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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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14.01.2026 à 07:00

Un ex-ministre guinéen, condamné dans l’affaire du massacre du stade, décède en prison

Human Rights Watch

Le colonel Claude Pivi, ancien ministre guinéen chargé de la sécurité du Président, et l’un des hommes reconnus coupables lors du procès historique des viols et des meurtres commis en Guinée en 2009, serait décédé de cause naturelle à l’hôpital le 6 janvier 2026, alors qu’il était en détention.

Le 31 juillet 2024, un tribunal guinéen a prononcé son verdict concernant le massacre du 28 septembre 2009, au cours duquel les forces de sécurité avaient attaqué des manifestants pacifiques dans un stade de Conakry, capitale du pays. 150 personnes étaient alors décédées, et de [très ] nombreuses femmes avaient été violées. Les juges ont reconnu l’ancien président autodéclaré Moussa Dadis Camara, ainsi que sept autres personnes, dont Claude Pivi, coupables de crimes contre l’humanité, et les ont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de 10 ans à la perpétuité. 

Click to expand Image Le colonel Claude Pivi, qui était alors ministre chargé de la sécurité du président de l’époque Moussa Dadis Camara, photographié sur la place des Martyrs à Conakry, en Guinée, le 2 octobre 2009. © 2009 Seyllou/AFP via Getty Images

Suite au récent décès de Claude Pivi, et à la libération en mars 2025 de Dadis Camara, gracié par par l’actuel président Mamady Doumbouya, six hommes reconnus coupables en raison du rôle qu’ils ont joué dans le massacre sont toujours en prison. Cependant, la grâce accordée à Dadis Camara est incompatible avec les obligations incombant à la Guinée en vertu du droit international, et pourrait constituer une violation du droit des victimes à une réparation effective.

Les victimes des crimes commis le 28 septembre, tout comme les personnes reconnues coupables et toujours détenues, attendent encore les audiences d’appel, qui ont pris beaucoup de retard, ainsi que des avancées en matière de réparations.

Il y a toutefois eu quelques avancées dans le cadre de procédures judiciaires distinctes engagées contre d’autres suspects dans le massacre du 28 septembre. Le 18 décembre 2025, un nouveau procès a débuté contre sept accusés, dont quatre ont comparu devant le tribunal, notamment le colonel Bienvenue Lamah, ancien directeur régional de la gendarmerie de Conakry. Les trois autres accusés sont toujours en fuite.

Mamady Doumbouya a été officiellement élu président en décembre 2025. Il s’agissait de la première élection présidentielle en Guinée depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2021. Alors que la situation des droits humains s’est détériorée sous son régime, son nouveau gouvernement devrait rompre avec le passé.

Mamady Doumbouya devrait s’engager à faire avancer les mesures encore inabouties visant à établir les responsabilités dans les crimes commis le 28 septembre, et jeter les bases d’une justice crédible et équitable pour les autres violations des droits en Guinée.

14.01.2026 à 06:01

Hongrie : Retraites insuffisantes pour les personnes âgées

Human Rights Watch

Click to expand Image Anna, une femme hongroise âgée de 80 ans, montrait un carnet contenant des relevés détaillés des dépenses mensuelles effectuées sa sœur Erika, 84 ans, et elle-même, dans leur domicile à Budapest, en octobre 2025.  © 2025 Kartik Raj/Human Rights Watch Le gouvernement hongrois ne garantit pas aux personnes âgées leurs droits à la sécurité sociale et à un niveau de vie adéquat, notamment l’accès à une alimentation, à des médicaments et à l’énergie de chauffage en quantité suffisante.La hausse de la pauvreté chez les personnes âgées, devenue évidente lors de la forte inflation de 2022 et 2023, met en lumière des problèmes structurels de longue date au sein du système de retraite et de sécurité sociale hongrois.La Hongrie devrait augmenter les retraites les plus basses afin de réduire les inégalités en matière de retraite, et garantir à toutes les personnes âgées du pays le droit à la sécurité sociale et à un niveau de vie décent. 

(Bruxelles, 14 janvier 2026) – Le gouvernement hongrois ne garantit pas aux personnes âgées le droit à la sécurité sociale et à un niveau de vie décent, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui ; elles sont notamment privées d’un accès adéquat à l’alimentation, aux médicaments et à l’énergie de chauffage. Les autorités devraient revoir d’urgence les pensions de retraite et prendre des mesures immédiates pour les augmenter, conformément à leurs obligations en matière de droits humains, afin de lutter contre la pauvreté croissante des personnes âgées.

« Le gouvernement hongrois demande à des centaines de milliers de personnes âgées de survivre avec des pensions dérisoires et manifestement insuffisantes », a déclaré Kartik Raj, chercheur senior sur l'Europe de l’Ouest à Human Rights Watch. « Le système de sécurité sociale insuffisant en Hongrie contraint un grand nombre de ces personnes, bénéficiaires de maigres pensions, à choisir entre des dépenses pour la nourriture, pour des médicaments ou pour le chauffage, et à décider de quels biens essentiels ils devront se priver. »  

Les données officielles montrent qu'environ 2 millions de personnes percevaient une pension de vieillesse fin 2024, dont plus des deux tiers avec un revenu inférieur au salaire minimum mensuel brut (266 800 HUF, soit 676 €). Près d'un quart des retraités (471 000 personnes) perçoivent une pension inférieure au seuil de pauvreté officiel (173 990 HUF, soit 441 €). Les femmes sont plus nombreuses en chiffres et en proportion à percevoir une retraite inférieure à ces seuils.  

Human Rights Watch a mené des entretiens auprès de 45 personnes âgées de 65 à 91 ans qui reçoivent des pensions contributives basées sur l'âge à Budapest et dans deux communautés rurales, ainsi qu’avec des experts en politique sociale et des associations de retraités, et a analysé des données officielles.  

Les données de l'Office central des statistiques hongrois révèlent une augmentation rapide du risque de pauvreté chez les personnes âgées. Le taux de risque de pauvreté chez les personnes de 65 ans et plus est passé de 6,3 % en 2018 à 16,1 % en 2023. Près d'une femme âgée sur cinq est menacée de pauvreté. Les données montrent une baisse générale du taux de risque de pauvreté au sein de la population et chez les moins de 64 ans ; une tendance que les autorités ont choisie de mettre en avant tout en minimisant la hausse de la pauvreté chez les personnes âgées.  

L'augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées a coïncidé avec la hausse de l’inflation depuis 2018, avec des pics enregistrés en 2022 et 2023 ; durant cette période, la hausse des prix alimentaires en Hongrie a été plus marquée que dans les autres pays de l'Union européenne. Les personnes âgées percevant de faibles retraites ont été parmi les plus durement touchées, nombre d'entre elles se trouvant dans l'incapacité de se nourrir correctement en raison de la flambée des prix des produits de base tels que le sucre, l'huile, la farine, les produits laitiers, la viande et les fruits.

Les autorités hongroises ont réagi en encadrant les prix du gaz et en imposant un contrôle partiel des prix sur les produits alimentaires de base en 2023 et 2025. Cependant, les vendeurs ont augmenté les prix d'autres produits non plafonnés pour compenser leurs pertes, limitant ainsi l'efficacité du plafonnement des prix.  

La situation précaire des personnes âgées en Hongrie contraste fortement avec les affirmations répétées du gouvernement selon lesquelles il privilégie le bien-être des « Hongrois ordinaires », a déclaré Human Rights Watch. Ces déclarations interviennent également dans un contexte de vives inquiétudes internationales concernant le régime antidémocratique de la Hongrie et les violations généralisées des libertés fondamentales.  

La hausse de la pauvreté chez les personnes âgées met en lumière des problèmes structurels persistants au sein du système de retraite et de sécurité sociale hongrois. Parmi ceux-ci figure une méthode d'indexation des pensions défaillante qui entraîne une dépréciation des faibles pensions plus rapide que celle des pensions plus élevées, perpétuant ainsi les inégalités et laissant les personnes aux revenus les plus modestes encore plus désavantagées.  

« Les gens qui ont des millions ne peuvent pas imaginer cette vie, quand on n'a rien à dépenser et qu'on survit à peine », a déclaré une femme de 90 ans qui a travaillé dans une entreprise textile d'État puis a tenu un magasin d'État dans le comté de Jász-Nagykun-Szolnok, jusqu'à sa retraite en 1991. « Une personne qui a travaillé pendant 40 ans ne devrait pas avoir à vivre comme ça. Nous avons besoin d'un système de retraite plus équitable. »  

Les mesures gouvernementales visant à apporter un soutien financier supplémentaire aux retraités n'ont apporté qu'un soulagement partiel et n'ont pas permis de remédier aux inégalités structurelles. En 2020, le gouvernement a progressivement instauré une « pension de 13 mois », versant à tous les retraités un supplément mensuel par an à partir de 2024. En novembre 2025, il a proposé la création d'un « 13ème mois de retraite ». Si les personnes âgées avec qui nous nous sommes entretenus apprécient ce soutien additionnel, la plupart souhaitent que le gouvernement s'attaque au problème fondamental : leurs pensions mensuelles sont insuffisantes pour enrayer la hausse du taux de pauvreté chez les personnes âgées. 

Click to expand Image Margit, une femme hongroise âgée de 85 ans, montrait les bons alimentaires qui lui restaient après avoir acheté des fruits sur un marché de Budapest, en octobre 2025. Elle a indiqué que seuls quelques étals du marché acceptaient ces bons. © 2025 Kartik Raj/Human Rights Watch

En juillet 2025, le gouvernement a décidé de distribuer exceptionnellement 30 000 HUF (76 €) de bons alimentaires à tous les retraités, utilisables pour l’achat de produits frais entre octobre et décembre. De nombreuses personnes âgées interrogées ont déclaré qu’un versement direct en espèces, ajouté à leur pension plutôt que des bons alimentaires, leur aurait permis une plus grande autonomie quant à l’utilisation de ces fonds. Certaines ont qualifié ces bons alimentaires de manœuvre politique, tandis que d’autres ont estimé qu’ils étaient nettement moins avantageux qu’un remboursement d’impôt pour les retraités, initialement proposé par le gouvernement mais abandonné en raison de sa complexité administrative.  

La Hongrie a l’obligation, au regard du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, de garantir tous les droits économiques, sociaux et culturels, notamment les droits à la sécurité sociale, à un niveau de vie suffisant ainsi qu’au meilleur état de santé possible. Les normes internationales relatives aux droits humains, les traités et les orientations connexes en matière de sécurité sociale définissent clairement les exigences relatives à l’adéquation des prestations de sécurité sociale. Le droit européen des droits sociaux assure une protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale, et consacre un « droit spécifique des personnes âgées à la protection sociale ». 

La Hongrie devrait revoir d'urgence le niveau des retraites, en augmentant les pensions les plus basses afin de réduire les inégalités et de garantir à toutes les personnes âgées du pays les droits à la sécurité sociale et à un niveau de vie décent. Le gouvernement devrait notamment prendre des mesures immédiates pour que personne ne soit privé d'une alimentation nutritive adéquate, d'énergie suffisante pour chauffer son logement, ni des médicaments et fournitures nécessaires à sa santé.  

« Les bons alimentaires ou un mois de pension supplémentaire accordé à la hâte ne sont que des solutions superficielles face au problème croissant de la pauvreté des retraités en Hongrie », a conclu Kartik Raj. « Si le gouvernement hongrois se soucie réellement du droit des personnes âgées à la sécurité sociale, il devrait augmenter d'urgence le niveau des faibles pensions, prendre des mesures décisives pour rendre le système plus équitable, et garantir à tous les retraités du pays un niveau de vie décent et digne. »  

Suite détaillée en anglais.

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13.01.2026 à 06:00

Arabie saoudite : Nombre record d'exécutions en 2025

Human Rights Watch

Click to expand Image La place Al-Safat, à Riyad, en Arabie saoudite, photographiée le 18 août 2022 ; de nombreuses exécutions publiques ont précédemment eu lieu ici. En 2025, la plupart des exécutions dans ce pays ont eu lieu dans des cours de prisons.  © 2022 Johannes Sadek/dpa/picture alliance via Getty Images

(Beyrouth) – Les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 356 personnes en 2025, ce qui constitue un nombre annuel record dans ce pays depuis que ces statistiques sont suivies, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. C'est la deuxième année consécutive pour laquelle les autorités saoudiennes ont établi un nouveau triste record, suite aux 345 exécutions enregistrées en 2024. 

« La fin de l'année 2025 a cristallisé une tendance horrifiante en Arabie saoudite, avec une hausse record du nombre d'exécutions pour la deuxième année consécutive », a déclaré Joey Shea, chercheuse sur l'Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Les gouvernements d’autres pays devraient immédiatement faire pression sur les autorités obéissant au prince héritier Mohammed ben Salmane, afin qu'elles mettent fin à tout futur projet d’exécution. »

Les exécutions de ressortissants étrangers pour des infractions non mortelles liées à la drogue ont été l’un des principaux facteurs de la forte augmentation du nombre d’exécutions en Arabie saoudite en 2025. Selon les organisations non gouvernementales Reprieve et l'Organisation européenne pour les droits humains en Arabie saoudite (European Saudi Organization for Human Rights, ESOHR), 240 des personnes exécutées avaient été condamnées pour des infractions non mortelles liées à la drogue, et 188 d'entre elles étaient des ressortissants étrangers. Selon les deux organisations, les autorités ont exécuté 98 personnes en 2025 pour des accusations liées uniquement au haschisch. 

Parmi les personnes exécutées figuraient au moins deux hommes reconnus coupables de crimes qu'ils auraient commis alors qu'ils étaient enfants. Le 20 octobre, les autorités ont exécuté Abdullah al-Derazi, qui avait été condamné à mort pour terrorisme pour avoir participé à des manifestations et à des cortèges funéraires. Al-Derazi, âgé de 17 ans au moment des faits présumés en 2012, appartenait à la minorité musulmane chiite du pays, qui subit depuis longtemps une discrimination et des violences systématiques de la part du gouvernement.

Le 21 août, les autorités ont exécuté Jalal al-Labbad, qui était âgé de 15 ans au moment des faits qui lui étaient reprochés. Les autorités saoudiennes ont arrêté al-Labbad en 2017 pour avoir participé à des manifestations et à des cortèges funéraires, a rapporté l'ESOHR. Al-Derazi et al-Labbad auraient tous deux été torturés par les autorités saoudiennes pendant leur détention.

Plusieurs accusés poursuivis pour des crimes commis alors qu'ils étaient mineurs risquent d'être exécutés sous peu, notamment Yousef al-Manasif, Ali al-Mabiouq, Jawad Qureiris, Ali al-Subaiti, Hassan al-Faraj et Mahdi al-Mohsen, a déclaré Human Rights Watch. 

Le 14 juin, les autorités saoudiennes ont exécuté Turki al-Jasser, un journaliste connu pour avoir dénoncé la corruption au sein de la famille royale saoudienne, ce qui soulève des inquiétudes quant au fait que le gouvernement saoudien utilise la peine de mort pour réprimer la dissidence pacifique. 

Le droit international relatif aux droits humains, y compris la Charte arabe des droits de l'homme, ratifiée par l'Arabie saoudite, exige que les pays qui recourent à la peine de mort ne le fasse que pour les « crimes les plus graves » et dans des circonstances exceptionnelles. En novembre 2022, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a publié une déclaration sur le nombre « alarmant » d'exécutions en Arabie saoudite après la fin d'un moratoire officieux de 21 mois sur l'application de la peine de mort pour les infractions liées à la drogue.

Human Rights Watch s'oppose par principe à la peine capitale dans tous les pays et en toutes circonstances, car cette forme de punition est inhumaine, unique par sa cruauté et son irréversibilité, et universellement entachée d'aspects arbitraires, de préjugés et d'erreurs. Le droit international, y compris la Convention relative aux droits de l'enfant, à laquelle l'Arabie saoudite est partie, comporte l'interdiction absolue de la peine capitale pour les crimes commis par des enfants.

« Les célébrités, les athlètes et autres personnes cherchant à tirer profit des tentatives de l'Arabie saoudite de blanchir son bilan en matière de droits humains devraient plutôt penser au nombre d'exécutions prévues en 2025, et se demander si l'argent vaut la peine d'être associé à cette vague de meurtres », a observé Joey Shea. 

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13.01.2026 à 06:00

En RD Congo, la justice n’a toujours pas été rendue pour le meurtre de deux experts de l’ONU

Human Rights Watch

Click to expand Image Zaida Catalán et Michael Sharp. © 2017 Instagram/Zaida Catalán ; John Sharp

En mars 2017, des images vidéo granuleuses ont montré des hommes armés conduisant Zaida Catalán, une Suédoise de 36 ans, et Michael Sharp, un Américain de 34 ans, dans la savane, avant de les forcer à s’asseoir et de les abattre. Les meurtres brutaux de ces deux enquêteurs des Nations Unies – et la disparition de leur interprète congolais et des trois chauffeurs de moto qui les accompagnaient – ​​ont provoqué une onde de choc en République démocratique du Congo et au sein de la communauté internationale, notamment parmi les chercheurs et les défenseurs des droits humains travaillant en Afrique centrale.

Près de neuf ans plus tard, les familles, amis et collègues de Zaida Catalán et de Michael Sharp attendent toujours que justice soit rendue.

