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15.01.2026 à 10:30

La faute de nos biais cognitifs, vraiment ? Comment cette notion fabrique l’inaction écologique

Pierre-Yves Carpentier, Doctorant en Psychologie Sociale, Politique et Environnementale, Université Côte d’Azur

Benoît Dérijard, Chercheur en écologie marine, Université Côte d’Azur

Clara Vincendon, Doctorante en psychologie sociale et de l'environnement, Université Côte d’Azur

Les biais cognitifs servent souvent d’alibi à l’inaction écologique, ce qui occulte des causes systémiques essentielles, comme le montre l’exemple des océans.
Texte intégral (2293 mots)

Face à l’urgence écologique, l’inaction est souvent justifiée par nos biais cognitifs individuels. Mais cette lecture psychologisante occulte l’essentiel. Des causes politiques, économiques et sociales sont à l’œuvre dans l’effondrement du vivant actuel. On le verra à travers l’exemple des océans et des milieux marins.


Face à l’urgence climatique, pourquoi sait-on mais n’agit-on pas ? Telle est la question posée par l’activiste Camille Étienne dans son documentaire Pourquoi on se bat ? (2022). Parmi ses invités figure Sébastien Bohler, journaliste et chroniqueur, notamment connu pour son essai le Bug humain (2019). Dans l’ouvrage, il explique que notre cerveau privilégierait le court terme au détriment de la planète. Il en conclut qu’il faut rééduquer notre cerveau pour déclencher l’action collective.

Ce discours, qui attribue l’inaction écologique à des biais cognitifs, c’est-à-dire à des mécanismes automatiques du cerveau, est repris par de nombreuses communications grand public. Sa simplicité est séduisante, mais il pose plusieurs problèmes. En effet, il ne dit rien des écarts considérables de comportements que l’on peut observer entre individus ou sociétés, il occulte les facteurs politiques, économiques et culturels et surtout il offre un alibi aux industries qui ont tout intérêt à maintenir l’exploitation intensive de la nature.

Cette explication est attrayante, mais ne permet pas de comprendre ce qui organise l’inaction ni d’y apporter des solutions concrètes et efficaces. Le cas du milieu marin illustre particulièrement cette logique : la gouvernance de l’océan est particulièrement délicate dans un contexte où prédomine l’exploitation économique, alors que les problèmes qui en découlent (catastrophes environnementales, destruction des moyens de subsistance de celles et ceux qui en dépendent ailleurs dans le monde…) sont souvent invisibilisés.

L’exemple des océans

L’océan constitue un bon exemple des limites de ce discours. Il s’agit du principal espace naturel à être exploité en continu à l’échelle planétaire : pêche, transport maritime, tourisme, sans parler de l’exploitation minière. Les prélèvements massifs y ont conduit à un effondrement global des espèces marines.

Cette découverte est relativement récente. En effet, la recherche océanographique s’est développée plus tardivement que ses équivalents terrestres, du fait, entre autres raisons, des difficultés d’accès du milieu marin. Ce retard explique en partie pourquoi la prise de conscience environnementale liée à la mer a été plus tardive que celle concernant les forêts ou les terres agricoles, par exemple.

De plus, l’océan a un statut particulier : c’est un bien commun global. Or, dans notre économie actuelle, les ressources libres et non régulées tendent à être surexploitées, les acteurs économiques cherchant à maximiser leurs bénéfices individuels avant que la ressource ne s’épuise. Cette dimension collective rend la gouvernance océanique complexe et retarde sa mise en place, puisqu’elle est dépendante de la coopération internationale.

Surtout, l’océan est un milieu qui nous est étranger : la dégradation des fonds, la raréfaction des espèces ou l’acidification des eaux se produisent hors de nos champs sensoriels. Ce contexte est particulièrement propice à l’émergence de biais cognitifs pour expliquer leur effondrement écologique.

