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10.02.2026 à 14:28

Le conseil central de Montréal (CSN) adopte un plan d'action menant à la grève sociale

Roger Rashi

Le conseil central du Montréal Métropolitain, affilié à la CSN, a adopté lors d'une assemblée générale spéciale le 30 janvier dernier un plan d'action menant à la grève sociale [1] avant les prochaines élections provinciales prévues le 5 octobre 2026. Cette journée de grève générale, devant être exercée en coordination avec les alliés provenant des mouvements communautaires et sociaux, aurait comme objectif de forcer le gouvernement de la CAQ à abandonner ses projets de lois anti-démocratiques et antisyndicales (lois 1, 3, 7, 9, etc..) et d'obtenir un réinvestissement dans les services publics affaiblis par des années d'austérité budgétaires. Ce plan d'action prévoit une stratégie d'escalade pouvant aller jusqu'au déclenchement de jours de grève avant la date du scrutin tout en ciblant le 1er mai comme un grand rendez-vous de mobilisation qui inclurait des actions dérangeantes.

(Illustration : tiré d'une affiche de l'OPDS)

Deux aspects cruciaux du plan d'action

Cette assemblée générale composée des délégués des syndicats affiliées à la CSN de la grande région de Montréal et, exceptionnellement, des représentants de plus d'une quarantaine de groupes communautaires et sociaux, a endossé avec enthousiasme le plan d'action proposé et notamment deux de ses aspects cruciaux. Le premier porte sur l'importance de la création d'outils de communication et d'information afin de mobiliser les syndicats locaux et les membres à la base pour qu'ils se dotent d'un plan d'action local tout en participant à la mobilisation générale. Le deuxième porte sur la mise sur pied d'un forum de coordination mensuel avec les groupes communautaires et les alliés intersyndicaux afin de renforcer les mobilisations et cimenter la coopération sur le terrain.

Dans l'optique du déclenchement d'une grève sociale, qui combinerait des débrayages dans les milieux de travail avec des actions d'appui populaires (grèves du milieu communautaire, grèves étudiantes, mobilisation dans les quartiers et les régions, etc…), le tout préparé par une stratégie d'escalade des moyens de pression, l'éducation populaire d'une part ainsi que des coordinations démocratiques de l'autre, sont absolument essentielles au succès de l'opération.

Quelles suites ?

Le conseil central de Montréal est la première instance syndicale au Québec à s'être dotée d'un mandat de grève sociale ainsi que, ceci est crucial, d'un plan d'action pour la réaliser. Il s'agît maintenant de rendre ce plan opérationnel et de le populariser plus largement.

Pour ce faire, il serait bon d'explorer quelques pistes d'action.

Il faudrait adopter des mandats de grève sociale et des plans d'action dans les syndicats locaux car sans participation de ces instances et des membres à la base, la grève sociale ne restera qu'un projet sur papier. Quelques syndicats locaux ont déjà annoncé leur volonté d'adopter de tels mandats dans les semaines à venir. Ce sont d'excellentes initiatives qu'ils faudrait populariser et multiplier afin de donner une base solide au projet de grève.

La recherche d'alliés syndicaux tant au sein de la CSN, que parmi les autres centrales syndicales, est un enjeu de premier ordre sur lequel se penche déjà l'exécutif du conseil central. C'est une tâche à laquelle les militants/es syndicaux peuvent aussi contribuer en proposant des plans d'action vers la grève sociale dans les instances professionnelles et régionales auxquelles ils participent. Il faut que l'appui à la grève sociale fasse tache d'huile dans tout le mouvement syndical.

Enfin, la solidarité active avec les groupes communautaires qui préparent déjà une série d'actions contre le gouvernement caquiste est cruciale pour cimenter l'alliance populaire qui sous-tend le plan d'action. La présence enthousiaste et dynamique des représentants communautaires à l'AG du 30 janvier est d'excellente augure pour l'avenir.

La conjoncture est propice à la mobilisation sociale

La démission annoncée de François Legault n'a pas fragmenté l'opposition populaire ou redonné du tonus à son gouvernement en butte à un niveau d'impopularité historique. Tout en saluant son départ, les directions syndicales se sont empressées de répéter l'exigence du retrait des lois autoritaires (1).

Les chefs autochtones ont répété avec force leur farouche opposition au projet constitutionnel de la CAQ qui nie leurs droits historiques. La ligue des droits et libertés, les juristes progressistes, les groupes antiracistes ont maintenu leur opposition aux lois (ou projets de loi) brimant les libertés fondamentales et affaiblissant les contrepouvoirs. De leur côté, les groupes communautaires annoncent des mouvements de mobilisation et de grèves contre les mesures d'austérité ainsi que l'inaction face à la crise du logement (2). Quant au mouvement étudiant, il semble vouloir se remobiliser alors qu'un appel est lancé à « une semaine de grèves et d'action contre l'austérité du 23 au 27 mars 2026 » (3).

