27.12.2025 à 11:48
Face à la décadence du sport professionnel soumis à des règles sexistes, le boxeur trans Maho Bah-Villemagne et l'association TRANSpire lancent un Front d'action pour les athlètes trans et intersexes, afin de mettre une bonne droite aux institutions sportives. Face à l'invisibilisation et aux discriminations, les athlètes queers organisent la riposte. L'association TRANSpire crée des espaces sportifs inclusifs et bienveillants. En équipe avec le boxeur trans Maho Bah-Villemagne, iels ont (…)
- CQFD n°247 (décembre 2025)Face à la décadence du sport professionnel soumis à des règles sexistes, le boxeur trans Maho Bah-Villemagne et l'association TRANSpire lancent un Front d'action pour les athlètes trans et intersexes, afin de mettre une bonne droite aux institutions sportives.
Face à l'invisibilisation et aux discriminations, les athlètes queers organisent la riposte. L'association TRANSpire crée des espaces sportifs inclusifs et bienveillants. En équipe avec le boxeur trans Maho Bah-Villemagne, iels ont lancé un Front d'action pour les athlètes trans et intersexes. L'initiative vise à proposer un accompagnement juridique et administratif pour les athlètes souhaitant faire du sport en compétition grâce notamment à la création d'un réseau d'avocat·es en droit du sport, droit du travail et en droit des personnes trans. « Notre mission est un peu similaire à celle d'un syndicat », explique Maho. Le but est aussi de former coachs, dirigeant·es, bénévoles et toutes personnes gravitant autour de milieux sportifs. Enfin, iels ont pour objectif de représenter les athlètes pour avoir un poids dans l'élaboration de réglementations auprès des institutions sportives.
Pour pouvoir être représenté·es dans le milieu du sport, il faut déjà y exister. Et pour les personnes trans, il y a de nombreux freins à la pratique : « Le rapport à notre propre corps est déjà compliqué, puis il y a le regard des autres, les problèmes psy, les problèmes d'addiction, la précarisation... » énumère Maho. Auxquelles il faut bien sûr ajouter les violences et le rejet systémique. En France, 70 % des personnes trans interrogées déclaraient avoir subi des discriminations au cours de l'année écoulée selon une étude de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, menée en 20231.
« Parfois on n'existe même pas dans les règlements de certaines fédérations, et quand c'est le cas, chacune a son propre règlement »
Il existe par ailleurs peu de statistiques et d'études concernant les pratiques sportives des personnes trans, déjà particulièrement invisibilisées dans ce milieu. Une étude d'Ipsos réalisée en 2022 indique tout de même que 73 % des personnes LGBTQ+ interrogées déclaraient avoir déjà été témoins de comportements homophobes ou transphobes dans un milieu sportif. Pour Maho, le premier enjeu est donc la pratique : « Avant de pouvoir former des coachs, il faut déjà qu'il y ait des athlètes. »
Et les institutions n'aident pas vraiment : « Aujourd'hui, on est très peu représenté·es au sein des institutions sportives. Parfois, on n'existe même pas dans les règlements de certaines fédérations. Et quand c'est le cas, chacune a son propre règlement. On doit créer nos propres droits et donc notre existence dans le monde du sport », se désole Maho. Si certaines fédérations ont un règlement, il est bien souvent à côté de la plaque : « La fédération française de cyclisme impose aux femmes trans d'avoir fait leur transition avant l'âge de 12 ans ou de ne pas avoir connu de puberté masculine au-delà de cet âge pour pouvoir s'inscrire à des compétitions », raconte le boxeur. Sa propre discipline n'est pas en reste niveau transphobie. Après la victoire de l'Algérienne Imane Khelif aux Jeux olympiques de 2024 à Paris, un déferlement de haine sexiste s'abat sur la boxeuse, accusée d'hyperandrogénie par ses détracteurs2. « Les femmes cis sont aussi victimes ! » confirme Maho. Moins d'un an après les JO, c'est toute l'équipe de France féminine de boxe qui est privée de championnat du monde à Liverpool. La raison ? Des « tests de féminité » exigés par la World Boxing dont les résultats sont arrivés en retard !
Mais pourquoi négocier avec les fédérations alors que des espaces sportifs queers existent en dehors de ce cadre institutionnel ? « Je ne crois pas qu'on arrivera à changer les choses en interagissant uniquement avec des convaincu·es. Les espaces militants font office de sas de décompression mais c'est en interagissant avec l'extérieur qu'on a le plus d'impact. » Et l'initiateur du Front d'action reste très enthousiaste concernant le projet : « On a déjà reçu plein de demandes d'accompagnement d'athlètes dans le cyclisme, le foot et plein d'autres sports ! »
* Le prénom a été modifié.