07.01.2026 à 10:21
Les autorités iraniennes répriment brutalement les manifestations qui secouent le pays en recourant à la force létale. En un peu plus d'une semaine, elles ont tué au moins 27 manifestants et passants, dont des enfants, et blessé de nombreuses autres personnes, tout en procédant à des arrestations massives de manifestants. Human Rights Watch enquête sur la répression violente des manifestations par le gouvernement et les violations des droits humains qui y sont liées.
Les manifestations ont commencé le 28 décembre au Grand Bazar de Téhéran et se sont rapidement étendues à au moins 27 provinces à travers le pays. Si les manifestations ont été déclenchées par de graves pressions économiques, la détérioration des conditions de vie et la corruption généralisée du gouvernement, les revendications des manifestants sont beaucoup plus larges et visent des changements fondamentaux et structurels, notamment une transition complète vers un système démocratique qui respecte les droits et la dignité humaine.
Ces manifestations sont les dernières d'une série de manifestations nationales en Iran contre le système au pouvoir au cours des dix dernières années. La réponse des autorités a toujours été une répression meurtrière, alimentée par une impunité systématique.
Les médias et des organisations iraniennes de défense des droits humains ont fait état du recours à la force létale par les forces de sécurité, notamment à des armes de guerre et à des balles métalliques tirées à partir de fusils, ainsi qu'à des gaz lacrymogènes et à des matraques contre des manifestants non armés. La répression violente a notamment pris la forme de raids menés par les forces de sécurité à l'hôpital Imam Khomeini d'Ilam les 4 et 5 janvier, dans le but apparent d'arrêter les manifestants blessés et de confisquer les corps des personnes tuées.
Iran Human Rights, une organisation indépendante, a rapporté le 6 janvier qu'au moins 27 manifestants avaient été tués et des centaines d'autres blessés. Les autorités ont arrêté et détenu plus d'un millier de personnes, dont des enfants âgés d'à peine 14 ans. Des cas de torture et de disparitions forcées ont été signalés.
Comme lors des manifestations précédentes, les autorités, y compris de hauts responsables, ont diffamé les manifestants en les qualifiant d'« émeutiers » et ont menacé de réagir plus sévèrement s'ils continuaient à descendre dans la rue. Le 3 janvier, Ali Khamenei, le guide suprême de l'Iran, a déclaré : « Il ne sert à rien de discuter avec les émeutiers ; les émeutiers doivent être remis à leur place. »
Le droit de réunion pacifique et le droit d'exprimer publiquement son désaccord sont des droits fondamentaux. Le recours à la force létale par les autorités dans des circonstances qui ne répondent pas au critère strict d'un risque imminent de mort ou de blessures graves et la détention arbitraire de personnes pour avoir exercé leurs droits fondamentaux constituent des violations du droit international relatif aux droits humains.
Les autorités iraniennes devraient immédiatement mettre fin à l'usage illégal de la force et libérer toutes les personnes détenues arbitrairement. Les Nations unies et les gouvernements concernés devraient prendre d'urgence des mesures pour garantir que les responsables de violations graves des droits humains et de crimes au regard du droit international répondent de leurs actes, y compris sur le plan pénal.
07.01.2026 à 06:00
(Nairobi) – Depuis fin juin 2025, les forces de sécurité du Soudan du Sud ont procédé à des arrestations arbitraires massives de garçons, de jeunes hommes et de jeunes femmes dans le cadre de leur lutte contre la criminalité dans la capitale, Juba, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Au cours de ces opérations, les forces de sécurité ont soumis des garçons et des jeunes hommes détenus à des actes de torture et à des mauvais traitements, à des actes d’extorsion et à la conscription forcée ; dans au moins un incident, des policiers ont battu et violé des femmes.
« Invoquant la nécessité de réprimer les gangs dans la capitale du Soudan du Sud, les forces de sécurité ont arbitrairement détenu, extorqué et enrôlé de force des dizaines de garçons et de jeunes hommes, et ont violé des jeunes femmes », a déclaré Nyagoah Tut Pur, chercheuse sur le Soudan du Sud à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin à ces abus, libérer les personnes détenues illégalement ou enrôlées de force, et tenir les forces de sécurité responsables de leurs actes. »
Entre le 7 août et le 23 novembre, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 37 personnes, dont des victimes, y compris trois enfants, et des proches de personnes touchées par les rafles menées par le gouvernement à Juba. Human Rights Watch a également mené des entretiens avec cinq activistes de la société civile, des experts des Nations Unies et des experts en protection de l'enfance.
Le 10 décembre, Human Rights Watch a écrit aux porte-paroles de la police et de l'armée pour leur demander leur réaction aux conclusions préliminaires de l’organisation, mais n’a reçu aucune réponse.
