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03.01.2026 à 00:30

Au sommaire du n°248 (en kiosque)

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En Syrie, les Druzes de Soueïda continuent de se battre pour l'indépendance après la chute de Bachar al-Assad : iels nous racontent leur méfiance vis-à-vis du nouveau pouvoir en place. En France, si on n'a pas été choqué-es que l'Etat et les fachos s'engouffrent dans la brèche guerrière du moment, quand la gauche s'y est mise, on a eu du mal à avaler la pilule. Entre réarmement démographique et le Service national universel, des gens qu'on pensait camarades se sont dit prêts à prendre les (…)

- CQFD n°248 (janvier 2026) / ,
Texte intégral (1791 mots)

En Syrie, les Druzes de Soueïda continuent de se battre pour l'indépendance après la chute de Bachar al-Assad : iels nous racontent leur méfiance vis-à-vis du nouveau pouvoir en place. En France, si on n'a pas été choqué-es que l'Etat et les fachos s'engouffrent dans la brèche guerrière du moment, quand la gauche s'y est mise, on a eu du mal à avaler la pilule. Entre réarmement démographique et le Service national universel, des gens qu'on pensait camarades se sont dit prêts à prendre les armes. Chez nous, c'est pas question. Pour s'en échapper, on s'est plongé dans des supers bouquins et ça nous a inspiré : rencontre avec Wendy Delorme, autrice de romans d'anticipation queer et écolo, entretien avec Benjamin Daugeron qui raconte l'alcoolisme de son père dans "Treize années à te regarder mourir" et analyse du Girlcott qui a mené à l'annulation du Festival de BD d'Angoulême.

Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...

En couverture : « Guerre : on prend les jeunes et on recommence » par Maïda Chavak

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Guerre : on prend les jeunes et on recommence

C'est TOUJOURS PAS notre guerre ! – Que l'État et les réacs fassent feu de tout bois pour faire renaître en nous l'esprit de sacrifice et l'amour de la patrie, on l'avait vu venir. Mais que la gôche arpente à nouveau les sentiers guerriers, ça nous hérisse le crin. Réaction à chaud contre le retour du nationalisme belliqueux.

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Actualités d'ici & d'ailleurs

Massacres à Soueïda : « tout le monde avait vu la répétition générale, mais personne n'imaginait l'ampleur de ce qui allait suivre » – Au sud de la Syrie, les Druzes de Soueïda défendent farouchement leur indépendance. S'ils ont salué la chute de Bachar al-Assad, ils sont aussi restés méfiants vis-à-vis du nouveau pouvoir conduit par Ahmed al-Charaa. À raison : en juillet dernier, celui-ci a attaqué la région pour tenter de la soumettre. Entretien avec des militant·es présent·es sur place lors de l'attaque.

Airbnb choisit Marseille pour son dîner de cons annuel - Les 14 et 15 novembre devait se tenir le rassemblement des « ambassadeurs et leaders » de Airbnb. Mais les lobbyistes du délogement ont été importunés par des habitants déterminés à les mettre hors les murs de la cité phocéenne..

« Le fascisme n'a pas besoin de l'adhésion active d'une majorité, il lui suffit que la résistance fasse défaut » – Pour juguler la résistible ascension de l'extrême droite au pouvoir en Allemagne, la toute jeune coalition antifasciste Widersetzen compte sur la mobilisation des masses et la désobéissance civile. Entretien avec son porte-parole Noa Sander.

Tintin et Astérix en PLS – Depuis un an, le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême traverse une crise sans précédent. Après le scandale du licenciement d'une employée dénonçant un viol, les autrices de BD sont montées au créneau. Un girlcott qui a mené jusqu'à l'annulation de l'édition 2026.

« Pour beaucoup de gens, la dimension coloniale du conflit à Gaza n'est pas claire du tout » – Durant un mois et demi, Fanny Vion a traversé la France à pied, à la rencontre des gens, pour comprendre leur niveau d'information sur la situation en Palestine. Interview.

« La révolution, comme l'eau, ne peut être contenue » – Face à la déferlante des discours fascistes dans les médias, la littérature peut sembler dérisoire. Pourtant, la bataille idéologique se joue aussi dans les imaginaires. Entretien avec l'autrice Wendy Delorme, qui revient sur la puissance politique des récits et sur la manière dont l'écriture peut encore ouvrir des brèches dans l'obscurité.