Des biais réels mais surestimés

Depuis les années 1980, la recherche sur le sujet a montré qu'il existait à la fois des biais psychologiques et des remèdes à ces derniers. Pour n’en citer que quelques-uns : biais d’optimisme, de présentisme (c'est-à-dire, notre tendance à préférer les résultats immédiats au détriment des résultats futurs) ou encore distance psychologique.

Appliqués à l’écologie, ils se traduisent par une minimisation des risques environnementaux, qui sont alors perçus comme lointains, temporaires ou réversibles. De ces constats naît l’idée que l’inaction environnementale serait préprogrammée dans notre cerveau de façon universelle et que les solutions devraient viser cette partie rétive de nos psychologies.

Autre exemple : le phénomène de « shifting baseline » (aussi appelé amnésie environnementale), qui décrit la tendance pour chaque nouvelle génération à réévaluer comme « normal » un état de plus en plus dégradé de la nature. Pour le milieu marin, les professionnels prennent alors pour référence des niveaux de biodiversité déjà appauvris. Chaque nouvelle étape de dégradation des écosystèmes est ainsi intégrée comme un nouvel état stable, ce qui rend la perte globale plus difficile à voir.

Les biais cognitifs possibles sont nombreux : les facteurs individuels participant à l’inaction écologique sont depuis longtemps étudiés, connus et intégrés. Mais leur influence sur l’inaction climatique est surestimée.


À lire aussi : Inaction climatique : et si on était victime du biais de « statu quo » ?


Quand les biais cognitifs tombent à l’eau

Souvent mobilisés pour expliquer les comportements humains, ces biais peinent pourtant à décrire toute la réalité. Raisonnons par l’absurde : s’il existe des biais universels qui nous poussent à minimiser les enjeux environnementaux, voire à détruire l’environnement, comment expliquer les écarts parfois importants en termes de croyances et de comportements que l’on peut observer d’une personne à l’autre, d’une société à l’autre ?

Comment expliquer que, pour nombre de sociétés, le terme de nature n’existe tout simplement pas, parce qu’il n’y a pas de différence faite entre ce qui est considéré comme soi (humain) et comme autre, animal ou végétal ?

L’effondrement écologique ne peut se comprendre sans faire l’analyse des sociétés qui y contribuent et qui exacerbent nos biais individuels. Dans nos sociétés industrialisées, l’accroissement du capital structure à la fois nos environnements sociaux et nos motivations. Or, l’avènement des sociétés capitalistes n’a pas été le résultat de seuls biais cognitifs ou de processus biologiques universels : il a été mené par une petite fraction de l’humanité qui, avec les moyens matériels et politiques adéquats, a pu l’imposer à la majorité, entraînant la rupture des rapports sociaux et environnementaux préexistants.

Dans les milieux marins, l’effondrement écologique s’explique surtout par les conditions économiques et politiques qui le rendent possible à l’échelle globale : pêche industrielle peu régulée, marchandisation de la biodiversité marine (tourisme, aquaculture…), intérêts économiques et politiques liés au contrôle de l’extraction minière et énergétique (hydrocarbures offshore, minerais marins)… Le tout inscrit dans un système économique global fondé sur l’accumulation.

Tout cela montre que l’effondrement écologique actuel est davantage la conséquence d’arrangements sociopolitiques que de biais cognitifs individuels qui nous pousseraient naturellement à détruire les écosystèmes. Il nous faut sortir de cette vision et agir sur les causes systémiques qui produisent l’inaction.

En effet, nous pouvons agir sur les organes politiques et économiques qui encadrent la gestion des milieux naturels, dont les milieux marins. Or, c’est précisément ce que les discours majoritaires sur les biais psychologiques empêchent de faire. En légitimant l’idée selon laquelle ces biais universels – car inscrits dans notre biologie – seraient à l’origine des problèmes d’exploitation, ils invisibilisent les rapports de pouvoir, déresponsabilisent les politiques et fournissent des outils permettant ensuite de justifier l’inaction.


