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16.01.2026 à 19:09

Donald Trump est-il totalement fou ? Elisabeth Roudinesco sur le pouvoir délirant de la Maison-Blanche

Matheo Malik

Après la scène shakespearienne à la Maison-Blanche, lors de laquelle Donald Trump a reçu un prix Nobel imaginaire, la question de sa santé mentale refait surface.

Pour Élisabeth Roudinesco, il ne s'agit pas de livrer un diagnostic des pathologies d’un homme mais de comprendre pourquoi un système politique entier accepte de se plier à un délire narcissique sans limites.

Entretien.

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Texte intégral (2932 mots)

Dans le chaos d’un monde qui semble tétanisé par le délire, nous avons besoin de points de repère. Avec le Grand Continent, il est encore temps de commencer l’année avec une bonne résolution : découvrez toutes nos offres pour s’abonner à la revue

Hier, à la Maison-Blanche, Donald Trump a mis en scène une cérémonie officielle au cours de laquelle il a reçu de la part de Maria Corina Machado la médaille du Nobel, comme s’il s’agissait d’un prix réel. Cette scène bizarre semble tout droit sortie d’un délire de roi shakespearien… Devons-nous prendre au sérieux l’hypothèse que Donald Trump est fou  ?

Cette scène shakespearienne est en effet l’expression d’un délire, ce qui ne signifie pas pour autant que le président américain est cliniquement psychotique, c’est-à-dire fou.

J’ai vu dans cette cérémonie grotesque le franchissement d’une ligne : sachant qu’il n’aura sans doute jamais le prix qu’il convoite, Donald Trump organise une mise en scène : la remise d’un prix qui ne lui est pas destiné et qui est de fait un semblant. Ni lui ni Machado — qui a accepté d’entrer dans ce jeu grotesque — n’ont en réalité transgressé la loi établie par le Comité Nobel, qui prévoit que le titre ne peut en aucun cas être transmis par le lauréat, bien que la médaille puisse être offerte ou vendue. Mais c’est précisément là que quelque chose bascule : par cette mise en scène grotesque et sans éprouver un seul instant la crainte du ridicule, ils font advenir une réalité étrange, parallèle, délirante.

On a donc la confirmation de ce qui constitue l’essence du trumpisme : la puissance du grotesque — et c’est là que réside son danger tout à fait réel.

La vraie question ne devrait donc pas être : « Trump est-il fou ? ou : « De quel type de folie s’agit-il ? » mais plutôt : « Pourquoi les structures politiques, institutionnelles et sociales permettent-elles cette folie ? Pourquoi les institutions américaines et occidentales contribuent-elles à réaliser le délire du président des États-Unis ? »

C’est absolument cela ! Le rapport entre la jouissance et la loi chez Trump est, de ce point de vue, central.

Trump vit dans un monde qu’il fabrique lui-même, un monde qu’il veut identique à son désir de toute puissance et donc de jouissance. Lorsqu’il organise une cérémonie pour se remettre à lui-même un prix Nobel imaginaire, il ne joue pas, il ne plaisante pas : il vit réellement la scène. Trump aime les médailles, le clinquant, les fausses dorures, et il croit que ces signes extérieurs sont l’équivalent d’un vrai titre : il a une passion pour les salles de bal et les signes de la vie monarchique. Il se rêve en roi — de style Louis XIV à Las Vegas — couvert de décorations et de breloques. Le signifiant «  Nobel de la Paix » est une obsession chez lui, alors même qu’il est un brutal faiseur de guerre ayant échappé par terreur au service militaire — quatre reports d’incorporation…

Cela en dit long sur ce qu’il est : il préfère être dupé que de risquer quoi que ce soit et il ne craint pas le ridicule. Là est son délire visible : un délire des grandeurs fondé sur le culte de son ego ; un délire narcissique d’histrion qui devient d’autant plus dangereux que son entourage s’y soumet.

En 2017, il a été qualifié par les meilleurs psychiatres américains de «  mélange de sociopathe, narcissique, sadique, dangereux et incapable de gouverner son pays  »…

L’infantile, chez Trump, fonctionne comme un dispositif de séduction : il désarme, il abaisse le niveau, il transforme la violence politique en spectacle.

Elisabeth Roudinesco

Pourtant, tout se passe comme si la loi ou les institutions aux États-Unis ne pouvaient plus jouer le rôle d’une limite : la puissance militaire, diplomatique et économique de la première puissance mondiale est mise au service des fantasmes d’un homme… 

Oui et c’est cela le plus frappant. Trump dirige son pays comme un dictateur et il est d’ailleurs fasciné par Poutine auquel il s’identifie sans cesse. Mais les structures politiques et institutionnelles des États-Unis restent démocratiques et Trump est tributaire de ce système. Il ne peut donc pas exercer le pouvoir dictatorial dont il rêve, ce qui d’ailleurs l’exaspère : d’où l’histrionisme. Il ne cherche qu’à les abolir ou à les transgresser : il a d’ailleurs tenté un coup d’État le 6 janvier.

