Hervé Roussel-Dessartre
Qu’Hervé Roussel-Dessartre soit ici remercié pour nous autoriser à publier sur le site de la MCD son analyse critique (exposée lors d’une intervention en novembre 2025), dont la nouvelle version, en passant de « la gauche » à « l’opposition », a gagné en extension (du domaine de la lutte). Pourquoi s’intéresser à cette notion de « régime de modernité » ? Si on nous demandait de citer 2 auteurs qui inspirent fortement les réflexions de la MCD, nous choisirions Onofrio Romano, pour son concept de « régime de croissance », et Hartmut Rosa, pour sa critique de la « modernité tardive ». La notion de « régime de modernité » entre donc en résonance avec ces auteurs. D’autant qu’Hervé Roussel-Dessartre prend la peine de signaler d’emblée qu’il ne faut pas confondre entre « modernité » et « régime de modernité ». En effet, sans tomber dans la facilité rhétorique, celle qui distinguerait entre une « bonne modernité » (à sauver) et une « mauvaise modernité » (à rejeter), on peut accepter facilement de caractériser la modernité par un double projet : « le projet d’autonomie individuelle et collective… le projet de pseudo-maîtrise pseudo-rationnelle de domination et d’exploitation scientifique et technique de la nature » (Serge Audier (2020), La cité écologique, pour un éco-républicanisme, La Découverte, pages 652-662). En effet, toute opposition à toute forme d’oppression (exploitation, aliénation, domination) est en filiation avec une revendication d’autonomie (C. Castoriadis) qui vient de la modernité. Si nous devions évoquer une piste de discussion, en se demandant s’il doit y avoir une différence entre « régime de croissance » et « régime de modernité », c’est que celui-ci porte sur les « valeurs » (de l’hégémonie) alors que celui-là dirige la critique sur sa « forme ». Si l’on considère, à la suite de Cornelius Castoriadis, que l’imagination peut être créatrice, que c’est par elle qu’une forme de rupture peut advenir, il est important, crucial même, que cette imagination ne s’embourbe pas dans l’imaginaire dominant. Or, tout semble montrer que l’opposition contemporaine n’en suit pas le chemin. L’a-t-elle d’ailleurs jamais pris ? Face au « système », que remet-on effectivement en cause, les uns les autres ? Que met-on derrière la prétention d’être anti-système ? Quel combat mène-t-on véritablement ? Quel objectif poursuit-on vraiment ? A-t-on la même image en tête ? Faute d’approfondir ces questions, aucun projet digne de ce nom n’a émergé ces dernières décennies, l’opposition se contentant de rassembler une collection de revendications hétéroclites, parfois contradictoires, et de… s’opposer. Avec la Renaissance émerge, en Occident, une nouvelle manière de vivre et de concevoir sa destinée dans ce monde. L’individu commence à s’affranchir des tutelles traditionnelles qui pèsent sur son destin. Il ose dire « je ». Le monde social change de centre de gravité : des lois supérieures (le service de Dieu, de l’État, de la famille…), il se tourne vers l’individu et le culte de soi. L’individu devient le but et la norme de toute chose. Des êtres humains se proclament maîtres de leur vie. D’où sortira une certaine conception de l’histoire et des cités. Et d’où découlera encore un transfert de pouvoir : de la terre vers le capital financier, de la campagne vers la ville, de la ferme vers l’usine, d’un monde fondé autour de la protection (de l’âme par le religieux, de la personne par la noblesse guerrière – d’où résultaient des titres sociaux reconnus) à un monde bâti autour du travail et de l’échange des biens (d’où émergera la future hégémonie sociale). J’appelle « Régime de modernité » ce phénomène social global (en Occident). Il se caractérise par l’individualisation, d’une part, le protestantisme et le libéralisme, religion et philosophie politique faisant office de supports idéologiques, d’une autre part, la technique et le capitalisme (la science et l’économie) comme supports matériels, d’une troisième part. La démocratie libérale en est la forme institutionnelle la plus accomplie, la raison et le progrès des idéaux. En prendre pleinement conscience permet de mieux s’interroger sur ce que l’on conteste et souhaite quand on se veut d’opposition. En effet, entre radicalisme à la sauce américaine, revendications individualistes pimentées d’un soupçon de French Theory, luttes de reconnaissance tout autant individualistes, voire combat au profit des droits de l’individu, l’imaginaire de l’opposition contemporaine est totalement prisonnier de ce Régime de modernité et de son individualisation. L’université américaine en élabore le socle idéologique. Laquelle baigne dans une doxa imprégnée de protestantisme, d’individualisation, de liberté de l’individu, soit exactement le volet culturel de l’hégémonie bourgeoise. Hégémonie bourgeoise qui à travers la mondialisation est effectivement devenue hégémonique au point que l’on peut parler de globalisation culturelle. Et c’est cette pensée universitaire mondialisée, active prisonnière de la globalisation libérale, qui alimente la pensée de l’opposition contemporaine. À tel point que celle-ci semble ne même plus savoir ce que peuvent vouloir dire peuple, collectif ou commun. On se prétend de gauche mais on s’appuie allègrement sur les fondamentaux du système. Sans oublier de s’afficher radical. Or, si l’objectif est bien de « changer le système », l’opération à mener ne saurait se réduire à une revendication d’inclusion dans ledit système que l’on prétend vouloir changer. Ou à la misérable ambition d’un « vivre ensemble », au mieux mêlé de « créolisation », quand il s’agit de « faire société ». Pas plus qu’elle ne saurait être seulement une bataille contre le capitalisme, ni même contre toutes formes de domination, ou le remplacement du prolétariat par les laissés-pour-compte dans le catéchisme marxiste. Le périmètre du système à changer est bien plus vaste ! L’opposition doit accepter de se coltiner en priorité notre rapport au Régime de modernité et à sa mythologie. Notons que je parle de Régime de modernité, et non de modernité, pour ne pas réduire celle-ci à cette forme de régime qui s’en est dégagée. C’est pourquoi il est nécessaire de « révolutionner l’opposition », ou plus exactement son imaginaire. Une opposition digne de ce nom doit effectivement avant tout poursuivre un changement radical de société. On ne peut se contenter de l’embourgeoisement (ou de l’inclusion) du prolétariat ou des laissés-pour-compte. D’assumer de la sorte une collaboration libérale inspirée du Parti démocrate américain, loin, très loin de tout projet de rupture. La quête de sens comme la crise écologique n’autorisent plus ces options. Le mode de vie bourgeois, celui de la vie ordinaire, qui a viré au consumérisme, n’est plus ni soutenable ni enviable. La question de la nécessité doit se retrouver au cœur de la réflexion. Celle que l’on doit juguler pour atteindre le domaine de la liberté, selon Marx. Tout comme la question du progrès qui sera à préciser. Aujourd’hui, l’opposition se dit « progressiste ». Mais de quel progrès parle-t-on ? Il faut sortir de l’imaginaire de la croissance, celui qui veut que l’accumulation soit une fin en soi. Qu’il faut travailler plus pour consommer plus. Alors qu’il ne faut travailler que pour vivre ! Vivre en adéquation avec notre part animale, en symbiose avec notre environnement naturel, et dans le