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10.12.2025 à 17:41

Pourquoi Mélenchon va gagner en 2027

Manuel CERVERA-MARZAL

Jean-Luc Mélenchon constitue, pour l’ordre établi, une menace d’une rare intensité. Les grandes fortunes, dont l’influence s’exerce bien au-delà de leurs entreprises, voient dans ses propositions fiscales et sociales une remise en cause frontale de leurs intérêts. Bernard Arnault ou Vincent Bolloré comprennent parfaitement qu’un gouvernement appliquant la lutte contre les oligopoles, la taxation massive […]
Texte intégral (5105 mots)

Jean-Luc Mélenchon constitue, pour l’ordre établi, une menace d’une rare intensité. Les grandes fortunes, dont l’influence s’exerce bien au-delà de leurs entreprises, voient dans ses propositions fiscales et sociales une remise en cause frontale de leurs intérêts. Bernard Arnault ou Vincent Bolloré comprennent parfaitement qu’un gouvernement appliquant la lutte contre les oligopoles, la taxation massive des dividendes et la démocratisation des médias porterait atteinte à des positions héritées depuis des décennies. Les forces de l’ordre savent également que Mélenchon est l’un des rares responsables politiques à dénoncer explicitement les violences policières et à proposer des mécanismes institutionnels pour les prévenir et les sanctionner. Les tenants du productivisme et ceux qui profitent de l’écocide redoutent la planification écologique des insoumis, pensée pour rompre avec l’impunité climatique. Enfin, les partisans du macronisme – qu’il s’agisse des élites politiques qui ont bénéficié du quinquennat ou de ceux qui profitent de la casse sociale menée au nom de la raison – identifient en lui le seul adversaire capable de renverser l’ordre qu’ils ont patiemment construit.

Le candidat qui dérange

C’est pour ces raisons qu’il est depuis dix ans la cible de tentatives de disqualification systématiques : tantôt présenté comme un chef autoritaire, tantôt comme un agent d’influence poutinien, tantôt comme un antisémite qui s’ignore, il est aujourd’hui attaqué sur un tout autre terrain. On ne conteste plus ses idées, son programme, ni même sa stratégie. On affirme simplement qu’il serait battu d’avance au second tour face à Jordan Bardella.

Cet argument révèle moins la faiblesse supposée de Mélenchon qu’il ne dévoile la vacuité doctrinale de ses rivaux, incapables d’articuler une critique de fond et condamnés à répéter les prophéties de cabinets de sondage appartenant à des groupes possédés par des milliardaires ou par des individus dont l’accointance avec l’extrême droite est dûment documentée. Ces instituts se sont lourdement trompés pour les législatives de 2024 – sur 31 sondages réalisés, 31 donnaient le Rassemblement national vainqueur, devant le Nouveau Front Populaire. Aucun d’entre eux n’a présenté le début d’une excuse. Aucun n’a procédé à la moindre réforme de ses « méthodes » (les guillemets s’imposent à la lecture de la récente enquête d’Hugo Touzet, qui dévoile le vide abyssal sur lequel repose leurs données). Il serait naïf, et coupable, de leur accorder une autorité prédictive sur une configuration aussi inédite qu’un duel entre la gauche radicale et l’extrême droite.

Une progression électorale continue mais sous-estimée

Pour comprendre pourquoi l’hypothèse d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027 est la plus probable, il faut revenir à la réalité des dynamiques électorales. En trois candidatures présidentielles, Mélenchon a constamment progressé, en nombre absolu de voix comme en pourcentage. De 11 % en 2012, il est passé à près de 20 % en 2017 puis 22 % en 2022, manquant le second tour d’un cheveu : 420 000 voix. Cette trajectoire ascendante résulte certes de facteurs exogènes – l’affaissement historique du Parti socialiste, la crispation identitaire du Parti communiste, l’absence de cohérence au sein d’EELV – mais aussi d’un travail stratégique extrêmement structuré. En 2017 comme en 2022, la majorité des électeurs se déclarant plus à gauche ou plus à droite que Mélenchon ont pourtant voté pour lui. Pour de vastes pans de l’électorat, Mélenchon est devenu le point d’agrégation, la figure centrale autour de laquelle se recompose l’espace de la gauche.

Ce phénomène, observé ailleurs en Europe, répond à une double dynamique : le discrédit des partis de gouvernement incapables de proposer une issue sociale à la crise économique, et la montée de nouvelles mobilisations syndicales, féministes, écologistes, populaires et antiracistes dont les revendications infusent aujourd’hui l’agenda politique. La France insoumise a capté cette énergie, elle a construit un corpus doctrinal et programmatique compatible avec ces attentes.

Février 2025 (source : page Facebook de Jean-Luc Mélenchon)

Le spécialiste de la remontada

À cette évolution structurelle s’ajoute un phénomène récurrent des campagnes mélenchonistes : sa montée en puissance tardive. Ce qu’il a lui-même théorisé sous le nom de « tortue sagace », et que les fans de football qualifient de remontada. Historiquement, Jean-Luc Mélenchon réalise l’essentiel de sa progression dans les six derniers mois précédant l’élection. Les courbes de 2017 et de 2022 montrent des hausses de quinze points sur cette période – ce que ne fait aucun autre candidat. Dans le dernier mois, il peut engranger presque dix points. Les ressorts sont connus : ses talents de débatteur, sa capacité à créer des contrastes nets lors des grands rendez-vous télévisés, l’inventivité et l’ampleur de ses meetings, et le recours au porte-à-porte de ses nombreux groupes d’action produisent une dynamique cumulative unique en France. Déjà en 2017, chaque débat majeur lui apportait deux à trois points. En 2022, malgré une concurrence accrue due à la candidature de Fabien Roussel, les tendances furent similaires. Les meetings ont été des dispositifs de mobilisation massifs et spectaculaires, de l’hologramme aux meetings olfactifs, répliquant une mécanique parfaitement maîtrisée.

Cette montée tardive s’explique aussi par la sociologie de son électorat. Les jeunes, les classes populaires, les abstentionnistes intermittents, n’apparaissent dans les sondages qu’à partir du moment où ils commencent à s’intéresser aux débats. Leur intensité participative est faible hors période électorale. Les enquêtes d’opinion les sous-représentent systématiquement. Ainsi, les mêmes enquêtes surestiment l’extrême droite et sous-estiment le vote insoumis. Rien d’étonnant donc à ce que Mélenchon démarre bas : son électorat est, en dehors des échéances électorales, statistiquement invisible. De là découle une évidence analytique : les sondages de décembre 2025 ne nous apprennent rien sur les dynamiques de mars-avril 2027.

            Mélenchon est aujourd’hui placé à 13% par les sondeurs. A la même période, pour les deux précédentes présidentielles (c’est-à-dire 18 mois avant les scrutins de 2017 et de 2022), il était mesuré à 8% – soit cinq points de moins. Si sa trajectoire des dix-huit prochains mois suit la même courbe ascendante qu’en 2017 et 2022, il finira à environ 26% en mai 2027, un score synonyme de qualification assurée pour le second tour.

            Au même (ca)niveau que les sondages erronés, il convient de rappeler les fausses prophéties journalistiques, qui sont moins des prévisions fondées sur des faits que l’expression de désirs à moitié avoués. Après l’épisode des perquisitions au siège de la France insoumise, en octobre 2018, les grands médias ont répété durant deux ans que la carrière politique de l’intéressé était définitivement enterrée ; à la présidentielle suivante, il surclassait une nouvelle fois le reste de la gauche. La même « mort » lui avait été annoncée lorsqu’avant la présidentielle de 2017 il avait émis l’hypothèse d’une sortie de l’UE.

La fragmentation du bloc macroniste, une fenêtre d’opportunité historique

            Un autre élément, rarement analysé à sa juste mesure dans les prévisions actuelles, concerne la conjoncture politique, et plus précisément l’état d’effritement avancé du bloc central construit autour d’Emmanuel Macron depuis 2017. Ce bloc, qui avait rassemblé une partie de la droite, le centre et l’aile gestionnaire du Parti socialiste, n’a jamais constitué une force idéologiquement unifiée. Il reposait sur la conjonction improbable entre un rejet momentané des partis traditionnels, l’adhésion des élites économiques à un projet néolibéral décomplexé et la personnalisation extrême du pouvoir autour de la figure d’un président jeune, disruptif et au capital symbolique alors intact. Or ce capital s’est plus que dégradé. Il s’est abaissé à un niveau record dans l’histoire du pays : 11% de confiance en novembre 2025. Et contrairement à l’idée que cette usure serait simplement le produit d’une décennie d’exercice du pouvoir, tout indique que la fragmentation actuelle résulte aussi d’un calcul stratégique du président sortant.

Il est désormais établi – par une série d’enquêtes journalistiques convergentes – qu’Emmanuel Macron a souhaité et encouragé, directement ou indirectement, la victoire du Rassemblement national lors des législatives de 2024. La dissolution a été décidée dans des conditions qui, de l’aveu même de certains proches du président, avaient moins pour objectif de clarifier la situation parlementaire que de provoquer un choc politique dont le RN sortirait vainqueur. Les appels passés à des candidats pour qu’ils retirent leur candidature dans certaines circonscriptions stratégiques, la passivité assumée de la majorité présidentielle face aux triangulaires défavorables au camp progressiste, et les consignes contradictoires envoyées aux fédérations locales ont construit un scénario où le RN devenait le maillon d’une stratégie de long terme. L’hypothèse la plus plausible est désormais la suivante : Macron ne souhaite pas qu’un héritier naturel s’impose à la tête de son camp, que ce soit Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin ou François Bayrou. Il sait que toute figure trop solide, trop autonome, qui s’installerait à l’Elysée, serait susceptible de lui fermer la porte d’un retour. En favorisant l’éparpillement et l’affaiblissement de son propre bloc, il laisse ouverte la possibilité d’une recomposition ultérieure (en 2032) où il reviendrait comme recours face à une droite extrême arrivée au pouvoir mais en situation d’échec.

Dans ce contexte, l’extrême centre est plus fragmenté que jamais. Édouard Philippe, malgré une image d’homme d’État, n’a ni parti structuré ni base militante ; Gabriel Attal est prisonnier de son identification au macronisme ; Gérald Darmanin mise sur un électorat réactionnaire qui lui préfère déjà le RN ; et François Bayrou ne dispose plus d’aucun crédit depuis son passage à Matignon. Aucun de ces prétendants n’est en mesure d’incarner un pôle suffisamment large pour empêcher leur dispersion et forcer ses rivaux à se retirer. Le bloc central se présentera désuni en 2027, s’annihilant mutuellement et rendant extrêmement improbable la présence d’un candidat macroniste au second tour. Ajoutons à cela que tout candidat de ce camp portera le fardeau de son prédécesseur, désormais désavoué par ses soutiens les plus fidèles et, surtout, par les segments de la population qui constituèrent pourtant sa base électorale en 2017 et 2022. Cette absence d’un pôle centriste crédible et unifié constitue une des données les plus déterminantes pour l’élection à venir : elle ouvre mécaniquement un espace pour un duel Mélenchon–Bardella (ou Mélenchon – Le Pen).

Une concurrence inconsistante

Du côté de la gauche, les candidatures alternatives – Glucksmann, Tondelier, Ruffin, Autain – ou celles de fossiles que certains rêvent encore de ressusciter – Hollande, Cazeneuve, Royal, Duflot – bénéficieront d’une visibilité et d’une bienveillance médiatique certaines. Les grands groupes de presse, appartenant à des puissances économiques hostiles à LFI, ont tout intérêt à fabriquer une « gauche raisonnable », rassurante pour les marchés, inoffensive pour les oligarques, et docile sur les sujets européens et géopolitiques. Ce scénario n’est pas nouveau : on l’a vu en 2017 avec Benoît Hamon, porté un temps comme incarnation d’une social-démocratie combative avant de s’effondrer ; en 2022, avec Yannick Jadot ou Christiane Taubira, dont les dynamiques médiatiques n’ont jamais trouvé de traduction populaire. Les raisons sont les mêmes : ces candidatures manquent d’un programme structuré, d’un appareil militant robuste, d’une cohérence idéologique, et surtout de l’ancrage social nécessaire pour dépasser un public composé essentiellement de diplômés urbains. Elles ne disposent pas de l’infrastructure indispensable pour mener une campagne présidentielle dans la durée : pas de réseau territorial significatif, pas de corpus doctrinal travaillé, pas de capacité de mobilisation numérique ou physique. Même portées artificiellement par les médias mainstream, ces figures ne parviennent pas à transformer l’essai dans la durée.

En face, Mélenchon s’appuie sur un appareil qui, depuis 2016, a acquis une solidité sans équivalent dans le champ politique français. LFI n’est plus le mouvement « gazeux » des premiers temps, ni le parti en manque d’implantation territoriale qui enjambait à contre-cœur les élections municipales de 2020 : c’est désormais une organisation structurée, dotée d’un groupe parlementaire nombreux, d’équipes d’assistants rodées à la production législative et communicationnelle, d’un outil intellectuel – l’Institut La Boétie – capable de produire des notes doctrinales et programmatiques de haute qualité (outil que d’autres, à gauche, tentent d’imiter), d’un réseau de cadres formés, d’une stratégie numérique maîtrisée, et d’une capacité logistique impressionnante. L’élaboration du programme L’Avenir en commun, travaillée depuis dix ans et enrichie par des consultations régulières avec experts, ONG, associations et professionnels, a donné naissance à un document cohérent, reconnu y compris par ses adversaires comme le plus complet, le mieux chiffré, le plus sérieux de l’offre politique française. Cette base programmatique, pensée pour durer, assortie d’une quarantaine de livrets thématiques, confère à Mélenchon une longueur d’avance que ses concurrents auront du mal à combler.

Dans ces conditions, la qualification de Mélenchon pour le second tour apparaît comme un scénario très probable. L’impopularité et la fragmentation du centre, l’absence d’assise populaire de la gauche décaféinée et le savoir-faire accumulé par les insoumis offrent à leur leader un boulevard.

Reste la question du second tour lui-même.

Un second tour inédit et une dynamique démographique favorable

Les sondeurs affirment que Mélenchon serait écrasé par Bardella. Mais ces prédictions n’ont aucune validité scientifique. Les instituts se trompent régulièrement sur des élections simples, dans des configurations connues et maintes fois répétées. Ils seront encore plus démunis face à un duel totalement inédit : jamais dans l’histoire de la Ve République un candidat de gauche radicale n’a affronté un candidat d’extrême droite au second tour. Les comportements électoraux dans une telle situation ne relèvent d’aucune loi préexistante.

