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10.02.2026 à 12:29

Masculinismes : neuf idées reçues qui empêchent de qualifier la menace

Stephanie Lamy

Vous pensiez tout savoir sur les masculinismes ? Je vous propose un exercice simple : passer en revue neuf idées reçues qui empêchent encore de qualifier et lutter contre la menace.

Tiré de Entre les lignes et lesm ots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/28/masculinismes-neuf-idees-recues-qui-empechent-de-qualifier-la-menace/

La compréhension des masculinismes demeure entravée par un ensemble d'idées reçues largement diffusées dans l'espace médiatique, politique et parfois institutionnel. Ces représentations approximatives produisent des effets politiques concrets. En homogénéisant, individualisant, culturalisant ou dépolitisant les masculinismes, elles contribuent à retarder leur qualification comme idéologies violentes fondées sur l'identité de genre masculin et à affaiblir les réponses publiques.

Déconstruire ces idées reçues est une condition préalable à toute stratégie sérieuse de prévention, de qualification et de lutte.

Idée reçue n°1 : le masculinisme formerait un bloc homogène

Les masculinismes ne constituent pas un ensemble idéologique homogène. Ils relèvent d'une offre idéologique plurielle, fondée sur un principe commun – le suprémacisme de l'identité masculine – qui se décline ensuite dans des milieux radicaux distincts.

Ces milieux ne sont ni interchangeables ni équivalents. Chacun s'organise autour de ses propres référentiels, de ses propres récits et de ses propres modalités de justification de la violence. L'archétype promu dans les milieux incels n'est pas le même que celui développé dans les milieux chamaniques, pas plus que celui structurant les collectifs de pères enragés. Il s'agit de configurations idéologiques différentes, inscrites dans des contextes sociaux et organisationnels spécifiques.

Traiter les masculinismes comme un bloc homogène empêche d'en saisir la plasticité stratégique et conduit à une sous-qualification des risques, en invisibilisant la diversité des formes de radicalisation et de passage à l'acte. Il convient alors de parler systématiquement deS masculinismeS.

Idée reçue n°2 : les masculinismes promeuvent une seule masculinité hégémonique

Ce qui réfute également l'idée d'un masculinisme homogène, c'est le fait qu'il n'existe pas une seule masculinité hégémonique, mais une pluralité de masculinités produites et mises en circulation par les différents milieux masculinistes.

L'essor des idéologies masculinistes découle non-seulement de leur amplification par les médias sociaux, mais aussi de la mise en concurrence des hommes entre eux (inter et intra-milieu). Les milieux se développent précisément en multipliant des offres de masculinité hégémonique spécifiques, ajustées à des publics différenciés selon l'âge, la position sociale, la trajectoire conjugale ou encore les ressentis de déclassement. Au sein d'un même milieu masculiniste l'offre peut encore se diversifier par mimétisme (modèle Andrew Tate / MGTOW) ou animosité personnelle. Chaque milieu propose ainsi une ou plusieurs figures normative de l'homme « légitime » ou « alpha » à laquelle les individus sont invités à s'identifier, sans jamais réellement pouvoir atteindre cet idéal (mise en échec programmée).

Les individus ne sont pas nécessairement captifs d'un seul milieu. Ils peuvent naviguer entre plusieurs espaces, s'approprier différentes formes de masculinité, participer à des actions collectives variées et contribuer, à des degrés divers, à la production et à la diffusion de la propagande masculiniste.

C'est ce que j'appelle le paradoxe de la masculinité au sein des milieux radicaux : tout en promouvant l'idée d'une masculinité unique, authentique et indiscutable, les masculinismes produisent et mettent en circulation une multitude de modèles concurrents.

Observer quel type de masculinité hégémonique est promu dans quels espaces permet ainsi de classifier les milieux masculinistes sans reprendre les termes qu'ils utilisent pour se désigner eux-mêmes. Ces dénominations indigènes font partie intégrante de leur stratégie de propagande : elles servent à naturaliser les rapports de domination, à légitimer les violences et à faciliter le recrutement.

Nommer les masculinismes sans reprendre la langue des milieux radicaux constitue dès lors un enjeu central – non seulement analytique, mais aussi politique – dans la lutte contre la propagande et les pratiques masculinistes, car s'octroyer le pouvoir de les nommer et de les classifier c'est une forme de domination sur eux.

Idée reçue n°3 : les masculinismes relèveraient uniquement des réseaux sociaux

La focalisation quasi exclusive sur les plateformes numériques constitue une impasse. Si les espaces en ligne jouent un rôle important dans la diffusion et la circulation des discours masculinistes, ils ne sont ni les seuls ni nécessairement les principaux lieux de structuration idéologique.

