
10.01.2026 à 10:53
Euryale
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Derrière ces gestes simples se cache une longue histoire de luttes politiques, de propagande et de contre-information. Du photomontage communiste des années 1930 à la presse alternative des années 1970, Max Bonhomme et James Horton retracent un siècle d’images militantes.
Affiches, journaux, cartes postales et tracts deviennent des armes visuelles. Une plongée dans la culture graphique des révoltes modernes.
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Les portraits détourés de nos deux invités ; une image de fond qui évoque le thème de l’émission ; le titre, le nom de l’émission en texte ; le logo et la charte graphique d’Au poste. La vignette qui accompagne cette annonce pour ma prochaine émission « Du passé faisons table basse » est un photomontage.
Or les photomontages ont une longue histoire, et ce, avant Photoshop. Une histoire marquée à gauche qui plus est !
Pour en parler, j’ai convoqué Max Bonhomme et James Horton. Tous deux ont contribué (le premier ayant même co-organisé) à la magnifique exposition à La Contemporaine (Nanterre) et à son catalogue : Couper, coller, imprimer (éditions Anamosa). Je les cuisinerai sur cette technique graphique, cet art politique international du photomontage qui accompagne les grandes luttes politiques du XXe siècle, du Göring en boucher de John Heartfield aux collages critiques de la presse radicale des années 70, en passant par les constructivistes soviétiques, les Unes de Regards, les almanachs paysans et ouvriers des années 30, les affiches en soutien aux républicains espagnols (et républicaines espagnoles), mais aussi les récupérations fascistes. Alors qu’aujourd’hui des collectifs de graphistes excellent dans l’art de représenter et booster nos luttes (je pense notamment à Formes de Luttes), les photomontages d’hier éclairent ceux du présent.
Mathilde Larrère
Le photomontage contemporain, des affiches militantes aux mèmes numériques, prolonge ces traditions en continuant à « faire violence à l’image » pour attaquer symboliquement le pouvoir
Le photomontage est défini comme une technique graphique reposant sur l’assemblage d’images photographiques préexistantes afin de produire « un troisième sens », issu du montage et de la confrontation visuelle
L’histoire du photomontage politique est indissociable de l’imprimé, de la presse illustrée, de l’affiche et de la carte postale, supports essentiels à sa diffusion massive
Les premières sources permettant d’étudier ces images sont souvent issues de la surveillance policière, notamment « les services de surveillance » et les archives conservées aux Archives nationales
Dans les années 1920-1930, le photomontage est pensé comme une arme politique, notamment dans l’Allemagne de Weimar, avec John Heartfield et la revue Arbeiter-Illustrierte-Zeitung tirant jusqu’à « 400 000 exemplaires »
Le photomontage permet de « tourner en dérision l’idéologie, les figures politiques » et de rendre la presse militante populaire, visuelle et accessible
La guerre d’Espagne donne lieu à une production graphique intense où artistes et militants collaborent pour produire affiches et appels internationaux à la solidarité
Dans les années 1960-1970, la presse alternative renouvelle le photomontage à travers le collage, l’offset, le grand format et des mises en page anarchiques issues de la contre-culture
Les journaux alternatifs sont conçus comme des espaces de convergence des luttes, mêlant antiracisme, féminisme, anti-impérialisme et libération sexuelle
Les pratiques graphiques révèlent des tensions internes aux mouvements, notamment sur les questions féministes, menant à la création de journaux autonomes comme Le Torchon brûle
08.01.2026 à 20:21
Hélène Assekour
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Science, pesticides, climat : derrière le vernis du consensus, une mécanique bien huilée fabrique le doute. Comment les industriels, avec l’aide de relais médiatiques, ont appris à instrumentaliser la science contre l’écologie. Stéphane Foucart démonte les stratégies, les mensonges et les conflits d’intérêts qui minent le débat démocratique.
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Les pesticides sont-ils dangereux pour la santé humaine ? Pour les abeilles ? Le dérèglement climatique est-il dû à l’activité humaine ?
Pour les industriels de la chimie, de l’agroalimentaire ou des énergies fossiles, il est nécessaire d’entretenir le doute sur ces questions, et ainsi retarder la mise en place de mesures de restrictions ou d’interdictions de leurs produits par les pouvoirs publics.