respect des équilibres écologiques, psychiques et sociaux. Si l’individualisation est un acquis majeur du Régime de modernité, il n’en reste pas moins que l’intention ne peut être que de le dépasser. D’en sortir « par le haut », toutes et tous, et à égalité, en construisant la société de demain. En s’appuyant, par exemple, sur un slogan comme « Liberté, Égalité, Commun » qui souligne l’équilibre à inventer (au moyen de l’imagination créatrice) entre l’individu (Liberté, Égalité) et le collectif (Commun). Pour la réflexion dans sa totalité, c’est par ici : https://hrousseld.fr/lopposition-et-le-regime-de-modernite/. Version revue et corrigée du billet « La gauche et le Régime de modernité ». Question d’autant plus cruciale qu’à force de globalisation de nos cadres de vie, une partie conséquente de l’opposition en serait plutôt arrivée à épouser les fondamentaux du libéralisme, à embrasser la pensée universitaire libérale dominante, à emboîter le pas au Parti démocrate américain et à son chemin de collaboration. Cette réflexion est une version revue et corrigée de la conférence donnée au Bar Commun (Paris 18) le 20 novembre 2025. * Texte intégral (1787 mots)

Introduction
Partie 1 – Lé régime de modernité
Partie 2 – La globalisation libérale ou l’imaginaire prisonnier
Partie 3 – Révolutionner l’opposition
Conclusion et perspective
Rédaction
En 1988, Dans ses Commentaires sur la société du spectacle, Guy Debord écrivait : « La Mafia n’est pas étrangère dans ce monde ; elle y est parfaitement chez elle. Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le modèle de toutes les entreprises commerciales avancées ». Il concluait par ce jugement les quelques paragraphes qu’il venait de consacrer à la Mafia pour repérer « les points de ressemblance avec le capitalisme ». Rien d’étonnant alors à ce que, dans un journal télévisé, un reportage sur la DZ Mafia s’enchaîne avec un sujet sur la dernière provocation de l’actuel roi autoproclamé du deal : un dealer, c’est un entrepreneur, et vice-versa. Et ce qu’ils ont en commun, c’est l’adhésion à la règle d’or du capitalisme : la mutualisation des pertes, la privatisation des profits. Il n’y a donc aucune coïncidence quand on s’aperçoit que rien ne ressemble plus à un « point de deal » que ce que les ultralibéraux actuels nomment des « zones économiques spéciales » (lire à ce sujet de Quinn Slobodian, Le capitalisme de l’apocalypse, 2025, Seuil) : une zone hors du droit commun (« là où la police ne va pas »), sans démocratie (mais à la justice expéditive), totalement hiérarchisée, organisée en vue d’un seul but, l’argent. Mais dans la société du spectacle où le spectaculaire doit fabriquer une image renversée de la réalité (dans laquelle « le vrai est un moment du faux »), cette connivence entre « le monde des affaires » et « les affaires » semble invisibilisée par tous les commentateurs en continu. Rien de plus remarquable en effet que de constater comment leur rhétorique peut enchaîner une diatribe contre le narcotrafic, un reportage sur le Mercosur, un plaidoyer pour la réduction des recettes budgétaires, une visite à Dubaï, une interview d’un « grand patron », une polémique contre la taxe Zucman, une inquiétude sur l’omniprésence de l’IA… mais sans jamais prononcer le terme qui en est la substance commune : le capitalisme. Toutes ces acrobaties pour éviter d’avoir à se confronter à une évidence : c’est que le tour qu’est en train de prendre le monde n’est que le dernier épisode de ce que le capitalisme a toujours fait subir au monde : la domination des puissants. Alors, si en tant que décroissant radical, on en vient à rappeler que, politiquement, la critique du capitalisme ne s’attaque au mieux qu’à la partie émergée de l’iceberg de la croissance, on mesure à quel point aujourd’hui l’enjeu de la décroissance n’existe pas dans le débat public. Toutes ces acrobaties pour invisibiliser (et donc naturaliser) le capitalisme dressent le barrage le plus efficace pour ne jamais poser ce qu’Harmut Rosa nomme la « question sérieuse : la société moderne est-elle donc équivalente à la société capitaliste ? Est-ce que j’entends simplement « capitalisme » lorsque je me réfère à la structure de base de la société moderne ? La réponse est : le capitalisme est un moteur central, mais la stabilisation dynamique s’étend bien au-delà de la sphère économique ». Et c’est ainsi que même la critique la plus radicale du capitalisme ne sera encore qu’une critique tronquée de la croissance, de son économie, de son monde et de son régime politique. Texte intégral (617 mots)
Rédaction
L’essentiel de notre financement est constitué par un don de la Fondation pour le Progrès de l’Homme (FPH) : cette feuille de route est une version à peine modifiée de la « note d’intention » demandée par la FPH pour la période 2026-2030. Ça a été l’occasion pour nous de penser le passage d’une saison 1 à une saison 2, passage sans rupture mais accentuation d’une approche résolument politique de notre opposition à la croissance (à son économie, à son monde, à son régime politique). Depuis sa création en 2017, la Maison commune de la décroissance s’est attelée aux racines (concepts et méthodes) de la décroissance, face à l’abandon de la construction idéologique au sein du mouvement décroissant, sous l’injonction saine mais insuffisante du faire dans l’ici et maintenant. Nous la qualifions dorénavant de “saison 1” de la MCD. Forte de ces racines, une saison 2 s’ouvre, celle de l’édification du tronc politique de la décroissance, à même de contribuer à une repolitisation et une coordination des déçus, critiques et opposants à la croissance, son monde et son régime. L’affirmation de la dimension politique de la décroissance est un outil d’intérêt général au service du commun. Elle est indispensable pour que la décroissance puis la post-croissance puissent apparaître, respectivement, comme un trajet et une alternative sociétale crédibles, désirables, plus encore acceptables. L’objectif de la “saison 1” de la MCD, a été de repérer, définir et discuter ce qu’il peut y avoir de « commun » dans le mouvement de la décroissance. Ce travail a été animé par notre diagnostic initial d’éparpillement du mouvement, qui reposait sur 2 intuitions : Les travaux réalisés par la Maison commune de la décroissance depuis sa création en 2017 ont principalement consisté en un travail conceptuel de définition de la “décroissance”, comme trajet vers d’autres sociétés, celles de la post-croissance, issue d’une critique radicale du monde de la croissance et plaidant pour une opposition systémique à la croissance : décrue (économique), décolonisation (de nos imaginaires) et repolitisation (de nos vies). Ce travail n’aurait pu avoir lieu sans un travail de méthodes sur des distinctions conceptuelles, issues de situations rencontrées dans les pratiques mêmes des alternatives concrètes (e.g. faire sens / faire nombre, faisable / désirable / acceptable, radicalité comme intransigeance / cohérence, limite-plancher / limite-plafond…). Un travail de cristallisation de ces avancées a également été réalisé, au moyen d’images (non développées ici) : celle du noyau et des rayons (pour penser le commun), celle d’un iceberg (pour penser l’extension du domaine de la croissance), et celle d’une analogie entre politique et permaculture (pourpenser des degrés de politisation). Et enfin, celle d’un arbre (pour penser l’unité