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23.01.2026 à 12:15

Eurobazooka : les trois-quarts des Européens pensent que Grok, l’assistant IA du réseau social d’Elon Musk, devrait être interdit dans l’Union

Marin Saillofest

L’assistant du réseau social X (ex-Twitter), racheté par Elon Musk à l’automne 2022, a fait l’objet de plusieurs signalements ces derniers mois pour avoir généré des images pédopornographiques et diffusé du contenu négationniste.

Selon notre sondage exclusif Eurobazooka publié aujourd’hui, vendredi 23 janvier, 74 % des Européens sont favorables à son interdiction sur le territoire de l’Union.

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Texte intégral (556 mots)

Dans les sept pays européens sondés (France, Allemagne, Espagne, Italie, Pologne, Belgique et Danemark) dans le cadre de notre dernière enquête Eurobazooka, plus de 50 % des répondants affirment que l’Union devrait « tout à fait » interdire Grok, l’IA du réseau social d’Elon Musk, sur son territoire.

  • Les Belges (86 %) et les Danois (83 %) sont les plus favorables à son interdiction, bien que l’écart avec les cinq autres pays soit relativement faible (15 points au maximum entre le plus favorable, la Belgique, et l’Italie, pays le moins favorable).
  • En Allemagne, plus d’un cinquième des sondés (21 %) est contre l’interdiction de Grok dans l’Union, soit la part la plus élevée, devant l’Italie avec 18 %, la France et l’Espagne avec 17 %.
  • À l’échelle des sept pays, 74 % des répondants sont d’accord pour interdire Grok et 18 % s’y opposent.

Depuis son lancement fin 2023 sur le réseau social X (ex-Twitter), racheté un an plus tôt par Elon Musk, Grok a multiplié les polémiques. À l’été 2025, l’assistant IA s’était lui-même renommé « MechaHitler » après avoir fait l’éloge du dirigeant nazi. À l’automne dernier, il a tenu des propos négationnistes en affirmant que les crématoires d’Auschwitz n’avaient pas été conçus pour des « exécutions massives » mais plutôt « pour la désinfection au Zyklon B contre le typhus ».

Au début de l’année 2026, Grok a suscité l’indignation après avoir généré des images de mineurs à caractère sexuel, disponibles auprès des centaines de millions d’utilisateurs de X.

  • Certains utilisateurs avaient sollicité Grok pour « déshabiller », entièrement ou partiellement, des adolescents ou des enfants.
  • Depuis, la plateforme a limité les capacités de génération d’images de Grok aux abonnés payants, et a apporté des modifications à l’IA pour l’empêcher de générer des images « explicites ».
  • Ces mesures font suite à l’interdiction annoncée de Grok dans trois pays d’Asie du Sud-Est : l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines.

Il ne s’agit pas de la première fois que les Européens sont opposés aux produits et services d’entreprises appartenant à Elon Musk.

  • Lors d’une précédente vague de notre sondage Eurobazooka, en mars 2025, 71 % des Européens déclaraient avoir une opinion négative de Musk — dont 49 % avec un jugement « très négatif ».
  • Une majorité d’Européens était également favorable au boycott de Tesla (58 %) et de Starlink (57 %). 79 % des sondés affirmaient qu’on ne pouvait pas « faire confiance » à Elon Musk.
  • Les ventes de véhicules Tesla se sont effondrées en Europe l’an dernier : -66 % en décembre en France par rapport à 2024, -71 % en Suède ou encore -44 % en Espagne. 
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23.01.2026 à 06:30

Eurobazooka : un Européen sur cinq estime que son pays pourrait être la cible d’une guerre déclenchée par les États-Unis

Marin Saillofest

Selon la dernière vague de notre enquête Eurobazooka publiée aujourd’hui, vendredi 23 janvier, 21 % des Européens estiment que les États-Unis pourraient entrer en guerre avec leur pays dans les prochaines années — soit deux fois plus que la Chine (11 %).

Lors du dernier sondage, réalisé en décembre, seulement 10 % des Européens considéraient qu’une guerre contre les États-Unis était possible.

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Notre dernier sondage Eurobazooka, réalisé dans sept pays européens (France, Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, Pologne et Danemark), montre que plus d’un cinquième (21 %) des Européens considèrent désormais que Washington pourrait entrer en guerre contre leur pays dans les prochaines années.

  • Il s’agit d’une augmentation considérable (+110 %) par rapport à la précédente vague, réalisée en décembre, lorsque 10 % des Européens considéraient qu’un tel scénario était possible.
  • Au Danemark, principal pays visé par les menaces de Trump, 44 % des sondés voient un « risque élevé » — et 13 % un risque « très élevé » de guerre avec les États-Unis.
  • Viennent ensuite l’Espagne (29 %), accusée par Trump d’être un « profiteur » en raison de dépenses de défense jugées trop faibles, et la France (21 %), visée par des menaces de tarifs en raison de son refus de rejoindre le « Conseil de la paix », la nouvelle organisation lancée par Trump hier à Davos.

