LePartisan - 786 vues
MEDIAS REVUES BLOGS
URL du flux RSS

▸ les 10 dernières parutions

24.01.2026 à 00:30

Lobotomie wokiste

Thelma Susbielle

Manif, robocops, molotov et laboratoire clandestin : avec Elsa & Haters, épisode 1 : Not All Cops, Elsa Klée signe une bande dessinée furieusement révolutionnaire. Un premier épisode qui dynamite la police, le patriarcat et la bienséance. Boum ! Ça commence en pleine action, comme un coup de matraque. En pleine manifestation féministe à Paris, Neylan et Maria se font gazer par les cowboys de la street. Réponse immédiate : elles lancent un cocktail molotov. Un robocop s'effondre. Plutôt (…)

- CQFD n°248 (janvier 2026) /
Texte intégral (596 mots)

Manif, robocops, molotov et laboratoire clandestin : avec Elsa & Haters, épisode 1 : Not All Cops, Elsa Klée signe une bande dessinée furieusement révolutionnaire. Un premier épisode qui dynamite la police, le patriarcat et la bienséance. Boum !

Ça commence en pleine action, comme un coup de matraque. En pleine manifestation féministe à Paris, Neylan et Maria se font gazer par les cowboys de la street. Réponse immédiate : elles lancent un cocktail molotov. Un robocop s'effondre. Plutôt que de fuir, elles l'embarquent. Mais ce qui ressemble à un débordement improvisé fait en réalité partie d'un plan bien huilé. Direction le Planning familial, quartier général discret où trois autres militantes les attendent. Tout a été calculé.

Grâce aux réseaux sociaux, l'identification est rapide : Clément Wurtz, gradé de police. « On a tiré le gros lot ! » Après une course-poursuite digne de Thelma et Louise, Neylan et Maria prennent la route vers le Sud, le poulet dans le coffre, et rejoignent le reste du groupe. Elles sont cinq au total – Neylan, Bru, Elsa, Garbo et Maria – unies par une certitude : il faut s'attaquer au premier rempart du système patriarcal et raciste, la police. Et ce n'est que le début !

Car Elsa & Haters, épisode 1 : Not All Cops (Cambourakis, 2026) ne se contente pas de fantasmer une vengeance brute. Dans leur labo souterrain, ces super-héroïnes version punk expérimentent une autre piste : pénétrer le cerveau de ces mâles blancs en uniforme pour leur infliger un petit lavage de cerveau wokiste. Rééduquer plutôt que punir ? Même là, le doute s'invite, et la BD se permet de questionner ses propres élans révolutionnaires. « Je croyais qu'on avait dit que c'est pas en butant deux ou trois keufs qu'on renverserait le système patriarcal et raciste », lâche l'une d'elles, rappelant que la radicalité n'exclut pas le débat stratégique ni une certaine éthique de l'action.

Graphiquement, l'autrice Elsa Klée opte pour un noir et blanc sec, efficace, sans fioritures. Le trait est fin, tendu, résolument moderne. L'esthétique underground irrigue chaque page, sans jamais sombrer dans le glauque. Oui, ça tape du flic, parfois de manière gore, mais toujours avec un sens du rythme et du découpage qui maintient une distance ironique. L'humour est grinçant et salvateur.

Ce premier épisode est volontairement court, mais il va droit au but. Il pose un univers, un collectif, une colère, et surtout une promesse : celle d'une série aussi jubilatoire que subversive. Elsa & Haters s'annonce comme une BD révolutionnaire, qui refuse la tiédeur, assume la provocation et redonne à la fiction politique un goût de poudre et de liberté. Une entrée en matière particulièrement savoureuse, qui donne terriblement envie de lire la suite.

Thelma Susbielle

22.01.2026 à 13:15

La bête immonde grignote l'Europe

Pouah. Chaque jour qui passe, l'Europe empeste un peu plus, le groin plongé dans un fumier mêlant racisme et repli sur le nombril du Vieux Continent incontinent. Une puanteur qui s'infiltre autant à échelle nationale qu'à celle des institutions européennes. Comme si Meloni et Orban s'étaient accouplés sur un tas d'ordures, avant de lâcher les centaines de rats bruns issus de leur union dans les travées du Parlement européen. L'objectif de ces rongeurs : briser l'élan, souvent désespéré, des (…)

- CQFD n°248 (janvier 2026)
Lire plus (497 mots)

Pouah. Chaque jour qui passe, l'Europe empeste un peu plus, le groin plongé dans un fumier mêlant racisme et repli sur le nombril du Vieux Continent incontinent. Une puanteur qui s'infiltre autant à échelle nationale qu'à celle des institutions européennes. Comme si Meloni et Orban s'étaient accouplés sur un tas d'ordures, avant de lâcher les centaines de rats bruns issus de leur union dans les travées du Parlement européen. L'objectif de ces rongeurs : briser l'élan, souvent désespéré, des personnes exilées en bunkerisant l'Europe à vitesse grand Vomi. Ce qui ne passe pas uniquement par des murs ou le déploiement de la police aux frontières Frontex, mais également par la multiplication des obstacles administratifs et des processus de refoulements dans des pays où les droits humains sont considérés comme des blagues Carambar.