On peut craindre que les électeurs LR basculent massivement vers le RN : c’est déjà le cas aujourd’hui. On peut anticiper qu’une partie des dirigeants macronistes se rallient à Bardella ou appelle à « faire barrage à Mélenchon » ; ce qui revient au même. Mais les électeurs centristes sont moins alignés sur leurs élites qu’on ne le croit. Une part d’entre eux demeure attachée à l’État de droit, à la séparation des pouvoirs, à l’indépendance de la justice et aux libertés individuelles. Pour ces électeurs, Mélenchon représente, malgré la longue liste de reproches qu’ils lui adressent, une menace moins grande que l’arrivée au pouvoir d’un parti ouvertement illibéral. Quant à l’électorat social-démocrate ou libéral-libéral (culturellement et économiquement), celui qui se reconnaît dans Glucksmann, il peut détester Mélenchon, il peut le vouer aux gémonies lors des diners de famille et des afterworks entre collègues, mais dans l’isoloir, seul avec lui-même, face au risque d’un basculement autoritaire, il se comportera rationnellement : il votera pour la gauche, fût-elle bruyante, radicale, populiste ou même « poutinienne » ; il le fera par prudence autant que par intérêt.

Mélenchon devra impérativement recentrer son discours, peut-être aussi son programme, pour conquérir au second tour les orphelins de Glucksmann et de Macron. Ce recentrage, il l’a déjà amorcé. Le « bruit et la fureur » de 2010 se sont progressivement atténuées. Le dialogue a été renoué avec des représentants du patronat, l’attache a été prise avec des gradés de l’armée, des collaborations peu visibles mais bien réelles sont à l’œuvre avec un bataillon de hauts fonctionnaires. Mélenchon et ses lieutenants misent désormais sur le sérieux institutionnel, la compétence technique et la respectabilité étatique, tout en conservant la capacité à incarner la radicalité impulsée par les mouvements sociaux et désirée par leur électorat populaire. Concilier ces deux registres n’est pas chose facile. L’art de préserver l’ambiguïté n’est pas donné à tout le monde. Mais cet art caractérise la trajectoire politique du leader insoumis, ex-militant mitterrandien, ex-sénateur socialiste et ex-ministre de Jospin d’un côté, mais aussi tribun de la révolution citoyenne, théoricien du dégagisme et désormais pourfendeur des violences policières et du génocide à Gaza. La faculté caméléonesque de Jean-Luc Mélenchon – chacun voit en lui ce qu’il veut y voir – est un atout considérable.

Enfin, si la victoire de Mélenchon apparait plus probable que jamais, cela tient aussi au fait que la France ne s’est pas droitisée, en tout cas pas dans les proportions que la droite tente de nous faire croire. Les jeunes générations penchent massivement à gauche, et les valeurs de tolérance et d’égalité progressent y compris chez les segments les plus âgés dont le vote va pourtant à Macron ou Fillon. Mélenchon est le seul candidat dont la base s’appuie sur les classes d’âge en expansion démographique. Le temps joue pour lui.

Une France politiquement de droite mais sociologiquement de gauche

Depuis plusieurs décennies, un paradoxe travaille la France : le pays vote majoritairement à droite mais sa population pense de plus en plus à gauche. Si l’on se limite aux résultats électoraux et aux sondages mis en scène sur les plateaux télé, on croit assister à une inexorable droitisation du pays. Mais dès qu’on quitte ce regard myope pour observer les évolutions de long terme des valeurs – génération par génération, en suivant des dizaines d’enquêtes accumulées depuis les années 1980 – le décor se renverse. Sous la surface d’un paysage institutionnel et médiatique monopolisé par la droite, on voit se déployer une lente et puissante dynamique de « gauchisation par le bas » : l’attachement à l’égalité, à la redistribution, à la protection sociale, à la tolérance, aux libertés publiques progresse doucement mais surement. C’est l’enseignement principal du livre que le politiste Vincent Tiberj a consacré au mythe de la droitisation.

Sur le plan socio-économique, les données longitudinales produites par mon collègue montrent qu’une majorité de Français restent durablement favorables aux services publics et à la protection sociale. Si l’on construit un indice de préférences sociales allant de 0 (libéralisme pur, marché roi) à 100 (égalitarisme maximal), la moyenne ne bascule dans la moitié la plus libérale que sur une courte période, au milieu des années 1980, au moment du tournant austéritaire et de la contre-offensive idéologique menée contre le bref épisode social du début du mitterrandisme. Depuis le début des années 2000, la courbe remonte nettement : les préférences redistributives se renforcent, l’adhésion à l’État social se stabilise à un niveau élevé et la demande de régulation augmente après chaque crise financière ou sociale. Autrement dit, malgré quarante ans de propagande néolibérale, la population n’a pas intériorisé la doxa du « trop d’impôts », « trop de fonctionnaires », « trop d’État ». Elle reste, en moyenne, plus proche d’un imaginaire social-démocrate que du catéchisme patronal.

Extension du domaine progressiste

Sur le plan culturel, le mouvement est encore plus spectaculaire. L’indice d’ouverture sur les questions de mœurs et de libertés publiques qu’a créé Vincent Tiberj montre une progression continue depuis la fin des années 1970 : ce qui semblait minoritaire, voire scandaleux, à l’époque (égalité femmes-hommes, droits des minorités sexuelles, lutte contre l’antisémitisme et le racisme) est devenu, pour une large majorité, un horizon de normalité. L’exemple le plus parlant est celui de l’homosexualité. Au début des années 1980, moins d’un tiers des personnes interrogées considéraient que c’était une manière acceptable de vivre sa vie ; aujourd’hui, cette proportion frôle les 90 %. De même, sur les questions d’immigration, un indice de tolérance élargie montre une progression régulière de l’acceptation des étrangers et de leurs descendants. La part de ceux qui estiment qu’« il y a trop d’immigrés » baisse, tandis que progresse celle de ceux qui voient dans l’immigration un facteur d’enrichissement culturel et jugent légitime la revendication d’égalité des droits. Loin de la fable d’un pays saisi par une obsession identitaire, une majorité silencieuse accepte la diversité, rejette les politiques ouvertement discriminatoires et se montre réceptive à un discours d’hospitalité encadrée plutôt qu’à la rhétorique de la forteresse assiégée. Ces données sont confirmées par les travaux d’une autre politiste de renom, Nonna Mayer.

Juin 2025 (page Facebook de Jean-Luc Mélenchon)

D’où vient alors cette impression oppressante d’une France « passée à droite » ? D’abord d’une droitisation « par le haut ». Le petit monde des responsables politiques, des fast thinkers et des grands groupes médiatiques exerce une guerre psychologique : il martèle, sondage après sondage, chronique après chronique, que le camp de l’égalité serait minoritaire, ringard, coupé du réel. Les sondages les plus anxiogènes – sur l’« insécurité culturelle », le « sentiment de submersion migratoire », la supposée lassitude face au féminisme ou au « wokisme » – sont commandés, mis en forme et commentés par des groupes qui ont tout intérêt à naturaliser l’idée d’une France droitisée. Cette mise en scène produit un effet d’optique : une minorité réactionnaire, mieux équipée médiatiquement, crie très fort et apparaît comme majoritaire, tandis qu’une majorité plus ouverte, plus égalitaire, moins bruyante, est reléguée à l’arrière-plan. L’extrême droite et l’extrême centre se servent de ce récit pour s’octroyer une légitimité démocratique ; la gauche molle s’en empare pour justifier ses renoncements ; et certains militants radicaux s’y réfugient pour expliquer leurs échecs sans avoir à interroger leur stratégie.

Majorité électorale et minorité sociale

Le cœur du paradoxe réside dans ce que les politistes appellent l’« abstention différenciée ». Le résultat des scrutins ne reflète pas ce que pense l’ensemble de la société, mais ce que pense une fraction socialement privilégiée et générationnellement située. Les bourgeois et les baby-boomers sont les fractions sociales les plus politisées au sens traditionnel du terme, c’est-à-dire les plus assidues pour se rendre aux urnes. Les générations plus jeunes, plus diplômées, plus précaires, plus tolérantes, plus égalitaristes, s’éloignent massivement du vote sans forcément décrocher de la politique. Elles se mobilisent sur les réseaux, sur les places publiques, sur les rond-point, dans les mobilisations féministes, écologistes ou antiracistes, mais boudent des élections perçues comme inutiles et/ou déconnectées de leurs préoccupations. Comment leur donner tort lorsqu’on voit comment le président traite le résultat des urnes en 2024, et lorsqu’on se souvient du sort qui a été fait au « non » du referendum de 2005 ? Résultat : la majorité électorale ne représente plus qu’une minorité sociale. Les partis qui dominent l’offre politique se calent sur les peurs et les intérêts de ce segment restreint. Les classes populaires, quant à elles, se réfugient dans l’abstention intermittente ou systématique. On obtient ainsi une configuration où des valeurs globalement de gauche cohabitent avec des institutions verrouillées par différentes nuances de droite.

Sur cet arrière-plan paradoxal, la possibilité d’une victoire mélenchoniste prend une autre portée. Elle ne serait pas le triomphe improbable d’une gauche « extrême » sur un pays massivement droitisé mais la résolution d’un paradoxe devenu intenable : celui d’une France sociologiquement de gauche mais politiquement gouvernée par la droite. En rassemblant les cohortes les plus jeunes, les classes populaires encore prêtes à voter, les secteurs attachés à l’État social et aux libertés publiques, Mélenchon a compris cette réalité que les élites préfèrent ne pas voir. Sa victoire en 2027 serait moins une rupture qu’un rattrapage. Pour la première fois depuis longtemps, les valeurs majoritaires – égalité, protection sociale, tolérance, démocratie – trouveraient enfin leur traduction dans les urnes.

Février 2024 (source : page Facebook de Jean-Luc Mélenchon)

Transformer l’essai

Au regard de ces éléments – progression constante de Mélenchon depuis quinze ans, savoir-faire inégalé pour les campagnes, les débats et les meetings, sous-évaluation systématique de son électorat par les sondeurs, usure du pouvoir, impopularité et fragmentation du bloc central, absence d’alternative crédible à gauche, supériorité organisationnelle, faculté caméléonesque du candidat, dynamique démographique favorable et gauchisation par le bas du pays – un constat s’impose : la victoire de Jean-Luc Mélenchon le 25 avril 2027 n’est pas seulement possible ; elle constitue le scénario le plus plausible.

Je ne le dis ni par volontarisme ni par militantisme, mais par analyse froide des tendances qui travaillent en profondeur la société française. Les seules certitudes auxquelles s’accrochent ses opposants – les sondages prématurés et les emballements médiatiques – relèvent de la panique plus que de la raison. Les faits, eux, dessinent un autre horizon. Mélenchon a déjà approché la victoire. Les conditions politiques, sociologiques et historiques sont plus alignées que jamais pour qu’il l’atteigne.

Pour prolonger :

Trois livres :

  • Yves Déloye, Nonna Mayer (dir.), Analyses électorales, Bruxelles, Bruylant, 2017
  • Vincent Tiberj, La droitisation française. Mythes et réalités, Paris, PUF, 2024
  • Hugo Touzet, Produire l’opinion. Enquête sur le travail des sondeurs, Paris, Editions de l’EHESS, 2025

Trois émissions à (re)voir sur notre site :

04.12.2025 à 17:45

Bugonia : la soupe au miel

Daniel ZAMORA

Parmi les mythes classiques de l’Antiquité grecque figure l’histoire du demi-dieu Aristaeus. Connu comme l’Apollon « pastoral », il était célèbre pour avoir instauré un rituel appelé « bugonia ». Ce rituel vit le jour après qu’Aristaeus eut remarqué que ses abeilles mouraient lentement et s’adressa aux dieux afin de repeupler ses ruches. La réponse exigeait qu’il […]
Texte intégral (2880 mots)
Emma Stone dans Bugonia

Parmi les mythes classiques de l’Antiquité grecque figure l’histoire du demi-dieu Aristaeus. Connu comme l’Apollon « pastoral », il était célèbre pour avoir instauré un rituel appelé « bugonia ». Ce rituel vit le jour après qu’Aristaeus eut remarqué que ses abeilles mouraient lentement et s’adressa aux dieux afin de repeupler ses ruches. La réponse exigeait qu’il sacrifie plusieurs taureaux, draine leur sang et laisse leurs carcasses se décomposer. Trois jours plus tard, il retourna aux autels pour y trouver de nouvelles abeilles bourdonnant autour de la chair en décomposition. Une telle épreuve était probablement inspirée par la croyance ancienne selon laquelle des créatures vivantes pouvaient surgir spontanément de la chair morte.

Les fausses croyances et les abeilles sont précisément le sujet du dernier film du réalisateur grec Yórgos Lánthimos, Bugonia, un remake du film sud-coréen de 2003 Save the Green Planet!. Mais contrairement à la notion ancienne de bugonia – tirée de l’observation directe des mouches émergeant de la chair en décomposition – les fausses croyances du protagoniste du film proviennent de l’intuition inverse. Pour Teddy, travailleur solitaire et apiculteur, le monde n’est pas ce qu’il semble être. Derrière les apparences se cache une vérité plus profonde, ce qu’il appelle un « principe organisateur plus large » qui explique tout : du coma de sa mère à la mort lente de ses abeilles. La cause de son désespoir est donc hors de son contrôle, dans une économie dirigée par de grandes entreprises impersonnelles. « Ce n’est pas nous qui dirigeons le navire, dit-il à son cousin Don, c’est eux. »

Politique à l’ère de Trump

Mais « eux », selon Teddy, ne sont pas seulement des capitalistes, mais des extraterrestres appelés Andromédiens, venus d’une autre planète pour contrôler les humains. Afin de négocier le retrait des extraterrestres de la Terre, Teddy décide d’enlever Michelle Fuller, la PDG de la société pharmaceutique pour laquelle il travaille – et qu’il croit être une Andromédienne de haut rang. Enfermée et torturée dans un sous-sol, elle reçoit l’ordre d’organiser une rencontre avec les envahisseurs avant la prochaine éclipse lunaire. Le film se transforme alors en un huis clos claustrophobe, formellement intensifié par le format étroit de l’image et l’utilisation de gros plans pendant les scènes de dialogue. Les deux personnages incarnent clairement deux types de la société américaine contemporaine : un « déplorable » paranoïaque opposé à une femme brillante, carriériste et passée maître dans l’art du double langage des relations publiques. Il est un « looser » et elle est une « winner », comme l’indiquent les dialogues. Dans ce contexte, la communication entre eux est impossible. Teddy ne s’informe plus à travers les médias classiques, mais à partir de sites web marginaux et de podcasts, tandis que Michelle lit The New York Times et suppose qu’il est mentalement malade. « Je ne peux pas te faire changer d’avis« , lui dit-elle, après avoir réalisé que tout ce qu’elle dit ne fait que confirmer sa conviction qu’elle est bel et bien une extraterrestre.