Impensable il y a quelques années, les Européens sont désormais plus nombreux à craindre une guerre ouverte lancée par les États-Unis (21 %) contre leur pays plutôt que la Chine (9 %) ou que l’Iran (18 %). La perception de la menace posée par Pékin a d’ailleurs reculé par rapport à la précédente vague, passant de 14 % en décembre à 9 %, tandis que la menace que fait peser l’Iran est restée stable, tout comme celle de la Russie (48 %).

  • 81 % des Européens interrogés déclarent qu’ils considéreraient une intervention militaire américaine au Groenland comme un « acte de guerre ».
  • Cette part est la plus élevée en Belgique, où elle atteint 89 %, au Danemark et en Espagne (86 %), et en Allemagne (84 %), tandis qu’elle est la plus faible en Pologne (66 %).

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23.01.2026 à 06:00

Le moment Groenland : 10 points sur le basculement de l’opinion européenne face à Trump (sondage exclusif Eurobazooka)

Matheo Malik

La nouvelle vague de notre grande enquête d’opinion européenne révèle une rupture dans la perception des États-Unis pour les Européens : l’hypothèse d’un affrontement avec Washington est désormais clairement et majoritairement exprimée.

Jean-Yves Dormagen présente les résultats du nouvel Eurobazooka.

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Texte intégral (5918 mots)
Points clefs
  • Après le Venezuela et le Groenland, 73 % des Européens estiment désormais que l’Union ne doit plus compter que sur elle-même pour défendre son indépendance.
  • Les Européens se déclarent prêts pour cela à employer la force — y compris contre leur allié historique. 81 % estiment qu’une opération militaire au Groenland constituerait « un acte de guerre contre l’Europe » et 63 % se déclarent favorables à l’envoi de troupes sur l’île en posture défensive.
  • 44 % des Européens jugent désormais que Trump se comporte comme un dictateur et une majorité absolue (51 %) le qualifie d’« ennemi » de l’Europe. Pour 64 % des répondants, la politique étrangère américaine est définie par la « recolonisation » et la « prédation ».
  • Dans la continuité de Turnberry, 56 % des sondés sont insatisfaits de la réaction de leurs autorités nationales au coup de force de Trump au Venezuela. Ils considèrent à une large majorité (63 %) que l’enlèvement de Maduro était une action illégale violant la souveraineté d’un État souverain.
  • 21 % des sondés jugent qu’une guerre directe avec les États-Unis est probable — plaçant la confrontation avec Washington comme une menace plus élevée que celle avec la Chine (11 %) et l’Iran (18 %).
  • La demande d’un alignement de l’Union européenne sur les États-Unis s’effondre et sort du champ des options crédibles, laissant face à face compromis (44 %) et opposition (46 %). Mais derrière cet équilibre apparent, une dynamique nette se dessine : le compromis recule et l’Europe glisse progressivement vers un durcissement assumé.

Dans la continuité du premier baromètre européen, lancé par Cluster 17 et le Grand Continent, et l’Eurobazooka du printemps dernier qui analysait les réactions à l’arrivée de Trump, celui de septembre qui sondait l’opinion des Européens après l’été de l’humiliation et celui du mois de décembre sur les peurs et les désirs d’un continent dans la bascule, nous avons décidé d’interroger à nouveau les Européens après la séquence particulièrement intense du début de l’année 2026 1.

Ce sondage exclusif mérite d’être étudié de près : cliquez ici pour avoir accès au PDF complet de l’étude et recevez en avant-première l’étude granulaire des implications politiques des clivages observés dans ce nouveau sondage en vous abonnant au Grand Continent

La cinquième vague de notre Baromètre de l’opinion publique européenne Eurobazooka met au jour ce que l’on peut désormais qualifier de « moment Groenland ». Elle révèle une évolution considérable et ciblée : en l’espace d’un an de présidence Donald Trump, les États-Unis ont changé de statut dans l’opinion européenne. Sans que les autres grandes menaces géopolitiques ne se transforment significativement, Washington cesse progressivement d’être perçu comme un allié structurellement fiable et extérieur au champ de la guerre européenne.

Lors des vagues précédentes, la défiance envers les États-Unis s’était installée, nourrie par l’imprévisibilité de Donald Trump et la remise en cause de principes politiques et stratégiques fondamentaux.