Le 3 décembre dernier, la Commission libertés civiles du Parlement européen a ainsi adopté deux textes approuvant les politiques d'externalisation des frontières pour satisfaire la soif d'inhumanité de l'extrême droite. Le premier liste les pays tiers dans lesquels les Européen·nes pourront renvoyer les « indésirables » dans des « centres de retour », même s'iels n'ont aucune attache dans ceux-ci. Le deuxième liste des pays jugés comme « sûrs », dans lesquels les exilé·es qui en sont issu·es pourront être renvoyé·es, avec comme fers de lance l'Égypte, le Maroc ou le Bangladesh.

Une harmonisation des politiques d'expulsion toujours plus affûtée. En 2024, les 27 pays membres de l'Union européenne (UE) avaient déjà trouvé un accord pour inclure l'ouverture de centres de rétention dans des pays tiers, au sein du Pacte sur la migration et l'asile. Entrée en vigueur : juin 2026. L'UE suit donc les initiatives italiennes en la matière, qui a pavé la voie de l'inhumanité en ouvrant des centres de rétention en Albanie pour les voyageurs arrivés en Italie. Dans ce climat, forcément les dingues bruns se sentent pousser des ailes. Pourquoi se gêner ? Après tout, les institutions européennes donnent l'exemple. C'est ainsi que des milices nationalistes et identitaires britanniques quadrillent le littoral du nord de la France pour ratonner des exilé·es, en toute détente depuis le début du mois de novembre. La bienveillance des autorités françaises a permis à des membres du mouvement Raise the Colours (« Hissez les couleurs ») d'insulter et malmener des personnes en situation de survie. Les nervis mono-neuronaux ont été jusqu'à baptiser leur rafle « opération Overlord », d'après le nom de la bataille de Normandie et du débarquement qui l'a précédé en 1944. Bravo champions ! Tiens d'ailleurs, on appelle nous aussi au grand débarquement, mais plutôt pour faire sauter quelques bunkers nazis, histoire de célébrer l'union des peuples.

18.01.2026 à 23:30

Massacres à Soueïda : « personne n'imaginait l'ampleur de ce qui allait suivre »

Hana

Au sud de la Syrie, les Druzes de Soueïda défendent farouchement leur indépendance. S'ils ont salué la chute de Bachar al-Assad, ils sont aussi restés méfiants vis-à-vis du nouveau pouvoir conduit par Ahmed al-Charaa. À raison : en juillet dernier, celui-ci a attaqué la région pour tenter de la soumettre. Entretien avec des militant·es présent·es sur place lors de l'attaque. Les Druzes font partie des minorités dont l'avenir en Syrie est dangereusement incertain. En juillet 2025, des (…)

- CQFD n°248 (janvier 2026) / ,
Texte intégral (2878 mots)

Au sud de la Syrie, les Druzes de Soueïda défendent farouchement leur indépendance. S'ils ont salué la chute de Bachar al-Assad, ils sont aussi restés méfiants vis-à-vis du nouveau pouvoir conduit par Ahmed al-Charaa. À raison : en juillet dernier, celui-ci a attaqué la région pour tenter de la soumettre. Entretien avec des militant·es présent·es sur place lors de l'attaque.

Les Druzes font partie des minorités dont l'avenir en Syrie est dangereusement incertain. En juillet 2025, des affrontements avec des tribus bédouines ont éclaté à Soueïda, au sud du pays. S'en sont suivies des exactions commises par la nouvelle armée syrienne, constituée de groupes salafistes, dont Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l'organisation de Ahmed al-Charaa au pouvoir depuis la chute de Bachar ­al-Assad, le 8 décembre 2024. Deux militant·es internationalistes, Khuzama et Cédric1, reviennent pour CQFD sur ce drame toujours en cours.

Que s'est-il passé à Soueïda ?

