19.01.2026 à 16:05
Mieux vaut (Béla) Tarr que jamais
Texte intégral (3397 mots)
« Il n'y a qu'un temps essentiel pour s'éveiller ; et ce temps est le présent. »
Boudha
Des films en noir et blanc marqués par des plans-séquence d'une lenteur parfois éprouvante, « hypnotique » , un univers postcommuniste effondré , sans plus aucune promesse même capitaliste, marqué par un « pessimisme absolu », une « tristesse poisseuse », des films aux paysages désertés battus par la pluie et le vent, habités par un désespoir et une mélancolie infinie : voilà les termes avec lesquels la critique a rendu hommage à Béla Tarr, l'immense cinéaste hongrois tout juste disparu en ce début d'année , tout en le saluant comme Gus Van Sant comme l'un des rares cinéastes « réellement visionnaires » de notre temps. « Il est facile de dire que mes films sont déprimants et sombres mais si on me pose la question à moi , déclare le cinéaste, je réponds que ce n'est pas le sujet. Les êtres humains sont très complexes et lorsqu'on réalise un film, ou toute autre forme d'art, il faut faire preuve d'empathie envers eux. LA question est : comment vous sentez-vous en sortant du cinéma ? Etes-vous plus fort ou plus faible. Personnellement je pense que les gens en ressortent plus fort. Parce que si vous êtes confronté à des choses sombres ou tristes et que vous les comprenez, vous devenez plus fort. C'est ma logique . » L'essai de Jacques Rancière, Béla Tarr, le temps d'après [1], donne force à ces propos en s'attachant à restituer la part sensible qui nourrit de part en part les films sombres du hongrois , et qui, par delà leur réalisme cosmique, donne « le sens d'une autre vie, la dignité mise à en poursuivre le rêve et à supporter la déception de ce rêve. »
Extraits.
« (…) Il est usuel de diviser cette œuvre en deux grandes époques : il y a les films du jeune cinéaste en colère, aux prises avec les problèmes sociaux de la Hongrie socialiste, désireux de secouer la routine bureaucratique et de mettre en cause les comportements issus du passé : conservatisme, égoïsme, domination mâle, rejet de ceux qui sont différents. Et il y a les films de la maturité [2], ceux qui accompagnent l'effondrement du système soviétique et les lendemains capitalistes qui déchantent, quand la censure du marché a relayé celle de l'Etat : des films de plus en plus noirs où la politique est réduite à la manipulation, la promesse sociale à une escroquerie et le collectif à la horde brutale. D'un âge à l'autre, d'un univers à l'autre, c'est aussi le style de la mise en scène qui semble changer entièrement. La colère du jeune cinéaste se traduisait en mouvements brusques d'une caméra portée qui, dans un espace resserré, sautait d'un corps à un autre et s'approchait au plus près des visages pour en scruter toutes les expressions. Le pessimisme du cinéaste muris exprime en longs plans-séquences qui explorent autour a individus enfermés dans leur solitude toute la profondeur vide du champ
Béla Tarr ne cesse pourtant de le répéter : il n'y a pas dans son œuvre un temps des films sociaux et un temps des œuvres métaphysiques et formalistes. C est toujours le même film qu'il fait, la même réalité dont il parle ; il ne fait simplement que la creuser toujours un peu plus. Du premier film au dernier, c'est toujours l'histoire d'une promesse déçue, d'un voyage avec retour au point de départ. Le Nid familial nous montre le jeune couple, Laci et Irén assiégeant vainement le service du logement dans l'espoir d'obtenir appartement qui leur permettrait d'échapper à l'atmosphère étouffante du foyer paternel. Le Cheval de Turin nous montre le père et la fille empaquetant un matin leurs maigres biens pour quitter une terre infertile. Mais la même ligne d'horizon par laquelle nous les avons vus disparaître nous les fait voir a nouveau, cheminant en sens inverse et regagnant la maison pour décharger les affaires chargées le matin. Entre les deux, la différence est justement que nulle explication n'a plus cours ; nulle bureaucratie obtuse, nul beau-père tyrannique ne barre plus la voie du bonheur promis. C'est seulement le même horizon, balayé par le vent, qui pousse les individus à partir et les renvoie à la maison. Passage du social au cosmique, dit volontiers le cinéaste. Mais ce cosmique n'est pas le monde de la contemplation pure. C'est un monde absolument réaliste, absolument matériel, dépouillé de tout ce qui émousse la sensation pure telle que le cinéma seul peut l'offrir.
Le cinéma, art du sensible
Car le problème pour Béla Tarr n'est pas de transmettre un message sur la fin des illusions et éventuellement sur la fin du monde. Pas davantage de faire de « belles images ». La beauté des images n'est jamais une fin. Elle n'est que la récompense d'une fidélité à la réalité que l'on veut exprimer et aux moyens dont on dispose pour cela. Béla Tarr ne cesse de marteler deux idées très simples. Il est un homme soucieux d'exprimer au plus juste la réalité telle que les hommes la vivent. Et il est un cinéaste entièrement occupé par son art. Le cinéma est un art du sensible. Pas simplement du visible. Parce que, depuis 1989, tous ses films sont en noir et blanc, et que le silence y prend une place toujours plus grande, on a dit qu'il voulait ramener le cinéma à ses origines muettes. Mais le cinéma muet n'était pas un art du silence. Son modèle était le langage des signes. Le silence n'a de pouvoir sensible que dans le cinéma sonore, grâce à la possibilité qu'il offre de congédier le langage des signes de faire parler les visages non par les expressions qui signifient des sentiments mais par le temps mis à tourner autour de leur secret. Dès le début, l'image de Béla Tarr est intimement liée au son : brouhaha au sein duquel, dans les premiers films, les plaintes des personnages s'élèvent, les paroles de chansons niaises mettent les corps en mouvement et les émotions se peignent sur les visages ; froideur, plus tard, de salles de bistrot misérables où un accordéoniste met les corps en folie avant que l'accordéon en sourdine n'accompagne leurs rêves détruits ; bruit de la pluie et du vent qui emporte paroles et rêves, les plaque dans les flaques où s'ébrouent les chiens ou les fait tournoyer dans les rues avec les feuilles et les détritus. Le cinéma est l'art du temps des images et des sons, un art construisant les mouvements qui mettent les corps en rapport les uns avec les autres dans un espace. Il n'est pas un art sans parole. Mais il n'est pas l'art de la parole qui raconte et décrit. Il est un art qui montre des corps, lesquels s'expriment entre autres par l'acte de parler et par la façon dont la parole fait effet sur eux .