Jesse Plemons dans Bugonia

Le rebondissement le plus surprenant du film survient avec son dénouement final. Dans un revirement inattendu, nous apprenons que les extraterrestres existent bel et bien et que ce que nous pensions être les délires de Teddy, inventés pour faire face à sa vie tragique, étaient en fait réels. Michelle, le personnage joué par Emma Stone, se révèle être l’impératrice d’Andromède. Elle explique que son espèce a créé l’humanité, mais que « l’expérience » a clairement échoué, étant donné la violence et la soif de pouvoir dont font preuve les humains. Selon elle, le problème réside dans leur « gène suicidaire ». Pour y remédier, les Andromédiens ont même essayé de mettre au point un traitement destiné à reprogrammer l’ADN humain, le même traitement qui a plongé la mère de Teddy dans le coma. Mais après avoir découvert que Teddy avait torturé et tué des dizaines d’autres personnes, dont deux extraterrestres, et que le projet visant à changer la nature humaine avait échoué, Michelle retourne au vaisseau mère et décide d’exterminer l’humanité.

Aidan Delbis, Jesse Plemons et Emma Stone dans Bugonia

Allégories de la totalité

Le film s’inscrit manifestement dans le genre plus large des films conspirationnistes tels que The Parallax View d’Alan Pakula (1974), Invasion of the Body Snatchers de Philip Kauffman (1978) et They Live de John Carpenter (1988). Dans ces films, les extraterrestres ou les conspirateurs sont généralement dépersonnalisés afin de pouvoir les faire fonctionner efficacement comme métaphores du « système ». On peut considérer ces films comme une tentative de thématiser le conflit dans le capitalisme tardif, c’est-à-dire une contradiction qui ne peut plus s’exprimer en termes de lutte des classes. Pour les travailleurs atomisés, la théorie du complot fournit une « fiction utile » pour saisir la totalité sociale elle-même. Il s’agit, comme l’a si bien écrit Fredric Jameson, de « la cartographie cognitive des pauvres à l’ère postmoderne« . Comme Teddy le déclare lui-même dans Bugonia, il n’est pas un « activiste » et il n’y a pas de « mouvement » : il a mené seul « une tonne de recherches » prouvant que « tout est lié ».

À une époque où la fragmentation sociale s’est considérablement intensifiée et où la capacité des travailleurs à agir collectivement a été radicalement sapée, les théories du complot apparaissent comme des tentatives désespérées d’individus impuissants pour représenter la logique abstraite du capital. Elles doivent être considérées comme le symptôme du fait que les individus sont submergés d’informations mais ne disposent pas d’une théorie leur permettant de donner un sens à l’ensemble disparate d’événements qui façonnent leur vie.

Comme Theodor Adorno l’avait lui-même observé en analysant la diffusion de l’astrologie, les sociétés capitalistes avancées présentent « d’une part, une richesse matérielle et intellectuelle, mais la relation est davantage celle d’un ordre formel et d’une classification que celle qui permettrait d’éclairer les faits par l’interprétation et la compréhension« . En d’autres termes, l’astrologie comble ce vide en offrant un moyen de donner un sens aux « faits ». Jacques Rivette a un jour fait remarquer que « le changement le plus crucial qui touche notre civilisation est qu’elle est en train de devenir une civilisation de spécialistes ». « Chacun d’entre nous », a-t-il ajouté, « est de plus en plus enfermé dans son petit domaine et incapable d’en sortir« . Dans un tel contexte, la tâche de l’humanité consiste précisément à lutter contre cette tendance et à essayer « de rassembler les fragments épars de la culture universelle qui est en train de se perdre ». Le récit conspirationniste dans les films des années 70 et 80 avait, de ce point de vue, une double fonction : d’une part, il représente une forme dégradée de conflit de classe dans le capitalisme tardif ; d’autre part, il indique la tentative du récit ou du film lui-même de sauver l’idée même de totalité. Le héros assume généralement le rôle de détective, permettant au public d’imaginer ce que pourrait signifier le fait de rassembler ce qui a été fragmenté. En d’autres termes, le film va à l’encontre de la logique du capital en allégorisant le sens de l’ensemble.

Platitudes libérales

Mais c’est là que Lánthimos s’écarte sérieusement d’une telle ambition. La structure du film inverse la logique habituelle : le rebondissement final révèle que, plutôt que de fonctionner comme une métaphore de la totalité sociale, la conspiration ne renvoie qu’à elle-même, comme un effet de l’effondrement de la confiance et de la corruption de la sphère publique par les fausses nouvelles. Comme Lánthimos l’a indiqué aux critiques, « la dystopie (…) n’est pas vraiment fictive », mais « reflète plutôt le monde réel ». Si la fin rend la conspiration réelle, et place donc le film dans ce genre, elle sert en fin de compte un objectif externe : tromper le spectateur. Fidèle aux platitudes libérales sur la désinformation et la polarisation, Lánthimos utilise le film comme un dispositif moral pour nous confronter à nos propres préjugés. Comme il l’explique, il « remet en question tous ces préjugés que nous avons sur les gens, qui sont renforcés par la technologie et la compartimentation ». En d’autres termes, en rendant la conspiration réelle, il veut que nous reconnaissions en nous-mêmes les mécanismes psychologiques qui poussent Teddy à y croire. Le fait de penser qu’il était paranoïaque révèle nos propres préjugés. Mais ce faisant, plutôt que de transcender une analyse psychologique de notre présent (tout provient de nos préjugés psychologiques innés et des algorithmes), le film l’embrasse.

Emma Stone et Yorgos Lanthimos sur le tournage de Bugonia

De plus, l’opposition entre Teddy, le personnage solitaire joué par Jesse Plemons, et l’extraterrestre a un objectif ambigu. D’une part, elle fonctionne clairement comme une métaphore du conflit de classes dans une société démobilisée. D’autre part, Lánthimos sape cette idée même en dépeignant les deux personnages comme assez similaires, afin de servir son propre message pessimiste. Tous deux sont en fait des créatures sans pitié, marquées par un manque d’empathie et de remords. Teddy se « castre » chimiquement pour se débarrasser de ses « compulsions psychiques », tandis que le personnage d’Emma Stone traite les humains comme de simples rats de laboratoire.

Un cinéma misanthrope

La scène finale – qui s’écarte de la version sud-coréenne où la planète entière est détruite – montre une Terre paisible sans humains vivants, accompagnée de la chanson de 1962 Where Have All the Flowers Gone? : « Quand apprendront-ils enfin ? », interroge la chanson, transformant ce qui aurait pu être une fiction utile sur les conspirations et le capitalisme en une série de platitudes sur la nature humaine. Elle nous offre une fin misanthrope mais incohérente, car l’idée même d’une planète mieux lotie sans les humains est déjà une façon de l’humaniser. En d’autres termes, de lui appliquer un jugement proprement humain. Et c’est peut-être là que réside la véritable limite du cinéma de Lánthimos. Son esthétique désormais caractéristique et son engagement envers l’absurde servent généralement à dissimuler des banalités que l’on pourrait acheter dans n’importe quelle librairie d’aéroport. La surcharge visuelle, la théâtralité stylistique et la mise en scène exagérée ne parviennent guère à masquer le fait qu’il n’a pas grand-chose à dire : l’extravagance est une piètre alternative à l’originalité.

Une version initiale de ce texte a été publiée en anglais sur Sabzian

Pour prolonger

01.12.2025 à 21:15

Contre un maccarthysme à la française – pour tous les Julien Théry à venir

Collectif

À la suite d’un communiqué mensonger paru le 21 novembre sur le compte X de la LICRA, repris dans une publication du journal Lyon Capitale (et depuis, par de très nombreux médias), l’historien Julien Théry est l’objet depuis plusieurs jours d’une violente campagne de diffamation et de harcèlement, d’insultes et de menaces de mort. Une […]
Texte intégral (9723 mots)

À la suite d’un communiqué mensonger paru le 21 novembre sur le compte X de la LICRA, repris dans une publication du journal Lyon Capitale (et depuis, par de très nombreux médias), l’historien Julien Théry est l’objet depuis plusieurs jours d’une violente campagne de diffamation et de harcèlement, d’insultes et de menaces de mort. Une situation d’autant plus préoccupante que l’adresse précise de son lieu de travail a été divulguée par Lyon Capitale, constituant un risque pour sa sécurité. Son Université de rattachement s’est immédiatement désolidarisée de lui publiquement et a effectué un signalement au Procureur de la République

La publication de la LICRA est un montage d’un post Facebook réalisé par Julien Théry le 20 septembre dernier, où il relayait la longue analyse faite par Sophie Trégan de la « lettre de la honte », cette tribune de 20 personnalités publiée dans le Figaro demandant au Président Emmanuel Macron de « ne pas reconnaître un État palestinien sans conditions préalables ». Rappelant un certain nombre de faits avérés et reconnus par les instances internationales, Sophie Tregan concluait ainsi : « quand on conditionne la reconnaissance d’un État à la libération de 49 otages au mépris de la vie de plus de 1,5 million de personnes en proie à un génocide, c’est ni plus ni moins qu’une hiérarchisation des vies humaines selon leur origine ethnique, du suprémacisme ». Julien Théry a reposté le texte, en copiant-collant la liste des signataires de la tribune, qui circulait alors partout à ce moment-là, et a ajouté « génocidaires à boycotter ». La LICRA a soigneusement omis le post initial, donnant ainsi l’impression que l’historien avait « fait une liste » de noms, au hasard, sans raison particulière. Et elle a ajouté ce commentaire : « On peut être professeur d’Université, se croire progressiste et faire des listes de noms comme sous l’Occupation ». L’effet de ce montage irresponsable de la LICRA a été de déclencher une campagne de harcèlement.

Mais pourquoi une telle démarche de la LICRA, maintenant, alors que le post initial qu’elle a tronqué avant de le diffuser est vieux de deux mois ? Réponse : cette offensive de la LICRA semble intervenir en représailles à la publication, sur le site Hors-Série.net le 23 octobre dernier, d’un chapitre de son livre intitulé En finir avec les idées fausses sur l’histoire de France paru le 17 octobre dernier aux éditions de l’Atelier. L’article en question – dont  le rédacteur en chef du journal de la LICRA, Emmanuel Debono, a rapidement tenté  une dénonciation sur le site Conspiracy Watch – est une réfutation de l’idée selon laquelle il existerait aujourd’hui un « antisémitisme de gauche », menée à partir d’une synthèse approfondie de l’histoire de l’antisémitisme, en particulier depuis le début du XIXe siècle. La conclusion en est (sans originalité) qu’il peut évidemment y avoir des cas d’antisémitisme de la part d’individus qui appartiennent à la gauche (antisémitisme à gauche, selon la distinction de Michel Dreyfus), mais que, depuis le tournant de l’Affaire Dreyfus, la gauche a abandonné l’antisémitisme pour des raisons structurelles, alors que la droite nationaliste, à l’inverse, a été et demeure structurellement antisémite. Plus douloureux : le texte conclut aussi que l’irruption de l’idée d’un « antisémitisme de gauche » dans le débat public depuis à peine plus de deux décennies est liée à la radicalisation de l’entreprise sioniste en Palestine depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin et l’abandon des accords d’Oslo. La notion d’« antisémitisme de gauche » vise ainsi en réalité à neutraliser les oppositions à cette entreprise en les rabattant sur le judéocide européen de 1941-1945.

Depuis l’ébullition médiatique provoquée par la tribune des 20 signataires, moment où paraissent l’analyse de Sophie Trégan et le post de Julien Théry, les otages israéliens ont tous été libérés. Force est de constater que la guerre ne s’est pas terminée pour autant. Chaque jour, des dizaines de Palestinien.nes continuent de mourir, sous les bombes ou les balles des snipers, ce qui montre bien que l’enjeu dépassait les otages et concerne le nettoyage ethnique en vue de ce qui serait une colonisation totale de la Palestine. Quiconque souligne sérieusement cet état de fait se voit systématiquement exposé à l’accusation d’antisémitisme.

L’article de Julien Théry, qui démonte cette idée d’un « antisémitisme de gauche », est donc dérangeant pour les soutiens à l’État d’Israël et leurs stratégies de communication.

Nous assistons depuis quelques semaines à une nouvelle offensive générale contre la liberté des universitaires d’étudier et analyser la situation en Palestine. La LICRA et notamment Emmanuel Debono sont parvenus à faire annuler la tenue au Collège de France du colloque organisé par Henry Laurens. La campagne lancée contre Julien Théry par la LICRA poursuit cette attaque. Il est particulièrement inquiétant de constater que l’ensemble des grands médias reprend à son compte les accusations mensongères de la LICRA sans effectuer la moindre vérification.

Faute de réaction rapide de la communauté universitaire, cette vague de censure et de Maccarthysme à la française (voir également l’entreprise annoncée par le ministère revenant à ficher les universitaires sous couvert d’ « enquête nationale sur l’antisémitisme  dans l’enseignement supérieur et la recherche ») posera une chape de plomb sur la recherche et la vie intellectuelle. Le risque est alors de réduire les universitaires et les chercheurs à des agents d’une propagande d’État.