« À partir de mai 2025, le pouvoir avait mis en place un checkpoint sur la route principale de Damas, seul accès viable vers Soueïda. Son contrôle a été confié à des Bédouins sunnites locaux dont certains étaient affiliés à Daech et d'autres à des groupes criminels. De mai à juillet, ces milices bédouines ont harcelé et rançonné les personnes passant par ce checkpoint.

« Al-Charaa espère venir à bout de la résistance druze par l'usure, la famine et l'épuisement progressif de la population »

En juillet, ce climat délétère a conduit à un premier incident : l'enlèvement d'un commerçant druze par des Bédouins. Des proches de celui-ci ont enlevé plusieurs Bédouins de Soueïda (et de Hasakeh). En représailles, les familles de ces derniers ont bloqué la route de la montagne et kidnappé des civils druzes près du quartier bédouin de al-Maqous, à l'est de Soueïda. Des affrontements y ont ensuite éclaté et se sont étendus à plusieurs villages. Le quartier s'est finalement retrouvé totalement encerclé par des groupes armés druzes, plus ou moins affiliés au leader contesté Hikmat Salman al-Hijri2.

Le 13 juillet, les Bédouins ont appelé à l'aide et les forces gouvernementales se sont saisies de ce prétexte pour envahir la région, poursuivant les combats jusqu'au 17 juillet. Elles ont ensuite amorcé un retrait, laissant agir les factions bédouines qui ont continué à massacrer la population jusqu'au 21. La résistance des factions druzes et l'intervention de l'aviation israélienne – Israël se posant en protecteur des Druzes pour des raisons stratégiques liées à sa volonté de contrôle sur le sud de la Syrie – ont mis en échec l'offensive des forces gouvernementales. Le régime de Damas a donc été contraint d'adopter un plan B : réoccuper une trentaine de villages autour de Soueïda, qui avaient précédemment été entièrement détruits, et imposer un siège à toute la province. Cette occupation militaire se maintient jusqu'à ce jour. L'objectif est d'étrangler la province et de maintenir la pression sur les factions druzes. Al-Charaa espère venir à bout de la résistance druze par l'usure, la famine et l'épuisement progressif de la population, dans l'espoir que al-Hijri et les factions armées perdent progressivement son soutien. »

Quelle était la stratégie du nouveau pouvoir dans cette opération de juillet ?

« Contrairement au narratif officiel du gouvernement qui présente les événements comme une altercation intercommunautaire spontanée, l'opération procède d'une stratégie délibérée pour soumettre Soueïda, jugée trop autonome. La planification de l'offensive a commencé bien avant les affrontements de juillet.

« Les massacres ont servi d'outil de pression pour forcer Soueïda à se soumettre et à intégrer l'État central »

Dès avril 2025, une première attaque a visé les villes situées en périphérie de Soueïda dans lesquelles étaient implantées des branches des factions druzes. L'objectif était clair : désarmer ces groupes avant l'assaut principal. Le gouvernement a réussi à imposer ce désarmement parce que le rapport de force était défavorable aux Druzes dans ces zones isolées. C'était la première étape d'un plan méthodique.

Pour mener l'opération, le gouvernement de al-Charaa s'est appuyé sur deux figures druzes vraisemblablement identifiées dès 2023-2024 comme futurs “leaders alternatifs”. Le premier, Laith al-Balous, fils du héros local Wahid al-Balous (fondateur des Hommes de la Dignité3, assassiné en 2015), a exploité le nom et la mémoire de son père pour couvrir ses propres activités criminelles, menées en collaboration avec des trafiquants de drogues Bédouins. Il a, dans un premier temps, ouvert un bureau de recrutement à al-Mazraa, une ville proche de Soueïda, et enrôlé 700 Bédouins dans les nouvelles forces de sécurité pro-HTS. Lors de l'offensive de juillet, il a guidé les troupes par des chemins agricoles pour contourner les barrages tenus par les combattants de la faction de son propre père. Le second, Suleiman Abdul Baqi, à la tête d'une vingtaine d'hommes, est un criminel – impliqué dans des affaires d'enlèvement, il a notamment été condamné avant 2011 pour l'assassinat d'un jeune chrétien qui avait fait des avances à une fille druze. Pendant l'attaque, il a activé des cellules dormantes dans la ville, notamment dans le quartier de l'hôpital, ce qui a permis aux forces gouvernementales d'y entrer et d'identifier des leaders de l'opposition druze. Ces deux hommes ont multiplié les allers-retours à Damas tout au long des mois de février et mars 2025 pour coordonner l'offensive. Ils étaient présentés comme le duo idéal : al-Balous pour le charisme politique, Abdul Baqi pour la sécurité.