Le temps où l'on s'intéresse à l'attente elle-même
(…) De Damnation aux Harmonies Werckmeister [3] Bela Tarr aura construit un système cohérent, mettant en œuvre des procédés formels qui constituent proprement un style au sens flaubertien du mot : une « manière absolue de voir », une vision du monde devenue création d'un monde sensible autonome. Il n'y a pas de sujets, disait le romancier. Il n'y a pas d'histoires, dit le cinéaste. Elles ont toutes été racontées dans l'Ancien Testament. Des histoires d'attentes qui se révèlent mensongères. On attend celui qui ne viendra jamais, mais à la place duquel viendront toutes sortes de faux messies. Et celui qui viendra parmi les siens ne sera pas reconnu par eux. (...). Les histoires sont des histoires de menteurs et de dupes, parce qu'elles sont mensongères en elles-mêmes. Elles font croire que quelque chose est arrivé de ce qui était attendu. La promesse communiste n'était qu'une variante de ce mensonge bien plus ancien. C'est pourquoi il est vain de croire que le monde va devenir raisonnable si on lui ressasse indéfiniment les crimes des derniers menteurs, mais grotesque aussi d'assurer que nous vivons désormais dans un monde sans illusion. Le temps d'après n'est ni celui de la raison retrouvée, ni celui du désastre attendu. C'est le temps d'après les histoires, le temps où l'on s'intéresse directement à l'étoffe sensible dans laquelle elles taillaient leurs raccourcis entre une fin projetée et une fin advenue. Ce n'est pas le temps où l'on fait de belles phrases ou de beaux plans pour compenser le vide de toute attente. C'est le temps où l'on s'intéresse à l'attente elle-même.
A travers le carreau d'une fenêtre, dans une petite ville de Normandie ou de la plaine hongroise, le monde vient lentement se fixer dans un regard, s'imprimer sur un visage, peser sur la posture d'un corps, modeler ses gestes et produire cette division du corps qui s'appelle âme : une divergence intime entre deux attentes : l'attente du même, l'accoutumance à la répétition, et l'attente de l'inconnu, de la voie qui conduit vers une autre vie. De l'autre côté de la fenêtre, il y a les lieux clos où les corps et les âmes coexistent, où se rencontrent, s'ignorent, s'assemblent ou s'opposent ces petites monades faites de comportements acquis et de rêves entêtés, autour de verres qui trompent l'ennui et le confirment, de chansons qui réjouissent en disant que tout est fini, d'airs d'accordéon qui attristent en mettant en folie, de paroles qui promettent l'Eldorado et font comprendre qu'elles mentent en le promettant. Cela n'a proprement ni commencement ni fin, simplement des fenêtres par lesquelles le monde pénètre, des portes par lesquelles les personnages entrent et sortent, des tables où ils s'assemblent, des cloisons qui les séparent, des vitres à travers lesquelles ils se voient, des néons qui les éclairent, des miroirs qui les réfléchissent, des poêles où la lumière danse... Un continuum au sein duquel les événements du monde matériel se font affects, s'enferment dans des visages silencieux ou circulent en paroles.
Des lieux de ce type, c'est la littérature qui les a d'abord inventés en s'inventant elle-même, en découvrant qu'avec le temps des phrases et des chapitres il y avait mieux à faire que de scander les étapes par lesquelles des individus arrivent à leurs fins : trouver la richesse, conquérir une femme, tuer un rival, s'emparer du pouvoir. Il était possible de restituer dans sa densité un peu de ce qui faisait l'étoffe même de leur vie : comment l'espace en eux se faisait temps, les choses senties émotions, les pensées inerties ou actes. La littérature avait dans cette tâche un double avantage. D'un côté elle n'avait pas à soumettre ce qu'elle peignait à l'épreuve du regard, de l'autre, elle pouvait franchir la barrière du regard, nous dire comment la personne derrière la croisée recevait ce qui entrait par la fenêtre et comment cela affectait sa vie. Elle pouvait écrire des phrases comme « toute l'amertume de l'existence lui semblait servie dans son assiette » où le lecteur sentait d'autant mieux l'amertume qu'il n'était pas obligé de voir l'assiette. Mais au cinéma il y a une assiette et pas d'amertume. Et quand le monde passe la fenêtre, vient le moment où il faut choisir : arrêter le mouvement du monde par un contrechamp sur le visage qui regardait et auquel il faudra alors donner l'expression traduisant ce qu'il ressent, ou continuer le mouvement au prix que la personne qui regardait ne soit qu'une masse noire obstruant le monde au lieu de le réfléchir. Il n'y a pas de conscience où le monde se condense visiblement. Et le cinéaste n'est pas là pour se faire lui-même le centre qui ordonne le visible et son sens. Il n'y a, pour Béla Tarr, pas d'autre choix que de passer par la masse noire qui obstrue le plan, de s'en aller après faire le tour des murs et des objets de sa demeure, d'attendre pour le surprendre le moment où le personnage va se lever, sortir de chez lui, se faire guetteur dans la rue, sous la pluie ou dans le vent, solliciteur derrière une porte, auditeur derrière un comptoir ou à une table de bistrot, le moment où ses paroles résonneront dans l'espace, avec le tic-tac d'une horloge, le bruit des boules de billard et un air d'accordéon.
