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10.02.2026 à 12:16

Comment la reconstruction est devenue la nouvelle arme d'Israël pour opérer un « transfert silencieux » à Gaza

Mohammad Mansour

Des experts avertissent que la promesse de reconstruction transforme le droit au logement en un outil de chantage politique et de changement démographique présumé.

Tiré d'Agence média Palestine.

Lors du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le mois dernier, Jared Kushner, héritier milliardaire de l'immobilier et gendre du président américain Donald Trump, a présenté sa vision d'une « Nouvelle Gaza » : des gratte-ciels étincelants, du tourisme en bord de mer et un corridor logistique reliant une enclave démilitarisée au monde.

Mais à 3 000 km de là, sur les terres bombardées et poussiéreuses de la bande de Gaza, pas une seule brique n'a été posée, car la réalité angoissante du territoire palestinien se mesure désormais non pas en nouveaux bâtiments mais en tonnes de débris – précisément, 61 millions de tonnes.

Après qu'un fragile « cessez-le-feu » a été conclu entre Israël et le Hamas en octobre, les frappes aériennes israéliennes ont peut-être diminué, mais les tueries ne se sont pas arrêtées, signalant une nouvelle guerre plus silencieuse.

Entre-temps, rien n'est clair concernant l'entrée éventuelle de ciment et de barres d'acier – matériaux de construction essentiels dont Israël a bloqué l'entrée.

Selon les Nations unies, 92 % de Gaza a été détruite au cours de la guerre génocidaire qu'Israël mène depuis plus de deux ans, et le coût de sa reconstruction est estimé à 70 milliards de dollars.

Pourtant, des analystes et des urbanistes ont averti que la reconstruction de Gaza n'est pas conçue pour restaurer la vie palestinienne mais pour la « ré-organiser » – transformant le droit humain fondamental au logement en un outil de chantage politique et de changement démographique présumé.

« La reconstruction n'est pas le « lendemain » de la guerre ; c'est la continuation de la guerre par des moyens bureaucratiques et économiques », a déclaré à Al Jazeera Ihab Jabareen, chercheur spécialisé dans les affaires israéliennes.

Le « robinet à ciment »

Jabareen soutient que pour l'appareil sécuritaire israélien, la reconstruction est la monnaie d'échange ultime, permettant à Israël de passer d'une stratégie d'occupation militaire directe à une stratégie de « souveraineté par le flux ».

« Celui qui possède l'oxygène de Gaza – le robinet à ciment – possède sa forme politique et sécuritaire », a-t-il dit, ajoutant qu'Israël vise à créer un système unique de « contrôle sans responsabilité » dans lequel il détient un droit de veto sur la façon dont la vie quotidienne à Gaza est menée, sans les obligations légales d'un occupant.

Ce système repose sur la transformation de l'entrée potentielle de matériaux de construction et d'aide en une décision politique à travers ce que Jabareen appelle trois niveaux de chantage :

Chantage sécuritaire : lier le flux de matériaux à une « surveillance à long terme », créant une dépendance permanente dans laquelle Gaza est reconstruite à une taille qui peut être facilement « désactivée » à tout moment.

Chantage politique : utiliser la reconstruction pour déterminer qui gouverne. « Celui qui distribue le ciment, distribue la légitimité », a déclaré Jabareen, suggérant qu'Israël n'autorisera la reconstruction que sous une administration mandataire « technocratique » qui correspond à ses besoins sécuritaires.

Chantage de pacification : transformer l'espoir d'une survie élémentaire – un toit au-dessus de sa tête – en une « récompense » pour le silence, plutôt qu' un droit.

Le « Plan Phoenix »

Avant même que ces batailles politiques puissent être menées, Gaza reste littéralement ensevelie sous les décombres de deux ans de bombardements israéliens. Un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publié en novembre dresse un tableau sombre : les débris générés par la guerre créent un « obstacle sans précédent » qui pourrait prendre sept ans à déblayer – et ce, uniquement dans des « conditions idéales ».

« Gaza est l'un des endroits les plus dévastés de la planète », indique le rapport.

Face à cette réalité, des expert.es palestinien.nes ont rejeté les modèles de reconstruction descendant proposés à Davos. Abdel Rahman Kitana, professeur d'architecture à l'université de Birzeit en Cisjordanie occupée, a évoqué le « Plan Phoenix », un cadre développé par l'Union des municipalités de la bande de Gaza, comme une alternative locale viable.