En face, le gouvernement de la CAQ est sérieusement affaibli. Les principaux prétendant à la succession de Legault s'empressent de prendre leurs distances d'avec son héritage toxique dans une vaine tentative de sauver leur carrière politique. La favorite Christine Frechette, remet en doute le projet constitutionnel ainsi que le projet du Troisième Lien, tous deux très chers à Legault, tandis que Bernard Drainville, fragilisé par la montée du Parti conservateur dans la région de Québec, vire encore plus à droite se présentant comme le seul vrai continuateur du parti. Ces failles dans le parti gouvernemental démontrent qu'une reprise forte et unifiée de l'opposition populaire, et à fortiori, d'une mobilisation menant à la grève sociale pourrait être couronnée de succès.

Aux attaques historiques de la CAQ, il faut répondre par une mobilisation toute aussi historique. Le plan d'action du conseil central du Montréal Métropolitain-CSN est l'amorce d'une riposte syndicale et populaire au défi lancé par ce gouvernement autoritaire.

Notes

1. https://www.csn.qc.ca/actualites/plusieurs-organisations-demandent-au-gouvernement-dabandonner-ses-projets-de-loi-autoritaires/

2. Le communautaire à boutte. Mouvement nationale de grève et de revendications du milieu communautaire. https://aboutte.info
3. LA CRUES APPELLE À UNE SEMAINE DE GRÈVE ET D'ACTIONS CONTRE L'AUSTÉRITÉ, https://www.facebook.com/events/1218540296627252/?view=permalink&post_id=1218541869960428&_rdr


[1] Sur la grève sociale, lire le texte de la Coalition Main Rouge,

Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

10.02.2026 à 14:26

En écartant Bianca Mugyenyi, le NPD montre qu'il ne s'intéresse pas au renouveau

Nora Loreto

Le filtrage interne empêche les voix radicales et indépendantes d'entrer dans le parti social-démocrate « démocratique » du Canada

2 février 2026 | traduit et tiré de Canadian dimension | Photo : Bianca Mugyenyi est autrice et militante, et ancienne codirectrice générale de The Leap. Elle dirige actuellement l'Institut canadien de politique étrangère. Photo : Conseil des Canadiens.
https://canadiandimension.com/articles/view/by-barring-bianca-mugyenyi-ndp-shows-its-not-interested-in-renewal

Le 19 janvier, le comité de filtrage du NPD — composé de trois personnes dont les noms n'ont pas été rendus publics — a disqualifié Bianca Mugyenyi de la course à la direction du parti.
Selon le comité, Mugyenyi serait une candidate « par procuration ». Elle a reconnu avoir décidé de se présenter après que son mari, Yves Engler, se soit vu refuser l'accès à la course. Le comité a soutenu que cela constituait une violation des principes « d'honnêteté, de professionnalisme et d'intégrité », et l'a donc disqualifiée.

Mugyenyi a pourtant été claire quant à ses intentions et n'a jamais travesti les raisons de sa candidature, contredisant directement l'affirmation du comité selon laquelle elle aurait manqué d'honnêteté, de professionnalisme ou d'intégrité. Lors de la conférence de presse annonçant son rejet, elle a déclaré : « Nous avons fait exactement ce qu'un parti démocratique demande aux candidates et candidats de faire. » Elle a ajouté que le comité l'avait rejetée pour des motifs vagues, « y compris l'idée selon laquelle je ne serais pas ma propre candidate ».

Si le mot « démocratique » dans Nouveau Parti démocratique avait la moindre signification, la direction du parti aurait reconnu qu'elle n'avait aucune base réelle pour la rejeter, aurait approuvé la candidature de Mugyenyi, et aurait peut-être croisé les doigts pour qu'elle perde. Au lieu de cela, elle a inventé un prétexte pour l'exclure de la course.

La campagne Engler–Mugyenyi a mis en lumière la profonde pourriture démocratique qui ronge le parti — et le fait de la révéler est traité comme un crime capital par l'appareil du parti.

Cette course à la direction porte sur bien plus que le choix du prochain chef du NPD. Après ce que l'on a appelé la « vague rouge », qui a permis aux libéraux de se maintenir au pouvoir, le parti est pratiquement au point mort. La course est devenue un canal par lequel les membres expriment leur désir de reconstruire le parti — de le renouveler et de le transformer.