et la diversité de la mouvance décroissante : Après le préalable absolument nécessaire que fut l’attention toute particulière accordée aux racines (concepts et méthodes), que nous qualifions dorénavant de “saison 1” de la MCD, voici venu le temps d’une “saison 2”. Elle ne s’appuie pas sur un nouveau constat, mais sur celui de la faible politisation, déjà présent à l’aube de la MCD. Manquement du mouvement décroissant qui peut dorénavant être approché avec confiance. Le temps est venu de l’essor du tronc politique, le développement racinaire l’a rendu possible. La MCD souhaite redonner à la politique sa noblesse, dévoyée par l’exercice purement gestionnaire dominant de nos jours, la petite politique des intérêts particuliers. Oeuvrer pour l’intérêt général, la constitution et l’animation collective d’une société, comme condition de la vie sociale, voilà ce que défend la MCD. La MCD souhaite rétablir la grande politique, celle pleine de vitalité et qui ne saurait se soumettre à aucun prisme réducteur, en particulier celui de la critique fonctionnaliste. Quand bien même un régime politique fonctionnerait, ici le capitalisme, la MCD voudrait tout autant que puisse être questionnée et arbitrée collectivement la société que nous souhaitons, en réinvestissant notamment la critique morale, et plus encore la critique éthique. La MCD assume par la présente le criant besoin d’un combat idéologique à mener, à l’extérieur du monde décroissant, notamment face aux tendances autoritaires qui se multiplient, mais aussi à l’intérieur, face à une forme de renoncement qui ne peut préfigurer qu’une seule chose, un échec à venir. Un renoncement à la conflictualité comme énergie politique indépassable, fruit d’un rejet entendable, celui du système actuel, qui divise et nivelle, mais qui obère également le projet, qui unirait et élèverait, au nom d’une hétérogénéité sans critique, et ce faisant se condamne à l’impuissance. La repolitisation, à laquelle la MCD veut œuvrer, est ce processus conscientisant la nécessité d’une coordination des acteurs, présupposant l’explicitation d’un tronc politique commun, que la MCD ambitionne de fournir. Les membres bénévoles de la MCD constituent sa principale richesse, avec le corpus idéologique construit au fil des années. Le soutien financier de la FPH permet une démultiplication de nos efforts, en contribuant aux possibilités matérielles de nos ambitions, en premier lieu la possibilité d’un soutien salarial aux actions bénévoles. Après une première expérience d’association employeuse, non sans écueils, une réflexion d’ampleur sur la structuration et le fonctionnement de l’association a été poursuivie, conduisant à des évolutions conséquentes, en premier lieu : Une même optique anime ces trois évolutions, celle de la centralité de la collégialité et de l’aventure collective. Au même titre, il est apparu souhaitable, pour toutes les parties, de favoriser la présence de plusieurs salarié.es, plutôt qu’un.e seul.e par qui tout transiterait. A date, au vu des profils volontaires et des moyens financiers, il a été décidé de procéder à l’embauche, à temps partiel (12 heures/semaine) de deux personnes, l’un.e pour les tâches administratives et logistiques, l’autre pour le partenariat et le pilotage de l’action de plaidoyer, sa réalisation par les bénévoles étant privilégiée. Il est important de souligner que le renouveau partiel de la Coopérative, avec trois nouveaux membres, vient insuffler un dynamisme nouveau, qui accompagnera l’activité salariée, qu’il pourrait être souhaitable de renforcer à moyen terme au vu des ambitions affichées par la MCD. En outre, dans cette logique de renforcement de l’activité de la MCD, l’approche comptable a été “professionnalisée” : i) les fonctions de trésorerie et de comptabilité-gestion sont dissociées ; et ii) les dépenses et recettes font l’objet d’une budgétisation, suivie mensuellement et revue trimestriellement, et non plus d’un seul contrôle au fil de l’eau. Un exercice de projection triennale est également réalisé. Notre perspective : oeuvrer à la dimension politique de la décroissance. Chacune de nos récentes interventions la renforce, un fort besoin de repolitisation est attendu et exprimé par le public. Notamment pour ne plus subir, mais agir, pour ne plus être seul, mais former un collectif. Comme préalable, à juste titre, de toute espérance. Bien que possiblement anecdotique, lorsque l’angle d’attaque est d’emblée politique, les critiques usuelles du terme de “décroissance”, à cause de son préfixe privatif, font long feu. La décroissance, comme décrue économique, décolonisation de nos imaginaires et repolitisation de nos vies, est bel et bien désirable, acceptable, et faisable. Fruits d’engagements anciens et d’élans nouveaux, les projets portés par la MCD sont autant de briques pour l’édification de la repolitisation défendue et de la possibilité d’une société décroissante puis post-croissante. Depuis sa fondation, la MCD a constitué un corpus conséquent de productions écrites. Cette ressource, dans sa forme actuelle, souffre de limitations, notamment d’accessibilité et d’intelligibilité, dûes à une absence d’articulation, pouvant ainsi conduire à une impression d’agglutination et de vertige. Un travail d’articulation, qui conduira sans nul doute à une consolidation au fur et à mesure de l’avancée des travaux, de par la clarification qu’il demandera, sera réalisé. Ce travail apparaît indispensable pour atteindre les objectifs ambitieux que la MCD s’est fixés. En image, il s’agira de constituer un fil rouge, guide au travers de la pensée complexe développée par la MCD, pour les personnes béotiennes, initiées, expertes, et pour nous-mêmes. A date, les projets suivants s’inscrivent dans cette optique : L’activité intellectuelle ne saurait se résumer aux productions écrites, souvent plus individuelles, et l’activité de la MCD ne saurait se résumer à l’activité dite “intellectuelle”, nous n’oublions pas le “sensible”, sans l’opposer du reste. “Nous avons à vivre et faire vivre pour créer ce que nous sommes” (Albert Camus, L’Homme révolté), se rencontrer pour se lier, réfléchir ensemble, pour renouveler son engagement et en susciter de nouveaux. La MCD accorde donc une attention toute particulière à l’organisation régulière de rencontres, d’événements, au sein de la MCD, ainsi qu’à la participation et co-organisation d’événements extérieurs, avec l’exigence de la radicalité, comme cohérence. Il y a ici un point de vigilance important, celui de ne pas oublier l’objectif principal, à savoir la repolitisation, et la radicalité qu’elle commande. A date, les projets suivants s’inscrivent dans cette optique : La MCD fait de son objectif principal le travail de repolitisation et de définition du projet politique commun que se doit d’être la décroissance, aussi bien en direction des autres associations et initiatives – en particulier de celles se revendiquant de la décroissance, mais également celles faisant de la décroissance sans le savoir – que du grand public. Il serait naïf de penser que le nombre viendra à nous, nous devons aller à eux, dans un travail conséquent de partenariat et de communication, investir de nouveaux terrains et publics. A date, les projets suivants s’inscrivent dans cette optique : Texte intégral (3265 mots)
En route vers une saison 2 de la MCD
* Un constat initial
** Une première saison riche