Puissance d'étouffement ou virtualités de rêve
Il n'y a pas d'histoire, cela veut dire aussi : il n'y a pas de centre perceptif, seulement un grand continuum fait de la conjonction des deux modes de l'attente, un continuum de modifications infimes par rapport au mouvement répétitif normal. La tâche du cinéaste est de construire un certain nombre de scènes qui fassent ressentir la texture de ce continuum et amènent le jeu des deux attentes à un maximum d'intensité. Le plan-séquence est l'unité de base de cette construction parce qu'elle est celle qui respecte la nature du continuum, la nature de la durée vécue où les attentes se conjuguent ou se séparent et où elles assemblent et opposent les êtres. S'il n'y a pas de centre, il n'y a pas d'autre moyen d'approcher la vérité des situations et de ceux qui les vivent que ce mouvement qui va sans cesse d'un lieu à celui ou celle qui est en train d'y attendre quelque chose. Il n'y a pas d'autre moyen que de trouver le rythme juste pour faire le tour de tous les éléments qui composent le paysage d'un lieu et lui donnent sa puissance d'étouffement ou ses virtualités de rêve : la nudité d'une salle ou les colonnes et cloisons qui la rythment, la lèpre des murs ou l'éclat des verres, la brutalité du néon ou les flammes dansantes du poêle, la pluie qui aveugle les fenêtres ou la lumière d'un miroir. Béla Tarr y insiste : si le montage, comme activité séparée, a si peu d'importance dans ses films, c'est qu'il a lieu au sein de la séquence qui ne cesse de varier à l'intérieur d'elle-même : en une seule prise, la caméra passe d'un gros plan sur un poêle ou un ventilateur à la complexité des interactions dont une salle de bistrot est le théâtre ; elle remonte d'une main vers un visage avant de le quitter pour élargir le cadre ou pour faire le tour d'autres visages ; elle passe par des zones d'obscurité avant de venir éclairer d'autres corps saisis maintenant à une autre échelle. Elle établit de même une infinité de variations infimes entre mouvement et immobilité : travellings qui avancent très lentement vers un visage ou arrêts d'abord inaperçus du mouvement.
La conjonction des attentes ou le sens de l'égalité selon Béla Tarr
La séquence peut aussi absorber dans sa continuité le hors-champ aussi bien que le contrechamp. Pas question de passer d'un plan à un autre pour aller de l'émetteur d'une parole à son destinataire. Ce dernier doit être présent dans le temps où la parole se prononce. Mais cette présence peut être celle de son dos, voire même simplement du verre qu'il tient à la main. Quant à celui qui parle, il peut nous regarder de face, mais le plus souvent c'est son profil ou son dos que nous voyons et souvent même ses paroles sont là présentes sans que nous le voyions lui-même. Mais il n'est guère exact de parler alors de voix off ou de présence du hors-champ. La voix est là, dissociée du corps auquel elle appartient, mais présente dans le mouvement de la séquence et dans la densité de l'atmosphère. Si elle appartient au parleur et à l'auditeur, c'est comme éléments d'un paysage global qui englobe chacun des éléments visuels ou sonores du continuum. Les voix ne sont pas attachées à un masque mais à une situation. Dans le continuum de la séquence tous les éléments sont à la fois interdépendants et autonomes, tous dotés d'une égale puissance d'intériorisation de la situation, c'est-à-dire de la conjonction des attentes. C'est là le sens de l'égalité propre au cinéma de Béla Tarr.
Ce sens est fait d'une égale attention à chaque élément et à la manière dont il entre dans la composition d'un microcosme du continuum égal lui-même à tous les autres en intensité. C'est cette égalité qui permet au cinéma de relever le défi que lui avait lancé la littérature. Il ne peut pas franchir la frontière du visible, nous montrer ce que pensent les monades dans lesquelles le monde se réfléchit. Nous ne savons pas quelles images intérieures animent le regard et les lèvres fermées des personnages autour desquels tourne la caméra. Nous ne pouvons pas nous identifier à leurs sentiments. Mais nous pénétrons quelque chose de plus essentiel, la durée même au sein de laquelle les choses les pénètrent et les affectent, la souffrance de la répétition, le sens d'une autre vie, la dignité mise à en poursuivre le rêve et à supporter la déception de ce rêve. En cela réside l'exacte adéquation entre le propos éthique du cinéaste et la splendeur envoûtante du plan-séquence qui suit le trajet de la pluie dans les âmes et les forces qu'elles lui opposent. »
[1] Editions capricci, 2011
[2] Période qui commence, en 1987, avec Damnation et s'achève, en 2011, avec Le cheval de Turin, film ultime de Béla Tarr.
[3] A voir et revoir le magnifique plan séquence qui ouvre le film : « Et maintenant, nous, gens simples, nous allons assister à une démonstration de l'immortalité » https://youtu.be/S3a242TNFPk?si=ZKOudhOw33wNn41I
19.01.2026 à 15:51
Trump ou les habits neufs de l'impérialisme
Entretien avec Michel Feher
- 19 janvier / Avec une grosse photo en haut, International, lundisoir, 4Texte intégral (5259 mots)
Il y a un peu plus d'un an, nous avions invité le philosophe Michel Feher pour discuter de la fascisation en cours et de son excellent livres Producteurs et parasites - L'imaginaire si désirable du Rassemblement national, à revoir par ici. Nous avions alors évoqué la seconde élection de Donald Trump qui n'était pas encore entré en fonction et de ce qui s'annonçait en terme de politique intérieure et fasciste. Michel Feher connaît très bien les États-Unis où il vit en partie, il travaille par ailleurs actuellement sur la nouvelle configuration géopolitique mondiale. Il était donc indispensable de l'inviter afin qu'il nous éclaire sur sa compréhension de ce second mandat Trump, des enjeux derrière la capture de Maduro et de ses retentissements sur la politique intérieure américaine. On a bien fait, il nous a tout très bien expliqué ! Le sommaire ci-dessous pour se faire une idée de la trame de cet entretien.
