08.01.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Au Yémen, les Houthis ont intensifié leur campagne d’arrestations de membres du personnel d’organisations de la société civile et des Nations Unies, aggravant ainsi l’une des pires crises humanitaires au monde, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Au 4 janvier 2026, au moins 69 employés yéménites des Nations Unies étaient arbitrairement détenus, tout comme des dizaines d’employés yéménites d'organisations non gouvernementales locales et internationales ; parmi eux, de nombreux détenus sont visés de manière infondée par des accusations d'espionnage. Au cours des derniers mois, les Houthis ont également mené des raids au Centre d'hébergement commun des Nations Unies (UN Common Accommodation Facility, UNCAF) à Sanaa, ainsi qu’aux bureaux de plusieurs agences de l’ONU, d'organisations non gouvernementales internationales et de groupes locaux de la société civile, emportant dans certains cas leurs équipements.
« Les Houthis détiennent des travailleurs humanitaires qui apportent une aide vitale au peuple yéménite, alors qu'ils ne subviennent pas eux-mêmes aux besoins fondamentaux des personnes vivant sur leurs territoires », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Ils devraient immédiatement libérer les dizaines de personnes qu'ils ont arbitrairement arrêtées, et cesser d'entraver la distribution de l'aide humanitaire. »
La détention par les Houthis d’employés des Nations Unies et d’organisations de la société civile se poursuit, alors que les conditions de famine s’aggravent au Yémen. Dans leur dernier rapport sur la faim dans le monde, le Programme alimentaire mondial (PAM, ou WFP en anglais) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (Food and Agricultural Organization, FAO) ont lancé cet avertissement au sujet du Yémen : « La situation déjà critique d'insécurité alimentaire aiguë devrait encore se détériorer au cours de la période anticipée [novembre 2025 à mai 2026], certains segments de la population [dans quatre districts sous contrôle houthi] étant susceptibles d'être confrontés à une catastrophe ».
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 36 personnes, dont des proches et des amis de personnes détenues, des travailleurs humanitaires, des diplomates, des avocats et des activistes ayant une bonne connaissance de ces affaires. Human Rights Watch a également examiné les publications sur les réseaux sociaux de plusieurs proches de personnes détenues, au sujet de ces cas particuliers.
Plusieurs sources ont déclaré que les actions des Houthis avaient empêché l'ONU de mener à bien son travail dans les zones sous leur contrôlé, en raison des risques encourus par son personnel. Elles ont expliqué que les employés de l'ONU ne pouvaient pas toujours se rendre dans leurs bureaux ni se déplacer librement, par crainte d'être arrêtés, ce qui affectait leur capacité à fournir de l'aide humanitaire.
Dans de nombreux cas, des Yéménites travaillant pour l'ONU, des groupes internationaux, la société civile et des missions diplomatiques ont fui les territoires contrôlés par les Houthis pour se réfugier dans le sud du Yémen ou à l'étranger, en raison de la vaste campagne d'arrestations menée par les Houthis.
En juillet 2024, 15 organisations humanitaires, dont des agences de l'ONU, opéraient dans 14 districts du gouvernorat d’Al-Hodeida, gérant 26 programmes consacrés à la sécurité alimentaire et à la nutrition, à l'eau et à l'assainissement, ainsi qu’à la santé et au logement ; par la suite, l’ONU a annoncé la suspension provisoire de ses activités dans une zone, et les États-Unis ont désigné Ansar Allah, l’organisation des Houthis, comme « organisation terroriste étrangère ». En juillet 2025, seules deux organisations humanitaires travaillaient encore dans trois districts de ce gouvernorat, dans les domaines de la santé et de la nutrition.
En novembre 2022, les experts en matière d'insécurité alimentaire de l'Integrated Phase Classification (IPC) ont publié un rapport qui estimait que 63 % de la population de Saada, région contrôlée par les Houthis, se trouvait dans une situation d'insécurité alimentaire « critique » ou pire ; la grande majorité des personnes dans le besoin étaient classées au niveau 3 (« critique »). En juin 2025, la carte de Saada établie par l'IPC estimait que la majorité de la population se trouvait désormais dans une situation de Phase 4 d’insécurité alimentaire (niveau « urgent »), avec une plus petite partie dans une situation de Phase 3.
Les arrestations effectuées par les Houthis ont fortement nui à la capacité des organisations humanitaires à fournir de l'aide aux populations des territoires qu’ils contrôlent, malgré des besoins graves et croissants.
En octobre 2025, Abdulwahid Abu Ras, ministre des Affaires étrangères par intérim des Houthis, a déclaré à Reuters que les Houthis soutenaient l'aide humanitaire et souhaitaient « aider les organisations respectant les principes du travail humanitaire, en facilitant leurs activités et leur travail ».
Toutefois, la plupart des sources travaillant dans des organisations humanitaires ont contredit cette assertion, affirmant que la campagne d'arrestations et les raids ont gravement affecté leur capacité à accomplir leur travail.
En outre, les Houthis ont occupé les locaux de certaines agences des Nations Unies, ainsi que le Centre d'hébergement commun de l’ONU (UN Common Accommodation Facility, UNCAF) à Sanaa, le complexe résidentiel où vivaient de nombreux employés internationaux des Nations Unies. Ils y ont saisi du matériel, notamment des ordinateurs portables, des routeurs et d'autres appareils appartenant aux agences des Nations Unies et à des organisations non gouvernementales, paralysant ainsi leur capacité à communiquer et à accéder aux données et informations nécessaires à la poursuite de leurs opérations.