Les deux enquêteurs avaient été enlevés et exécutés alors qu’ils documentaient des massacres perpétrés dans la région du Kasaï, en RD Congo. Si le gouvernement du président Joseph Kabila a initialement imputé les meurtres à la milice Kamuina Nsapu, des reportages courageux de journalistes congolais et internationaux ont mis en évidence le rôle de hauts responsables de l’État.

Bien qu’un tribunal militaire congolais ait condamné plus de 50 personnes en 2022 pour leur implication dans les meurtres de Zaida Catalán et de Michael Sharp, le procès n’a pas pris en compte les preuves de complicité de l’État, notamment des images vidéo montrant des agents gouvernementaux facilitant le déplacement des experts vers le lieu de l’embuscade. Il a été entaché d’autres irrégularités, notamment des accusés jugés par contumace et des allégations de subornation de témoins. Une décision en appel est attendue prochainement.

La semaine dernière, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) de la RD Congo a publié un communiqué exhortant le pouvoir judiciaire à examiner le rôle de tous les individus cités dans les enquêtes officielles, y compris celles qui auraient commandité le double meurtre, avant la clôture du dossier. La Commission a également appelé la justice à prendre toutes les mesures nécessaires pour élucider le sort des quatre Congolais qui accompagnaient les experts et à garantir que justice soit également rendue pour les nombreuses victimes congolaises des tueries de masse dans la région du Kasaï. Paul Nsapu, le président de la Commission, a ensuite accordé une interview à Radio France Internationale, réitérant ces appels et ajoutant qu’il disposait de preuves pouvant permettre de « remonter jusqu’aux commanditaires, jusqu’aux auteurs intellectuels ».

Les autorités congolaises devraient tenir compte de ces appels. Les familles de Michael Sharp et de Zaida Catalán, ainsi que celles des victimes congolaises, méritent que toute la vérité soit faite. Une justice digne de ce nom implique de démasquer et de poursuivre tous les responsables, quels que soient leur rang, et de promouvoir un État de droit qui protège les défenseurs des droits humains.

13.01.2026 à 01:10

Iran : La coupure d'Internet dissimule des atrocités

Human Rights Watch

Click to expand Image Une foule de manifestants défilaient dans un quartier central de Téhéran, en Iran, le 29 décembre 2025. © 2025 Agence de presse Fars/AP Photo

(Beyrouth) – Les autorités iraniennes ont considérablement intensifié leur répression meurtrière contre des manifestants depuis le 8 janvier, et des informations crédibles indiquent que les forces de sécurité procèdent à des meurtres à grande échelle dans tout le pays. Depuis le 8 janvier, les autorités ont imposé une coupure d'Internet à l'échelle nationale, ce qui a entraîné de sévères restrictions en matière de communications.  

Des organisations de la société civile iranienne et les médias ont rapporté que le nombre de morts s'élevait à plusieurs milliers. Cependant, la coupure d'Internet a considérablement entravé les efforts visant à corroborer les meurtres illégaux et autres violations. Human Rights Watch recueille actuellement des éléments de preuve concernant les meurtres, notamment en vérifiant des vidéos provenant de morgues et d'hôpitaux, et en recueillant divers témoignages.

Les pays membres des Nations Unies devraient d’urgence exhorter les autorités iraniennes à mettre fin aux effusions de sang, à accorder un accès immédiat et sans entrave à la Mission d'établissement des faits internationale indépendante sur l'Iran mandatée par l'ONU, et à rétablir l'accès à Internet. 

Le climat d'impunité systémique qui règne actuellement a permis aux autorités iraniennes de commettre à plusieurs reprises divers crimes au regard du droit international, notamment des meurtres, des actes de torture, des viols et des disparitions forcées, afin d'éliminer et de punir toute tentative de dissidence. Cela met en évidence l'importance d'un contrôle international ainsi que de la collecte et de la conservation des preuves, afin de faciliter de futures poursuites pénales, a déclaré Human Rights Watch. 

Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch, a fait la déclaration suviante : 

« Malgré la coupure d'Internet dans tout le pays, des informations faisant état de meurtres à grande échelle de manifestants par les forces de sécurité iraniennes, ainsi que d'autres crimes et violations odieuses, continuent d'affluer. Des personnes détenues risquent d'être exécutées secrètement et arbitrairement, les autorités ayant accusé les manifestants d'être des “ennemis de Dieu”, ce qui est passible de la peine de mort. Le Conseil de sécurité des Nations Unies et le Conseil des droits de l'homme devraient d’urgence dénoncer l'escalade des atrocités, et avertir les responsables iraniens et les forces de sécurité qu'ils devront un jour répondre de leurs actes devant la justice. »

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Articles

France Info (itw B. Jeannerod)  

12.01.2026 à 06:00

RD Congo : Escalade des violences sexuelles liées au conflit

Human Rights Watch

Click to expand Image Une patiente congolaise recevait des médicaments pour le traitement du VIH dans un centre médical le 31 juillet 2025, d’une quantité limitée suite à la réduction des fonds alloués par l'agence américaine USAID aux programmes de traitement en République démocratique du Congo. © 2025 Arlette Bashizi pour The Washington Post, via Getty Images Les violences sexuelles liées au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo se sont intensifiées, tandis que le soutien aux survivantes a considérablement diminué.Le M23 soutenu par le Rwanda, d’autres groupes armés et les forces militaires utilisent les violences sexuelles comme une arme de guerre, alors que les survivantes sont confrontées à un climat d’impunité qui protège les responsables et à un système de santé privé de moyens pour les accompagner.L’armée congolaise devrait prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter la discipline afin de prévenir les violences sexuelles. Le gouvernement devrait renforcer son soutien aux enquêtes et aux poursuites en matière de violences sexuelles. Les partenaires internationaux devraient accroître leur soutien aux efforts de responsabilisation.

(Kinshasa, le 12 janvier 2026) – Les violences sexuelles liées au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo se sont intensifiées, tandis que le soutien aux survivantes a considérablement diminué, ont déclaré Human Rights Watch et l’organisation congolaise de défense des droits des femmes SOFEPADI aujourd’hui. 

Human Rights Watch a documenté des violences sexuelles commises par des membres d’au moins cinq groupes armés non étatiques et par des soldats de l’armée congolaise dans l’est de la RD Congo. L’intensification des combats dans les provinces de l’Ituri, Nord-Kivu, et du Sud-Kivu, ainsi que les baisses des financements et les difficultés d’accès aux services de santé n’ont cessé de compliquer l’obtention d’un soutien holistique nécessaire pour les femmes et les filles qui survivent à des violences sexuelles. De nombreux centres médicaux proposant des soins de santé et d’autres formes de soutien ont été contraints de fermer.

« Les groupes armés et les forces militaires utilisent les violences sexuelles comme une arme de guerre dans l’est de la RD Congo », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Les survivantes de ces crimes atroces sont confrontées à un climat d’impunité qui protège les responsables et à un système de santé privé de moyens pour les accompagner. »

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SOUNDBITE: J’étais partie chercher les feuilles de manioc quand les militaires sont arrivés et m’ont pris. (“Marie” Sexual violence survivor)

TEXT: WARNING This video includes distressing descriptions of sexual violence. The name of the survivor has been changed, and her words read by an actor.

SOUNDBITE: Ils ont déchiré mes habits et ils ont commencé à me violer, l’un après l’autre. (“Marie” Sexual violence survivor)

 

NARRATOR: Marie fait partie des nombreuses survivantes de violences sexuelles dans l’est de la République démocratique du Congo, où ce type de violence est de plus en plus utilisé comme arme de guerre. 

NARRATOR: Le M23, d’autres groupes armés et les forces gouvernementales congolaises violent des femmes et des filles en toute impunité. 

NARRATOR: Les coupes budgétaires dans l’aide étrangère par les États-Unis et d’autres bailleurs de fonds ont laissé les cliniques sans soins d’urgence essentiels. 

SOUNDBITE: Nous sommes un one-stop center qui est disponible à tout moment, ouvert à tout le monde et les soins sont 100 % gratuit. Nous faisons la prise en charge holistique des cas de violences basées sur le genre et les cas d'exploitation. Nous luttons contre des défis comme la rupture de kit post-viol. (Dr. Elisabeth Furaha, Medical Director, SOFEPADI)

NARRATOR: Des traitements cruciaux, comme la contraception d’urgence et les kits de traitement post-exposition (appelés kits PEP), peuvent protéger contre une infection potentielle par le VIH, mais doivent être administrés dans les 72 heures. 

NARRATOR: Dans l’est de la RDC, les États-Unis étaient le principal fourniessuer de ces traitements. Sans ces fournitures et d’autres ressources essentielles, les cliniques peinent à répondre aux besoins des survivantes de violences sexuelles. 

SOUNDBITE: Nous nous focalisons toujours sur la nécessité de consulter les soins avant 72h, afin de prévenir la grossesse indésirable, les infections sexuellement transmissibles comme le VIH, la ménorragie, la syphilis, l'hépatite B et autre.

SOUNDBITE: Quand je reprends connaissance 5h plus tard, je suis à l'hôpital. Les infirmiers ne sont pas là, et je vais me laver. A 17h je suis encore à l’hôpital, et ils me disent que pour des cas comme le mien, il faut aller à Bunia [the provincial capital]. C’est comme ça que j’ai commencé à chercher de l’argent et j’en ai trouvé un peu [after two months]. Je suis montée dans un taxi qui m’a amenée ici, à Bunia, et ils ont trouvé que j’étais enceinte et que j’avais contracté la maladie du VIH SIDA.

NARRATOR: Les survivantes de violences sexuelles sont souvent stigmatisées par leur communauté, ce qui rend leur guérison et leur résilience beaucoup plus difficiles. 

C’est pourquoi il est essentiel que les soins proposes aux survivantes de ces violences soient holistiques, avec notamment un accès à la santé reproductive, aux soins liés à l’avortement, ainsi qu’à un soutien psychologique et socio-économique.  

SOUNDBITE: Je peux même dire que même si les conflits persistent et que le nombre de cas continuent, Mais au moins le travail que nous faisons, ce n'est pas un temps perdu et nous contribuons à donner le courage.

NARRATOR: Tant que la guerre et les violences sexuelles persistent dans l’est de la RDC, les organisations soutenant les survivantes devraient disposer des outils et des ressources nécessaires pour répondre aux conséquences. 

NARRATOR: Les États-Unis et d’autres bailleurs de fonds internationaux devraient rétablir de toute urgence le financement des soins post-viol et des services aux survivantes de violences sexuelles dans l’est de la RDC. 

CREDITS:

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Narrators: Janet Ngokadi, Anna Bruckner

Editor: Nicolas Suarez

Producers: Casey McCracken, Patrick Thompson

Videographer: Patrick Thompson

Additional Footage: AFP

Music: Audio Network

En novembre 2025, Human Rights Watch, en coopération avec les bureaux de Solidarité Féminine pour la Paix et le Développement Intégral (SOFEPADI) à Beni et Buni, a interviewé 23 survivantes de violences sexuelles dans le nord-est de la RD Congo. Les chercheur·euse·s ont également mené des entretiens avec quatre survivantes congolaises en Ouganda qui avaient fui l’est de la RD Congo. Human Rights Watch a également rencontré les autorités provinciales congolaises de la santé et de la justice ainsi que des membres du personnel d’organisations nationales et internationales qui fournissent une assistance aux survivantes. Human Rights Watch a écrit au Département d’État des États-Unis, au porte-parole du gouvernement congolais et à la direction du groupe armé M23, en leur exposant ses conclusions, mais n’a pas reçu de réponse.

Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a signalé plus de 80 000 cas de viol dans l’est de la RD Congo entre janvier et septembre 2025, soit une hausse de 32 % par rapport à la même période en 2024. En parallèle, les coupes soudaines et chaotiques du gouvernement des États-Unis dans l’aide internationale au début de l’année 2025 ont brusquement mis fin aux soins médicaux d’urgence et à d’autres formes de soutien pour des milliers de survivantes de violences sexuelles. Beaucoup ont contracté le VIH ou sont tombées enceintes, alors que les cliniques et les hôpitaux de l’est de la RD Congo ne possédaient plus de stocks de kits de prophylaxie post-exposition (« kits PEP » selon l’acronyme anglais) qui étaient auparavant fournis en grande partie par des projets financés par les États-Unis. Ces kits doivent être administrés dans les 72 heures suivant l’exposition pour prévenir le VIH et la grossesse.

Les violences sexuelles perpétrées par le personnel militaire et les membres des groupes armés ont été commises dans différents contextes : attaques visant des groupes ethniques spécifiques lors d’assauts sur des villes et des villages ; prises d’otages et enlèvements à des fins d’esclavage sexuel ; et viols dans les fermes et autres lieux de travail ou lorsque les femmes et les filles se déplaçaient.

Quatre soldats congolais ont violé et battu une jeune fille de 17 ans qui se rendait au travail dans les champs près de son village dans la province de l’Ituri. Gravement blessée, elle a réussi à rentrer chez elle et sa famille l’a emmenée le jour même au centre de santé local, mais celui-ci ne disposait pas de kits PEP. Elle a travaillé pendant deux mois afin d’économiser suffisamment d’argent pour parcourir plus de 40 kilomètres jusqu’à une clinique de Bunia, la capitale de la province. Les tests médicaux ont révélé qu’elle était enceinte et séropositive au VIH.

Dans la province voisine du Nord-Kivu, des combattants du groupe armé M23 ont violé une femme de 42 ans. Elle est arrivée à l’hôpital dans les 72 heures, mais l’établissement n’avait pas de kits. Toujours menacée par le M23 soutenu par le Rwanda, qui contrôle la région, elle a fui un mois plus tard vers l’Ouganda voisin avec ses sept enfants. Elle a reçu un diagnostic de VIH et vit dans un camp de réfugiés, où elle a du mal à obtenir des soins médicaux appropriés, y compris des antirétroviraux, et à subvenir aux besoins de ses sept enfants.

Le viol et les autres violences sexuelles pendant les conflits armés constituent une violation du droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, et sont des crimes de guerre. Les Conventions de Genève et le droit international coutumier interdisent le viol, l’esclavage sexuel, la torture et les mutilations sexuelles, ainsi que toute autre forme d’agression sexuelle.

Les violences sexuelles constituent également une violation du droit international relatif aux droits humains auquel a adhéré la RD Congo par ratification. En vertu de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, les violences fondées sur le genre et le sexe sont interdites. Le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo) exige des États qu’ils fassent appliquer les lois interdisant les violences sexuelles, punissent les auteurs et mettent en œuvre des programmes de réhabilitation des survivantes. En vertu du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, les survivantes de violences sexuelles ont droit à des soins médicaux de qualité, y compris l’accès à la contraception d’urgence et aux soins d’avortement.

Le contrôle du M23 sur une grande partie du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a considérablement entravé l’acheminement de l’aide humanitaire, du fait de la fermeture des principaux aéroports des deux capitales provinciales depuis le début de l’année 2025 et d’autres restrictions d’accès et de circulation.

Bien que des dérogations aient été émises pour les programmes de prévention du VIH qui comprenaient la fourniture de kits PEP, le gouvernement américain a brusquement mis fin au financement de ces programmes dans l’est de la RD Congo. Le gouvernement américain devrait relancer ce financement de toute urgence. Le gouvernement congolais, l’Union européenne, le Royaume-Uni et la Banque mondiale, entre autres, devraient également renforcer immédiatement leur soutien. Les bailleurs de fonds devraient accroître leur soutien aux organisations fournissant des soins holistiques aux survivantes de violences sexuelles, incluant un soutien psychologique, socio-économique et professionnel, ainsi que des programmes de réintégration pour les personnes prises en otage par des groupes armés.

Pour les survivantes de violences sexuelles, le fait d’obtenir justice et de voir les auteurs jugés peut s’avérer impossible dans les zones contrôlées par le M23, où les tribunaux congolais ne fonctionnent pas. Le Rwanda, puissance occupante dans ces régions, a lui aussi des obligations légales internationales de garantir la responsabilisation, y compris par le biais de tribunaux locaux.

L’armée congolaise devrait prendre toutes les mesures nécessaires pour imposer la discipline au sein des forces armées et des milices alliées afin de prévenir les violences sexuelles. Le gouvernement devrait accroître le soutien aux enquêtes et aux poursuites en matière de violences sexuelles, y compris aux unités de police spécialisées, afin de prévenir les violences sexuelles et d’augmenter le nombre de juges et autres personnels judiciaires nécessaires pour que les affaires soient instruites en temps opportun.

Le gouvernement devrait également appliquer la loi de 2022 abolissant les frais juridiques pour les cas de violences sexuelles et veiller à ce que les survivantes reçoivent une aide juridique appropriée. L’assistance juridique devrait être un élément clé du soutien holistique, y compris par le biais des Centres intégrés de services multisectoriels gérés par le gouvernement qui ont été créés en 2023. L’agence des réparations financée par le gouvernement– le Fonds national des réparations des victimes (FONAREV) – devrait veiller à ce qu’une aide financière adéquate parvienne rapidement aux survivant·e·s de violences sexuelles et d’autres crimes graves.

Les États-Unis et l’UE devraient imposer des sanctions ciblées aux responsables et aux commandants impliqués dans les abus récemment documentés. Les partenaires internationaux devraient accroître leur soutien aux efforts nationaux de responsabilisation en RD Congo, y compris par le biais du nouveau cadre de coordination établi entre l’ONU et le gouvernement congolais, et renforcer leur soutien à la Cour pénale internationale (CPI) et à son enquête en cours sur la situation en RD Congo.