*** Quelle ambition pour la saison 2 ?
Nulle efficacité sans structure, nulle liberté sans redevabilité
Une “saison 2” voulue ambitieuse et enthousiasmante
* Des racines, un tronc
** Moments de vie et d’engagement
*** Des liens et du grand large
---------------
Notes et références
Rédaction
A l’issue de la COP30, faut-il se réjouir de l’accord obtenu entre les délégations de 194 pays – en l’absence des USA de Trump – ou bien faut-il déplorer l’absurdité dans laquelle semble s’enfoncer, COP après COP, un agenda mondial censé affronter prioritairement l’urgence climatique ? Avec cet accord, on ne cesse t’entendre que « le pire a été évité ». Super, mais de quel « pire » est-il ici question ? Là, on croit rêver quand on s’aperçoit que ce pire aurait été la validation de la ligne trumpienne d’une remise en cause de la réalité du changement climatique. A partir d’un tel effondrement des exigences, on comprend mieux pourquoi la COP30 a été un gigantesque recul sur la question cruciale d’une sortie des énergies fossiles. Et là on peut être précis : les combustibles fossiles ne sont évoqués qu’implicitement par le biais d’une « référence au consensus des Emirats arabes unis » : lors de la COP28 de Dubaï, en 2023, les parties s’étaient engagées à « une transition hors des énergies fossiles ». Autrement dit, à la COP30, c’est retour en deçà de la COP28 ! Se pose alors la question politique : comment un tel « accord » est-il possible ? Parce que la règle de la décision se fait au consensus et que, dans ce cas, il n’y a plus que 2 options possibles : l’absence d’accord ou bien un accord sous le joug de la partie prenante la plus égoïste, la plus intransigeante. Et dans le cas de la COP30, il s’agissait des pays pétroliers, menés par l’Arabie saoudite, mais aussi de l’Inde ou de la Russie. Les Européens ont plusieurs fois menacé de quitter Belém sans accord. Mais au final, ils ont signé l’accord. Ils ont fait le choix de « rester ensemble en désaccord » plutôt que celui de « rester en accord avec soi-même ». Ils ont donné la priorité au « faire nombre » sur le « faire sens ». Quiconque s’est déjà un peu engagé dans l’organisation collective d’une alternative concrète, même au niveau le plus local, s’est déjà retrouvé devant ce hiatus entre le sens et le nombre. L’enjeu n’est pas de renoncer à l’un au profit de l’autre. L’enjeu est de se demander auquel donner priorité. Au nom d’un critère simple : des 2 façons de prioriser, laquelle a le plus de risque d’aboutir au sacrifice de l’une des 2 exigences ? Car tel est le hiatus porté par toute urgence : c’est que la catastrophe annoncée pour le futur ne peut être affrontée qu’ici et maintenant. Alors comment trancher ? D’expérience : Et en attendant ? Comme de toutes les façons, nos alternatives n’en sont pas encore à prétendre « faire nombre », prenons le temps de « faire sens ». C’est ce genre de pari qui nous anime quand nous portons un projet tel celui de la Fresque de la décroissance (Prochaine visiodiscussion : le samedi 6 décembre à 10h ). C’est ce que Serge Latouche appelait le pari de la décroissance. Texte intégral (726 mots)
Rédaction
Est fondée entre les adhérent.e.s aux présents statuts une association à but non lucratif, régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901, ayant pour titre : « La Maison commune de la décroissance ». Association d’éducation populaire, la Maison commune de la décroissance (la MCD) a pour objet de diffuser la philosophie de la décroissance définie comme un trajet vers des sociétés écologiquement soutenables, socialement décentes et démocratiquement organisées, qui passe par la baisse de l’extraction, de la production, de la consommation, et des pollutions. La philosophie politique qu’elle élabore vise la défense d’un environnement naturel préservé, condition sine qua non de la vie sociale. La décroissance est à la fois une décrue économique, une décolonisation des imaginaires et elle promeut la repolitisation de la conception commune de la vie bonne (par un plaidoyer en faveur des autolimitations, de la vie sociale, et de la dépense commune). Grâce à son site, ses rencontres, des conférences, des arpentages, des podcasts, des vidéos et des films présents sur les réseaux sociaux, l’accès aux connaissances est libre et ouvert à tou-te-s Son siège social est fixé au : 13 rue de l’espérance, 75013 Paris. Celui-ci peut être modifié par la Coopérative selon les modalités définies dans le Règlement Intérieur (R.I.) L’association se compose de l’ensemble de ses membres physiques et personnes morales adhérentes. Pour adhérer l’association, en tant que membre physique ou personne morale, il faut : Les membres de l’association peuvent s’organiser en groupe local, tel que défini à l’art.10 du R.I. Les ressources de l’association sont constituées par : La Coopérative est l’organe de gestion et d’organisation de la MCD. Elle coordonne les validations administratives, logistiques, financières et idéologiques de l’association. En son sein, au consensus, elle choisit un bureau composé au minimum d’un.e président.e d’un.e trésorier.e et d’un.e secrétaire ; dont la fonction principale est celle d’être employeur. Son fonctionnement interne est défini à l’art.3 du R.I. L’A.G.O. confie à la Mutuelle la discussion du projet idéologique de la MCD. Elle est composée d’adhérents, regroupés ou non en commissions ad hoc thématiques, qui participent à la discussion ou à des projets portés par la MCD, en partenariat ou pas avec d’autres associations : les (f)estives, la Caravane contre-croissance, La Fresque, les livrets autoédités, le concours de nouvelles, des vidéos et des podcasts… Son fonctionnement interne est défini à l’art.4 du R.I. L’A.G.O. est ouverte à tous les adhérents de l’association. Elle se réunit chaque année, dans les conditions définies à l’art.11 du R.I. Elle valide les grandes orientations de l’association. Celle-ci peut être convoquée par la Coopérative, par l’A.G.O. ou par le quart des membres adhérents, suivant les modalités définies à l’article 12 du R.I. La validation de la modification des Statuts se fait en convoquant une A.G.E qui statue à la majorité des deux tiers des présents selon les modalités précisées à l’article 13 du R.I. Le R.I. est établi par le Coopérative, qui le fait approuver par l’A.G.O. à la majorité des deux tiers des présents. Le règlement est destiné à fixer les différents points non précisés par les Statuts, notamment ceux qui ont trait à l’organisation interne de l’association, et prévoit les règles de conduite des adhérents en général, des membres de la Coopérative et de la Mutuelle en particulier. La Charte est établie par le Coopérative, qui le fait approuver par l’A.G.O. à la majorité des deux tiers des présents. La Charte vise à présenter sur une page l’objet de l’association, tel que défini à l’article 2 de ces Statuts. Le R.I. et la Charte peuvent être modifiés sur proposition de la coopérative, de l’A.G.O. ou à la demande d’un dixième des adhérents de l’association. Les modifications doivent être validées par une A.G.O. à la majorité des deux tiers des présents selon les modalités précisées au R.I. Toute modification du R.I. ou de la Charte fait l’objet d’une communication aux adhérents de l’association dans un délai de quinze jours. La durée de l’association est illimitée. Cependant, une dissolution peut être prononcée par les deux tiers au moins des membres présents à l’A.G.E. Un ou plusieurs liquidateurs sont nommés par celle-ci et l’actif, s’il y a lieu, est dévolu conformément à l’art.9 de la loi du 1/7/1901 et au décret du 16/8/1901. Texte intégral (1216 mots)
Article 1 – Dénomination
Article 2 – Objet
Article 3 – Siège social
Article 4 – Adhésion
Article 4bis – Groupe territorial local
Article 5 – Ressources
Article 6 – La Coopérative
Article 7 – La Mutuelle
Article 8 – L’assemblée Générale Ordinaire (A.G.O.)
Article 9 – Assemblée générale Extraordinaire (A.G.E.)
Article 10 – Modification des Statuts
Article 11 – Règlement intérieur
Article 11 bis – Charte
Article 12 – Modification du Règlement intérieur et de la Charte
Article 13 – Dissolution de l’association
Rédaction
