Hervé Roussel-Dessartre
Qu’Hervé Roussel-Dessartre soit ici remercié pour nous autoriser à publier sur le site de la MCD son analyse critique (exposée lors d’une intervention en novembre 2025), dont la nouvelle version, en passant de « la gauche » à « l’opposition », a gagné en extension (du domaine de la lutte). Pourquoi s’intéresser à cette notion de « régime de modernité » ? Si on nous demandait de citer 2 auteurs qui inspirent fortement les réflexions de la MCD, nous choisirions Onofrio Romano, pour son concept de « régime de croissance », et Hartmut Rosa, pour sa critique de la « modernité tardive ». La notion de « régime de modernité » entre donc en résonance avec ces auteurs. D’autant qu’Hervé Roussel-Dessartre prend la peine de signaler d’emblée qu’il ne faut pas confondre entre « modernité » et « régime de modernité ». En effet, sans tomber dans la facilité rhétorique, celle qui distinguerait entre une « bonne modernité » (à sauver) et une « mauvaise modernité » (à rejeter), on peut accepter facilement de caractériser la modernité par un double projet : « le projet d’autonomie individuelle et collective… le projet de pseudo-maîtrise pseudo-rationnelle de domination et d’exploitation scientifique et technique de la nature » (Serge Audier (2020), La cité écologique, pour un éco-républicanisme, La Découverte, pages 652-662). En effet, toute opposition à toute forme d’oppression (exploitation, aliénation, domination) est en filiation avec une revendication d’autonomie (C. Castoriadis) qui vient de la modernité. Si nous devions évoquer une piste de discussion, en se demandant s’il doit y avoir une différence entre « régime de croissance » et « régime de modernité », c’est que celui-ci porte sur les « valeurs » (de l’hégémonie) alors que celui-là dirige la critique sur sa « forme ». Si l’on considère, à la suite de Cornelius Castoriadis, que l’imagination peut être créatrice, que c’est par elle qu’une forme de rupture peut advenir, il est important, crucial même, que cette imagination ne s’embourbe pas dans l’imaginaire dominant. Or, tout semble montrer que l’opposition contemporaine n’en suit pas le chemin. L’a-t-elle d’ailleurs jamais pris ? Face au « système », que remet-on effectivement en cause, les uns les autres ? Que met-on derrière la prétention d’être anti-système ? Quel combat mène-t-on véritablement ? Quel objectif poursuit-on vraiment ? A-t-on la même image en tête ? Faute d’approfondir ces questions, aucun projet digne de ce nom n’a émergé ces dernières décennies, l’opposition se contentant de rassembler une collection de revendications hétéroclites, parfois contradictoires, et de… s’opposer. Avec la Renaissance émerge, en Occident, une nouvelle manière de vivre et de concevoir sa destinée dans ce monde. L’individu commence à s’affranchir des tutelles traditionnelles qui pèsent sur son destin. Il ose dire « je ». Le monde social change de centre de gravité : des lois supérieures (le service de Dieu, de l’État, de la famille…), il se tourne vers l’individu et le culte de soi. L’individu devient le but et la norme de toute chose. Des êtres humains se proclament maîtres de leur vie. D’où sortira une certaine conception de l’histoire et des cités. Et d’où découlera encore un transfert de pouvoir : de la terre vers le capital financier, de la campagne vers la ville, de la ferme vers l’usine, d’un monde fondé autour de la protection (de l’âme par le religieux, de la personne par la noblesse guerrière – d’où résultaient des titres sociaux reconnus) à un monde bâti autour du travail et de l’échange des biens (d’où émergera la future hégémonie sociale). J’appelle « Régime de modernité » ce phénomène social global (en Occident). Il se caractérise par l’individualisation, d’une part, le protestantisme et le libéralisme, religion et philosophie politique faisant office de supports idéologiques, d’une autre part, la technique et le capitalisme (la science et l’économie) comme supports matériels, d’une troisième part. La démocratie libérale en est la forme institutionnelle la plus accomplie, la raison et le progrès des idéaux. En prendre pleinement conscience permet de mieux s’interroger sur ce que l’on conteste et souhaite quand on se veut d’opposition. En effet, entre radicalisme à la sauce américaine, revendications individualistes pimentées d’un soupçon de French Theory, luttes de reconnaissance tout autant individualistes, voire combat au profit des droits