« Le gouvernement congolais devrait poursuivre ses efforts pour mettre fin aux violences sexuelles et mettre pleinement en œuvre son programme de justice transitionnelle, en collaboration avec les Nations unies, pour que les victimes aillent accès à la justice » a déclaré Sandrine Lusamba, coordinatrice nationale de la SOFEPADI. « Une coopération régionale en matière de justice est également importante afin de permettre des enquêtes crédibles sur les allégations, d’établir la responsabilité de toutes les parties et de poursuivre véritablement les responsables, tout en fournissant aux survivantes le soutien dont elles ont désespérément besoin.»

Afin de respecter leur vie privée et de garantir leur sécurité, les noms des survivantes de violences sexuelles ont été remplacés par des pseudonymes.

Témoignages de survivantes

Dans le Nord-Kivu, le groupe armé M23 et les Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces, ADF) financées par l’État islamique ont abusé de femmes et de filles pendant de longues périodes dans leurs camps.

En février, après que le M23 a pris le contrôle de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, quatre combattants du M23 sont entrés de force dans la maison de Patience, âgée de 22 ans, où elle vivait avec son fils en bas âge. Les combattants lui ont demandé si son mari était là, ont frappé son fils avec une arme à feu, l’ont attachée à son lit, puis deux combattants l’ont violée.

Ils l’ont ensuite obligée à sortir de la maison, en abandonnant son enfant, et l’ont emmenée dans un camp situé à proximité. Elle a passé trois jours dans le camp, au cours desquels plusieurs combattants l’ont violée, elle et trois autres femmes qui y avaient été conduites. Elle a réussi à s’échapper et à franchir la frontière vers l’Ouganda, où son mari et son fils l’ont rejointe. Lorsqu’elle s’est rendue dans un centre de santé en Ouganda, elle a appris qu’elle était enceinte et qu’elle avait contracté une infection sexuellement transmissible.

Des combattants du M23 ont enlevé Justine à son domicile à Goma en mars 2025. Six hommes armés ont fait irruption dans sa maison lors d’une opération de recrutement forcé et ont exigé de voir son mari. Justine leur a répondu que son mari n’était pas à la maison. Ils l’ont alors frappée elle et son fils de 20 ans, puis l’ont obligée à marcher jusqu’à leur camp près de la ville. Arrivés au camp, deux hommes l’ont emmenée dans une zone isolée, l’ont battue et l’ont violée.

Incapable de marcher, elle est restée là jusqu’au lendemain, lorsque des habitants à proximité ont entendu ses pleurs et l’ont emmenée à l’hôpital. Elle est arrivée à l’hôpital dans les 72 heures après son viol, mais l’établissement n’avait pas de kits PEP. Elle a ensuite fui en Ouganda, où des tests ont révélé qu’elle avait contracté le VIH.

Solange, qui a rejoint le M23 en tant que combattante, a indiqué que le viol était une « habitude » des commandants du M23 et que l’un d’entre eux l’avait violée à plusieurs reprises dans un camp du M23. Elle ne pouvait pas se plaindre ou refuser par peur d’être tuée. Elle a précisé qu’elle connaissait au moins 15 autres femmes qui avaient fui le M23 en raison d’abus.

Les ADF, groupe actif dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ont fréquemment enlevé des personnes dans des villages et des champs, les endoctrinant vers leur version de l’islam. Les hommes et les garçons sont entraînés pour devenir des combattants, tandis que les femmes et les filles sont contraintes d’« épouser » des combattants et sont utilisées comme esclaves sexuelles.

Quand Liliane avait entre 14 et 18 ans, de 2020 à 2024, elle a été retenue captive et agressée sexuellement par les ADF. Des combattants des ADF ont attaqué son village dans le Nord-Kivu. Ils ont tué son beau-frère devant elle, puis l’ont kidnappée, elle et sa belle-sœur. Au total, les combattants ont enlevé cinq femmes et trois filles du village, les forçant à porter les corps des personnes qu’ils avaient tuées. Liliane est restée avec les ADF pendant quatre ans, période pendant laquelle ils l’ont contrainte à épouser un combattant de 19 ans.

« Un jour, il m’a menacée de mort parce qu’il voulait avoir un enfant avec moi et que je ne tombais pas enceinte », a raconté Liliane. Plus tard il lui a entaillé la poitrine avec un couteau, en disant qu’il la punissait de ne pas être tombée enceinte. Liliane est parvenue à s’échapper en mai 2024. Lorsque Human Rights Watch l’a rencontrée plus d’un an après sa fuite, elle avait de graves problèmes de santé, notamment une blessure à la jambe qui n’avait pas encore cicatrisé et des douleurs dans tout le corps.

Après trois ans de captivité chez les ADF, Esther et son jeune enfant ont également réussi à s’échapper en 2024, à la faveur d’affrontements entre le groupe armé et l’armée ougandaise. Le père de l’enfant était un combattant des ADF qu’Esther a été contrainte d’épouser pendant sa captivité.

« Mon enfant joue avec d’autres enfants du quartier », a-t-elle raconté. « Certains d’entre eux le traitent de “bébé ADF”, ce qui me cause beaucoup de peine. J’ai peur qu’en grandissant, il me demande où est son père. Je m’inquiète de la façon dont il va gérer ça. » Il n’existe actuellement aucun programme dans l’est de la RD Congo pour aider les personnes qui ont fui les ADF à se réinsérer dans leurs communautés.

Dans la province de l’Ituri, les violences sexuelles constituent une caractéristique courante des violences intercommunautaires. Le groupe armé Coopérative pour le Développement du Congo (CODECO) est responsable de nombreux massacres de civils et incidents de violences sexuelles. Ses combattants attaquent régulièrement des villages et des camps de personnes déplacées internes, principalement habités par des membres de l’ethnie Hema.

Béatrice, 32 ans, a décrit qu’elle et 11 autres civils sont tombés dans une embuscade tendue par des combattants dans un champ près de son village à Fataki, dans le territoire de Djugu, en juin. Les combattants ont tué les six hommes du groupe et ont battu les femmes avec des bâtons et le plat de leurs machettes, puis ils les ont toutes violées. Béatrice a raconté : « Les combattants nous ont frappées en disant : “Vous, les Hema, vous vous croyez trop intelligents. Maintenant vous allez voir.” Après nous avoir violées, ils ont volé tout ce que nous avions, puis se sont enfuis. » Béatrice était enceinte de six mois quand elle a été agressée. Son bébé est né en bonne santé, mais venant s’ajouter à l’horreur de l’attaque, elle a contracté une infection sexuellement transmissible non identifiée.

Agathe, 20 ans, a expliqué qu’une dizaine d’hommes armés ont attaqué son village en Ituri en avril. Appartenant à l’ethnie Hema, elle pense que son village a été ciblé pour des raisons ethniques : « Deux combattants de la CODECO m’ont emmenée et m’ont dit de choisir entre la mort et le viol. Je n’ai pas eu le choix. » Elle a marché pendant trois jours pour rejoindre Bunia afin d’obtenir des soins médicaux. Le manque d’argent pour le transport et l’insécurité constante sur les routes font qu’il est extrêmement difficile pour de nombreuses survivantes d’avoir accès à des soins médicaux. Elle est arrivée trop tard pour utiliser un kit PEP et a appris qu’elle était enceinte.

L’insécurité constante accroît considérablement la vulnérabilité des femmes et des filles, qui sont visées dans la grande majorité des cas signalés de violences sexuelles dans l’est de la RD Congo. Fuyant les combats et les violences, les femmes et les filles sont souvent forcées de vivre et de travailler dans des zones qui ne leur sont pas familières. De nombreuses survivantes interrogées avaient été déplacées à l’intérieur du pays.

Espérance a été déplacée par les combats dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu en 2024. Avec ses sept enfants, elle a fui vers une zone proche d’une base de la force de maintien de la paix de l’ONU dans l’est de la RD Congo, la MONUSCO. En décembre 2024, malgré la proximité de la base, elle et deux autres femmes ont été obligées de fuir dans la brousse à l’approche des combats. Là, elles sont tombées sur un groupe de sept combattants membres des Wazalendo, une milice violente associée à l’armée congolaise. Une femme a réussi à s’échapper, mais les combattants ont violé Espérance et tué l’autre femme qui était avec elle.

Les femmes et les filles qui sont attaquées alors qu’elles travaillent dans des fermes et des champs ont souvent peur de retourner au travail. Les femmes vivant dans des camps pour personnes déplacées internes qui doivent parfois quitter le camp et franchir les lignes de front pour trouver de la nourriture et du travail sont exposées à un risque accru de violences sexuelles.

L’armée congolaise, qui est censée protéger les femmes des violences sexuelles, est responsable d’une grande partie de ces violences. Huit survivantes interrogées ont déclaré qu’elles avaient très probablement été violées par des militaires congolais. Bien qu’il soit souvent difficile de déterminer quel groupe ou force armé était responsable des agressions, dans ces cas, les survivantes ont pu identifier les assaillants par leurs uniformes ou ont indiqué qu’ils parlaient la langue lingala, la lingua franca de l’armée et de l’ouest de la RD Congo.

En janvier, les ADF ont attaqué le village de Thérèse, dans le Nord-Kivu, vers les 5 heures du matin. Elle s’est enfuie dans la brousse avec sa famille, mais son père, âgé de 70 ans, est resté pour protéger leur maison. Les ADF l’ont tué lui et huit autres personnes ce jour-là. Thérèse est retournée au village le lendemain et a trouvé le corps de son père avec des entailles à la machette sur les bras et une blessure par balle à la tête. Après avoir enterré son père, Thérèse s’est rendue à Beni. Sa mère est morte peu de temps après, et Thérèse a alors eu la responsabilité de s’occuper de sa famille. En mai, deux hommes en tenue militaire parlant lingala l’ont violée alors qu’elle récoltait du cacao. « Depuis l’incident, je ne suis pas retournée dans les champs », a-t-elle expliqué. « J’ai peur maintenant. La vie est devenue très difficile. »

La jeune fille de 17 ans, qui a été sévèrement battue, violée par quatre soldats et laissée pour morte, a raconté : « Ils ont dit que si je refusais de coucher avec eux, ils me tueraient.Certains m’ont attrapé les bras. Ils m’ont frappée, ils avaient des bâtons. Ils m’ont battue avec ces bâtons et avec leurs mains. »

Elle a ajouté qu’elle était restée allongée pendant cinq heures dans la brousse avant de trouver la force de rentrer chez elle à pied. Ses proches l’ont emmenée au centre de santé local, mais celui-ci ne disposait pas de kits PEP. Plus tard, lorsqu’elle s’est rendue à Bunia, elle a été traitée à la clinique de SOFEPADI. Elle a raconté : « Alors que nous étions dans le camp [de personnes déplacées internes] à Bunia, j’ai entendu parler de « l’espace sûr » géré par SOFEPADI, qui m’a aidée jusqu’à aujourd’hui. Quand je suis arrivée dans l’espace sûr, j’ai expliqué ma situation, et ils m’ont emmenée à l’hôpital. J’avais [le VIH], et ils ont découvert que j’étais aussi enceinte. J’ai appris à faire des vêtements, ce qui me procure un peu d’argent pour aider ma fille et ma famille. »

Click to expand Image Vue extérieure du bureau régional de la SOFEPADI, une organisation congolaise qui se consacre à la promotion et à la défense des droits des femmes et des filles, à Beni, dans le nord-est de la RD Congo.  © 2025 Human Rights Watch

Sylvie, une survivante de violences sexuelles de 27 ans vivant en Ituri, est tombée enceinte après que trois hommes non identifiés l’ont violée alors qu’elle se rendait au travail dans les champs près de son village avec trois autres femmes. « Ils sont sortis de nulle part », a-t-elle expliqué. « Les autres femmes ont fui, mais je suis tombée. Ils m’ont dit : “Tu seras notre femme pendant quelque temps.” » Elle a finalement pu s’échapper et est rentrée chez elle, où sa grand-mère l’a emmenée directement au centre de santé du village. Le centre n’avait pas de kits PEP et, deux mois plus tard, elle a appris qu’elle était enceinte.

Soins médicaux

L’Agence des États-Unis pour le développement international (United States Agency for International Development, USAID) avait fourni des financements à IMA World Health afin que l’organisation distribue des kits PEP à 80 % des centres de santé dans les provinces du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et de l’Ituri. IMA World Health avait commandé 116 000 kits au début de l’année 2025, mais le financement a ensuite été retiré, de sorte que ces kits ne sont jamais parvenus dans les centres de santé de l’est de la RD Congo.

Les centres de santé gérés par Médecins Sans Frontières (MSF) disposent d’un approvisionnement distinct, et le UNFPA comble les manques lorsque c’est possible. Le Fonds des réparations du gouvernement congolais, FONAREV, a également dépensé 1,5 million d’USD pour des kits PEP en 2025. Même avant que l’administration Trump ne coupe les financements de l’USAID en février, l’offre ne répondait pas aux besoins importants.

De mars à septembre, il y a eu un manque quasi total de kits PEP dans l’est de la RD Congo. Selon le UNFPA, en mai 2025, seules 7 des 34 zones de santé du Nord-Kivu disposaient d’un stock minimal. Au mois de septembre, seuls 895 kits complets étaient disponibles pour l’ensemble de la province, où l’on dénombre des centaines de cas chaque semaine. D’après les organisations nationales et internationales travaillant dans les provinces de l’Ituri et du Sud-Kivu, la situation dans les autres provinces est similaire.

En septembre, IMA World Health a reçu environ 30 000 kits grâce à un financement de la Banque mondiale. Ce financement a pris fin en décembre; le montant du financement disponible en 2026 est inconnu et rien n’indique que les besoins diminueront.

Au-delà de la pénurie immédiate de kits PEP, de nombreux problèmes se posent dans la chaîne de distribution pour livrer les kits là où ils font cruellement défaut, exacerbés par les combats en cours. Ceci est particulièrement vrai dans les zones occupées par le M23, où les aéroports et les banques ne fonctionnent plus. Les réductions des financements de l’USAID aggravent le problème, car les organisations humanitaires ont été contraintes de réduire les programmes et de licencier du personnel qui aurait géré la livraison des kits PEP aux centres de santé.

Il existe aussi des lacunes majeures dans le dépistage et le traitement du VIH. En 2025, dans la province de l’Ituri, par exemple, les centres de santé ne disposaient que de deux médicaments sur les trois nécessaires au traitement du VIH chez les enfants. Les tests sont rares dans l’est de la RD Congo. Bien que la loi congolaise exige une prise en charge initiale et des tests gratuits après des violences sexuelles, ce n’est pas toujours le cas. Le traitement du VIH à long terme est inabordable pour la plupart des personnes. Des frais importants sont également dus pour le traitement d’autres blessures ou problèmes médicaux subis par les survivantes du fait du viol ou de la captivité, comme les coups, les blessures par balle ou les entailles à la machette.

Depuis l’adoption du Protocole de Maputo en 2018, l’avortement est légal en RD Congo dans certaines circonstances, dont le viol. Cependant, des obstacles importants subsistent pour les femmes et les filles qui cherchent à avoir accès à un avortement légal et sûr, car peu de centres de soins de santé primaires ont la capacité de les pratiquer, les procédures dangereuses sont répandues et la stigmatisation entourant l’avortement se poursuit.

Soutien psychosocial et socio-économique

Les survivantes devraient avoir accès à un soutien en santé mentale immédiat et à plus long terme pour les traumatismes subis et pour les aider à surmonter la stigmatisation tragique et généralisée associée aux violences sexuelles. Beaucoup ont également besoin d’aide pour obtenir de la nourriture, des soins médicaux et d’autres produits de première nécessité. Malgré une nouvelle directive qui interdit d’exclure les filles enceintes de l’école, les filles et les jeunes femmes peuvent également avoir besoin d’un soutien pour retourner à l’école. La plupart des femmes dans l’est de la RD Congo dépendent de l’agriculture pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Presque toutes les survivantes interviewées n’étaient pas retournées dans leurs fermes en raison de craintes fondées d’être à nouveau agressées ou à cause des combats en cours.

Des organisations locales ont formé des psychologues dans l’est de la RD Congo qui sont à même de fournir un soutien psychologique aux survivantes ; certaines disposent de programmes de formation professionnelle pour aider les survivantes à acquérir des compétences afin de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, en particulier lorsqu’elles ne sont plus en mesure d’aller dans leurs fermes. Mais les femmes qui se trouvent dans des zones plus éloignées ou peu sûres ou qui ont été déplacées à plusieurs reprises n’ont souvent pas accès à ce soutien. Le financement est également limité et n’est souvent pas une priorité, malgré l’impact positif à long terme.

L’insécurité persistante et les attaques menées par les groupes armés ont contraint plusieurs organisations à interrompre leurs programmes dans certaines zones. Le 7 novembre, des combattants appartenant très probablement au groupe armé connu sous le nom de Convention pour la Libération Populaire (CRP) ont incendié et pillé plusieurs structures en bordure du camp de personnes déplacées de Kigonze à Bunia, dont un centre de soutien psychologique géré par SOFEPADI.