À voir lundi 19 janvier à partir de 20h
00:00 Introduction
04:25 Que dévoile l'enlèvement de Maduro par l'administration Trump ?
8:48 Une opération qui synthétise les trois sensibilités autour de Trump (Steven Miller et le spectacle de la cruauté, Marco Rubio le néo-conservateur reconverti au Trumpisme, J.D. Vance et le néo-paléo-conservatisme)
18:25 Tucker Carlson, la voix de l'avenir
22:15 Les faits alternatifs et le paradigme de la guerre civile
26:32 « Aux États-Unis, on ne va pas vers le fascisme, on est dans le fascisme »
29:38 Mater, discipliner et purifier le territoire intérieur (l'ICE) et/ou étendre l'Empire
32:30 De l'impérialisme colonial à l'impérialisme continental des « perdants » (Arendt)
35:25 L'État sans frontière, Carl Schmitt et la doctrine Monroe
38:29 L'illimitisme ou la politique de fin du monde : le laboratoire israélien
43:09 L'antifascisme comme menace terroriste
45:35 Quelles résistance populaires contre le trumpisme ?
49:30 Les élections de mi-mandat comme révélateur de l'état de la démocratie aux Etats-Unis
Version podcast
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Voir les lundisoir précédents :
Comprendre le soulèvement en Iran - Chowra Makaremi, le collectif Roja & Parham Shahrjerdi
Trump après Maduro - Benjamin Bürbaumer
Manger la Hess, une poétique culinaire - Yoann Thommerel
Du nazisme quantique - Christian Ingrao
(En attendant la diffusion, on a mis un petit extrait quand même)
Terres enchaînées, Israël-Palestine aujourd'hui - Catherine Hass
Penser en résistance dans la Chine aujourd'hui - Chloé Froissart & Eva Pils
Vivre sans police - Victor Collet
La fabrique de l'enfance - Sébastien Charbonnier
Ectoplasmes et flashs fascistes - Nathalie Quintane
Dix sports pour trouver l'ouverture - Fred Bozzi
Casus belli, la guerre avant l'État - Christophe Darmangeat
Remplacer nos députés par des rivières ou des autobus - Philippe Descola
« C'est leur monde qui est fou, pas nous » - Un lundisoir sur la Mad Pride et l'antipsychiatrie radicale
Comment devenir fasciste ? la thérapie de conversion de Mark Fortier
Pouvoir et puissance, ou pourquoi refuser de parvenir - Sébastien Charbonnier
10 septembre : un débrief avec Ritchy Thibault et Cultures en lutte
Intelligence artificielle et Techno-fascisme - Frédéric Neyrat
De la résurrection à l'insurrection - Collectif Anastasis
Déborder Bolloré - Amzat Boukari-Yabara, Valentine Robert Gilabert & Théo Pall
Planifications fugitives et alternatives au capitalisme logistique - Stefano Harney
Pour une politique sauvage - Jean Tible
Le « problème musulman » en France - Hamza Esmili
Perspectives terrestres, Scénario pour une émancipation écologiste - Alessandro Pignocchi
Gripper la machine, réparer le monde - Gabriel Hagaï
La guerre globale contre les peuples - Mathieu Rigouste
Documenter le repli islamophobe en France - Joseph Paris
Les lois et les nombres, une archéologie de la domination - Fabien Graziani
Faut-il croire à l'IA ? - Mathieu Corteel
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Universités : une cocotte-minute prête à exploser ? - Bruno Andreotti, Romain Huët et l'Union Pirate
Un film, l'exil, la palestine - Un vendredisoir autour de Vers un pays inconnu de Mahdi Fleifel
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Livraisons à domicile et plateformisation du travail - Stéphane Le Lay
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Cuisine et révolutions - Darna une maison des peuples et de l'exil
Faut-il voler les vieux pour vivre heureux ? - Robert Guédiguian
La constitution : histoire d'un fétiche social - Lauréline Fontaine
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Pour un spatio-féminisme - Nephtys Zwer
Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation - Benjamin Bürbaumer
Avec les mineurs isolés qui occupent la Gaîté lyrique
La division politique - Bernard Aspe
Syrie : la chute du régime, enfin ! Dialogue avec des (ex)exilés syriens
Mayotte ou l'impossibilité d'une île - Rémi Cramayol
Producteurs et parasites, un fascisme est déjà là - Michel Feher
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Contre-anthropologie du monde blanc - Jean-Christophe Goddard
10 questions sur l'élection de Trump - Eugénie Mérieau, Michalis Lianos & Pablo Stefanoni
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Le macronisme est-il une perversion narcissique - Marc Joly
Science-fiction, politique et utopies avec Vincent Gerber
Combattantes, quand les femmes font la guerre - Camillle Boutron
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« Les gardes-côtes de l'ordre racial » u le racisme ordinaire des électeurs du RN - Félicien Faury
Armer l'antifascisme, retour sur l'Espagne Révolutionnaire - Pierre Salmon
Les extraterrestres sont-ils communistes ? Wu Ming 2
De quoi l'antisémitisme n'est-il pas le nom ? Avec Ludivine Bantigny et Tsedek (Adam Mitelberg)
De la démocratie en dictature - Eugénie Mérieau
Inde : cent ans de solitude libérale fasciste - Alpa Shah
(Activez les sous-titre en français)
50 nuances de fafs, enquête sur la jeunesse identitaire avec Marylou Magal & Nicolas Massol
Tétralemme révolutionnaire et tentation fasciste avec Michalis Lianos
Fascisme et bloc bourgeois avec Stefano Palombarini
Fissurer l'empire du béton avec Nelo Magalhães
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De ce que l'on nous vole avec Catherine Malabou
La littérature working class d'Alberto Prunetti
Illuminatis et gnostiques contre l'Empire Bolloréen avec Pacôme Thiellement
La guerre en tête, sur le front de la Syrie à l'Ukraine avec Romain Huët
Abrégé de littérature-molotov avec Mačko Dràgàn
Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole
De nazisme zombie avec Johann Chapoutot
Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022
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Contre histoire de d'internet du XVe siècle à nos jours avec Félix Tréguer
L'hypothèse écofasciste avec Pierre Madelin
oXni - « On fera de nous des nuées... » lundisoir live
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Josep Rafanell i Orra : Commentaires (cosmo) anarchistes
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Ghislain Casas : Les anges de la réalité, de la dépolitisation du monde
Silvia Lippi et Patrice Maniglier : Tout le monde peut-il être soeur ? Pour une psychanalyse féministe
Pablo Stefanoni et Marc Saint-Upéry : La rébellion est-elle passée à droite ?