de l’individu, l’imaginaire de l’opposition contemporaine est totalement prisonnier de ce Régime de modernité et de son individualisation. L’université américaine en élabore le socle idéologique. Laquelle baigne dans une doxa imprégnée de protestantisme, d’individualisation, de liberté de l’individu, soit exactement le volet culturel de l’hégémonie bourgeoise. Hégémonie bourgeoise qui à travers la mondialisation est effectivement devenue hégémonique au point que l’on peut parler de globalisation culturelle. Et c’est cette pensée universitaire mondialisée, active prisonnière de la globalisation libérale, qui alimente la pensée de l’opposition contemporaine. À tel point que celle-ci semble ne même plus savoir ce que peuvent vouloir dire peuple, collectif ou commun. On se prétend de gauche mais on s’appuie allègrement sur les fondamentaux du système. Sans oublier de s’afficher radical. Or, si l’objectif est bien de « changer le système », l’opération à mener ne saurait se réduire à une revendication d’inclusion dans ledit système que l’on prétend vouloir changer. Ou à la misérable ambition d’un « vivre ensemble », au mieux mêlé de « créolisation », quand il s’agit de « faire société ». Pas plus qu’elle ne saurait être seulement une bataille contre le capitalisme, ni même contre toutes formes de domination, ou le remplacement du prolétariat par les laissés-pour-compte dans le catéchisme marxiste. Le périmètre du système à changer est bien plus vaste ! L’opposition doit accepter de se coltiner en priorité notre rapport au Régime de modernité et à sa mythologie. Notons que je parle de Régime de modernité, et non de modernité, pour ne pas réduire celle-ci à cette forme de régime qui s’en est dégagée. C’est pourquoi il est nécessaire de « révolutionner l’opposition », ou plus exactement son imaginaire. Une opposition digne de ce nom doit effectivement avant tout poursuivre un changement radical de société. On ne peut se contenter de l’embourgeoisement (ou de l’inclusion) du prolétariat ou des laissés-pour-compte. D’assumer de la sorte une collaboration libérale inspirée du Parti démocrate américain, loin, très loin de tout projet de rupture. La quête de sens comme la crise écologique n’autorisent plus ces options. Le mode de vie bourgeois, celui de la vie ordinaire, qui a viré au consumérisme, n’est plus ni soutenable ni enviable. La question de la nécessité doit se retrouver au cœur de la réflexion. Celle que l’on doit juguler pour atteindre le domaine de la liberté, selon Marx. Tout comme la question du progrès qui sera à préciser. Aujourd’hui, l’opposition se dit « progressiste ». Mais de quel progrès parle-t-on ? Il faut sortir de l’imaginaire de la croissance, celui qui veut que l’accumulation soit une fin en soi. Qu’il faut travailler plus pour consommer plus. Alors qu’il ne faut travailler que pour vivre ! Vivre en adéquation avec notre part animale, en symbiose avec notre environnement naturel, et dans le respect des équilibres écologiques, psychiques et sociaux. Si l’individualisation est un acquis majeur du Régime de modernité, il n’en reste pas moins que l’intention ne peut être que de le dépasser. D’en sortir « par le haut », toutes et tous, et à égalité, en construisant la société de demain. En s’appuyant, par exemple, sur un slogan comme « Liberté, Égalité, Commun » qui souligne l’équilibre à inventer (au moyen de l’imagination créatrice) entre l’individu (Liberté, Égalité) et le collectif (Commun). Pour la réflexion dans sa totalité, c’est par ici : https://hrousseld.fr/lopposition-et-le-regime-de-modernite/. Version revue et corrigée du billet « La gauche et le Régime de modernité ». Question d’autant plus cruciale qu’à force de globalisation de nos cadres de vie, une partie conséquente de l’opposition en serait plutôt arrivée à épouser les fondamentaux du libéralisme, à embrasser la pensée universitaire libérale dominante, à emboîter le pas au Parti démocrate américain et à son chemin de collaboration. Cette réflexion est une version revue et corrigée de la conférence donnée au Bar Commun (Paris 18) le 20 novembre 2025. * Texte intégral (1787 mots)

Introduction
Partie 1 – Lé régime de modernité
Partie 2 – La globalisation libérale ou l’imaginaire prisonnier
Partie 3 – Révolutionner l’opposition
Conclusion et perspective
Rédaction