Et c’est bien parce qu’il est sans limites qu’il attire la soumission de la part de son entourage.

« La question ne touche pas qu’à Trump, elle est structurelle : pourquoi tout un système accepte-t-il de fonctionner sur le mode du délire narcissique ? » (Image © Evan Vucci)
« Son entourage obéit aux fantasmes de Trump parce qu’il exprime ce que les autres refoulent ou n’osent pas dire, ni même avouer ou penser. » (Image © Evan Vucci)

Est-ce cette dimension infantile qui le rend toujours — et malgré ses excès et la violence réelle de son action politique — presque drôle et séduisant ?

Je pense que oui. Pour ceux qui le soutiennent, il est une sorte de diablotin qui s’autorise n’importe quoi. L’infantile, chez lui, fonctionne comme un dispositif de séduction : il désarme, il abaisse le niveau, il transforme la violence politique en spectacle. On rit, on s’étonne, on est effaré. Et pendant ce temps, l’action réelle, elle, est d’une brutalité extrême. 

C’est là tout le danger. Cette absence de limites se retrouve dans tous les registres : politique, géopolitique, corporel et sexuel. 

Susan B. Glasser, du New Yorker, parle à propos de Trump d’une « forme narcissique d’unilatéralisme » 1

C’est exactement cela. Nous vivons un temps étrange : l’écrasante puissance des États-Unis est mise au service du narcissisme d’un seul homme. Mais, encore une fois, la question ne touche pas qu’à Trump, elle est structurelle : pourquoi tout un système accepte-t-il de fonctionner sur le mode du délire narcissique ?

Quelle est votre explication ?

On peut formuler une hypothèse, mais il faut d’abord répondre à une autre question : pourquoi Trump fascine-t-il autant, y compris chez certains responsables politiques ? Parce que précisément il ose exhiber sa toute-puissance.

Son entourage obéit aux fantasmes de Trump parce qu’il exprime ce que les autres refoulent ou n’osent pas dire, ni même avouer ou penser : il est mal élevé, n’a aucune limite symbolique, il insulte tout le monde, dit des inepties, ment de façon éhontée, fait des plaisanteries grossières (notamment avec les femmes), déraille ou s’agite et ne comprend pas la moindre métaphore : dans son fonctionnement psychique, tout est réduit à une réalité simpliste. Il pense que les frontières doivent être des murs : il a même songé à un mur « transparent » avec le Mexique afin de mieux surveiller l’envahisseur. Il croit que les demandeurs d’asile proviennent d’un vrai asile (psychiatrique) et qu’ils sont des criminels cherchant à le « remplacer » — lui et les Américains dits « de souche ».

Il est complotiste et il alimente le complotisme. Il nourrit la folie potentielle des autres et parle comme un enfant turbulent : « un tel est méchant, un tel est gentil, on travaille bien avec un tel et mal avec un autre. Je vais lui donner une fessée à celui-là qui ne veut pas obéir, etc. »

Chez Donald Trump on a l’impression qu’il n’y a pas d’altérité, pas de loi intériorisée, pas de surmoi opérant. Tout est ramené à une logique binaire et colérique : gagner ou perdre, écraser ou être écrasé. Il est amphigourique, obscène, il autorise une forme de jouissance politique pulsionnelle. Il incarne une souveraineté déjantée.

Il se prend pour un miraculé, sauvé par Dieu. N’oublions pas qu’il échappé deux fois à des morts accidentelles : une fois en ne prenant pas un hélicoptère qu’il devait prendre, une deuxième en échappant de justesse à un attentat.

Que sait-on de ses relations familiales ? 

On sait beaucoup de choses grâce à des documentaires et des déclarations qu’il a faites sur lui-même : homme parfait, n’ayant aucun défaut, se croyant désiré par toutes les femmes — un symptôme de l’érotomanie —, il ne boit pas d’alcool et ne fume pas, redoute la saleté, a des manies alimentaires, croit qu’on peut se préserver du Covid en avalant de l’eau de Javel.

En conséquence de ce qu’il pense être sa propre perfection, il veut mettre son nom partout et laisser une trace à la postérité.