En tant qu’association la Maison commune de la décroissance a besoin d’un Règlement Intérieur (R.I). Ce R.I. a pour objectif de préciser le fonctionnement de la MCD, il a été adopté lors de l’Assemblée Générale extraordinaire du 8 novembre 2025 à Charpey. Règlement intérieur de la Maison commune de la décroissance (MCD) L’association a pour objet de faire connaître la décroissance au travers de la Maison commune de la décroissance (la MCD). Il est aujourd’hui au : 13, rue de l’espérance, 75013 Paris. La Coopérative peut changer de siège social à la demande d’un seul membre de la coopérative, si celui-ci propose une autre adresse. Encore faut-il que la majorité qualifiée des 2/3 des membres acceptent le changement après recherche de consensus. Pour devenir membre il faut adhérer à la charte de l’association et s’acquitter de la cotisation. Le montant de la cotisation annuelle est de 20 € à 80 €. L’adhésion est valable sur l’année glissante, i.e. pendant les 12 mois qui suivent le paiement. Tout nouvel adhérent se verra expliquer le fonctionnement de la MCD par un de ses membres, et remettre un livret d’accueil. Les membres honoraires de la MCD, validés par la Coopérative, sont dispensés de cotisation. Elle est composée de 3 à 11 membres bénévoles au maximum. Les membres de la Coopérative s’engagent à respecter les « procédures de coordination » de la MCD (Annexe 1). Les salarié.e.s participent à ses discussions, sans droit de vote au sein de la Coopérative. En son sein, au consensus, elle choisit un bureau composé au minimum d’un.e président.e, d’un.e trésorier.e et d’un.e secrétaire-gestionnaire ; dont la fonction principale est celle d’être employeur. C’est pendant une A.G.O. que la Coopérative peut renouveler ses membres ; et si les effectifs le permettent, elle peut intégrer un nouveau membre « au fil de l’eau ». Au consensus, tout nouveau membre entre sur candidature et en devient membre effectif après une période de 6 mois, pour une durée totale de 3 ans, renouvelable. La Coopérative joue le rôle de conseil d’administration, elle est l’organe de gestion et d’organisation de la MCD. Elle coordonne les validations administratives, logistiques, financières et idéologiques de l’association. La Coopérative peut mandater un de ses membres pour la représenter au sein d’autres structures associatives. Elle établit chaque année la feuille de route de la MCD, qu’elle présente en A.G.O. Elle se réunit (visioconférence) au moins 1 fois par mois ou sur demande d’un de ses membres. Les prises de décision au sein de la Coopérative se font au consensus, sinon, à défaut, à la majorité des 2/3. Le quorum est égal à la moitié + 1 du nombre des membres de la Coopérative. Toute décision ou texte proposé par un adhérent à diffuser hors de la coopérative doit être soumis aux membres de la coopérative qui disposent de 96 heures pour émettre un avis. L’absence de réponse vaut pour accord, sauf en cas de demande de délai explicite. En cas d’urgence, si la décision (ou le texte) ne peut être soumise à vote, elle doit au moins être revue et validée par 3 membres de la coopérative qui auront échangé par mail ou téléphone. Un mail est alors envoyé à l’ensemble des membres de la coopérative en précisant date, décision ou texte, participants à la validation et réserves éventuelles. Ces dispositions peuvent être outrepassées lorsqu’un membre de la Coopérative (par exemple, si responsable du site internet) a reçu mandat de celle-ci lors une précédente réunion pour prendre une décision ou diffuser un texte sur un sujet précis. Cette délégation est consignée dans le CR de ladite réunion. Par des membres bénévoles de la Coopérative ou par un salarié, les activités de représentation et de diffusion du corpus de la MCD sont coordonnées au sein de la Coopérative, conformément à ses « procédures de coordination » (annexe 1). La MCD ne se présente pas aux élections et n’autorise personne à le faire en son nom. La MCD élabore un projet et des propositions politiques qui organisent démocratiquement la décroissance. Lors des périodes électorales, la Coopérative peut décider de soutenir officiellement des candidatures conformes à son objet. Organe de partage et de discussion du projet politique de la MCD. → Elle est composée d’adhérents volontaires, regroupés ou non en commissions ad hoc thématiques, qui participent à la discussion ou à des projets portés par la MCD, en partenariat ou pas avec d’autres associations. → Idéologiquement, la Mutuelle distingue entre ce qui appartient au « noyau » de la MCD et ce qui se situe sur des rayons qui ont ainsi une dimension exploratoire. https://ladecroissance.xyz/2016/11/11/noyau-philosophique/ Toutes les activités de la Mutuelle doivent rester dans le cadre des statuts de la MCD et de ce RI. Toute expression publique (publication, intervention, prise de position…) doit être validée par la Coopérative, garante de l’objet de la MCD. Pour la rejoindre, contacter : mutuelle-mcd@framagroupes.org Tout membre d’une de ces instances peut en sortir volontairement, à tout moment. La sortie peut être contrainte par décision de la Coopérative, en cas de non-respect significatif et répété des procédures de coordination. La sortie peut être temporaire ou définitive. Les « compagnes et compagnons » de la MCD sont membres honoraires ou cotisants de l’association, et choisis par la Coopérative. Sans être obligatoirement membres de la Coopérative ou de la Mutuelle, ils peuvent intervenir dans le débat public, en se revendiquant de la MCD. Les textes, podcasts et vidéos diffusés par les membres de la MCD sont de 3 ordres : Par ailleurs, des publications de non-membres pourront être publiées sur le site de la MCD après accord de la Coopérative et à condition que le texte soit en phase avec l’objet de l’association. Enfin, les personnes ou structures reprenant les idées ou propos de la MCD sont priées de mentionner leur origine, et leur auteur ou autrice, par courtoisie et transparence. Nos publications sont sous licence CC BY-NC-SA. Tous les membres de la Coopérative, de la Mutuelle, et les salariés disposent d’un lien vers un framacalc qui servira de main courante pour l’association. Toute activité devra y être succinctement présentée : nom, datations, objet, commentaires. Les frais occasionnés par l’accomplissement du mandat des membres de la coopérative, de la mutuelle, d’un groupe ad hoc ou des tâches de salariés peuvent être remboursés sur justificatifs adressés au sécrétaire-gestionnaire. Tout adhérent de la MCD peut prendre l’initiative de créer un groupe local dans le but de diffuser et de relocaliser le corpus de la MCD. L’A.G.O. est ouverte à tous les membres à jour de cotisation. La convocation se fera au moins 15 jours à l’avance par l’envoi d’un mail aux adhérents. Toutefois ceux qui en font la demande recevront une convocation par courrier. Le lieu de l’A.G.O. est choisi par la Coopérative. Seuls les membres présents, sur place ou en visioconférence, peuvent voter (pas de procuration). Celle-ci peut être convoquée par la Coopérative, par l’A.G.O. ou par le quart des membres adhérents (par un courriel envoyé à la Coopérative de la MCD). La convocation à cette assemblée se fera selon les mêmes modalités que celles de l’A.G.O. En particulier dans le cas d’une double convocation : A.G.E. suivie immédiatement d’une A.G.O. Les modifications des statuts ou de la Charte peuvent être proposées soit par la Coopérative, soit par la moitié des adhérents de l’association. Les modifications demandées devront être adressées à la Coopérative par courriel. Le règlement intérieur pourra être modifié par la Coopérative qui devra le faire valider lors de l’A.G.O. suivante. Les modifications des statuts ou de la Charte seront validées par la majorité qualifiée des 2/3 des membres présents d’une A.G.E. (cf. Article 10 des statuts). La Coopérative se réserve la possibilité d’exclure un.e adhérent.e de l’association dans les cas suivants : Après un avertissement, si le membre récidive, la Coopérative l’avertira de son exclusion par l’envoi d’un courriel avec l’état de la notification. En cas de manquement grave, l’exclusion peut être immédiate. L’exclusion peut être temporaire ou définitive. Propositions pour des procédures autocritiques de coordination Ce qu’il est normal de demander à un salarié comme à un bénévole Check-list des compétences et des vigilances Texte intégral (2819 mots)