Une personne interrogée a expliqué : « [Les Houthis] ont occupé les bureaux des deux plus grandes agences des Nations Unies. Ils ont pris les véhicules de certaines agences. Ils ont confisqué du matériel [technologique]... Ainsi, rien qu'en raison de ce qu'ils ont fait jusqu'à présent, la conséquence directe des activités des Houthis a été essentiellement de paralyser les opérations humanitaires ».
Un travailleur humanitaire a déclaré : « Je ne peux demander à mes collègues aucune donnée pour établir des rapports. Vous vous réveillez soudainement le matin et vous n'avez plus de bureau, plus d'équipement, plus d'équipe. »
Un autre travailleur humanitaire, qui a dû quitter Sanaa en raison des risques que les Houthis y font peser sur la société civile, a affirmé : « Au milieu de la nuit, j'ai mis toute ma vie dans deux sacs et j'ai pleuré... Je me souviens encore de mes amis, de mes compatriotes emprisonnés pour avoir fait leur travail. Mon pays bien-aimé est en ruines. »
Plusieurs sources ont déclaré que les Houthis ont exigé que de nombreux employés de l'ONU se trouvant toujours dans les territoires sous leur contrôle signent des documents stipulant qu'ils ne quitteraient pas la région. Certaines agences humanitaires qui continuent à travailler dans les territoires contrôlés par les Houthis ont déclaré que si les arrestations et le harcèlement du personnel des agences humanitaires se poursuivaient, elles devraient réévaluer leur capacité à continuer à opérer dans ces zones.
Une personne travaillant dans le domaine des soins de santé a déclaré : « La situation est déjà catastrophique. Épidémies de choléra, malnutrition, etc. Sans X [nom de son organisation] et d'autres organisations partenaires, ce serait l'effondrement du secteur de la santé dans le nord du pays. » Des organisations non gouvernementales et l'ONU soutiennent encore actuellement plusieurs hôpitaux et cliniques dans les territoires contrôlés par les Houthis.
Dans une déclaration commune publiée en octobre 2025, plus de 30 organisations humanitaires présentes au Yémen ont cité une étude menée en août, selon laquelle « plus de 100 districts du Yémen sont aujourd'hui confrontés à une situation d'urgence nutritionnelle critique, avec une augmentation sans précédent des niveaux de malnutrition dans tout le pays ». Elles ont déclaré que dans le district d'Abs, dans la province de Hajjah, « des enfants sont morts de faim en raison de la forte augmentation des taux de malnutrition, tandis qu'à Al-Hodeida et Taiz, on prévoit une augmentation de 15 à 30 % de la malnutrition aiguë d'ici la fin de l'année ».
Les organisations ont ajouté : « Les conditions sont difficiles dans tout le Yémen, mais dans les gouvernorats du nord [territoires contrôlés par les Houthis], la détention continue du personnel humanitaire a entravé davantage encore les opérations d'aide vitales ».
Les actions des Houthis s'inscrivent dans une tendance inquiétante de répression de l'espace civique au Yémen, et de persécution brutale des défenseurs des droits humains et des travailleurs humanitaires sur la base d’accusations infondées d'espionnage.
Les Nations Unies, les groupes indépendants travaillant au Yémen et les gouvernements préoccupés devraient impérativement prendre toutes les mesures possibles pour assurer la libération des personnes détenues, a déclaré Human Rights Watch. Oman, qui a joué le rôle de médiateur dans les négociations entre les Houthis et les autres parties belligérantes, devrait collaborer avec d'autres pays pour garantir que les Houthis libèrent les détenus.
Les disparitions forcées, qui surviennent lorsque des autorités détiennent une personne tout en refusant de fournir des informations sur son lieu de détention ou sur sa situation, constituent des crimes graves au regard du droit international ; elles sont interdites en toutes circonstances, tant par le droit international des droits humains que par le droit international humanitaire.
L’arrestation d’une personne, effectuée sans mandat d’arrestation ou en l’absence de chefs d’accusations clairs, constitue une violation de l'article 132 du Code de procédure pénale yéménite.
« En ciblant les travailleurs humanitaires, les Houthis ciblent aussi les nombreux Yéménites qui dépendent de l'aide fournie par ces personnes », a conclu Niku Jafarnia. « La communauté internationale, en particulier les gouvernements de la région, devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour garantir la libération immédiate des dizaines de membres du personnel des Nations Unies et de la société civile détenus arbitrairement. »
Suite détaillée en anglais.
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08.01.2026 à 01:01
Human Rights Watch
(Londres) – Les autorités du Royaume-Uni ont sévèrement restreint le droit de manifester, en violation de leurs obligations internationales en matière de droits humains, créant ainsi un environnement dans lequel la dissidence pacifique est de plus en plus considérée comme un acte criminel, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.
7 janvier 2026 Silencing the StreetsLe rapport de 47 pages, intitulé « ‘Silencing the Streets’: The Right to Protest Under Attack in the UK » (« Réduire les rues au silence : Le droit de manifester menacé au Royaume-Uni »), souligne que le gouvernement travailliste britannique n'a pas abrogé les lois anti-manifestations de vaste portée introduites par le précédent gouvernement conservateur. Au contraire, le Parti travailliste a tenté de les étendre avec son projet de loi sur la criminalité et les actions policières (« Crime and Policing Bill ») de 2025 et en recourant de manière abusive et sans précédent à la législation antiterroriste pour cibler et criminaliser des manifestations pacifiques. Le projet de loi sur la criminalité et les actions policières, en attente d’examen par le Parlement, devrait être débattu à la Chambre des lords en janvier 2026.