En 1988, Dans ses Commentaires sur la société du spectacle, Guy Debord écrivait : « La Mafia n’est pas étrangère dans ce monde ; elle y est parfaitement chez elle. Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le modèle de toutes les entreprises commerciales avancées ». Il concluait par ce jugement les quelques paragraphes qu’il venait de consacrer à la Mafia pour repérer « les points de ressemblance avec le capitalisme ». Rien d’étonnant alors à ce que, dans un journal télévisé, un reportage sur la DZ Mafia s’enchaîne avec un sujet sur la dernière provocation de l’actuel roi autoproclamé du deal : un dealer, c’est un entrepreneur, et vice-versa. Et ce qu’ils ont en commun, c’est l’adhésion à la règle d’or du capitalisme : la mutualisation des pertes, la privatisation des profits. Il n’y a donc aucune coïncidence quand on s’aperçoit que rien ne ressemble plus à un « point de deal » que ce que les ultralibéraux actuels nomment des « zones économiques spéciales » (lire à ce sujet de Quinn Slobodian, Le capitalisme de l’apocalypse, 2025, Seuil) : une zone hors du droit commun (« là où la police ne va pas »), sans démocratie (mais à la justice expéditive), totalement hiérarchisée, organisée en vue d’un seul but, l’argent. Mais dans la société du spectacle où le spectaculaire doit fabriquer une image renversée de la réalité (dans laquelle « le vrai est un moment du faux »), cette connivence entre « le monde des affaires » et « les affaires » semble invisibilisée par tous les commentateurs en continu. Rien de plus remarquable en effet que de constater comment leur rhétorique peut enchaîner une diatribe contre le narcotrafic, un reportage sur le Mercosur, un plaidoyer pour la réduction des recettes budgétaires, une visite à Dubaï, une interview d’un « grand patron », une polémique contre la taxe Zucman, une inquiétude sur l’omniprésence de l’IA… mais sans jamais prononcer le terme qui en est la substance commune : le capitalisme. Toutes ces acrobaties pour éviter d’avoir à se confronter à une évidence : c’est que le tour qu’est en train de prendre le monde n’est que le dernier épisode de ce que le capitalisme a toujours fait subir au monde : la domination des puissants. Alors, si en tant que décroissant radical, on en vient à rappeler que, politiquement, la critique du capitalisme ne s’attaque au mieux qu’à la partie émergée de l’iceberg de la croissance, on mesure à quel point aujourd’hui l’enjeu de la décroissance n’existe pas dans le débat public. Toutes ces acrobaties pour invisibiliser (et donc naturaliser) le capitalisme dressent le barrage le plus efficace pour ne jamais poser ce qu’Harmut Rosa nomme la « question sérieuse : la société moderne est-elle donc équivalente à la société capitaliste ? Est-ce que j’entends simplement « capitalisme » lorsque je me réfère à la structure de base de la société moderne ? La réponse est : le capitalisme est un moteur central, mais la stabilisation dynamique s’étend bien au-delà de la sphère économique ». Et c’est ainsi que même la critique la plus radicale du capitalisme ne sera encore qu’une critique tronquée de la croissance, de son économie, de son monde et de son régime politique. Texte intégral (617 mots)
Rédaction
L’essentiel de notre financement est constitué par un don de la Fondation pour le Progrès de l’Homme (FPH) : cette feuille de route est une version à peine modifiée de la « note d’intention » demandée par la FPH pour la période 2026-2030. Ça a été l’occasion pour nous de penser le passage d’une saison 1 à une saison 2, passage sans rupture mais accentuation d’une approche résolument politique de notre opposition à la croissance (à son économie, à son monde, à son régime politique). Depuis sa création en 2017, la Maison commune de la décroissance s’est attelée aux racines (concepts et méthodes) de la décroissance, face à l’abandon de la construction idéologique au sein du mouvement décroissant, sous l’injonction saine mais insuffisante du faire dans l’ici et maintenant. Nous la qualifions dorénavant de “saison 1” de la MCD. Forte de ces racines, une saison 2 s’ouvre, celle de l’édification du tronc politique de la décroissance, à même de contribuer à une repolitisation et une coordination des déçus, critiques et opposants à la croissance, son monde et son régime. L’affirmation de la dimension politique de la décroissance est un outil d’intérêt général au service du commun. Elle est indispensable pour que la décroissance puis la post-croissance puissent apparaître, respectivement, comme un trajet et une alternative sociétale