Signataires

Cette tribune dépasse désormais les 1500 signatures. Seules les 800 premières figurent ici. Pour une liste à jour, consulter la version publiée par le site de l’Union Juive Française pour la Paix ; elle est par ailleurs toujours ouverte à signature ; pour signer, envoyez un mail à soutienthery@gmail.com

* : personnalité politique

Signatures individuelles

Géraldine A Tagi

Samy Abbes, Mathématicien, MCF, Université Paris Cité

Kamil Abderrahman

Pierre Abécassis, Médecin, membre de l’Union juive française pour la paix

* Nadège Abomangoli, Première vice-présidente de l’Assemblée nationale

Albert Achten, Ingénieur

Éloïse Adde, Associate Professor, Historienne

Bernard Aghina

Najat Aguidi, écrivain

Sara Angeli Aguiton, Chargée de recherche CNRS, PHEEAC, Université des Antilles

Bérénice Alaterre

Michel Albagnac

Pierre Albertini, Historien, professeur de khâgne 

Gérard Alegre, Illustrateur

Gadi Algazi, Historien, Dept of History, Tel Aviv University 

Benjamn Alison

Eric Alliez, Philosophe, Professeur, Université Paris 8

Matthieu Allingri, Maître de conférences en histoire médiévale, université d’Aix-Marseille

Sarah Al-Matary, Professeur des Universités, Lettres, Le Havre

Tuna Altınel, MCF en Mathématiques, Université Lyon 1

Bruno Alonso, CNRS, Montpellier

Sabia Amar

* Gabriel Amard, Député du Rhône

Anne-Laure Amilhat Szary, Université Grenoble Alpes

Daniel Amoros

* Farida Amrani, Députée de l’Essonne

Aurélie Dianara Andry, Historienne

Jean-Christophe Angaut, Maître de conférences de philosophie, École Normale Supérieure de Lyon

Celine Aranjo, infirmière 

Fabien Archambault, Historien, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Fanette Arnaud, Médiatrice

Alain Arnaudet

Mathieu Arnoux, Historien, Professeur à l’université Paris Cité

Isabelle d’Artagnan, Présidente de l’IRELP, Historienne associée à Sorbonne Université

Florent Arthaud, OFB – USMB – INRAE

* Raphaël Arnault, Député du Vaucluse

Loïc Artiaga, Professeur en histoire contemporaine, Université de Pau

Jean Asselmeyer, Réalisateur

Simon Assoun, militant décolonial

Agnès Astrup

Marie-Andrée Auclair, retraitée Éducation Nationale

Samuel Autexier, Éditeur, Forcalquier

Azadî

Igor Babou, Professeur à l’université Paris Cité

Danielle Bailly-Salins, Enseignante retraitée

Christophe Baixas, Ingénieur Architecte dans l’industrie navale

Viviane Baladier, Mathématicienne, Directrice de recherches au CNRS à la retraite

Étienne Balibar, Philosophe

Bernard Barthalay, Économiste, Enseignant-chercheur à la retraite

Marie-Joëlle Barthuet, retraitée

Vincent Basabe

Isabelle Beaurepaire, Professeur

Jean-Luc Becquaert, Retraité, Syndicaliste, Tarn-et-Garonne

François Bégaudeau, écrivain

Gabriel Bellego, étudiant

Marina Belney-Ruiz

Leïla Benabed, Travailleuse sociale

Malika Benarab Attou, Ex-Eurodéputée

Yazid Ben Hounet, Anthropologue, Chargé de recherche-HDR CNRS, Lab. d’Anthropologie Sociale

Maxime Benatouil, Militant à Tsedek !, enseignant 

Omar Benderra, Économiste, membre d’Algeria Watch

Laila Benderra, Pédiatre

Yassir Benhima, Professeur, Université Lyon 2

Christian Benedetti, Acteur et metteur en scène

Christophe Benoit, professeur agrégé d histoire

Fabrice Bensimon, Sorbonne Université

Souad BENT-ABBES, chargée d’études au MEN

Badis BENYAHIA, Chef d’établissement scolaire public retraité

Philippe Bérard, Ingénieur

Bertrand Berche, EC, Université de Lorraine

Daniel Beretz, Retraité recherche publique

Jean Berger, enseignant et Historien

Judith Bernard, Enseignante

Noël Bernard, MCF Mathématiques retraité, poète.

Bertand Bernier, Chargé de production

Eric Berr, Économiste, Université de Bordeaux

Nathalie Berriau

Vincent Berthelier, MCF Lettres, Université Paris Cité

Arno Bertina, écrivain

Antoine Bertrand, Attaché de presse indépendant

Florian Besson

Philippe Besson

Magali Bessone, Professeure de philosophie politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 

Lorenzo Bianchi, Cinéaste, Producteur, Enseignant à l’Université Gustave Eiffel

Giuseppe Bianco, Philosophe, maitre de conférences à l’Université Ca’ Foscari de Venise 

Gaëlle Bidan, directrice des Éditions de l’Atelier

Alain Bihel, journaliste

Alain Bihr, Sociologue, Professeur honoraire, Université de Bourgogne Franche-Comté

Sylvain Billot, statisticien économiste

Bertrand Binoche, Professeur émérite, Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Antonia Birnbaum, Professeure de philosophie, Université Paris 8

Daphné Bitchatch, artiste peintre, auteure

Magali Bizot, écrivain occitan, enseignante retraitée

Julien Blanc, Anthropologue, Maitre de Conférences du Muséum National d’Histoire Naturelle

Max Blechman, Directeur de programme, Collège International de Philosophie

Alexia Blin, MCF en Histoire des États-Unis, Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3

Étienne Bloc, Scénariste

Suzette Bloch, petite fille de Marc Bloch, ancienne journaliste à l’AFP

Erick Boiron, Ancien étudiant à l’Univ. Lyon 2

Livio Boni, psychanalyse, ancien dir. de programme au Collège international de philosophie

Christophe Bonneuil, Historien, DR CNRS

Arminé Boranian 

Rachele Borghi, Sorbonne Université

Sylviane Borie, Retraitée

Yannick Bosc, Historien, Université de Rouen Normandie

Véronique Bontemps, Anthropologue, CR CNRS, IRIS

Najla Bouakline, Normalienne, étudiante en Histoire Médiévale, ENS de Lyon

Saïd Bouamama, Sociologue 

Abdel. H. Boudoukha, Pr. Psychologie clinique,  Psychopathologie et Psychothérapie

Fadila Boucherak 

Jean-Christophe Boucly, Professeur de lettres modernes en lycée, docteur de l’École Pratique des Hautes Études

Sylvie Bouffartigue, Professeure des universités, études culturelles latino-américanistes et caribéennes. UVSQ-Paris Saclay.

Jean-Claude Bourdin, Professeur émérite de philosophie à l’Université de Poitiers

Vincent Bourdin, Ingénieur de recherches, CNRS – GeePs – Centrale – Supélec

Jérôme Boutin, gestionnaire de contrat de prévoyance

Boris Bove, Professeur d’Histoire médiévale, Université de Rouen Normandie

Gérard Bras, Philosophe, ancien professeur de classes préparatoire

Rony Brauman, Ancien président de Médecins sans frontières

Mark Bray, Assistant Teaching Professor, History Department, Rutgers University-New Brunswick

Jean Paul Brenelin, Chef d’entreprise, militant assiciatif

Thierry Brésillon, journaliste

Iléna Briday, Étudiante

Charlotte Brives, Directrice de Recherche CNRS, Anthropologue

Déborah V. Brosteaux, Chercheuse et enseignante à l’Université Libre de Bruxelles

Michel Broué, Mathématicien, professeur émérite à l’Université Paris Cité

Guy Bruit

Anne Brunswic, Journaliste et écrivaine

Déborah Bucchi, Université de Lorraine

Sebastian Budgen, Éditeur

Emmanuel Burdeau, Critique

Pascal Buresi, Historien, Directeur de Recherche CNRS

Julien Bugli

Laurence Burger, enseignante dans le secondaire

* Pierre-Yves Cadalen, député du Finistère

Séverine Cadier, artiste

Michel Calvès, retraité SNCF, syndicaliste

Monique Calvi

Pascale Camuset, citoyenne

Daniel Candas

Viviane Candas, cinéaste

Marco Candore, comédien, auteur

François Cansell, Professeur des universités, Bordeaux INP

Rémy Cardinal, Artiste musicien, militant Réseau salariat 

*Aymeric Caron, Député

Damien Carraz, Historien, Professeur à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès

Lucette Castarlenas

Thierry Caruana, instituteur retraité

Arthur Casas, ENS Lyon

Irène Catach, Directrice de recherches émérite au CNRS

Simonetta Cerrini, Historienne

Myriam Chaabane

Gaëtane Chammas-Breysse, étudiante

Alexis Charansonnet, Historien à la retraite, Université Lumière Lyon 2

Marc Chavassieux 

Catherine Chavichvily, Collectif Palestine 69

Christine Charretton, Maîtresse de Conférences Honoraire

Denis Chartier, Géographe, Professeur des universités à l’Université Paris Cité

Francis Chateauraynaud, Sociologue, Directeur d’études à l’EHESS

Claire Chatelain, Chargée de recherches, habilitée,CNRS, Centre R. Mousnier/Sorbonne Université

Estelle Chauvey, IDE en hôpital psychiatrique

Sébastien Chauvin, Sociologue, Université de Lausanne

Sylvie Chazalette

Jean-François Chazerans, Professeur de philosophie

Farah Cherif Zahar, Maîtresse de conférences, Université Paris 8

Jean-Jacques Cheval, Professeur émérite des Universités, Université Bordeaux Montaigne

Sylvie Chevallier

Lucien Chich

Jacques Chiffoleau, Historien

Lounes Chiki, DR1 CNRS, Évolution et diversité biologique, UMR5300, Toulouse, UT3

* Sophia Chikirou, députée de Paris

Yves Chilliard, chercheur INRAE retraité

Mona Chollet, journaliste, essayiste

Guillaume Cingal, Maître de conférences en littératures africaines et traducteur.

Jocelyne Clavelloux

Jean-François Clopeau, Retraité de l’enseignement

* Hadrien Clouet, député de la Haute-Garonne

Isabelle Cochelin, Historienne, Université de Toronto

Deborah Cohen, MCF, histoire, Université de Rouen

James Cohen, Sciences politiques, Professeur émérite, Sorbonne Nouvelle

Sandra Cohuet, Médecin 

Chrystel Colomb, professeure de lettres modernes, retraitée

Sonia Combe, historienne, Berlin

Marie-Hélène Congourdeau, Historienne 

Pascal Connan, Instituteur retraité

Marie Constant, Pair aidante familiale

Anne Coppel, sociologue

Natacha Coquery, Historienne, Professeure émérite à l’université Lumière Lyon 2

Laurent Cordonnier, économiste, Professeur à l’Université de Lille

Jonathan Cornillon, Maître de conférences en Histoire romaine, Sorbonne Université

Christophe Cornut, CR / CNRS en Mathématiques

Bryan Cosman

Marie Cosnay, écrivaine

Christian Coudène, Professeur de Sciences Economiques et Sociales

Céline Coudreau

*Jean-François Coulomme, Député de la Savoie

Magali Coumert, Professeure d’Histoire, Université de Tours

Julien Cranskens, Libraire

 Julien Crépieux, Artiste

Alexis Cukier, Maître de conférences en philosophie, Université de Poitiers

Benoit Cursente, Dir. de recherche CNRS retraité- UMR FRAMESPA, Université Jean Jaurès Toulouse

André Curtillat

François Cusset, Historien

Thomas Cuvelier, Doctorant en Sociologie, Université de Paris 8 Vincennes Saint Denis

Philippe Cuziol

Xavier Czapla, Comédien et metteur en scène

Jeanne Da Col Richert, Strasbourg

Maxime Da Silva, Co-Président du Réseau national des élu·es insoumis·es et citoyen·nes

Nicolas Da Silva, Économiste

Ahmed Dahmani, militant des droits humains

Jocelyne Dakhlia, historienne et anthropologue

Marie-Émilie Dalby, Libraire

Olivia Martina Dalla Torre, PhD

Anne Dauphiné

Sonia Dayan Herzbrun, Professeur émérite, Université Paris Cité

Hélène Débax, Professeur d’histoire médiévale, Université Toulouse 2 Jean-Jaurès

Régine Dejour, Professeur d’EPS, retraitée

Yann Dejugnat, Maître de conférences, Historien, Université Bordeaux Montaigne

Christian Delacroix, Historien

Alexis Delahaye, réalisateur

Frédéric Delarue, Docteur en histoire contemporaine

Sameh Dellaï, MCF

Irène Delorme, Étudiante 

Guillaume Delteil, Professeur agrégé d’Histoire, Montpellier 

Camille Deltombe, Éditrice

Thomas Deltombe, Éditeur

Marc Demyttenaere, retraité

Laurent Denave, Chercheur indépendant en sciences sociales

Camille Descombes, Professeur des écoles dans les Alpes-de-Haute-Provence

Vinciane Despret, Philosophe, Professeur associé émérite, Université de Liège

Pierre-Marie Dessaint, retraité

Rosa Maria Dessi, Historienne, Professeur, Université de Nice

Yveline Dévérin, MCF géographie, retraitée Université Toulouse 2

Issahnane Djamal, Militant antiraciste, syndicat  Solidaires.

Adrien Delespierre, MCF de sociologie,Université de Tours

Emmanuel Deragne

Karima Direche, Historienne, directrice de recherche CNRS

Sophie Djigo, Philosophe, directrice de recherche au Collège international de Philosophie

Alain Dontaine, retraité Université Grenoble Alpes, enseignant en géopolitique 

Françoise Doray, Professeure d’Histoire retraitée

Charles Doron, Retraité

Coline Dottin, étudiante de l’ENS de Lyon

Yann Dourdet, Enseignant en Philosophie

Ariane Dreyfus, poète

Bruno Drweski, Professeur d’université, responsable de la Commission internationale de l’Union pour la Reconstruction Communiste.

Quentin Dubois, Doctorant et enseignant vacataire. Département de philosophie Paris 8

Nicolas Duffour, Journaliste 

Yoann Dumel-Vaillot, Docteur en philosophie, Université Lyon III

Stéphane Dumouchy, syndicaliste, SUD PTT

Olivier Dumoulin, historien, Professeur des Universités

Dominique Dupart, MCF Littérature française, Lille

Alexandre Dupont, MCF en histoire contemporaine, Université de Strasbourg

Laure Dupuis, Éducatrice spécialisée 

Cédric Durand, Professeur Associé d’Économie Politique, Université de Genève

Marie Duret-Pujol, MCF d’Études Théâtrales, Université Bordeaux Montaigne

Vincent Édin, Journaliste et esssayiste

Ivar Ekeland, ancien Président de l’Université Paris-Dauphine

Ilias El Faris – Scénariste, réalisateur 

Lina El Soufi, Doctorante en sociologie

Jean-Christophe Eon, écrivain

Camille Escudero, libraire

Frédéric Espi, militant insoumis

Marine Etchecopar, Libraire

Sylvain Excoffon, Maître de Conférences, Université Jean Monnet, Saint-Etienne

Isabelle Fakra

Jules Falquet, Professeure, Université Paris 8 St Denis

Marie Fare, Maitresse de Conférences en Économie, Université Lyon 2

Pierre Fargeton, Enseignant-chercheur, Musicologie, Université Jean-Monnet

Éric Fassin, Sociologue, Professeur à l’Université Paris 8 Saint-Denis

Sonia Fayman, porte-parole de l’Union Juive Française pour la Paix

Georges Yoram Federmann, Psychiatre Gymnopédiste, Strasbourg

* Mathilde Feld, députée de la Gironde

Mohamed Chérif FERJANI, Professeur Honoraire Université Lyon2, Président du Haut Conseil Scientifique de Timbuktu Institute, African Center for Peace Studies

Mathieu Ferradou, MCF en Histoire Moderne, Université Paris Nanterre

Elvire Ferrand Testoni, Éducatrice

Jérémy Ferrer, Bron

Olivier Filleule, Dir. de recherches au CNRS, Prof. ordinaire en sc. pol. à l’Université de Lausanne

Aline Fintz, Ingénieure d’étude, Univ. de Savoie Mont Blanc

Karin Fischer, Professeure des Universités en études irlandaises et britanniques, Université d’Orléans