Ces ingés qui veulent nous sauver – Le 14 juillet dernier, l'association The Shift Project a clôturé sa campagne de financement participatif « Décarbonons la France ». Bilan : plus de quatre millions d'euros. L'épiphanie d'une écologie dépolitisée, uniquement cadrée par des enjeux techno-scientifiques.

Les multipropriétaires se foot de notre gueule – En début de saison, les supporteur·ices du Racing Club de Strasbourg entraient en lutte contre la multipropriété dans le foot. Un fléau que les fans de ballon rond essayent d'endiguer.

Pinochet revient par les urnes – Le pire semblait programmé : le 14 décembre 2025, José Antonio Kast, fils d'un officier nazi et nostalgique de Pinochet, a été élu président du Chili avec 58 % des voix face à la candidate de la gauche au pouvoir. Des Chilien·nes de Marseille partagent ici leur désarroi et leur rage.

« Professeur, je ne veux pas de cet enfant » – Dans Lettres pour un avortement illégal, l'association Choisir la cause des femmes a compilé une cinquantaine de lettres écrites entre 1971 et 1974 par des femmes qui souhaitent avorter, adressées au Professeur Milliez, médecin pro-avortement. Une archive rare qui rappelle l'impératif de lutter pour disposer librement de nos corps.

Alcoolisme : « Le cynisme est total » – Dans Treize années à te regarder mourir, Benjamin Daugeron décrit sans fard son enfance et son adolescence à l'ombre d'un père alcoolique, finalement décédé de sa maladie. Un court récit coup de poing qui mêle considérations personnelles et politico-sociales. Car l'alcoolisme en ZUP est également synonyme d'abandon étatique et de mépris de classe.

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Côté chroniques

Sur la Sellette : Double peine –En comparution immédiate, on traite à la chaîne la petite délinquance urbaine, on entend souvent les mots « vol » et « stupéfiants », on ne parle pas toujours français et on finit la plupart du temps en prison. Une justice expéditive dont cette chronique livre un instantané.

Échec scolaire : Graines d'artistes – Loïc est prof d'histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu'on s'est planté ?

Peine perdue : La faim des forçats – Luno est bénévole en prison, et nous en livre un aperçu chaque mois. Un regard oblique sur la taule et ses rouages, par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Deuxième épisode : que des fachos dans ces quartiers (pénitentiaires).

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Côté culture

Contes et légendes d'une forêt révolutionnaire – Dans Forêt rouge, la réalisatrice Laurie Lassalle transforme la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en fable politique envoûtante où la forêt de Rohanne, filmée comme un être vivant magique, semble mener elle-même la résistance face aux expulsions.

Marre des adultes qui commandent – Que ce soit dans l'espace public ou privé, les voix des enfants sont très rarement écoutées. La journaliste et prof Lolita Rivé signe une série de podcasts documentaires qui met en lumière les violences de la domination des adultes sur les plus jeunes.

Lobotomie wokiste - Manif, robocops, molotov et laboratoire clandestin : avec Elsa & Haters, épisode 1 : Not All Cops, Elsa Klée signe une bande dessinée furieusement révolutionnaire. Un premier épisode qui dynamite la police, le patriarcat et la bienséance. Boum !

« Des textes inédits, à l'os et percutants » - Depuis cet été, on peut retrouver dans les bacs les premiers ouvrages publiés par la maison d'édition marseillaise Esquif. Un tout nouveau projet qui fait le pari de publier des récits courts aussi exigeants que diversifiés.

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Et aussi...

L'édito – La bête immonde grignote l'Europe

Ça brûle ! – Le grand horloger a cédé

L'animal du mois – Le raton laveur punk

Abonnement - (par ici)

03.01.2026 à 00:30

C'est TOUJOURS PAS notre guerre !