Les milieux masculinistes se développent en ligne, hors ligne et de manière hybride : groupes de harcèlement de rue, groupes de parole, stages, associations, réseaux informels, pratiques pseudo-thérapeutiques ou spirituelles. Réduire le phénomène aux réseaux sociaux a un double effet : invisibiliser une grande partie des milieux radicaux et nier que les violences qu'ils produisent s'exercent aussi dans le réel.

Cette réduction entretient l'illusion d'une violence désincarnée, confinée au numérique, alors même que ses effets sont matériels, durables et parfois létaux.

Idée reçue n°4 : les masculinismes serait avant tout une affaire de jeunes hommes

La surreprésentation médiatique des jeunes hommes dans les discours sur le masculinisme reflète moins une réalité sociologique qu'une vision restrictive du phénomène. Les masculinismes développent des propagandes différenciées, capables de recruter à partir de griefs masculins exprimés à chaque moment du cycle de vie : adolescence, rupture conjugale, divorce, paternité conflictuelle, déclassement professionnel, vieillissement.

Limiter l'analyse aux jeunes permet aux hommes plus âgés de se penser extérieurs au problème, tout en continuant, pour certains, à adhérer à des discours explicitement conçus pour eux. Cette distanciation symbolique fonctionne comme un mécanisme d'exonération.

Idée reçue n°5 : les masculinistes seraient avant tout des « influenceurs »

La personnalisation des masculinismes constitue un biais analytique majeur. Réduire les masculinismes à quelques figures visibles, médiatisées ou suivies en ligne revient à essentialiser le phénomène et à en dévoyer la compréhension. Cela peut également être contreproductif en leur offrant une notoriété, voire, légitimité.

Ce qui distingue les masculinismes de la misogynie, c'est la dimension d'action collective. Il convient alors d'appréhender le phénomène communautaire « masculiniste » non pas comme une catégorie de personnes avec une identité figée, mais des groupes d'hommes – et parfois des femmes – qui adhèrent, relaient et participent à la propagande masculiniste, à des degrés variables.

Personnaliser la lecture des masculinismes dissout cette dimension collective et offre, de facto, une forme d'impunité à l'ensemble des milieux impliqués dans la production de la propagande et dans les violences qu'elle légitime : cyberharcèlement, menaces, violences physiques et sexuelles. Par ailleurs, figer une identité tend à freiner le renoncement des individus au processus de radicalisation.

A titre personnel, j'emploi le terme « prédicateur » pour ne pas banaliser la violence collective que les têtes de proue des milieux radicaux sont capable d'engendrer. Et d'ajouter que certains milieux masculinistes se passent de têtes de proue, notamment le milieu incel.

Idée reçue n°6 : seuls les incels commettraient des actes terroristes

Cette affirmation repose sur une double fragilité analytique.

D'une part, nous ne disposons pas encore de données consolidées permettant d'identifier de manière systématique les motivations idéologiques masculinistes dans des violences telles que les viols, les féminicides, les menaces ou le cyberharcèlement. Cette lacune ne constitue pas la preuve d'une absence de lien, mais le produit d'un défaut historique de qualification des violences de genre, longtemps appréhendées comme des faits isolés, privés ou relationnels, plutôt que comme des actes susceptibles de relever d'une idéologie.

D'autre part, le seul attentat meurtrier explicitement revendiqué en France dans ce cadre a été commis par un homme issu du milieu MGTOW, une idéologie qui attire majoritairement des hommes socialement installés, souvent dans la tranche d'âge trente–quarante ans. Cette réalité contredit directement l'association exclusive entre terrorisme masculiniste et figure incel.

La qualification d'un acte comme terroriste dépend en outre du curseur de la violence retenu. En droit français, rien n'empêche qu'un viol ou des violences sexuelles – en tant qu'atteintes graves aux personnes – soient juridiquement qualifiés d'actes de terrorisme dès lors qu'ils répondent aux critères d'intimidation, de contrainte ou de déstabilisation de l'ordre public. Si cette qualification demeure marginale, ce n'est pas en raison d'un obstacle juridique, mais en raison de représentations collectives persistantes qui peinent à reconnaître les violences sexuelles comme des instruments de terreur idéologique.

Ces représentations sont renforcées par une vision excessivement restrictive du terrorisme, encore largement réduite en France aux seules violences spectaculaires commises dans l'espace public. Or, la notion d'ordre public ne se limite pas à l'espace public au sens strict. Elle recouvre l'ensemble des règles obligatoires qui touchent à l'organisation de la Nation, à la sécurité, à la paix publique, à la morale, à la santé, ainsi qu'aux droits et libertés fondamentales des individus.