Virginie Foloppe, Sorbonne Nouvelle

Jacques Fontaine, MCF honoraire de Géographie, Université de Besançon

Arnaud Fossier, Historien, MCF Université de Bourgogne

Maryline Fouché

Isabelle Fouquay, Professeure agrégée d’anglais retraitée

Benoît Fourchard, Écrivain

Françoise Fressonnet, anthropologue 

Bernard Friot, Économiste

Marie-Paule Fristot-Rousselot, retraitée de l’Éducation Nationale

Yves Fruchon, Humaniste, consultant retraité

Nora Galland, ATER, Université de Bretagne Occidentale

Davide Gallo Lassere, MCF en Politique Internationale, Université de Londres

Fanny Gallot, Historienne

Michelle Garcia, UJFP

Blanche Gardin, Humoriste, Actrice

Jocelyne Garnier

Julie Garnier, Historienne

Sébastien Garnier, MCF Paris 1

Isabelle Garo, Philosophe

Marina Garrisi, Éditrice

Aurore Gathérias, enseignante

Frank Gaudichaud, Professeur, Hist. et études latino-américaines à l’Univ. Toulouse Jean-Jaurès

Guillaume Gaudin, Professeur d’Histoire moderne, Université Toulouse Jean Jaurès

Jean-Luc Gautero, Maître de conférences émérite en Philosophie des sciences, Université Côte d’Azur

Florence Gauthier, Historienne de la Révolution française

Siegfried Gautier, enseignant

Xavier Gautier

Marylène Gauvin

Andrée Gaye, Retraitée Éducation nationale

Vincent Gayon, Universitaire

David Geoffroy, Auteur – réalisateur 

Sylvain George, Cinéaste

Christakis Georgiou, MCF contractuel, Institut d’Études Européennes, Université Sorbonne Nouvelle

Isabelle Gérard, Enseignante retraitée

Valérie Gérard, professeure de philosophie en CPGE

Catherine Ghidaoui

Pascale Gillot, MCF-HDR en philosophie, Université de Tours

Carlo Ginzburg, Historien

Marc Girod, retraité 

Éric Gobe, politiste, directeur de recherche au CNRS

Jean-Christophe Goddard, Professeur des Universités, Université de Toulouse 2 Jean Jaurès

François Godicheau, Historien, Professeur à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès

Catherine Goldstein, DRCE émérite, Histoire des sciences mathématiques

Lionel Goutelle, retraité de l’éducation nationale

Isabelle Goutmann, directrice d’un média local & indépendant

Massimo Granata, Ingénieur de recherche CNRS

Corinne Grassi, chargée de projets socio-culturelle

Jordi Grau, Citoyen et Professeur de philosophie

Jean-Guy Greilsamer

Patrice Grevet, Professeur honoraire de sciences économiques à l’Université de Lille

Haud Guéguen, 

Nacira Guénif, Professeure des Universités, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, LEGS

* Clémence Guetté, Vice-présidente de l’Assemblée nationale

Claude Guilbaud, Enseignant retraité

Mourad Guichard, Journaliste indépendant

Georges Günther, militant associatif

Patrick Guyot Bitchatch, ancien administrateur de l’État dans les ministères sociaux

Emilie Hache, Maîtresse de conférences HDR 

Olivier Hache

Gérard Haddad, Psychiatre, Psychanalyste, Écrivain

Rachid Hadjij, Consultant

Jean-Louis Haguenauer, pianiste, Professor Emeritus, Indiana University Jacobs School of Music

Ouassim Hamzaoui, MCF Science politique, Avignon Université

Sari Hanafi, Prof. de Sociologie, American University of Beirut 

Colette Hasne, Doctorante

Fabrice Hauet, masseur bien-être

Clémence Hébert, Cinéaste

Xavier Hélary, Historien, Professeur, Sorbonne-Université

Frédéric Hélein, Professeur (Mathématiques), Université Paris Cité

Annick Hemon, Chanteuse Comédienne 

Antoine Hennion, École des Mines, Paris

Odile Henry, Sociologue, Professeure à Paris 8

Nicolas Hensel, assistant d’enseignement artistique

Marie Hesse, enseignante

Thomas Hippler, Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Caen Normandie

Géraldine Hornberg, membre de l’Union juive française pour la paix

François Houbart, Psychologue

Jean-Claude Houdry, artiste auteur 

Arnaud Houte, Professeur d’histoire contemporaine, Sorbonne université

Etienne Hubert, Historien, Directeur d’études retraité de l’EHESS

ANNE Huck, Enseignante

Quentin Humbert, étudiant ENS Lyon, étudiant du master Mondes médiévaux

Benoit Huou, enseignant à TSE, Université Toulouse Capitole

Cassandre Hypeau, Étudiante

Sébastien Ibanez, Enseignant-chercheur, Université Savoie Mont Blanc

Nicole Ion, éducatrice retraitée

Georges Jablonski-Sidéris, Maître de conférences en histoire médiévale, Sorbonne Université

Laure Jabrane, enseignante de philosophie, retraitée, membre de la CAALAP

Ronan Jacquin, chercheur, Institut de hautes études internationales et du développement (Genève)

Armand Jamme, Historien, Directeur de recherches au CNRS

Chantal Jaquet, Philosophe, Professeure émérite à l’université Paris 1 Panthéon -Sorbonne 

Ghislaine Jarrige, LFI Saint Etienne 

Jacques Jaudon, enseignant

Sylvain Jean, Enseignant

Anne Jollet, Maîtresse de conférences émérite en Histoire moderne

Philippe Josserand, Historien, Professeur, Université de Nantes

Pierre Yves Joubaud, Directeur d’usine 

Maïwenn Jouquand 

Emmanuelle Jourdan-Chartier, Enseignante en histoire, Université de Lille 

Nolwenn Joyaut , enseignante et scénographe

Alain Jugnon, Philosophe 

Cathy Jurado, Autrice, enseignante

Nicole Kahn, membre de l’Union juive française pour la paix

Yannis Karakos, Auteur et Parolier

Razmig Keucheyan, Professeur de Sociologie, Université Paris Cité

Khalil Khalsi, Chercheur

Anna Knight, traductrice

Aurore Koechlin, MCF de Sociologie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Marianne VL Koplewicz, Éditions du Souffle

Théophile Kouamouo, Journaliste

Stathis Kouvelakis, Philosophe

Abir Kréfa, Maîtresse de Conférences en Sociologie, Université Lyon 2

Thierry Labica, MCF Civilisation britannique

* Abdelkader Lahmar, Député du Rhône

* Bastien Lachaud, Député de la Seine-Saint-Denis

Annie Lacroix-Riz, Professeur émérite d’hist.contemporaine, Paris-Cité, petite-fille de Benjamin Arbessman, déporté et assassiné à Auschwitz

Annie Lafarge, Militante LFI 

Danielle Lafont

Claire Lagraula 

* Maxime Laisney, Député LFI de Seine-et-Marne

Elisabeth Lalou, Professeur d’Histoire médiévale, Université de Rouen

Claire Lamy, MCF Histoire du Moyen âge, Sorbonne Université 

Emilie Lanciano, Professeur des Universités, Sciences de gestion, Université Lyon 2

Diego Landivar, Enseignant – Chercheur, HDR, Origens Media Lab et Esc Clermont

Hervé Langlois, militant à l’AFPS

Yann Lardeau, cinéaste.

Galatée de Larminat, Chercheuse indépendante en Philosophie et Journaliste

Ramdane Lasheb, membre associé LIAgE

Maurice Latapie

* Pierre Laurent, Sénateur Honoraire

Sabine Laurent, Enseignante retraitée 

Michel Lauwers, Historien, Professeur, Université de Nice

Christian Lavault, Professeur de Universités

Vincenzo Lavenia, Historien, Professeur d’hist. moderne, Univ. de Bologne, Italie

Cécile Lavergne, MCF en Philosophie université de Lille

Clément Lavis, étudiant

Isabella Lazzarini, Professeure d’Histoire médiévale, Université de Turin

Judith le Blanc, Maîtresse de conférences, Université de Rouen Normandie

Olivier Le Cour Grandmaison, Historien, politiste, universitaire

Anne Le Guennec, Libraire 

Joëlle Le Marec, Professeure, Muséum National d Histoire Naturelle

Vincent Le Texier, Artiste lyrique

Sébastien Lebonnois, Planétologue, Directeur de Recherche CNRS

Jean-Jacques Lecercle, Philosophe, Linguiste, Ancien Prof. à l’Univ. Nanterre 

Michelle Lecolle

Xavier Lecoq, Enseignant

Jérémy Lefebvre, Écrivain et Musicien 

Julien Lefevre, Photographe

* Sarah Legrain, députée de Paris

* Jérôme Legrave, député de Seine-Saint-Denis

Jean-Marc Lelièvre, CR INRAE

Yves Lemarié, Maître de conférences à l’Université de Bretagne Occidentale

Claire Lemercier, Directrice de recherche en histoire, CNRS

Benjamin Lemoine, Chercheur, CNRS

Jean-Michel Lemoine, ingénieur CNES

Clément Lenoble, Historien

François Lescure, ancien Professeur à l’Université de Lille

Didier Lestrade, co-fondateur d’Act Up-Paris

Laurent Lévy, Avocat à la retraite

Cathy Liminana-Dembélé

Pierre Linguanotto, Cinéaste

Thomas Lienhard, MCF en histoire, Université Panthéon-Sorbonne

Chantal Locatelli

Henri Lombardi, MC en Mathématiques, retraité, à l’Université Marie et Louis Pasteur

Élisabeth Longuenesse, Sociologue arabisante, CNRS (retraitée)

Frédérique Longuet Marx, Anthropologue, Cetobac, Ehess

Helios Lopez

Isabelle Lorand, Chirurgienne

Françoise Lorcerie, DRE science politique, Aix-Marseille Université

Yannick Louesdon, Psychanalyste retraité

Michael Lowy, Sociologue

Viviana Lipuma, Postdoctorante à UFF Brésil, Docteure en philosophie de l’Univ. Paris Nanterre 

Arnaud Le Gall, député du Val d’Oise

Katia Le Mentec, Anthropologue, chargée de recherche au CNRS

Frédéric Le Roux, Mathématicien, Professeur à Sorbonne Université

Frédéric Lordon, Philosophe

Jean-Pierre Loustau, Ingénieur

Sandra Lucbert, écrivaine

Marie-Christine Luparello, membre de la Libre Pensée 79 et du Collectif Palestine 79

Armelle Mabon, Historienne

Fanny Madeline, Historienne, MCF, Université Panthéon-Sorbonne

Marta Madero, Ancien professeur de l’Universidad de Buenos Aires et de l’Universidad Nacional de General Sarmiento 

Elisabeth Magnin

Eliana Magnani, Directrice de recherche au CNRS

Olivier Maheo, Enseignant 

Alain Maire, Retraité humaniste, écologiste et naturaliste

Guilaine Maisse, Professeure d’allemand retraitée

Ziad Majed, écrivain et Professeur, The American University of Paris.

Jean Malifaud, MCF retraité Mathématiques, Paris 7

Kamila Mamadnazarbekova, doctorante, Sorbonne Université 

Brigitte Mancel, Professeure de lettres retraitée

Marianne Mangeney, chercheuse au CNRS

Odile Mangeot, association Alliance pour l’Emancipation Sociale Nord Franche-Comté 

Philippe Mangeot, professeur de littérature 

Patrice Maniglier, Philosophe, Université Paris Nanterre

Danielle Manoukian, psychologue/psychanalyste

Cathy Maquart, Enseignante retraitée 

Olivier Marboeuf, Écrivain, Commissaire d’exposition, Producteur

Audrey Marc, Professeur

Joelle Marelli, traductrice, autrice

Ivan Marin, Professeur des Universités, Amiens

Anne-Marie Marteil-Oudrer Syndicat National des Médecins Hospitaliers FO

Céline Martin, Historienne, Maîtresse de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne

Gilles Martin, médecin retraité

Miguel Martinez, Maître de Conférences en Mathématiques, Université Gustave Eiffel

Joseph Martinod, Professeur

Robert Mascarell, Journaliste en retraite

Geneviève Massard-Guilbaud, historienne, directrice d’études émérite à l’EHESS

Arnaud Massin, Doctorant à l’Université de Liège 

Isabelle Mathieu, MCF Histoire du Moyen Âge – VP Formation et vie universitaire, Université d’Angers

Mickaël Matusinski, MCF Maths Université de Bordeaux

Florence Mauger, enseignante 

Danielle Maurice, doctorante, Université Lyon 2

Jean-Yves Maximilien 

Annie Mayar-Poteau, Infirmière scolaire retraitée

Nicolas Mayard, Journaliste

Gérard Médioni

Maria-Alice Médioni, formatrice, militante pédagogique

Anne-Lise Mege

Miriem Méghaïzerou, Doctorante, Sorbonne Nouvelle

Eliane Meillier

Hacene Mekhnache

Graziella Melis Roussel

Marion Ménard, pair aidante TSA/TDAH

Marie Menaut

Sophie Mendelsohn, Psychanalyste

Franck Mercier, Historien, Professeur, Université de Rennes

François Mérel, Médecin retraité

Daniel Mermet, Journaliste

* Marie Mesmeur, Députée d’Ille et Vilaine

Germain Meulemans, Anthropologue, CR CNRS

Gilles Meyer, bibliothécaire

Najoua Mhamedi

Alain Migus, Citoyen retraité

Christophe Mileschi, Professeur, Université Paris Nanterre

Pierre Millien, Chargé de Recherche en mathématiques, CNRS

Virginie MilliotAnthropologue, Maitresse de conférences, Université Paris Nanterre

Chantal Mirail

Estelle Miramond, Maîtresse de conférences en sociologie – Institut Humanités Sciences Sociétés, Université Paris Cité

Adlene Mohammedi, Chercheur et enseignant en géopolitique

Jacques Moisan, Retraité de l’enseignement

Olga Moll, Agrégée, MCF musique et musicologie, Université Paris 8, retraitée

Frank Moll, Dirigeant d’entreprise

Sylvie Monchatre, Sociologue, Professeur, Université Lumière Lyon 2

Mathilde Monge, Maître de Conférences en Histoire Moderne 

Lucile Mons, Psychanalyste et psychologue

*Bénédicte Monville, Élue municipale et communautaire à Melun, ancienne Conseillère Régionale d’île de France 

René Monzat, Chercheur indépendant

José-Luis Moragues, Dr en Psychologie, Maître de Conférences – Université Paul Valéry

Nathalie Morales

Gérard Mordillat

Éric Moreau, Université de Poitiers

Leonardo Moreira, MCF Philosophie, Université de Paris 8

Anne Morelli, Professeure honoraire de l’ULB

Haude Morvan, MCF Histoire de l’art médiéval

Marianne Morvan, Professeure agrégée d’anglais, UFR Médecine

Aimée Mouchet retraitée de l’EN, agrégée d’histoire

Damase Mouralis, Professeur des Universités, Université de Rouen-Normandie & CNRS