Sa relation à sa mère est problématique. Couverte de bijoux et de vêtements extravagants, elle n’a cessé de vanter ses mérites et l’a préféré aux autres enfants — deux sœurs et deux frères, dont l’aîné est mort d’alcoolisme. Trump a passé son temps à vouloir rivaliser avec son père en termes de fortune accumulée : toujours plus de dollars, des tours et des bâtiments toujours plus hauts, toujours plus de territoires sur ce qu’il appelle son « hémisphère » à propos du Groenland.

Chez Donald Trump on a l’impression qu’il n’y a pas d’altérité, pas de loi intériorisée, pas de surmoi opérant.

Elisabeth Roudinesco

Sa relation avec ses trois femmes l’est tout autant.

Elles se ressemblent : des mannequins blondes, de type slave, parfaitement habillées, sans le moindre défaut, grâce souvent à des chirurgies esthétiques. Il a d’ailleurs créé en 1999 une agence de mannequins et a été propriétaire de concours de beauté entre 1996 et 2015. Il a toujours besoin d’être « accompagné ». Sa première femme, Ivana, athlète et mannequin tchécoslovaque, avec laquelle il aura trois enfants, était bien plus brillante que lui et meilleure femme d’affaires : elle parlait tout le temps. Il l’a littéralement « répudiée » en disant à ses proches qu’il ne « pouvait plus avoir de relations sexuelles avec elle ». Elle est morte défigurée par une chute et le visage ravagée par de multiples injections. 

La deuxième épouse, Marla Maples (dont il a une fille), présentatrice de télévision, reine de beauté et publiciste pour des produits de bien-être, a été « parfaite » pour lui. Le mariage a eu lieu en grande pompe à l’hôtel Plaza de New York au milieu d’un millier d’invités parmi lesquels le pédocriminel Jeffrey Epstein. Avant même le mariage, Trump avait déclaré dans le New York Post du 16 février 1990 : « Le meilleur coup que j’ai jamais eu ». Ils se sont séparés à l’amiable.

Enfin, la troisième, Melania, mannequin d’origine slovène, c’est encore mieux : elle est quasiment mutique. Quant à Ivanka, sosie de sa mère Ivana, elle est à ce point au service de son père qu’il a affirmé publiquement que si elle n’avait pas été sa fille, il serait « sorti avec elle »…

Ces éléments sont lourds de signification. Les femmes ne sont jamais reconnues par Trump comme des sujets, mais comme des objets ou plutôt des fétiches dont il ne peut se passer ; lorsqu’elles deviennent mères, les difficultés sexuelles apparaissent.

Lui-même est maquillé et a les cheveux teints et coiffés de façon à dissimuler sa calvitie. Tout cela est abondamment documenté.

« L’action politique de Trump nous contraint à vivre dans une réalité bien étrange : celle du délire logique du dirigeant le plus puissant de la planète. » (Image © Evan Vucci)
« Trump vit dans un monde qu’il fabrique lui-même, un monde qu’il veut identique à son désir de toute puissance et donc de jouissance. » (Image © Evan Vucci)

Trump sera pourtant confronté à une contradiction : l’aventurisme géopolitique qu’il mène depuis quelques jours avec une intensité particulière implique à terme de se confronter à des limites : en menant des opérations militaires, comme en entrant dans un rapport de force avec le système américain pour le faire basculer vers un autre régime non-démocratique, il s’expose au risque de pertes et d’une défaite…

Comme je l’ai dit, Donald Trump a une peur bleue de la guerre.

Il pense pouvoir la mettre en scène, la concentrer en quelques actes pour l’éviter. C’est pourquoi il parle d’« opérations de police ». Il croit conjurer la violence par des gestes spectaculaires. Mais il est capable aussi d’annoncer n’importe quoi puis de reculer : en Iran par exemple, il a reculé après avoir menacé les islamistes des pires représailles sans la moindre compassion pour les milliers d’insurgés auxquels ils avaient promis un soutien. À ce jeu, Trump ne gagnera pas, et les dégâts peuvent être considérables. Nous sommes face à une hybris effarante désormais visible par le monde entier.

Il faut poser des interdits à Trump.

Elisabeth Roudinesco

Le camp MAGA dénoncerait sans doute votre analyse en vous diagnostiquant un « Trump Derangement Syndrome » 2. Comment répondre ?

C’est un mécanisme classique de projection qui ne trompe personne. Traiter l’autre de fou en utilisant le vocabulaire de la psychiatrie et en l’accusant de la pathologie dont on est soi-même porteur.

C’est une caractéristique des discours autoritaires et dictatoriaux.

Ce qui frappe, c’est l’extension du mot « folie » dans l’espace public au moment même où il a été évacué du savoir psychiatrique et notamment du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

L’action politique de Trump nous contraint à vivre dans une réalité bien étrange : celle du délire logique du dirigeant le plus puissant de la planète.