Dans ce cadre, les violences exercées dans l'espace privé – en particulier lorsqu'elles visent à terroriser, discipliner ou contrôler des femmes – relèvent pleinement d'une atteinte à l'ordre public. La focalisation exclusive sur l'espace public comme théâtre légitime du terrorisme conduit à invisibiliser d'autres modes opératoires.

À cet égard, les milieux incels se distinguent moins par leur radicalité idéologique que par leur mode opératoire spécifique, fondé sur la projection de la violence dans l'espace public. Cette spécificité tactique ne saurait servir de critère exclusif pour définir ou circonscrire le terrorisme masculiniste.

Idée reçue n°7 : les masculinismes n'existeraient qu'à l'extrême droite

Réduire les masculinismes à l'extrême droite constitue une erreur analytique majeure. Si certains milieux entretiennent aujourd'hui des liens étroits avec des organisations d'extrême droite, les idéologies masculinistes ne leur sont ni exclusives ni originellement circonscrites.

Les masculinismes émergent partout où des hommes se perçoivent comme menacés par la présence des femmes dans leurs espaces et par l'avancée de leurs droits. À ce titre, ils sont largement agnostiques des appartenances partisanes, religieuses ou culturelles. Ils peuvent fonctionner comme courroie de transmission vers l'extrême droite, en habituant leurs publics à une hiérarchisation des humains, mais ne s'y réduisent pas.

Certaines formes de masculinismes se sont historiquement structurées dans des espaces situés hors de l'extrême droite, y compris au sein de groupes de parole entre hommes issus de la gauche radicale. Les cantonner à l'extrême droite permet à d'autres espaces de s'exonérer d'un examen critique de leurs propres angles morts.

Idée reçue n°8 : les religions seraient à l'origine des masculinismes

Attribuer aux religions une responsabilité originaire dans l'émergence des masculinismes repose sur une confusion causale. Il est exact que certains milieux masculinistes se sont structurés à partir de militantismes religieux réactionnaires – notamment issus du christofascisme – ou de mobilisations supranationales en faveur d'un ordre familial dit « traditionnel », impliquant des acteurs chrétiens et musulmans.

Dans d'autres contextes, notamment au sein de la région MENA, des milieux masculinistes développent des formes de masculinité hégémonique empruntant une grammaire religieuse musulmane, tout comme en Inde le modèle de la masculinité hégémonique hindu est exploité. Mais ces articulations ne constituent pas une preuve d'origine religieuse. Elles relèvent plutôt d'un fantasme de l'homme religieux, mobilisé comme figure d'autorité et de discipline.

À l'inverse, on observe également des milieux radicalisés masculinistes au sein de courants néolaïques ou de nouveaux athéismes, explicitement hostiles aux religions. Dans ces configurations, la domination masculine se légitime par d'autres registres : biologisation, scientisme, rationalisme dévoyé, ou instrumentalisation de la laïcité contre les féminismes.

Ce constat est central : les masculinismes ne nécessitent pas la religion pour se structurer. Ils sélectionnent les attributs masculins de légitimation les plus opérants dans un contexte donné. La religion n'est qu'un répertoire parmi d'autres.

Idée reçue n°9 : il faudrait des hommes pour combattre les masculinismes

L'idée selon laquelle la lutte contre les masculinismes nécessiterait prioritairement l'engagement des hommes repose sur une confusion entre sexisme, misogynie et masculinisme. Si l'investissement d'hommes dans la lutte contre le sexisme – entendu comme une vision de la société fondée sur des stéréotypes de genre disqualifiants pour les femmes et les minorités de genre – peut constituer un levier utile, il devient contreproductif lorsqu'il s'agit de lutter spécifiquement contre les masculinismes.

Cette contreproductivité tient à la structure même des idéologies masculinistes. L'un de leurs piliers centraux est l'action collective masculine : sociabilisation entre hommes, production groupée de discours, validation mutuelle, construction de communautés idéologiques fermées. Intervenir contre les masculinismes en recentrant l'action sur les hommes risque ainsi de reproduire le cœur même de la dynamique que l'on cherche à combattre.

Le second pilier est l'androcentrisme. Les masculinismes reposent sur l'effacement systématique de la perspective des femmes, leur objectification et, in fine, leur disqualification en tant que sujets politiques et en tant que voix légitimes pour nommer la violence qu'elles subissent. Dans ce cadre, ériger les hommes en acteurs centraux, experts ou porte-parole de la lutte contre les masculinismes revient à rejouer cette mise à l'écart, même lorsque l'intention affichée est alliée ou progressiste.

Autrement dit, confier la lutte contre les masculinismes aux hommes ne constitue pas une neutralisation du problème, mais un déplacement de l'autorité symbolique qui laisse intact les rapports de domination. Les femmes et les minorités de genre continuent alors d'être les objets du diagnostic, plutôt que les sujets légitimes de l'analyse et de l'action.