Guillaume Mouralis, Historien, Directeur de recherche au CNRS, CESSP, Paris

Jean-Noël Moureau

Marie-Hélène Mourgues, Maitre de Conférence, UPEC

Bertrand Müller, Historien, DR émérite, CNRS (historien de Marc Bloch et Lucien Febvre)

Marwan NACIRI – Post-doctorant CNRS

Dominique Natanson, animateur du site Mémoire Juive & Éducation

Philippe Naud, Professeur certifié d’Histoire Géographie

Fabien Navarro, Maître de Conférences, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Ron Naiweld, Chargé de recherches en études juives, CNRS

Annliese Nef, Historienne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Josselin Neveux, diffusion de supports de communication concerts

Kim Vu Ngoc, étudiant

Jean-Philippe Nicolas, enseignant

Brigitte Nicolet, retraitée

Massimiliano Nicoli, Psychanalyste, Philosophe

Dominique Noly, retraité

Yannick Nué

Norbert Nusbaum, Assistant social retraité à Besançon

Joseph Oesterlé, Professeur émérite, Sorbonne Université

Christophe Oberlin, Chirugien, professeur

Christian Oillic 

Josiane Olff-Nathan, Ingénieur d’Etude retraitée, Université de Strasbourg

Béatrice Orès, Union Juive Française pour la Paix

Martine Ostorero, Historienne, Professeur, Université de Lausanne

Nilton Ota, Directeur de programme du Collège international de Philosophie

Michel Ouaknine, Ingénieur semiconducteurs, militant MRAP & UJFP

Mohamed Ouerfelli, Maître de conférences en histoire médiévale, Université d’Aix-Marseille

Louis-Gilles Pairault, Conservateur en chef du Patrimoine, adhérent du parti Les Républicains

Ugo Palheta, Sociologue, Université de Lille

Julien Pallotta, Philosophe et traducteur

Stefano Palombarini, Économiste, MCF Paris 8

Luca Paltrinieri, Maître de conférences Philosophie, Université de Rennes

Bruno Paoli, Professeur des Universités, Université Lumière Lyon 2

Ilan Pappé, Historien israélien, Professeur à l’Université d’Exeter

Corentin Parent

Pierre Parent, Maître de conférence, Université de Bordeaux

Frédéric Pasquet

Christophe Pébarthe, Historien, Université Bordeaux Montaigne

Julien Peccoud, enseignant de SVT en lycée, éducation nationale

Thierry Pécout, Historien, Professeur à l’Université de Saint-Etienne

Francis Peduzzi, directeur de scène nationale

Rodny Pélage

Michele Pellegrini, Historien, Professore associato, Université de Sienne (Italie)

Willy Pelletier, Sociologue, université de Picardie

Fernand Peloux, historien, CNRS

Maëlle Pennéguès, Doctorante en histoire moderne, Sorbonne Université

Charles Pennequin, écrivain

Catherine Perret, Professeure émérite, Université Paris 8

Lucien Perrin, Éditions Amsterdam

Marc Perrin, Écrivain, Éditeur

Annick Peters-Custot, Professeure d’Histoire médiévale, Nantes Université

Jean-François Pétillot, PRCE, Université Paul-Valéry Montpellier, retraité

Thomas Petitbon, Union Juive Française pour la Paix & France Insoumise

Nathalie Peyre, Prof de lettres

Roland Pfeffenkorn, Sociologie, Professeur émérite, Strasbourg

MICHEL Philippo, Coordinateur livret planification écologique

Emmanuelle Picard, Professeure d’histoire contemporaine, ENS de Lyon

Caecilia Pieri, PhD Associate Researcher, Ifpo Institut français du Proche-Orient, Erbil, Kurdistan irakien

Alexandre Piettre, Docteur en Sociologie politique et Professeur de Philosophie

Laure Piguet, Historienne, Université de Fribourg/Centre Marc Bloch

Brigitte Pignard

Philippe Pignarre, éditeur 

Michel Pinault, Historien, retraité

Jean-Daniel Piquet, Historien

Marie Plassart, maîtresse de conférences, Université Lyon 2

Jacques Pochard, Pédiatre

Christopher Pollmann, Prof. des Universités agrégé de Droit public, Université de Lorraine – Metz

Hugues Poltier, philosophe

Jean-Pierre Poly, ex-professeur, Histoire du droit, Université Paris-Nanterre

Julien Ponceblanc, Professeur de Français et d’Histoire & Géographie, CFA Hilaire de Chardonnet à Besançon

Alan Popelard, Enseignant

François Portefaix, retraité de l’éducation nationale

Raphaël Porteilla, Professeur de sciences politiques, Université de Bourgogne

* Thomas Portes, député de Seine-Saint-Denis

Elio Possoz, écrivain

Clément Poullet, Secrétaire général de la FNEC FP-FO Angers

Franck Poupeau, sociologue, DR CNRS, éditions Raisons d’agir.

* Philippe Poutou, militant NPA

Sébastien POYARD, Professeur agrégé d’Histoire-Géographie, Vesoul

Plínio W. PRADO Jr, Professeur émérite de Philosophie, Université de Paris 8

Renée Prangé, Directeur de recherches CNRS retraitée

Stefanie Prezioso, Historienne, Suisse

Nicolas Prignot, Enseignant et chercheur en philosophie, ERG/ ESA St-Luc, Bruxelles

Klervi Propice, Doctorante en psychologie

François Provansal

* Loïc Prud’homme, député de la Gironde

Serge Quadruppani, auteur et traducteur

Christelle Rabier, MCF EHESS

Geneviève Rail, Ph.D., Professeure émérite distinguée, Institut Simone-De Beauvoir, Canada

François Ralle Andreoli,conseiller des Français-es d’Espagne – 2e circonscription d’Espagne

 Nordine Raymond, tête de liste « Faire Mieux pour Bordeaux », La France insoumise

Antoine de Raymond, Sociologue

Eva RAYNAL, Maîtresse de conférences en Littérature comparée, Université de Mayotte, Dembéni

Isabelle Réal, Historienne, MCF, Université de Toulouse Jean-Jaurès

Thierry Reboud, UJFP

Gianfranco REBUCINI, anthropologue, Chargé de recherche au CNRS

Fanny Rebuffat, Psychiatre

Manuel Rebuschi, Enseignant-chercheur en Philosophie, Université de Lorraine

Myrto Reiss, Médiatrice culturelle 

Yannick Reix, Directeur festival de cinéma de Douarnenez 

Mathieu Renault, Philosophe, Professeur à l’Univ. de Toulouse Jean-Jaurès

Jean-Paul Renoux

Eugenio Renzi, Enseignant

Jordan Rezgui, pensionnaire de la Comédie-Française

Nassim Rezzoug

Fabrice Riceputi, Historien

Mathieu Rigouste, Sociologue

Laurent Ripart, Historien, Professeur à l’Univ. de Chambéry

Manu Riquier

Nathalie Rivoire

Agathe Roby, docteure en histoire médiévale, toulouse

Odile Rollet, Pédopsychiatre, Lyon

Françoise Romand, Cinéaste

Isabelle Rosé, Historienne, Professeur, Université de Rennes

André Rosevègue, membre de l’Union juive française pour la paix et de la CAALAP

André Rougier, blagueur 

Marie-Jeanne Royer enseignante retraitée 

Jérémy Rubenstein, Historien 

Damien Ruiz, Historien

Catherine Ruph

Alain Ruscio, Historien

Alain Rustenholz, Auteur

Gabriel Sabbagh, Professeur de logique mathématique (retraité) et Historien en activité, Université Paris Cité

Oreste Sacchelli, Professeur émérite, Université de Lorraine

* Arnaud Saint-Martin, député de la Seine-et-Marne

Marie-Claude Saliceti, psychologue clinicienne en retraite

Grégory Salle, sociologue, Directeur de Recherche CNRS.

Jean Salque, Cadre de la Fonction publique retraité

Victoria Saltarelli, retraitée de l’Éducation nationale

Akiko Sameshima, Traductrice pour La fabrique, Japon

Emilia Sanabria, Anthropologue, Directrice de recherche au CNRS

Alexandre Sanchez, éditrice

Thibault Sans, salarié du Média

Renaud-Selim Sanli, Éditions-librairie Météores

Jérôme Santolini, Directeur de Recherche, Biochimie

Ismahen Saouci 

Catherine Sauvage

Pierre Sauve, Professeur retraité de l’université Paris 12

Sbeih Sbeih, ATER, Lyon 2, chercheur associé Iremam

Dimitris Scarpalezos, retraité M.C de mathematiques et membre du snesup 

Valentin Schaepelynck, Maître de conférences en sciences de l’éducation (Université Paris 8), Directeur de programme au Collège international de philosophie.

Matthieu Scherman, historien

Jean-Marc Schiappa, Historien, Prix Guizot de l’Académie française (2023)

Nathalie Schlatter-Milon, Psychologue Clinicienne

Alain Schnapp, archéologue, Ancien professeur à l’Univ. Panthéon-Sorbonne

Joël Schnapp, Enseignant, Historien

Raphaël Schneider, Co-fondateur de Hors-Série

Peter Schöttler, Directeur de recherche honoraire au CNRS (biographe de Marc Bloch) 

Tod Shepard, Historien, Professeur, John Hopkins University

Guillaume Sibertin-Blanc, Philosophe, Professeur à l’Univ. Paris 8

Bernard Sibieude, Retraité, Strasbourg

Michèle Sibony, Union juive française pour la paix

Aude Signoles, MCF Sciences Po, AMU MESOPOLHIS

Stéphane Simard-Fernandez  Réseau Salariat

Yves Sintomer, Professeur de Science politique, Université de Paris 8

Stéphane Sirot, Historien

Tahar Si Serir, membre du mouvement “Les Humanistes”, co-fondateur du collectif “Libérons l’Algérie’”

Jean-Claude Slyper

Jérôme Soldeville, conseiller municipal délégué Grenoble

Gabriela Solis, Collectif 69 Palestine

Jon Solomon, Professeur en littérature chinoise, Université Lyon 3

Marco Spagnuolo, Doctorant, Université Paris 8/LLCP

Cornelie Statius Muller, Comédienne et metteure en scène, marionnettiste et machiniste

Isabelle Stengers, Philosophe, Professeur émérite de l’Université Libre de Bruxelles

Mélanie Stravato, Editrice à Avignon

Alina Surubaru, Sociologue, Université de Bordeaux

Annick Suzor-Weiner, Professeure émérite Université Paris-Saclay

Julien Syren, Ingénieur 

Stéphane Tabourin, Professeur des écoles, en REP+, conseiller syndical FSU-SNUipp54, militant LFI, militant associatif

Claire Talon, Psychanalyste, Docteure en Sociologie Politique

Julien Talpin, Directeur de recherche au CNRS

Moufida Tamou, Parente d’étudiants

Cécile Tannier, Directrice de recherche CNRS

*Andrée Taurinya, Députée de la Loire

Romain Telliez, MCF histoire, Sorbonne Université

Laurence Terk, Historienne

Anne Texier, Professeure de Philosophie

Pierre Thévenin Chargé de recherche au CNRS

Daniel Thin, Sociologue, Professeur Honoraire des Universités (Lyon 3)

Charlotte Thomas, Politiste, Chercheure indépendante associée au programme Asie de l’IRIS 

François Thoreau, Chercheur qualifié et Professeur associé, FNRS – Université de Liège (Belgique)

Mirabelle Thouvenot, militante décoloniale 

Hervé Tiberghien, Auteur, réalisateur de films documentaires

Mathieu Tilllier, Professeur d’Histoire de l’Islam médiéval, Sorbonne Université

Sylvie Tissot, Professeure au département de science politique, Université Paris 8

John Tolan, Historien, Professeur à l’Université de Nantes

Valentina Toneatto, Historienne 

Armando Torres Fauaz, Historien, Universidad Nacional de Costa Rica

Rémi Toulouse, Éditeur

Mireille Touzery Le Chenadec, Professeur émérite d’Histoire moderne, UPEC

Enzo Traverso, Historien, Cornel University (États-Unis)

Brigitte Trincard Tahhan, Retraitée éducation nationale 

Alessia Trivellone, Historienne, Université de Montpellier 3

Véronique Troyas

Françoise de Turckheim, Médecin

Jean-Christophe TURPIN

Martine Ullmann, Femmes en Noir Lyon, UJFP

Sébastien Ulrich, Menuisier

Maude Vadot, Maitresse de conf. en sciences du langage, Univ. Savoie Mont Blanc

Stanley Valbrun, Docteur en Sciences de l’éducation, travailleur social

Massimo Vallerani, Professore ordinario di Storia medievale, Université de Turin (Italie)

Stéphane Valter, Professeur en langues et civ. Arabes, Univ. Lyon 2

Yves Vargas, Philosophe

Amandine Vautaret, étudiante

Mélanie Vay, Docteure en Science politique

Graziella Vella, Anthropologue, U Mons

Manolo Vella, Enseignant

Anne Verjus, DR CNRS, laboratoire Triangle

Françoise Vergès, Autrice, militante féministe décoloniale

Joël Vernet, Écrivain

Jean-Baptiste Vérot, MCF en Histoire moderne, Université Marie & Louis Pasteur

Victor Verwaerde, étudiant, ENS de Lyon

Thomas Vescovi, Doctorant (Ehess/ULB)

Baptiste Veyssy, Éditeur

Camille Viallon

Jérôme Vidal, Éditeur, traducteur

Nicolas Vieillescazes, Éditeur

Fanny Vincent, MCF à l’Université de Saint-Etienne.

Léonard Vincent, Écrivain

Gilles Vinçon, Chercheur en Entomologie

Christiane Vollaire, Philosophe, Chercheure associée au CNAM et au LCSP de l’Université Paris Cité Fellow de l’Institut Convergences Migrations

Eric Vuoso

Dror Warschawski, Chercheur CNRS, Sorbonne Université, Paris

Jean-Marc Warszawski, musicologue, directeur du magazine musicologie.org

Abdourahman Waberi, écrivain

Tim Wandriesse 

Laurent De Wangen, enseignant

Laurent Weill, Médecin retraité, LFI, UJFP

Françoise Weill-Ponsin, Médecin retraitée, LFI, UJFP

Charles Wolfe, Professeur des Universités, Dépt de Philosophie, Université Toulouse Jean-Jaurès 

Yahya Yachaoui, Professeur retraité, Poète, Écrivain, Traducteur

Hèla Yousfi, Maître de conférences, Université PSL-Dauphine

Louisa Yousfi, Autrice, militante décoloniale

Nassera Zaidi, Coordinatrice du CNRCC (collectif national pour la reconnaissance des crimes coloniaux)

Barbara Zauli, Enseignante-chercheuse, Philosophie, Université Paris 8, vice-présidente du Collège International de Philosophie.

