
12.01.2026 à 10:52
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Deux invités, un même fil rouge : l’exercice du pouvoir sans contre-pouvoir réel. Ana Pich raconte ce qu’elle voit, carnet à la main, dans les tribunaux où la police est jugée par la justice. Stéphane Galais revient sur son interpellation au pied de l’Arc de Triomphe et sur la répression des luttes paysannes. En toile de fond, un scandale médiatique : Frontières épinglé pour s’être fait passer pour Au poste. Une matinale sur l’impunité, la répression et les dérives de l’information.
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Avec Ana Pich, à 7h30, autrice de «Sans foi ni loi, la police face à la justice» (Florent Massot) on a vu comment la police est jugée.
A 8h30, Stéphane Galais, porte parole de la Confédération paysanne, interpellé violemment vendredi, et mis en garde à vue à Paris. Avec lui, on est revenu sur cet événement, le Mercosur, la DNC, et et que faire de la lutte avec des gens qui ne sont pas des camarades (Coordination rurale).
Retour aussi sur Frontières, tout juste épinglé par le Conseil de déontologie journalistique et de médiation pour avoir usurpé notre identité: le média d’extrême droite s’était fait passer pour Au Poste lors des universités d’été de LFI en aout 2025
Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. «France Déter» accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent.
C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!
La dessinatrice Ana Pich décrit un sentiment d’impunité omniprésent dans les audiences correctionnelles, incarné par cette phrase prononcée par un policier poursuivi pour violences : « Je suis flic, il ne peut rien m’arriver », une assertion répétée devant les juges et intégrée comme une évidence par les prévenus.
Elle explique que les procès observés ne représentent qu’une infime partie des violences policières, après une série de filtres judiciaires — classements sans suite, non-lieux, abandons de poursuites — décidés en amont par le parquet, rendant l’audience publique trompeuse quant à l’ampleur réelle des faits.
Un argument revient systématiquement dans les défenses policières : « l’effet tunnel », présenté comme une conséquence du stress opérationnel, utilisé pour justifier des tirs, des coups ou des décisions mortelles, notamment dans les affaires de maintien de l’ordre.
Ana Pich insiste sur la fidélité absolue de son travail de dessinatrice d’audience, réalisé en direct, où chaque planche repose sur la retranscription exacte des paroles prononcées, constituant un matériau brut permettant une lecture sociologique du fonctionnement judiciaire.
Elle revient sur des drames emblématiques comme la noyade de Steve Maia Caniço, rappelant que seul le commissaire a été poursuivi puis relaxé, tandis que l’ensemble de la chaîne de commandement et les policiers ayant chargé ont bénéficié de non-lieux.
De son côté, le porte parole de la Confédération paysanne Stéphane Galais raconte son interpellation violente au pied de l’Arc de Triomphe, dénonçant un deux poids deux mesures entre les mobilisations agricoles soutenues par la FNSEA et celles de la Confédération paysanne, pourtant connues et encadrées.
Il affirme que la répression vise prioritairement les forces syndicales minoritaires et progressistes, rappelant des pratiques récurrentes de nasses, de gardes à vue et d’entraves au droit de manifester à l’encontre de son organisation.
Le porte-parole démonte l’accord Mercosur, expliquant que même une hypothétique réciprocité des normes ne suffirait pas à compenser un différentiel structurel massif, conduisant mécaniquement à la destruction des marchés paysans et au renforcement de l’agro-industrie.
Il clarifie les convergences ponctuelles avec d’autres organisations agricoles, affirmant l’absence totale de rapprochement idéologique avec l’extrême droite et rappelant la nécessité de combattre ses idées dans les territoires ruraux.
L’émission revient enfin sur le scandale Frontières : le média s’est fait passer pour Au poste afin d’obtenir des interviews lors des Amfis de la France insoumise, utilisant un tract du média pour entretenir la confusion. Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation a conclu que « l’obligation déontologique de ne pas recourir à des méthodes déloyales dans la collecte de l’information n’a pas été respectée », épinglant Frontières pour usurpation d’identité et pratiques trompeuses.
10.01.2026 à 10:53
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Derrière ces gestes simples se cache une longue histoire de luttes politiques, de propagande et de contre-information. Du photomontage communiste des années 1930 à la presse alternative des années 1970, Max Bonhomme et James Horton retracent un siècle d’images militantes.
Affiches, journaux, cartes postales et tracts deviennent des armes visuelles. Une plongée dans la culture graphique des révoltes modernes.
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Les portraits détourés de nos deux invités ; une image de fond qui évoque le thème de l’émission ; le titre, le nom de l’émission en texte ; le logo et la charte graphique d’Au poste. La vignette qui accompagne cette annonce pour ma prochaine émission « Du passé faisons table basse » est un photomontage.
Or les photomontages ont une longue histoire, et ce, avant Photoshop. Une histoire marquée à gauche qui plus est !
Pour en parler, j’ai convoqué Max Bonhomme et James Horton. Tous deux ont contribué (le premier ayant même co-organisé) à la magnifique exposition à La Contemporaine (Nanterre) et à son catalogue : Couper, coller, imprimer (éditions Anamosa). Je les cuisinerai sur cette technique graphique, cet art politique international du photomontage qui accompagne les grandes luttes politiques du XXe siècle, du Göring en boucher de John Heartfield aux collages critiques de la presse radicale des années 70, en passant par les constructivistes soviétiques, les Unes de Regards, les almanachs paysans et ouvriers des années 30, les affiches en soutien aux républicains espagnols (et républicaines espagnoles), mais aussi les récupérations fascistes. Alors qu’aujourd’hui des collectifs de graphistes excellent dans l’art de représenter et booster nos luttes (je pense notamment à Formes de Luttes), les photomontages d’hier éclairent ceux du présent.