« La reconstruction ne consiste pas seulement à restaurer ce qui a été détruit. Il s'agit de remodeler la vie », a déclaré Kitana à Al Jazeera Arabic, mettant en garde contre des solutions déconnectées pour Gaza. Il a plutôt plaidé pour une « approche intégrée » enracinée dans le Plan Phoenix, dans lequel les décombres ne sont pas traités comme des déchets mais comme une ressource qui pourrait être recyclée pour la récupération de terres.

Kitana a insisté sur le fait que tout plan réussi pour la reconstruction de Gaza doit partir de la base. « Nous ne pouvons pas réussir sans les gens eux-mêmes. […] Ils connaissent leurs besoins et leurs rêves », a-t-il dit, avertissant qu'ignorer les acteurs locaux conduira à un « environnement fragile et aliénant ».

La règle du « double usage » d'Israël

Cependant, tant le calendrier de reconstruction sur sept ans de l'ONU que le « Plan Phoenix » se heurtent à un obstacle critique : la liste des articles à « double usage » d'Israël.

Historiquement, Israël a interdit des articles tels que les engrais et les tuyaux en acier sous prétexte qu'ils pourraient être utilisés à des fins militaires. Aujourd'hui, cette liste s'est élargie pour inclure des articles plus essentiels, notamment des bouteilles d'oxygène, des médicaments contre le cancer et des filtres à eau.

Jabareen affirme que le blocus n'est plus un prétexte pour la sécurité mais une « philosophie de gouvernance ».

« Israël a transformé l'excuse du « double usage » en un mécanisme de retard indéfini », a-t-il déclaré.

En exigeant une approbation projet par projet pour chaque sac de ciment, Israël s'assure que la reconstruction reste un « projet » perpétuel qui maintient les pays et agences donateurs épuisés et l'administration palestinienne dans « un état de mendicité constante », a dit Jabareen.

« Ingénierie démographique silencieuse »

Alors qu'Israël bloque les matériaux essentiels sur le terrain, l'administration Trump crée une « fantaisie politique » à l'étranger, disent les experts. Le Conseil de la paix pour Gaza, promu par Trump, promet une augmentation de 10 milliards de dollars du produit intérieur brut de Gaza et une « Nouvelle Rafah » avec 100 000 unités de logement.

Jabareen considère ces plans, qui incluent des « propriétés en bord de mer » et des « zones industrielles », comme une forme d'« ingénierie démographique silencieuse ».

« Ils tentent de faire passer la cause palestinienne d'une question de droits nationaux à un problème immobilier », a-t-il déclaré. L'objectif, selon lui, est de concevoir une Gaza qui soit « économiquement utile » à la région mais « nationalement vidée ».

En se concentrant sur les « investissements » et le « tourisme » tout en ignorant les décombres et les fosses communes, le plan cherche à « légitimer une fantaisie politique », a dit Jabareen. « Si vous ne pouvez pas déplacer le Palestinien par la force, vous déplacez son idée de chez-lui en réingéniant son espace. »

Alors, qui finira par construire cette « Nouvelle Gaza » ? Jabareen a mis en garde contre une « privatisation de l'occupation », même si les entreprises israéliennes n'entrent pas directement à Gaza.

« La reconstruction est une chaîne de profits indirects », a-t-il noté, ajoutant que la logistique de l'inspection, les sociétés de sécurité gérant les points de passage et les compagnies d'assurance couvrant les risques généreront tous des revenus pour des entreprises israéliennes ou alliées.

Les contrats de reconstruction eux-mêmes deviennent un filtre politique. « Cela crée un « marché de l'obéissance » international », a déclaré Jabareen. « Le donateur qui s'oppose est exclu, et l'entrepreneur qui pose des questions sur la souveraineté est remplacé. »

« Transfert silencieux »

Jabareen a déclaré que l'aspect le plus dangereux d'une telle politique est « l'armement du temps lui-même ».

Les évaluations de l'ONU indiquant que l'enlèvement des débris seul pourrait durer jusqu'en 2032 et qu'une reconstruction complète de Gaza s'étendrait jusqu'en 2040, « l'attente » devient une politique de déplacement.

« Le temps décompose les sociétés », a dit Jabareen.

Il a déclaré qu'Israël parie sur une « émigration rationnelle » – après avoir vécu pendant des années sous des tentes, les Palestinien.nes partiront, non pas parce qu'ils y ont été forcés par des chars, mais parce qu'ils ont été épuisés par les craintes concernant leur avenir.