La vague de janvier 2026 marque une étape supplémentaire, jusqu’alors inimaginable : une part significative des Européens envisage désormais les États-Unis comme une menace potentielle, en particulier à la lumière des positions adoptées par Donald Trump sur le Groenland.

Dans ce contexte, l’hypothèse d’une réponse européenne incluant une posture militaire défensive face aux États-Unis devient non seulement pensable, mais majoritairement soutenue. 

Le « moment Groenland » ne traduit pas une panique générale, mais le franchissement d’un seuil : la relation transatlantique est désormais comprise par l’opinion comme un sujet pour la sécurité européenne.

1 — Le moment Groenland : l’hypothèse de la guerre avec un allié est désormais clairement formulée dans l’opinion

La question du Groenland occupe une place centrale dans l’espace public européen de cette vague de notre baromètre Eurobazooka. La quasi-totalité des Européens interrogés déclarent avoir entendu parler des prises de position de Donald Trump sur ce territoire et comprendre clairement de quoi il s’agit.

Ce niveau de notoriété est inhabituel pour un sujet de politique internationale, qui ne relève ni d’un conflit en cours ni d’une crise immédiate impliquant directement les pays sondés.

Ce résultat signale une rupture nette avec la relation ordinaire des opinions publiques européennes aux affaires internationales. Le Groenland n’apparaît pas ici comme un dossier lointain, technique ou réservé aux spécialistes de la géopolitique.

Il devient un sujet largement médiatisé, compris et approprié, qui pénètre profondément les sociétés européennes. Autrement dit, la géopolitique — longtemps cantonnée à des cercles experts — s’installe au cœur des préoccupations d’une large majorité de citoyens.

Cette centralité se confirme dans la manière dont les Européens qualifient les déclarations de Donald Trump. Dans l’ensemble des sept pays sondés, 84 % des répondants jugent ces propos « graves », dont 63 % les considèrent comme « très graves ».

Ce niveau de sévérité est remarquable : il traduit un rapport de forte intensité émotionnelle et politique à l’événement, bien au-delà d’une simple désapprobation diplomatique.

Plus encore, cette perception de la gravité est largement partagée à l’échelle européenne. Les écarts nationaux sont faibles : l’Italie, la France, l’Espagne, l’Allemagne et la Belgique présentent des niveaux de jugement très proches de ceux observés au Danemark, pourtant pays directement concerné par la question du Groenland. Cette convergence, rare sur un sujet de politique étrangère, témoigne de la constitution d’un diagnostic européen commun.

Dans ce paysage largement aligné, la Pologne se distingue légèrement.

Une majorité des répondants y qualifie bien les propos de Donald Trump de « graves » (62 %), mais le pays compte aussi une minorité plus importante qu’ailleurs de sondés qui les jugent « pas graves » ou qui ne se prononcent pas. Cette hésitation relative peut s’interpréter à la lumière de la trajectoire politique polonaise : un pays durablement atlantiste depuis la fin du communisme, où subsiste une frange significative d’électeurs très conservateurs, parfois sensibles au discours trumpiste, et pour lesquels la critique des États-Unis demeure plus délicate.

Au-delà de cette appréciation de la gravité, la question la plus structurante est sans doute celle qui porte sur la qualification d’une éventuelle intervention militaire américaine au Groenland. Interrogés sur ce point, 81 % des Européens estiment qu’une telle intervention constituerait un « acte de guerre contre l’Europe », dont 53 % répondent « tout à fait ». Ce chiffre est particulièrement marquant.

Il montre à quel point les déclarations répétées de Donald Trump, évoquant explicitement la possibilité d’un recours à la force, sont désormais reçues par les opinions européennes comme relevant potentiellement du registre de la guerre. Là encore, le consensus est très large entre les pays sondés, même si une partie des répondants polonais se montre un peu plus réservée ou hésitante.

Ce premier ensemble de résultats permet ainsi d’identifier ce que l’on peut appeler un « moment Groenland » : non pas une montée générale de la peur mais le franchissement d’un seuil symbolique majeur — celui où l’hypothèse d’un conflit impliquant un allié historique cesse d’être impensable et devient explicitement formulable dans l’opinion publique européenne.

Longtemps cantonnée à des cercles experts, la géopolitique s’installe au cœur des préoccupations d’une large majorité de citoyens.

Jean-Yves Dormagen

2 — La politique extérieure américaine est désormais perçue comme prédatrice

Les tensions autour du Groenland s’inscrivent dans un cadre interprétatif plus large, qui semble désormais s’imposer au sein des sociétés européennes. Il apparaît très clairement lorsque l’on propose aux répondants de qualifier la politique extérieure américaine à partir de plusieurs cadrages concurrents.

