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Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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16.01.2026 à 12:37

Groenland, miroir du monde

Coline Laroche              
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Derrière les déclarations, les annonces et la communication politique, le Groenland nous propose un miroir grossissant de la marche du monde. Par conséquent, derrière l’actualité la plus chaude, mettons un peu de froid pour allonger la perspective. En trois temps, vu la valse des périls. Premier point : la bascule. Au cours de la décennie précédente, parler du Groenland et de l’Arctique consistait principalement à traiter des changements climatiques. Non sans raison. Le pôle Nord est l’un des principaux thermomètres des évolutions météorologiques sur Terre. La fonte des glaces et l’élévation du niveau de la mer préoccupaient. La protection des écosystèmes naturels s’affichait en haut des agendas de coopération à propos de cet espace fragile, dont le réchauffement rapide traduisait à sa manière ce tic-tac climatique, réacteur au cœur ce siècle. Rien de cela ne s’avère moins important de nos jours. Au contraire, le tic-tac s’accélère. En revanche, en l’espace d’une décennie, entre l’accord de Paris sur le climat et aujourd’hui, la géopolitique prend le dessus. Mais pas n’importe laquelle, la dure, celle qui menace et qui s’exprime par des rapports de force. Le Groenland est un exemple probant de territoires hier regardés comme à sauvegarder, désormais évoqué comme à défendre ou à conquérir. La trumpisation des relations internationales, lancée dès le premier mandat de Donald Trump, c’est aussi cela : écarter les risques climatiques, faire de la place aux appétits stratégiques. Le président des États-Unis participe comme d’autres à cette géopolitique des hippopotames, féroces – véloces et polygames, dont j’avais parlé en sortie de Covid, pour qualifier la nouvelle ère dans laquelle nous étions entrés. D’autres depuis parlent de prédateurs, sans doute pour mieux interroger le régime trop longtemps observé par les Européens : un véganisme stratégique, à la fois militaire, économique et industriel. L’image de l’hippopotame garde ma préférence, puisqu’il est […]

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Texte intégral (1232 mots)

Premier point : la bascule. Au cours de la décennie précédente, parler du Groenland et de l’Arctique consistait principalement à traiter des changements climatiques. Non sans raison. Le pôle Nord est l’un des principaux thermomètres des évolutions météorologiques sur Terre. La fonte des glaces et l’élévation du niveau de la mer préoccupaient. La protection des écosystèmes naturels s’affichait en haut des agendas de coopération à propos de cet espace fragile, dont le réchauffement rapide traduisait à sa manière ce tic-tac climatique, réacteur au cœur ce siècle. Rien de cela ne s’avère moins important de nos jours. Au contraire, le tic-tac s’accélère. En revanche, en l’espace d’une décennie, entre l’accord de Paris sur le climat et aujourd’hui, la géopolitique prend le dessus. Mais pas n’importe laquelle, la dure, celle qui menace et qui s’exprime par des rapports de force. Le Groenland est un exemple probant de territoires hier regardés comme à sauvegarder, désormais évoqué comme à défendre ou à conquérir. La trumpisation des relations internationales, lancée dès le premier mandat de Donald Trump, c’est aussi cela : écarter les risques climatiques, faire de la place aux appétits stratégiques. Le président des États-Unis participe comme d’autres à cette géopolitique des hippopotames, féroces – véloces et polygames, dont j’avais parlé en sortie de Covid, pour qualifier la nouvelle ère dans laquelle nous étions entrés. D’autres depuis parlent de prédateurs, sans doute pour mieux interroger le régime trop longtemps observé par les Européens : un véganisme stratégique, à la fois militaire, économique et industriel. L’image de l’hippopotame garde ma préférence, puisqu’il est herbivore, mais s’avère carnivore si besoin, c’est-à-dire quand il a très faim. Et il est rapide, comme l’est Trump, pour parfois déboussoler tout le monde, les surprendre et les stupéfier. Quand on fait plusieurs tonnes, mais que l’on court plus vite qu’un sprinter, il y a de quoi créer l’étonnement après avoir défié les lois de la gravité. Quant à sa polygamie, l’hippopotame l’assume pleinement : pourquoi s’embarrasser d’engagements solides et durables. Tout doit être intéressé, transactionnel et jetable. Les alliances, les traités, le droit. Le Groenland affiche un menu devenu hélas à l’image du monde. Pas simplement plus chaud d’un point climatique. Plus chaud aussi sur le terrain de la géopolitique, car brutal et tropical (n’avons-nous pas des sueurs froides en ce moment ?).

Second point : le grand écart. La liste serait longue des sujets illustrant la distanciation grandissante entre les deux rives de l’Atlantique. Et précisons que Donald Trump n’a pas le monopole dans la responsabilité de cette performance. La relation entre les États-Unis et l’Union européenne est émaillée de tensions et de rivalités plus anciennes que l’émergence du trumpisme. Disons que Donald lui donne une saveur bien plus pique-sous. Le cas groenlandais est emblématique d’un incroyable scénario : en ce début d’année 2026, nous en venons à nous demander si les États-Unis pourraient prendre possession de cette île dépendant du Royaume du Danemark, si des soldats de l’OTAN pourraient se retrouver face à face sur cette terre de glaces. Comment expliquer que nous puissions en arriver là, alors que nous célébrions en 2024 les 80 ans du débarquement allié en Normandie, pour rappeler alors avec gravité à quel point la conquête de la paix constituait une épreuve redoutable, un bien précieux, à la valeur inestimable. Nous voilà désormais avec une administration Trump gesticulant sur le Groenland, évoquant l’hypothèse de l’acheter ou d’en prendre pleinement possession, n’en déplaise aux Danois et à ces Européens timorés. La nouvelle doctrine Donroe conjecture un affaiblissement généralisé de l’Europe, nous ne serions pas capables de garantir la sécurité du Groenland, faute de moyens, déjà réels, et potentiellement plus faibles demain. Trump le futuriste, qui craint que la Chine devienne une puissance polaire, qui reste attentif aux Russes et à leurs coups de griffe dans l’Arctique, entend donc contrôler le Groenland avant qu’il ne soit trop tard. Les États-Unis peuvent déjà y opérer militairement depuis un accord de 1951, mais cela ne suffit plus. Il faut croquer à pleines dents. Tic-tac. Et pour l’UE, une énième provocation grandeur nature. Nos ambassadeurs aux pôles pourront-ils rester diplomates, scientifiques ou écologistes, ou devront-ils tôt ou tard porter le treillis ? Là n’est pas la question.