Cela ne signifie pas que les hommes n'ont aucun rôle à jouer. Mais leur rôle ne peut être ni central ni substitutif. La lutte contre les masculinismes exige en priorité la reconnaissance de la légitimité politique, analytique et stratégique des femmes, des chercheuses, des associations spécialisées et des observatoires qui documentent ces violences depuis des années. Toute stratégie qui recentre l'action sur les hommes, au nom de leur supposée capacité à « parler aux hommes », risque de renforcer l'androcentrisme qu'elle prétend déconstruire.

Combattre les masculinismes suppose donc moins de mobiliser « les bons hommes » que de déplacer le centre de gravité du pouvoir de nomination, de décision et de définition de la menace.

Stephanie Lamy
Féministe, chargée d'enseignement, chercheuse
https://blogs.mediapart.fr/stephanie-lamy/blog/220126/masculinismes-neuf-idees-recues-qui-empechent-de-qualifier-la-menace

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10.02.2026 à 12:28

Terrorisme masculiniste : anticiper le backlash au processus de sécuritisation

Stephanie Lamy

La reconnaissance institutionnelle du terrorisme masculiniste marque un tournant politique. Mais cette sécuritisation ouvre une phase décisive : celle du backlash. À partir des premiers signaux médiatiques, ce texte analyse les stratégies discursives visant à neutraliser la menace, retarder l'action publique et contester la gouvernance de la lutte.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/01/terrorisme-masculiniste-anticiper-le-backlash-au-processus-de-securitisation/?jetpack_skip_subscription_popup

Lorsque j'écrivais La Terreur Masculiniste (Éditions du Détour) en 2023-24, il s'agissait d'intervenir dans un moment politique précis : celui où la radicalisation masculiniste restait largement appréhendée comme un phénomène culturel, alors même que ses effets violents et ses logiques organisationnelles étaient déjà documentés.

Mon choix de hacker le concept de sécuritisation, tel qu'il a été élaboré par Ole Wæver, répondait à cet enjeu. La sécuritisation désigne un processus discursif par lequel un phénomène social est qualifié comme menace sécuritaire par des acteurs investis d'une autorité légitime, devant une audience susceptible d'en accepter la validité – par exemple, l'immigration ou encore les mobilisations de la société civile.

Autrement dit, le processus de sécuritisation ne porte pas sur l'existence matérielle ou non d'un phénomène, mais sur sa qualification politique comme menace justifiant l'attribution de moyens et l'élaboration de politiques sécuritaires.

Le titre La Terreur Masculiniste visait précisément à rendre visible l'asymétrie des régimes de sécuritisation. L'idée était d'inverser les unes parlant d'une « terreur féministe » fantasmée pour exposer la construction artificielle de certaines menaces, et mettre en regard la matérialité d'une autre, largement sous-traitée politiquement. Ancrer les violences dans le réel, les nommer sans relayer leur propagande et classifier les mouvances pour mieux identifier les leviers de lutte.

De la mise à l'agenda de la menace à son institutionnalisation
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Mon livre n'a pas été publié dans un vide. Nombreux sont les travaux universitaires et enquêtes journalistiques, les dénonciations militantes et les veilles stratégiques sur les milieux masculinistes. J'ai tenté de les citer autant que possible. La prise en compte tardive de la menace réelle par les institutions découle de plusieurs facteurs et nécessiterait des travaux supplémentaires pour en élucider les causes.

Mais force est de constater qu'après une première mention en 2021 par la MIVILUDES – qui reconnaissait l'existence d'idéologies violentes issues des milieux masculinistes tout en estimant que le phénomène ne relevait pas du champ des dérives sectaires -, une succession d'événements est venue modifier en profondeur le cadrage institutionnel du sujet. La multiplication d'incidents, puis l'engagement de poursuites judiciaires – d'abord pour apologie du terrorisme à Annecy, puis avec une saisie du PNAT à Saint-Étienne – ont constitué un premier seuil de la prise en compte institutionnelle.

La fin de l'année 2025 et le début de 2026 marquent un tournant décisif : le rapport parlementaire Delaporte-Vojetta (Influence et réseaux sociaux : face aux nouveaux défis, structurer la filière de la création, outiller l'État et mieux protéger) et le rapport du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes fondé sur le Baromètre du sexisme convergent explicitement pour inscrire la lutte contre les milieux masculinistes dans le champ de la lutte contre le terrorisme. À ce stade, le phénomène n'est plus seulement observé ou documenté : il est nommé comme enjeu de sécurité.