Et pourtant, la décision d'écarter Mugyenyi suggère exactement le contraire : ce n'est pas un parti sincèrement intéressé par le renouveau. En empêchant une candidate de franchir ne serait-ce que l'étape du filtrage, la direction du NPD restreint qui peut participer, quelles idées peuvent être débattues et quelles tendances politiques sont maintenues à l'écart, hors des projecteurs.

Le filtrage est depuis longtemps au cœur des problèmes du NPD. Pendant des années, les responsables du parti ont écarté des candidats qui pensaient trop indépendamment ou qui critiquaient trop ouvertement l'orientation imposée par la direction. Dans le même temps, ce processus a découragé des personnes désireuses de s'engager en politique, devenues cyniques et frustrées par l'intrusion dans leur vie personnelle — et dans celle de leurs proches.

En 2019, Janet-Lynne Durnford, d'Orillia, s'est retirée de l'élection fédérale après que le processus de filtrage du NPD s'est éternisé. Elle était l'unique candidate cherchant l'investiture du parti. Durnford a affirmé que le parti exigeait l'accès à un groupe Facebook privé composé uniquement d'ami·e·s proches. Même après avoir fourni la preuve que le groupe ne comptait que des amis personnels, le parti a continué d'exiger cet accès, ce qu'elle a refusé.

Cette même année, Sid Ryan s'est également retiré de la course en raison des délais liés au filtrage. Au Nouveau-Brunswick, le NPD a annulé sa course à la direction après que l'unique candidat n'a pas réussi à passer l'étape du filtrage. Le parti n'a ni nommé le candidat ni expliqué sa décision.

Le filtrage est généralement justifié comme un moyen de s'assurer qu'un candidat n'embarrassera pas le parti avec un élément douteux de son passé. Des employés et bénévoles non élus du parti passent au peigne fin les publications sur les réseaux sociaux et les prises de position publiques, à la recherche de la moindre raison de rejeter une candidature. Dans le cas de Mugyenyi, cependant, le problème n'était ni une déclaration passée ni une controverse cachée, mais l'accusation qu'elle serait une candidate « par procuration » — un exemple encore plus clair de la manière dont le filtrage sert d'outil de contrôle, en définissant ce qui est considéré comme une politique acceptable au sein du parti social-démocrate, sans consultation des membres.

Un membre de longue date du caucus néo-démocrate m'a confié avoir constaté une différence nette dans le niveau de débat et de critique envers le chef selon le degré de rigueur du filtrage des candidats. Un filtrage plus strict, expliquait-il, encourage la conformité, étouffe la pensée indépendante et produit un caucus peu critique et peu combatif, avec moins de débats et beaucoup moins de dynamisme.

Ce manque d'énergie est évident de l'extérieur. De nombreux membres semblent souvent hésitants ou incapables de défendre les principes du NPD lorsqu'ils sont pressés par les journalistes, à quelques exceptions près. Ils paraissent parfois craindre de s'opposer aux politiques de droite, ou laissent simplement au chef le soin de faire tout le travail.

Le filtrage a aussi pour effet secondaire de décourager les personnes racisées de se porter candidates — surtout lorsqu'il est opaque, discrétionnaire et appliqué de manière agressive. La professeure Erin Tolley a étudié ce phénomène et constaté que le filtrage élimine de façon disproportionnée les candidats racisés. Le magazine Broadview a résumé ses recherches ainsi :

Dans une étude examinant la race, le genre et l'intersectionnalité dans le recrutement législatif, Tolley a analysé plus de 800 aspirants politiques au Canada, issus des trois principaux partis, lors de l'élection de 2015. Elle a constaté qu'à mesure que les Canadiennes et Canadiens racisés progressent dans le processus de recrutement, leur présence diminue à chaque étape de sélection. « Les candidats racisés se présentent à l'investiture des partis en nombre supérieur à leur part de la population, mais les partis continuent de privilégier les candidats blancs », écrivait-elle dans une chronique. Les données recueillies par Tolley et d'autres chercheurs révèlent que, sur 4 516 candidats ayant participé aux élections fédérales de 2008, 2011, 2015 et 2019, 83 % s'identifiaient comme blancs.
Mugyenyi est loin d'être une militante marginale. Elle a cofondé The Leap (aux côtés d'un autre candidat à la direction du NPD, Avi Lewis, et de sa conjointe — vous voyez ce que j'ai fait ?), elle est directrice de l'Institut canadien de politique étrangère et siège au conseil d'administration du Conseil des Canadiens. Il semble que sa seule caractéristique disqualifiante soit la personne qu'elle a choisi d'épouser.