Au cours de la dernière décennie, les violences parmi les jeunes et les activités de gangs ont connu une forte augmentation au Soudan du Sud, sous l'effet de la pauvreté, du chômage, des conflits et des déplacements de population. À la mi-juin 2025, des informations ont fait état d'une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, montrant le viol collectif d'une jeune fille de 16 ans à Juba par des membres présumés d'un gang.
À la suite de ces informations et de la diffusion de la vidéo, la Police nationale, les Forces de défense populaires du Soudan du Sud (South Sudan People’s Defence Forces, SSPDF) et le Service de sécurité nationale ont lancé une opération conjointe dans les quartiers résidentiels de Juba. Cette opération anti-gangs a initialement débuté fin juin ; fin juillet, elle a été officiellement annoncée comme une initiative devant durer sept jours. Toutefois, des témoins ont rapporté que les arrestations se poursuivaient encore à la fin de l'année 2025.
Début juillet, les autorités ont annoncé avoir arrêté au moins 600 membres présumés de gangs. En octobre, la police a déclaré avoir arrêté 32 criminels présumés et confisqué des armes, et a indiqué que des poursuites pénales seraient engagées. Cependant, Human Rights Watch n'a pas été en mesure de confirmer l'existence de poursuites judiciaires en cours contre des personnes accusées de crimes liés à leur appartenance à des gangs, à l'exception de l'affaire de viol collectif dans laquelle 13 personnes ont été arrêtées et 7 inculpées.
Human Rights Watch a constaté que l’opération anti-gangs avait donné lieu à des arrestations et des détentions arbitraires, suivies de passages à tabac et d'autres abus dans les locaux de la police et de l'armée, ainsi qu'à la conscription forcée de dizaines de garçons et d'hommes.
Les personnes interrogées ont déclaré que les forces de sécurité, en uniforme ou en civil, armées de fusils ou de bâtons, s'en prenaient aux garçons et aux jeunes hommes qui se rassemblaient ou marchaient en groupe et vaquaient à leurs occupations quotidiennes.
Un homme de 24 ans a décrit son arrestation fin juin dans le quartier de Gumbo : « L'un d'eux m'a frappé à la tête en disant que j'étais un criminel... Ils nous ont [également] battus en nous forçant à nous asseoir, avec des bâtons, avec leurs mains, avec tout ce qu'ils pouvaient trouver. Ils étaient brutaux. »
Des femmes qui ont été détenues fin juin, lorsque les forces de sécurité ont fait une descente dans une grande fête organisée par des jeunes dans un hôtel, ont déclaré à Human Rights Watch qu'elles avaient été violées, avec d'autres femmes, au poste de police de Buluk par plusieurs policiers.
Les détenus ont été placés dans des locaux de police, et dans des installations militaires surpeuplées. Certains ont affirmé n’avoir reçu que très peu de nourriture ou d’eau. Un jeune de 17 ans, détenu pendant quatre jours à la caserne militaire de Giyada fin juin, a déclaré : « J'ai vu des garçons de moins de 17 ans uriner dans des bouteilles d'eau vides, puis boire leur propre urine. »
Des personnes précédemment détenues ont déclaré avoir été incarcérées pendant des périodes allant de quelques heures à une semaine, jusqu'à ce que leurs proches paient de l'argent ou offrent des biens pour obtenir leur libération. Une mère de 48 ans dont les deux fils ont été détenus au poste de police de Mapao à la mi-juillet a déclaré : « Les [policiers] ont dit que la règle était de payer 50 000 SSP [environ 10 dollars US] et [de leur donner] une chaise pour chaque enfant, alors nous avons obéi. »
Certains, cependant, n'ont pas été libérés. Human Rights Watch a recueilli les témoignages de quatre hommes et de deux garçons qui ont été détenus à Juba, puis envoyés avec des dizaines d'autres dans des camps militaires dans l'État du Haut-Nil, où les combats se sont intensifiés depuis début 2025. Trois d'entre eux ont été contraints de combattre, et les autres ont été obligés de travailler pour les soldats.
Un homme de 23 ans, recruté de force fin août, a été envoyé au combat à deux reprises avant de s'échapper. « Les commandants nous disaient : "Nous avons mené de nombreuses guerres, c'est maintenant votre tour, après tout vous êtes des criminels et des gangsters, c'est ce que vous voulez faire." À chaque fois, on nous plaçait en première ligne. »
Au moins quatre membres de familles de détenus ont déclaré que leurs proches avaient disparu suite à leur détention par les autorités, et que celles-ci avaient refusé de fournir des informations sur leur sort, notamment s'ils avaient été enrôlés de force. Les autorités sont tenues de fournir des informations confirmant si une personne a été arrêtée ou placée sous leur garde, ainsi que des informations sur le sort et/ou la localisation de chaque personne placée en détention, y compris si elle a été transférée sous la garde de l'armée en tant que conscrit. Le non-respect de cette obligation peut transformer la détention arbitraire en disparition forcée, strictement interdite par le droit international.