À l’échelle de l’ensemble des pays sondés, 64 % des répondants définissent la politique extérieure américaine comme relevant avant tout de la « recolonisation et de la prédation des ressources mondiales ».

Ce cadrage arrive nettement en tête, loin devant celui de la « défense de la liberté et des intérêts légitimes » des États-Unis (19 %) et celui de l’isolationnisme ou du désengagement vis-à-vis du reste du monde (11 %). 6 % des sondés déclarent ne pas savoir comment qualifier cette politique. Ce faible niveau relatif d’indécision est en soi un résultat notable : il indique que la politique extérieure américaine actuelle suscite des jugements largement structurés et polarisés et qu’elle ne laisse qu’une minorité de citoyens européens sans opinion arrêtée.

Cette lecture prédatrice est largement partagée dans les grands pays d’Europe occidentale. 

En Allemagne, en France, en Espagne et en Italie, elle constitue le cadrage le plus fréquemment mobilisé. Le Danemark se distingue partiellement : si la perception prédatrice y reste élevée, les répondants y sont relativement plus nombreux à évoquer le registre de l’isolationnisme et du désengagement, une spécificité qui peut s’expliquer par le sentiment d’abandon ressenti dans un pays directement concerné par la question du Groenland et historiquement très lié aux États-Unis.

C’est dans ce cadre général que les Européens interprètent également l’opération américaine au Venezuela ayant conduit à l’arrestation de Nicolas Maduro. 63 % des répondants qualifient cette action d’« illégale, car violant la souveraineté nationale et le droit international », contre une minorité qui y voit une intervention justifiée.

Ce résultat marque une condamnation nette de l’action menée par les États-Unis sous l’impulsion de Donald Trump et montre que la critique dépasse largement le seul cadre européen.

Dans la continuité de ces jugements, 59 % des Européens estiment que l’action internationale de Donald Trump fragilise l’Occident.

Ce diagnostic est particulièrement répandu en Belgique (70 %), en Allemagne (67 %) et au Danemark (66 %), confirmant que la politique extérieure américaine est perçue non seulement comme prédatrice à l’égard d’autres régions du monde mais aussi comme déstabilisatrice pour l’ensemble du camp occidental.

Il convient toutefois de souligner l’existence de minorités significatives qui continuent de juger cette politique légitime. En France, en Italie et en Pologne, entre 20 % et 25 % des répondants adhèrent à l’idée d’une défense légitime des intérêts américains. 

Ces positions sont particulièrement concentrées parmi les électorats situés à droite et à l’extrême droite : électeurs des droites italiennes, du Rassemblement national et de Reconquête en France, ou encore des formations d’extrême droite en Pologne.

Cette dissymétrie révèle une fracture politique interne nette : là où une majorité d’Européens tend à voir dans la politique extérieure américaine une logique prédatrice, une partie des électorats les plus à droite adopte une lecture inverse, fondée sur l’acceptation assumée d’un rapport de force et de la primauté des intérêts nationaux. Elle suggère ainsi l’émergence d’affinités idéologiques transnationales au sein des droites radicales européennes, qui les conduit à se démarquer du diagnostic dominant dans le reste des sociétés européennes.

Les États-Unis entrent dans la hiérarchie des risques sans en devenir le centre.

Jean-Yves Dormagen

3 — Ce que révèle l’observation barométrique : les États-Unis sont le seul acteur dont la perception change vraiment

La question barométrique reconduite d’une vague à l’autre sur le risque de guerre dans les prochaines années permet de confirmer, de manière particulièrement nette, le changement de perception en cours concernant les États-Unis.

Elle offre surtout un cadre de comparaison précieux, en montrant que cette évolution s’inscrit dans un paysage globalement stable.

Concernant la Russie, la Chine et les organisations terroristes, les résultats de cette cinquième vague sont remarquablement proches de ceux observés en décembre 2025. Les organisations terroristes demeurent, comme lors de la vague précédente, la menace la plus largement perçue : 68 % des Européens estiment que le risque d’une guerre ouverte avec elles est « élevé » en janvier 2026, contre 67 % en décembre. Cette quasi-stabilité confirme que cette peur constitue un socle durable de l’opinion européenne.

La France se distingue une nouvelle fois par l’intensité exceptionnelle de cette inquiétude : 84 % des répondants y jugent le risque de guerre avec des organisations terroristes comme « élevé », et seuls 2 % estiment qu’il n’existe « pas de risque ». Cette permanence permet d’écarter l’hypothèse d’un effet conjoncturel lié aux commémorations des attentats de 2015 : la menace terroriste apparaît bien comme un élément structurant et durable au sein de la société française.