Si les tromperies et le lobbying auprès des autorités sont des stratégies rodées depuis des décennies, ils prennent aujourd’hui de nouvelles formes, en propageant des éléments de langage sous les atours de la défense de la « bonne science ». Dans un formidable retournement, ce sont alors les écologistes qui sont accusés de désinformation, tandis qu’amateurs de science et sphères rationalistes se font le relai des messages des industriels.
Stéphane Foucart est journaliste au Monde, où il couvre l’actualité des sciences de l’environnement. Avec Stéphane Horel, il a révélé les Monsanto Papers qui dévoilent les pratiques d’intimidation, de fraude scientifique et les campagnes d’influence du géant de la chimie agricole. Dans ses livres, notamment Les gardiens de la raison, co-écrit avec Stéphane Horel et Sylvain Laurens, il enquête sur la façon dont les industriels instillent le doute sur les questions écolos en détournant les principes scientifiques.
La science est utilisée comme arme politique : «ce n’est pas défendre la science, c’est instrumentaliser son autorité pour empêcher la prise de conscience collective».
La controverse sur les pesticides ne porte pas sur leur dangerosité intrinsèque mais sur «la question est de savoir dans quelle mesure est-ce qu’ils représentent un risque pour les humains ou pour l’environnement aux doses auxquelles ils sont utilisés».
Les agences réglementaires s’appuient sur des données produites par les industriels eux-mêmes : «toute la production de connaissances destinée à permettre l’autorisation de mise sur le marché est à la main des industriels».
La différence entre le CIRC et les agences ne relève pas d’une divergence scientifique mais de sources opposées : «le CIRC se base uniquement sur la littérature scientifique publiée», tandis que «les agences réglementaires se fondent sur des tests toxicologiques produits par les industriels et qui sont secrets».
Le secret des affaires empêche l’accès démocratique à l’évaluation des risques : «on a tous dans notre organisme des substances dont on n’a pas le droit de savoir comment elles ont été évaluées».
Les formulations commerciales des pesticides ne sont pas évaluées à long terme : «les produits formulés ne sont pas évalués dans des tests chroniques comme les substances actives».
L’histoire des pesticides montre un échec structurel : «tous les produits autorisés à un moment ou un autre sortent du marché parce qu’il se passe quelque chose qu’on n’avait pas anticipé».
L’argument «corrélation n’est pas causalité» impose un seuil de preuve inatteignable : «on ne pourra jamais démontrer la causalité dans le monde réel».
La rhétorique «danger versus risque» est une construction industrielle : «le point de désaccord n’est pas danger et risque, c’est danger et danger».
Les Monsanto Papers révèlent des pratiques de ghostwriting scientifique : «des articles étaient écrits par Monsanto puis signés par des chercheurs du monde académique».
06.01.2026 à 11:20
David Dufresne
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Le spectre du narcotrafic hante l’Europe. A Marseille, on tue pour un coin de rue. A Amsterdam, on réinvente les grands commerçants voyageurs des siècles passés. Les trafics redessinent les quartiers, organisent les vies, infiltrent les institutions, défient les États.
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La bien connue de nos services Clara Martot Bacry, co-autrice de Marseille sous emprise. Comment la drogue s’empare d’une ville (Éditions Hors d’atteinte, à paraître le 9 janvier), et Christophe Bouquet, co-réalisateur du documentaire Narcotrafic, le poison de l’Europe (diffusé ce soir sur Arte), croisent ici leurs regards.
L’une a arpenté les rues de Marseille pendant trois ans avec Coralie Bonnefoy et Benoît Gilles pour une enquête de terrain sans précédent, à 360°. Leur livre rassemble les dix-sept articles de la série publiés dans Marsactu et des textes inédits. Il y est question de shit, de crack, de points de deal éphémères, de personnes ayant survécu à des blessures par balles, de DZ Mafia et de détention, mais aussi de la domination physique, sociale et culturelle que le trafic exerce sur les individus.
L’autre raconte comment l’histoire du narcotrafic se fond dans celle du capitalisme et du colonialisme. Avec son comparse Mathieu Verboud, Christophe Bouquet a suivi les flux, les routes, les complicités souterraines d’un marché global, ultra-libéral et ultra-efficace: le narcocapitalisme.