Si l’on suit votre analyse, la question prioritaire face à Trump serait donc celle des limites et du rapport de force : il faut qu’un pouvoir établi et crédible — en Europe ou aux États-Unis — lui intime : « C’est assez. »

Oui, une telle chose est urgente. 

Je crois que l’Europe est bien plus forte que les États-Unis et que leurs dirigeants ne le pensent ; mais encore faut-il avoir le courage de voir ce qui se présente face à nous. Les dirigeants européens semblent continuer à croire qu’on pourrait «  raisonner  » Trump, comme s’il s’agissait d’un interlocuteur classique. C’est une erreur qui nous prive d’une possibilité de sursaut historique.

Au contraire, il faut lui poser des interdits avec force. Et il cédera car il ne cède qu’à la puissance — d’où qu’elle vienne et pas seulement à la puissance militaire, dictatoriale ou financière. Le drame, c’est que beaucoup préfèrent céder au délire de Trump, en le croyant le plus fort plutôt que de devenir responsables de leur destin. 

Sources
  1. Why Donald Trump Wants Greenland (and Everything Else) »,The New Yorker, 8 janvier 2026.

16.01.2026 à 17:14

L’administration Trump étudie le déploiement de mercenaires au Venezuela pour protéger les actifs pétroliers américains

Marin Saillofest

Après avoir arrêté le dirigeant vénézuélien et placé la vice-présidente au pouvoir, l’administration Trump envisagerait de faire appel à des sociétés militaires privées pour protéger les oléoducs et les raffineries du pays.

La Maison-Blanche a déjà commencé à vendre le pétrole vénézuélien, dont les recettes sont transférées sur des comptes contrôlés par le gouvernement américain.

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Texte intégral (1026 mots)

Selon plusieurs sources proches de la Maison-Blanche, l’administration Trump se préparerait à faire appel à des sociétés militaires privées pour protéger les intérêts pétroliers américains au Venezuela 1. Cette option permettrait d’éviter un déploiement de troupes dans le pays — bien que celui-ci ne soit pas complètement exclu.

  • Les États-Unis ont déjà eu recours à ce type de « prestataires » par le passé, notamment durant la guerre d’Irak et en Afghanistan, après l’invasion de 2001.
  • Diverses missions de protection d’intérêts américains — diplomates, ambassades, convois, sites stratégiques… — avaient notamment été confiées à Blackwater, une entreprise de mercenaires fondée par Erik Prince à la fin des années 1990.
  • Cette même entreprise, qui avait commis des meurtres de civils comme à Nisour Square, à Bagdad, en 2007, pourrait de nouveau être appelée par la Maison-Blanche, cette fois-ci pour protéger des oléoducs, des raffineries et des employés américains.

Les grandes entreprises énergétiques américaines sont réticentes à l’idée d’investir les 100 milliards de dollars dans l’industrie du pays demandés par le président américain. Le multimilliardaire et soutien de Trump, Harold Hamm, qui a fait fortune grâce à la fracturation hydraulique (« fracking »), a déclaré hier, jeudi 15, que ces entreprises devraient bénéficier d’une « sécurité physique » au Venezuela pour protéger leurs actifs dans le pays 2.

Le recours à des sociétés privées devrait répondre à ces demandes, sans le risque politique associé au déploiement de militaires américains.

  • Cinq sénateurs républicains avaient initialement voté jeudi 8 janvier pour limiter les capacités de Trump à déployer des troupes au Venezuela.
  • Afin de les faire plier en amont du vote final sur la résolution, le secrétaire d’État Marco Rubio a assuré à l’élu républicain Josh Hawley que la Maison-Blanche « n’avait ni déployé ni prévu de déployer des troupes terrestres au Venezuela » 3.
  • Hawley et Todd Young, un autre sénateur républicain, ont jugé ces garanties suffisantes pour finalement s’opposer à la résolution lors d’un dernier vote, mercredi 14.
  • L’envoi de soldats de l’armée américaine au Venezuela pourrait toutefois déclencher un nouveau mouvement d’opposition au sein des rangs républicains.

L’administration Trump a déjà commencé à vendre le pétrole vénézuélien. Une première transaction d’une valeur de 500 millions de dollars a été conclue cette semaine, et « d’autres sont prévues dans les jours et les semaines à venir », selon Washington.