Click to expand Image Les vestiges d’un « espace sûr » mis en place par l'organisation SOFEPADI pour des survivantes de violences sexuelles dans le camp de personnes déplacées de Kigonze à Bunia, en République démocratique du Congo, puis incendié par des combattants le 7 novembre 2025. © 2025 Human Rights Watch Absence de programmes de réintégration pour les anciennes captives des ADF

Il n’existe pas de programmes spécialisés offrant un soutien psychosocial, une réadaptation ou une formation aux moyens de subsistance à destination des survivantes qui rentrent chez elles après avoir été retenues en otage pendant des années par les ADF. Certaines sont traitées comme des criminelles et détenues pendant des mois dans de mauvaises conditions dans les prisons des services de renseignement militaires congolais avant d’être autorisées à rentrer chez elles. Une survivante qui a réussi à s’échapper après trois ans de captivité aux mains des ADF a déclaré que son père a dû payer 1 000 USD pour sa libération après qu’elle a passé quatre mois en détention.

Lorsque les survivantes retournent dans leurs communautés, parfois enceintes ou avec des enfants nés de combattants des ADF, elles sont confrontées à une stigmatisation et à un harcèlement considérables.

Accès à la justice

Malgré certains progrès, notamment des réformes légales, le recours accru aux tribunaux itinérants et un certain nombre de condamnations relativement médiatisées, l’accès à la justice dans l’est de la RD Congo reste difficile pour la plupart des survivantes de violences sexuelles. Aucune des personnes interviewées n’avait déposé de plainte officielle. Beaucoup estimaient que les plaintes n’avaient aucune chance d’aboutir à une issue favorable parce qu’elles ne seraient pas en mesure de reconnaître leurs agresseurs. D’autres ont indiqué qu’elles ne savaient pas comment saisir la justice ou qu’elles n’avaient pas confiance dans le système judiciaire. Les autorités judiciaires militaires du Nord-Kivu et de l’Ituri ont déclaré que les violences sexuelles étaient une priorité pour elles, mais ont souligné le problème de l’identification des suspects et ont expliqué que le manque de financement et l’insécurité persistante rendaient les enquêtes sur place difficiles. Dans le Nord-Kivu et en Ituri, une équipe dédiée du bureau du procureur militaire s’occupe des cas de violences sexuelles.

Même lorsque les affaires sont portées devant les tribunaux compétents, il y a des problèmes. Les procès se déroulent en français, langue que de nombreuses survivantes ne parlent pas, dans le cadre d’un système judiciaire militaire qui a été critiqué pour violation des droits humains. Les dépenses que cela implique rendent la justice hors d’atteinte pour beaucoup de victimes. Pour intenter une action, en plus des honoraires d’avocat, les plaignantes doivent payer pour obtenir des rapports médicaux, des preuves médico-légales et des copies des dossiers judiciaires. Les coûts administratifs peuvent atteindre 1 000 USD par affaire. La protection des victimes et des témoins constitue également un problème important, en particulier dans l’environnement instable actuel.

Il est essentiel que le gouvernement congolais et les partenaires internationaux renforcent leur soutien aux efforts de responsabilisation nationaux. Le gouvernement devrait aussi envisager de créer un mécanisme de justice internationalisé qui pourrait compléter le travail de la CPI et des tribunaux nationaux, principalement militaires. Ce mécanisme, qui pourrait prendre la forme de chambres mixtes spécialisées ou d’un tribunal mixte spécial, permettrait d’accroître la capacité du système judiciaire national à mener des enquêtes et des poursuites sur les crimes internationaux graves, y compris les violences sexuelles, de manière équitable et efficace.

Réparations

Le gouvernement congolais a lancé le FONAREV, un projet bien financé doté d’un budget important, pour fournir des réparations aux victimes de violences sexuelles et d’autres crimes graves, ainsi qu’une aide d’urgence aux personnes qui ont récemment survécu à des violences sexuelles. Sa directrice générale adjointe, Emmanuella Zandi, a déclaré que le FONAREV avait effectué des versements à plus de 1 000 victimes dans les provinces de l’Ituri, des Kasaï et du Bas-Congo à qui des réparations avaient été dues dans le cadre de condamnations judiciaires.

Cependant, le programme, dont le financement est censé inclure 11 % des revenus miniers totaux de la RD Congo, a fait l’objet d’allégations de corruption. Le FONAREV a répondu à ces allégations en octobre, en publiant un communiqué de presse dans lequel il a déclaré qu’il recruterait un cabinet externe chargé d’auditer ses comptes de manière indépendante.

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Articles

RFI  Afrikarabia  Actualites.cd

10.01.2026 à 01:40

États-Unis : Meurtre injustifié d’une femme par un agent de l’ICE à Minneapolis

Human Rights Watch

Click to expand Image Une foule de personnes participaient à une veillée commémorative en hommage à Renee Nicole Good, abattue par un agent de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) à Minneapolis, dans le Minnesota, aux États-Unis, le 7 janvier 2026.   © 2026 Jaida Grey Eagle/Bloomberg via Getty Images

(Washington, le 9 janvier 2026) – Le meurtre d’une femme à Minneapolis par un agent fédéral des services d’immigration des États-Unis, le 7 janvier était injustifiable, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Trois vidéos de l’incident, partagées sur les réseaux sociaux et vérifiées par Human Rights Watch et par différents médias, contredisent clairement les affirmations des responsables du gouvernement selon qui la victime aurait « utilisé son véhicule comme arme » ou tenté de tuer des agents avant que l’un d’entre eux n’ouvre le feu.

Des agents des services de l'immigration et les douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) ont interpellé Renee Nicole Good, une citoyenne américaine de 37 ans, dans une rue résidentielle du sud de Minneapolis dont elle avait bloqué le passage avec sa voiture, comme l’a expliqué une femme qui se trouvait sur les lieux. Alors qu’elle tentait de s’éloigner des agents, l’un d’eux lui a tiré dessus à trois reprises à bout portant. Une déclaration de l’épouse de Renee Nicole Good, publiée dans un média local, indique que les deux femmes avaient alerté leurs voisins de la présence de l’ICE. « Nous avions des sifflets », indiquait Becca Good dans sa déclaration. « Ils avaient des armes. »

« Au cours de l’année écoulée, les agents de l’ICE et d’autres organismes fédéraux se sont livrés en toute impunité à des abus contre des communautés immigrées à travers tous les États-Unis », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Cet incident horrible est le dernier signe en date que leurs tactiques abusives mettent des vies en danger, y compris celles de personnes qui ne sont pas visées par les mesures d’application des lois relatives à l’immigration. »

Human Rights Watch a analysé quatre vidéos des tirs, ainsi qu’une autre vidéo filmée peu après, et examiné quatre témoignages parus dans les médias locaux.

Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux par un journaliste du Minnesota Reformer et diffusée ultérieurement par NBC News, Renee Good apparaît au volant d’une Honda Pilot de couleur bordeaux, stationnée au milieu de la route, tandis que des véhicules banalisés tentent de la dépasser. Elle semble leur faire signe de la contourner. Un véhicule y parvient, et elle fait signe à un deuxième de passer, mais celui-ci s’arrête perpendiculairement à la voiture de Renee Good. Deux agents en sortent et se dirigent vers elle en criant : « Sortez de la voiture ! »

L’un d’eux tente d’ouvrir la portière côté conducteur en saisissant la poignée, puis en passant la main par la fenêtre. Un troisième agent s’approche du côté passager du véhicule. Renee Good fait brièvement marche arrière, apparemment pour tenter d’échapper aux policiers. Le troisième agent s’approche du côté conducteur tandis qu’elle commence à rouler dans la direction opposée. Sortant son arme, le troisième agent tire trois coups de feu à hauteur des yeux, d’abord à travers le pare-brise, puis à travers la vitre côté conducteur. La voiture de Renee Good accélère et percute une voiture garée un peu plus loin. 

Une deuxième vidéo de l’incident, filmée par l’agent qui a ouvert le feu, montre que Renee Good tourne le volant et accélère pour s’éloigner des agents. Le véhicule n’est plus visible dans la vidéo lorsque l’agent fait feu. Une troisième vidéo de l’incident, ainsi qu’une quatrième vidéo, corroborent cette analyse, montrant le véhicule de Renee Good s’éloignant des agents, alors que des coups de feu retentissent. 

Les vidéos analysées par Human Rights Watch ne permettent pas de déterminer avec certitude si le véhicule a heurté l'agent. Cependant, elles montrent qu'au moment des tirs, l'agent se trouvait sur le côté gauche du véhicule, en dehors de sa trajectoire directe, et que le véhicule s'éloignait de lui et des autres agents. L’analyse combinée des vidéos montre que l’agent ne pouvait pas craindre de manière raisonnable que sa vie était en danger, ou qu’il risquait de subir des blessures graves.

Dans une autre vidéo, filmée après les faits, un passant se tenant de l’autre côté de la rue, près de la voiture de Good, demande : « Puis-je prendre son pouls ? Je suis médecin. » Un agent refuse. On voit Good, toujours à l’intérieur du véhicule, ensanglantée et inerte, tandis que plusieurs agents se tiennent autour de son véhicule sans tenter de lui porter secours.

Selon la mairie de Minneapolis, les policiers qui sont intervenus sur les lieux ont trouvé Renee Good avec des « blessures par balle potentiellement mortelles », et les pompiers lui ont prodigué les premiers soins en attendant l’arrivée des ambulanciers. Deux témoins ont déclaré aux médias qu’en raison des véhicules de l’ICE qui étaient déjà garés dans la rue , les ambulanciers ont dû se garer plus loin et se rendre à pied auprès de la victime depuis le bout de la rue. Renee Good est décédée plus tard à l’hôpital, a indiqué la mairie.

Le Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) a rapidement publié un communiqué affirmant que Renee Good avait tenté de tuer des agents de l’ICE avec son véhicule, en se livrant à un « acte de terrorisme intérieur ». Ce récit est totalement incompatible avec toute analyse raisonnable des images vidéo disponibles, a déclaré Human Rights Watch.

Cet incident mortel est survenu dans un contexte de déploiement accru d’agents fédéraux de l’immigration à Minneapolis.

Des milliers de personnes se sont rassemblées lors d’une veillée le soir du 7 janvier pour honorer la mémoire de la victime et protester contre la présence de l’ICE à Minneapolis. L’incident mortel a déclenché des manifestations dans d’autres villes, notamment New York, San Francisco, Chicago et Seattle.

Le meurtre de Renee Good est survenu dans le cadre d’une série d’incidents où des armes à feu ont été utilisées dans des circonstances douteuses lors d’opérations de contrôle de l’immigration, a déclaré Human Rights Watch. Le 24 décembre 2025, un agent de l’ICE a ouvert le feu sur Tiago Alexandre Sousa-Martins, qui était à bord de son véhicule à Glen Burnie, dans le Maryland, provoquant un accident. Le DHS a affirmé que Sousa-Martins se serait « servie de son véhicule comme d’une arme », percutant des véhicules de l’ICE et fonçant « directement sur les agents ». Bien qu’aucune vidéo de la fusillade n’ait été diffusée, une déclaration de la police locale remet en question cette version officielle, affirmant qu’un deuxième homme blessé dans l’accident n’était pas un passager de la voiture de Sousa-Martins, comme l’affirmait le DHS, mais qu’il avait été blessé alors qu’il était détenu dans un véhicule de l’ICE.

En octobre, à Chicago, un agent des douanes et de la protection des frontières (Customs and Border Patrol, CBP) a tiré à cinq reprises sur Marimar Martinez. Le lendemain, celle-ci a été inculpée et accusée d’avoir percuté un véhicule du CBP avec sa voiture, mais l’affaire a été classée sans suite. En septembre, un agent de l’ICE a tiré sur Silverio Villegas-Gonzalez près de Chicago, affirmant que ce dernier avait « foncé sur les forces de l’ordre avec sa voiture ». Or, les images de vidéosurveillance ne montrent pas sa voiture fonçant sur les forces de l’ordre ni les percutant.

La directive du DHS sur le recours à la force ne l’autorise que lorsqu'aucune autre solution raisonnable ne semble possible ; l'usage de la force létale est interdit, sauf si l'agent a des raisons de croire qu'il existe une menace imminente de mort ou de blessures graves. Cette politique du DHS a été mise en place en 2023, afin de se conformer à un décret présidentiel alors en vigueur (et depuis abrogé par le président Trump) qui enjoignait aux agences fédérales d'application de la loi d'adopter des politiques d'usage de la force « équivalentes ou plus contraignantes », en comparaison avec la directives du ministère de la Justice, adoptées en 2022. Les deux directives du DHS et du ministère de la Justice interdisent explicitement aux forces de l’ordre de faire usage d’armes à feu « dans le seul but d’immobiliser des véhicules en mouvement ». Selon la directive du ministère de la Justice, même lorsqu’un « véhicule est conduit d’une manière qui menace de causer la mort ou des blessures graves », un agent ne peut faire usage d’une arme à feu s’il peut raisonnablement éviter le danger, notamment en « s’écartant de la trajectoire du véhicule ».

Conformément aux normes internationales relatives aux droits humains, les forces de l’ordre ne peuvent utiliser intentionnellement la force létale que « lorsque cela est strictement inévitable, afin de protéger des vies ». Ces normes stipulent également qu’elles doivent veiller à ce que les blessés reçoivent des soins médicaux le plus rapidement possible.

Human Rights Watch a documenté d’autres incidents impliquant l’usage excessif de la force par des agents du gouvernement contre des immigrants et des personnes manifestant contre l’intensification des raids et des détentions depuis que l’administration Trump a lancé sa violente campagne de répression de l’immigration l’an dernier. Ces abus sont aggravés par le fait que les forces de l’ordre dissimulent leur identité à l’aide de masques, une pratique devenue courante parmi les agents fédéraux chargés de l’application des lois sur l’immigration et qui fait obstacle à l’établissement des responsabilités.

L’administration Trump a démantelé des mécanismes de contrôle essentiels au sein du département DHS, notamment le Bureau des droits civiques et des libertés civiles (Office for Civil Rights and Civil Liberties, CRCL), qui aurait pu enquêter sur une fusillade illégale menée par l’ICE, mais dont les capacités ont été considérablement réduites par des coupes budgétaires drastiques.

Le 7 janvier, le chef de la police de Minneapolis a déclaré que le FBI et le Bureau chargé de l’arrestation de criminels (Bureau of Criminal Apprehension, BCA), une agence relevant du Département de la sécurité publique du Minnesota, enquêteraient conjointement sur la fusillade. Cependant, le lendemain, le BCA a annoncé la clôture de cette enquête après que le FBI a indiqué qu’il ne lui permettrait plus d’accéder aux preuves et qu’il mènerait l’enquête seul.

Les autorités locales et fédérales devraient redoubler d’efforts communs pour enquêter de manière approfondie et impartiale sur le meurtre de Renee Good, a déclaré Human Rights Watch. En l’absence de mécanismes de contrôle internes solides au sein du DHS, les commissions parlementaires pertinentes du Congrès devraient organiser des auditions à ce sujet.

« La mort de Renee Good est un exemple effroyable des dangers posés par des forces de l’ordre autorisées à agir en toute impunité, et adresse un message menaçant et potentiellement dissuasif aux personnes migrantes, aux manifestants et aux passants », a conclu Ida Sawyer. « Les autorités devraient enquêter sur ce meurtre publiquement et de manière approfondie, et veiller à ce que justice soit rendue. »

Mise à jour : Ce communiqué a été mis à jour le 13 janvier 2026, afin de compléter l’analyse de vidéos de l'incident mise en ligne le 9 janvier, et de fournir des informations complémentaires sur les directives concernant l’utilisation de la force, qui s’appliquent aux agences du Département de la Sécurité intérieure (DHS).

09.01.2026 à 00:40

Iran : Nouveau cycle de répression sanglante de manifestations

Human Rights Watch

Click to expand Image Des photos de 28 personnes tuées par les forces de sécurité iraniennes entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026, lors de la répression des manifestations en Iran. © Amnesty International

(Beyrouth) – Les autorités iraniennes mènent depuis le 28 décembre 2025 une répression meurtrière contre les manifestant·e·s à travers le pays : les forces de sécurité font un usage illégal de la force et des armes à feu et procèdent à des arrestations arbitraires massives, ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch le 8 janvier 2026.

Les deux organisations concluent que les forces de sécurité, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et la police iranienne, connue sous son acronyme persan FARAJA, ont de manière illégale tiré avec des fusils et des fusils à pompe chargés de projectiles en métal, utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes, et roué de coups des manifestant·e·s majoritairement pacifiques afin de les disperser, de les intimider et de les punir.

Selon des informations crédibles recueillies par Amnesty International et Human Rights Watch, cette répression a entraîné la mort d’au moins 28 manifestants et passants, dont des mineurs, dans 13 villes situées dans huit provinces, entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026.