Mathilde Larrère
Le photomontage contemporain, des affiches militantes aux mèmes numériques, prolonge ces traditions en continuant à « faire violence à l’image » pour attaquer symboliquement le pouvoir
Le photomontage est défini comme une technique graphique reposant sur l’assemblage d’images photographiques préexistantes afin de produire « un troisième sens », issu du montage et de la confrontation visuelle
L’histoire du photomontage politique est indissociable de l’imprimé, de la presse illustrée, de l’affiche et de la carte postale, supports essentiels à sa diffusion massive
Les premières sources permettant d’étudier ces images sont souvent issues de la surveillance policière, notamment « les services de surveillance » et les archives conservées aux Archives nationales
Dans les années 1920-1930, le photomontage est pensé comme une arme politique, notamment dans l’Allemagne de Weimar, avec John Heartfield et la revue Arbeiter-Illustrierte-Zeitung tirant jusqu’à « 400 000 exemplaires »
Le photomontage permet de « tourner en dérision l’idéologie, les figures politiques » et de rendre la presse militante populaire, visuelle et accessible
La guerre d’Espagne donne lieu à une production graphique intense où artistes et militants collaborent pour produire affiches et appels internationaux à la solidarité
Dans les années 1960-1970, la presse alternative renouvelle le photomontage à travers le collage, l’offset, le grand format et des mises en page anarchiques issues de la contre-culture
Les journaux alternatifs sont conçus comme des espaces de convergence des luttes, mêlant antiracisme, féminisme, anti-impérialisme et libération sexuelle
Les pratiques graphiques révèlent des tensions internes aux mouvements, notamment sur les questions féministes, menant à la création de journaux autonomes comme Le Torchon brûle
08.01.2026 à 20:21
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Science, pesticides, climat : derrière le vernis du consensus, une mécanique bien huilée fabrique le doute. Comment les industriels, avec l’aide de relais médiatiques, ont appris à instrumentaliser la science contre l’écologie. Stéphane Foucart démonte les stratégies, les mensonges et les conflits d’intérêts qui minent le débat démocratique.
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Les pesticides sont-ils dangereux pour la santé humaine ? Pour les abeilles ? Le dérèglement climatique est-il dû à l’activité humaine ?
Pour les industriels de la chimie, de l’agroalimentaire ou des énergies fossiles, il est nécessaire d’entretenir le doute sur ces questions, et ainsi retarder la mise en place de mesures de restrictions ou d’interdictions de leurs produits par les pouvoirs publics.
Si les tromperies et le lobbying auprès des autorités sont des stratégies rodées depuis des décennies, ils prennent aujourd’hui de nouvelles formes, en propageant des éléments de langage sous les atours de la défense de la « bonne science ». Dans un formidable retournement, ce sont alors les écologistes qui sont accusés de désinformation, tandis qu’amateurs de science et sphères rationalistes se font le relai des messages des industriels.
Stéphane Foucart est journaliste au Monde, où il couvre l’actualité des sciences de l’environnement. Avec Stéphane Horel, il a révélé les Monsanto Papers qui dévoilent les pratiques d’intimidation, de fraude scientifique et les campagnes d’influence du géant de la chimie agricole. Dans ses livres, notamment Les gardiens de la raison, co-écrit avec Stéphane Horel et Sylvain Laurens, il enquête sur la façon dont les industriels instillent le doute sur les questions écolos en détournant les principes scientifiques.
La science est utilisée comme arme politique : «ce n’est pas défendre la science, c’est instrumentaliser son autorité pour empêcher la prise de conscience collective».
La controverse sur les pesticides ne porte pas sur leur dangerosité intrinsèque mais sur «la question est de savoir dans quelle mesure est-ce qu’ils représentent un risque pour les humains ou pour l’environnement aux doses auxquelles ils sont utilisés».
Les agences réglementaires s’appuient sur des données produites par les industriels eux-mêmes : «toute la production de connaissances destinée à permettre l’autorisation de mise sur le marché est à la main des industriels».
La différence entre le CIRC et les agences ne relève pas d’une divergence scientifique mais de sources opposées : «le CIRC se base uniquement sur la littérature scientifique publiée», tandis que «les agences réglementaires se fondent sur des tests toxicologiques produits par les industriels et qui sont secrets».
Le secret des affaires empêche l’accès démocratique à l’évaluation des risques : «on a tous dans notre organisme des substances dont on n’a pas le droit de savoir comment elles ont été évaluées».
Les formulations commerciales des pesticides ne sont pas évaluées à long terme : «les produits formulés ne sont pas évalués dans des tests chroniques comme les substances actives».
L’histoire des pesticides montre un échec structurel : «tous les produits autorisés à un moment ou un autre sortent du marché parce qu’il se passe quelque chose qu’on n’avait pas anticipé».
L’argument «corrélation n’est pas causalité» impose un seuil de preuve inatteignable : «on ne pourra jamais démontrer la causalité dans le monde réel».
La rhétorique «danger versus risque» est une construction industrielle : «le point de désaccord n’est pas danger et risque, c’est danger et danger».
Les Monsanto Papers révèlent des pratiques de ghostwriting scientifique : «des articles étaient écrits par Monsanto puis signés par des chercheurs du monde académique».