1. Le siège social.
2. Adhésion
3. La Coopérative.
3.1. Composition
3.2. Rôle de la Coopérative, et ses décisions
3.3. Délégation
3.4. Porte-parolat et plaidoyer
3.5. Positionnement sur les élections
4. La Mutuelle.
5. Sortie de la Mutuelle et de la Coopérative
6. La Compagnie
7. Les publications
8. Cohérence et transparence
9. Remboursement des frais
10. Groupe territorial local
11. L’assemblée générale ordinaire
12. Assemblée générale extraordinaire.
13. Modification des Statuts, de la Charte et du Règlement Intérieur.
14. Exclusion d’un.e adhérent.e
Annexe 1
Annexe 2
Administration, logistique Partenariat – réseautage Plaidoyer – Visibilité 1. Faire 1.1 Pas fait 1.2 A ½ fait 2. Faire correctement 2.1 Transparence 2.2 Validations 2.3 Cadrage MCD 2.4 Minutie 2.5 Crédibilité 3. Dans les délais 3.1 A la dernière minute 3.2 Hors délai
Rédaction
Que ce soit à propos des débats sur la « taxe Zucman » ou de la politique agressive de taxation menée aujourd’hui par les E.U., chacun peut aujourd’hui facilement s’apercevoir que tout discours sur l’économie est en réalité un prise de position politique. Et pour les plus masochistes d’entre nous, on peut recommander de suivre, sur les « chaînes d’infos » : Nathalie Saint-Cricq (France Info), Nicolas Doze (BFM TV), François Lenglet (LCI), tous ces parfaits « chiens de garde » du néolibéralisme dominant. L’économie est une politique. Et si on radicalise l’analyse, il faut ajouter que : la technologie est aussi une politique. Comment ne pas le voir en ce moment avec le déferlement IA et ses accointances avec la poussée libertarienne chez ses « designers ». Et si on avance encore d’un cran : il faut dénoncer l’économisation et aussi la technologisation du monde. En tant que décroissants, il nous faut relire les analyses de Serge Latouche sur l’occidentalisation du monde. Occidentalisation = économisation + technologisation. Et si on continue, on peut se demander ce qui les rend possibles : pour s’apercevoir que l’emprise de l’économie comme celle de la technologie reposent sur une même fable = celle de leur neutralité (politique). Mais d’où vient cette fable de la neutralité ? C’est là qu’on en arrive à voir dans cette fable un dispositif de neutralisation et dans ce dispositif… une politique. D’autant que ce dispositif de neutralisation est une tentative pour dépolitiser… la politique. D’où l’hypothèse qu’in fine, si l’on veut sortir de ces emprises, il ne suffit pas de définir la décroissance comme une « décrue » (économique), ni comme une « décolonisation » (technologique) mais aussi comme le renversement d’un « régime » (politique) = le renversement du régime politique de croissance. Tel peut être le cadre de ce que serait une Fresque de la décroissance, projet de la MCD qui sera discuté lors du Café décroissant du samedi 1er novembre. Amitiés La Maison commune de la décroissance (420 mots)
entretenues,
Fleur Bertrand-Montembault
Depuis 2023, la MCD se rend chaque année à la Conférence internationale de la décroissance (International Degrowth Conference), organisée tous les étés dans une ville différente en Europe. En 2023, je m’étais rendue une semaine à Zagreb (en lire un retour ici), en 2024, j’avais fait un passage éclair à Pontevedra pour assister, comme tous les ans, à la rencontre de l’International Degrowth Network qui précède la Conférence, et en 2025, j’ai passé une semaine à Oslo pour participer conjointement aux deux événements, dont la programmation complète peut être retrouvée ici. Si je n’avais qu’une chose à retenir de cette édition 2025, je choisirais sans hésiter, alors que je n’en attendais rien de particulier, le discours d’Erik Gómez-Baggethun, président de l’ISEE (the International Society for Ecological Economics, partenaire de la conférence cette année) à la cérémonie d’ouverture. Pour regarder cette vidéo (en anglais), cliquez sur le lien contenu dans l’image ci-dessous et avancez jusqu’à 15:55. Pourquoi retenir ce discours d’introduction en particulier ? Parce qu’il tente courageusement de politiser la décroissance (pour quelqu’un qui vient de l’économie écologique, c’est assez surprenant). Comment ? Politiser la décroissance, c’est reconnaître l’importance de travail idéologique qui doit être fourni en amont de toute constitution d’un mouvement politique d’envergure. M. Gómez-Baggethun ne le rappelle que trop bien : pour l’ordre néolibéral cela a pris plusieurs décennies, en travaillant dans l’ombre de la théorie économique keynésienne, hégémonique lors de l’après-guerre en Europe. Mais ces années de travail théorique, construit « brique après brique », ont permis de fournir un « corpus idéologique cohérent » (et c’est exactement l’objet de la MCD) reposant sur des revendications claires et identifiables, en particulier la promotion de l’individualisme et la mise en avant d’une institution « unique » : le marché. Tout ça au nom d’une valeur supérieure : la liberté (promue dans sa compréhension libérale et individualiste). C’est ce qu’il faut comprendre lorsque l’on parle d’instauration de « narratif » et de « récit » : c’est une vision du monde qui s’impose, qu’elle traite de la nature de l’homme, de la société, des relations entre ses membres et avec « l’extérieur », et des institutions qui sont chargées d’organiser ces relations. Après la construction d’une « vision alternative qui adresse les problèmes et les anxiétés du présent et crée un espoir », Erik Gómez-Baggethun considère que la deuxième étape de politisation du mouvement serait la constitution d’une « alliance assez large de forces politiques pour l’imposer » (il utilise le terme anglais « enforce »). Si, politiquement, cela reste un propos assez courant, ce qui est intéressant dans son approche , c’est qu’il soulève que pour ça, la décroissance doit être autocritique (et c’est déjà une position défendue depuis longtemps par la MCD et Michel Lepesant, voire à ce sujet l’article sur « La démocratie des minoritaires« ). Il nous adresse plusieurs questions que nous avons tendance à poser de manière rhétorique, alors qu’il faudrait vraiment que nos travaux s’y confrontent : la décroissance est-elle réellement désirable ? « Sommes-nous assez honnêtes quand nous défendons une décroissance heureuse »? Et surtout, à qui parlons-nous ? « Sommes-nous capables de parler au commun et à la société dans son ensemble ? » Comment ne pas se laisser emprisonner dans ce qu’il nomme les « lifestyle effects », c’est-à-dire la réduction qui consiste à assimiler les décroissants à une élite urbaine intellectuelle ? Pour cela, il ne faut pas en adopter les narratifs et en particulier celui qui consiste à affirmer que le changement passera par une meilleur « éducation » des gens : en réalité c’est d’eux (« people at large ») que nous devons apprendre. Renversement qui suppose de porter un projet politique d’égalité. Erik Gómez-Baggethun, vers la fin de son discours souligne que la notion d’égalité « est tombée en disgrâce » en politique au profit de la notion de liberté (sous sa forme libérale-individualiste) et que l’existence d’inégalités a été naturalisée : elles apparaissent désormais comme un phénomène normal et acceptable. Cette acceptation généralisée des inégalités est soutenue par une vision méritocratique de l’égalité : celle qui consiste à dire que si politique d’égalité il y a, elle doit favoriser uniquement « l’égalité des chances », c’est à dire la possibilité pour tous.tes de se trouver sur « la ligne de départ » de la course. L’égalité des chances, c’est clamer que tout le doit monde doit avoir la même chance de participer à la grande compétition qu’est la vie en société. Cela produit ce qu’il appelle « une société divisée de gagnants arrogants et de perdants humiliés » (parce que si la distribution des places est présentée comme une question de mérite et de réussite individuelle, chacun peut se vanter d’avoir mieux réussi que les autres ou à l’inverse se sentir responsable de ses échecs). Au contraire, en tant que décroissant-es, nous devons porter un discours d’égalité qui vise la possibilité que chacun-e soit en même temps au, ou en tout cas, au même, point d’arrivée à la fin de la course. Ce qui implique d’organiser la vie de la société sur la base de la « la solidarité, la coopération, des hiérarchies minimales… » et nous ajouterons, de faire passer la préservation de la vie en commun avant la liberté individuelle. C’est pourquoi les décroissant-es, pour faire de la décroissance des inégalités la première des décroissances doivent avoir pour objectif de conserver la vie sociale. À la MCD, nous défendons un projet politique d’égalité radicale, passant notamment par l’instauration d’un revenu inconditionnel (mesure plancher) et d’un revenu maximal (mesure plafond). Pour conclure, il faut retenir de ce discours que la révolution que nous appelons de nos vœux, car la décroissance est bel et bien un projet révolutionnaire et radical comme Erik Gómez-Baggethun l’affirme, se doit d’être préparée : c’est uniquement en se préparant politiquement que le mouvement décroissant gagnera en maturité et sera alors à même de saisir la prochaine fenêtre d’opportunité politique qui s’offrira à lui… Texte intégral (1375 mots)