« Je me suis présentée pour porter une vision et une plateforme communes, construites collectivement », a-t-elle déclaré lors de sa conférence de presse en janvier. « C'est cela, la démocratie. Au lieu de permettre aux membres d'évaluer ces idées… trois personnes non élues ont pris cette décision à leur place. »

Le refus de la candidature de Mugyenyi met en lumière les contradictions qui rendent le NPD si inefficace. Alors que les politiques dominent cette course à la direction, la véritable faiblesse du parti ne réside pas dans son programme, mais dans sa démocratie interne. Sans réparer cette machinerie bureaucratique banale, le parti ne pourra jamais mener de façon dynamique et stratégique les combats pour les politiques progressistes que ses candidats à la direction défendent.

Les trois membres anonymes du comité de filtrage sont le symbole de cette déficience. Et pourtant, dans une course à la direction axée sur le renouveau, je ne vois aucun autre candidat dénoncer le rejet de Mugyenyi. La seule candidate qui mentionne le filtrage dans sa plateforme est Heather McPherson, qui promet un processus plus rapide, plus clair et plus transparent, avec des échéanciers cohérents, une meilleure communication et des attentes claires pour les candidats et les équipes locales.

Les réseaux sociaux sont un outil de contrôle social. Lorsque la gauche s'en remet à eux pour déterminer quels candidats sont « acceptables », elle abandonne son pouvoir décisionnel aux propriétaires techno-fascistes de ces plateformes, dont les intérêts sont directement opposés aux siens. Et lorsque le filtrage devient le prétexte pour empêcher les politiques radicales de s'implanter dans le parti, il faut se demander : à quoi sert ce parti social-démocrate, au juste ?

Au Canada, il a toujours existé une tension entre sociaux-démocrates et socialistes. Mais à moins que le NPD n'interdise explicitement les socialistes — une décision que les membres n'appuieraient probablement jamais — refuser une candidature en raison de la personne que l'on a épousée n'est pas seulement profondément sexiste et raciste ; cela soulève une question plus large : à quoi sert ce parti, au juste ?

Pensons à Rosemary Brown, première femme noire élue dans une législature provinciale et première femme à se présenter à la direction d'un grand parti fédéral. En 1975, elle a mené une campagne audacieuse, ancrée à gauche, défendant la propriété publique, le contrôle ouvrier, la décentralisation et la solidarité internationale, tout en affirmant sans détour la dignité humaine et l'égalité. Sa campagne, fondée sur des principes et le courage plutôt que sur la conformité, serait presque inimaginable dans le NPD d'aujourd'hui, où le filtrage intrusif et un contrôle rigide déterminent qui est « acceptable ». Demandez-vous : ce parti permettrait-il seulement aujourd'hui à une candidate comme Rosemary Brown de se présenter ?

Nora Loreto est écrivaine et militante basée à Québec. Elle est présidente du Syndicat canadien des pigistes et coanimatrice du populaire balado Sandy and Nora Talk Politics.

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Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

10.02.2026 à 14:23

Chine - Etats-Unis : rivalité asymétrique dans une perspective historique

Cyn Huang, Éric Toussaint

Interview d'Éric Toussaint par Cyn Huang, étudiant à Berkeley (Californie) et membre actif des Democratic Socialists of America (DSA) où il co-préside le courant Bread and Roses.

Tiré du blogue de l'auteur.

Cyn Huang : Veux-tu exposer les termes du conflit entre la Chine et les États-Unis ? D'où vient-il ?

Éric Toussaint : Il s'agit aujourd'hui d'un conflit entre deux superpuissances. En revanche, je ne dirais pas qu'il s'agit de deux impérialismes de même nature. La Chine est un impérialisme émergent, tandis que les États-Unis constituent un impérialisme ancien, consolidé, en déclin relatif et extrêmement agressif.

Pour comprendre l'évolution des relations entre la Chine et les États-Unis, il est indispensable de les replacer dans un cadre historique. Après la révolution chinoise de 1949, les États-Unis ont soutenu le régime nationaliste de Tchang Kaï-chek, replié à Taïwan, et ont refusé de reconnaître la République populaire de Chine dirigée par Mao Tsé Toung , alors engagée dans une transition vers le socialisme. Les relations étaient très conflictuelles notamment pendant la guerre de Corée. À plusieurs moments, notamment au début des années 1960, la Chine a soutenu des luttes armées dans différents pays considérés comme stratégiques par les États-Unis. Pékin est venu en aide au Vietnam du Nord présidé par Hồ Chí Minh et au Front National de Libération du Sud-Vietnam (FNLS).