Mathilde Zederman, MCF Université Paris-Nanterre

Caroline Zekri, MCF, Université Paris-Est Créteil

Afifa Zenati IGE, ENS de Lyon

Laurick Zerbini, MCF – HDR, Université Lyon 2

Dominique Ziegler, Auteur, Metteur en scène

Alexis Zimmer, Professeur, Histoire environnementale, Université de Liège (Belgique).

Institutions :

CAALAP (Coordination Antifasciste pour l’Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques)

Collectif 69 Palestine

Collectif Education Avec Gaza 

Éditions La Fabrique

Éditions Terre de feu

FNEC FP-FO Angers

La France Insoumise

Librairie La Gryffe, Lyon

Librairie Les 400 Coups, Bordeaux

Institut La Boétie

Union Juive Française pour la Paix

27.11.2025 à 15:31

Malcolm X à l’épreuve du cinéma hollywoodien

Nathan RENEAUD

Quand Spike Lee fait sienne la figure mythique de Malcolm X, la lettre qui aura servi de patronyme au leader prophétique a été phagocytée par le Capital : le « X » révolutionnaire des Black Muslims figure sur des bonnets, casquettes, T-shirts mais aussi, comme le rappelle le théologien James H. Cone, sur des « cadrans de montres, […]
Texte intégral (8146 mots)

Quand Spike Lee fait sienne la figure mythique de Malcolm X, la lettre qui aura servi de patronyme au leader prophétique a été phagocytée par le Capital : le « X » révolutionnaire des Black Muslims figure sur des bonnets, casquettes, T-shirts mais aussi, comme le rappelle le théologien James H. Cone, sur des « cadrans de montres, ventilateurs, réfrigérateurs et cartes à jouer ». Lee envisagera lui aussi de tirer profit de cette récupération en développant un merchandising autour du film, tout comme il n’aura pas hésité à lancer un commerce à son effigie, la boutique Spike’s Joint, toujours en activité.

Le réalisateur a le sens des affaires, c’est le moins qu’on puisse dire. Sa place de maître d’oeuvre du biopic Malcolm X, il l’aura gagnée en ruant dans les brancards, hurlant au tout Hollywood qu’il est le mieux placé pour mettre en scène le parcours du porte-parole charismatique de la Nation of Islam. Il a le capital symbolique pour en imposer. Il ne peste pas en outsider. Lee s’accommode d’ailleurs parfaitement du système : « there’s nothing like it in the world ! »1 a-t-il déclaré. Son « coup » ne déstabilise pas l’industrie qui y voit, après tout, l’opportunité de s’adresser à un public plus large – et tant mieux. Le canadien Norman Jewison, premier choix de la Warner pour tourner Malcolm X, se retire.

Loin de la classe ouvrière

Pour le réalisateur de Do the Right Thing, aucun blanc n’est assez « sensible » pour servir la cause. On tient là l’une des fameuses sorties de « premier concerné » de Lee, ce produit de l’élite sociale déguisé en homme de la rue, ce revendeur de militantisme didactique qui fait la leçon sur qui peut ou ne peut pas prendre en charge la blackness à l’écran. Sait-il que l’un des films préférés de Malcolm X est réalisé par Michael Roemer, un cinéaste allemand, juif, exilé aux États-Unis ? Son superbe Nothing but a man représente la classe ouvrière noire comme Spike Lee ne l’a encore jamais fait.

Il est tentant de spéculer sur les raisons de l’engouement de Malcolm : une romance entre un cheminot et une enseignante afro-américains (loin, donc, de l’horizon libéral-progressiste de l’amour interracial), une intrigue qui se construit autour de la question de la dignité, un regard aiguisé sur les disparités entre Noirs prolétaires et Noirs embourgeoisés, conservateurs, chrétiens, en cheville avec des blancs voulant maintenir le statu quo racial – ces « Oncle Tom » que Malcolm avait en horreur ! En 1964, une telle fibre marxiste ne pouvait s’exprimer que depuis les marges du cinéma indépendant. Si Lee vient de cette frange, il ne lui aura pas appartenu longtemps. 

Une servilité au canon hollywoodien

L’ouverture de Malcolm X est éloquente. Spike Lee, qui a pris l’habitude de jouer dans ses films, est le premier à apparaître à l’écran. On aurait pu s’attendre à ce que sa star, Denzel Washington, le précède. Quand on le découvre, Lee se fait cirer les pompes : il est clair, à travers ce premier plan, que c’est lui qui mène la danse et donne le tempo. L’ample mouvement d’appareil qui nous mène à lui ne reprend que lorsqu’il quitte son jeune shoeshiner pour traverser une grande artère de Boston, haut en couleurs, sapé comme un zoot (zazou, une mode à laquelle le jeune Malcolm sacrifie dans les années 1940). On peut se pâmer devant le lustre de ce plan-séquence. On peut aussi dire qu’il annonce une servilité au canon hollywoodien. Ici, la « vie de réinventions »2 de Malcolm est indexée sur l’histoire du cinéma américain. Un temps fort est associé à un genre. La jeunesse de « Detroit Red », noceur, dealer et cambrioleur, a le côté flamboyant du musical des années 1940-50 ; son Purgatoire avant son éveil spirituel reprend les codes du film de prison, en vogue dans les années 1980-90 ; quant à la représentation de la Nation of Islam, elle flirte avec l’imaginaire du Parrain, avec ses tractations, ses « soldats » tout en abnégation, ses meurtres fratricides.

Denzel Washington (Malcolm X) et Spike Lee (Shorty)

Dans la deuxième partie du film, Lee trouve un moyen frappant d’évoquer la stature divine d’Elijah Muhammad : celui-ci fait une apparition surnaturelle dans la cellule de Malcolm. On comprend que c’est une vue de l’esprit, qui confirme que le dialogue religieux entre le maître et le disciple est engagé, même s’ils ne se sont pas rencontrés. Cette vision ressemble à une théophanie de fresque biblique dispendieuse façon Les Dix Commandements : elle est au futur prophète Malcolm X ce que le buisson ardent est à Moïse. Drôle d’idée quand on connaît la détestation de Malcolm pour le judéo-christianisme, synonyme pour lui d’aliénation, de soumission à une divinité complice de l’esclavage et de l’effacement culturel des Noirs. Il est vrai qu’il n’aura pas pu se familiariser avec une théologie de la libération née à la fin des années 1960 – il meurt au milieu de la décennie. Elle introduit la radicalité du Black Power au sein de l’Église noire, elle refaçonne la divinité à l’aune de l’expérience noire américaine, en en faisant une alliée politique, une compagne de lutte. Même si l’on pourrait rétorquer que Moïse (Moussa) est une figure centrale du Coran, Spike Lee convoque une imagerie plus proche de la Bible, l’un des livres qui aura contribué à établir le canon hollywoodien, avec Shakespeare et la littérature populaire et feuilletonesque du XIXe siècle.

Al Freeman Jr. (Elijah Muhammad) et Denzel Washington (Malcolm X)

Une image peut en cacher une autre

Le monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968)

On peut y voir un symptôme de son époque : Malcolm X est sorti en 1992, soit la même année que Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif. Fredric Jameson y parle du congé donné à l’idée de profondeur, que ce soit dans la peinture, le cinéma ou l’architecture. L’image appelle l’image et dans le cas du cinéma, le real se confond avec le reel3. Une intuition géniale incitera Jameson à voir dans le monolithe de 2001, l’Odyssée de l’Espace la prophétisation d’une nouvelle ère culturelle où tout n’est que surface, platitude, dephtlessness. Le plus grand nom du pop art abonde dans son sens : « Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, vous n’avez qu’à regarder la surface de mes peintures, de mes films, de moi. Me voilà. Il n’y a rien dessous. ». L’imagerie marchande de ses Diamond Dust Shoes se substitue à la glaise des Souliers de Van Gogh, usés, encore lestés du poids du réel, chargés d’un hors-champ : la vie de dur labeur, le travail harassant de la terre.

À gauche, Diamond Dust Shoes d’Andy Warhol (1980). À droite, Les Souliers de Van Gogh (1886)

Tout se passe comme si Spike Lee avait lui aussi cédé aux sirènes de cette postmodernité fin de siècle. En définitive, il n’y a pas loin entre Malcolm X et la manière dont Forrest Gump traversera (en courant) le récit national un an plus tard – son aïeul, dont il est le portrait craché, sort tout droit de Naissance d’une nation de D.W. Griffith, la Guerre du Vietnam est ici moins un fait historique qu’une réminiscence des films sur le sujet, avec leur bande-son rock à l’avenant (Jimmy Hendrix, les Rolling Stones et cie). Ce qui était marquant dans Forrest Gump, c’était aussi cette manière inédite d’intégrer le héros aux archives télévisuelles et, à partir de là, de faire basculer le récit dans l’uchronie. Le film de Spike Lee ne se livre pas à une telle réécriture mais il pense la trajectoire de Malcolm comme une somme d’éléments iconiques que le public aura tout le loisir de reconnaître : les déclarations à la presse, le langage corporel qui accompagne les prises de parole d’un monstre d’éloquence (regard concentré, index levé et posé près de l’oreille), le pèlerinage à la Mecque, Malcolm armé d’un M1 Carabine quand sa vie est en danger. Les agents du FBI qui prennent « le démagogue irresponsable » en filature jusque sur le continent africain sont eux aussi des faiseurs d’images : ils « shootent » Malcolm de loin. Ce sont des filmeurs embusqués.

À gauche, Malcolm X photographié à Harlem par O’Neal L. Abel (1964). À droite, Malcolm, armé, dans sa maison (1964)

La rivalité entre les mastodontes Malcolm X et JFK d’Oliver Stone, dont on a tant parlé à l’époque, se joue aussi sur ce terrain : celui du pastiche, de la refabrication mimétique. Il faut se demander avec Baudrillard s’il n’y a pas là une sorte de « crime parfait » dont ces œuvres se sont rendues complices alors même que le meurtre était leur grande affaire, le dossier qu’elles entendaient instruire. Le meurtre en question, le voici : le cinéma a supplanté le réel, il l’imite si bien que nous pouvons continuer de croire à son existence, sans savoir que sous la chair du plan, sous sa surface, gît un cadavre. En un sens, James Baldwin ne se trompait pas : toute adaptation hollywoodienne de L’Autobiographie de Malcolm X équivaudrait à un « deuxième assassinat ». Dans l’imaginaire collectif, le visage du leader n’a-t-il pas fini par se confondre avec celui de la star de cinéma Denzel Washington ?

Pacte faustien

En définitive, Malcolm X rend compte de la montée en puissance de Spike Lee mais aussi de l’embourgeoisement – voire de l’essence bourgeoise – de son cinéma. L’extraction sociale du réalisateur se devine d’ailleurs dans l’ambiance « Ivy League » de School Daze, son deuxième long métrage, tout comme dans la bohème chic dans laquelle grandit le saxophoniste de Mo’ Better Blues. Mais on ne peut pas le lui contester : au début des années 1990, Lee est en effet bien placé pour réaliser Malcolm X ; on pourrait même penser qu’il s’y préparait depuis longtemps. Le début de sa filmographie est émaillé de références à Malcolm. On voit ce dernier en photo et on le mentionne dans School Daze. Le carton final de Do the Right Thing réunit les propos « non-violents » de Martin Luther King Jr, et les déclarations de sa (supposée) Némésis sur la nécessité pour les Noirs de se défendre, de réaffirmer leur dignité « par tous les moyens nécessaires ». Pour Lee, il s’agit moins de renvoyer ces deux approches dos à dos que de les mettre en tension, avec l’idée que Martin et Malcolm formeraient une sorte de Janus de la révolution noire américaine des années 50-60. Mais il y a le revers de la médaille : plus on avance dans l’oeuvre de Lee avant Malcolm X, plus il s’entiche de la grande forme hollywoodienne, plus les aspirations et enjeux s’individualisent – art, amour et argent forment la sainte trinité des héros de Lee. La révolution que l’Amérique noire appelait de ses vœux peut attendre…

Spike Lee dans Do the right thing, 1989 (photo : David C. LEE)

Dans Malcolm X, les masses se résument à une clameur anonyme, à une horde de figurants mettant en valeur le luxe de la production value. Lee n’aspire à rien d’autre qu’à donner chair à la figure héroïque et humaniste qui se dessine en filigrane dans L’Autobiographie co-écrite avec Alex Haley4 : du pain béni pour cette « usine à rêves » dans laquelle Malcolm voyait une manufacture de mensonges, une fabrique de personnages noirs oncletomisés. A ce titre, l’entente entre Lee et le producteur Marvin Worth, le propriétaire des droits L’Autobiographie à partir de 1967, est révélatrice : le réalisateur chante les louanges de son collaborateur dans un documentaire consacré à la genèse du film.

À droite, Malcolm X photographié par Gordon Parks (1963)

Malcolm par Baldwin : le biopic impossible

Worth est l’homme qui découragea James Baldwin dans ses efforts de porter la vie de Malcolm à l’écran. Ce dernier pressentit la nature diabolique, faustienne de cette expérience avant même d’écrire une seule ligne. Comme il l’écrit dans Chassés de la lumière : « L’idée que Hollywood puisse faire une œuvre honnête sur Malcolm ne pouvait que paraître saugrenue. Et pourtant – je ne voulais pas passer le restant des mes jours à me dire : ça aurait pu être fait si t’avais pas été si froussard. Je sentais que Malcolm ne m’aurait jamais pardonné pour ça. Vivant, il avait confiance en moi et j’estimais qu’il me faisait encore confiance, mort, et cette confiance, en ce qui me concerne, m’obligeait. ».

Dans son scénario, Baldwin organise une structure complexe, faite d’enchâssements successifs, d’allers-retours dans le temps. Elle est anti-hollywoodienne, plus proche des cinémas de la modernité européenne ou du Nouvel Hollywood que du classicisme adopté par Lee. Le montage aurait parachevé l’image diffractée de Malcolm et en cela représentative de sa complexité. Il avait « tant de noms » rappelle Baldwin à plusieurs reprises : Malcolm Little, Detroit Red, Malcolm X, Omowale (« le fils qui est revenu »), Al-Hâjj Mâlik al-Shabazz الحاج مالك الشباز . Ce récit deviendra l’ouvrage Le jour où j’étais perdu. A l’instar de Worth, Spike Lee trouve lui aussi la chose confuse. Il en fait cas mais il veut la retravailler. Il privilégiera la linéarité, l’approche chronologique, malgré quelques flash-backs inclus ici et là. D’une durée ogresque, comparable à celle de JFK, Malcolm X est une courbe instable avec ses creux et ses pics. Le film souffre des travers inhérents au biopic, ce compromis entre la page Wikipédia et la nécro – le genre rappelle que le récit d’une vie n’a d’extrémités que celles que la mort peut offrir. Paradoxe du biopic : il opère depuis la tombe et, depuis vingt ans, il est l’un des genres les plus vivants qui soit.