« La longue attente n'est pas condamnée par la communauté internationale. Israël réalise que les bombardements suscitent la condamnation, mais les retards bureaucratiques n'apportent que le silence », a déclaré Jabareen. « Si les avions de chasse n'ont pas réussi à les déplacer, l'attente pourrait y parvenir. »


Traduction pour l'Agence Média Palestine : L.D

source : Al jazeera

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10.02.2026 à 12:15

Francesca Albanese visée par des sanctions américaines habituellement réservées aux « terroristes »

Agence Média Palestine

Les États-Unis ont imposé des mesures coercitives unilatérales incluant le gel des avoirs et des restrictions financières à Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la Palestine, ainsi qu'à plusieurs responsables de la Cour pénale internationale (CPI).

Tiré de Agence média Palestine.

Albanese et les membres du personnel de la CPI sanctionnés figurent désormais sur la liste des ressortissants spécialement désignés du département du Trésor américain, aux côtés de personnes soupçonnées d'appartenir à Al-Qaïda, de trafiquants de drogue mexicains et de marchands d'armes nord-coréens, rapporte Reuters. Francesca Albanese a dénoncé « une injustice et une persécution » en raison de son travail en faveur des droits de l'homme.

L'administration Trump a ainsi décidé d'accentuer les mesures déjà prises contre la rapporteure après que des entreprises multinationales se sont plaintes à la Maison Blanche après avoir reçu des courriers de Francesca Albanese. Classées « confidentielles », les lettres ont été envoyées à certaines des entreprises les plus puissantes des États-Unis au printemps 2025. Rédigées par Francesca Albanese, les lettres avertissaient plus d'une douzaine d'entreprises et deux organisations caritatives qu'elle pourrait prochainement les citer dans un rapport de l'ONU pour « contribution aux graves violations des droits de l'homme » commises par Israël à Gaza et en Cisjordanie. Parmi les entreprises visées : Alphabet, Amazon, Caterpillar, Chevron, Hewlett Packard, IBM, Lockheed Martin, Microsoft et Palantir, détaille l'agence Reuters.

Ses lettres ont tellement alarmé les entreprises américaines, poursuit l'agence, qu'au moins deux d'entre elles ont sollicité l'aide de la Maison Blanche, selon une enquête de Reuters sur la campagne menée par les États-Unis contre Albanese et la Cour pénale internationale de La Haye.

Alors que Francesca Albanese bénéficie de l'immunité diplomatique de par son statut à l'ONU, l'administration Trump lui a imposé ces sanctions pour avoir écrit ce que le gouvernement des États-Unis considère comme « des lettres de menaces » aux entreprises et exhorté la CPI à enquêter.

La sanction infligée par Trump à Albanese s'inscrivait « dans le cadre d'un décret plus large visant à sanctionner les juges et les procureurs de la CPI – une campagne destinée en partie à empêcher toute tentative future de le tenir, lui ou ses fonctionnaires, responsables des actions militaires américaines à l'étranger », explique Reuters.

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10.02.2026 à 12:15

Voici à quoi ressemble « la fin de la guerre » à Gaza. Le terme « cessez-le-feu » a pris un nouveau sens à Gaza

Mohammed R. Mhawish

Comment peut-on qualifier un accord de cessez-le-feu dans le cadre duquel des personnes continuent de mourir ? C'est la question que se posent les habitants de Gaza depuis plusieurs mois [1].

Tiré d'À l'encontre.

En octobre, le Hamas et Israël ont signé un accord de paix censé mettre fin à deux années de massacres à Gaza. Depuis lors, plus de 420 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens [Haaretz du 4 février indique un total de 556 Palestiniens tués], soit une moyenne d'environ quatre personnes par jour, dans ce que les médiateurs internationaux continuent de qualifier de « désescalade réussie » !

Le fossé entre ce discours officiel et la réalité sur le terrain montre à quel point le terme « cessez-le-feu » a été détourné de son sens initial : il ne désigne plus une pause dans les violences, mais plutôt un mécanisme permettant de les gérer, en légitimant la poursuite des opérations militaires sous couvert de « retenue ».