Comme en décembre, la Russie reste la puissance étatique perçue comme la plus menaçante pour l’Europe. Cette perception s’explique par la guerre en Ukraine et par les inquiétudes persistantes concernant les frontières orientales de l’Union. La polarisation territoriale de cette crainte demeure très forte : en Pologne, 76 % des répondants estiment le risque de guerre avec la Russie comme « élevé », un niveau sans équivalent parmi les pays sondés. À l’inverse, l’Italie se singularise par une perception beaucoup plus atténuée de la menace russe (31 %), confirmant une spécificité déjà observée lors des vagues précédentes.

Dans ce contexte de stabilité globale, une seule évolution apparaît véritablement saillante : celle des États-Unis.

En janvier 2026, 21 % des Européens estiment que le risque d’une « guerre ouverte » avec les États-Unis dans les prochaines années est élevé. Ce niveau a doublé par rapport à décembre 2025, où cette perception demeurait marginale.

4 — Un changement de statut : l’allié entre dans la hiérarchie des risques

Cette progression modifie la hiérarchie des menaces secondaires. Les États-Unis sont désormais perçus comme une menace élevée de guerre directe plus importante que la Chine (11 %) et même que l’Iran (18 %).

Par ailleurs, seuls 35 % des répondants estiment désormais que le risque de guerre avec les États-Unis n’existe pas, signe que la possibilité d’un scénario conflictuel s’est diffusée dans l’opinion, même si elle demeure minoritaire.

Il est toutefois essentiel de souligner ce que cette évolution ne signifie pas. Les États-Unis restent très loin derrière la Russie et les organisations terroristes, qui continuent de structurer l’essentiel des perceptions de risque. Il n’y a donc ni panique généralisée, ni inversion complète de la hiérarchie des menaces.

D’un point de vue barométrique, il s’agit bien d’une requalification partielle, et non d’un basculement général. Les États-Unis entrent dans la hiérarchie des risques sans en devenir le centre. Cette évolution invite à la prudence dans l’interprétation et appelle à être observée dans la durée.

Il n’en demeure pas moins frappant de constater que la possibilité d’un conflit armé avec les États-Unis est en train de pénétrer progressivement les sociétés européennes. Ce déplacement marque l’entrée dans un paradigme nouveau : celui où les États-Unis de Donald Trump cessent d’être perçus uniquement comme un allié instable ou peu fiable, pour apparaître, dans une partie de l’opinion, comme un adversaire potentiel.

64 % des répondants définissent la politique extérieure américaine comme relevant avant tout de la « recolonisation et de la prédation des ressources mondiales ».

Jean-Yves Dormagen

5 — Le soutien de l’opinion à une réponse militaire européenne

Le résultat sans doute le plus marquant de cette nouvelle vague réside dans le soutien très net des Européens à l’envoi de troupes au Groenland.

À l’échelle des pays sondés, 63 % des répondants se déclarent favorables à cette option, contre 28 % qui s’y opposent, tandis que seuls 9 % ne se prononcent pas.

Ce dernier chiffre est particulièrement faible. Il révèle à quel point la question suscite des réactions fortes et relativement tranchées au sein des opinions publiques européennes, là où les sujets de politique étrangère donnent habituellement lieu à des niveaux d’indécision plus élevés.

Le soutien à l’envoi de troupes est particulièrement massif au Danemark, pays directement concerné par la question du Groenland : 84 % des répondants s’y déclarent favorables, contre seulement 7 % opposés. Ce niveau d’adhésion traduit une mobilisation nationale exceptionnelle face à une situation perçue comme mettant en jeu la souveraineté et la sécurité du pays.

Sans atteindre de tels scores, le soutien demeure nettement majoritaire dans l’ensemble des autres pays sondés. Une nouvelle fois, la Pologne se distingue par un profil plus hésitant. Les opinions opposées à l’envoi de troupes (32 %) et celles qui ne se prononcent pas (27 %) y sont particulièrement nombreuses, dessinant une opinion plus incertaine et divisée face à la perspective d’un rapport de forces militaire avec un allié historique.

Il est toutefois essentiel de rappeler que la formulation de la question précisait explicitement « l’envoi de troupes européennes en posture défensive ». Ce cadrage contribue à renforcer la légitimité de la démarche et à en atténuer le caractère potentiellement belliqueux. Il n’enlève rien, toutefois, à la portée du résultat : ainsi formulée, l’option militaire recueille un soutien majoritaire.

Les réponses apportées par les Européens permettent ainsi de saisir l’une des dynamiques centrales à l’œuvre aujourd’hui dans l’Union. Elles expriment une volonté croissante de se faire respecter sur la scène internationale et, pour ce faire, d’assumer un rapport de forces, y compris sur le terrain militaire. Cette disposition ne traduit pas une aspiration à l’escalade, mais une logique de dissuasion, qui n’exclut pas la recherche de solutions négociées.