Cette inflexion est prolongée par des travaux en cours – auditions de la délégation aux droits des femmes au Sénat sur les mouvances masculinistes, investigations exploratoires de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité (DDFE) du CESE – qui traduisent une montée en responsabilité progressive des institutions. Ces séquences convergentes actent un basculement : les masculinismes cessent d'être traités comme une dérive culturelle marginale pour être reconnus comme une menace appelant une vigilance renforcée, une coordination des acteurs et des moyens spécifiques. Cette reconnaissance tardive ne procède pas d'une irruption soudaine de la menace, mais de la consolidation progressive de signaux faibles et de violences bien réelles, longtemps dispersés, désormais rendus politiquement lisibles.

Dans les termes de Wæver, cela correspond à un acte de sécuritisation émanant d'institutions dotées d'un pouvoir de nomination légitime. Le phénomène est présenté comme problème public relevant d'un registre sécuritaire. Il entre dans l'espace des politiques publiques non plus comme symptôme social diffus, mais comme enjeu nécessitant une vigilance et des moyens spécifiques.

Ce moment ne clôt pas le processus. Il ouvre au contraire une nouvelle phase, particulièrement délicate, dans laquelle divers acteurs vont s'emparer du sujet, souvent moins pour en tirer les conséquences politiques que pour en neutraliser les effets et empêcher la mise en œuvre effective des recommandations institutionnelles.

Anticiper le backlash à la sécuritisation du terrorisme masculiniste

La phase qui s'ouvre maintenant est critique car c'est ici que le processus de sécuritisation se joue réellement. Dans la théorie de la sécuritisation, l'audience n'est ni homogène ni abstraite : la reconnaissance d'un enjeu comme menace dépend de segments socialement situés de l'audience, structurés par des rapports de pouvoir, des intérêts matériels et symboliques, ainsi que par des routines discursives institutionnalisées (Wæver 1995 ; Buzan, Wæver & de Wilde 1998 ; Balzacq 2005, 2011). Dans le cas de l'avancée des droits des femmes, l'une de ces routines est déjà explicitement identifiable le déplacement systématique de l'attention, depuis la condition des femmes et des minorités de genre – cibles premières des assauts masculinistes – vers celle des hommes cisgenres, présentés comme un groupe lésé, inquiet ou menacé.

Ce déplacement peut être anticipé car il constitue une forme classique de backlash, tel qu'analysé dans les travaux féministes sur les contre-réactions aux avancées institutionnelles en matière d'égalité (Faludi, 1991 ; Mansbridge & Shames, 2008). Ce backlash ne s'exprime pas nécessairement par une contestation frontale du diagnostic, mais par une série de micro-opérations discursives visant à reconfigurer les perceptions et à neutraliser la portée politique des avancées obtenues (McRobbie, 2009 ; Bacchi, 2009). Ces opérations participent d'une dynamique plus large de défense de la domination masculine (Connell, 2005).

À partir des réactions à la publication du Baromètre du sexisme (HCE) déjà observables, la grille de 6D (déformation, discrédit, distraction, dissuasion, division et doute) proposée pour analyser les discours climatosceptiques (Chavalarias et al., 2023), complétée ici par un septième D (la délimitation), permet d'anticiper les stratégies discursives qui structurent le backlash à la sécuritisation des masculinismes. Si le backlash renvoie à une dynamique de contestation d'une norme émergente, il s'opérationnalise concrètement par des tentatives de recalibrage du réel : il ne s'agit pas de nier l'existence du phénomène, mais des acteurs cherchent à délégitimer, fragmenter ou neutraliser la reconnaissance institutionnelle des masculinismes comme enjeu de sécurité.

1. Déformation : requalifier la menace

Les masculinismes sont requalifiés de manière à être valorisés ou rendus inoffensifs. Les définitions du phénomène et ses effets violents sont relégués au second plan. Le terme même de « masculinisme » est interprété comme une attaque contre le « masculin » en général. Certains hommes se sentent alors directement visés : ce ne seraient plus des idéologies violentes qui sont nommées, mais leur identité de genre.

Dans ce cadre, les violences sont minorées, relativisées, dissoutes dans un discours centré sur le ressenti masculin. La radicalisation idéologique est transformée en simple expression d'opinion, et la menace est dépolitisée par des dispositifs discursifs tels que des fausses symétries entre féminisme et masculinisme. Cette requalification produit un contre-effet direct : elle invalide, sans le contester frontalement, le diagnostic institutionnel.

2. Discrédit : délégitimer les actrices et les savoirs

Le discrédit ne vise pas le phénomène, mais celles et ceux qui le nomment. Chercheuses, institutions et militantes deviennent les cibles principales. Le registre mobilisé consiste à présenter ces actrices comme idéologiques, partisanes ou irrationnelles, et à associer leurs analyses à une supposée féminisation excessive des institutions publiques, perçue comme un facteur d'affaiblissement de la décision sécuritaire.