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Que l'État et les réacs fassent feu de tout bois pour faire renaître en nous l'esprit de sacrifice et l'amour de la patrie, on l'avait vu venir. Mais que la gôche arpente à nouveau les sentiers guerriers, ça nous hérisse le crin. Réaction à chaud contre le retour du nationalisme belliqueux. 27 novembre, Varces, dans le Vercors, haut lieu de la Résistance contre l'occupation nazie. L'endroit idéal pour le chef de l'État d'annoncer le rétablissement du service « purement militaire » et (…)

- CQFD n°248 (janvier 2026) /
Texte intégral (1985 mots)

Que l'État et les réacs fassent feu de tout bois pour faire renaître en nous l'esprit de sacrifice et l'amour de la patrie, on l'avait vu venir. Mais que la gôche arpente à nouveau les sentiers guerriers, ça nous hérisse le crin. Réaction à chaud contre le retour du nationalisme belliqueux.

27 novembre, Varces, dans le Vercors, haut lieu de la Résistance contre l'occupation nazie. L'endroit idéal pour le chef de l'État d'annoncer le rétablissement du service « purement militaire » et volontaire de dix mois. Emmanuel Macron s'y voit déjà : « Notre jeunesse a soif d'engagement. Il existe une génération prête à se lever pour la patrie. Notre armée est le cadre naturel d'expression de ce besoin de servir. » Brrr… On aimerait rire, mais on ne rit plus. Parce qu'une semaine plus tôt, son chef d'état-major Fabien Mandon prévient que le pays ferait bien d'être « prêt à perdre ses enfants ». Parce que le 10 décembre, entre mille et une coupes budgétaires, 411 députés sur 521 votent l'augmentation des crédits pour l'armée et la future « réactualisation » de la loi de programmation militaire 2024-2030 en ce sens. Objectif : « envoyer un message à nos alliés comme à nos compétiteurs pour leur montrer que nous nous retrouvons sur l'essentiel, c'est-à-dire la sécurité et l'indépendance nationale » (Sébastien Lecornu). C'est chose faite, grâce aux socialistes qui ont pieusement convergé, et aux écologistes qui se sont courageusement abstenus. Quant aux insoumis, qui ont voté contre, loin d'un sursaut antimilitariste, le député Bastien Lachaud fustige un budget trop affecté aux « munitions et [à l'] entraînement […] au lieu de développer de nouvelles capacités militaires »1.

La guerre n'est pas un « état ­d'exception », qui transformerait subitement un État capitaliste en Mère-patrie

Les sirènes de la guerre sont déclenchées, et jusqu'aux médias un peu « de gauche », la course à l'armement semble se justifier, ou au moins être discutée2. Alors à CQFD, on rappelle que l'idée d'une nation à défendre à tout prix, c'est une chimère pour un carnage civilisationnel garanti.

« Démocraties » libérales et militaristes

Sur le plateau de l'émission « Backseat », Usul – un journaliste et éditorialiste pourtant d'obédience marxiste – tempère la colère d'une chroniqueuse qui fustige la surenchère guerrière et le service national volontaire. Il déclare craindre que Trump ne nous abandonne aux mains de Poutine, et anticipe une confrontation militaire avec la Russie. D'emblée, il précise la haute dimension de ce conflit : ce ne sera « pas seulement pour la sauvegarde de l'Ukraine ou je ne sais pas quoi », mais bien « pour la survie de notre modèle démocratique ». Un argument qui se veut de poids, et qu'on retrouve quotidiennement sur les plateaux télé. Mais de quel « modèle démocratique » parle-t-on ? Celui qui multiplie les États d'urgence, use à l'envi de l'article 49.3, et permet à Macron d'outrepasser le vote des dernières élections législatives3 ? Celui qui réprime dans le sang les mouvements sociaux depuis huit ans et laisse crever des milliers de réfugié·es en Méditerranée4 ? Celui qui enferme les camarades kanak pour tenir son empire colonial5 ? Mais au son des trompettes, c'est comme un blackout : la France redevient le pays des Lumières, dont il faudrait à tout prix « préserver la souveraineté, c'est-à-dire la démocratie », selon l'habile raccourci d'Aurélien Saintoul (FI), qui confirme : « C'est pour cette raison que notre projet n'est pas du tout antimilitariste. Il est “raisonnablement” militariste. » Comme une guerre nucléaire « prudente » ? Ou une boucherie « mesurée » peut-être ? !

La guerre au secours des industries capitalistes

La guerre n'est pas un « état d'exception », qui transformerait subitement un État capitaliste en Mère-patrie. Elle est plutôt, comme le disait le pragmatique général Carl von Clausewitz, adulé par les amoureux des tranchées sanglantes, « la continuation de la politique par d'autres moyens ». En l'espèce : la continuation du capitalisme par d'autres moyens.