Le patrimoine au détriment de la vérité

Il y a un monde entre un James Baldwin qui a vécu dans le ghetto et fréquenté les sommités de la révolution noire américaine et un Spike Lee issu des classes aisées qui gère la chose en business man, en cinéaste-notaire garant des intérêts moraux et financiers des héritiers. En se plaçant sous l’autorité de Betty Shabazz, créditée comme consultante, il se préoccupe moins de cinéma que de patrimoine. Cela relèverait de l’anecdotique si la mainmise de l’épouse n’engendrait pas deux choix significatifs : le couple Betty-Malcolm s’en trouve idéalisé, tandis que la sœur Ella Collins est reléguée dans le hors-champ, alors qu’elle fut un soutien moral et financier de premier plan. C’est elle qui fut la mécène du Hajj de Malcolm, que le film reconstitue avec grandeur, en marchant sur les traces de l’immense fresquiste David Lean. Si Ella est absente du film, c’est parce que Betty la déteste : « Je n’ai aucun respect pour cette femme » déclarera-t-elle au Boston Globe en 1992. De son côté, Ella pense que « Spike Lee ne recherche que l’argent et le prestige. Il n’y connaît rien ».

Malcolm Little (à gauche), deux femmes inconnues et Ella Little-Collins (à droite) à Franklin Park, Roxbury.

La mésaventure baldwinienne nous enseigne que tout commerce entre la question « Malcolm X » et Hollywood doit susciter la plus grande méfiance. C’était le cas dans les années 1960, quand l’industrie envisagea un Charlton Heston tout en blackface pour le rôle principal.

De gauche à droite : Charlton Heston, Harry Belafonte, James Baldwin et Marlon Brando
à la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté (1963)

C’est encore le cas trente ans plus tard, quand Lee donne l’illusion de retravailler l’image de Malcolm à l’aune des luttes présentes : dans le générique de début, le tabassage de Rodney King par la police se juxtapose à la rhétorique incendiaire du « brillant prince noir ». En alternance, le « X » légendaire se forme à la faveur de l’embrasement du drapeau américain. La prochaine fois le feu ! semble promettre cette ouverture saisissante, quand en réalité elle se contente d’attraper l’actualité brûlante au vol, pour créer un choc de courte portée5.

Rodney King lynché par la police de Los Angeles en 1991 (photo : Kevork Djansezian)

Pendant ce temps, l’Amérique noire s’enflamme, le conservatisme de l’administration Bush père tente de saccager le Civil Rights Act de 1964, arguant que la minorité a droit à moins d’égards que la majorité, et ce après huit années de reaganisme délétère pour les couches les plus pauvres de la communauté noire. C’est cette indignité permanente qui relança l’intérêt pour Malcolm X du côté des classes populaires, tandis que celui pour Martin Luther King Jr. déclinait. La deuxième insurrection de Watts, déclenchée par les violences suprémacistes subies par Rodney King, est le signe que l’Amérique n’a pas les moyens de s’offrir la color-blindness dont rêvent les hautes instances, au prétexte que des icônes comme Michael Jordan ou Michael Jackson arrivent bien, elles, à transcender les barrières raciales.

Quand il fait appel à des stars de cet acabit pour boucler le budget de Malcolm X, Spike Lee est héroïque parce qu’il peut se le permettre. Il vit dans un luxe auquel Malcolm lui-même n’aura pas goûté, si ce n’est au cours de ses voyages visant à internationaliser la lutte. Portée devant l’ONU, la cause avait une autre gueule : il n’était plus question de « droits civiques » mais de droits humains et, en se rapprochant des pays africains libérés, il s’agissait de subvertir la ligne de partage. Dans la perspective du panafricanisme, les Noirs des États-Unis ne forment plus une humanité minoritaire, et l’Islam, pratiqué dans les nations-sœurs, n’est plus une spiritualité de troisième catégorie. Le film ne dit rien de cette révolution aux accents décoloniaux qui n’a pu ou n’a su se matérialiser. La mort de Malcolm est passée par là, et le soutien qu’on lui apporta fut tout relatif. Son retour sous les traits d’un autre acteur dans un autre film pose toutefois une question à laquelle il faut tenter de répondre : à défaut d’une révolution en acte, pourrait-on envisager une manière proprement révolutionnaire de faire du cinéma ?

Malcolm nouveau millénaire

Si le film de Spike Lee ne représente pas l’alpha et l’oméga du cinéma de Malcolm X (ce n’est pas ce qu’on lui demande), il s’impose comme une étape majeure dans la grande séquence de « reconstruction de l’image posthume » du leader prophétique, initiée dès les années 1960 avec le jazz. Ne remettons pas en question son statut de monument culturel : c’est grâce à Spike Lee que, pour la plupart, nous avons découvert une telle figure, non en lisant des ouvrages sur le sujet.

Revenons maintenant sur la timeline du cinéma de Malcolm X : il y a le précédent baldwinien déjà évoqué, il existe un documentaire réalisé en 19726 et il y aura en 2001 le Malcolm X figurant dans le biopic Ali. Cette présence appelle quelques commentaires. La démarche relève à la fois de la rupture et de la continuité : Ali ne serait pas ce qu’il est sans Malcolm X. Ce qui est fait n’est plus à faire ; c’est parce que Spike Lee a pavé le chemin que Michael Mann a les coudées franches et peut réinventer Malcolm, l’éclairer sous une autre lumière. 

Ali, c’est d’abord une scène d’exposition aussi longue qu’époustouflante. Elle est bâtie autour d’une « sainte trinité ». Chaque pilier de cette trinité fait ce qu’il sait faire : Mohammed Ali court et boxe, Malcolm X prêche de ne pas tendre l’autre joue, Sam Cooke chante et fait chavirer les coeurs. En s’appuyant sur la musique du soulman, en pleine performance au Copacabana, Mann dessine un portrait vibrant et incarné de l’Amérique noire des années 1960. A l’ivresse procurée par la soul music et le montage, d’une extrême fluidité, s’ajoute cette idée folle consistant à insérer des plans tournés en caméra DV. Ils montrent les foulées d’Ali sous un ciel nocturne presque hostile, en adéquation avec le sentiment provoqué par le passage d’une voiture de police (l’un des deux flics interpelle l’athlète d’un « son»7  bien paternaliste). Ici, la texture numérique fait l’effet d’un coup de tonnerre, d’une greffe inhabituelle et qui prend instantanément. Le concentré de Black History imaginé par Mann se présente sous une forme hybride que personne n’avait osé proposer.

Sam Cooke, chanteur et militant pour les droits civiques,
assassiné par balle dans des conditions mystérieuses en 1964 dans un motel californien

A nouveaux siècle et millénaire, nouveau cinéma ? Il est permis de le penser tant le geste de Mann est radical : d’un côté, réaliser une œuvre à l’effigie d’un Black Muslim et membre de la Nation of Islam dans l’immédiat après-11 septembre, alors qu’on entre dans un nouvel âge de l’islamo-arabophobie, et, de l’autre, imaginer un dispositif de mise en scène révolutionnaire qui célèbre la culture noire américaine dans toutes ses strates – spirituelle, sociale, artistique, politique. Quand il aspirait à être un documentariste et non ce styliste que l’on connaît désormais, Mann a filmé mai 68 (Insurrection, toujours invisible), il s’est imprégné de la pensée des Black Panthers. Plus tard, la blackness fera partie intégrante de son oeuvre. Mann ne pouvait pas ignorer la postmodernité – ou ne pouvait pas être ignoré d’elle – mais il la prendrait par le col, en pointant l’accès à la fortune comme une aliénation de classe. Chez Mann, on s’enrichit à la manière de Faust, au détriment du principe de réalité. Mann donnerait à ses « mirages contemporains » (Jean-Baptiste Thoret) une couleur marxiste, nourrie par ses lectures et par une culture politique qui est celle de sa jeunesse – les années 1960-70. Aussi, à bien des égards, Ali apparaît comme un retour aux sources.

Comme l’annonce la séquence d’ouverture, l’une des arches narratives d’Ali est la relation entre Malcolm X et Mohammed Ali, alors qu’elle était l’un des angles morts du biopic de Spike Lee. Ce lien fraternel est connu du public mais il trouve ici une expression renouvelée, grâce à la présence magnétique de l’acteur  qui interprète de Malcolm, Mario Van Peebles, lui-même légataire d’une histoire au confluent du cinéma et des luttes noires (il est le fils de Melvin Van Peebles, réalisateur de Sweet Sweetback’s Baad Asssss Song et musicien). Le Malcolm de Lee prenait forme laborieusement, sur la durée, par accumulation. Pour donner une identité forte à celui d’Ali, il s’agit cette fois de procéder par soustraction, en faisant beaucoup en peu de temps. Mario Van Peebles apparaît durant les cinquante premières minutes, jusqu’au moment où Mann se confronte à son tour à la reconstitution de la tragédie du 21 février 1965. Elle ne souffre pas de la comparaison avec le film de Spike Lee. Mann est rivé à Malcolm, à son point de vue, à son corps, à son regard. Il saisit avec force le moment où la vie le quitte, il a l’intelligence de reléguer hors-champ la préparation du meurtre et l’identité des tueurs, encore incertaine. Ce point aveugle est une belle manière de rendre compte de l’inachevé de l’oeuvre politique de Malcolm, en même temps qu’elle laisse entrevoir la vaste trame dans laquelle fut prise sa mort précoce8. Le cinéma de Mann baigne dans l’imaginaire du film de complot post-JFK et Ali ne déroge pas à la règle. 

 Mario Van Peebles (Malcolm X) dans Ali de Michael Mann (2001)

Une figure centrale

            On se souvient que James Baldwin ouvrait son adaptation de l’Autobiographie avec la mort de Malcolm. Dans la première page, il précisait qu’on entend une « musique soul ». Laquelle ? Avait-il en tête l’hymne « A Change is Gonna Come » ? C’est ce que laissent penser les choix de Spike Lee et de Michael Mann, frappants dans leur similitude autant que par leur différence. Lee intègre l’original de Sam Cooke lorsque Malcolm se rend en voiture vers une mort certaine (l’Audubon). Le moment est solennel. Éteint, épuisé, l’homme n’est déjà plus. Mann opte, lui, pour une reprise live d’Al Green. Le contexte d’apparition du morceau est légèrement différent : il saisit les réactions, le contrechamp émotionnel du drame. Informé par un piéton en furie, Mohamed Ali immobilise son véhicule. Même s’il avait tourné le dos à un Malcolm tombé en disgrâce, le boxeur Black Muslim est envahi par la tristesse et la colère.

            Les résonances entre les deux films appellent une dernière remarque : depuis les années 1990, l’univers audiovisuel autour de Malcolm X a généré ses propres patterns. Angela Bassett, qui interprète Betty Shabazz chez Lee, remet ça dans Panther de Mario Van Peebles. Chez Mann, le rôle d’Elijah Muhammad est confié à Albert Hall, lequel jouait Baines, l’homme qui éveille Malcolm Little à la sagesse islamique dans Malcolm X. Plus récemment, c’est l’excellent Nigel Thatch qui prête ses traits et sa voix rauque idoine au porte-parole de la Nation of Islam dans la série Godfather of Harlem, après avoir convaincu dans Selma d’Ava DuVernay. La création de Thatch est remarquable, et elle gagne en profondeur en s’inscrivant dans la répétition du récit sériel. Difficile de savoir s’il faut s’agacer ou se réjouir de ces doublons. Ils figent les représentations, ils se situent à l’opposé de ce que l’homme incarnait – la réinvention de soi. En même temps, ces doublons donnent chair à l’idée qu’il avait plusieurs visages, ils témoignent de l’intérêt renouvelé pour Malcolm.

À gauche, Angela Bassett (Betty Shabazz) et Denzel Washington (Malcolm X). À droite, affiche de Panther de Mario Van Peebles (1995)

Son centenaire ainsi que la nouvelle traduction française de son Autobiographie arrivent dans un moment d’intense islamophobie et arabophobie, et de centralité de la lutte palestinienne. Il faut combattre l’une et il faut embrasser l’autre, il en va de notre âme : « A travers Malcolm X, nous reconnaissons ce que nous sommes et nous reconnaissons nos espérances. Chaque indigène partage un peu de sa fierté retrouvée et recouvre sa dignité. Le portrait de Malcolm X accroché à un mur incite à la résistance. Et à ce titre, la figure mythique de Malcolm X est essentielle. » écrit Sadhi Khiari. Il faut réinvestir Malcolm. Nous avons encore besoin de lui.

Malcolm X dessiné par Sadri Khiari (2014)

Pour prolonger


  1. « Il n’y a rien de comparable au monde ! » ↩
  2. J’emprunte l’expression à Manning Marable, à qui je dois également la formule de « reconstruction posthume de son image », mobilisée dans cet article. ↩
  3. En anglais, ces deux mots désignent respectivement la « réalité » et la « bobine de film ». bell hooks reprendra cette confusion à son compte en intitulant son premier ouvrage sur le cinéma Reel to Real. Race, Class and Sex at the Movies.   ↩
  4. Il faut préciser que cet auteur républicain n’a été ni un compagnon de lutte, ni un complice pour Malcolm. Il est moins mû par des convictions politiques que persuadé de collaborer à un ouvrage au fort potentiel commercial. ↩
  5. Les événements surviennent le jour d’une projection-test de Malcolm X. Lee prendra acte sur la table de montage. ↩
  6. Malcolm X d’Arnold Perl est constitué exclusivement d’images d’archives. Le résultat est concis, efficace et au final poignant. Car l’éloquence jazzy, les discours incendiaires, les traits amaigris, l’humour et le large sourire même dans la pire des adversités sont ceux du vrai Malcolm. Qui peut rivaliser avec ça ? Il est évident que cette adaptation purement documentaire de l’Autobiographie a constitué une base de travail pour Spike Lee (et pour un Denzel Washington plus investi que jamais). Les deux films privilégient la linéarité et ils se terminent avec la superbe oraison funèbre d’Ossie Davis qualifiant Malcolm de « brillant prince noir ». ↩
  7. « Fils », en anglais, qu’on peut traduire ici par « petit » ↩
  8. Le mystère autour de la mort de Malcolm X perdure. Elle ne se résumerait pas à des représailles sanglantes de la part de la Nation of Islam ou de quelques-uns de ses membres ayant agi de manière isolée, dévorés par le ressentiment. En 2024, ses filles ont porté plainte contre le FBI, la CIA et la police de New-York pour complicité de meurtre. Il semble que l’herméneutique de son martyr ait encore de beaux jours devant elle. ↩
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