  • Les recettes seront transférées sur des comptes contrôlés par le gouvernement américain dont une partie au moins est située au Qatar.
  • Le pays est vu par l’administration comme « un lieu neutre où l’argent peut circuler librement avec l’accord des États-Unis et sans risque de saisie » 4.
  • Le brut vénézuélien est proposé à des raffineries américaines du Golfe du Mexique avec un rabais deux fois inférieur au West Canadian Select, un autre type de brut lourd 5.
Sources
  1. Private guns, public oil : Trump’s Venezuela plans start taking shape », CNN, 15 janvier 2026.
  2. Oil Producers Need Guarantees to Work in Venezuela, Trump Ally Hamm Says », Bloomberg, 15 janvier 2026.
  3. Trump Beats Back GOP Rebellion on Venezuela War Powers », The Wall Street Journal, 14 janvier 2026.
  4. US gets first $500 million Venezuelan oil deal, holding some proceeds in Qatar », Semafor, 14 janvier 2026.
  5. Venezuelan oil priced at a premium to competing Canadian barrels for US Gulf Coast refiners, traders say », Reuters, 14 janvier 2026.

16.01.2026 à 16:07

Le Portugal va-t-il à subir l’effet domino trumpiste ?

Matheo Malik

11 candidats. Aucun favori. Des sondages peu fiables, tous totalement contradictoires.

On ne comprend pas ce qui est en train de se jouer au Portugal ce week-end — c’est pourtant crucial.

Alors que Rebelo de Sousa a « hyper-présidentialisé » le régime, son successeur au palais de Belém héritera d’une machine institutionnelle particulièrement puissante — et du pouvoir de faire basculer le pays.

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Texte intégral (3308 mots)
Points clefs
  • Ce dimanche 18 janvier, les Portugais voteront pour élire un nouveau Président dans une élection particulièrement indécise qui donnera lieu à un deuxième tour pour la première fois depuis 1986. 
  • Des onze candidats en lice — dont une seule femme — un « Club des cinq » très masculin s’est rapidement dégagé. Si la droite a le vent en poupe malgré ses divisions, la surprise pourrait venir du candidat soutenu par le Parti socialiste.
  • Si António José Seguro devait se retrouver au second tour opposé au candidat de l’extrême-droite, ce serait également une première depuis le retour de la démocratie, il y a cinquante ans.
  • C’est la tendance qui semble se dégager des derniers sondages publiés avant le vote avec un match à trois impliquant le candidat libéral, en embuscade.

Un scrutin très indécis

Jusqu’à cette année, le résultat de l’élection présidentielle était connu d’avance au moins une fois sur deux : l’élection pour le deuxième mandat du président sortant — la règle depuis cinquante ans — se soldait par une réélection facile dès le premier tour.

Depuis 1976 et la première élection du chef de l’État au suffrage universel direct, masculin et féminin, l’élection la plus indécise fut celle de Mário Soares en 1986, premier civil élu à cette fonction depuis le coup d’État militaire du 28 mai 1926. Qualifié in extremis pour le second tour — seul second tour à ce jour — il l’emporta d’une courte tête sur le candidat du CDS, Diogo Freitas do Amaral.

Dans ces scrutins joués d’avance, l’abstention avait souvent été très élevée. En dépassant 60 % des suffrages exprimés, la réélection de Marcelo Rebelo de Sousa avait atteint un record en janvier 2021 — dans un contexte de pandémie de Covid-19.

Le caractère indécis de ce premier tour tient au renouvellement du personnel politique portugais. Si les membres du « Club des cinq » sont des figures connues de la scène publique — trois d’entre eux ont occupé des fonctions ministérielles, et quatre ont été, ou sont, à la tête de partis politiques —, aucun ne peut se prévaloir de l’aura qui entourait leurs prédécesseurs élus : le général Eanes (1976) était une figure majeure du processus révolutionnaire ; Mário Soares (1986), fondateur du Parti socialiste en 1973, fut un personnage clef de la transition démocratique et ancien Premier ministre ; Jorge Sampaio (1996), ancien maire de Lisbonne et secrétaire général du PS, une figure de proue des combats pour la démocratie ; Aníbal Cavaco Silva (2006), ancien président du PSD (parti social-démocrate, centre-droit), avait été le Premier ministre à la plus grande longévité sous l’ère démocratique, exerçant la charge pendant dix ans (1985-1995) ; enfin Marcelo Rebelo de Sousa (2016), ancien président du PSD et ministre, était aussi une figure des médias, showman comme professeur de droit constitutionnel et de science politique, commentateur avisé de la vie politique à la télévision. Face à ces cinq figures tutélaires, le « Club des cinq » de 2026 semble faire pâle figure. 