« Les Iraniennes et les Iraniens qui osent exprimer leur colère face à des décennies de répression et réclamer des changements de fond se heurtent une fois de plus à une réponse mortelle : les forces de sécurité tirent illégalement sur les manifestant·e·s, les pourchassent, les arrêtent et les rouent de coups. Ces scènes ne sont pas sans rappeler le soulèvement “ Femme, vie, liberté ” de 2022. Le plus haut organe iranien en charge de la sécurité, le Conseil suprême de sécurité nationale, doit ordonner aux forces de l’ordre de cesser de recourir illégalement à la force et aux armes à feu », a déclaré Diana Eltahawy, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Des manifestations ont éclaté le 28 décembre 2025 à la suite de l’effondrement brutal de la monnaie, dans un contexte d’inflation galopante, de mauvaise gestion chronique des services essentiels par l’État, notamment l’accès à l’eau, et de dégradation des conditions de vie. Des magasins ont fermé et des grèves ont éclaté dans le Grand bazar de Téhéran, avant que la contestation ne s’étende rapidement à tout le pays, sous forme de manifestations de rue qui appellent à la chute du régime de la République islamique et revendiquent le respect des droits humains, la dignité et la liberté. Les autorités ont réagi en dispersant les rassemblements avec violence et en procédant à des arrestations massives : des centaines de personnes ont déjà été arrêtées arbitrairement et risquent d’être victimes d’actes de torture et de mauvais traitements.

« Au regard de la fréquence et de la persistance avec lesquelles les membres des forces de sécurité en Iran recourent illégalement à la force, y compris meurtrière, contre les manifestant·e·s, et de l’impunité systématique dont bénéficient ceux qui commettent de graves violations, l’usage de telles armes pour réprimer les manifestations constitue une politique d’État bien ancrée », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Human Rights Watch et Amnesty International se sont entretenues avec 26 personnes, dont des manifestant·e·s, des témoins, des défenseur·e·s des droits humains, des journalistes et un professionnel de santé, ont examiné les déclarations officielles et analysé des dizaines de vidéos authentifiées, publiées en ligne ou qui leur ont été transmises. Un médecin légiste indépendant qu’a consulté Amnesty International a examiné des photos de manifestant·e·s blessés ou tués.

Les hauts responsables de l’État iranien diabolisent les manifestant·e·s, les qualifiant d’« émeutiers », et promettent une réponse « ferme ».

Le 3 janvier 2026, date à laquelle les forces de sécurité ont tué au moins 11 manifestant·e·s, le Guide suprême Ali Khamenei a déclaré qu’il fallait « remettre les émeutiers à leur place ». Ce même jour, la branche provinciale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de la province du Lorestan a fait savoir que la période de « tolérance » était terminée, s’engageant à cibler « les émeutiers, les organisateurs et les leaders des mouvements portant atteinte à la sécurité… sans indulgence ».

Le 5 janvier, le responsable du pouvoir judiciaire a enjoint aux procureurs de ne faire preuve d’« aucune indulgence » vis-à-vis des manifestant·e·s et d’accélérer leurs procès.

Les États membres de l’ONU et les organismes régionaux, tels que l’Union européenne (UE), devraient condamner publiquement et sans équivoque ces agissements et mener sans attendre une action diplomatique visant à faire pression sur les autorités iraniennes pour qu’elles mettent fin au bain de sang.

Au regard du climat général d’impunité systémique qui a permis aux autorités iraniennes de commettre encore et encore des crimes relevant du droit international qu’ont recensés Amnesty International et Human Rights Watch, notamment les homicides, les actes de torture, les viols et les disparitions forcées visant à éliminer et sanctionner la dissidence, les deux organisations invitent les autorités chargées des poursuites dans des pays tiers à ouvrir des enquêtes pénales en vertu du principe de juridiction universelle, en vue de décerner des mandats d’arrêt contre les auteurs présumés de ces agissements.

Informations complémentaires

Usage illégal de la force et homicides

Les 28 victimes ont toutes été abattues par les forces de sécurité, notamment par des tirs de projectiles en métal à l’aide de fusils à pompe. Dans le droit fil de sa stratégie bien connue de déni et de silence, l’État iranien dément toute responsabilité dans ces homicides. Il a contraint certaines familles de victimes à apparaître dans les médias officiels pour attribuer ces décès à des accidents ou aux manifestants, les menaçant de représailles et d’inhumer en secret leurs proches si elles refusaient de le faire.

Amnesty International et Human Rights Watch ont conclu que les manifestant·e·s étaient majoritairement pacifiques. Certaines images et informations examinées indiquent que certains se sont livrés à des actes de violence ; cependant, dans tous les faits impliquant des tirs sur lesquels elles ont enquêté, il n’existait aucune menace imminente de mort ou de blessure grave justifiant l’usage d’armes à feu.

Selon les éléments de preuve qu’elles ont recueillis, les provinces du Lorestan et d’Ilam, où vivent les minorités ethniques kurde et lor, ont été le théâtre des répressions les plus meurtrières : au moins huit morts dans le Lorestan et cinq dans l’Ilam. Entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026, des homicides sont également à déplorer dans d’autres provinces, notamment dans celle du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, du Fars et de Kermanshah (au moins quatre morts dans chaque), ainsi que celles d’Ispahan, de Hamedan et de Qom (au moins un mort dans chaque).

Une manifestante à Azna, dans la province du Lorestan, a déclaré à Amnesty International que dans la soirée du 1er janvier 2026, les forces de sécurité avaient ouvert le feu sur des manifestants pacifiques près du bureau du gouverneur du comté, sur la place Azadegan. Elle a partagé une vidéo, qui a été authentifiée, montrant un gardien de la révolution islamique tirer sur des manifestants. Une fois la foule dispersée, certains se sont regroupés devant un poste de police voisin, où ils ont de nouveau essuyé des tirs des forces de l’ordre.

Sur des vidéos authentifiées, mises en ligne le 1er janvier, on peut voir des manifestants scander des slogans devant le poste de police. On entend des bruits de tirs dans au moins l’une de ces vidéos.

D’après les informations examinées, au moins six manifestants ont été tués à Azna : il s’agit de Vahab Mousavi, Mostafa Falahi, Shayan Asadollahi, Ahmadreza Amani et Reza Moradi Abdolvand. Les autorités n’ont toujours pas restitué le corps de Taha Safari, 16 ans, initialement porté disparu. D’après une source bien informée, le 3 janvier, les membres de sa famille se sont rendus dans un commissariat pour s’enquérir de son sort et un policier leur a montré des photos de plusieurs personnes décédées ; la famille a alors identifié Taha Safari. Il présentait des blessures graves et visibles à la tête.

D’après le témoignage d’un manifestant à Malekshahi, dans la province d’Ilam, dans l’après-midi du 3 janvier, des centaines de manifestants pacifiques ont défilé depuis la place Shohada jusqu’à une base bassidji du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) :

Des agents du CGRI ont ouvert le feu depuis l’intérieur de la base, tirant sans se soucier de qui ils touchaient… Trois ou quatre personnes ont été tuées sur le coup et beaucoup d’autres blessées. Les manifestant·e·s ne portaient absolument pas d’armes.

Sur deux vidéos authentifiées provenant de Malekshahi et filmées dans l’après-midi, on peut voir des manifestants, devant la base bassidji, fuir au milieu des coups de feu. Une autre vidéo publiée en ligne montre six agents à l’intérieur de la base, dont au moins un ouvre le feu en direction des manifestants. Dans deux vidéos, on peut voir trois victimes, inertes, présentant des blessures visibles.

Des sources bien informées assurent que trois manifestants – Reza Azimzadeh, Latif Karimi et Mehdi Emamipour – ont été tués sur le coup. Deux autres, Fares (Mohsen) Agha Mohammadi et Mohammad Reza Karami, ont succombé par la suite à leurs blessures.

Dans la région de Jafarabad, dans la province de Kermanshah, Reza Ghanbary et deux frères, Rasoul Kadivarian et Reza Kadivarian, ont été abattus le 3 janvier. Un défenseur des droits humains a raconté que des agents en civil, arrivés à bord de trois véhicules blancs, ont tiré des projectiles en métal sur les deux frères qui faisaient partie d’un groupe de manifestants tentant de bloquer la route.

Dans la province du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, Ahmad Jalil et Sajad Valamanesh ont été tués par les forces de sécurité lors de manifestations à Lordegan le 1er janvier et Soroush Soleimani à Hafshejan, le 3 janvier, selon les informations transmises par un défenseur des droits humains. Amnesty International et Human Rights Watch ont analysé des photos de leurs dépouilles, qui présentent des traces caractéristiques de blessures par balles métalliques au niveau du torse.

Des manifestant·e·s grièvement blessé·e·s

Amnesty International et Human Rights Watch ont recensé de très nombreuses blessures dues à l’utilisation généralisée de projectiles métalliques tirés par des fusils de chasse, notamment des blessures à la tête et aux yeux, ainsi que des blessures causées par des tirs de fusils et des coups assénés à l’aide de ces mêmes armes.

D’après le témoignage d’un manifestant de Dehdasht, dans la province de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad, il s’est fait tirer dessus lors des manifestations du 3 janvier. Craignant d’être arrêté, il n’est pas allé se faire soigner à l’hôpital malgré le risque de perdre sa jambe. Un médecin légiste indépendant consulté par Amnesty International, qui a examiné une photographie de sa blessure, a noté qu’elle pouvait avoir été causée par un seul plomb de fusil à pompe. 

Le 6 janvier 2026, un photographe de la ville d’Ilam a publié une vidéo sur les réseaux sociaux, filmant son visage ensanglanté et couvert de blessures causées par des plombs métalliques. Montrant une bille de métal à la caméra, il explique que les forces de sécurité utilisent des munitions de chasse contre les manifestants : « Tuer un être humain est un jeu pour eux. Ils pensent que nous sommes des proies et ils se prennent pour des chasseurs. »

D’après le témoignage d’une habitante de la ville d’Ispahan, elle a été poussée à terre par un policier, qui lui a piétiné le dos, alors qu’elle fuyait face à la dispersion violente des manifestations. Elle a partagé des images montrant son visage couvert de sang et de multiples écorchures.

« Plus je me débattais, plus il appuyait fort », a-t-elle raconté. « Je ne pouvais plus bouger. J’ai crié, mais il m’a dit de la fermer. »

Force est de constater que la présence des forces de sécurité dans les hôpitaux dissuade de nombreux manifestant·e·s blessés de se faire soigner, augmentant ainsi le risque de décès. Selon un défenseur des droits humains, Mohsen Armak est mort à Hafshejan, dans la province du Tchaharmahal-et-Bakhtiari, après avoir été transporté dans une ferme plutôt qu’à l’hôpital, alors qu’il avait été blessé par un projectile métallique le 3 janvier.

Le 4 janvier, les forces spéciales de la police iranienne (FARAJA) et du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont attaqué l’hôpital Imam Khomeini à Ilam, où des manifestant·e·s blessés étaient soignés. Selon un défenseur des droits humains et des séquences vidéo vérifiées, ils ont tiré avec des fusils chargés de balles métalliques et de gaz lacrymogène dans l’enceinte de l’hôpital, ont brisé des portes vitrées et frappé des patient·e·s, leurs proches et des soignant·e·s.

Des arrestations arbitraires massives

Les forces de sécurité ont procédé à l’arrestation arbitraire de centaines de manifestant·e·s, dont des mineur·e·s âgés d’à peine 14 ans, au cours de la dispersion des rassemblements et de raids nocturnes dans des habitations, mais aussi dans les hôpitaux.

Nombre d’entre eux ont été soumis à des disparitions forcées et à des détentions au secret, les exposant ainsi à un risque accru de torture et de mauvais traitements.

Les autorités ont déjà diffusé certains « aveux » obtenus sous la contrainte. Le 5 janvier 2026, Tasnim News, site affilié au Corps des gardiens de la révolution islamique, a diffusé les « aveux » d’une jeune femme de 18 ans et d’une adolescente de 16 ans, les accusant d’avoir « mené des émeutes ».

Les autorités iraniennes devraient libérer immédiatement et sans condition toute personne détenue uniquement pour avoir participé sans violence ou exprimé son soutien à des manifestations. Toutes les personnes détenues doivent être protégées contre la torture et toute autre forme de mauvais traitements, et avoir la possibilité d’entrer en contact sans délai avec leurs proches, de consulter leurs avocats et de bénéficier des soins médicaux dont elles ont besoin.

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Autres liens :

Communiqué principal d’Amnesty International.

Autre communiqué d’Amnesty France

Articles

France 24  Le Monde

CSDHI

08.01.2026 à 18:59

Myanmar : La CIJ tient des audiences dans l'affaire du génocide des Rohingyas

Human Rights Watch

Click to expand Image Des Rohingyas ayant fui le Myanmar traversaient des rizières près de Teknaf, au Bangladesh, après avoir franchi la frontière entre les deux pays le 1er septembre 2017. © 2017 AP Photo/Bernat Armangue

(La Haye, 8 janvier 2026) – Les audiences tenues par la Cour internationale de justice (CIJ) dans l'affaire du génocide au Myanmar reflètent la nécessité de rendre justice à l'ethnie rohingya, ont conjointement déclaré cinq organisations – Burmese Rohingya Organisation UK, Global Justice Center, Human Rights Watch, Refugee Women for Peace and Justice, ainsi que Women's Peace Network – aujourd'hui. Les audiences relatives à cette affaire débuteront le 12 janvier.

En août 2017, les forces de sécurité du Myanmar ont lancé une campagne massive de massacres, de viols et d'incendies criminels contre les Rohingyas dans le nord de l'État de Rakhine, forçant plus de 700 000 personnes à fuir vers le Bangladesh voisin. En novembre 2019, la Gambie a déposé auprès de la CIJ une requête alléguant que les atrocités commises par le Myanmar contre les Rohingyas constituent un génocide et violent la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Il ne s'agit pas d'une affaire pénale contre des individus, mais d'une demande de détermination juridique de la responsabilité de l'État du Myanmar dans le génocide.

« Le fait que l'affaire historique intentée par la Gambie contre le Myanmar entre enfin dans sa phase de fond redonne espoir aux Rohingyas que nos décennies de souffrances pourraient enfin prendre fin », a déclaré Wai Wai Nu, fondatrice et directrice exécutive de Women's Peace Network. « Alors que les violations à l'encontre des Rohingyas se poursuivent, le monde doit rester ferme dans sa quête de justice et dans ses efforts pour mettre fin à l'impunité au Myanmar et rétablir nos droits. »

9 décembre 2019 Questions et réponses sur l’action judiciaire intentée par la Gambie contre le Myanmar pour génocide devant la CIJ

En décembre 2019, la CIJ a tenu des audiences sur la demande de mesures provisoires présentée par la Gambie afin de protéger les Rohingyas restés au Myanmar contre le génocide, que la Cour a adoptées à l'unanimité en janvier 2020. Les mesures provisoires de la Cour exigent que le Myanmar empêche tous les actes de génocide contre les Rohingyas, veille à ce que les forces de sécurité ne commettent pas d'actes de génocide et prenne des mesures pour préserver les preuves liées à l'affaire. Le Myanmar est légalement tenu de s'y conformer. Human Rights Watch et d'autres organisations ont documenté les graves violations commises à l'encontre des Rohingyas restés au Myanmar, en violation des mesures provisoires ordonnées par la Cour.

Le 1er février 2021, l'armée du Myanmar a organisé un coup d'État, renversé le gouvernement démocratiquement élu et installé une junte militaire. Depuis le coup d'État, un conflit armé entre les forces de sécurité du Myanmar et les forces d'opposition et les groupes armés ethniques a embrasé une grande partie du pays, les forces de sécurité commettant de graves violations, notamment des frappes aériennes contre des civils dans plusieurs zones ethniques.

L'armée birmane soumet depuis longtemps les Rohingyas à des crimes atroces, notamment des crimes contre l'humanité tels que l'apartheid, la persécution et la privation de liberté. Depuis fin 2023, les civils rohingyas sont pris au piège dans les combats entre la junte et le groupe armé ethnique Arakan Army. Les deux camps ont commis de graves violations, notamment des exécutions extrajudiciaires, des incendies criminels généralisés et des recrutements illégaux.

« Il faut mettre fin au cercle vicieux des violations commises par l’armée du Myanmar et de l'impunité dont elle bénéficie », a déclaré Shayna Bauchner, chercheuse auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Pour cela, les autres gouvernements devraient commencer par obliger la junte à respecter son obligation légale de se conformer aux mesures provisoires ordonnées par la CIJ. »

En janvier 2021, le gouvernement de la Ligue nationale pour la démocratie, dirigé par Aung San Suu Kyi, a déposé des objections préliminaires contestant la compétence de la CIJ et la qualité pour agir de la Gambie. En février 2022, la CIJ a entendu les objections de la junte militaire birmane. En juillet, la Cour a rejeté ces objections, permettant ainsi à l'affaire d'être jugée au fond.

Pour établir qu'un génocide a été commis au sens de la Convention sur le génocide, il faut démontrer que des actes génocidaires ont été commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

Au cours des trois semaines d'audiences à la CIJ, les parties devraient présenter leurs arguments et les preuves à l'appui pour déterminer si le Myanmar a violé la Convention sur le génocide.

Onze pays sont intervenus dans l'affaire, mais ne présenteront pas d'exposé oral lors des audiences sur le fond. Si leurs observations écrites restent confidentielles, leurs déclarations d'intervention exposent plusieurs arguments à l'appui de la position de la Gambie, notamment sur la question de l'intention génocidaire, la portée de l'obligation de prévenir et de punir le génocide, et le rôle de la violence sexuelle et sexiste dans la détermination du génocide. Ce dernier point est détaillé dans un document publié par le Global Justice Center.