Les personnes de facto assassinées, dont beaucoup de femmes et d'enfants, sont systématiquement qualifiées de menaces, d'intrus ou de victimes collatérales de l'application du cessez-le-feu. Cela inclut des familles qui tentaient de retourner chez elles [dans Gaza, après avoir été déplacées d'une fois, sous la contrainte et la menace], pour découvrir que leur quartier était désormais interdit d'accès au-delà d'une « ligne jaune » sans cesse déplacée par Israël [voir carte]. Les responsables palestiniens de la santé ont recensé plus d'un millier de violations israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, notamment des frappes aériennes, des tirs d'artillerie et des coups de feu mortels. Le cessez-le-feu a donc fonctionné exactement comme prévu : un cadre permettant de tuer et de contrôler les Palestiniens à un rythme plus lent et plus acceptable sur le plan diplomatique.

La ligne jaune, qui délimite théoriquement les frontières de l'occupation physique de Gaza par Israël, est peut-être le symbole le plus flagrant de ce cessez-le-feu sémantique. C'est une frontière qui existe sur les cartes et dans les briefings militaires, mais qui n'a aucune signification pour les personnes qui tentent de survivre dans ce qui reste de leurs maisons. La position de la ligne jaune ne cesse de changer. Des quartiers qui étaient censés être accessibles sont désormais des zones militaires, notamment une grande partie de l'est de la ville de Gaza, tous soumis à une présence israélienne de plus en plus renforcé malgré le retrait supposé. Les forces israéliennes se réservent le droit de tirer sur toute personne qui franchit cette ligne. Pour les Palestiniens vivant du « mauvais côté », elle délimite un territoire de plus en plus restreint à Gaza où le contrôle israélien ne cesse de s'étendre.

Israël maintient désormais une présence militaire dans plus de la moitié de la bande de Gaza. Le cessez-le-feu devait inclure le retrait israélien et le retour des Palestiniens déplacés dans leurs quartiers. Au lieu de cela, l'armée israélienne a démoli des maisons et des infrastructures dans le nord de Gaza, repoussant la ligne jaune plus profondément dans le territoire qu'elle était censée avoir évacué.

Tout cela s'est produit pendant la première phase de ce qui était censé être un plan de paix global. Cette phase comprenait des engagements spécifiques : 600 camions d'aide humanitaire entrant quotidiennement à Gaza, l'ouverture du passage de Rafah, le retrait des forces israéliennes vers des positions prédéfinies, la libération des otages israéliens et l'échange de prisonniers palestiniens. Une partie de ces engagements a été respectée dans les premiers jours : les otages vivants sont rentrés chez eux et des prisonniers palestiniens ont été libérés. Mais en l'espace de quelques semaines, le nombre de camions d'aide humanitaire a été réduit à un niveau bien inférieur aux besoins, Rafah a été refermé et les frappes israéliennes se sont intensifiées. [La réouverture de Rafah repose sur une arithmétique particulière : 50 personnes gravement blessées accompagnées chacune par deux personnes, soit un total de 150, sont censées pouvoir quitter Gaza par la porte de Rafah, après un contrôle militaro-policier des Israéliens. Or, sur 150, seulement 50 peuvent retourner à Gaza. La différence implique une expulsion de facto de Gazaouis vers un autre « territoire ». D'ailleurs, la reconnaissance du Somaliland par le gouvernement Netanyahou, selon divers experts, participe d'une stratégie de possible évacuation d'une part de la population gazaouie dans cette scission de la Somalie. – Réd.]

L'écart entre ce qui avait été promis et ce qui a été réalisé montre le décalage fondamental entre un accord de cessez-le-feu fondé sur des concessions mutuelles et une réalité où l'une des parties conserve un contrôle militaire total.

La deuxième phase de l'accord, qui prévoit le désarmement du Hamas, de nouveaux retraits israéliens et la création d'un « Conseil de paix » chargé de superviser la reconstruction de Gaza, vient d'être annoncée par le président Trump [nous reviendrons sur la réalité de ce Conseil de paix et l'expropriation politique de la population gazaouie qu'il implique – réd.]. Steve Witkoff, l'envoyé spécial de Trump [et spéculateur immobilier], a été nommé pour diriger les opérations quotidiennes de reconstruction. Des personnalités internationales ont été réunies, et des technocrates palestiniens ont été choisis pour diriger une future administration intérimaire. Tout cela semble très officiel et organisé. Mais il suffit de gratter la surface pour que le caractère creux de ces annonces apparaisse clairement. Israël continue de contester les termes de la deuxième phase, tandis que les Palestiniens continuent de mourir dans ce qui est théoriquement une période de paix.