crédibles, désirables, plus encore acceptables. L’objectif de la “saison 1” de la MCD, a été de repérer, définir et discuter ce qu’il peut y avoir de « commun » dans le mouvement de la décroissance. Ce travail a été animé par notre diagnostic initial d’éparpillement du mouvement, qui reposait sur 2 intuitions : Les travaux réalisés par la Maison commune de la décroissance depuis sa création en 2017 ont principalement consisté en un travail conceptuel de définition de la “décroissance”, comme trajet vers d’autres sociétés, celles de la post-croissance, issue d’une critique radicale du monde de la croissance et plaidant pour une opposition systémique à la croissance : décrue (économique), décolonisation (de nos imaginaires) et repolitisation (de nos vies). Ce travail n’aurait pu avoir lieu sans un travail de méthodes sur des distinctions conceptuelles, issues de situations rencontrées dans les pratiques mêmes des alternatives concrètes (e.g. faire sens / faire nombre, faisable / désirable / acceptable, radicalité comme intransigeance / cohérence, limite-plancher / limite-plafond…). Un travail de cristallisation de ces avancées a également été réalisé, au moyen d’images (non développées ici) : celle du noyau et des rayons (pour penser le commun), celle d’un iceberg (pour penser l’extension du domaine de la croissance), et celle d’une analogie entre politique et permaculture (pourpenser des degrés de politisation). Et enfin, celle d’un arbre (pour penser l’unité et la diversité de la mouvance décroissante : Après le préalable absolument nécessaire que fut l’attention toute particulière accordée aux racines (concepts et méthodes), que nous qualifions dorénavant de “saison 1” de la MCD, voici venu le temps d’une “saison 2”. Elle ne s’appuie pas sur un nouveau constat, mais sur celui de la faible politisation, déjà présent à l’aube de la MCD. Manquement du mouvement décroissant qui peut dorénavant être approché avec confiance. Le temps est venu de l’essor du tronc politique, le développement racinaire l’a rendu possible. La MCD souhaite redonner à la politique sa noblesse, dévoyée par l’exercice purement gestionnaire dominant de nos jours, la petite politique des intérêts particuliers. Oeuvrer pour l’intérêt général, la constitution et l’animation collective d’une société, comme condition de la vie sociale, voilà ce que défend la MCD. La MCD souhaite rétablir la grande politique, celle pleine de vitalité et qui ne saurait se soumettre à aucun prisme réducteur, en particulier celui de la critique fonctionnaliste. Quand bien même un régime politique fonctionnerait, ici le capitalisme, la MCD voudrait tout autant que puisse être questionnée et arbitrée collectivement la société que nous souhaitons, en réinvestissant notamment la critique morale, et plus encore la critique éthique. La MCD assume par la présente le criant besoin d’un combat idéologique à mener, à l’extérieur du monde décroissant, notamment face aux tendances autoritaires qui se multiplient, mais aussi à l’intérieur, face à une forme de renoncement qui ne peut préfigurer qu’une seule chose, un échec à venir. Un renoncement à la conflictualité comme énergie politique indépassable, fruit d’un rejet entendable, celui du système actuel, qui divise et nivelle, mais qui obère également le projet, qui unirait et élèverait, au nom d’une hétérogénéité sans critique, et ce faisant se condamne à l’impuissance. La repolitisation, à laquelle la MCD veut œuvrer, est ce processus conscientisant la nécessité d’une coordination des acteurs, présupposant l’explicitation d’un tronc politique commun, que la MCD ambitionne de fournir. Les membres bénévoles de la MCD constituent sa principale richesse, avec le corpus idéologique construit au fil des années. Le soutien financier de la FPH permet une démultiplication de nos efforts, en contribuant aux possibilités matérielles de nos ambitions, en premier lieu la possibilité d’un soutien salarial aux actions bénévoles. Après une première expérience d’association employeuse, non sans écueils, une réflexion d’ampleur sur la structuration et le fonctionnement de l’association a été poursuivie, conduisant à des évolutions conséquentes, en premier lieu : Une même optique anime ces trois évolutions, celle de la centralité de la collégialité et de l’aventure collective. Au même titre, il est apparu souhaitable, pour toutes les parties, de favoriser la présence de plusieurs salarié.es, plutôt