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Du milieu antifa biélorusse au conflit russo-ukrainien
Yves Pagès : Une histoire illustrée du tapis roulant
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Sur le front de Bakhmout avec des partisans biélorusses, un lundisoir dans le Donbass
Mohamed Amer Meziane : Vers une anthropologie Métaphysique->https://lundi.am/Vers-une-anthropologie-Metaphysique]
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Dévoiler le pouvoir, chiffrer l'avenir - entretien avec Chelsea Manning
Nouvelles conjurations sauvages, entretien avec Edouard Jourdain
La cartographie comme outil de luttes, entretien avec Nephtys Zwer
Pour un communisme des ténèbres - rencontre avec Annie Le Brun
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Une histoire du sabotage avec Victor Cachard
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Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf
L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel
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Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia
La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir
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Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique avec Fanny Lopez
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Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler
Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski
Retours d'Ukraine avec Romain Huët, Perrine Poupin et Nolig
Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs
Anarchisme et philosophie, une discussion avec Catherine Malabou
La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi
Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth
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Comment la pensée logistique gouverne le monde, avec Mathieu Quet
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La vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur
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Puissance du féminisme, histoires et transmissions
Fondation Luma : l'art qui cache la forêt
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Vanessa Codaccioni : La société de vigilance
Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.
19.01.2026 à 15:19
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Comment s'organise l'auto-défense populaire contre l'ICE et pourquoi Trump se devait de qualifier Renée Nicole Good de terroriste
- 19 janvier / International, 2, Avec une grosse photo en hautTexte intégral (3908 mots)
Les images de Renée Nicole Good abattue au volant de son véhicule par un agent de l'ICE ont fait le tour du monde. Le soutien indéfectible de Trump à ses troupes et particulièrement à l'auteur des tirs, Jonathan Ross, jette une lumière crue sur le niveau de violence étatique en cours aux États-Unis. Cependant, l'indignation médiatique suscitée par un tel niveaux de brutalité tend à passer sous silence ce qui n'est pas seulement réprimé mais aussi et d'abord résiste. Dans l'article qui suit, nos amies étasuniens de CrimethInc. racontent et décrivent toutes les méthodes et stratégies d'auto-défense mise en place contre l'ICE par les habitants de Minneapolis et de Saint-Louis. Des réseaux d'intervention rapide qui identifient et traquent les véhicules de l'ICE, surveillent leurs déplacements et avertissent la population de leurs opérations dans l'espoir de les empêcher. Alors que les gouvernants du monde entier se plient au moindre caprice de Trump et se courbaturent en ronds de jambe, les habitants des villes jumelles viennent nous rappeler que la résistance véritable émane toujours du peuple.
Les réseaux d'intervention rapide, organisés par la population afin de protéger leurs communautés face aux agents fédéraux qui ont pour but de les enlever, de les brutaliser et de les terroriser, ont évolué très rapidement pour suivre l'évolution permanente des méthodes du Service de l'immigration et des douanes (ICE). Durant les six semaines d'occupation écoulées, les volontaires des Villes Jumelles (Minneapolis-Saint Paul) ont amélioré sans relâche leur méthode d'intervention, jusqu'à parvenir à une structure dynamique et robuste. Le présent rapport explore ce dispositif dans le but de soutenir d'autres groupes à travers le pays susceptibles d'être bientôt confrontés à des pressions comparables.
Le 2 décembre, une centaine d'agents de l'Immigration et des Douanes ont été envoyés dans les Villes Jumelles de Minneapolis et Saint Paul dans le cadre d'une opération d'arrestations et d'expulsions conduite dans plusieurs municipalités. Depuis, ces agglomérations ont été transformées en zones assiégées, irreconnaissables pour beaucoup de leurs habitants. La quantité d'agents fédéraux présents y a été multipliée par 30, atteignant près de 3 000. À titre de comparaison, le service de police de Minneapolis compte approximativement 600 policiers. La mort de Renee Nicole Good, membre d'un réseau d'intervention rapide, le 7 janvier, suivie, une semaine plus tard, le 14 janvier, par la fusillade d'une autre personne, a retenu toute l'attention nationale.