La recomposition de la scène politique est l’autre facteur explicatif du caractère indécis de ce premier tour qui vient clôturer une longue séquence électorale, avec, en moins de deux ans, deux élections législatives et des élections municipales. De retour au pouvoir depuis le printemps 2024, la droite se retrouve face au problème du trop-plein de candidats, galvanisés par une série de relatifs succès électoraux, aux législatives anticipées de mars 2024 et mai 2025, ainsi qu’aux élections locales d’octobre 2025.

À l’extrême-droite, dont le parti Chega est devenu la seconde force politique au parlement au printemps dernier, cette élection est l’occasion d’espérer marquer l’histoire en se qualifiant pour le second tour quitte à vivre « un moment Le Pen ».

Malgré la pléthore de candidats — quatre sous les couleurs du Bloc de Gauche, dont la seule femme se présentant à ces élections — la gauche est dans l’embarras et totalise à peine 30 % des intentions de vote. Celle-ci porte néanmoins un candidat, finalement adoubé par le PS — où on ne trouvait guère de volontaire pour l’élection — en passe aujourd’hui de se qualifier pour la manche décisive, après avoir fait une campagne inattendue et habile, axée au centre.

Quatre candidats se sont placés d’emblée hors du jeu partisan.

L’un a longtemps fait figure de favori, sinon d’épouvantail, avant même le dépôt des candidatures : l’amiral Henrique Gouveia e Melo a été placé sous le feu des projecteurs lors de la crise du Covid dont il a assuré la gestion opérationnelle. Galvanisé par son action, il incarne à 65 ans une figure traditionnelle de sauveur, « ni de droite, ni de gauche », mais enclin à développer un discours autoritaire. Les trois autres candidats hors du jeu partisan sont deux artistes et le coordinateur national de STOP, le « syndicat de tous les professeurs ». Tous trois sont crédités de moins de 1 % dans les sondages.

Le « Club des cinq »

La droite portugaise, portée par une dynamique favorable, se présente en ordre dispersé. Trois figures illustrent cette fragmentation : celles du légitimiste, de l’homme providentiel et du trublion. 

  • Luís Marques Mendes, 68 ans, figure historique du PSD et « vieux routier » de la vie politique, incarne la légitimité institutionnelle. Soutenu par le chef du gouvernement Luís Montenegro, encore favori en décembre, il a dévoilé ses intentions le premier, dès le printemps 2025, après s’être préparé de longue date à cette échéance. Parti très tôt en pré-campagne, habitué des plateaux de télévision et des studios de radio, il subit désormais l’usure d’une course à la présidence polluée par des soupçons de conflits d’intérêts liés à ses activités d’avocat-conseil et par quelques règlements de compte. Celles-ci semblent même le disqualifier pour le second tour, alors qu’il figure en quatrième ou en en cinquième position de la plupart des derniers sondages.
  • À cet égard, Mendes se situe au même niveau que l’homme providentiel qu’aurait voulu être l’amiral Gouveia e Melo, en se plaçant « au-dessus des partis pour ne pas être cynique ». Les débats télévisés, la plupart en face à face, ont cependant desservi l’ancien chef d’état-major de la Marine, le plaçant en queue de peloton du « Club des cinq ». Ayant une longue expérience comme sous-marinier, il explique avoir « déjà réussi à remonter à la surface dans des situations plus difficiles ». 
  • Le trublion est l’outsider d’Initiative Libérale (IL), João Cotrim de Figueiredo, 64 ans. Député européen (groupe Renew Europe), il a fait une percée imprévue dans les sondages. Homme d’entreprise, dirigeant d’un cabinet de conseil, un temps directeur général de la chaîne de télévision TVI, il a présidé l’établissement public Turismo de Portugal de 2013 à 2015, jouant alors un rôle important pour faire venir le Web Summit à Lisbonne. Longtemps en dernière position du « Club des cinq », il a entamé la dernière semaine de la campagne dans le tiercé de tête, utilisant intelligemment les réseaux sociaux pour toucher l’électorat jeune. Dans la dernière ligne droite, il lui faut cependant gérer une affaire d’agression sexuelle alléguée par une jeune collaboratrice du groupe parlementaire, lorsqu’il siégeait à l’Assemblée de la République. 

À l’extrême droite, le « radicalisme de convictions » est défendu par le leader de Chega, André Ventura, 43 ans, fermement déterminé à lutter contre « la fin des valeurs chrétiennes », selon les propos qu’il a tenus devant le château médiéval de Guimarães, « berceau historique du Portugal ». Fidèle à lui-même, avec sa rhétorique sécuritaire habituelle et sa stratégie éprouvée de saturation des réseaux sociaux pour, selon les termes de Bannon, « inonder la zone » (« flood the zone with shit »), il a multiplié les sorties médiatisées, maniant la désinformation — sa candidature porte à elle seule 85 % des cas identifiés sur les réseaux sociaux durant la campagne.