6 — Donald Trump personnifie fortement la tension transatlantique

La tension avec les États-Unis est aujourd’hui profondément incarnée dans la figure de Donald Trump. Dès les lendemains de sa prise de fonction, il est apparu aux yeux de nombreux Européens comme un « ennemi de l’Europe », comme le révélait déjà la première vague du baromètre en décembre 2024. Cette image ne s’est pas dissipée avec le temps : elle semble au contraire durablement installée, comme en témoignent les quatre vagues successives réalisées depuis.

Lors de la vague de janvier 2026, 51 % des Européens qualifient Donald Trump d’« ennemi de l’Europe », contre seulement 8 % qui le perçoivent comme un « ami ».

Ce dernier chiffre est particulièrement bas pour le chef d’État d’une puissance historiquement alliée. 39 % des répondants le décrivent comme « ni ami ni ennemi », tandis que seuls 2 % déclarent ne pas savoir. Ce très faible niveau d’indécision illustre à quel point Donald Trump est devenu une figure familière de l’actualité européenne, qui laisse peu de citoyens indifférents.

Sur ce point, la Pologne constitue à nouveau une exception notable. Donald Trump n’y est qualifié d’« ennemi de l’Europe » que par 28 % des sondés, alors que ce jugement est majoritaire dans l’ensemble des autres pays européens.

Les opinions à l’égard de Donald Trump apparaissent cependant largement cristallisées depuis plusieurs vagues. Le contexte très tendu autour du Groenland, tout comme les critiques répétées du président américain à l’égard des sociétés européennes, n’ont guère fait évoluer l’indicateur « ennemi de l’Europe », qui ne progresse que marginalement. Autrement dit, le rejet politique est déjà installé ; il ne s’emballe pas, mais se maintient à un niveau élevé.

En revanche, les traits d’image associés à Donald Trump continuent de se dégrader. Il est de plus en plus perçu comme se comportant en dictateur : 44 % des Européens partagent cette appréciation, contre seulement 10 % qui estiment qu’il respecte les principes démocratiques. Dans les quatre pays barométrisés de manière continue — France, Allemagne, Espagne et Italie — cette qualification a progressé de 7 points entre la vague de décembre 2025 et celle de janvier 2026. Même en Pologne, pays pourtant plus indulgent à son égard, seuls 13 % des sondés considèrent que Donald Trump respecte les principes démocratiques.

Ce contraste est éclairant : si la qualification d’« ennemi de l’Europe » semble désormais stabilisée, la dégradation continue de son image démocratique contribue à durcir en profondeur le regard porté sur les États-Unis.

La possibilité d’un conflit armé avec les États-Unis est en train de pénétrer progressivement les sociétés européennes.

Jean-Yves Dormagen

7 — Donald Trump se rapproche de Vladimir Poutine dans la hiérarchie des menaces

La requalification de Donald Trump comme figure centrale de la tension transatlantique se confirme lorsqu’on observe la manière dont les Européens évaluent, de façon comparative, le niveau de menace que représentent les grands dirigeants internationaux pour l’Europe.

Interrogés sur une échelle de 0 à 10, les répondants hiérarchisent très clairement les risques, tout en faisant apparaître un déplacement particulièrement significatif concernant le président américain.

À l’échelle européenne, Vladimir Poutine demeure la figure de menace la plus élevée, avec une note moyenne de 6,9. Ce niveau reflète la centralité persistante de la Russie dans l’imaginaire sécuritaire européen, en lien direct avec la guerre en Ukraine et les inquiétudes concernant les frontières orientales de l’Union. Cette perception est particulièrement forte en Pologne (8,1), mais reste élevée dans l’ensemble des pays sondés.

Donald Trump obtient quant à lui une note moyenne de 5,4 — un niveau remarquable pour le dirigeant d’une puissance historiquement alliée. Cette évaluation le place nettement au-dessus de Xi Jinping, dont la menace perçue s’établit à 4,3 en moyenne. Autrement dit, Donald Trump est considéré par les Européens comme plus menaçant pour l’Europe que le dirigeant chinois, pourtant souvent présenté comme le principal rival stratégique à long terme de l’Occident.

Les variations nationales confirment la portée de ce résultat.

Donald Trump est perçu comme une menace particulièrement élevée au Danemark (6,6), en Espagne (6,0) et en Allemagne (5,6), ainsi qu’à un niveau important en Belgique (5,4), en France (5,3) et en Italie (5,2). Là encore, la Pologne se distingue par une évaluation plus modérée (4,8), cohérente avec les autres indicateurs révélant une relation plus ambivalente à l’égard de la présidence Trump.