Confrontés à l'impasse de la guerre du Vietnam, les États-Unis ont alors opéré un tournant stratégique et se sont rapprochés de la Chine. Ce rapprochement a été symbolisé par la rencontre historique entre Richard Nixon et Mao Tsé Toung au début des années 1970, illustrée par la célèbre photographie de leur poignée de main datant de 1972. Préalablement à cette rencontre, les États-Unis avaient reconnu les autorités de Pékin comme le gouvernement légitime de la Chine. Par la suite, ils ont retiré leur reconnaissance diplomatique à Taïwan et ont accepté le principe selon lequel Taïwan faisait partie du territoire chinois.

Ce changement a eu des conséquences concrètes. Jusqu'en 1971, la Chine était représentée au Conseil de sécurité des Nations unies de Taïwan (Voir l'encadré La Chine aux Nations Unies, au FMI et à la Banque mondiale). À partir de l'accord sino-américain, c'est la République populaire de Chine qui a occupé le siège chinois au Conseil de sécurité de l'ONU. Quelques années plus tard, plus exactement en 1980, la Chine de Pékin a remplacé Taiwan au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.

La Chine nationaliste de Tchang Kaï-chek, réfugiée à Taïwan (Formose) après 1949, a occupé le siège de la Chine au Conseil de sécurité de l'ONU jusqu'en 1971 grâce au soutien des Etats-Unis et des puissances d'Europe occidentale. Le tournant a lieu le 25 octobre 1971 : l'Assemblée générale adopte la résolution 2758. Celle-ci reconnaît la République populaire de Chine (RPC) comme seul représentant légitime de la Chine à l'ONU. La RPC récupère alors le siège permanent au Conseil de sécurité, avec droit de veto. Le gouvernement de Taïwan est exclu de l'ONU. En résumé : de 1945–1971, le siège chinois est occupé par la Chine nationaliste et anti-communiste. Depuis 1971, le siège est occupé par la Chine populaire (Pékin). Ce revirement historique est intervenu car Washington voulait isoler l'URSS et réduire l'appui de Pékin au Vietnam du Nord et au Front National de Libération du Sud-Vietnam (FNLS) qui luttaient contre l'occupation étasunienne du Vietnam du Sud et résistaient aux bombardements massifs du Vietnam du Nord. La rupture sino-soviétique avait ouvert une opportunité. En 1971, a lieu une mission secrète de Henry Kissinger à Pékin, suivie en 1972, d'une visite historique de Richard Nixon en Chine. En conséquence, en 1971, les États-Unis ont cessé de bloquer l'entrée de la RPC à l'ONU.

La Chine était membre fondateur du FMI en 1945, mais après la révolution chinoise de 1949 dirigée par le Parti Communiste avec à sa tête Mao Tsé Toung , c'est le gouvernement de Taïwan (République de Chine) qui occupait le siège de la Chine dans l'organisation. Suite au tournant pris par Washington dans les années 1970, le 17 avril 1980, le FMI a officiellement reconnu la RPC de Mao comme titulaire légale du siège de la Chine et depuis cette date, la RPC participe pleinement à l'institution, avec son propre quota et son directeur exécutif.

La Banque mondiale, dominée comme le FMI par les autorités de Washington, a décidé le 14 avril 1980 que la RPC remplaçait officiellement Taïwan en tant que représentant de la Chine dans toutes les branches du Groupe de la Banque mondiale (IBRD, IDA, IFC).

À cette époque, la Chine était encore un pays en transition vers le socialisme, fortement bureaucratisé et traversé par de profondes contradictions, notamment celles révélées par la Révolution culturelle initiée en 1966. À partir des années 1980, sous l'impulsion de Deng Xiaoping, des réformes ont été engagées qui ont progressivement conduit à la restauration du capitalisme en Chine.

Cyn Huang : Le développement de l'économie politique chinoise et l'évolution de sa position dans le système mondial sont stupéfiants. Comme tu viens de le montrer, les États-Unis n'ont pas toujours considéré la Chine comme leur principal adversaire stratégique. En plus, à partir des années 1990 et dans la première décennie du 21e siècle, la classe dirigeante américaine voyait la Chine comme un partenaire économique essentiel, dont elle pouvait tirer profit et qu'elle pensait pouvoir canaliser au sein d'un ordre mondial dominé par les États-Unis.