Alors que ses affiches de campagne déclaraient « Ici, ce n’est pas le Bangladesh », fin octobre, le candidat a appelé à la tribune de l’Assemblée à « un, deux, voire trois Salazar » pour « redresser le Portugal ». 

À gauche, le paysage est celui de la fragmentation après une série de revers électoraux. 

  • Face à une gauche de la gauche (Parti communiste et Bloc de Gauche) en perte de vitesse malgré deux candidats déterminés — dont Catarina Martins, seule femme en lice —, le parti social-écologique Livre, avec le plus jeune candidat pour 2026 — Jorge Pinto, 38 ans — n’a pas réussi à prendre l’initiative , comme lors des dernières élections législatives, subissant au final la logique du vote utile.
  • Le Parti socialiste, quant à lui, a fait un choix pragmatique et tardif : celui d’António José Seguro, 63 ans, auquel se sont progressivement ralliées les grandes figures du parti, alors que le candidat ne revendiquait au départ ni soutien, ni affiliation partisane. Cet ancien secrétaire général du PS (2011-2014), proche de l’ancien Premier ministre António Guterres (1995-2002), dont il fut le numéro deux il y a vingt-cinq ans, incarne une gauche de gouvernement pragmatique et humaniste, courtoise et respectable, mais dont le positionnement très centriste mécontente ses alliés naturels. La stratégie d’António José Seguro est claire : transformer le premier tour en un « vote utile » à gauche, et provoquer un rassemblement anticipé en braconnant au centre-droit, pour s’assurer une victoire au second tour face à Ventura.

Tracking polls et match à trois

La pré-campagne et la campagne officielle de quinze jours ont été scandées par une série de débats télévisés, aux audiences variables dans le contexte des fêtes de fin d’année.

Mais ce sont surtout les sondages qui ont proliféré de façon inédite, saturant l’espace médiatique en feuilletonnant la campagne. Ces tracking polls mis en place dès les premiers débats télévisés par deux chaînes d’information en continu — CNN Portugal et TVI — apportent une coloration radicalement nouvelle à cette campagne. Le « flux tendu » de données, souvent réalisées dans l’urgence et à tout propos sur des échantillons réduits — parfois moins de 200 entretiens individuels — laisse douter de la fiabilité du diagnostic.

Au Portugal, où les électeurs choisissent souvent à la dernière minute, parfois dans le secret de l’isoloir, cette « fabrique de l’opinion » par l’écosystème médiatique masque mal une réalité plus mouvante, où l’indécision est la règle, et la surprise un risque indicible. 

Si la prudence reste donc de mise, après des semaines de « match nul technique » entre les cinq candidats séparés par moins de 2 %, sondages classiques et tracking polls ont fait émerger un trio qui devrait en découdre pour la qualification au second tour — éliminant d’ores-et-déjà deux des membres du « Club des cinq » : Luís Marques Mendes et l’amiral Gouveia e Melo.

Pourtant donnés favoris à l’automne, ceux-ci n’ont pas renoncé à leurs ambitions, arguant, comme Marques Mendes, que leurs « impressions de campagne et dans la rue démentent tous les sondages ». Celles-ci pourraient toutefois ne pas suffire pour enrayer la montée dans les sondages de Cotrim de Figueiredo, qui réalise une ascension spectaculaire et fulgurante.

L’ascension est telle que Cotrim de Figueiredo, s’abritant derrière « le vote utile » pour éviter un second tour entre « le socialiste » Seguro et Ventura, a écrit une lettre au chef du gouvernement, Luís Montenegro, pour lui demander de renoncer à soutenir Marques Mendes et appeler « au vote du PSD en faveur de sa candidature » — la seule capable, selon lui, d’empêcher « le scénario mortifère » d’un face-à-face du « candidat du Parti socialiste et du parti Chega ». Rendue publique mercredi 14 janvier, cette demande de revirement est présentée comme « une décision exigeant du courage ». Cotrim de Figueiredo l’a même placée sous les auspices de la grande figure tutélaire de la droite portugaise, Francisco Sá Carneiro, ancien Premier ministre disparu tragiquement en décembre 1980 : « D’abord le pays, puis le parti et enfin la situation personnelle de chacun. » 

Pour l’heure, le président du PSD et Premier ministre n’a pas donné suite, d’autant que l’équipe de campagne de Marques Mendes a opportunément brandi un sondage indiquant que son champion serait toujours dans la course pour le second tour.