« Le Royaume-Uni adopte désormais des tactiques de contrôle des manifestations imposées dans des pays où les garanties démocratiques s'effondrent », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Le Royaume-Uni devrait s'opposer à de telles mesures, et non les reproduire et les approuver. »
Le gouvernement travailliste s’est engagé dans une direction profondément alarmante a l’égard du droit de manifester et semble déterminé à restreindre davantage ce droit, au lieu de garantir que garantir l’obligation de rendre des comptes lors d’opérations de maintien de l'ordre menées par la police, a déclaré Human Rights Watch.
Les récentes restrictions en matière de manifestations résultent d'une combinaison de dispositions légales vagues et d'un large pouvoir discrétionnaire de la police, créant un environnement juridique dans lequel les autorités peuvent restreindre les manifestations avec un contrôle limité. La loi de 2022 sur la police, la criminalité, les condamnations et les tribunaux (Police, Crime, Sentencing and Courts Act, PCSCA 2022) et la loi de 2023 sur l'ordre public (Public Order Act, POA 2023) élargissent le pouvoir discrétionnaire de la police pour imposer des conditions aux manifestants, procéder à des arrestations préventives et prononcer des peines de prison pour des activités de protestation non violentes, qui, dans le passé, donnaient généralement lieu à des amendes ou à des travaux d'intérêt général.
Le rapport, basé sur des recherches menées en 2024 et 2025, montre que les manifestants sont de plus en plus souvent détenus, inculpés et, dans certains cas, condamnés à plusieurs années de prison pour des actions non violentes telles que la participation à des réunions de planification. L'application incohérente et parfois arbitraire de ces dispositions contribue à la confusion et a un effet dissuasif sur la dissidence.
Un exemple frappant d'abus est le cas d'une assistante sociale à la retraite, Trudi Warner, arrêtée et accusée d'outrage au tribunal pour avoir tranquillement brandi une pancarte devant un tribunal afin d'informer les jurés de leurs droits. La Haute Cour a rejeté l'affaire comme étant « fantaisiste » et a confirmé qu'elle n'avait pas tenté d'influencer les jurés. Malgré cela, le gouvernement travailliste a initialement interjeté appel avant d'abandonner l'affaire.
Le cas de cinq activistes de Just Stop Oil, condamnés en juillet 2024 à des peines de deux à cinq ans de prison pour avoir simplement participé à une réunion Zoom afin d'organiser une manifestation, illustre de manière frappante la répression croissante des manifestations pacifiques.
En appel, la Haute Cour a jugé en mars 2025 que les peines étaient « manifestement excessives » et disproportionnées par rapport au comportement non violent en cause. Néanmoins, la cour n'a réduit que marginalement les peines de prison des activistes, dans un cas de cinq à quatre ans.
De tels cas soulèvent de sérieuses préoccupations quant à la responsabilité démocratique, car l'extension de l'autorité de l'État risque de réprimer la participation publique et d'affaiblir la capacité des citoyens à demander des comptes au gouvernement.
Le nouveau projet de loi de 2025 sur la criminalité et le maintien de l'ordre renforcerait la répression des manifestations en élargissant les pouvoirs de la police pour interdire le port de cagoules par les manifestants, restreindre les manifestations à proximité des lieux de culte et imposer des conditions qui pourraient exposer les personnes en situation irrégulière, telles que les demandeurs d'asile et les sans-papiers, à un risque d'expulsion. Les organismes nationaux et internationaux de défense des droits humains ont averti que ces restrictions sont vagues, disproportionnées et inutiles.
L'organisation caritative britannique de défense des droits humains JUSTICE a également publié aujourd'hui un rapport examinant des préoccupations similaires concernant les lois sur les manifestations, la sécurité juridique et la protection des droits civils.
Le Royaume-Uni reste légalement tenu de protéger la liberté d'expression et de réunion pacifique en vertu du droit national et international, notamment la loi de 1998 sur les droits humains, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (articles 19 et 21) et la Convention européenne des droits de l'homme (articles 10 et 11).
Le gouvernement devrait abroger ou modifier la loi PCSCA 2022 et la loi POA 2023 afin de supprimer les restrictions inutiles imposées aux manifestations, renforcer la loi sur les droits humains afin d'empêcher toute ingérence politique dans les manifestations et cesser d'utiliser la législation antiterroriste contre les manifestants, a déclaré Human Rights Watch.
Le gouvernement britannique devrait également mener une enquête publique approfondie sur les opérations de maintien de l'ordre lors des manifestations dans le cadre de la PCSCA 2022 et de la loi POA 2023 et veiller à ce que le maintien de l'ordre lors des manifestations soit conforme au droit international des droits humains.
« Le Royaume-Uni devrait protéger le droit de manifester au lieu de priver les citoyens de leurs droits », a conclu Lydia Gall. « Les législateurs devraient réviser la nouvelle loi afin de supprimer les mesures qui restreindraient davantage le droit de manifester. »
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Articles
LaLibre.be
07.01.2026 à 20:04
Human Rights Watch
(New York) – L'attaque militaire menée par l'administration Trump au Venezuela de manière éhontée risque d’y provoquer un nouveau désastre en matière de droits humains, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Tot dans la matinée du 3 janvier, l'armée des États-Unis a mené au Venezuela des frappes qui ont abouti à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Transférés à New York et inculpés de trafic de drogue, parmi d’autres chefs d’accusation, ils ont comparu le 5 janvier devant un tribunal fédéral chargé de cette affaire.