« Le génocide ne se manifeste pas uniquement par des massacres », a déclaré Elise Keppler, directrice exécutive du Global Justice Center. « Au Myanmar, les violences sexuelles et reproductives ciblées infligées aux femmes et aux filles rohingyas avaient pour but de briser les familles, de menacer leur avenir et d'éliminer toute possibilité de survie en tant que groupe. Une analyse tenant compte des questions de genre permet de mettre en évidence cette intention. Sans elle, l'argument selon lequel un génocide a été commis contre les Rohingyas est incomplet. »

Outre l'affaire portée devant la CIJ par la Gambie, plusieurs initiatives sont en cours pour traduire en justice les auteurs individuels de crimes commis au Myanmar.

En 2019, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête sur des crimes graves présumés contre les Rohingyas. Bien que le Myanmar ne soit pas membre de la CPI, les juges de la Cour ont déterminé que la CPI était compétente pour statuer sur cette affaire, car au moins un élément des crimes présumés a été commis au Bangladesh, qui est membre de la CPI. En novembre 2024, le procureur de la CPI a demandé un mandat d'arrêt contre l' Min Aung Hlaing , commandant en chef de l'armée du Myanmar, alléguant sa responsabilité dans les crimes contre l'humanité que sont la déportation et la persécution des Rohingyas en 2017.

Afin d'assurer une responsabilité globale, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait étendre la compétence de la CPI pour traiter l'ensemble des crimes en renvoyant la situation au Myanmar devant la Cour, ont déclaré les groupes.

En novembre 2019, plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Burmese Rohingya Organisation UK, ont engagé une procédure pénale en Argentine en vertu du principe de compétence universelle contre les autorités du Myanmar, pour les crimes commis dans l'État de Rakhine. En février 2025, un tribunal argentin a émis des mandats d'arrêt contre 25 personnes du Myanmar, dont Min Aung Hlaing.

« Pour traiter pleinement l'ampleur des crimes commis contre les Rohingyas, il est essentiel de rechercher la justice et la responsabilité par différents moyens », a déclaré Tun Khin, président de l'Organisation des Rohingyas birmans au Royaume-Uni. « Cette affaire et la recherche de la justice ne concernent pas seulement la responsabilité des atrocités passées, mais aussi la prévention de celles à venir. »

La plainte déposée par la Gambie en 2019 était la première fois qu'un pays sans lien direct avec les crimes présumés utilisait son statut de membre de la Convention sur le génocide pour saisir la CIJ.

En décembre 2023, l'Afrique du Sud a saisi la CIJ d'une plainte alléguant qu'Israël avait violé la Convention sur le génocide en commettant un génocide contre les Palestiniens à Gaza et en ne l'empêchant pas, notamment en ne tenant pas les hauts responsables israéliens et autres personnes pour responsables de leur incitation directe et publique au génocide. En janvier, mars et mai 2024, la Cour a ordonné la prise de mesures provisoires, mais Israël a ignoré les ordonnances de la Cour lui enjoignant d'ouvrir les points de passage vers Gaza et d'autoriser l'entrée d'une aide humanitaire suffisante.

« L'affaire du Myanmar portée devant la CIJ est une lueur d'espoir pour des centaines de milliers de personnes comme moi, qui espèrent que notre combat pour la justice ne restera pas sans réponse », a déclaré Lucky Karim, fondatrice et directrice exécutive de Refugee Women for Peace and Justice. « Cette affaire, ainsi que d'autres affaires portées devant la CIJ, constituent un avertissement puissant pour les États abusifs du monde entier, qui savent qu'un jour, eux aussi, ils pourraient être appelés à répondre de leurs actes devant un tribunal. »

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08.01.2026 à 06:00

Yémen : Les arrestations par les Houthis bloquent l'aide humanitaire sur fond de crise

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule de police était garé près de l’entrée des locaux des Nations Unies dans le quartier de Hadda à Sanaa, au Yémen, le 29 octobre 2025 ; plusieurs jours auparavant, les autorités houthies y ont arrêté plusieurs employés yéménites, qu’ils ont placés en détention.   © 2025 Khaled Abdullah/Reuters Au cours des 18 derniers mois, les autorités houthies ont arbitrairement arrêté au moins 69 employés yéménites des Nations Unies et des dizaines d’employés d’organisations de la société civile, sans leur garantir une procédure régulière.L'intensification des arrestations par les Houthis d’employés d’organisations de la société civile et d'agences des Nations Unies risque d'aggraver la crise humanitaire au Yémen, qui est déjà l'une des pires au monde.Les Nations Unies, les groupes indépendants travaillant au Yémen et les gouvernements préoccupés devraient impérativement prendre toutes les mesures possibles pour assurer la libération des personnes détenues.

(Beyrouth) – Au Yémen, les Houthis ont intensifié leur campagne d’arrestations de membres du personnel d’organisations de la société civile et des Nations Unies, aggravant ainsi l’une des pires crises humanitaires au monde, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Au 4 janvier 2026, au moins 69 employés yéménites des Nations Unies étaient arbitrairement détenus, tout comme des dizaines d’employés yéménites d'organisations non gouvernementales locales et internationales ; parmi eux, de nombreux détenus sont visés de manière infondée par des accusations d'espionnage. Au cours des derniers mois, les Houthis ont également mené des raids au Centre d'hébergement commun des Nations Unies (UN Common Accommodation Facility, UNCAF) à Sanaa, ainsi qu’aux bureaux de plusieurs agences de l’ONU, d'organisations non gouvernementales internationales et de groupes locaux de la société civile, emportant dans certains cas leurs équipements.

« Les Houthis détiennent des travailleurs humanitaires qui apportent une aide vitale au peuple yéménite, alors qu'ils ne subviennent pas eux-mêmes aux besoins fondamentaux des personnes vivant sur leurs territoires », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Ils devraient immédiatement libérer les dizaines de personnes qu'ils ont arbitrairement arrêtées, et cesser d'entraver la distribution de l'aide humanitaire. »

La détention par les Houthis d’employés des Nations Unies et d’organisations de la société civile se poursuit, alors que les conditions de famine s’aggravent au Yémen. Dans leur dernier rapport sur la faim dans le monde, le Programme alimentaire mondial (PAM, ou WFP en anglais) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (Food and Agricultural Organization, FAO) ont lancé cet avertissement au sujet du Yémen : « La situation déjà critique d'insécurité alimentaire aiguë devrait encore se détériorer au cours de la période anticipée [novembre 2025 à mai 2026], certains segments de la population [dans quatre districts sous contrôle houthi] étant susceptibles d'être confrontés à une catastrophe ».

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 36 personnes, dont des proches et des amis de personnes détenues, des travailleurs humanitaires, des diplomates, des avocats et des activistes ayant une bonne connaissance de ces affaires. Human Rights Watch a également examiné les publications sur les réseaux sociaux de plusieurs proches de personnes détenues, au sujet de ces cas particuliers.

Plusieurs sources ont déclaré que les actions des Houthis avaient empêché l'ONU de mener à bien son travail dans les zones sous leur contrôlé, en raison des risques encourus par son personnel. Elles ont expliqué que les employés de l'ONU ne pouvaient pas toujours se rendre dans leurs bureaux ni se déplacer librement, par crainte d'être arrêtés, ce qui affectait leur capacité à fournir de l'aide humanitaire.

Dans de nombreux cas, des Yéménites travaillant pour l'ONU, des groupes internationaux, la société civile et des missions diplomatiques ont fui les territoires contrôlés par les Houthis pour se réfugier dans le sud du Yémen ou à l'étranger, en raison de la vaste campagne d'arrestations menée par les Houthis. 

En juillet 2024, 15 organisations humanitaires, dont des agences de l'ONU, opéraient dans 14 districts du gouvernorat d’Al-Hodeida, gérant 26 programmes consacrés à la sécurité alimentaire et à la nutrition, à l'eau et à l'assainissement, ainsi qu’à la santé et au logement ; par la suite, l’ONU a annoncé la suspension provisoire de ses activités dans une zone, et les États-Unis ont désigné Ansar Allah, l’organisation des Houthis, comme « organisation terroriste étrangère ». En juillet 2025, seules deux organisations humanitaires travaillaient encore dans trois districts de ce gouvernorat, dans les domaines de la santé et de la nutrition.

En novembre 2022, les experts en matière d'insécurité alimentaire de l'Integrated Phase Classification (IPC) ont publié un rapport qui estimait que 63 % de la population de Saada, région contrôlée par les Houthis, se trouvait dans une situation d'insécurité alimentaire « critique » ou pire ; la grande majorité des personnes dans le besoin étaient classées au niveau 3 (« critique »). En juin 2025, la carte de Saada établie par l'IPC estimait que la majorité de la population se trouvait désormais dans une situation de Phase 4 d’insécurité alimentaire (niveau « urgent »), avec une plus petite partie dans une situation de Phase 3. 

Les arrestations effectuées par les Houthis ont fortement nui à la capacité des organisations humanitaires à fournir de l'aide aux populations des territoires qu’ils contrôlent, malgré des besoins graves et croissants. 

En octobre 2025, Abdulwahid Abu Ras, ministre des Affaires étrangères par intérim des Houthis, a déclaré à Reuters que les Houthis soutenaient l'aide humanitaire et souhaitaient « aider les organisations respectant les principes du travail humanitaire, en facilitant leurs activités et leur travail ». 

Toutefois, la plupart des sources travaillant dans des organisations humanitaires ont contredit cette assertion, affirmant que la campagne d'arrestations et les raids ont gravement affecté leur capacité à accomplir leur travail. 

En outre, les Houthis ont occupé les locaux de certaines agences des Nations Unies, ainsi que le Centre d'hébergement commun de l’ONU (UN Common Accommodation Facility, UNCAF) à Sanaa, le complexe résidentiel où vivaient de nombreux employés internationaux des Nations Unies. Ils y ont saisi du matériel, notamment des ordinateurs portables, des routeurs et d'autres appareils appartenant aux agences des Nations Unies et à des organisations non gouvernementales, paralysant ainsi leur capacité à communiquer et à accéder aux données et informations nécessaires à la poursuite de leurs opérations.

Une personne interrogée a expliqué : « [Les Houthis] ont occupé les bureaux des deux plus grandes agences des Nations Unies. Ils ont pris les véhicules de certaines agences. Ils ont confisqué du matériel [technologique]... Ainsi, rien qu'en raison de ce qu'ils ont fait jusqu'à présent, la conséquence directe des activités des Houthis a été essentiellement de paralyser les opérations humanitaires ».

Un travailleur humanitaire a déclaré : « Je ne peux demander à mes collègues aucune donnée pour établir des rapports. Vous vous réveillez soudainement le matin et vous n'avez plus de bureau, plus d'équipement, plus d'équipe. »

Un autre travailleur humanitaire, qui a dû quitter Sanaa en raison des risques que les Houthis y font peser sur la société civile, a affirmé : « Au milieu de la nuit, j'ai mis toute ma vie dans deux sacs et j'ai pleuré... Je me souviens encore de mes amis, de mes compatriotes emprisonnés pour avoir fait leur travail. Mon pays bien-aimé est en ruines. »

Plusieurs sources ont déclaré que les Houthis ont exigé que de nombreux employés de l'ONU se trouvant toujours dans les territoires sous leur contrôle signent des documents stipulant qu'ils ne quitteraient pas la région. Certaines agences humanitaires qui continuent à travailler dans les territoires contrôlés par les Houthis ont déclaré que si les arrestations et le harcèlement du personnel des agences humanitaires se poursuivaient, elles devraient réévaluer leur capacité à continuer à opérer dans ces zones. 

Une personne travaillant dans le domaine des soins de santé a déclaré : « La situation est déjà catastrophique. Épidémies de choléra, malnutrition, etc. Sans X [nom de son organisation] et d'autres organisations partenaires, ce serait l'effondrement du secteur de la santé dans le nord du pays. » Des organisations non gouvernementales et l'ONU soutiennent encore actuellement plusieurs hôpitaux et cliniques dans les territoires contrôlés par les Houthis.

Dans une déclaration commune publiée en octobre 2025, plus de 30 organisations humanitaires présentes au Yémen ont cité une étude menée en août, selon laquelle « plus de 100 districts du Yémen sont aujourd'hui confrontés à une situation d'urgence nutritionnelle critique, avec une augmentation sans précédent des niveaux de malnutrition dans tout le pays ». Elles ont déclaré que dans le district d'Abs, dans la province de Hajjah, « des enfants sont morts de faim en raison de la forte augmentation des taux de malnutrition, tandis qu'à Al-Hodeida et Taiz, on prévoit une augmentation de 15 à 30 % de la malnutrition aiguë d'ici la fin de l'année ».

Les organisations ont ajouté : « Les conditions sont difficiles dans tout le Yémen, mais dans les gouvernorats du nord [territoires contrôlés par les Houthis], la détention continue du personnel humanitaire a entravé davantage encore les opérations d'aide vitales ». 

Les actions des Houthis s'inscrivent dans une tendance inquiétante de répression de l'espace civique au Yémen, et de persécution brutale des défenseurs des droits humains et des travailleurs humanitaires sur la base d’accusations infondées d'espionnage.

Les Nations Unies, les groupes indépendants travaillant au Yémen et les gouvernements préoccupés devraient impérativement prendre toutes les mesures possibles pour assurer la libération des personnes détenues, a déclaré Human Rights Watch. Oman, qui a joué le rôle de médiateur dans les négociations entre les Houthis et les autres parties belligérantes, devrait collaborer avec d'autres pays pour garantir que les Houthis libèrent les détenus.

Les disparitions forcées, qui surviennent lorsque des autorités détiennent une personne tout en refusant de fournir des informations sur son lieu de détention ou sur sa situation, constituent des crimes graves au regard du droit international ; elles sont interdites en toutes circonstances, tant par le droit international des droits humains que par le droit international humanitaire. 

L’arrestation d’une personne, effectuée sans mandat d’arrestation ou en l’absence de chefs d’accusations clairs, constitue une violation de l'article 132 du Code de procédure pénale yéménite. 

« En ciblant les travailleurs humanitaires, les Houthis ciblent aussi les nombreux Yéménites qui dépendent de l'aide fournie par ces personnes », a conclu Niku Jafarnia. « La communauté internationale, en particulier les gouvernements de la région, devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour garantir la libération immédiate des dizaines de membres du personnel des Nations Unies et de la société civile détenus arbitrairement. »

Suite détaillée en anglais.

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08.01.2026 à 01:01

Royaume-Uni : La répression de manifestations affaiblit la démocratie

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants tenaient une banderole appelant à protéger le « droit de protester », lors d'un rassemblement contre le projet de loi britannique sur la police, la criminalité, les peines et les tribunaux (Police, Crime, Sentencing and Courts, PCSC) à Londres, le 15 janvier 2022. © 2022 Rasid Necati Aslim/Anadolu Agency via Getty Images Les autorités britanniques ont sévèrement restreint le droit de manifester, en violation de leurs obligations internationales en matière de droits humains.Au lieu de mettre un terme aux mesures répressives prises à l'encontre des manifestants dans le cadre de la législation précédente sous le gouvernement conservateur, le gouvernement travailliste est en train de les étendre.Le gouvernement britannique devrait abroger les restrictions antidémocratiques imposées aux manifestations, examiner tous les cas d'arrestations et de condamnations liées à des manifestations en vertu de lois jugées illégales par les tribunaux, et rendre compte publiquement de ces cas. 

(Londres) – Les autorités du Royaume-Uni ont sévèrement restreint le droit de manifester, en violation de leurs obligations internationales en matière de droits humains, créant ainsi un environnement dans lequel la dissidence pacifique est de plus en plus considérée comme un acte criminel, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

7 janvier 2026 Silencing the Streets

Le rapport de 47 pages, intitulé « ‘Silencing the Streets’: The Right to Protest Under Attack in the UK » (« Réduire les rues au silence : Le droit de manifester menacé au Royaume-Uni »), souligne que le gouvernement travailliste britannique n'a pas abrogé les lois anti-manifestations de vaste portée introduites par le précédent gouvernement conservateur. Au contraire, le Parti travailliste a tenté de les étendre avec son projet de loi sur la criminalité et les actions policières (« Crime and Policing Bill ») de 2025 et en recourant de manière abusive et sans précédent à la législation antiterroriste pour cibler et criminaliser des manifestations pacifiques. Le projet de loi sur la criminalité et les actions policières, en attente d’examen par le Parlement, devrait être débattu à la Chambre des lords en janvier 2026.

« Le Royaume-Uni adopte désormais des tactiques de contrôle des manifestations imposées dans des pays où les garanties démocratiques s'effondrent », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Le Royaume-Uni devrait s'opposer à de telles mesures, et non les reproduire et les approuver. »

Le gouvernement travailliste s’est engagé dans une direction profondément alarmante a l’égard du droit de manifester et semble déterminé à restreindre davantage ce droit, au lieu de garantir que garantir l’obligation de rendre des comptes lors d’opérations de maintien de l'ordre menées par la police, a déclaré Human Rights Watch. 