05.01.2026 à 09:15
David Dufresne
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Le Venezuela bombardé, Maduro enlevé, la sidération comme arme politique.
Christophe Ventura décrypte une opération américaine sans précédent en Amérique du Sud, où pétrole, Chine et restauration impériale s’entremêlent.
En miroir, Simon Grysole raconte comment enquêter sur le pouvoir local peut mener au tribunal.
Deux récits, un même fil rouge : la brutalisation du politique et la pression croissante sur l’information indépendante.
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Trump, sans foi ni loi, sans surmoi ni limite, a-t-il déclaré la guerre au monde entier, en bombardant Caracas? Que penser de la capture de Maduro, et de la mise en scène mondiale des bombes sur le Vénézuela. Pour cette première matinale 2026, France Déter est fier d’avoir reçu Christophe Ventura, journaliste du Monde Diplomatique, fin connaisseur de l’Amérique latine, auteur notamment ce mois-ci de M. Trump, pirate des Caraïbes. Et à 8h30, Simon Grysole du journal l’Empaillé, attaqué pour «injure» par le directeur de la police municipale de Perpignan (audience jeudi), était avec nous pour nous narrer les tenants et les aboutissants d’une sale procédure.
Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. «France Déter» accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent. C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!
L’intervention américaine à Caracas marque une rupture historique : « c’est la première fois que les États-Unis militairement interviennent directement sur un territoire sud-américain », avec un déploiement aérien massif et une opération éclair visant l’enlèvement de Nicolas Maduro. Ventura décrit une action préparée de longue date, fondée sur un maillage militaire régional et un renseignement infiltré au plus haut niveau de l’État vénézuélien.
L’effet recherché est aussi médiatique que militaire : « tout est minutieusement calibré et scénarisé », afin de focaliser l’attention sur la performance technologique et non sur le fond stratégique de l’opération. Trump revendique lui-même cette logique spectaculaire en parlant d’une opération faite « pour faire de la good television ».
Le cœur du conflit dépasse largement le Venezuela : « cette opération s’inscrit dans une stratégie de restauration impériale des États-Unis en Amérique latine », avec un objectif central de containment de la Chine. Ventura souligne que Pékin est désormais le premier partenaire commercial de la majorité des pays sud-américains.
Le pétrole vénézuélien est un levier clé mais non unique. Depuis Chavez, Caracas a diversifié ses alliances énergétiques, et « aujourd’hui, 80 % du pétrole vénézuélien part en Chine », y compris via des circuits de contournement des sanctions. Les sanctions américaines ont, selon Ventura, produit mécaniquement contrebande et flottes fantômes.
Le régime de Maduro ne relève pas d’une dictature classique : « on ne peut pas qualifier Nicolas Maduro de dictateur », mais d’un pouvoir devenu autoritaire sous pression constante. L’autoritarisme est décrit comme « à géométrie variable », fonction directe des ingérences extérieures et de la conflictualité interne.
L’exode de huit millions de Vénézuéliens s’explique d’abord par l’effondrement économique : « le pays a perdu 75 % de son PIB en dix ans ». Ventura insiste sur le rôle déterminant des sanctions énergétiques américaines dans l’asphyxie du pays.
La lutte contre le narcotrafic sert de justification permanente à l’ingérence : « Trump considère qu’il faut détruire l’offre pour faire disparaître le problème », une logique jugée illusoire après des décennies d’échec. La demande mondiale, et d’abord américaine, demeure le moteur central du trafic.
À Perpignan, Simon Grysole (du journal L’Empaillé) décrit une autre forme de pression : « ce procès est une procédure bâillon », visant à épuiser financièrement et humainement un média indépendant. L’attaque judiciaire porte sur un détail lexical, révélateur selon lui d’une volonté d’intimidation.
L’article incriminé documente un dispositif policier agressif et médiatisé, mais « ils veulent nous faire perdre du temps et de l’argent », pas débattre du fond. Grysole souligne que d’autres enquêtes, plus sévères encore, n’ont pas été poursuivies lorsqu’elles venaient de médias plus puissants.