qu’un.e seul.e par qui tout transiterait. A date, au vu des profils volontaires et des moyens financiers, il a été décidé de procéder à l’embauche, à temps partiel (12 heures/semaine) de deux personnes, l’un.e pour les tâches administratives et logistiques, l’autre pour le partenariat et le pilotage de l’action de plaidoyer, sa réalisation par les bénévoles étant privilégiée. Il est important de souligner que le renouveau partiel de la Coopérative, avec trois nouveaux membres, vient insuffler un dynamisme nouveau, qui accompagnera l’activité salariée, qu’il pourrait être souhaitable de renforcer à moyen terme au vu des ambitions affichées par la MCD. En outre, dans cette logique de renforcement de l’activité de la MCD, l’approche comptable a été “professionnalisée” : i) les fonctions de trésorerie et de comptabilité-gestion sont dissociées ; et ii) les dépenses et recettes font l’objet d’une budgétisation, suivie mensuellement et revue trimestriellement, et non plus d’un seul contrôle au fil de l’eau. Un exercice de projection triennale est également réalisé. Notre perspective : oeuvrer à la dimension politique de la décroissance. Chacune de nos récentes interventions la renforce, un fort besoin de repolitisation est attendu et exprimé par le public. Notamment pour ne plus subir, mais agir, pour ne plus être seul, mais former un collectif. Comme préalable, à juste titre, de toute espérance. Bien que possiblement anecdotique, lorsque l’angle d’attaque est d’emblée politique, les critiques usuelles du terme de “décroissance”, à cause de son préfixe privatif, font long feu. La décroissance, comme décrue économique, décolonisation de nos imaginaires et repolitisation de nos vies, est bel et bien désirable, acceptable, et faisable. Fruits d’engagements anciens et d’élans nouveaux, les projets portés par la MCD sont autant de briques pour l’édification de la repolitisation défendue et de la possibilité d’une société décroissante puis post-croissante. Depuis sa fondation, la MCD a constitué un corpus conséquent de productions écrites. Cette ressource, dans sa forme actuelle, souffre de limitations, notamment d’accessibilité et d’intelligibilité, dûes à une absence d’articulation, pouvant ainsi conduire à une impression d’agglutination et de vertige. Un travail d’articulation, qui conduira sans nul doute à une consolidation au fur et à mesure de l’avancée des travaux, de par la clarification qu’il demandera, sera réalisé. Ce travail apparaît indispensable pour atteindre les objectifs ambitieux que la MCD s’est fixés. En image, il s’agira de constituer un fil rouge, guide au travers de la pensée complexe développée par la MCD, pour les personnes béotiennes, initiées, expertes, et pour nous-mêmes. A date, les projets suivants s’inscrivent dans cette optique : L’activité intellectuelle ne saurait se résumer aux productions écrites, souvent plus individuelles, et l’activité de la MCD ne saurait se résumer à l’activité dite “intellectuelle”, nous n’oublions pas le “sensible”, sans l’opposer du reste. “Nous avons à vivre et faire vivre pour créer ce que nous sommes” (Albert Camus, L’Homme révolté), se rencontrer pour se lier, réfléchir ensemble, pour renouveler son engagement et en susciter de nouveaux. La MCD accorde donc une attention toute particulière à l’organisation régulière de rencontres, d’événements, au sein de la MCD, ainsi qu’à la participation et co-organisation d’événements extérieurs, avec l’exigence de la radicalité, comme cohérence. Il y a ici un point de vigilance important, celui de ne pas oublier l’objectif principal, à savoir la repolitisation, et la radicalité qu’elle commande. A date, les projets suivants s’inscrivent dans cette optique : La MCD fait de son objectif principal le travail de repolitisation et de définition du projet politique commun que se doit d’être la décroissance, aussi bien en direction des autres associations et initiatives – en particulier de celles se revendiquant de la décroissance, mais également celles faisant de la décroissance sans le savoir – que du grand public. Il serait naïf de penser que le nombre viendra à nous, nous devons aller à eux, dans un travail conséquent de partenariat et de communication, investir de nouveaux terrains et publics. A date, les projets suivants s’inscrivent dans cette optique : Texte intégral (3265 mots)
En route vers une saison 2 de la MCD
* Un constat initial
** Une première saison riche

