07.01.2026 à 20:04
(New York) – L'attaque militaire menée par l'administration Trump au Venezuela de manière éhontée risque d’y provoquer un nouveau désastre en matière de droits humains, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Tot dans la matinée du 3 janvier, l'armée des États-Unis a mené au Venezuela des frappes qui ont abouti à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Transférés à New York et inculpés de trafic de drogue, parmi d’autres chefs d’accusation, ils ont comparu le 5 janvier devant un tribunal fédéral chargé de cette affaire.
« Les Vénézuéliens ont le droit de choisir librement leurs dirigeants et de décider de l'avenir de leur nation », Juanita Gobertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Cependant, les États-Unis semblent prêts à encourager activement le Venezuela à maintenir l'appareil répressif de Maduro, tant que cela pourra servir leurs intérêts politiques et commerciaux. »
Le 3 janvier, le président Donald Trump a déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela dans un premier temps, sans toutefois expliquer de manière plus précise ce que cela signifie. Des hauts responsables américains ont indiqué qu'ils avaient l'intention de travailler avec Delcy Rodríguez, qui occupait le poste de vice-présidente de Maduro et a prêté serment en tant que présidente par intérim le 5 janvier.
Les autorités américaines ont déclaré qu'elles utiliseraient leur capacité à renforcer ou à assouplir le blocus pétrolier imposé dans les Caraïbes, ainsi que la menace de nouvelles frappes, en tant que moyens de pression pour contraindre le gouvernement vénézuélien à se conformer aux exigences et aux attentes des États-Unis. Il s'agirait notamment d'ouvrir la voie aux investissements de compagnies pétrolières américaines au Venezuela et de lutter contre la violence des gangs, entre autres objectifs.
Les frappes américaines du 3 janvier ont ciblé des installations militaires et auraient tué des dizaines d'officiers militaires, ainsi qu’au moins deux civils. Le gouvernement cubain, qui soutient depuis longtemps le gouvernement vénézuélien, a déclaré que 32 officiers cubains avaient été tués. Avant ces frappes, les États-Unis ont exécuté de manière extrajudiciaire au moins 115 personnes à bord de bateaux qui, selon l'administration Trump, se livraient au trafic de stupéfiants dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique.
À la suite des frappes du 3 janvier, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a déclaré que les États-Unis feraient pression sur le gouvernement vénézuélien pour qu'il facilite les investissements pétroliers des entreprises américaines, réagisse aux groupes criminels et rompe ses liens avec l'Iran et le Hezbollah. Le 5 janvier, le président Trump a déclaré aux journalistes que si les autorités du Venezuela « ne se comportent pas correctement » (« if they don’t behave »), les États-Unis pourraient mener une « deuxième frappe ».
Le président Trump a aussi déclaré que les États-Unis comptaient « diriger » le Venezuela jusqu'à ce qu'une « transition judicieuse » ait lieu dans ce pays. Toutefois, le gouvernement américain n'a pas précisé quand ni comment cette transition pourrait avoir lieu, ni si ce processus inclurait des élections libres et équitables, la libération des prisonniers politiques et d'autres changements importants en matière de droits humains.
En juillet 2024, les Vénézuéliens se sont rendus en masse aux urnes malgré la répression exercée par le gouvernement Maduro. Des observateurs indépendants ont présenté des données montrant que les Vénézuéliens avaient massivement voté pour Edmundo González, candidat à l’élection présidentielle soutenu par la dirigeant de l'opposition María Corina Machado. Cependant, les autorités électorales ont annoncé que Maduro avait été réélu.
À la suite de l’élection présidentielle, le gouvernement Maduro a procédé à une vague de violations généralisées des droits humains, notamment des meurtres de manifestants, des arrestations arbitraires et des disparitions forcées de leaders de l'opposition, de détracteurs du gouvernement, de défenseurs des droits humains, ainsi que de ressortissants étrangers.
Selon le groupe juridique bénévole Foro Penal, plus de 860 prisonniers politiques sont toujours derrière les barreaux au Venezuela. Le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale mène une enquête sur les crimes contre l'humanité qui auraient été commis au Venezuela depuis 2014.