30.12.2025 à 11:36
David Dufresne
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Spéciale dernière de l'année! Avec une grosse (et belle) surprise! Comment Au Poste compte maintenir son cap pour sa cinquième année !
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Dernière émission de l’année, moment charnière pour Au Poste. On déroule la refonte complète du site et un nouveau modèle mêlant dons et abonnements. Un plaidoyer pour le direct, le temps long et un journalisme affranchi des logiques industrielles.
Rappel du principe fondateur d’Au Poste et du direct : «Nous sommes les seuls à être toujours toujours toujours en direct» et refus du montage comme norme éditoriale.
Analyse du financement de la presse et de son histoire : «La presse n’est pas une marchandise comme les autres» et rappel du rôle de la Révolution française et du Conseil national de la Résistance.
Critique du système des aides à la presse en ligne : enveloppe figée, logique de concentration, inégalités structurelles entre petits médias et grands groupes.
Positionnement clair face aux plateformes : «On refuse les titres racoleurs», «On refuse les vignettes putaclics», «On refuse la systématisation des thèmes».
Explication de l’invisibilisation algorithmique : refus de la publicité, refus des abonnements plateformes, coût économique assumé pour préserver l’indépendance.
Présentation détaillée de la refonte du site : abandon de WordPress, CMS maison, accélération massive du chargement, meilleure indexation et autonomie technique.
Mise en valeur du travail éditorial invisible : verbatims complets, sources, liens, citations issues du tchat intégrées aux pages des émissions.
Annonce du nouveau modèle économique : coexistence dons défiscalisés et abonnements non défiscalisés mais stratégiques pour les aides à la presse.
Conclusion sur la responsabilité collective : «La riposte, c’est vous», mutualisation des moyens, appel à soutenir selon ses capacités sans culpabilisation.
28.12.2025 à 12:42
David Dufresne
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Au Poste dresse le bilan de son année 2025. Un média sans publicité, sans sponsor, sans stratégie dictée par les algorithmes, sans vignettes putaclics, sans titres racoleurs, financé quasi exclusivement par sa communauté. Moins de lives, mais mieux produits. Plus d’invité·e·s, plus de temps long, et le refus de la course à l’audience. Une réflexion assumée sur l’indépendance, ses limites, son coût et sa nécessité démocratique.
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Qu’avons-nous fait pendant 183 lives en 2025? De quoi avons-nous causé ensemble, comment la saison s’est déroulée pour Au Poste et sa commu? Qu’a-t-on raté, réussi, entrevu? Et pourquoi on compte bien continuer! Live spécial du dimanche!
Au Poste revendique une ligne claire : « un travail dans la durée, sans sponsor, sans publicité, sans effet de buzz, sans vignette putaclic, sans titre racoleur. »
Le choix du temps long est présenté comme une arme politique : « On a pris le temps long et le temps long, à mon sens, est une arme contre le pouvoir. »
La transparence financière est assumée comme un devoir : « Ce média indépendant n’existe que grâce à vous, donc la moindre des choses, c’est qu’on fasse ensemble notre bilan annuel »
La réduction du nombre de lives répond à une réflexion stratégique : « On a décidé de réduire un peu la voilure pour essayer de les produire au mieux. »
Le refus de la croissance infinie est explicitement formulé : « La croissance infinie n’est pas soutenable, y compris pour un média indépendant. »
Les plateformes sont identifiées comme un problème structurel : « Les plateformes de diffusion dévalorisent tout ce qui est politique, et Au Poste est 100 % politique. »
Le financement par le public est décrit comme un choix politique : « 95 % de notre financement vient de vos dons, sans intermédiaire, sans dépendance publicitaire. »
Le site et la newsletter sont pensés comme des outils d’autonomie : « Pas d’algorithme, pas d’intermédiaire, c’est stratégique pour notre liberté. »
Le média refuse la logique du buzz facile : « Si on voulait cartonner, il suffirait de faire des émissions constamment sur Macron, ou Bardella, avec leur nom en majuscules. Hors de question de jouer à ce jeu. »
La conclusion affirme le sens du projet : « Ce bilan ne raconte pas une success story, il raconte la possibilité de tenir un média indépendant sans renoncer. »