« Les Vénézuéliens ont le droit de choisir librement leurs dirigeants et de décider de l'avenir de leur nation », Juanita Gobertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Cependant, les États-Unis semblent prêts à encourager activement le Venezuela à maintenir l'appareil répressif de Maduro, tant que cela pourra servir leurs intérêts politiques et commerciaux. »
Le 3 janvier, le président Donald Trump a déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela dans un premier temps, sans toutefois expliquer de manière plus précise ce que cela signifie. Des hauts responsables américains ont indiqué qu'ils avaient l'intention de travailler avec Delcy Rodríguez, qui occupait le poste de vice-présidente de Maduro et a prêté serment en tant que présidente par intérim le 5 janvier.
Les autorités américaines ont déclaré qu'elles utiliseraient leur capacité à renforcer ou à assouplir le blocus pétrolier imposé dans les Caraïbes, ainsi que la menace de nouvelles frappes, en tant que moyens de pression pour contraindre le gouvernement vénézuélien à se conformer aux exigences et aux attentes des États-Unis. Il s'agirait notamment d'ouvrir la voie aux investissements de compagnies pétrolières américaines au Venezuela et de lutter contre la violence des gangs, entre autres objectifs.
Les frappes américaines du 3 janvier ont ciblé des installations militaires et auraient tué des dizaines d'officiers militaires, ainsi qu’au moins deux civils. Le gouvernement cubain, qui soutient depuis longtemps le gouvernement vénézuélien, a déclaré que 32 officiers cubains avaient été tués. Avant ces frappes, les États-Unis ont exécuté de manière extrajudiciaire au moins 115 personnes à bord de bateaux qui, selon l'administration Trump, se livraient au trafic de stupéfiants dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique.
À la suite des frappes du 3 janvier, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a déclaré que les États-Unis feraient pression sur le gouvernement vénézuélien pour qu'il facilite les investissements pétroliers des entreprises américaines, réagisse aux groupes criminels et rompe ses liens avec l'Iran et le Hezbollah. Le 5 janvier, le président Trump a déclaré aux journalistes que si les autorités du Venezuela « ne se comportent pas correctement » (« if they don’t behave »), les États-Unis pourraient mener une « deuxième frappe ».
Le président Trump a aussi déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela jusqu'à ce qu'une « transition judicieuse » ait lieu dans ce pays. Toutefois, le gouvernement américain n'a pas précisé quand ni comment cette transition pourrait avoir lieu, ni si ce processus inclurait des élections libres et équitables, la libération des prisonniers politiques et d'autres changements importants en matière de droits humains.
En juillet 2024, les Vénézuéliens se sont rendus en masse aux urnes malgré la répression exercée par le gouvernement Maduro. Des observateurs indépendants ont présenté des données montrant que les Vénézuéliens avaient massivement voté pour Edmundo González, candidat à l’élection présidentielle soutenu par la dirigeant de l'opposition María Corina Machado. Cependant, les autorités électorales ont annoncé que Maduro avait été réélu.
À la suite de l’élection présidentielle, le gouvernement Maduro a procédé à une vague de violations généralisées des droits humains, notamment des meurtres de manifestants, des arrestations arbitraires et des disparitions forcées de leaders de l'opposition, de détracteurs du gouvernement, de défenseurs des droits humains, ainsi que de ressortissants étrangers.
Selon le groupe juridique bénévole Foro Penal, plus de 860 prisonniers politiques sont toujours derrière les barreaux au Venezuela. Le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale mène une enquête sur les crimes contre l'humanité qui auraient été commis au Venezuela depuis 2014.
Depuis plus d'une décennie, les Vénézuéliens souffrent d'une crise humanitaire, avec de graves pénuries de nourriture et de médicaments. Sept millions de Vénézuéliens ont fui le pays, et 14,2 millions d'autres citoyens ont des besoins humanitaires urgents.
Les dirigeants latino-américains, européens, canadiens et d’autres dirigeants mondiaux devraient faire pression pour une transition vers la démocratie au Venezuela, demander la libération des prisonniers politiques et soutenir l’obligation de rendre des comptes pour les violations graves des droits humains commises par le gouvernement vénézuélien, selon Human Rights Watch. Pour sa part, le gouvernement américain devrait respecter ses obligations en vertu du droit international des droits humains et du droit international humanitaire.
« Les gouvernements étrangers devraient soutenir la protection des droits des Vénézuéliens, qui souffrent depuis une décennie sous le régime Maduro », a conclu Juanita Goebertus. « La décapitation du gouvernement vénézuélien par Trump n'a rien fait pour les protéger contre le risque de nouveaux abus. »
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07.01.2026 à 10:21
Human Rights Watch
Les autorités iraniennes répriment brutalement les manifestations qui secouent le pays en recourant à la force létale. En un peu plus d'une semaine, elles ont tué au moins 27 manifestants et passants, dont des enfants, et blessé de nombreuses autres personnes, tout en procédant à des arrestations massives de manifestants. Human Rights Watch enquête sur la répression violente des manifestations par le gouvernement et les violations des droits humains qui y sont liées.
Les manifestations ont commencé le 28 décembre au Grand Bazar de Téhéran et se sont rapidement étendues à au moins 27 provinces à travers le pays. Si les manifestations ont été déclenchées par de graves pressions économiques, la détérioration des conditions de vie et la corruption généralisée du gouvernement, les revendications des manifestants sont beaucoup plus larges et visent des changements fondamentaux et structurels, notamment une transition complète vers un système démocratique qui respecte les droits et la dignité humaine.
Ces manifestations sont les dernières d'une série de manifestations nationales en Iran contre le système au pouvoir au cours des dix dernières années. La réponse des autorités a toujours été une répression meurtrière, alimentée par une impunité systématique.