Depuis plus d'une décennie, les Vénézuéliens souffrent d'une crise humanitaire, avec de graves pénuries de nourriture et de médicaments. Sept millions de Vénézuéliens ont fui le pays, et 14,2 millions d'autres citoyens ont des besoins humanitaires urgents.
Les dirigeants latino-américains, européens, canadiens et d’autres dirigeants mondiaux devraient faire pression pour une transition vers la démocratie au Venezuela, demander la libération des prisonniers politiques et soutenir l’obligation de rendre des comptes pour les violations graves des droits humains commises par le gouvernement vénézuélien, selon Human Rights Watch. Pour sa part, le gouvernement américain devrait respecter ses obligations en vertu du droit international des droits humains et du droit international humanitaire.
« Les gouvernements étrangers devraient soutenir la protection des droits des Vénézuéliens, qui souffrent depuis une décennie sous le régime Maduro », a conclu Juanita Goebertus. « La décapitation du gouvernement vénézuélien par Trump n'a rien fait pour les protéger contre le risque de nouveaux abus. »
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07.01.2026 à 10:21
Les autorités iraniennes répriment brutalement les manifestations qui secouent le pays en recourant à la force létale. En un peu plus d'une semaine, elles ont tué au moins 27 manifestants et passants, dont des enfants, et blessé de nombreuses autres personnes, tout en procédant à des arrestations massives de manifestants. Human Rights Watch enquête sur la répression violente des manifestations par le gouvernement et les violations des droits humains qui y sont liées.
Les manifestations ont commencé le 28 décembre au Grand Bazar de Téhéran et se sont rapidement étendues à au moins 27 provinces à travers le pays. Si les manifestations ont été déclenchées par de graves pressions économiques, la détérioration des conditions de vie et la corruption généralisée du gouvernement, les revendications des manifestants sont beaucoup plus larges et visent des changements fondamentaux et structurels, notamment une transition complète vers un système démocratique qui respecte les droits et la dignité humaine.
Ces manifestations sont les dernières d'une série de manifestations nationales en Iran contre le système au pouvoir au cours des dix dernières années. La réponse des autorités a toujours été une répression meurtrière, alimentée par une impunité systématique.
Les médias et des organisations iraniennes de défense des droits humains ont fait état du recours à la force létale par les forces de sécurité, notamment à des armes de guerre et à des balles métalliques tirées à partir de fusils, ainsi qu'à des gaz lacrymogènes et à des matraques contre des manifestants non armés. La répression violente a notamment pris la forme de raids menés par les forces de sécurité à l'hôpital Imam Khomeini d'Ilam les 4 et 5 janvier, dans le but apparent d'arrêter les manifestants blessés et de confisquer les corps des personnes tuées.
Iran Human Rights, une organisation indépendante, a rapporté le 6 janvier qu'au moins 27 manifestants avaient été tués et des centaines d'autres blessés. Les autorités ont arrêté et détenu plus d'un millier de personnes, dont des enfants âgés d'à peine 14 ans. Des cas de torture et de disparitions forcées ont été signalés.
Comme lors des manifestations précédentes, les autorités, y compris de hauts responsables, ont diffamé les manifestants en les qualifiant d'« émeutiers » et ont menacé de réagir plus sévèrement s'ils continuaient à descendre dans la rue. Le 3 janvier, Ali Khamenei, le guide suprême de l'Iran, a déclaré : « Il ne sert à rien de discuter avec les émeutiers ; les émeutiers doivent être remis à leur place. »
Le droit de réunion pacifique et le droit d'exprimer publiquement son désaccord sont des droits fondamentaux. Le recours à la force létale par les autorités dans des circonstances qui ne répondent pas au critère strict d'un risque imminent de mort ou de blessures graves et la détention arbitraire de personnes pour avoir exercé leurs droits fondamentaux constituent des violations du droit international relatif aux droits humains.
Les autorités iraniennes devraient immédiatement mettre fin à l'usage illégal de la force et libérer toutes les personnes détenues arbitrairement. Les Nations unies et les gouvernements concernés devraient prendre d'urgence des mesures pour garantir que les responsables de violations graves des droits humains et de crimes au regard du droit international répondent de leurs actes, y compris sur le plan pénal.