À l’inverse, la menace associée à Xi Jinping apparaît plus diffuse et plus homogène, sans pic national marqué : elle varie de 3,6 en Italie à 4,9 en Pologne. Ce positionnement intermédiaire confirme que la Chine est perçue comme un rival stratégique, mais non comme une menace immédiate ou prioritaire pour la sécurité européenne.

Ce point est essentiel pour comprendre la dynamique actuelle. Donald Trump n’est pas assimilé à Vladimir Poutine — qui demeure la référence centrale de la menace étatique — mais il sort désormais clairement du statut d’allié non menaçant, en se situant à un niveau de risque inédit pour un président américain.

8 — La fin de l’allié américain : dégradation assumée et autonomie européenne

Les résultats relatifs à la relation entre l’Europe et les États-Unis convergent vers un diagnostic désormais largement partagé : celui d’une dégradation profonde et durable du lien transatlantique. Interrogés sur l’évolution de cette relation, 83 % des Européens estiment qu’elle se dégrade, contre seulement 2 % qui jugent qu’elle s’améliore. Les réponses intermédiaires restent minoritaires (13 %), et l’indécision est marginale (2 %). Ce constat s’impose avec une remarquable homogénéité dans l’ensemble des pays sondés, y compris dans ceux historiquement les plus atlantistes.

Cette perception se traduit par une relecture stratégique explicite. Lorsqu’on interroge les Européens sur la manière dont l’Union devrait désormais assurer sa défense, 73 % estiment qu’elle ne doit plus compter que sur elle-même, sans miser sur le soutien des États-Unis, contre 22 % qui considèrent qu’elle peut encore s’appuyer sur Washington.

Le résultat est massif et transversal, atteignant 81 % en France, 79 % en Belgique et 73 % en Allemagne, mais restant majoritaire dans l’ensemble des pays étudiés. Le faible niveau de non-réponse (5 %) indique que cette question fait désormais l’objet d’un jugement structuré.

Ce décrochage vis-à-vis de l’allié américain ne débouche toutefois ni sur un isolement stratégique, ni sur un basculement vers une autre puissance. L’hypothèse d’un alignement alternatif, notamment avec la Chine, demeure très marginale (4 %).

À l’inverse, une majorité absolue des Européens (52 %) souhaite garder la même distance entre les grandes puissances, tandis que 22 % déclarent ne vouloir s’allier avec aucun des deux. Autrement dit, près des trois quarts des répondants rejettent le principe même d’un alignement contraint.

Cette configuration dessine une dynamique nouvelle. En cessant de se penser comme durablement protégée par un allié extérieur, l’Union européenne est conduite à se concevoir davantage comme un ensemble responsable de sa propre sécurité. L’adversité nouvelle, tout particulièrement lorsqu’elle émane d’un allié traditionnel, pourrait agir moins comme un facteur de désagrégation que comme un accélérateur d’autonomie, en obligeant les Européens à penser plus explicitement leur destin stratégique commun.

9 — De l’alignement au rapport de force : le glissement progressif du compromis vers l’opposition

La question de l’attitude que l’Union européenne devrait adopter à l’égard du gouvernement américain met au jour une dynamique plus qu’un état figé. Les opinions européennes ne basculent pas brutalement vers la confrontation mais elles se déplacent progressivement : l’alignement recule fortement, le compromis s’érode, et l’opposition progresse.

À l’échelle européenne, l’alignement sur les États-Unis apparaît désormais largement marginal : seuls 10 % des répondants le privilégient. Cette option, qui constituait encore un horizon implicite dans de nombreux pays, sort progressivement du champ des positions crédibles. Le cœur du débat se structure désormais entre deux options : le compromis (44 %) et l’opposition (46 %).

Ce quasi-équilibre ne doit pas être interprété comme une stabilisation. La lecture dynamique montre au contraire un glissement continu. Entre mars 2025 et janvier 2026, la part des Européens favorables à l’opposition augmente régulièrement, tandis que le compromis, longtemps majoritaire, recule graduellement. Autrement dit, la recomposition en cours ne s’opère pas du côté de l’alignement, mais par un durcissement progressif.

Cette évolution est particulièrement visible dans plusieurs pays clefs. En France (52 %), en Espagne (52 %) et au Danemark (63 %), l’opposition est désormais majoritaire. En Belgique, les partisans du compromis et de l’opposition sont à égalité (45 %), signe d’un basculement en cours. En Allemagne (47 %) et en Italie (51 %), le compromis reste légèrement dominant, mais l’opposition progresse et réduit l’écart avec la position traditionnelle de gestion pragmatique de la relation transatlantique.