Les médias et des organisations iraniennes de défense des droits humains ont fait état du recours à la force létale par les forces de sécurité, notamment à des armes de guerre et à des balles métalliques tirées à partir de fusils, ainsi qu'à des gaz lacrymogènes et à des matraques contre des manifestants non armés. La répression violente a notamment pris la forme de raids menés par les forces de sécurité à l'hôpital Imam Khomeini d'Ilam les 4 et 5 janvier, dans le but apparent d'arrêter les manifestants blessés et de confisquer les corps des personnes tuées.
Iran Human Rights, une organisation indépendante, a rapporté le 6 janvier qu'au moins 27 manifestants avaient été tués et des centaines d'autres blessés. Les autorités ont arrêté et détenu plus d'un millier de personnes, dont des enfants âgés d'à peine 14 ans. Des cas de torture et de disparitions forcées ont été signalés.
Comme lors des manifestations précédentes, les autorités, y compris de hauts responsables, ont diffamé les manifestants en les qualifiant d'« émeutiers » et ont menacé de réagir plus sévèrement s'ils continuaient à descendre dans la rue. Le 3 janvier, Ali Khamenei, le guide suprême de l'Iran, a déclaré : « Il ne sert à rien de discuter avec les émeutiers ; les émeutiers doivent être remis à leur place. »
Le droit de réunion pacifique et le droit d'exprimer publiquement son désaccord sont des droits fondamentaux. Le recours à la force létale par les autorités dans des circonstances qui ne répondent pas au critère strict d'un risque imminent de mort ou de blessures graves et la détention arbitraire de personnes pour avoir exercé leurs droits fondamentaux constituent des violations du droit international relatif aux droits humains.
Les autorités iraniennes devraient immédiatement mettre fin à l'usage illégal de la force et libérer toutes les personnes détenues arbitrairement. Les Nations unies et les gouvernements concernés devraient prendre d'urgence des mesures pour garantir que les responsables de violations graves des droits humains et de crimes au regard du droit international répondent de leurs actes, y compris sur le plan pénal.
07.01.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Depuis fin juin 2025, les forces de sécurité du Soudan du Sud ont procédé à des arrestations arbitraires massives de garçons, de jeunes hommes et de jeunes femmes dans le cadre de leur lutte contre la criminalité dans la capitale, Juba, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Au cours de ces opérations, les forces de sécurité ont soumis des garçons et des jeunes hommes détenus à des actes de torture et à des mauvais traitements, à des actes d’extorsion et à la conscription forcée ; dans au moins un incident, des policiers ont battu et violé des femmes.
« Invoquant la nécessité de réprimer les gangs dans la capitale du Soudan du Sud, les forces de sécurité ont arbitrairement détenu, extorqué et enrôlé de force des dizaines de garçons et de jeunes hommes, et ont violé des jeunes femmes », a déclaré Nyagoah Tut Pur, chercheuse sur le Soudan du Sud à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin à ces abus, libérer les personnes détenues illégalement ou enrôlées de force, et tenir les forces de sécurité responsables de leurs actes. »
Entre le 7 août et le 23 novembre, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 37 personnes, dont des victimes, y compris trois enfants, et des proches de personnes touchées par les rafles menées par le gouvernement à Juba. Human Rights Watch a également mené des entretiens avec cinq activistes de la société civile, des experts des Nations Unies et des experts en protection de l'enfance.
Le 10 décembre, Human Rights Watch a écrit aux porte-paroles de la police et de l'armée pour leur demander leur réaction aux conclusions préliminaires de l’organisation, mais n’a reçu aucune réponse.
Au cours de la dernière décennie, les violences parmi les jeunes et les activités de gangs ont connu une forte augmentation au Soudan du Sud, sous l'effet de la pauvreté, du chômage, des conflits et des déplacements de population. À la mi-juin 2025, des informations ont fait état d'une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, montrant le viol collectif d'une jeune fille de 16 ans à Juba par des membres présumés d'un gang.
À la suite de ces informations et de la diffusion de la vidéo, la Police nationale, les Forces de défense populaires du Soudan du Sud (South Sudan People’s Defence Forces, SSPDF) et le Service de sécurité nationale ont lancé une opération conjointe dans les quartiers résidentiels de Juba. Cette opération anti-gangs a initialement débuté fin juin ; fin juillet, elle a été officiellement annoncée comme une initiative devant durer sept jours. Toutefois, des témoins ont rapporté que les arrestations se poursuivaient encore à la fin de l'année 2025.
Début juillet, les autorités ont annoncé avoir arrêté au moins 600 membres présumés de gangs. En octobre, la police a déclaré avoir arrêté 32 criminels présumés et confisqué des armes, et a indiqué que des poursuites pénales seraient engagées. Cependant, Human Rights Watch n'a pas été en mesure de confirmer l'existence de poursuites judiciaires en cours contre des personnes accusées de crimes liés à leur appartenance à des gangs, à l'exception de l'affaire de viol collectif dans laquelle 13 personnes ont été arrêtées et 7 inculpées.
Human Rights Watch a constaté que l’opération anti-gangs avait donné lieu à des arrestations et des détentions arbitraires, suivies de passages à tabac et d'autres abus dans les locaux de la police et de l'armée, ainsi qu'à la conscription forcée de dizaines de garçons et d'hommes.
Les personnes interrogées ont déclaré que les forces de sécurité, en uniforme ou en civil, armées de fusils ou de bâtons, s'en prenaient aux garçons et aux jeunes hommes qui se rassemblaient ou marchaient en groupe et vaquaient à leurs occupations quotidiennes.