Pourtant, la majorité des personnes estiment que ce qui se déroule dans les Villes Jumelles s'inscrit dans la continuité des actions de l'ICE et des formes de résistance vues dans d'autres régions du pays. En réalité, l'étendue des arrestations, des détentions et des affrontements atteint un niveau sans précédent.
Le Déferlement
Pendant les mois qui ont précédé l'afflux important d'agents de l'ICE dans les Villes Jumelles, les habitants et les structures locales ont instauré un dispositif d'intervention rapide, assez centralisé. Les témoins pouvaient y transmettre leurs observations, avec différents niveaux de preuve, à un coordinateur via un système de messagerie instantanée. Une fois les signalements reçus, standardisés et contrôlés, les coordinateurs les relayaient massivement sur le système, ce qui entraînait le rassemblement des personnes situées à proximité. Ce système semblait efficace pour susciter une mobilisation lors d'opérations de grande ampleur, comme un raid dans un groupe d'appartements, mais il a commencé à montrer ses limites lorsque l'ICE a testé des interventions plus rapides et moins lourdes.
Puis, autour du 1er décembre, les descentes de police ont presque disparu et les agents, arrivés en masse, ont lancé une série de perquisition et d'arrestations musclées. L'ancien modèle s'est rapidement montré obsolète, le délai d'intervention se réduisant à quelques minutes. Les membres de la communauté, souhaitant une approche plus directe que le système actuel, caractérisé par des observateurs légaux et des procédures inefficaces, ont commencé à instaurer un système parallèle pour pallier leurs lacunes et gagner en réactivité.
Ce système a commencé avec un tchat à grande échelle pour les signalements concernant le Southside, où chacun pouvait diffuser n'importe quelle alerte. À mesure que les opérations de l'ICE s'intensifiaient et s'accéléraient, ce tchat, plus ouvert et réactif, a vu son nombre de membres augmenter et est devenu un espace attirant pour ceux qui souhaitaient aller de simplement consigner les opérations de l'ICE. Les participants ont commencé par utiliser le programme de signalement existant pour avertir les personnes visées de l'arrivée de l'ICE et harceler ses agents, puis ont peu à peu cherché à les mettre en échec : en bloquant les véhicules de l'ICE avec leurs propres voitures, en bloquant physiquement les agents, et en mobilisant des foules et des patrouilles pour intimider de petits groupes d'agents et les forcer à battre en retraite.
Au fur et à mesure que les tchats gagnaient en ampleur, de nouveaux tchats ont été ouverts pour subdiviser la ville en sections de plus en plus restreintes, certaines couvrant à peine un rayon de quatre pâtés de maisons. Cela permet aux utilisateurs de suivre les signalements qui les concernent directement et de répondre rapidement et efficacement aux observations proches.
Contre-surveillance
Ces réseaux ont largement tiré profit d'un dispositif de contre-surveillance instauré au bureau local de l'ICE. Le bâtiment Whipple, un édifice fédéral implanté à Fort Snelling, en périphérie de Minneapolis et de Saint Paul, accueille depuis longtemps un siège régional de l'ICE, après avoir hébergé d'autres administrations fédérales. Le complexe fait face à une garnison de la Garde nationale, se situe près d'une installation militaire et jouxte le fort lui-même, aujourd'hui conservé. Ce dernier se trouve sur le site sacré de la confluence de deux cours d'eau. Il fut l'un des premiers lieux de colonisation de la région et servit même, à une époque, de camp de détention pour les Amérindiens Dakota.
Le complexe Whipple englobe des locaux administratifs, des infrastructures de traitement et de détentions au sous-sol, ainsi qu'un grand parking. Les habitants ont identifié ce site comme un point stratégique durant l'été et y maintiennent une présence continue depuis le mois d'août.
Le bâtiment est entouré par deux autoroutes nationales, deux rivières et un aéroport. Avec seulement deux accès pour les véhicules, il est facile de suivre les entrées et sorties des véhicules de l'ICE. Le dispositif Whipple Watch, comme on l'appelle, mobilise depuis des mois des manifestants et des observateurs postés sur place. Ils collectent des informations sur les convois se dirigeant vers la ville ou transportant des détenus vers l'aéroport, identifient les schémas opérationnels, tout comme les jours et les heures de forte activité, et consignent minutieusement les plaques d'immatriculation des véhicules. Cette base de données est consultée quasiment en continu, permettant aux équipes d'intervention rapide, à pied ou motorisées, de confirmer en temps réel la présence des véhicules de l'ICE. L'ICE a commencé à changer régulièrement ses véhicules et plaques pour tenter de contrer ce système de contre-surveillance, mais le nombre de signalements reçus ne cesse d'augmenter.
Whipple Watch poursuit trois objectifs principaux :
- Fournir un système d'alerte anticipé concernant les afflux massifs de troupes et de convois aux réseaux locaux d'intervention rapide,
- Collecter des données, notamment via les registres des plaques d'immatriculation,
- S'assurer que l'ICE sache qu'elle est surveillée, y compris sur son propre territoire.
Whipple Watch a clairement atteint ces objectifs, malgré la présence d'une force militarisée plus qu'hostile.
Comment ça marche
Chaque quartier de la ville (Southside, Uptown, Whittier, etc.) possède des équipes de dispatcheurs qui se relaient pour gérer communication continue via la plateforme Signal lors des heures de fonctionnement. Il arrive que plusieurs dispatcheurs opèrent simultanément pour se partager les tâches supplémentaires telles que la surveillance de la communication, la transmission des rapports vers d'autres canaux ou la vérification des plaques d'immatriculation. La répartition des patrouilles permet également une couverture homogène de tout le secteur, de prendre des notes et d'apporter son aide lors de confrontations. Tous les patrouilleurs, qu'ils soient en véhicule ou à pied, restent connectés pendant toute la durée de leur ronde. Le flux d'informations est constant, permettant aux autres véhicules de décider s'ils sont en mesure de rejoindre l'équipe, de prendre le relais d'une filature ou de poursuivre la recherche d'autres véhicules.