Éric Toussaint : À partir des années 2000, et de manière particulièrement marquée, la Chine est devenue une destination majeure des investissements étrangers, notamment américains. De grandes entreprises privées des États-Unis – comme Apple, Microsoft et bien d'autres – ont installé des usines dans des zones économiques spéciales sur le territoire chinois. Pendant des années, le gouvernement américain et les grandes multinationales ont considéré qu'ils tiraient un avantage considérable de cette relation : ils pouvaient exploiter une main-d'œuvre chinoise très faiblement rémunérée, devant travailler dans des conditions particulièrement dures, et en extraire une plus-value massive.

Si l'on utilise les catégories de Karl Marx, on peut parler d'un transfert de valeur à travers un commerce inégal : une part importante de la plus-value produite par les travailleurs chinois était captée par les capitalistes américains. Parallèlement, du fait de ses exportations massives, la Chine a accumulé d'énormes excédents commerciaux et donc d'importantes réserves de change en dollars. Celles-ci ont dépassé les 3 000 milliards de dollars (ce volume est proche du PIB de la France en 2025), dont plus de 1 300 milliards étaient investis en bons du Trésor américain en 2013. Autrement dit, la Chine réinvestissait une partie de ses excédents en prêtant de l'argent aux États-Unis. La Chine a par la suite réduit ses achats de bons du trésor, elle détiendrait de manière directe 700 milliards de dollars en 2025.

Durant toute la période qui va des années 1990 à 2014-2015, les États-Unis ont estimé qu'ils bénéficiaient largement de leur relation avec la Chine. Cependant, à partir de 2014, avec le lancement de la Belt and Road Initiative, la Chine ne s'est plus contentée d'exporter des marchandises. Elle a commencé à exporter massivement des capitaux à l'étranger, à prêter de l'argent à de nombreux pays et à investir dans des infrastructures, des entreprises et des ressources naturelles en Europe, en Amérique latine, en Afrique et même aux États-Unis.

À partir de ce moment-là, la Chine a atteint un niveau de puissance économique tel que les États-Unis – dès la fin du mandat d'Obama, et plus clairement encore à partir de 2016–2017 – ont commencé à considérer qu'ils ne tiraient plus autant d'avantages qu'auparavant de cette relation. Ils ont commencé à prendre des mesures protectionnistes et ont renforcé leur présence militaire autour de la Chine. Il faut bien parler ici d'un encerclement militaire : plus de 20 000 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud, plus de 50 000 au Japon, environ 10 000 sur l'île de Guam, sans compter d'autres déploiements. Les États-Unis sont également alliés à Taïwan et lui fournissent des armes.

Du point de vue chinois, les États-Unis encerclent donc la Chine dans sa propre périphérie. Du point de vue américain, la Chine est devenue une puissance capitaliste concurrente, en pleine expansion, qui non seulement gagne des parts de marché, mais parvient aussi à consolider des positions durables sur plusieurs continents, y compris dans ce que Donald Trump appelle « l'hémisphère occidental », du Groenland et du Canada jusqu'au Sud de l'Argentine et du Chili.

La Chine contrôle par exemple le principal port maritime du Pérou et possède des entreprises d'extraction minière et pétrolière dans de nombreux pays. Les États-Unis ont alors considéré que la zone qu'ils dominaient historiquement commençait à être sérieusement menacée. Sous Trump, cette logique est assumée de manière brutale : les États-Unis affirment pouvoir agir librement dans leur hémisphère, agresser le Venezuela pour son pétrole et se l'approprier, kidnapper puis séquestrer à New York le président vénézuélien et son épouse, vouloir prendre le contrôle du Groenland, du Canada ou du canal de Panama, tout en exigeant que la Chine abandonne ses positions dans cette zone.

Cyn Huang : Comment Trump définit-il la Chine dans le document de stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy NSS 2025) ? Veux-tu résumer ce que tu as écrit dans ton article intitulé « Pourquoi Washington a fait de la Chine son adversaire stratégique central » ?

Eric Toussaint : Le document de stratégie de sécurité nationale publié par l'administration Trump au début du mois de décembre est très clair : la Chine y est désignée comme l'adversaire stratégique principal des États-Unis. Washington cherche à réduire la présence chinoise dans l'hémisphère occidental et à renforcer l'encerclement militaire de la Chine dans la région indo-pacifique. Officiellement, les États-Unis reconnaissent eux-mêmes disposer de 375 000 soldats et personnels civils militaires dans cette région, de 66 bases militaires permanentes et de plus de 80 bases non permanentes. Il s'agit d'un dispositif militaire absolument colossal.

Face à cela, même si la Chine a jusqu'ici privilégié une stratégie d'expansion essentiellement économique et relativement pacifique, il est probable qu'au sein de sa direction politique, des courants gagnent en influence en affirmant la nécessité de se préparer à une confrontation directe avec les États-Unis, au nom de l'autodéfense. Nous nous rapprochons ainsi d'une situation extrêmement dangereuse.