Les récentes restrictions en matière de manifestations résultent d'une combinaison de dispositions légales vagues et d'un large pouvoir discrétionnaire de la police, créant un environnement juridique dans lequel les autorités peuvent restreindre les manifestations avec un contrôle limité. La loi de 2022 sur la police, la criminalité, les condamnations et les tribunaux (Police, Crime, Sentencing and Courts Act, PCSCA 2022) et la loi de 2023 sur l'ordre public (Public Order Act, POA 2023) élargissent le pouvoir discrétionnaire de la police pour imposer des conditions aux manifestants, procéder à des arrestations préventives et prononcer des peines de prison pour des activités de protestation non violentes, qui, dans le passé, donnaient généralement lieu à des amendes ou à des travaux d'intérêt général. 

Le rapport, basé sur des recherches menées en 2024 et 2025, montre que les manifestants sont de plus en plus souvent détenus, inculpés et, dans certains cas, condamnés à plusieurs années de prison pour des actions non violentes telles que la participation à des réunions de planification. L'application incohérente et parfois arbitraire de ces dispositions contribue à la confusion et a un effet dissuasif sur la dissidence.

Un exemple frappant d'abus est le cas d'une assistante sociale à la retraite, Trudi Warner, arrêtée et accusée d'outrage au tribunal pour avoir tranquillement brandi une pancarte devant un tribunal afin d'informer les jurés de leurs droits. La Haute Cour a rejeté l'affaire comme étant « fantaisiste » et a confirmé qu'elle n'avait pas tenté d'influencer les jurés. Malgré cela, le gouvernement travailliste a initialement interjeté appel avant d'abandonner l'affaire.

Le cas de cinq activistes de Just Stop Oil, condamnés en juillet 2024 à des peines de deux à cinq ans de prison pour avoir simplement participé à une réunion Zoom afin d'organiser une manifestation, illustre de manière frappante la répression croissante des manifestations pacifiques.

En appel, la Haute Cour a jugé en mars 2025 que les peines étaient « manifestement excessives » et disproportionnées par rapport au comportement non violent en cause. Néanmoins, la cour n'a réduit que marginalement les peines de prison des activistes, dans un cas de cinq à quatre ans. 

De tels cas soulèvent de sérieuses préoccupations quant à la responsabilité démocratique, car l'extension de l'autorité de l'État risque de réprimer la participation publique et d'affaiblir la capacité des citoyens à demander des comptes au gouvernement.

Le nouveau projet de loi de 2025 sur la criminalité et le maintien de l'ordre renforcerait la répression des manifestations en élargissant les pouvoirs de la police pour interdire le port de cagoules par les manifestants, restreindre les manifestations à proximité des lieux de culte et imposer des conditions qui pourraient exposer les personnes en situation irrégulière, telles que les demandeurs d'asile et les sans-papiers, à un risque d'expulsion. Les organismes nationaux et internationaux de défense des droits humains ont averti que ces restrictions sont vagues, disproportionnées et inutiles.

L'organisation caritative britannique de défense des droits humains JUSTICE a également publié aujourd'hui un rapport examinant des préoccupations similaires concernant les lois sur les manifestations, la sécurité juridique et la protection des droits civils.

Le Royaume-Uni reste légalement tenu de protéger la liberté d'expression et de réunion pacifique en vertu du droit national et international, notamment la loi de 1998 sur les droits humains, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (articles 19 et 21) et la Convention européenne des droits de l'homme (articles 10 et 11).

Le gouvernement devrait abroger ou modifier la loi PCSCA 2022 et la loi POA 2023 afin de supprimer les restrictions inutiles imposées aux manifestations, renforcer la loi sur les droits humains afin d'empêcher toute ingérence politique dans les manifestations et cesser d'utiliser la législation antiterroriste contre les manifestants, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement britannique devrait également mener une enquête publique approfondie sur les opérations de maintien de l'ordre lors des manifestations dans le cadre de la PCSCA 2022 et de la loi POA 2023 et veiller à ce que le maintien de l'ordre lors des manifestations soit conforme au droit international des droits humains.

« Le Royaume-Uni devrait protéger le droit de manifester au lieu de priver les citoyens de leurs droits », a conclu Lydia Gall. « Les législateurs devraient réviser la nouvelle loi afin de supprimer les mesures qui restreindraient davantage le droit de manifester. »

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07.01.2026 à 20:04

Venezuela : Les États-Unis risquent de provoquer un désastre en matière de droits humains

Human Rights Watch

Click to expand Image Le président déchu du Venezuela, Nicolás Maduro, et son épouse, Cilia Flores, capturés dans leur pays le 3 janvier 2026, étaient menottés et escortés par des agents de l’Administration de lutte contre la drogue (Drug Enforcement Administration, DEA) qui les amenaient à un tribunal fédéral de Manhattan, à New York, le 5 janvier 2026. © 2026 XNY/Star Max/GC Images

(New York) – L'attaque militaire menée par l'administration Trump au Venezuela de manière éhontée risque d’y provoquer un nouveau désastre en matière de droits humains, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Tot dans la matinée du 3 janvier, l'armée des États-Unis a mené au Venezuela des frappes qui ont abouti à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Transférés à New York et inculpés de trafic de drogue, parmi d’autres chefs d’accusation, ils ont comparu le 5 janvier devant un tribunal fédéral chargé de cette affaire. 

« Les Vénézuéliens ont le droit de choisir librement leurs dirigeants et de décider de l'avenir de leur nation », Juanita Gobertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Cependant, les États-Unis semblent prêts à encourager activement le Venezuela à maintenir l'appareil répressif de Maduro, tant que cela pourra servir leurs intérêts politiques et commerciaux. »

Le 3 janvier, le président Donald Trump a déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela dans un premier temps, sans toutefois expliquer de manière plus précise ce que cela signifie. Des hauts responsables américains ont indiqué qu'ils avaient l'intention de travailler avec Delcy Rodríguez, qui occupait le poste de vice-présidente de Maduro et a prêté serment en tant que présidente par intérim le 5 janvier.

Les autorités américaines ont déclaré qu'elles utiliseraient leur capacité à renforcer ou à assouplir le blocus pétrolier imposé dans les Caraïbes, ainsi que la menace de nouvelles frappes, en tant que moyens de pression pour contraindre le gouvernement vénézuélien à se conformer aux exigences et aux attentes des États-Unis. Il s'agirait notamment d'ouvrir la voie aux investissements de compagnies pétrolières américaines au Venezuela et de lutter contre la violence des gangs, entre autres objectifs.

Les frappes américaines du 3 janvier ont ciblé des installations militaires et auraient tué des dizaines d'officiers militaires, ainsi qu’au moins deux civils. Le gouvernement cubain, qui soutient depuis longtemps le gouvernement vénézuélien, a déclaré que 32 officiers cubains avaient été tués. Avant ces frappes, les États-Unis ont exécuté de manière extrajudiciaire au moins 115 personnes à bord de bateaux qui, selon l'administration Trump, se livraient au trafic de stupéfiants dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique. 

À la suite des frappes du 3 janvier, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a déclaré que les États-Unis feraient pression sur le gouvernement vénézuélien pour qu'il facilite les investissements pétroliers des entreprises américaines, réagisse aux groupes criminels et rompe ses liens avec l'Iran et le Hezbollah. Le 5 janvier, le président Trump a déclaré aux journalistes que si les autorités du Venezuela « ne se comportent pas correctement » (« if they don’t behave »), les États-Unis pourraient mener une « deuxième frappe ».

Le président Trump a aussi déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela jusqu'à ce qu'une « transition judicieuse » ait lieu dans ce pays. Toutefois, le gouvernement américain n'a pas précisé quand ni comment cette transition pourrait avoir lieu, ni si ce processus inclurait des élections libres et équitables, la libération des prisonniers politiques et d'autres changements importants en matière de droits humains.

En juillet 2024, les Vénézuéliens se sont rendus en masse aux urnes malgré la répression exercée par le gouvernement Maduro. Des observateurs indépendants ont présenté des données montrant que les Vénézuéliens avaient massivement voté pour Edmundo González, candidat à l’élection présidentielle soutenu par la dirigeant de l'opposition María Corina Machado. Cependant, les autorités électorales ont annoncé que Maduro avait été réélu.

À la suite de l’élection présidentielle, le gouvernement Maduro a procédé à une vague de violations généralisées des droits humains, notamment des meurtres de manifestants, des arrestations arbitraires et des disparitions forcées de leaders de l'opposition, de détracteurs du gouvernement, de défenseurs des droits humains, ainsi que de ressortissants étrangers.

Selon le groupe juridique bénévole Foro Penal, plus de 860 prisonniers politiques sont toujours derrière les barreaux au Venezuela. Le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale mène une enquête sur les crimes contre l'humanité qui auraient été commis au Venezuela depuis 2014.

Depuis plus d'une décennie, les Vénézuéliens souffrent d'une crise humanitaire, avec de graves pénuries de nourriture et de médicaments. Sept millions de Vénézuéliens ont fui le pays, et 14,2 millions d'autres citoyens ont des besoins humanitaires urgents. 

Les dirigeants latino-américains, européens, canadiens et d’autres dirigeants mondiaux devraient faire pression pour une transition vers la démocratie au Venezuela, demander la libération des prisonniers politiques et soutenir l’obligation de rendre des comptes pour les violations graves des droits humains commises par le gouvernement vénézuélien, selon Human Rights Watch. Pour sa part, le gouvernement américain devrait respecter ses obligations en vertu du droit international des droits humains et du droit international humanitaire.

« Les gouvernements étrangers devraient soutenir la protection des droits des Vénézuéliens, qui souffrent depuis une décennie sous le régime Maduro », a conclu Juanita Goebertus. « La décapitation du gouvernement vénézuélien par Trump n'a rien fait pour les protéger contre le risque de nouveaux abus. »

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07.01.2026 à 10:21

Les autorités iraniennes répriment brutalement les manifestations

Human Rights Watch

Click to expand Image Une foule de manifestants défilaient dans un quartier central de Téhéran, en Iran, le 29 décembre 2025. © 2025 Agence de presse Fars/AP Photo

Les autorités iraniennes répriment brutalement les manifestations qui secouent le pays en recourant à la force létale. En un peu plus d'une semaine, elles ont tué au moins 27 manifestants et passants, dont des enfants, et blessé de nombreuses autres personnes, tout en procédant à des arrestations massives de manifestants. Human Rights Watch enquête sur la répression violente des manifestations par le gouvernement et les violations des droits humains qui y sont liées.

Les manifestations ont commencé le 28 décembre au Grand Bazar de Téhéran et se sont rapidement étendues à au moins 27 provinces à travers le pays. Si les manifestations ont été déclenchées par de graves pressions économiques, la détérioration des conditions de vie et la corruption généralisée du gouvernement, les revendications des manifestants sont beaucoup plus larges et visent des changements fondamentaux et structurels, notamment une transition complète vers un système démocratique qui respecte les droits et la dignité humaine.

Ces manifestations sont les dernières d'une série de manifestations nationales en Iran contre le système au pouvoir au cours des dix dernières années. La réponse des autorités a toujours été une répression meurtrière, alimentée par une impunité systématique.

Les médias et des organisations iraniennes de défense des droits humains ont fait état du recours à la force létale par les forces de sécurité, notamment à des armes de guerre et à des balles métalliques tirées à partir de fusils, ainsi qu'à des gaz lacrymogènes et à des matraques contre des manifestants non armés. La répression violente a notamment pris la forme de raids menés par les forces de sécurité à l'hôpital Imam Khomeini d'Ilam les 4 et 5 janvier, dans le but apparent d'arrêter les manifestants blessés et de confisquer les corps des personnes tuées.

Iran Human Rights, une organisation indépendante, a rapporté le 6 janvier qu'au moins 27 manifestants avaient été tués et des centaines d'autres blessés. Les autorités ont arrêté et détenu plus d'un millier de personnes, dont des enfants âgés d'à peine 14 ans. Des cas de torture et de disparitions forcées ont été signalés.

Comme lors des manifestations précédentes, les autorités, y compris de hauts responsables, ont diffamé les manifestants en les qualifiant d'« émeutiers » et ont menacé de réagir plus sévèrement s'ils continuaient à descendre dans la rue. Le 3 janvier, Ali Khamenei, le guide suprême de l'Iran, a déclaré : « Il ne sert à rien de discuter avec les émeutiers ; les émeutiers doivent être remis à leur place. »

Le droit de réunion pacifique et le droit d'exprimer publiquement son désaccord sont des droits fondamentaux. Le recours à la force létale par les autorités dans des circonstances qui ne répondent pas au critère strict d'un risque imminent de mort ou de blessures graves et la détention arbitraire de personnes pour avoir exercé leurs droits fondamentaux constituent des violations du droit international relatif aux droits humains.

Les autorités iraniennes devraient immédiatement mettre fin à l'usage illégal de la force et libérer toutes les personnes détenues arbitrairement. Les Nations unies et les gouvernements concernés devraient prendre d'urgence des mesures pour garantir que les responsables de violations graves des droits humains et de crimes au regard du droit international répondent de leurs actes, y compris sur le plan pénal.

07.01.2026 à 06:00

Soudan du Sud : Répression abusive liée à la campagne « anti-gangs »

Human Rights Watch

Click to expand Image Des membres des forces de sécurité du Soudan du Sud patrouillaient à bord de véhicules dans une rue de Juba, la capitale du pays, le 9 avril 2020. En 2025, les forces de sécurité ont mené plusieurs opérations « anti-gangs » à Juba.  © 2020 Alex McBride/AFP via Getty Images Depuis fin juin 2025, les forces de sécurité du Soudan du Sud ont procédé à des arrestations arbitraires massives de garçons, de jeunes hommes et de femmes, dans le cadre de leur lutte contre la criminalité.De nombreuses personnes ont été détenues pendant une semaine sans inculpation, et n'ont souvent été libérées qu'après que leurs familles aient versé des pots-de-vin. Des jeunes femmes ont été agressées sexuellement ; des jeunes hommes et garçons ont été enrôlés de force, et certains n'ont pas été revus depuis.Les autorités devraient mettre fin aux arrestations arbitraires et au recrutement forcé, et enquêter sur les allégations d'abus, y compris de viols. Les partenaires du Soudan du Sud devraient veiller à ce que tout soutien qu'ils apportent aux forces de sécurité dépende de leur respect des droits humains, en tant que condition.

(Nairobi) – Depuis fin juin 2025, les forces de sécurité du Soudan du Sud ont procédé à des arrestations arbitraires massives de garçons, de jeunes hommes et de jeunes femmes dans le cadre de leur lutte contre la criminalité dans la capitale, Juba, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Au cours de ces opérations, les forces de sécurité ont soumis des garçons et des jeunes hommes détenus à des actes de torture et à des mauvais traitements, à des actes d’extorsion et à la conscription forcée ; dans au moins un incident, des policiers ont battu et violé des femmes.

« Invoquant la nécessité de réprimer les gangs dans la capitale du Soudan du Sud, les forces de sécurité ont arbitrairement détenu, extorqué et enrôlé de force des dizaines de garçons et de jeunes hommes, et ont violé des jeunes femmes », a déclaré Nyagoah Tut Pur, chercheuse sur le Soudan du Sud à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin à ces abus, libérer les personnes détenues illégalement ou enrôlées de force, et tenir les forces de sécurité responsables de leurs actes. »

Entre le 7 août et le 23 novembre, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 37 personnes, dont des victimes, y compris trois enfants, et des proches de personnes touchées par les rafles menées par le gouvernement à Juba. Human Rights Watch a également mené des entretiens avec cinq activistes de la société civile, des experts des Nations Unies et des experts en protection de l'enfance.

Le 10 décembre, Human Rights Watch a écrit aux porte-paroles de la police et de l'armée pour leur demander leur réaction aux conclusions préliminaires de l’organisation, mais n’a reçu aucune réponse.

Au cours de la dernière décennie, les violences parmi les jeunes et les activités de gangs ont connu une forte augmentation au Soudan du Sud, sous l'effet de la pauvreté, du chômage, des conflits et des déplacements de population. À la mi-juin 2025, des informations ont fait état d'une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, montrant le viol collectif d'une jeune fille de 16 ans à Juba par des membres présumés d'un gang.

À la suite de ces informations et de la diffusion de la vidéo, la Police nationale, les Forces de défense populaires du Soudan du Sud (South Sudan People’s Defence Forces, SSPDF) et le Service de sécurité nationale ont lancé une opération conjointe dans les quartiers résidentiels de Juba. Cette opération anti-gangs a initialement débuté fin juin ; fin juillet, elle a été officiellement annoncée comme une initiative devant durer sept jours. Toutefois, des témoins ont rapporté que les arrestations se poursuivaient encore à la fin de l'année 2025.

Début juillet, les autorités ont annoncé avoir arrêté au moins 600 membres présumés de gangs. En octobre, la police a déclaré avoir arrêté 32 criminels présumés et confisqué des armes, et a indiqué que des poursuites pénales seraient engagées. Cependant, Human Rights Watch n'a pas été en mesure de confirmer l'existence de poursuites judiciaires en cours contre des personnes accusées de crimes liés à leur appartenance à des gangs, à l'exception de l'affaire de viol collectif dans laquelle 13 personnes ont été arrêtées et 7 inculpées.

Human Rights Watch a constaté que l’opération anti-gangs avait donné lieu à des arrestations et des détentions arbitraires, suivies de passages à tabac et d'autres abus dans les locaux de la police et de l'armée, ainsi qu'à la conscription forcée de dizaines de garçons et d'hommes.