Depuis que l'organisation a été subdivisée en zones de quartier plus précises, les habitants de nombreux secteurs ont également mis en place un dispositif de messagerie instantanée quotidienne. Les conversations sont recréées et effacées chaque jour afin de rester lisibles et d'éviter la saturation (le nombre maximal de participants par groupe Signal étant limité à 1 000 personnes). Divers quartiers des villes et des banlieues ont reproduit la structure de base de ce système, mais avec des modèles, des structures de discussion, des mécanismes de vérification et des méthodes de collecte de données plus ou moins différentes.
Un groupe chargé de la collecte d'informations rassemble les données anonymes transmises par Whipple Watch ainsi que par plusieurs groupes locaux d'intervention rapide, puis les organise sous des formats exploitables, comme des cartes interactives des zones à risque. Ce groupe gère également la base de données consultable des plaques d'immatriculation, classées selon les catégories : « membres de l'ICE confirmés », « membres de l'ICE présumés », « personnes non affiliées à l'ICE confirmées » et autres.
« Mes parents sont dans un café lorsqu'ils entendent des sifflets et des klaxons. Tous les clients se lèvent d'un coup et se précipitent vers la sortie. »
D'autres forums de discussion localisés ont été créés, notamment autour des établissements scolaires, des communautés religieuses et des services de livraison de courses solidaires. De plus, le forum d'accueil des Réseaux de quartier centralise les informations concernant les nouveaux bénévoles. Des personnes venant de l'ensemble de la ville – ou même du Minnesota – peuvent s'y inscrire et explorer les différents forums disponibles. Les administrateurs les ajoutent ensuite aux groupes ouverts ou les orientent vers les processus de sélection et de formation pour les groupes plus fermés.
Plus récemment, les dispatcheurs ont testé un système de relais permettant aux patrouilleurs qui suivent des véhicules jusqu'aux limites de leur secteur de patrouille de communiquer via messagerie instantanée afin de passer le relai à un patrouilleur de la zone voisine. Cela permet aux patrouilleurs la possibilité de se concentrer sur des itinéraires de plus en plus réduits, qu'ils peuvent rapidement maîtriser pleinement et parcourir ainsi mieux que n'importe quel agent de l'ICE.
Par ailleurs, des relais hispanophones copient les alertes ICE issues des appels de répartition et des tchats locaux, les traduisent, puis les diffusent à de vastes réseaux hispanophones sur Signal et WhatsApp.
Ce qui pourrait sembler, de l'extérieur, comme une formalisation excessive des échanges d'informations, ou au contraire comme un manque de structure dans les communications ouvertes auxquelles participent simultanément tous les patrouilleurs d'une même zone, se révèle en réalité être un dispositif de communication efficace, auto-organisé et bien coordonné.
L'information circule de manière fiable à tous les niveaux grâce aux tchats et aux dispatcheurs, et les patrouilleurs adoptent rapidement des méthodes qui leur permettent d'éviter de se couper la parole et de transmettre les messages de façon claire et structurée. Les volontaires définissent eux-mêmes leurs créneaux horaires, variables en durée, en fonction de leurs connaissances, de leurs compétences, de leurs centres d'intérêt et de leurs disponibilités.
Ce système est en perpétuelle évolution, très flexible, quelque peu difficile à expliquer aux personnes extérieures, mais étonnamment facile à intégrer – bon, une fois surmonté le choc de recevoir plus de 1 500 messages par jour, bien sûr.
« Tu peux pas savoir à quel point c'est des trucs de dingue ici »
La réaction de l'ICE a été tangible. Ils ont modifié leur tactique. Ils ont été expulsés de certains quartiers lors d'opérations. On les a surpris en train de parler de leur peur et du fait que beaucoup d'entre eux avaient fui.
Ils ont aussi intensifié de façon constante et violente leurs agressions envers les observateurs. Les patrouilleurs qui suivent l'ICE de trop près ou trop longtemps se retrouvent souvent encerclés, permettant à quatre à dix agents d'encercler leur véhicule, de frapper aux portes, de crier, de filmer et de les menacer d'arrestation. Les patrouilleurs qui ont bloqué l'ICE avec leur voiture ont été percutés, leurs vitres brisées, ou ont été extraits de force pour être détenus ou arrêtés. Certaines personnes ont été embarquées de force dans des véhicules de l'ICE, transportées sur plusieurs kilomètres, puis balancés au bord de la route. Des agents ont arraché des personnes de leurs voitures, les ont trainés sur plusieurs pâtés de maisons, puis les ont laissées s'enfuir dans la rue. Récemment, des agents ont utilisé du gaz poivre contre les voitures – parfois en essayant de saturer l'intérieur pour contraindre les occupants à sortir, parfois simplement pour marquer les voitures de façon visible afin de les harceler et de les cibler davantage.
Récemment, des agents de l'ICE ont projeté une grenade lacrymogène depuis leur voiture sur l'autoroute afin de tenter de dissuader une personne de les suivre. Non seulement ces agents ont suivi des patrouilleurs jusqu'à leur domicile, mais ils ont également identifié le conducteur ou le véhicule qui les suivait et conduit ces derniers jusqu'à leur propre domicile, dans un but d'intimidation. Des patrouilleurs nous ont raconté avoir été frappés, avoir failli être fauchés, avoir vu leurs véhicules foncer sur eux, avoir été menacés par une arme, avoir eu leurs pneus crevés et avoir été extraits de force hors de véhicules en marche. Si l'assassinat de Renee Nicole Good a choqué le pays, il n'a surpris personne parmi ceux qui ont arpenté les rues des Villes Jumelles ces six dernières semaines.