En effet, troisième point avec ce Groenland miroir grossissant de ce monde : l’équilibre. Qui consiste à ne jamais oublier dans l’analyse des relations internationales à quel point la géopolitique des ressources prédomine. Nous Européens, nous nous sommes plu à moraliser les relations internationales. Nous avons raison de vouloir encore le faire. Mais nous devons aussi constater, avec la lucidité stratégique nécessaire, que tant d’autres puissances cherchent avant tout à monétiser leurs relations internationales. Trump est un super-chargeur en la matière. Et donc pour en revenir à ce Grand Nord qui devient le nouvel espace à promesses, qu’elles soient navigables, énergétiques ou minérales, nous y sommes. Tous les acteurs n’observent pas cette région comme le baromètre de nos risques climatiques. La faim de ressources n’est pas tarissable. Au Groenland se trouveraient 10% des réserves en eau douce de la planète, 10 à 15% des terres rares, des quantités de sable considérables (plus précisément des granulats marins, indispensables dans la construction notamment), sans oublier ces farines de roches glaciaires (l’or gris de cette île) à même de développer des engrais verts pour demain mieux fertiliser les sols agricoles de la Terre. Nous disions équilibre pour rappeler que l’économique n’est jamais loin des affaires internationales. Il est même généralement central. Les États-Unis, comme d’autres puissances jamais rassasiées, mettent rarement cette variable en note de bas de page. Si nous perdons de vue l’économique encore trop longtemps dans notre boussole stratégique, alors nous Européens, aurons certes toujours raison sur l’écologique et le droit, mais pourrions ne plus mener ces combats historiques faute d’outils robustes à notre disposition. Le Groenland nous invite à réfléchir à ce monde qui se réchauffe, et climatiquement et géopolitiquement. Donc aux déséquilibres actuels et en devenir.

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15.01.2026 à 18:23

Arctique : quelle stratégie française ?

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Le 5 décembre 2025, la France a actualisé sa stratégie polaire, marquant une évolution significative de son approche des régions polaires. Longtemps abordées principalement sous l’angle environnemental et scientifique, l’Arctique et l’Antarctique occupent désormais une place croissante dans les stratégies nationales et les rapports de force internationaux. La région, longtemps perçue comme un espace de coopération d’exception, est aujourd’hui au cœur d’ambitions géopolitiques affirmées. Les États riverains comme les puissances extérieures y projettent des intérêts de plus en plus explicites. Quel est le rôle de la France dans ces recompositions ? Quelle place entend-elle occuper? Julia Tasse, directrice de recherche à l’IRIS et responsable du programme Océan, décrypte ces enjeux dans cette nouvelle Chronique Océan.

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Le 5 décembre 2025, la France a actualisé sa stratégie polaire, marquant une évolution significative de son approche des régions polaires. Longtemps abordées principalement sous l’angle environnemental et scientifique, l’Arctique et l’Antarctique occupent désormais une place croissante dans les stratégies nationales et les rapports de force internationaux. La région, longtemps perçue comme un espace de coopération d’exception, est aujourd’hui au cœur d’ambitions géopolitiques affirmées. Les États riverains comme les puissances extérieures y projettent des intérêts de plus en plus explicites.

Quel est le rôle de la France dans ces recompositions ? Quelle place entend-elle occuper?

Julia Tasse, directrice de recherche à l’IRIS et responsable du programme Océan, décrypte ces enjeux dans cette nouvelle Chronique Océan.

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15.01.2026 à 16:45

Pourquoi Trump veut vraiment le Groenland ?

stagiairedecomm@iris-france.org
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« Les États-Unis ont besoin du Groenland pour des objectifs de sécurité nationale. » Trump annonce explicitement ses intentions d’annexion du Groenland, territoire rattaché au Danemark. Une intervention militaire des États-Unis constituerait une attaque frontale entre pays supposément alliés et cela marquerait sans doute la fin de l’OTAN. Les ministres des Affaires étrangères danois et groenlandais se sont rendus à Washington pour demander de ne pas procéder à une telle annexion. Que se cache-t-il derrière ce désir de prendre possession du Groenland ? Comment l’Europe peut-elle réagir ? Quels sont les scénarii possibles ?

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« Les États-Unis ont besoin du Groenland pour des objectifs de sécurité nationale. » Trump annonce explicitement ses intentions d’annexion du Groenland, territoire rattaché au Danemark. Une intervention militaire des États-Unis constituerait une attaque frontale entre pays supposément alliés et cela marquerait sans doute la fin de l’OTAN. Les ministres des Affaires étrangères danois et groenlandais se sont rendus à Washington pour demander de ne pas procéder à une telle annexion. Que se cache-t-il derrière ce désir de prendre possession du Groenland ? Comment l’Europe peut-elle réagir ? Quels sont les scénarii possibles ?

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