« Lors de la libération de la ville de Soueïda et des villages environnants par des factions druzes, plus de 1 990 corps ont été découverts, dont près de 1 500 étaient druzes »

Loin d'être un acteur malgré lui, le gouvernement de al-Charaa a organisé et planifié les massacres. Affaibli militairement après les centaines de frappes israéliennes réalisées dans les jours et semaines qui ont suivi la chute d'Assad, Damas n'avait pas les moyens d'imposer seul son autorité aux Druzes, aux Kurdes ou aux Alaouites. Le pouvoir a donc utilisé les tribus bédouines comme force auxiliaire de première ligne, puis envoyé ses propres troupes pour achever le travail. Les massacres ont servi d'outil de pression pour forcer Soueïda à se soumettre et à intégrer l'État central.

Hikmat al-Hijri est brandi par le nouveau régime et ses partisans comme le grand “démon pro-israélien” pour alimenter la rhétorique anti-druze. En réalité, la majorité des habitants de Soueïda ne le suit pas par conviction, mais parce que la région a été ravagée et que beaucoup n'ont plus d'autre choix après les massacres. »

La région était-elle préparée à une telle attaque ?

« Pour comprendre Soueïda aujourd'hui, il faut revenir à juillet 2018. À l'époque, Daech avait attaqué la province, faisant 250 morts. Les Druzes ont alors mobilisé plusieurs milliers de combattants, y compris depuis le Liban, et ont réussi à repousser Daech. La population a accusé Assad d'avoir laissé faire, voire orchestré l'assaut pour affaiblir leur autonomie. Ce traumatisme reste omniprésent.

En juillet 2025, quand les massacres ont éclaté, les habitants se sont immédiatement dit : “ce sont les islamistes, les jihadistes, les mêmes qui nous ont attaqués en 2018”. L'attaque d'avril 2025 avait bien été perçue comme une étape préparatoire : désarmer ces zones pour qu'elles ne puissent pas secourir Soueïda pendant l'assaut principal. Tout le monde y avait vu une répétition générale, mais personne n'imaginait l'ampleur de ce qui allait suivre. »

Comment avez-vous vécu les événements ?

« Nous étions à Soueïda quand tout a commencé. Au début, on a entendu des tirs et on a cru à des règlements de comptes entre familles bédouines d'al-Maqous, chose habituelle dans ce quartier. Mais très vite, on a senti une intensité inhabituelle : mortiers, armes lourdes. Le lendemain, on a quitté la ville pour rejoindre le village familial de Khuzama, au sud, qui a été épargné par miracle. Les combats sont passés à une dizaine de kilomètres, laissant derrière eux une traînée de destruction. On entendait les bombardements en continu. Les batteries de téléphones se sont éteintes une à une. Heureusement, des proches avaient des panneaux solaires et accès au réseau satellitaire Starlink. C'est ce qui nous a permis de rester connectés quand le régime a coupé toutes les communications à partir du 14 juillet : 4G intermittente, ADSL totalement hors service, une pratique courante en Syrie pour isoler une région entière. Grâce à Starlink, nous avions des nouvelles de la famille restée en ville, retranchée dans les sous-sols avec des voisins tandis que les forces gouvernementales et les milices bédouines passaient devant leurs immeubles. La peur dominante était de savoir si l'armée allait pénétrer au cœur de la ville, alors que circulaient déjà des récits d'exécution et de tirs de snipers...

« Dès 2011, la majorité des Druzes de Soueïda, comme la plupart des Syriens, détestait le régime d'Assad et rêvait de liberté »

Le 20 juillet, nous avons suivi en direct la reprise de la ville par les factions druzes, mais la vie normale n'a pas repris pour autant. Pour rentrer, nous avons traversé un no man's land. Plus personne n'osait sortir. On parle de 190 000 personnes déplacées au sud de la province. Une fois à Soueïda, accompagnés de combattants, nous sommes allés documenter les massacres : hôpital, quartiers touchés, y compris celui où nous étions la veille de l'attaque. Il y avait encore des corps dans les rues, des immeubles et maisons brûlées de fond en comble, des traces d'incendies sur chaque façade. Nous avons vu un vieillard carbonisé sur sa chaise, une famille entière brûlée vive à l'intérieur de sa maison. Nous avons vu assez d'horreurs pour témoigner sans ambiguïté de l'ampleur du désastre et de la réalité des massacres commis. Lors de la libération de la ville de Soueïda et des villages environnants par des factions druzes, plus de 1 990 corps ont été découverts, dont près de 1 500 étaient druzes. Parmi eux, 930 étaient des civils, 550 étaient des combattants druzes, tous tués par les forces gouvernementales et les Bédouins. »

Six mois après le massacre à Soueïda de nouvelles attaques se font entendre. Où en est le cessez-le-feu ?