Les personnes interrogées ont déclaré que les forces de sécurité, en uniforme ou en civil, armées de fusils ou de bâtons, s'en prenaient aux garçons et aux jeunes hommes qui se rassemblaient ou marchaient en groupe et vaquaient à leurs occupations quotidiennes.

Un homme de 24 ans a décrit son arrestation fin juin dans le quartier de Gumbo : « L'un d'eux m'a frappé à la tête en disant que j'étais un criminel... Ils nous ont [également] battus en nous forçant à nous asseoir, avec des bâtons, avec leurs mains, avec tout ce qu'ils pouvaient trouver. Ils étaient brutaux. »

Des femmes qui ont été détenues fin juin, lorsque les forces de sécurité ont fait une descente dans une grande fête organisée par des jeunes dans un hôtel, ont déclaré à Human Rights Watch qu'elles avaient été violées, avec d'autres femmes, au poste de police de Buluk par plusieurs policiers.

Les détenus ont été placés dans des locaux de police, et dans des installations militaires surpeuplées. Certains ont affirmé n’avoir reçu que très peu de nourriture ou d’eau. Un jeune de 17 ans, détenu pendant quatre jours à la caserne militaire de Giyada fin juin, a déclaré : « J'ai vu des garçons de moins de 17 ans uriner dans des bouteilles d'eau vides, puis boire leur propre urine. »

Des personnes précédemment détenues ont déclaré avoir été incarcérées pendant des périodes allant de quelques heures à une semaine, jusqu'à ce que leurs proches paient de l'argent ou offrent des biens pour obtenir leur libération. Une mère de 48 ans dont les deux fils ont été détenus au poste de police de Mapao à la mi-juillet a déclaré : « Les [policiers] ont dit que la règle était de payer 50 000 SSP [environ 10 dollars US] et [de leur donner] une chaise pour chaque enfant, alors nous avons obéi. »

Certains, cependant, n'ont pas été libérés. Human Rights Watch a recueilli les témoignages de quatre hommes et de deux garçons qui ont été détenus à Juba, puis envoyés avec des dizaines d'autres dans des camps militaires dans l'État du Haut-Nil, où les combats se sont intensifiés depuis début 2025. Trois d'entre eux ont été contraints de combattre, et les autres ont été obligés de travailler pour les soldats.

Un homme de 23 ans, recruté de force fin août, a été envoyé au combat à deux reprises avant de s'échapper. « Les commandants nous disaient : "Nous avons mené de nombreuses guerres, c'est maintenant votre tour, après tout vous êtes des criminels et des gangsters, c'est ce que vous voulez faire." À chaque fois, on nous plaçait en première ligne. »

Au moins quatre membres de familles de détenus ont déclaré que leurs proches avaient disparu suite à leur détention par les autorités, et que celles-ci avaient refusé de fournir des informations sur leur sort, notamment s'ils avaient été enrôlés de force. Les autorités sont tenues de fournir des informations confirmant si une personne a été arrêtée ou placée sous leur garde, ainsi que des informations sur le sort et/ou la localisation de chaque personne placée en détention, y compris si elle a été transférée sous la garde de l'armée en tant que conscrit. Le non-respect de cette obligation peut transformer la détention arbitraire en disparition forcée, strictement interdite par le droit international.

Le porte-parole de la police a rejeté les allégations de conscription forcée, déclarant aux médias en août que l'opération visait des criminels et que certains détenus avaient été transférés hors de Juba en raison de la surpopulation. Human Rights Watch n'a pas pu confirmer de manière indépendante si des personnes avaient été transférées en raison de la surpopulation.

Le droit national du Soudan du Sud et le droit international relatif aux droits humains interdisent le recrutement ou l'utilisation d'enfants par les forces ou groupes armés. Le Soudan du Sud a également interdit la conscription forcée d'adultes dans la plupart des cas. Plusieurs traités internationaux et régionaux relatifs aux droits humains ratifiés par le Soudan du Sud, dont l' , interdisent toute arrestation, détention ou emprisonnement illégal ou arbitraire, ainsi que la torture et les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, y compris le viol et les violences sexuelles. La Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant stipule que la détention d'enfants ne doit être utilisée qu'en dernier recours.

Les autorités devraient veiller à ce que les opérations de maintien de l'ordre respectent les droits humains, notamment en mettant fin aux arrestations arbitraires et aux recrutements forcés et en enquêtant sur les allégations de mauvais traitements, de torture et d'autres abus, y compris les viols. Elles devraient également garantir l'accès à un soutien médical et psychosocial adapté aux traumatismes et sensible au genre pour les victimes d'abus commis par les forces de sécurité, y compris les survivantes de viols. Le gouvernement devrait révéler la situation et le lieu où se trouvent toutes les personnes disparues, y compris celles qui ont été contraintes de servir dans l'armée, et autoriser des observateurs indépendants à accéder aux casernes militaires dans le Haut-Nil, a déclaré Human Rights Watch.

Les partenaires du Soudan du Sud devraient veiller à ce que toute aide apportée à la police et aux forces de sécurité soit liée à certaines conditions : le respect des droits humains, l’obligation de rendre des comptes en cas d'abus, et la mise en place de mesures visant à empêcher le recrutement d'enfants.

« Au lieu de répondre aux préoccupations réelles liées à la criminalité, les forces de sécurité ont utilisé cette campagne de maintien de l'ordre pour commettre de graves abus à l'encontre d'enfants et de jeunes marginalisés », a conclu Nyagoah Tut Pur. « Les autorités devraient prendre des mesures respectueuses des droits pour lutter contre la criminalité de manière crédible, soutenir les programmes destinés aux jeunes et mettre fin à la marginalisation croissante de la jeunesse du Soudan du Sud. »

Suite détaillée en anglais.

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Articles

Senego  Agence Afrique

04.01.2026 à 16:22

Les États-Unis ont frappé le Venezuela, Trump parle de « diriger » le pays

Human Rights Watch

Click to expand Image Un nuage de fumée était visible au-dessus de la base aérienne militaire de La Carlota, dans la banlieue de Caracas au Venezuela, à l’aube du samedi 3 janvier 2026, à la suite de frappes aériennes américaines.  © 2026 AP Photo/Matias Delacroix

(Washington, 3 janvier 2026) – Dans la nuit du 2 au 3 janvier, l'armée des États-Unis a mené des frappes au Venezuela, aboutissant à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Le 3 janvier, le président américain Donald Trump a déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela jusqu'à ce qu'une transition ait lieu dans ce pays.

Juanita Gobertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch, a fait à ce sujet la déclaration suivante :

Après des décennies de répression brutale sous le chavisme, les Vénézuéliens méritent une transition rapide vers une démocratie respectueuse des droits et dirigée par des Vénézuéliens ; leurs libertés et leur droit de participer à des élections libres et équitables devraient être respectés, les prisonniers politiques devraient être libérés, et les individus responsables de graves violations des droits humains devraient être tenus de rendre des comptes. En 2024, des observateurs électoraux indépendants ont présenté des données montrant que les Vénézuéliens avaient voté contre le maintien au pouvoir de Maduro, et que les résultats officiels du scrutin présidentiel avaient été entachés de fraude.

Human Rights Watch continuera à surveiller la situation, et à enquêter sur toute frappe menée par les États-Unis sur le sol vénézuélien. Avant les récentes frappes, les États-Unis ont procédé à l’exécution extrajudiciaire de 115 personnes lors d’attaques contre des bateaux dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique, reflétant de manière inquiétante le mépris de l'administration Trump à l’égard de ses obligations en matière de droits humains. Human Rights Watch surveillera également la réponse des autorités vénézuéliennes actuelles aux récents événements, y compris toute nouvelle violation des droits des opposants politiques et des personnes exprimant des critiques envers le gouvernement.

À ce moment critique, les gouvernements d'Amérique latine et de l'Union européenne devraient faire pression en vue de garantir une transition pacifique vers une démocratie respectueuse des droits au Venezuela.

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18.12.2025 à 06:00

États-Unis : Des agents fédéraux masqués sapent l'état de droit

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux agents de l'Autorité de l’immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE), portant des masques, photographiés près de l’entrée du tribunal de l'immigration situé au 26 Federal Plaza à Manhattan, New York, le 31 octobre 2025.  © 2025 Andrea Renault/STAR MAX/AP Photo

(Washington, 18 décembre 2025) – Les membres de l’agence fédérale chargée de l'application des lois en matière d’immigration aux États-Unis sont couramment masqués et sans identification visible lors d’opérations, ce qui aggrave le caractère abusif et irresponsable de la campagne de déportation massive menée par l'administration Trump, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Ces pratiques généralisées et vaguement définies sont fondamentalement incompatibles avec l'obligation qui incombe aux États-Unis de veiller à ce que les abus commis par les forces de l'ordre fassent l'objet d'enquêtes et de sanctions.

« Les agents des forces de l'ordre devraient être identifiables, afin de pouvoir être tenus responsables en cas d’abus », a déclaré Belkis Wille, directrice adjointe de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Ce genre de pratique opaque devrait être une exception et non la norme, et est particulièrement alarmante dans le contexte des nombreux abus observés lors d’arrestations de personnes migrantes ces derniers mois. »

Depuis le retour au pouvoir du président Donald Trump en janvier 2025, son administration a mené une campagne abusive de rafles et d'arrestations de personnes migrantes – principalement des personnes de couleur – dans tout le pays. Bon nombre de ces raids visent des lieux où les Latino-Américains travaillent, font leurs achats, mangent et vivent. Des agents ont appréhendé des personnes dans des tribunaux et lors de rendez-vous prévus avec des agents de l'immigration, ainsi que dans des lieux de culte, des écoles et ailleurs. De nombreux raids ont été marqués par un recours soudain et injustifié à la force, créant un climat de peur dans de nombreuses communautés de personnes migrantes.

Ces opérations de contrôle de l'immigration ont souvent été menées par des agents de l'Autorité de l’immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) portant des masques et, dans certains cas, des vêtements civils. Les agents dissimulent régulièrement les insignes de leur agence et utilisent des véhicules banalisés pour arrêter des personnes se trouvant dans des voitures, des tribunaux, des écoles, des lieux de travail, des domiciles, ou dans la rue et dans les transports publics. 

Sur son site web, l'ICE justifie la pratique répandue du port du masque par la « prévention du doxing » (c’est-à-dire la divulgation en ligne d’informations personnelles sur une personne). Ce type de justification généralisée et globale pour dissimuler l'identité des agents n'est toutefois pas compatible avec les obligations des États-Unis en matière de droits humains, sauf lorsque cette pratique est nécessaire et proportionnée pour répondre à des préoccupations particulières en matière de sécurité, selon Human Rights Watch. Lorsqu'elles sont appliquées de manière générale et par défaut, ces mesures constituent un obstacle à la responsabilité, ce qui est incompatible avec les obligations des États-Unis en matière de droits humains. L'anonymat affaiblit également l’efficacité de mesures dissuasives, favorise l'impunité et sape le respect des droits.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 18 personnes qui ont été témoins d'arrestations, ou qui ont été elles-mêmes arrêtées par des personnes non identifiables dans cinq villes des États-Unis depuis le 20 janvier. Toutes ces personnes ont évoqué leur sentiment de crainte lors de ces incidents, ainsi qu’un sentiment d’impuissance si elles étaient maltraitées, d'autant plus que les agents étaient non identifiables. Human Rights Watch a également examiné des dizaines de vidéos d'interpellations et d'arrestations menées par des agents masqués, et publiées sur les réseauxsociaux.

Dans un cas, le 25 mars vers 17 h 15, au moins six agents, tous en civil et à bord de véhicules banalisés de l' , sans s'identifier, ont interpellé et arrêté Rümeysa Öztürk, 30 ans, étudiante diplômée de l'université Tufts, qui avait apparemment été prise pour cible pour avoir écrit un article d'opinion dans un journal étudiant appelant Tufts à « reconnaître le génocide palestinien » et à se désengager des investissements liés à Israël. Rümeysa Öztürk, qui vivait aux États-Unis depuis six ans, a raconté l'incident à Human Rights Watch ; l’épisode a également été filmé par des caméras de vidéosurveillance. 

Rümeysa Öztürk marchait dans la rue lorsque plusieurs personnes masquées l'ont abordée, lui ont pris de force son téléphone et son sac à dos, et lui ont passé les menottes. Elle a déclaré que lorsqu'elle leur a demandé qui ils étaient et leur a demandé de montrer leurs badges, l'un d'eux a répondu qu'ils étaient « de la police » et un autre a brandi un collier en or, mais elle n'a pas vu de badge et cela ne l'a pas aidée à les identifier. Sur les images, on entend un passant demander aux agents : « Pourquoi cachez-vous vos visages ? » Rümeysa Öztürk a déclaré qu'on ne lui avait présenté aucun document justifiant son arrestation. Elle a ensuite été emmenée de force hors de l'État et détenue illégalement.

« C'était une sensation horrible », a déclaré Rümeysa Öztürk. « Je ne pensais pas qu'ils étaient de la police, car je n'avais jamais vu des policiers s'approcher et emmener quelqu'un de cette manière. Je pensais que c'étaient des personnes qui me harcelaient, et j'avais vraiment très peur pour ma sécurité... En tant que femme qui a voyagé et vécu seule dans différents pays pour mes études, je n'avais jamais ressenti une peur aussi intense pour ma sécurité, jusqu'à ce moment-là. » 

Une femme qui a été témoin de nombreuses descentes et interpellations à Chicago depuis le mois d'août a déclaré : « J'ai eu affaire à des agents qui refusaient de s'identifier. Cela ajoute un niveau de peur supplémentaire. Ce ne sont pas des policiers identifiables, qui pourraient être tenus publiquement responsables. » Un habitant de Washington, qui a également été témoin de nombreuses arrestations par des agents masqués de l'ICE depuis le mois d'août, a déclaré que ces tactiques avaient « complètement détruit toute la confiance que nous avions dans les forces de l'ordre locales et fédérales ».

De nombreux observateurs ont suggéré que la terreur que ces tactiques instillent est délibérée. Un juge d'un tribunal fédéral américain a affirmé dans une décision que « l'ICE se masque pour une seule raison : terroriser les Américains afin qu'ils restent dociles... Nous n'avons jamais toléré une police secrète armée et masquée ». Le tribunal a rejeté la justification avancée par l'ICE pour se masquer, la qualifiant de « malhonnête, sordide et déshonorante ».

Ces derniers mois, les médias ont rapporté des cas de personnes se faisant passer pour des agents fédéraux qui ont kidnappé, agressé sexuellement et extorqué des victimes, exploitant leurs craintes liées à l'application des lois sur l'immigration. Cela montre à quel point la frontière entre les criminels et les agents des forces de l'ordre peut être floue lorsque les agents fédéraux eux-mêmes ne sont pas identifiables, a observé Human Rights Watch. 

Plusieurs États américains ont pris des mesures en vue d’adopter des lois au niveau étatique visant à empêcher les agents des forces de l'ordre de dissimuler leur identité lors d'interactions publiques. Il est toutefois peu probable que ces initiatives puissent être efficacement appliquées. Au niveau fédéral, un projet de loi nommé « Visible Identification Standards for Immigration-Based Law Enforcement Act (VISIBLE) Act », soutenu par les sénateurs Cory Booker et Alex Padilla, imposerait aux agents de l’ICE l’obligation de porter une forme d’identification lisible, et l’interdiction de porter des masques non médicaux. 

Le Congrès devrait enquêter sur la brutalité des activités actuelles liées au contrôle de l'immigration, notamment les opérations de contrôles et les arrestations effectuées par des agents non identifiables ; le Congrès devrait examiner les conséquences spécifiques du port de masques sur la capacite à enquêter sur des abus et à sanctionner les responsables, a ajouté Human Rights Watch. 

« Permettre à des agents masqués et non identifiés d'appréhender des membres de communautés sans s'identifier sape la confiance dans l'état de droit, et crée un vide dangereux où les abus peuvent se multiplier, exacerbant le risque de violences injustifiées lors d’arrestations », a conclu Belkis Wille.

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17.12.2025 à 18:15

Yémen : Appel à libérer un journaliste victime de disparition forcée

Human Rights Watch

(Beyrouth) – Le gouvernement yéménite et le Conseil de transition du Sud (CTS), soutenu par les Émirats arabes unis, devraient immédiatement fournir des informations sur le sort du journaliste Naseh Shaker et le libérer sans condition, ont déclaré conjointement 35 organisations, dont Human Rights Watch, dans une lettre adressée au président et au vice-président du Conseil de direction présidentielle du Yémen.

17 décembre 2025 Continued Detention of Yemeni Journalist Naseh Shaker for Over Two Years

Naser Shaker, 35 ans, est un journaliste yéménite qui a subi une disparition forcée perpétrée par les autorités du CTS le 21 novembre 2023, alors qu'il se rendait à Beyrouth pour y participer à une formation organisée par la Fondation Samir Kassir. Le CTS contrôle plusieurs gouvernorats du Yémen, dont la capitale provisoire, Aden. Les autorités n'ont pas fourni d’informations sur le lieu de détention de Naser Shaker à sa famille, ni à ses représentants légaux ou aux organisations locales et internationales, malgré des demandes répétées.

« Le Conseil de transition du Sud devrait cesser de recourir fréquemment au harcèlement et à la détention arbitraire de journalistes et de défenseurs des droits humains au Yémen, et de les soumettre à des disparitions forcées », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch.

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