Les questions internationales, longtemps perçues comme lointaines ou secondaires dans les arbitrages électoraux, entrent progressivement dans le champ des critères de jugement politique.

Jean-Yves Dormagen

Même en Pologne, l’opposition atteint désormais 40 %, tandis que l’alignement ne concerne plus qu’une minorité limitée. Là encore, le mouvement est net : la critique se renforce sans que la relation soit pensée en termes de rupture.

Cette dynamique éclaire la configuration actuelle. Les Européens ne cherchent ni la confrontation frontale, ni le maintien d’un statu quo affaibli. Ils semblent plutôt engagés dans une recomposition graduelle de leur rapport à Washington, où le compromis reste une option, mais de plus en plus conditionnelle, et où l’opposition devient progressivement une posture légitime pour défendre les intérêts européens.

10 — La géopolitique structure la politique intérieure

Les résultats des questions portant à la fois sur l’évaluation de l’action des autorités nationales face aux prises de position de Donald Trump et sur leur impact potentiel sur les choix électoraux signalent une évolution clef : les tensions géopolitiques et internationales tendent à structurer de plus en plus la politique intérieure européenne.

Interrogés sur leur satisfaction à l’égard de la réaction de leurs autorités nationales face aux dossiers du Groenland et du Venezuela, une majorité nette d’Européens se déclarent insatisfaits. À l’échelle des pays sondés, 56 % expriment une insatisfaction, contre 31 % seulement de satisfaits.

Ce déséquilibre est particulièrement marqué dans plusieurs grands pays. En France, 67 % des répondants se disent insatisfaits, en Italie 63 %, en Allemagne 62 %, et en Belgique 55 %. L’Espagne se situe également dans une zone majoritairement critique (50 % d’insatisfaits).

Le Danemark fait figure d’exception relative : 69 % des répondants s’y déclarent satisfaits de l’action de leurs autorités. Ce résultat peut s’interpréter à la lumière d’un contexte national spécifique, marqué par un fort enjeu de souveraineté et possiblement par un réflexe de soutien patriotique face à une pression extérieure directe. À l’inverse, la Pologne présente un profil plus ambivalent, avec un niveau élevé de non-réponse (40 %), traduisant une plus grande difficulté à évaluer l’action gouvernementale sur un dossier touchant à la relation avec un allié historiquement central.

Ce jugement porté sur l’action des gouvernements nationaux se prolonge de manière explicite dans le champ électoral. À la question de savoir si la capacité à s’opposer aux ingérences de Donald Trump constituera un critère déterminant lors des prochains choix électoraux, 53 % des Européens répondent par l’affirmative, contre 39 % qui estiment que ce ne sera pas un critère déterminant.

Autrement dit, pour une majorité relative d’électeurs, la posture adoptée face aux États-Unis entre désormais dans l’évaluation politique des dirigeants et des candidats.

Là encore, les écarts nationaux sont éclairants. La dimension électorale est particulièrement marquée au Danemark (73 %), mais aussi en Belgique (59 %), en Italie (56 %), en France (56 %) et en Allemagne (53 %). En Espagne, les opinions sont plus partagées (48 % déterminant, 47 % non déterminant), tandis qu’en Pologne, la part de non-réponse reste élevée (28 %), confirmant un rapport plus incertain à cette politisation de la question transatlantique.

Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. Il n’est pas toujours possible de distinguer ce qui relève d’un jugement spécifique sur la politique étrangère des gouvernements et ce qui renvoie à des dynamiques de popularité plus structurelles. En France, par exemple, le rejet du président en exercice peut contribuer à accentuer l’insatisfaction exprimée, indépendamment de l’évaluation précise de l’action diplomatique. De même, les contextes politiques nationaux pèsent fortement sur la manière dont les enjeux internationaux sont traduits dans l’espace domestique.

Il n’en demeure pas moins que le signal est fort. Les questions internationales, longtemps perçues comme lointaines ou secondaires dans les arbitrages électoraux, entrent progressivement dans le champ des critères de jugement politique. La géopolitique cesse d’être un domaine réservé aux spécialistes ou aux sommets diplomatiques : elle devient un prisme à travers lequel les citoyens évaluent l’action de leurs dirigeants et, potentiellement, orientent leurs choix électoraux.

Cette évolution ouvre une séquence nouvelle, encore incertaine dans ses effets. Son ampleur dépendra évidemment de l’évolution des tensions internationales et de leur degré de visibilité. Mais elle marque déjà un déplacement significatif : les enjeux de souveraineté, d’alliances et de rapports de force extérieurs tendent à s’inscrire durablement au cœur des débats politiques intérieurs européens.

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