Ce mécanisme installe une suspicion généralisée à l'égard des savoirs produits sur les violences de genre et contribue à délégitimer toute tentative de sécuritisation en la renvoyant à un biais militant plutôt qu'à un diagnostic fondé.

3. Distraction : déplacer le cadrage

La distraction opère par un déplacement systématique du cadre d'analyse. Elle introduit d'autres menaces – notamment l'immigration ou l'islam – jugées par une certaine audience xénophobe plus légitimes ou plus familières, afin de relativiser celle que constituent les masculinismes. Ce contre-cadrage impose une hiérarchie implicite des dangers dans laquelle la violence idéologique portée par des hommes majoritaires, endogène à la société, devient impensable comme menace stratégique.

Ce mécanisme est idéologique : il sert à rappeler quels groupes sont autorisés à incarner le danger, et lesquels en sont structurellement exonérés.

4. Dissuasion : rendre coûteuse la prise de parole

À mesure que le diagnostic se stabilise, la prise de parole devient plus coûteuse. La dissuasion s'exerce par la moquerie, l'intimidation symbolique, la disqualification personnelle et la mise en cause de la légitimité des locutrices. Ce climat contribue à restreindre l'espace du dicible et à décourager les relais médiatiques ou institutionnels les plus exposés.

La sécuritisation devient alors un risque individuel pour celles qui la portent.

5. Division : fragmenter les publics concernés

La division consiste à opposer artificiellement les groupes concernés : femmes contre femmes, féminismes entre eux, lutte contre le terrorisme « classique » contre lutte contre les violences de genre. Cette fragmentation empêche l'émergence de coalitions politiques transversales et durables autour de la reconnaissance des masculinismes comme enjeu de sécurité.

La conflictualité est ainsi déplacée à l'intérieur même des groupes affectés.

6. Doute : maintenir l'indécision

Enfin, le doute constitue un levier central. Il ne s'agit pas de réfuter, mais de suspendre. L'accent est mis sur la complexité du phénomène, l'insuffisance supposée des données ou l'absence de chiffres consolidés, tout en ignorant que cette absence résulte précisément d'un défaut historique de suivi médiatique, policier et judiciaire.

L'indécision devient une stratégie en soi, permettant de retarder toute traduction politique concrète du diagnostic sécuritaire.

Ajouter un septième D : la délimitation

Enfin, un septième D permet de relier directement cette séquence à La terreur masculiniste : la délimitation.

Dans le livre, j'introduis la métaphore mobilisée par la comédienne australienne Hannah Gadbsy : celle de la ligne dans le sable, tracée par les « bons hommes » pour se distinguer des « mauvais ». Cette ligne ne sert pas à prévenir la violence, mais à organiser l'impunité. Elle maintient une zone grise dans laquelle propos, pratiques et violences restent tolérables tant qu'ils ne franchissent pas un seuil défini par ceux qui en bénéficient.

Dans la phase de réception de la sécuritisation, cette ligne est réactivée. On reconnaît l'existence de la menace, mais on la borne : elle serait le fait d'hommes jeunes, immatures, socialement fragiles et hyperconnectés. Autrement dit, au-delà de la ligne.

Les « bons hommes » peuvent ainsi continuer à se percevoir comme extérieurs au problème. La frontière ne sépare plus violence et non-violence, mais radicalité visible et domination perçue comme respectable.

Qui parle de sécurité, et pour qui ?

Ces mécanismes ont un point commun : ils sont majoritairement portés par des hommes qui s'estiment légitimes pour dire ce qui constitue – ou non – une menace sécuritaire, y compris lorsque cette menace pèse avant tout sur les femmes et les minorités de genre. La sécuritisation des masculinismes vient ainsi heurter un monopole symbolique : celui du droit masculin à définir le danger, à en fixer les frontières, à en hiérarchiser les priorités et à revendiquer le monopole de la protection.

Que faire ? Responsabilités médiatiques et lignes de vigilance

La séquence actuelle met en lumière un vide : l'absence de consignes claires encadrant la médiatisation des rapports institutionnels lorsqu'ils qualifient un phénomène comme enjeu de sécurité. Ce vide ouvre un espace où la sécuritisation peut simultanément être reconnue sur le papier et neutralisée dans les faits.

Dans ce contexte, la presse dispose d'une marge d'action décisive. Elle ne se situe pas au niveau de l'arbitrage sécuritaire – qui relève des pouvoirs publics – mais à celui de la production de sens, du cadrage et de la hiérarchisation des voix légitimes.

Décider qui est légitime à parler

La première responsabilité est éditoriale : décider qui est légitime pour parler de la sécuritisation des masculinismes, et plus largement de la sécurité des femmes, des filles et des minorités de genre. Donner la parole n'est jamais un acte neutre. Inviter un acteur masculiniste sans cadrage, sans contextualisation, sans contradiction informée revient à produire un contre-acte de langage face aux constats institutionnels.