« Au mois d'août dernier, il y a eu des attaques près du village de Walgha et de la colline de Tel-Hadid. Il y a régulièrement des échauffourées dans cette zone car elle est proche des lignes tenues par les Druzes. Mais ça reste des altercations, maîtrisées par les factions druzes. S'ils relançaient une offensive, on ne sait pas ce que ça donnerait. »

Quel est le sentiment général parmi les Druzes face à cette situation ?

« Dès 2011, la majorité des Druzes de Soueïda, comme la plupart des Syriens, détestait le régime d'Assad et rêvait de liberté. Mais ils redoutaient tout autant les islamistes sunnites, qui s'étaient radicalisés dès 2012 au sein de l'Armée syrienne libre constituée en 2011 en opposition au régime d'Assad et surtout au sein de Jabhat al-Nosra (devenu HTS en 2017) et Daech. Les précédents sont nombreux : assassinats ciblés, tentative d'écrasement du bataillon druze à Deraa, attaque de Daech en 2018, exactions contre les Druzes et chrétiens d'Idlib par HTS. Cette menace a toujours pesé aussi lourd que la haine du régime.

« Aujourd'hui, l'opinion majoritaire est claire : HTS est vu comme la continuation des groupes islamistes qui ont toujours menacé les Druzes »

Leur choix historique a été la neutralité défensive entre 2011 et 2014, selon l'idée : “ce n'est pas notre guerre, nous défendons seulement notre montagne”. À partir de 2014, sous l'impulsion du cheikh Wahid al-Balous et des Hommes de la Dignité, la position a évolué avec le refus clair de la conscription et l'opposition frontale à Assad, mais toujours avec le rejet des islamistes. Cette ligne – “ni avec le régime ni avec les djihadistes, autodéfense et autodétermination” – reste majoritaire jusqu'à aujourd'hui.

À la chute d'Assad, en décembre 2024, la population a célébré la fin des 50 ans de dictature. Le drapeau syrien de l'indépendance a été brandi aux côtés du drapeau druze pour ne pas enfermer la lutte dans le communautarisme. Il s'agissait de donner une chance au nouveau pouvoir. En parallèle, l'idée était de maintenir le rapport de force afin de pousser à la décentralisation, au développement de la société civile et aux alliances avec les autres minorités. Mais cet espoir s'est rapidement effondré après les massacres sur la côte alaouite de mars 2025, la prise autoritaire du pouvoir par al-Charaa et le désarmement forcé des villes druzes entre Soueïda et Damas en avril 2025.

Aujourd'hui, l'opinion majoritaire est claire : HTS est vu comme la continuation des groupes islamistes qui ont toujours menacé les Druzes. L'intégration forcée et le désarmement signifieraient, comme à Homs, Hama ou Lattaquié, non seulement des arrestations arbitraires, des disparitions et des exécutions sommaires des anciens du régime, mais aussi des membres des minorités religieuses et de quiconque refuse de se soumettre.

C'est une question de survie. Sans garanties démocratiques solides et vérifiables, déposer les armes équivaut à accepter l'anéantissement. Avant les massacres, la communauté rejetait le fédéralisme ou l'indépendance, mais exigeait une autonomie réelle et le droit à l'autodéfense face à un pouvoir central perçu comme autoritaire et islamiste. »

Propos recueillis par Hana

1 Khuzama a grandi à Soueïda puis à Damas, elle est architecte de formation. Cédric, né en France, étudie l'histoire puis participe aux luttes contre les frontières, le racisme et la violence d'État.

2 Hikmal al-Hijri est le chef spirituel héréditaire de la communauté druze de Syrie. Controversé pour son soutien initial au régime d'Assad, puis pour avoir publiquement appelé Israël à intervenir pour protéger sa communauté, il milite pour une autodétermination de la communauté druze.

3 Faction armée druze fondée par Wahid al-Balous en 2013, d'abord pour protéger la région des islamistes, puis pour protéger les jeunes de la région refusant d'intégrer l'armée d'Assad. Le groupe s'est opposé plus frontalement au régime à partir de 2015, année où son leader a été assassiné en septembre de la même année. Son fils Laith al-Balous a été exclu du mouvement dans les mois suivants pour avoir trempé dans des affaires de vol et de recel. Le mouvement porte un positionnement en faveur d'une Syrie unifiée mais dotée d'un pouvoir décentralisé et laïc..

7 / 10

 

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
AlterQuebec
CETRI
ESSF
Inprecor
Journal des Alternatives
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌞