l’argent, alors des fois quand on envoie de l’argent, on nourrit tout un voisinage. Donc des fois ma famille en demande un peu plus. C’est en allant là-bas que je l’ai vu et je l’ai vécu. »

Ainsi, les mécanismes d’entraide intrafamiliaux réguliers (entre enfants en France et parents à Madagascar par exemple) sont souvent le pilier de tout un système de redistribution impliquant de nombreuses personnes à Madagascar et en France.

Ensuite, au-delà de la logique de l’aide privée, plusieurs répondants soulignent la nécessité ressentie d’œuvrer directement pour Madagascar. Ils expriment leur sentiment de devoir moral impérieux, souvent cultivé au sein de la famille, à réinvestir leurs compétences acquises en France pour le développement de Madagascar.

Cette position, ancrée dans leur vision propre des enjeux du développement à l’île, se décline entre s’investir via l’aide au développement ou via le secteur privé, dans une perspective critique de l’aide. Dans les deux cas, toutefois, cette volonté de mobiliser ses compétences pour Madagascar entre en tension avec les opportunités limitées sur le marché du travail local, que ce soit en termes d’accès à l’emploi ou en termes de traitement salarial, en lien avec les écarts rapportés par plusieurs répondants entre conditions salariales des expatriés et conditions salariales des personnels nationaux. Les personnes malgaches venues étudier en France craignent de recevoir un salaire local alors que leur niveau de compétence est validé par un diplôme international.

Toutefois, malgré le manque d’opportunités de retour à Madagascar, la participation de la diaspora au développement du pays est bien réelle et prend notamment la forme de ressources immatérielles à travers le transfert d’opinions et d’idées qui peuvent influencer voire façonner celles des membres de la famille et plus largement l’opinion publique et dont le principal support et espace d’expression est Facebook, le réseau social le plus utilisé par les Malgaches.

Plusieurs enquêtés affirment s’informer régulièrement sur la situation du pays et certains prennent le temps de discuter les actualités avec leurs proches à Madagascar.

Par ailleurs, les influenceurs et lanceurs d’alerte sur Facebook basés en Europe, qui bénéficient d’une grande popularité en France comme à Madagascar, ont joué un rôle important dans le mouvement de la Gen Z.

Deuxièmement, l’analyse des récits permet également de caractériser la diversité des réseaux diasporiques en France selon les personnes.

Certaines se trouvent dans des réseaux exclusivement structurés autour de la famille proche et n’ont que peu de relations avec le reste de la diaspora malgache en France.

« En tant que personne faisant partie de la diaspora, je n’ai pas beaucoup échangé avec d’autres personnes de la diaspora, à part la famille. J’ai une définition très personnelle et très restreinte, je ne connais pas d’associations ou autre, je n’en ai jamais fait partie. »

Ces personnes peuvent par ailleurs maintenir des relations avec les membres de la famille présents à Madagascar. Tandis que d’autres, et ce à des niveaux variables, sont insérées dans des associations sportives, culturelles ou religieuses. Les organisations cultuelles malgaches occupent une place centrale dans la structuration des réseaux diasporiques. Au-delà de la fonction cultuelle, les Églises chrétiennes malgaches, dont les deux plus importantes et présentes dans les grandes villes françaises sont l’Église protestante malgache en France et le réseau des communautés catholiques malgaches de France, assurent souvent un rôle déterminant d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants (recherche d’emploi et de logement, conseil administratif), et favorisent également le maintien d’un lien fréquent et fort avec la communauté malgache.

« Sans la communauté malgache, je ne sais pas trop comment j’aurais pu m’en sortir à mon arrivée en France. C’est complètement grâce à la communauté malgache que j’ai pu m’en sortir, parce que ne serait-ce qu’avoir des amis, avoir des gens qui aident, par rapport à tout ce qui est administratif… parce qu’arriver en France sans rien connaître du tout, c’est très compliqué. […] Tout a été facilité par cette communauté malgache. La communauté de l’Église m’a permis de ne pas trop perdre mes repères et de ne pas être perdu totalement après mon arrivée en France. »

En conclusion, les principaux résultats de l’enquête soulignent la complexité des structures des réseaux diasporiques. Cette dernière s’explique non seulement par la diversité des représentations que la diaspora a d’elle-même mais aussi par la multitude des formes d’interaction qu’elle entretient avec Madagascar.


Cet article a été co-écrit avec Sarah M’Roivili.

The Conversation

Léo Delpy a reçu des financements du projet Tady.

Claire Gondard-Delcroix a reçu des financements du projet Tady.

Tantely Andrianantoandro et Tsiry Andrianampiarivo ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

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