Au-delà de futurs marchés à conclure entre États européens, la course à l'armement est déjà l'occasion de financer les industries nationales

Si les États membres de l'Otan et de l'Union européenne se posent en « pacificateurs » en Ukraine et en remparts contre Vladimir Poutine, ils y défendent surtout leurs intérêts économiques, et donc ceux de leurs industries capitalistes nationales. Volodymyr Zelensky s'est par exemple engagé à commander 100 Rafales à la France le 17 novembre, et il a signé en avril dernier un accord avec Trump sur les vastes réserves de minerais ukrainiennes, essentielles à la transition énergétique et aux industries de pointe.

Mais au-delà de futurs marchés à conclure entre États européens, la course à l'armement est déjà l'occasion de financer les industries nationales. Et quand les budgets de l'armée augmentent en Finlande, aux Pays-Bas, en Belgique ou en France, cet « effort de guerre » est agité pour justifier les coupes dans le social, dans l'éducation, dans la santé ou dans le logement. Ainsi des 36,5 milliards d'économies supplémentaires prévues en France en 2026, qui permettront de gonfler les crédits dédiés à la « défense » à 57,2 milliards d'euros. Au programme : rénovation des équipements militaires, augmentation des blindés légers et des canons Ceasar (produits par KNDS Group), des Rafales Air et des Mirage (produits par Dassault), mais aussi de l'investissement comme la production européenne du chasseur aérien SCAF (encore Dassault pour la France) ou du « char du futur » (Nexter Systems, KMW et Rheinmetall Landsysteme). De quoi faire joujou pendant qu'on crève à l'hosto…

Défaitisme révolutionnaire

La convergence de l'échiquier politique vers le réarmement à tout-va n'a rien d'une saine panique républicaine, mais procède plutôt d'un vieil impérialisme chevillé au corps. Qu'on retrouve chez les nostalgiques de l'Empire, mais aussi noir sur blanc dans le programme pour la défense de la FI, qui n'hésite pas à faire passer son impérialisme pour de l'« internationalisme » : « [La France] est présente sur tous les continents. […] Sa plus longue frontière maritime est avec l'Australie. Sa plus longue frontière terrestre est avec le Brésil. Son régime politique, la République, repose sur l'idée d'universalité des droits. Il est intrinsèquement universaliste et donc internationaliste ».

Parce qu'on hérite d'un antimilitarisme féroce, on veut raviver la flamme de ce vieux concept marxiste : le défaitisme révolutionnaire

Au lieu de se laisser ainsi labourer et retourner le crâne, pour se retrouver un matin, en pleine redescente, un fusil à la main derrière le général Retailleau, à CQFD, on s'en tient à nos fondamentaux : pas question d'aller se massacrer entre prolos. L'internationalisme dont on se réclame, c'est celui d'une CGT d'avant 1914 qui scandait : « Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes ! ». Et parce qu'on hérite d'un antimilitarisme féroce, on veut raviver la flamme de ce vieux concept marxiste dont nous parle le camarade Gilbert Achcar6 : le « défaitisme révolutionnaire ». Comprendre : si deux puissances impérialistes entrent en guerre l'une contre l'autre, leur population, y compris les soldat·es, doivent « s'oppose [r] à la guerre des deux côtés, chaque groupe s'opposant à la guerre de son propre gouvernement, même si cela contribue à la défaite de ce dernier ». Mais si un État s'apprête à en envahir un autre, l'internationalisme commande d'aller soutenir « les travailleurs et les travailleuses de la nation opprimée [qui] ont le droit et le devoir de défendre leur pays et leurs familles ». Apporter son soutien aux luttes de libération nationale, en Ukraine, en Palestine et partout ailleurs, mais aussi, en tant qu'habitant·e d'un État impérialiste, aller « saboter la machine de guerre de [notre propre] pays ». Car notre défaite nous sera à tous favorable. Let's go.

Maya pamoye

1 Exemples : « char du futur souverain » ou avion de chasse franco-français…

2 Voir par exemple « Ukraine, Russie, service militaire : notre émission spéciale » (À l'air libre), où Mediapart confronte la position militariste d'une chercheuse de l'Institut français des relations internationales à… Clémentine Autain, et l'obscure voie de la « paix armée » (27/11/2025).