À l'inverse, reconnaître la légitimité des chercheuses, des observatoires, des associations spécialisées et des institutions publiques, c'est stabiliser le diagnostic et refuser la banalisation.

Cadrer avant de débattre

La deuxième responsabilité tient au cadrage préalable. Un débat n'est pertinent que s'il repose sur une base commune de faits. Présenter les masculinismes comme une opinion parmi d'autres, ou comme une simple controverse culturelle, revient à désactiver le registre sécuritaire dans lequel les institutions ont inscrit le phénomène.

Cadrer, ici, ne signifie pas censurer. Cela signifie nommer clairement la nature idéologique et violente du phénomène, rappeler les données disponibles et expliciter les liens entre discours, radicalisation et violences.

Refuser les faux équilibres

La troisième vigilance concerne le refus des faux équilibres. Mettre sur un même plan des savoirs établis et des discours de déni, forcer une symétrie entre féminismes et masculinismes au nom d'un pluralisme abstrait, participe directement au backlash à la sécuritisation. L'égalité de temps de parole ne produit pas l'égalité de valeur épistémique.

Dans le cas des masculinismes, le faux équilibre sert moins à informer qu'à reproduire un ordre symbolique où les hommes continuent de définir ce qui constitue une menace légitime.

Ne pas déplacer la focale

Enfin, une vigilance particulière s'impose face aux tentatives récurrentes de déplacement de la focale : recentrer systématiquement le débat sur la condition des hommes, sur d'autres menaces perçues comme plus légitimes ou sur des comparaisons hors de propos. Ces déplacements ne sont pas anecdotiques ; ils constituent le cœur du backlash à la sécuritisation.

Maintenir la focale sur les personnes directement exposées — femmes, filles, minorités de genre — n'est pas un biais militant. C'est une exigence analytique et politique.

Ne pas se faire relais de la propagande

Refuser d'utiliser les termes que les milieux masculinistes proposent pour s'identifier ou pour justifier leur violence. Ne pas illustrer les articles sur la menace sécuritaire avec des images de prédicateurs masculinistes.

Une épreuve de cohérence démocratique

La médiatisation des rapports institutionnels sur les masculinismes constitue ainsi une épreuve décisive, non seulement de cohérence discursive, mais de traduction politique. De la manière dont cette séquence est reçue, cadrée et commentée dépend directement l'issue du processus de sécuritisation : l'attribution de moyens, la priorisation de l'action publique et la définition des acteurs légitimes pour gouverner la lutte contre la radicalisation masculiniste.

Soit la reconnaissance institutionnelle de la menace se prolonge par des pratiques médiatiques alignées sur ce diagnostic, permettant de stabiliser l'enjeu comme problème de sécurité, d'outiller l'État et de structurer une gouvernance claire et cohérente. Soit cette reconnaissance est neutralisée dans l'espace public par des routines de banalisation, de controverse artificielle et de légitimation d'acteurs impliqués dans la radicalisation, avec un effet immédiat : retarder toujours plus, fragmenter ou vider de leur substance les recommandations institutionnelles, et maintenir l'indétermination sur qui doit agir, avec quels moyens, et sous quelle autorité.

Références :

Balzacq, Thierry. “The Three Faces of Securitization : Political Agency, Audience and Context.” European Journal of International Relations, vol. 11, no. 2, 2005, pp. 171–201.
Balzacq, Thierry. Securitization Theory : How Security Problems Emerge and Dissolve. Routledge, 2011.
Buzan, Barry, Ole Wæver, and Jaap de Wilde. Security : A New Framework for Analysis. Lynne Rienner Publishers, 1998.
Chavalarias, David, Paul Bouchaud, Victor Chomel, and Maziyar Panahi. Les nouveaux fronts du dénialisme et du climato-scepticisme : Deux années d'échanges Twitter passées aux macroscopes. Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France (ISC-PIF), CNRS, 2023.
Connell, R. W. Masculinities. 2nd ed., Polity Press, 2005.
Faludi, Susan. Backlash : The Undeclared War Against American Women. Crown, 1991.
Mansbridge, Jane, and Shauna L. Shames. “Toward a Theory of Backlash : Dynamic Resistance and the Central Role of Power.” Politics & Gender, vol. 4, no. 4, 2008, pp. 623–634.
McRobbie, Angela. The Aftermath of Feminism : Gender, Culture and Social Change. SAGE Publications, 2009.
Wæver, Ole. “Securitization and Desecuritization.” On Security, edited by Ronnie D. Lipschutz, Columbia University Press, 1995, pp. 46–86.