*** Quelle ambition pour la saison 2 ?
Nulle efficacité sans structure, nulle liberté sans redevabilité
Une “saison 2” voulue ambitieuse et enthousiasmante
* Des racines, un tronc
** Moments de vie et d’engagement
*** Des liens et du grand large
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Notes et références
Rédaction
A l’issue de la COP30, faut-il se réjouir de l’accord obtenu entre les délégations de 194 pays – en l’absence des USA de Trump – ou bien faut-il déplorer l’absurdité dans laquelle semble s’enfoncer, COP après COP, un agenda mondial censé affronter prioritairement l’urgence climatique ? Avec cet accord, on ne cesse t’entendre que « le pire a été évité ». Super, mais de quel « pire » est-il ici question ? Là, on croit rêver quand on s’aperçoit que ce pire aurait été la validation de la ligne trumpienne d’une remise en cause de la réalité du changement climatique. A partir d’un tel effondrement des exigences, on comprend mieux pourquoi la COP30 a été un gigantesque recul sur la question cruciale d’une sortie des énergies fossiles. Et là on peut être précis : les combustibles fossiles ne sont évoqués qu’implicitement par le biais d’une « référence au consensus des Emirats arabes unis » : lors de la COP28 de Dubaï, en 2023, les parties s’étaient engagées à « une transition hors des énergies fossiles ». Autrement dit, à la COP30, c’est retour en deçà de la COP28 ! Se pose alors la question politique : comment un tel « accord » est-il possible ? Parce que la règle de la décision se fait au consensus et que, dans ce cas, il n’y a plus que 2 options possibles : l’absence d’accord ou bien un accord sous le joug de la partie prenante la plus égoïste, la plus intransigeante. Et dans le cas de la COP30, il s’agissait des pays pétroliers, menés par l’Arabie saoudite, mais aussi de l’Inde ou de la Russie. Les Européens ont plusieurs fois menacé de quitter Belém sans accord. Mais au final, ils ont signé l’accord. Ils ont fait le choix de « rester ensemble en désaccord » plutôt que celui de « rester en accord avec soi-même ». Ils ont donné la priorité au « faire nombre » sur le « faire sens ». Quiconque s’est déjà un peu engagé dans l’organisation collective d’une alternative concrète, même au niveau le plus local, s’est déjà retrouvé devant ce hiatus entre le sens et le nombre. L’enjeu n’est pas de renoncer à l’un au profit de l’autre. L’enjeu est de se demander auquel donner priorité. Au nom d’un critère simple : des 2 façons de prioriser, laquelle a le plus de risque d’aboutir au sacrifice de l’une des 2 exigences ? Car tel est le hiatus porté par toute urgence : c’est que la catastrophe annoncée pour le futur ne peut être affrontée qu’ici et maintenant. Alors comment trancher ? D’expérience : Et en attendant ? Comme de toutes les façons, nos alternatives n’en sont pas encore à prétendre « faire nombre », prenons le temps de « faire sens ». C’est ce genre de pari qui nous anime quand nous portons un projet tel celui de la Fresque de la décroissance (Prochaine visiodiscussion : le samedi 6 décembre à 10h ). C’est ce que Serge Latouche appelait le pari de la décroissance. Texte intégral (726 mots)
Bon Pote
Actu-Environnement
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Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
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