Un homme de 24 ans a décrit son arrestation fin juin dans le quartier de Gumbo : « L'un d'eux m'a frappé à la tête en disant que j'étais un criminel... Ils nous ont [également] battus en nous forçant à nous asseoir, avec des bâtons, avec leurs mains, avec tout ce qu'ils pouvaient trouver. Ils étaient brutaux. »
Des femmes qui ont été détenues fin juin, lorsque les forces de sécurité ont fait une descente dans une grande fête organisée par des jeunes dans un hôtel, ont déclaré à Human Rights Watch qu'elles avaient été violées, avec d'autres femmes, au poste de police de Buluk par plusieurs policiers.
Les détenus ont été placés dans des locaux de police, et dans des installations militaires surpeuplées. Certains ont affirmé n’avoir reçu que très peu de nourriture ou d’eau. Un jeune de 17 ans, détenu pendant quatre jours à la caserne militaire de Giyada fin juin, a déclaré : « J'ai vu des garçons de moins de 17 ans uriner dans des bouteilles d'eau vides, puis boire leur propre urine. »
Des personnes précédemment détenues ont déclaré avoir été incarcérées pendant des périodes allant de quelques heures à une semaine, jusqu'à ce que leurs proches paient de l'argent ou offrent des biens pour obtenir leur libération. Une mère de 48 ans dont les deux fils ont été détenus au poste de police de Mapao à la mi-juillet a déclaré : « Les [policiers] ont dit que la règle était de payer 50 000 SSP [environ 10 dollars US] et [de leur donner] une chaise pour chaque enfant, alors nous avons obéi. »
Certains, cependant, n'ont pas été libérés. Human Rights Watch a recueilli les témoignages de quatre hommes et de deux garçons qui ont été détenus à Juba, puis envoyés avec des dizaines d'autres dans des camps militaires dans l'État du Haut-Nil, où les combats se sont intensifiés depuis début 2025. Trois d'entre eux ont été contraints de combattre, et les autres ont été obligés de travailler pour les soldats.
Un homme de 23 ans, recruté de force fin août, a été envoyé au combat à deux reprises avant de s'échapper. « Les commandants nous disaient : "Nous avons mené de nombreuses guerres, c'est maintenant votre tour, après tout vous êtes des criminels et des gangsters, c'est ce que vous voulez faire." À chaque fois, on nous plaçait en première ligne. »
Au moins quatre membres de familles de détenus ont déclaré que leurs proches avaient disparu suite à leur détention par les autorités, et que celles-ci avaient refusé de fournir des informations sur leur sort, notamment s'ils avaient été enrôlés de force. Les autorités sont tenues de fournir des informations confirmant si une personne a été arrêtée ou placée sous leur garde, ainsi que des informations sur le sort et/ou la localisation de chaque personne placée en détention, y compris si elle a été transférée sous la garde de l'armée en tant que conscrit. Le non-respect de cette obligation peut transformer la détention arbitraire en disparition forcée, strictement interdite par le droit international.
Le porte-parole de la police a rejeté les allégations de conscription forcée, déclarant aux médias en août que l'opération visait des criminels et que certains détenus avaient été transférés hors de Juba en raison de la surpopulation. Human Rights Watch n'a pas pu confirmer de manière indépendante si des personnes avaient été transférées en raison de la surpopulation.
Le droit national du Soudan du Sud et le droit international relatif aux droits humains interdisent le recrutement ou l'utilisation d'enfants par les forces ou groupes armés. Le Soudan du Sud a également interdit la conscription forcée d'adultes dans la plupart des cas. Plusieurs traités internationaux et régionaux relatifs aux droits humains ratifiés par le Soudan du Sud, dont l' , interdisent toute arrestation, détention ou emprisonnement illégal ou arbitraire, ainsi que la torture et les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, y compris le viol et les violences sexuelles. La Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant stipule que la détention d'enfants ne doit être utilisée qu'en dernier recours.
Les autorités devraient veiller à ce que les opérations de maintien de l'ordre respectent les droits humains, notamment en mettant fin aux arrestations arbitraires et aux recrutements forcés et en enquêtant sur les allégations de mauvais traitements, de torture et d'autres abus, y compris les viols. Elles devraient également garantir l'accès à un soutien médical et psychosocial adapté aux traumatismes et sensible au genre pour les victimes d'abus commis par les forces de sécurité, y compris les survivantes de viols. Le gouvernement devrait révéler la situation et le lieu où se trouvent toutes les personnes disparues, y compris celles qui ont été contraintes de servir dans l'armée, et autoriser des observateurs indépendants à accéder aux casernes militaires dans le Haut-Nil, a déclaré Human Rights Watch.
Les partenaires du Soudan du Sud devraient veiller à ce que toute aide apportée à la police et aux forces de sécurité soit liée à certaines conditions : le respect des droits humains, l’obligation de rendre des comptes en cas d'abus, et la mise en place de mesures visant à empêcher le recrutement d'enfants.
« Au lieu de répondre aux préoccupations réelles liées à la criminalité, les forces de sécurité ont utilisé cette campagne de maintien de l'ordre pour commettre de graves abus à l'encontre d'enfants et de jeunes marginalisés », a conclu Nyagoah Tut Pur. « Les autorités devraient prendre des mesures respectueuses des droits pour lutter contre la criminalité de manière crédible, soutenir les programmes destinés aux jeunes et mettre fin à la marginalisation croissante de la jeunesse du Soudan du Sud. »
Suite détaillée en anglais.