3 « Le danger central c'est la fascisation de l'État », CQFD n° 221 (juin 2023).

4 Lire Forteresse Europe de notre journaliste Émilien Bernard (Lux editions, 2024).

5 « Les militants indépendantistes kanak face à la justice française », CQFD n° 244 (septembre 2025).

6 Gilbert Achcar, « Cohérence et incohérence au sujet de la guerre en Ukraine », A l'encontre, La Brèche (avril 2022).

03.01.2026 à 00:30

Airbnb choisit Marseille pour son dîner de cons annuel

Laury Garcia Haouji, Romane Frachon
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Les 14 et 15 novembre devait se tenir le rassemblement des « ambassadeurs et leaders » de Airbnb. Mais les lobbyistes du délogement ont été importunés par des habitants déterminés à les mettre hors les murs de la cité phocéenne. « Airbnb, casse-toi, Marseille n'est pas à toi ! » Aux cris de ce slogan, les militants se sont élancés jusqu'au restaurant La Cantine de Babel Community, bien décidés à chahuter le banquet des convives. La rencontre se déroulait dans ce « coliving » implanté rue (…)

- CQFD n°248 (janvier 2026) /
Texte intégral (524 mots)

Les 14 et 15 novembre devait se tenir le rassemblement des « ambassadeurs et leaders » de Airbnb. Mais les lobbyistes du délogement ont été importunés par des habitants déterminés à les mettre hors les murs de la cité phocéenne.

« Airbnb, casse-toi, Marseille n'est pas à toi ! » Aux cris de ce slogan, les militants se sont élancés jusqu'au restaurant La Cantine de Babel Community, bien décidés à chahuter le banquet des convives. La rencontre se déroulait dans ce « coliving » implanté rue de la République – artère tristement célèbre pour les expulsions de masse de la fin des années 2000. Verres alignés, cocktails branchés, petits plats raffinés : on riait fort en évoquant « optimisation », « expérience voyageur », « taux d'occupation ». Un toast à ce modèle qui fait de Marseille l'objet ­d'appétits insatiables d'investisseurs, et la rend progressivement inhabitable pour ceux qui y vivent encore.

D'abord souriants, les convives ont réagi avec moquerie et dédain. Puis, constatant avec stupeur que la colère prenait de l'ampleur, les délogeurs se sont finalement repliés à l'intérieur du commerce, laissant derrière eux vestes et repas à peine entamés. Malgré les avertissements des vigiles, les militants n'ont pas flanché : la vitrine s'est fendue sous un coup de pied bien ajusté. Le restaurant a aussitôt baissé le rideau.

Peu connu du grand public, ce programme de coaching permet aux investisseurs de se structurer entre pairs. Les « ambassadeurs » forment les nouveaux hôtes, les « leaders » animent des communautés locales. Chacun s'implique moyennant avantages en nature et compensations versées par la plateforme. Récemment, Airbnb proposait à des étudiants, engagés comme auto-entrepreneurs, de convaincre des multipropriétaires de devenir utilisateurs. Bref, le dispositif « ambassadeurs et leaders » vise à créer un réseau d'influence sur l'ensemble du territoire, à légitimer l'expansion de l'entreprise et à normaliser son modèle fondé sur la dérégulation du foncier.

« On ne veut pas de ces investisseurs qui marchandent le droit au logement », lâche un Marseillais venu soutenir l'action. La ville connaît trop bien le sujet. Selon la mairie, la baisse de l'offre locative atteint désormais 88,8 %. Dix jours après l'hommage aux victimes de la rue d'Aubagne, et à dix jours du procès des multipropriétaires Airbnb, cette rencontre faisait figure de provocation. Absents à l'audience, les prévenus ont laissé leurs avocats clamer leur innocence, décrivant des investissements peu rentables et des propriétaires présentés comme d'honnêtes gens dépassés par une paperasse jugée excessive.

Après des années de Far West dans le business du « meublé de saison », la Ville semble désormais vouloir montrer l'exemple. Résolument entrée en campagne, elle s'est constituée partie civile. Délibéré le 2 février. Pour certains, Gaudin n'aurait pas fait mieux.

Romane Frachon et Laury Garcia Haouji
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