Historiquement, la politique de Trump rappelle celle de la seconde moitié du XIXᵉ siècle et de la première moitié du XXᵉ siècle, lorsque les États-Unis intervenaient militairement de manière directe pour étendre leur espace de domination : guerre contre le Mexique en 1847 qui permet aux Etats-Unis de conquérir le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie ; ensuite en 1898, Washington entre en guerre contre l'empire colonial espagnol et prend le contrôle de Cuba, de Porto Rico et des Philippines ; ensuite, les Etats-Unis occupent Haïti à partir de 1915.

Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont poursuivi leur politique d'agression, on peut citer la guerre de Corée au début des années 1950 et la guerre du Vietnam des années 1960 à 1975, avec des déploiements massifs atteignant jusqu'à 500 000 soldats. Sans oublier la guerre contre l'Irak en 1991, la guerre contre l'Afghanistan des Talibans à partir de 2001 et l'invasion de l'Irak en 2003 pour ne prendre que quelques exemples probants.

Nous assistons au 21e siècle, à un retour à des politiques impérialistes classiques, telles qu'analysées par Lénine, Trotski, Hilferding ou Rosa Luxemburg. Comme ces auteurs et autrice marxistes l'ont montré, ce type de confrontation entre puissances impérialistes conduit structurellement à la guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, malgré des guerres extrêmement violentes comme celles de Corée ou du Vietnam, ces conflits bien qu'impliquant plusieurs pays n'ont pas pris un caractère mondial. Aujourd'hui, avec la logique impulsée par Trump, le risque d'un basculement vers une nouvelle guerre mondiale redevient une possibilité réelle.

Cyn Huang : Qu'est-ce qui donne à Trump l'impression que la Chine pourrait être « maîtrisée » ?

Éric Toussaint : Je pense que Donald Trump et son administration estiment pouvoir contenir l'expansion économique internationale de la Chine par un ensemble de mesures économiques, commerciales, diplomatiques et militaires. Cela comprend l'augmentation du protectionnisme économique et commercial avec mise en place de différentes barrières pour réduire les importations chinoises aux Etats-Unis et promouvoir les exportations étasuniennes sur le marché mondial ; des pressions sur les partenaires commerciaux des Etats-Unis pour qu'ils augmentent leurs achats de produits made USA ; des pressions sur les entreprises des Etats-Unis et d'autres pays pour qu'elles augmentent leur production aux Etats-Unis ou y rapatrient leur production ; augmentation des subventions aux entreprises US ; la prise de contrôle de territoire et de ressources naturelles dans l'hémisphère occidental et ailleurs ; une négociation serrée avec la Chine pour l'amener à réduire son expansionnisme économique hors de ses frontières,… En ce qui concerne le dispositif militaire, il ne s'agit pas nécessairement de dire que Trump prépare directement une guerre contre la Chine. Son objectif semble plutôt être d'impressionner Pékin, en affirmant une supériorité militaire écrasante : l'idée est de faire comprendre à la Chine qu'en cas de conflit armé, elle n'aurait aucune chance face aux États-Unis, compte tenu de la présence militaire américaine massive autour de la Chine, dans l'Indo-Pacifique comme dans le reste du monde.

Les États-Unis partent donc du principe qu'ils peuvent intimider la direction chinoise et, par ce biais, limiter son expansion économique. Rien ne garantit toutefois que la Chine accepte de réduire ses objectifs stratégiques et économiques sous la pression. Au contraire, il est probable que Pékin ne souhaite pas une confrontation militaire directe, mais qu'il soit de plus en plus contraint d'y faire face à mesure que les États-Unis renforcent leurs menaces et leur posture militaire.

Dans ce contexte, le calcul de Trump apparaît comme extrêmement dangereux. Il fait peser un risque majeur non seulement sur les relations sino-américaines, mais aussi sur l'ensemble de l'humanité : sur les populations des États-Unis, de la Chine et, plus largement, sur celles du monde entier.

Cyn Huang : Comment perçois-tu actuellement le rapport de forces entre la Chine et les Etats-Unis et quelle est la place de la Russie dans cette situation ?

Éric Toussaint : Pour comprendre pleinement la situation internationale actuelle et la stratégie de Donald Trump, il est indispensable d'intégrer dans l'analyse la place de la Russie, ainsi que celle de l'Europe.