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Articles
Senego Agence Afrique
04.01.2026 à 16:22
Human Rights Watch
(Washington, 3 janvier 2026) – Dans la nuit du 2 au 3 janvier, l'armée des États-Unis a mené des frappes au Venezuela, aboutissant à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Le 3 janvier, le président américain Donald Trump a déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela jusqu'à ce qu'une transition ait lieu dans ce pays.
Juanita Gobertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch, a fait à ce sujet la déclaration suivante :
Après des décennies de répression brutale sous le chavisme, les Vénézuéliens méritent une transition rapide vers une démocratie respectueuse des droits et dirigée par des Vénézuéliens ; leurs libertés et leur droit de participer à des élections libres et équitables devraient être respectés, les prisonniers politiques devraient être libérés, et les individus responsables de graves violations des droits humains devraient être tenus de rendre des comptes. En 2024, des observateurs électoraux indépendants ont présenté des données montrant que les Vénézuéliens avaient voté contre le maintien au pouvoir de Maduro, et que les résultats officiels du scrutin présidentiel avaient été entachés de fraude.
Human Rights Watch continuera à surveiller la situation, et à enquêter sur toute frappe menée par les États-Unis sur le sol vénézuélien. Avant les récentes frappes, les États-Unis ont procédé à l’exécution extrajudiciaire de 115 personnes lors d’attaques contre des bateaux dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique, reflétant de manière inquiétante le mépris de l'administration Trump à l’égard de ses obligations en matière de droits humains. Human Rights Watch surveillera également la réponse des autorités vénézuéliennes actuelles aux récents événements, y compris toute nouvelle violation des droits des opposants politiques et des personnes exprimant des critiques envers le gouvernement.
À ce moment critique, les gouvernements d'Amérique latine et de l'Union européenne devraient faire pression en vue de garantir une transition pacifique vers une démocratie respectueuse des droits au Venezuela.
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18.12.2025 à 06:00
Human Rights Watch
(Washington, 18 décembre 2025) – Les membres de l’agence fédérale chargée de l'application des lois en matière d’immigration aux États-Unis sont couramment masqués et sans identification visible lors d’opérations, ce qui aggrave le caractère abusif et irresponsable de la campagne de déportation massive menée par l'administration Trump, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Ces pratiques généralisées et vaguement définies sont fondamentalement incompatibles avec l'obligation qui incombe aux États-Unis de veiller à ce que les abus commis par les forces de l'ordre fassent l'objet d'enquêtes et de sanctions.
« Les agents des forces de l'ordre devraient être identifiables, afin de pouvoir être tenus responsables en cas d’abus », a déclaré Belkis Wille, directrice adjointe de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Ce genre de pratique opaque devrait être une exception et non la norme, et est particulièrement alarmante dans le contexte des nombreux abus observés lors d’arrestations de personnes migrantes ces derniers mois. »
Depuis le retour au pouvoir du président Donald Trump en janvier 2025, son administration a mené une campagne abusive de rafles et d'arrestations de personnes migrantes – principalement des personnes de couleur – dans tout le pays. Bon nombre de ces raids visent des lieux où les Latino-Américains travaillent, font leurs achats, mangent et vivent. Des agents ont appréhendé des personnes dans des tribunaux et lors de rendez-vous prévus avec des agents de l'immigration, ainsi que dans des lieux de culte, des écoles et ailleurs. De nombreux raids ont été marqués par un recours soudain et injustifié à la force, créant un climat de peur dans de nombreuses communautés de personnes migrantes.
Ces opérations de contrôle de l'immigration ont souvent été menées par des agents de l'Autorité de l’immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) portant des masques et, dans certains cas, des vêtements civils. Les agents dissimulent régulièrement les insignes de leur agence et utilisent des véhicules banalisés pour arrêter des personnes se trouvant dans des voitures, des tribunaux, des écoles, des lieux de travail, des domiciles, ou dans la rue et dans les transports publics.
Sur son site web, l'ICE justifie la pratique répandue du port du masque par la « prévention du doxing » (c’est-à-dire la divulgation en ligne d’informations personnelles sur une personne). Ce type de justification généralisée et globale pour dissimuler l'identité des agents n'est toutefois pas compatible avec les obligations des États-Unis en matière de droits humains, sauf lorsque cette pratique est nécessaire et proportionnée pour répondre à des préoccupations particulières en matière de sécurité, selon Human Rights Watch. Lorsqu'elles sont appliquées de manière générale et par défaut, ces mesures constituent un obstacle à la responsabilité, ce qui est incompatible avec les obligations des États-Unis en matière de droits humains. L'anonymat affaiblit également l’efficacité de mesures dissuasives, favorise l'impunité et sape le respect des droits.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 18 personnes qui ont été témoins d'arrestations, ou qui ont été elles-mêmes arrêtées par des personnes non identifiables dans cinq villes des États-Unis depuis le 20 janvier. Toutes ces personnes ont évoqué leur sentiment de crainte lors de ces incidents, ainsi qu’un sentiment d’impuissance si elles étaient maltraitées, d'autant plus que les agents étaient non identifiables. Human Rights Watch a également examiné des dizaines de vidéos d'interpellations et d'arrestations menées par des agents masqués, et publiées sur les réseauxsociaux.
Dans un cas, le 25 mars vers 17 h 15, au moins six agents, tous en civil et à bord de véhicules banalisés de l' , sans s'identifier, ont interpellé et arrêté Rümeysa Öztürk, 30 ans, étudiante diplômée de l'université Tufts, qui avait apparemment été prise pour cible pour avoir écrit un article d'opinion dans un journal étudiant appelant Tufts à « reconnaître le génocide palestinien » et à se désengager des investissements liés à Israël. Rümeysa Öztürk, qui vivait aux États-Unis depuis six ans, a raconté l'incident à Human Rights Watch ; l’épisode a également été filmé par des caméras de vidéosurveillance.