À gauche, du côté d’António José Seguro, l’espoir renaît, après un début de campagne difficile où celui-ci plafonnait dans les sondages, en quatrième position du « Club des cinq », sans espoir de franchir le premier tour. En faisant appel « au peuple de gauche », comme Mário Soares en 1986, et en martelant l’idée selon laquelle il serait « le seul candidat modéré qui peut être au second tour », sa candidature a pris de l’ampleur, aspirant des voix non seulement à gauche — notamment au détriment du candidat de Livre, dont le retrait de la candidature a même été évoqué — mais aussi au centre-droit, dans cette frange centriste de l’électorat du PSD contrarié par le recul de son candidat Marques Mendes, déçu par la candidature de l’amiral, dont le mandataire national est un ancien président du PSD Rui Rio, et inquiet des menées agressives de Cotrim de Figueiredo 1. Seguro a ainsi compris qu’il y avait là un espace à occuper. 

L’accession au second tour se révèle donc déterminante : à droite pour éviter à tout prix un face-à-face Ventura/Seguro et à gauche pour éviter une confrontation Ventura/Cotrim.

Seguro a demandé « à chaque Portugaise et à chaque Portugais d’éviter un cauchemar ». « Éviter un cauchemar, c’est s’assurer qu’un démocrate puisse passer le second tour. » Cotrim de Figueiredo, lui, est persuadé qu’avec l’aide des sondages il sortira vainqueur quel que soit son adversaire, António José Seguro ou André Ventura ; pourtant, les derniers sondages grand format — celui de RTP/Antena 1/Público, réalisé par le CESOP de l’Universidade Católica, et celui du Jornal de Notícias / TSF / TVI/ Pitagórica — créditent respectivement de Figueiredo de 19 % et 20,3 % des intentions de vote au premier tour, contre 23 % pour Seguro (22,6 %) et 24 % (22 %) pour Ventura 2.

Rien n’est donc joué, et des surprises sont toujours possibles, y compris un rattrapage de Marques Mendes ou de Gouveia e Melo. « Ce qui compte, c’est le vote dans l’urne », a ainsi rappelé Seguro sur les réseaux sociaux.

L’héritage de Sousa : « Marselfie » et semi-présidentialisme 

Le moment d’incertitude présent porte de lourdes conséquences, en raison du rôle joué par le président de la République dans le système portugais.

Loin d’être purement parlementaire, le régime né de la Constitution de 1976 et de sa pratique est un semi-présidentialisme dont le sortant Marcelo Rebelo de Sousa, 77 ans, a étiré toutes les coutures — au point même d’être parfois qualifié de « président populiste-institutionnaliste », pour son art consommé — il a été professeur de droit et ministre des Affaires parlementaires — de mêler habilement un usage extensif des subtilités offertes par la Constitution et un recours débridé aux réseaux sociaux. 

Par l’usage répété de la dissolution — notamment en 2024 et 2025 — et du veto suspensif, Marcelo Rebelo de Sousa a imposé une présidence omniprésente à laquelle il avait dû renoncer lorsque António Costa pouvait s’appuyer sur une majorité absolue à l’Assemblée, de janvier 2022 à début 2024. En décidant la dissolution fin 2023 après l’annonce surprise de la démission d’António Costa, alors qu’il pouvait appeler comme Premier ministre une personnalité issue du parti majoritaire, le président a repris la main et rebattu les cartes politiquement.

En inventant le « Marselfie » — cette politique de l’empathie immédiate et du selfie permanent —,  Marcelo Rebelo de Sousa a transformé l’institution plus solennelle qu’incarnaient jusque-là ses prédécesseurs — Ramalho Eanes (1976-1986), Mário Soares (1986-1996), Jorge Sampaio (1996-2006), Aníbal Cavaco Silva (2006-2016) — en une figure de proximité hypermédiatisée.

Le 18 janvier, c’est donc le futur de l’équilibre des pouvoirs au Portugal qui sera en jeu.

Le renforcement de l’exécutif présidentiel et l’affaiblissement de la Constitution honnie de 1976 — héritée du processus révolutionnaire — figurent parmi les priorités du candidat de Chega.

Quel que soit le vainqueur, le futur locataire du palais de Belém pourra capitaliser sur l’interventionnisme hérité de son prédécesseur ou bien revenir à une pratique plus arbitrale des institutions dans un pays qui cherche un nouveau souffle démocratique, cinquante ans après les premières élections législatives et présidentielle libres au Portugal.

Sources
  1. Sondagem aponta para segunda volta das presidenciais entre Ventura, Seguro ou Cotrim », RTP Notícias, 13 janvier 2026 ; « Sondagem diária : Ventura sobe e aproveita deslize de Seguro e Cotrim (que são favoritos numa eventual segunda volta) », TSF, 14 janvier 2026.
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