La situation humanitaire à Gaza reste catastrophique. Les conditions de famine se sont légèrement améliorées après le cessez-le-feu, mais cela pourrait changer en un clin d'œil. La fragilité de l'accord devient de plus en plus concrète, Israël continuant d'interdire à plus de 30 organisations humanitaires d'opérer à Gaza, notamment Médecins sans frontières et Oxfam. Une grande partie de l'infrastructure humanitaire a désormais disparu. En d'autres termes, les conditions requises pour que la deuxième phase puisse commencer sont loin d'être réunies.

Voilà à quoi ressemble un cessez-le-feu lorsque la dite communauté internationale se contente d'appeler cela la paix parce que, officiellement, la situation est moins violente qu'auparavant.

Pour la population de Gaza, presque entièrement déplacée, vivant dans des bâtiments dévastés ou des abris de fortune, la distinction entre guerre et cessez-le-feu est devenue purement théorique.

C'est peut-être le meilleur « compromis » auquel les Palestiniens peuvent prétendre dans le cadre actuel : un statu quo géré qui perdure sans satisfaire personne. Les déplacements [à l'intérieur de Gaza], l'insécurité et les morts continuent, mais à un rythme qui ne déclenche pas de réaction internationale. Les forces israéliennes justifient leur action meurtrière comme une réponse sécuritaire aux « provocations palestiniennes ». Ce qui importe, c'est que ce niveau de dévastation contrôlé soit suffisamment faible pour préserver le cadre diplomatique du cessez-le-feu, mais suffisamment élevé pour maintenir une pression opérationnelle. Grâce à cela, Israël peut maintenir sa présence militaire sans subir les coûts politiques d'une guerre totale.

Ce qui rend cet arrangement si éloquent, c'est qu'il représente la définition du succès selon la communauté internationale. Voici à quoi ressemble « la fin de la guerre » à Gaza : réduction du nombre quotidien de morts, acheminement sporadique de l'aide, libération partielle des otages palestiniens [durant cette guerre, des centaines de Palestiniens ont été arrêtés et emprisonnés dans les prisons de haute sécurité israélienne]. Le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé ce cadre, déployé des observateurs pour en superviser le respect et lui a accordé une légitimité juridique.

L'écart entre la guerre et la paix s'est réduit à une question de rythme plutôt que de principe : le même contrôle militaire et les mêmes déplacements de population, avec la même machine structurelle à tuer, mais calibrée à un niveau permettant de revendiquer des progrès diplomatiques. La population de Gaza comprend que la distinction entre les phases importe moins que la continuité des conditions. Le cadre fonctionne parce qu'il rend la souffrance supportable, suffisamment grave pour se poursuivre, mais suffisamment contrôlée pour être ignorée. (Article publié par l'hebdomadaire états-unien The Nation le 3 février 2026 ; l'article s'inscrit dans une initiative où The Nation donne la parole, prioritairement, aux témoignages provenant de la bande de Gaza. Traduction rédaction A l'Encontre)


[1] Haaretz du 4 février 2026 indique que : « Les frappes israéliennes ont tué au moins 24 Palestiniens, dont huit enfants, et blessé au moins 38 autres lors de frappes menées séparément à travers Gaza depuis mercredi matin 4 février, selon des responsables du système sanitaire. […] Une frappe sur une tente à l'est de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, a tué une jeune fille et un homme et blessé huit autres personnes. Une frappe de drone sur le camp de réfugiés de Shati, dans le nord de Gaza, a tué une autre personne et blessé plusieurs autres Palestiniens. Plus tôt mercredi, une frappe israélienne sur une tente abritant des Palestiniens déplacés à al-Muwasi, dans le sud de la bande de Gaza, a tué deux personnes, dont Hussein al-Samiri, un ambulancier en service, a déclaré le Croissant-Rouge, ajoutant que huit autres personnes avaient été blessées dans la frappe. […] La guerre génocidaire contre notre peuple dans la bande de Gaza se poursuit », a déclaré le Dr Mohamed Abu Selmiya, directeur de l'hôpital Shifa de Gaza, dans un message publié sur Facebook. « Où est le cessez-le-feu ? Où sont les médiateurs ? » […] Au total, 556 Palestiniens ont été tués par Israël et 1500 blessés depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, selon les responsables sanitaires de Gaza, tandis que l'armée israélienne affirme que quatre soldats israéliens ont été tués. » (Réd. A l'Encontre)

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