Rümeysa Öztürk marchait dans la rue lorsque plusieurs personnes masquées l'ont abordée, lui ont pris de force son téléphone et son sac à dos, et lui ont passé les menottes. Elle a déclaré que lorsqu'elle leur a demandé qui ils étaient et leur a demandé de montrer leurs badges, l'un d'eux a répondu qu'ils étaient « de la police » et un autre a brandi un collier en or, mais elle n'a pas vu de badge et cela ne l'a pas aidée à les identifier. Sur les images, on entend un passant demander aux agents : « Pourquoi cachez-vous vos visages ? » Rümeysa Öztürk a déclaré qu'on ne lui avait présenté aucun document justifiant son arrestation. Elle a ensuite été emmenée de force hors de l'État et détenue illégalement.
« C'était une sensation horrible », a déclaré Rümeysa Öztürk. « Je ne pensais pas qu'ils étaient de la police, car je n'avais jamais vu des policiers s'approcher et emmener quelqu'un de cette manière. Je pensais que c'étaient des personnes qui me harcelaient, et j'avais vraiment très peur pour ma sécurité... En tant que femme qui a voyagé et vécu seule dans différents pays pour mes études, je n'avais jamais ressenti une peur aussi intense pour ma sécurité, jusqu'à ce moment-là. »
Une femme qui a été témoin de nombreuses descentes et interpellations à Chicago depuis le mois d'août a déclaré : « J'ai eu affaire à des agents qui refusaient de s'identifier. Cela ajoute un niveau de peur supplémentaire. Ce ne sont pas des policiers identifiables, qui pourraient être tenus publiquement responsables. » Un habitant de Washington, qui a également été témoin de nombreuses arrestations par des agents masqués de l'ICE depuis le mois d'août, a déclaré que ces tactiques avaient « complètement détruit toute la confiance que nous avions dans les forces de l'ordre locales et fédérales ».
De nombreux observateurs ont suggéré que la terreur que ces tactiques instillent est délibérée. Un juge d'un tribunal fédéral américain a affirmé dans une décision que « l'ICE se masque pour une seule raison : terroriser les Américains afin qu'ils restent dociles... Nous n'avons jamais toléré une police secrète armée et masquée ». Le tribunal a rejeté la justification avancée par l'ICE pour se masquer, la qualifiant de « malhonnête, sordide et déshonorante ».
Ces derniers mois, les médias ont rapporté des cas de personnes se faisant passer pour des agents fédéraux qui ont kidnappé, agressé sexuellement et extorqué des victimes, exploitant leurs craintes liées à l'application des lois sur l'immigration. Cela montre à quel point la frontière entre les criminels et les agents des forces de l'ordre peut être floue lorsque les agents fédéraux eux-mêmes ne sont pas identifiables, a observé Human Rights Watch.
Plusieurs États américains ont pris des mesures en vue d’adopter des lois au niveau étatique visant à empêcher les agents des forces de l'ordre de dissimuler leur identité lors d'interactions publiques. Il est toutefois peu probable que ces initiatives puissent être efficacement appliquées. Au niveau fédéral, un projet de loi nommé « Visible Identification Standards for Immigration-Based Law Enforcement Act (VISIBLE) Act », soutenu par les sénateurs Cory Booker et Alex Padilla, imposerait aux agents de l’ICE l’obligation de porter une forme d’identification lisible, et l’interdiction de porter des masques non médicaux.
Le Congrès devrait enquêter sur la brutalité des activités actuelles liées au contrôle de l'immigration, notamment les opérations de contrôles et les arrestations effectuées par des agents non identifiables ; le Congrès devrait examiner les conséquences spécifiques du port de masques sur la capacite à enquêter sur des abus et à sanctionner les responsables, a ajouté Human Rights Watch.
« Permettre à des agents masqués et non identifiés d'appréhender des membres de communautés sans s'identifier sape la confiance dans l'état de droit, et crée un vide dangereux où les abus peuvent se multiplier, exacerbant le risque de violences injustifiées lors d’arrestations », a conclu Belkis Wille.
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17.12.2025 à 18:15
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Le gouvernement yéménite et le Conseil de transition du Sud (CTS), soutenu par les Émirats arabes unis, devraient immédiatement fournir des informations sur le sort du journaliste Naseh Shaker et le libérer sans condition, ont déclaré conjointement 35 organisations, dont Human Rights Watch, dans une lettre adressée au président et au vice-président du Conseil de direction présidentielle du Yémen.
17 décembre 2025 Continued Detention of Yemeni Journalist Naseh Shaker for Over Two YearsNaser Shaker, 35 ans, est un journaliste yéménite qui a subi une disparition forcée perpétrée par les autorités du CTS le 21 novembre 2023, alors qu'il se rendait à Beyrouth pour y participer à une formation organisée par la Fondation Samir Kassir. Le CTS contrôle plusieurs gouvernorats du Yémen, dont la capitale provisoire, Aden. Les autorités n'ont pas fourni d’informations sur le lieu de détention de Naser Shaker à sa famille, ni à ses représentants légaux ou aux organisations locales et internationales, malgré des demandes répétées.
« Le Conseil de transition du Sud devrait cesser de recourir fréquemment au harcèlement et à la détention arbitraire de journalistes et de défenseurs des droits humains au Yémen, et de les soumettre à des disparitions forcées », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch.
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