Stephanie Lamy
Féministe, chargée d'enseignement, chercheuse
https://blogs.mediapart.fr/stephanie-lamy/blog/210126/terrorisme-masculiniste-anticiper-le-backlash-au-processus-de-securitisation

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10.02.2026 à 12:28

La montée du masculinisme : une contre-offensive politique réactionnaire

LalaPolit

Le masculinisme n'est pas une simple dérive des réseaux sociaux. C'est une idéologie politique réactionnaire qui s'appuie sur l'inversion victimaire pour contester les luttes féministes, banaliser les violences et légitimer des reculs en matière d'égalité. À l'approche des municipales, refuser de le nommer est un choix politique.

Billet de blog 25 janvier 2026 | tiré du blogue de Lalapolit

Le masculinisme est trop souvent réduit à une colère marginale ou à une dérive des réseaux sociaux. Cette lecture masque une réalité politique plus inquiétante : derrière l'inversion victimaire et les discours sur la « souffrance masculine » se déploie une idéologie réactionnaire structurée, qui conteste les luttes féministes, banalise les violences et prépare des reculs concrets en matière d'égalité. À l'approche des élections municipales, refuser de nommer et de combattre cette offensive n'est pas une neutralité : c'est un choix politique.

Le masculinisme repose sur un postulat central : l'idée que les hommes seraient aujourd'hui victimes d'un système qui favoriserait les femmes. Cette inversion victimaire n'est pas anodine. Elle permet de disqualifier les luttes féministes, de nier les rapports de domination existants et de re-légitimer une hiérarchie entre les sexes sous couvert de « rééquilibrage ». Derrière un vocabulaire emprunté à la psychologie ou à la souffrance sociale, le projet est clair : restaurer un ordre patriarcal présenté comme naturel.

Cette idéologie prospère dans un contexte précis. La crise sociale, la précarisation des parcours, l'effritement des modèles traditionnels de réussite masculine produisent des angoisses réelles. Mais le masculinisme ne propose aucune émancipation collective. Il détourne ces angoisses vers un ennemi commode : les femmes, le féminisme, et plus largement toute remise en cause de l'ordre établi. Là où une analyse politique devrait interroger les rapports de classe, les politiques publiques et les responsabilités structurelles, le masculinisme désigne des coupables et absout le système.

La force du masculinisme tient aussi à sa capacité à se rendre fréquentable. Il se présente comme un simple « contre-discours », un appel à la nuance face à des féministes jugées excessives. Cette stratégie de banalisation est centrale. En installant une fausse symétrie entre féminisme et masculinisme, il transforme une lutte pour l'égalité en un conflit d'opinions équivalentes. Or il n'y a pas de symétrie possible : le féminisme combat un système de domination ; le masculinisme cherche à le préserver.

Il serait pourtant erroné de réduire le masculinisme à une bataille de mots. Les discours qu'il promeut produisent des effets politiques concrets. Ils nourrissent le harcèlement, la haine en ligne, la délégitimation de la parole des femmes, et créent un climat où les violences sexistes et sexuelles sont minimisées, excusées, voire justifiées. Ce n'est pas un dérapage : c'est une cohérence idéologique. En contestant la légitimité même des luttes féministes, le masculinisme sape les outils de protection et de justice.

La responsabilité collective est engagée. La complaisance médiatique, le traitement sensationnaliste, l'absence de contradiction politique sérieuse contribuent à installer ces discours dans le débat public. À force de vouloir « entendre toutes les voix », on finit par offrir une tribune à des idéologies qui nient l'égalité et fragilisent la démocratie.

À l'approche des élections municipales, il n'est plus possible de se réfugier derrière l'ambiguïté ou la prudence de façade. Le masculinisme n'est pas un sujet secondaire : il interroge la capacité des équipes municipales à défendre concrètement l'égalité, à protéger les habitantes et à refuser la banalisation des idéologies de domination. Les listes qui prétendent gouverner ne peuvent plus éluder cette question.

Un engagement clair est désormais nécessaire. Cela suppose de soutenir sans condition les associations féministes locales, de garantir des moyens pérennes pour la prévention et la prise en charge des violences sexistes et sexuelles, de former les agent·es municipaux et les élu·es, et de porter une parole politique ferme face aux discours antiféministes. Cela implique aussi de refuser toute complaisance électorale avec des rhétoriques réactionnaires, même lorsqu'elles se parent du langage du « bon sens » ou de la fausse neutralité.

Les élections municipales ne sont pas seulement un scrutin de proximité : elles dessinent le cadre politique du quotidien. Elles diront si l'égalité entre les femmes et les hommes est un principe réellement défendu ou un slogan opportun. Face à la montée du masculinisme, l'heure n'est plus aux postures. Elle est au choix politique clair, assumé et féministe.

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