1- En apprenant du succès de nos adversaires politiques
2 – En construisant des alliances politiques
3- En faisant de l’égalité la valeur phare de notre projet politique
Rédaction
Encore une fois, retour sur nos (f)estives de cet été parce que le recul permet, nous l’espérons, de dégager 2 pistes décisives pour une décroissance radicale, histoire de commencer à controverser, sans polémique, avec la décroissance mainstream. 1. La première piste est l’autocritique de la décroissance proposée par Onofrio Romano : là où la décroissance mainstream en est à plaider que la rupture avec « la croissance et son monde » doit passer par une « forme » horizontaliste, Onofrio montre que cette forme reste « conforme » au Régime de croissance. A la MCD, nous en déduisons qu’il ne pourra y avoir de rupture politique avec la croissance qu’à condition de rompre aussi avec les facilités de l’horizontalisme. Et cela pour une raison qui devrait interroger tous les décroissants : si, au nom d’une injonction horizontaliste, on en reste à toujours se féliciter de la « richesse de l’hétérogénéité » des « mouvements » décroissants, c’est comme si on réduisait un arbre à ses branches tout en négligeant et le tronc et les racines. Mais si les branches symbolisent la diversité et la variété, le tronc symbolise le commun et les racines symbolisent les conditions de possibilité de ce commun. C’est pourquoi la MCD se donne pour objectif une définition commune de la décroissance et pour mission de réfléchir à ses conditions politiques de possibilités. 2. La deuxième piste porte justement sur ce qu’il faut entendre par « commun » et, pendant les (f)estives, elle a été abordée lors de nos débats sur la propriété ; en particulier à propos d’une différence entre propriété commune et propriété publique, ce qui a mis en avant une distinction entre « bien commun » et « intérêt général », et en arrière-plan la question de l’État, celle de sa nécessaire et radicale critique mais aussi celle du type de structure en capacité d’organiser la coordination politique des entités participant à la vie sociale (sauf à croire, comme les libéraux, à la formation spontanée du commun). Où est passé le bien commun ? se demandait le philosophe François Flahault (2011, 1001 nuits) quand il faisait remarquer : Que de sujets de discussion pour une décroissance qui voudrait s’occuper des racines, consolider un tronc commun et ensuite se féliciter des branches. Pour les années à venir, ce devrait être l’occasion pour la MCD de passer à son étape suivante : après les tâtonnements de sa mise en place, la consolidation et de son objectif et de sa mission. Sans attendre, voici déjà de quoi réfléchir à une distinction claire entre « bien commun » et « intérêt général » (ce qui renvoie à notre critique unanime, lors de ces (f)estives, de l’individualisme, fût-il anarchiste) : Il n’y a donc pas opposition entre bien commun et intérêt général mais chacun.e peut voir que l’un est plutôt d’influence horizontaliste alors que l’autre envisage une forme de verticalisme. Mais pourquoi pas, à la condition impérative que cette verticalité soit envisagée de façon remontante (bottom-up) et certainement pas de façon descendante (top-down) ! Amitiés La Maison commune de la décroissance Texte intégral (927 mots)
entretenues,
Fleur Bertrand-Montembault
Le mot de la MCD : Le vendredi 20 juin 2025, juste avant mon départ pour la conférence internationale de la décroissance à Oslo, je suis intervenue pour la MCD au festival « La Bascule », au Havre. Au départ sollicité-es pour faire une intervention généraliste sur la décroissance, la tenue de deux autres ateliers intitulés respectivement « Permaculture, un mode de vie » et « Permaculture, volet social » m’ont donné l’idée d’intervenir sur « Permaculture, volet politique : la décroissance », une idée initiée au sein de la MCD par Michel Lepesant, qui a d’ailleurs depuis écrit un article intitulé « Les 5 zones de la permapolitique, premier repérage ». L’idée générale de l’intervention était de défendre en quoi la politique avait besoin d’une zone de radicalité, incarnée par la décroissance, comparée pour cela à la zone 5 en permaculture . S’en est suivie une discussion autour de ce qui représentait des actes politiques ou non, et une tentative de classement par « échelle de politisation » de la zone 1 à la zone 5. Merci à Noémie pour son invitation et son accueil ! En permaculture, chaque zone est délimitée en fonction de ses besoins en visite et intervention. La permaculture distingue généralement 5 zones différentes classées de la zone la plus intensive à la zone la plus sauvage (zones 1 à 5). La zone 0 correspond au centre du système, autrement dit à la maison. Cette zone de soin intensif nécessite une observation et un travail permanents. La zone accueille en général le potager et les animaux domestiques Cette zone est cultivée de manière semi-intensive. Elle peut accueillir les animaux de basse-cour et toutes les cultures qui exigent un entretien régulier (désherbage, irrigation, mulching, etc.). Cette zone contient les cultures ou les prairies dédiées à la production de la biomasse, aux vergers et aux haies. Les animaux de la ferme y trouvent leur place : vaches, moutons, chèvres, chevaux, etc. Cette zone semi-sauvage exige peu de soins. Les animaux comme la vache ou le cochon peuvent s’y nourrir de manière autonome. On y trouve des arbres utiles, notamment pour le bois de chauffage, des plantes sauvages médicinales et comestibles, du foin, des haies… Cette zone sauvage accueille des plantes et des animaux indigènes. La nature n’est soumise à aucune intervention humaine hormis la cueillette de plantes utiles et le ramassage de bois. Il s’agit d’une zone de taillis, de bois ou de forêt. C’est cette zone 5 de la permaculture qui va nous intéresser pour penser la radicalité en politique : la politique a également besoin d’une part sauvage. Dans son livre « La part sauvage du monde » 1, la philosophe Virginie Maris nous enjoint à résister aux courants philosophiques constructivistes refusant la dualité nature / culture qui font du monde un monde seulement humain. Pour penser les enjeux écologiques de notre temps, elle nous invite au contraire à penser la nature comme une altérité. Refuser la dualité culture / nature, c’est refuser l’existence de l’altérité. À contrario, dans sa conception de la « nature-altérité », la nature se définit comme ce que les humains n’ont pas créé et ce sur quoi ils ne devraient pas avoir (em)prise : c’est « la part sauvage du monde ». Penser la part sauvage du monde a bien évidemment un intérêt écologique : c’est le seul moyen de mettre une limite au désir de contrôle total de l’humain. La part sauvage du monde présuppose « des lieux » où la nature n’est pas subordonnée aux besoins humains mais « laissée vivre », par elle-même et pour elle même, sans intervention extérieure ou pour le dire autrement, sans colonisation humaine. Conserver une part sauvage du monde, c’est accepter qu’à certains endroits la nature nous échappe. L’équivalent de la part sauvage du monde en permaculture, c’est la fameuse zone 5 évoquée plus haut. Mais penser la part sauvage du monde, c’est aussi une question stratégique. Et c’est là qu’on peut faire le parallèle avec la politique. Car Virginie Maris alerte également sur les autres conséquences de vouloir domestiquer la nature tout le temps et partout : « A délaisser la défense de la nature sauvage… le risque est grand de laisser progressivement se réduire l’éventail des possibles, d’admettre sans même y porter attention que, année après année, génération après génération, le point de référence que constitue l’extrémité sauvage du monde naturel ne se rapproche de l’état dégradé des écosystèmes intensivement exploités jusqu’à disparaître définitivement » […] les individus ont tendance à ne pas désirer beaucoup plus que ce qu’ils peuvent obtenir. Ce phénomène d’ajustement des préférences aux conditions réelles est dynamique. Du coup, lorsqu’on se trouve dans une situation qui se dégrade progressivement, on s’habitue à des choses qui auraient semblé inacceptables si elles étaient intervenues brusquement » En lisant ce paragraphe, on voit bien que ce qui est appliqué à la nature est applicable à la politique. En admettant que la zone 5 en permaculture (celle où les humains n’interviennent pas) est au potager ce que la part sauvage est au monde entier, il faut se poser la question : qu’est-ce que serait « la zone 5 » ou la « part sauvage » du champ politique ? Et ensuite, qu’est-ce que serait un champ politique sans zone 5 ? Cela pourrait prendre la forme d’une tentative de « gradation » du moins politique (la zone 1) au plus politique (la zone 5). Deux manières de remplir les zones peuvent être envisagées : soit en définissant la zone 1 puis « en montant les escaliers », soit en définissant la zone 5 « et en les descendant » ensuite. J’aimerais pour cette fois, juste me questionner et me concentrer sur la zone 5 en partant du principe que si l’on peut graduer le politique c’est en évaluant sa radicalité. La zone la plus politique c’est la zone c’est donc la plus radicale. Que signifie être radical en politique ? Parle-t-on de radicalité en acte ? Le risque c’est alors d’assimiler la zone 5 à une zone impliquant nécessairement la violence comme outil de la radicalité : la question de la violence en politique est une question épineuse, que je choisis donc d’évacuer pour le moment, pour ne pas risquer de la traiter maladroitement. Peut-on alors envisager une autre forme de radicalité qui ne passe pas par l’action directe ? Le sens étymologique du mot radical, nous l’indique : I. − Adjectif A. − Relatif à la racine, à l’essence de quelque chose. 