Le modèle des Villes Jumelles : ne le copiez pas, inspirez-vous-en
Ce qui différencie le réseau d'intervention rapide des Villes Jumelles et tout son écosystème, ce n'est pas l'adhésion stricte à une structure particulière. C'est plutôt une analyse lucide de leur situation, une volonté d'adaptation et le courage de riposter face à l'escalade de la violence.
Les habitants de Minneapolis et Saint Paul observent attentivement leurs adversaires. Ils connaissent les modes de déploiement des agents de l'ICE, leurs positions, leur apparence, leurs comportements et leurs réactions. Ils vivent dans une agglomération relativement petite et densément peuplée, où de nombreux quartiers sont accessibles à pied et où le plan en damier facilite les déplacements en voiture. Les gens sont liés entre eux, s'appuyant sur des liens hérités des mouvements et des soulèvements antérieurs. Le maire de Minneapolis cherche à préserver l'image progressiste de son administration ; il est peu probable que la police soit déployée en renfort des opérations de l'ICE. Ce sont ces conditions concrètes et observables qui ont directement déterminé la conception et la mise en œuvre de la résistance locale.
Les personnes impliquées dans le modèle s'engagent à faire preuve de souplesse et de capacité d'adaptation face à l'évolution de la situation. La ville étant composée de quartiers aux caractéristiques et aux profils démographiques variés, le modèle a été conçu pour s'adapter à chaque quartier. Après l'arrêt des raids, l'ICE a conduit ses opérations presque exclusivement depuis un point central à accès restreints, ce qui a poussé les organisateurs à investir massivement dans la contre-surveillance à cet endroit. Lorsque les interventions de l'ICE ont évolué vers des arrestations de rue et des perquisitions rapides et aléatoires, la seule manière d'anticiper leurs déplacements consistait à identifier leurs véhicules en approche. La population s'est donc focalisée sur le repérage des véhicules de l'ICE sur les routes et sur leur suivi. L'ICE, contraint d'utiliser la surprise et les embuscades, les intervenants se sont servis du bruit – sifflets et klaxons – pour donner rapidement l'alerte à distance. Les agents de l'ICE n'apprécient guère d'agir en infériorité numérique ni d'être encerclés ; les patrouilles regroupent donc les véhicules et mettent en place des barrages routiers improvisés.
Peu de ces situations pouvaient être anticipées. La seule manière de s'adapter efficacement consistait à créer un environnement ouvert et inclusif, favorisant la prise d'initiative et l'auto-organisation.
Le courage des habitants des Villes Jumelles mérite une reconnaissance particulière. Il est facile de critiquer les réseaux d'intervention rapide, car filmer ou observer l'escalade de la violence ne suffit pas à la maîtriser. Dans de nombreuses régions du pays, ces réseaux se sont désengagés avant même de pouvoir agir, en tentant de contrôler de manière excessive les actions de leurs membres, malgré une volonté générale de participer activement au conflit. Les formateurs insistent souvent sur la non-ingérence ; certains intervenants se surveillent mutuellement dans la rue, réprimandant quiconque jette des projectiles ou crie. Dans certains cas, cela découle d'une peur instinctive de représailles envers les ONG impliquées. Dans d'autres, c'est une attention, bien intentionnée mais mal orientée, portée à la « sécurité », qui se traduit par un paternalisme consistant à déterminer pour autrui le niveau de risque jugé acceptable.
On observe cette même prudence excessive dans les Villes Jumelles. Certains instructeurs et coordinateurs, par habitude, incitent les gens à se retirer plutôt qu'à les accompagner dans leurs initiatives. D'autres, au lieu de contrecarrer l'ICE, entravent ceux qui passent à l'action.
Mais ici, le conflit est conduit par ceux qui repoussent les limites, qui se servent de leurs véhicules et de leurs corps pour immobiliser les agents et libérer les personnes détenues, qui jettent des boules de neige et des pierres, qui renvoient les grenades lacrymogènes, qui couvrent les voitures et les agents de peinture et brisent les vitres de leurs automobiles, qui continuent de hurler au visage des ravisseurs lorsqu'ils sont frappés, aspergés de gaz poivré ou touchés par des balles en caoutchouc, qui assistent aux enlèvements masqués, aux disparitions non-élucidées et au nombre sans précédent de morts perpétrés par cette nouvelle ICE enhardie, et ils sont prêts à prendre de véritables risques pour les arrêter. Ils subissent les représailles, et malgré cela, ils sont plus nombreux, plus forts et plus courageux.
Se préparer à l'arrivée massive des agents de l'ICE dans votre ville – et croyez-moi, leur arrivée est imminente – demande d'examiner le terrain et de faire preuve de créativité. La stratégie la plus adaptée à votre ville ne ressemblera probablement pas aux unités d'observation régulières stationnées dans leurs quartiers généraux ni aux patrouilles mobiles d'intervention rapide. Il faudra analyser en profondeur comment tirer le meilleur parti de vos atouts et exploiter vos faiblesses dans votre contexte spécifique. Commencez dès maintenant à étudier, planifier, collaborer et expérimenter.
Nous nous tournons vers les Villes Jumelles, non pas pour en reproduire les détails, mais pour leur clarté d'analyse, leur action rapide et décisive, leur expérimentation agile, leur profonde bienveillance mutuelle et leur courage contagieux.
Ce rapport a été rédigé par des visiteurs des Villes Jumelles, qui ont eu le plaisir d'être accueillis au sein du réseau pour quelques jours. Merci à tous ceux qui nous ont fait découvrir leur ville, nous ont expliqué le fonctionnement de leurs systèmes et nous ont emmenés patrouiller. Amour et rage.
Traduction : Nathan Beltràn