Le porte-parole de la police a rejeté les allégations de conscription forcée, déclarant aux médias en août que l'opération visait des criminels et que certains détenus avaient été transférés hors de Juba en raison de la surpopulation. Human Rights Watch n'a pas pu confirmer de manière indépendante si des personnes avaient été transférées en raison de la surpopulation.
Le droit national du Soudan du Sud et le droit international relatif aux droits humains interdisent le recrutement ou l'utilisation d'enfants par les forces ou groupes armés. Le Soudan du Sud a également interdit la conscription forcée d'adultes dans la plupart des cas. Plusieurs traités internationaux et régionaux relatifs aux droits humains ratifiés par le Soudan du Sud, dont l' , interdisent toute arrestation, détention ou emprisonnement illégal ou arbitraire, ainsi que la torture et les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, y compris le viol et les violences sexuelles. La Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant stipule que la détention d'enfants ne doit être utilisée qu'en dernier recours.
Les autorités devraient veiller à ce que les opérations de maintien de l'ordre respectent les droits humains, notamment en mettant fin aux arrestations arbitraires et aux recrutements forcés et en enquêtant sur les allégations de mauvais traitements, de torture et d'autres abus, y compris les viols. Elles devraient également garantir l'accès à un soutien médical et psychosocial adapté aux traumatismes et sensible au genre pour les victimes d'abus commis par les forces de sécurité, y compris les survivantes de viols. Le gouvernement devrait révéler la situation et le lieu où se trouvent toutes les personnes disparues, y compris celles qui ont été contraintes de servir dans l'armée, et autoriser des observateurs indépendants à accéder aux casernes militaires dans le Haut-Nil, a déclaré Human Rights Watch.
Les partenaires du Soudan du Sud devraient veiller à ce que toute aide apportée à la police et aux forces de sécurité soit liée à certaines conditions : le respect des droits humains, l’obligation de rendre des comptes en cas d'abus, et la mise en place de mesures visant à empêcher le recrutement d'enfants.
« Au lieu de répondre aux préoccupations réelles liées à la criminalité, les forces de sécurité ont utilisé cette campagne de maintien de l'ordre pour commettre de graves abus à l'encontre d'enfants et de jeunes marginalisés », a conclu Nyagoah Tut Pur. « Les autorités devraient prendre des mesures respectueuses des droits pour lutter contre la criminalité de manière crédible, soutenir les programmes destinés aux jeunes et mettre fin à la marginalisation croissante de la jeunesse du Soudan du Sud. »
Suite détaillée en anglais.
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Articles
Senego Agence Afrique
04.01.2026 à 16:22
(Washington, 3 janvier 2026) – Dans la nuit du 2 au 3 janvier, l'armée des États-Unis a mené des frappes au Venezuela, aboutissant à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Le 3 janvier, le président américain Donald Trump a déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela jusqu'à ce qu'une transition ait lieu dans ce pays.
Juanita Gobertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch, a fait à ce sujet la déclaration suivante :
Après des décennies de répression brutale sous le chavisme, les Vénézuéliens méritent une transition rapide vers une démocratie respectueuse des droits et dirigée par des Vénézuéliens ; leurs libertés et leur droit de participer à des élections libres et équitables devraient être respectés, les prisonniers politiques devraient être libérés, et les individus responsables de graves violations des droits humains devraient être tenus de rendre des comptes. En 2024, des observateurs électoraux indépendants ont présenté des données montrant que les Vénézuéliens avaient voté contre le maintien au pouvoir de Maduro, et que les résultats officiels du scrutin présidentiel avaient été entachés de fraude.
Human Rights Watch continuera à surveiller la situation, et à enquêter sur toute frappe menée par les États-Unis sur le sol vénézuélien. Avant les récentes frappes, les États-Unis ont procédé à l’exécution extrajudiciaire de 115 personnes lors d’attaques contre des bateaux dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique, reflétant de manière inquiétante le mépris de l'administration Trump à l’égard de ses obligations en matière de droits humains. Human Rights Watch surveillera également la réponse des autorités vénézuéliennes actuelles aux récents événements, y compris toute nouvelle violation des droits des opposants politiques et des personnes exprimant des critiques envers le gouvernement.
À ce moment critique, les gouvernements d'Amérique latine et de l'Union européenne devraient faire pression en vue de garantir une transition pacifique vers une démocratie respectueuse des droits au Venezuela.
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