1. Qui concerne le principe premier, fondamental, qui est à l’origine d’une chose, d’un phénomène. a) Qui a une action décisive sur les causes profondes d’un phénomène. b) PHILOS. Qui va jusqu’au bout de chacune des conséquences impliquées par le choix initial. Être radical, si je pousse la métaphore en politique, c’est : aller à la racine de nos maux politiques ; c’est chercher à combattre les causes et non pas les effets ; chercher les causes, c’est chercher les schémas/les cadres de pensée et les idéologies qui guident les actes et les décisions politiques et s’y opposer ; s’y opposer c’est construire un mouvement politique sur des bases conceptuelles claires et solides ; être radical, c’est aussi être cohérent : non pas être intransigeant, mais préférer « faire sens » que « faire nombre ». Plutôt qu’une radicalité en acte, c’est une radicalité de la pensée qui émerge ici. La zone 5 pourrait donc être une zone plutôt fréquentée par les penseurs, les intellectuels, les théoriciens, les militants-chercheurs « occupés au travail idéologique » du mouvement qui les porte. Ce travail idéologique, il n’est pas coupé du réel (la zone 5 n’est pas une tour d’ivoire, elle est connectée aux autres zones) mais s’alimente du terrain (pratique des « savoirs remontants » par la conceptualisation des pratiques) tout en alimentant les autres dimensions de la lutte politique. C’est une zone qui n’a que faire des compromissions, voire même des compromis, dans la recherche et la construction d’un cadre politique clair et cohérent. À une époque où les idéologies majoritaires, en particulier le libéralisme, poussent à la « sortie de la politique » (le mot est de l’un des conseillers hyper-méga-ultra libéral de Trump, dont le nom m’échappe à la rédaction de cet article) et où la tendance est donc à la dépolitisation, le risque est grand de voir la théorie décroissante, parce qu’elle prône au contraire la repolitisation et assume de définir et rendre visible un cadre politique clair, cohérent en opposition à la croissance, et parce qu’elle est minoritaire, ramenée au rang de secte ou de « dérive sectaire ». Pour être radical sans être sectaire, il faut défendre la « démocratie des minoritaires » 2 : « la démocratie des minoritaire, les libertaires de la décroissance l’ont toujours revendiquée quand ils affirment clairement qu’il faut rompre avec l’illusion de la prise préalable des pouvoirs centraux comme condition sine qua non de toute transformation de la société. On défend en fait une stratégie minoritaire par basculement de l’Imaginaire et pas du tout d’une stratégie majoritaire par renversement du Pouvoir. Comment en effet oublier que toute stratégie majoritaire a toujours justifié que pour « faire nombre » il fallait des compromis, qu’il fallait écarter la cohérence du « faire sens » pour préférer le grisâtre des inventaires à la Prévert (125 propositions !) à la diversité colorée d’un programme constitué de « belles revendications » ? La démocratie des minoritaires, c’est dire que tout mouvement politique doit « tolérer toutes les critiques : et pas seulement celles dirigées contre les adversaires. ». C’est un mouvement « qui verrait au contraire dans la formulation de critiques en interne la condition nécessaire d’une réelle transformation démocratique de la société ». Laisser la place à la radicalité c’est donc laisser la place à l’autocritique : s’autocritiquer c’est tout sauf être sectaire. Sur la forme, la démocratie des minoritaires. Et sur le fond, pour assumer cette radicalité de la pensée décroissante, il faut assumer d’étendre sa portée politique. Première étape : assumer totalement le mot de décroissance parce que c’est le bon mot (et alors, tant pis s’il n’est pas « attractif », « pas sexy », pas « rassembleur » : l’important c’est qu’il fasse sens, et c’est à partir du sens qu’on peut espérer faire nombre et pas l’inverse.) C’est le bon mot parce qu’il signifie très exactement sa raison d’être : son opposition politique à la croissance. On retrouve dans cette racine dé-, les éléments de radicalité présentés plus haut « Qui va jusqu’au bout de chacune des conséquences impliquées par le choix initial. : s’opposer à la croissance (qui est à la « racine », l’origine, le « principe premier » de nos maux politiques) c’est chercher à dé-croître. Mais qu’est-ce que la croissance ? ça n’est pas seulement un phénomène économique et social, c’est aussi un phénomène politique. Par conséquent nous avons besoin d’une critique politique de la croissance, peut-être même avant de sa critique économique et sociale. Cela implique une triple définition de la décroissance D’abord, la décroissance comme décrue : il ne suffit plus de dire « Halte à la croissance » ou d’objecter à la croissance : quand les plafonds sont largement dépassés, il ne suffit plus de se demander comment rester dans le même monde avec une croissance nulle mais bel et bien d’organiser le reflux, la marche arrière pour revenir sous les plafonds de la soutenabilité écologique et sociale. Deuxièmement, la décroissance comme décolonisation des imaginaires, en particulier en s’élevant contre le bras armé de cette colonisation, la publicité. Troisièmement, en s’attaquant au régime politique de croissance et à ses bases idéologiques : et en particulier l’individualisme et le neutralisme (il faut lire à ce propos les écrits d’Onofrio Romano et de Michel Lepesant) Un champ politique sans zone 5 s’approche dangereusement du monde dans lequel on vit : un monde extrêmement dépolitisé, prônant volontiers l’apolitisme, ou se contentant de « petite politique ». Or nous avons besoin de radicalité en politique pour ne pas nous « habituer » : sinon, comme pour la nature, c’est l’ensemble du référentiel « de ce qu’il est permis d’espérer » qui se rabougrit considérablement. D’autre part, adopter une posture radicale, ça n’est pas se contenter de s’attaquer aux effets du monde dont on veut sortir, mais prendre « le mal à la racine ». La zone 5 ne suffit pas en soi, mais il faut qu’elle soit écoutée dans les autres zones, qu’elle infuse en dehors de son périmètre restreint. Comme la part sauvage du monde, la zone de radicalité en politique est une vigie : elle nous permet de garder le cap. Après cette présentation, les participant-es étaient invité-es à nommer des actes qu’ils considéraient comme de nature à changer le monde et à les placer en dans une des zones de la permapolitique, ou tout du moins tenter une hiérarchisation de ces actes, du plus radical au moins radical. Un accord sur les petits gestes comme faisant partie de la zone 1 a été assez vitre trouvé par les participant-es. Ensuite, l’enjeu a été de classer : manif catégorielle (« de profs »), manif générale, distribution de tracts pour une association comme L214, création d’une coopérative d’alimentation et quelques autres exemples évoqués au fur et à mesure de la discussion… On peut tirer de cet échange deux fils pour continuer la réflexion sur ce qui est politique ou non, ce qui est radical ou non : Texte intégral (2936 mots)
Un rappel sur le zonage en permaculture
Zone 1
Zone 2
Zone 3
Zone 4
Zone 5
L’intérêt de penser en termes de « part sauvage »
Permaculture et politique
Si « zoner » la nature revient à la caractériser de son état le plus domestiqué à son état le plus sauvage, quel pourrait être un zonage pertinent pour caractériser le champ politique ?
La démocratie des minoritaires
Étendre la définition de la décroissance
D’un point de vue politique quelles conséquence y aurait-il à appauvrir ou à supprimer la zone 5 ?
Quelques notes sur la discussion collective qui s’en est suivie
---------------
Notes et références
Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
Fracas
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
Observatoire de l'Anthropocène