L'un des objectifs centraux de Trump est de séparer la Russie de la Chine. Au cours des quinze dernières années, un rapprochement significatif s'est opéré entre Vladimir Poutine et Xi Jinping. Ce rapprochement s'est notamment concrétisé par la création des BRICS, ainsi que par le renforcement des accords commerciaux, financiers et militaires entre les deux pays, en particulier après les sanctions imposées par les puissances occidentales à la Russie à la suite de l'annexion de la Crimée en 2014, puis renforcées après l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Ces sanctions ont contribué à resserrer les liens entre la Russie et la Chine. Face à cette situation, Trump adopte une stratégie très claire : il propose implicitement un accord à Vladimir Poutine. Le message est le suivant : tu peux agir dans ton environnement régional – c'est-à-dire dans l'espace des anciennes républiques soviétiques devenues des États indépendants – de la même manière que moi j'agis dans l'hémisphère occidental. Autrement dit, Trump revendique pour lui-même le droit d'intervenir au Venezuela ou ailleurs en Amérique latine, et accorde à la Russie une forme de légitimité pour intervenir dans son propre voisinage.

Dans cette logique, Trump propose un « deal » à Poutine : je te laisse poursuivre tes objectifs dans ta région, y compris en Ukraine, et en échange tu prends tes distances avec la Chine. L'objectif stratégique des États-Unis est donc d'isoler la Chine en la séparant de la Russie, tout en accordant des garanties à la Russie pour ses propres ambitions impérialistes.

Il faut être clair : la Russie est aujourd'hui une puissance capitaliste impérialiste, extrêmement agressive, ce qu'elle a démontré à plusieurs reprises. On assisterait ainsi à un accord entre deux impérialismes – la Russie, impérialisme agressif mais de second rang, et les États-Unis, impérialisme dominant, hyper agressif – visant à affaiblir et isoler la Chine.

Rien ne garantit cependant que cette stratégie fonctionnera. L'attitude actuellement conciliante de Trump à l'égard de Poutine, illustrée par exemple par son invitation au « conseil mondial de la paix » qu'il a mis en scène lors de la réunion de Davos des 21 et 22 janvier, pourrait évoluer rapidement. Si Poutine refuse de prendre ses distances avec la Chine ou s'il n'accepte pas un accord avec Trump au détriment de l'Ukraine, un retournement brutal de la position américaine est tout à fait possible.

Ce qu'il faut retenir, c'est que la relation États-Unis–Chine ne peut être analysée indépendamment de la place de la Russie. L'impérialisme américain cherche aujourd'hui une forme d'entente avec le pouvoir russe afin de réduire l'espace économique, politique et stratégique occupé par la Chine.

Cyn Huang : Quelle position internationaliste adopter ?

Éric Toussaint : Face à cette situation, la question essentielle pour nous, en tant que révolutionnaires et en tant qu'internationalistes, est la suivante : de quel côté nous plaçons-nous ? Notre réponse est claire. Nous sommes du côté des peuples, contre les calculs et les affrontements des grandes puissances et des différents impérialismes.

Concrètement, cela signifie que nous soutenons les militants et militantes qui en Russie et en Ukraine s'opposent à la guerre menée par la Russie en Ukraine. Nous soutenons les travailleurs, les étudiants et les mouvements sociaux en Chine qui luttent pour leurs droits, pour l'amélioration de leurs conditions de vie et pour davantage de libertés politiques. Nous soutenons également les travailleurs et les masses populaires aux États-Unis qui entrent en lutte contre les politiques de Trump. Enfin, nous défendons la souveraineté des pays de l'hémisphère occidental et d'autres parties du monde face à la stratégie agressive de domination des États-Unis. Nous sommes du côté des peuples dans leur lutte pour le droit à l'autodétermination et pour l'exercice de leur souveraineté sur leurs ressources naturelles. Nous nous opposons à toutes les agressions impérialistes et colonialistes qu'elle qu'en soit l'origine. En Europe, nous nous opposons à la politique impérialiste et néocoloniale de nos gouvernants et dénonçons leur complicité avec le gouvernement néofasciste de Netanyahou qui commet un génocide contre le peuple palestinien. Nous nous opposons aux politiques inhumaines pratiquées par la majorité des gouvernements de la planète à l'égard des migrant-es et des candidat-es réfugié-es. Nous soutenons toutes les activités de solidarité internationalistes.

Nous défendons une perspective authentiquement internationaliste. Nous choisissons le camp des peuples contre leurs oppresseurs. Nous nous engageons activement dans la réalisation de la conférence anti fasciste et anti impérialiste de Porto Alegre au Brésil (26-29 mars 2026). Nous soutenons l'Appel international au renforcement de l'action antifasciste et anti-impérialiste.

* Les auteurs remercient Gabriella Lima et Maxime Perriot pour leur relecture.

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