Emmanuel Macron a proposé dans un « message privé » à Donald Trump d'organiser un sommet du G7 jeudi à Paris auquel il pourrait convier, « en marge » de la réunion, « les Russes », ce qui serait une première en près de quatre ans de guerre en Ukraine.
Le président américain a mis en ligne sur son réseau Truth social ce message, authentifié mardi matin par l'entourage du président français qui a dit qu'il était « bien réel ». Emmanuel Macron y propose aussi d'inviter les Ukrainiens à cette réunion, ainsi que les Danois, pour parler des divergences sur le Groenland, et les Syriens.
« Mon ami, nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland », dit le chef de l'Etat français dans son message. « Je peux organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi après Davos », en Suisse, où Donald Trump sera à partir de mercredi, propose Emmanuel Macron. « Je peux inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes en marge » de la réunion, ajoute-t-il.
Le Kremlin a indiqué mardi n'avoir pas reçu d'invitation à une telle rencontre. Moscou « n'a pas » reçu d'invitation, a répondu le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov, interrogé par l'AFP lors de son briefing quotidien à la presse.
« Dînons ensemble à Paris jeudi avant que tu ne repartes aux Etats-Unis », tente encore le président français, qui signe « Emmanuel ». Selon son entourage, ce message « démontre que le président français en public comme en privé défend la même ligne ».
« Au Groenland, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États n’est pas négociable et notre engagement en tant qu’allié de l’OTAN pour la sécurité dans la région arctique reste intact », a-t-on expliqué de même source. « Nous sommes par ailleurs déterminés à faire de notre présidence du G7 cette année un moment utile pour contribuer au dialogue et à la coopération », a-t-on ajouté.
« En Syrie, nous travaillons ensemble avec les Américains au service de l’unité et de l’intégrité territoriale de la Syrie et au respect du cessez-le-feu, tout en restant fidèles à nos alliés dans la lutte contre Daesh », selon l'entourage. « En Iran, nous exigeons des autorités iraniennes le respect des libertés fondamentales et nous sommes aux côtés de celles et ceux qui les défendent », a-t-on poursuivi.
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsDonald Trump a annoncé mardi une réunion des « différentes parties » sur le Groenland, territoire autonome appartenant au Danemark dont il veut s'emparer, et accentué la pression sur les dirigeants européens réunis au Forum économique de Davos.
Grand-messe annuelle d'un multilatéralisme que le président américain ne cesse de malmener, la réunion de Davos intervient en plein bras de fer sur le Groenland entre les Américains et leurs alliés européens au sein de l'OTAN.
« Je ne pense pas qu'ils vont résister beaucoup. Nous devons l'avoir », a déclaré le président américain à un journaliste en Floride qui l'interrogeait sur le Groenland, avant d'annoncer « une réunion des différentes parties à Davos, en Suisse ».
« Le Groenland est essentiel pour la sécurité nationale et mondiale. Il ne peut y avoir de retour en arrière, sur ce point, tout le monde est d'accord ! », a-t-il lancé sur son réseau Truth Social, indiquant avoir eu « un très bon entretien téléphonique » avec Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN. « Les États-Unis d’Amérique sont de loin le pays le plus puissant au monde (...) Nous sommes la seule PUISSANCE capable d’assurer la PAIX dans le monde et cela se fait, tout simplement, par la FORCE ! », a-t-il dit.
Le président américain a également posté une image générée par l'IA le montrant, accompagné du vice-président JD Vance et du ministre des Affaires étrangères Marco Rubio, en train de planter un drapeau américain dans un paysage arctique. Un panneau indique: « Groenland, territoire américain depuis 2026 ».
M. Trump invoque des motifs de sécurité face aux Russes et aux Chinois pour s'emparer du Groenland et il a menacé de surtaxes douanières les pays qui s'y opposeraient, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni.
A l'heure où l'UE réfléchit à des mesures de rétorsion commerciales, les déclarations à la tribune de Davos des dirigeants européens mardi seront particulièrement scrutées.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, doit notamment prononcer l'un des discours d'ouverture, avant le vice-Premier ministre chinois He Lifeng. Elle a encore insisté lundi sur « la nécessité de respecter sans équivoque » la souveraineté du Groenland et du Danemark, lors d'une rencontre à Davos avec une délégation bipartite du Congrès américain.
Le président français Emmanuel Macron, qui a dénoncé récemment « le nouveau colonialisme et le nouvel impérialisme » dans les relations internationales, figure parmi les défenseurs d'une réponse ferme de l'UE. Il doit s'exprimer à Davos en début d'après-midi.
Donald Trump, dont la dernière participation en personne au forum de Davos remonte à 2020, doit intervenir à la tribune mercredi.
La présence américaine est très visible cette année à Davos, avec de nombreux commerces de la rue principale privatisés par des entreprises américaines et même une « USA House » installée dans une église où les membres du gouvernement multiplient les interventions.
La délégation américaine est cette année l'une des plus importantes jamais enregistrée à Davos d'après les organisateurs, et elle n'a pas attendu l'arrivée de son commandant en chef pour occuper le terrain.
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a réfuté mardi à Davos l'hypothèse que les Européens puissent mettre en place des rétorsions financières et se débarrasser de leurs bons du Trésor américain. Lors d'un point presse, il a dénoncé « un récit complètement trompeur » faisant observer que le marché de la dette américaine « a les meilleures performances au monde ».
« C'est le marché le plus liquide et c'est la base de toutes les transactions financières », a-t-il dit. « Tout le monde doit respirer un grand coup. N'écoutez pas les médias qui sont hystériques », a-t-il ajouté.
Emmanuel Macron avait prévu de repartir de Davos dès mardi soir, sans croiser Donald Trump. Le chancelier allemand Friedrich Merz avait en revanche affirmé vouloir y rencontrer le président américain, disant vouloir « éviter une escalade douanière ». « Des menaces douanières entre alliés sont inacceptables ; elles affaiblissent notre relation transatlantique et, dans le pire des cas, peuvent conduire à un cercle vicieux », s'est aussi inquiété le président finlandais Alexander Stubb.
Interrogé sur un possible recours à la force des Américains, il a cependant assuré: « Je ne crois pas que les Américains prendront militairement le contrôle du Groenland ».
Parmi les autres dirigeants attendus mardi à Davos figure notamment le Premier ministre canadien Mark Carney, qui cherche à réduire la dépendance de son pays aux Etats-Unis et a récemment conclu un nouveau partenariat avec Pékin.
Le sommet, placé cette année sous le thème « Un esprit de dialogue » se tient jusqu'à vendredi dans la huppée station de ski des Grisons.
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