À lire aussi : Climat : comment l’industrie pétrolière veut nous faire porter le chapeau


Déplacer la focale de l’individuel au collectif

Que faire ? Individuellement, il est bien sûr possible d’agir sur sa consommation de produits issus de la surpêche et de l’exploitation animale, de limiter les déplacements polluants ou encore de rejoindre des collectifs afin de gagner en capacité d’action et d’information.

Quels arguments pour convaincre et engager à l’action ? La recherche en psychologie et en communication environnementale a identifié six « vérités clés » :

  • le changement climatique existe,

  • il est créé par nos sociétés industrielles,

  • il existe un consensus scientifique,

  • il a des conséquences graves sur l’humanité et la biodiversité,

  • la majorité des personnes en sont inquiètes et veulent agir,

  • enfin, des actions efficaces existent.

L’action collective doit ensuite œuvrer à tous les niveaux, du local à l’international, en gardant pour boussole :

  • le respect des droits et de la dignité des populations,

  • une gouvernance la plus égalitaire et démocratique possible,

  • et la mise en place de mesures efficaces, contrôlées et collaboratives de gestion des biens communs, tels que des aires marines protégées exigeantes.

Les aires marines protégées, en fonction de leur degré de protection, peuvent être plus ou moins efficaces. Issu de Kirsten Grorud-Colvert et al. (2021)

L’effondrement du climat et de la biodiversité ne sont donc pas des fatalités, mais les conséquences des systèmes sur lesquels nous pouvons avoir un impact – à condition de les réorienter vers des modèles plus justes et soutenables.

The Conversation

Pierre-Yves Carpentier est membre de l'association Alternatiba06 qui œuvre pour l'écologie.

Benoit Dérijard a reçu des financements du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), de l'Université Côte d'Azur, du FEAMPA (Fonds Européen pour les Affaires Maritimes, la Pêche et l'Aquaculture), de la Région Sud et de l'OFB (Office Français de la Biodiversité).

Clara Vincendon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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15.01.2026 à 10:30

Faut-il en finir avec les incitations à mieux gérer nos déchets ? Le problème posé par les sciences comportementales

Camille Dormoy, Docteure en sociologie, spécialiste des politiques publiques de gestion des déchets/économie circulaire, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Réduire les déchets à coups d’incitations individuelles séduit les institutions. Mais cette approche masque les causes sociales, matérielles et politiques du problème.
Texte intégral (1894 mots)

Pour réduire les déchets, les politiques publiques misent de plus en plus sur les sciences comportementales, comme les « nudges » (dispositifs de suggestion). Cette idée est séduisante, mais elle déplace la responsabilité d’un problème systémique vers les individus. Les défauts de tris et autres dépôts sauvages sont alors souvent requalifiés comme de « mauvais comportements ». Le problème de cette approche ? Elle invisibilise les déterminants matériels, sociaux et politiques de la production des déchets.


Depuis une dizaine d’années, les collectivités territoriales, les agences nationales et une partie du secteur privé se sont engouffrées dans une voie présentée comme prometteuse : l’application des sciences comportementales à la réduction des déchets.

L’idée est que si les individus trient mal, jettent au mauvais endroit ou produisent trop de déchets, c’est qu’ils manquent d’information, de motivation ou parce que les dispositifs censés orienter leurs gestes (emplacement des bacs, lisibilité des consignes…) n’envoient pas les « bons signaux ». Des campagnes fondées sur les « nudges », des dispositifs incitatifs ou des signalétiques présentées comme « engageantes », sont alors présentées comme suffisantes pour transformer les comportements ordinaires et les pratiques quotidiennes.

Ce récit séduit. En effet, il permet d’agir vite, à moindre coût, et sans remettre en cause les logiques structurelles qui génèrent les déchets. Mais cette vision est réductrice. Elle repose sur une vision des conduites humaines qui méconnaît profondément les rapports sociaux, les conditions d’habiter, les trajectoires résidentielles, les inégalités matérielles et symboliques.

Surtout, elle déplace la question politique des déchets à l’échelle des individus. Ce faisant, elle en assigne la responsabilité aux habitants, présentés comme des acteurs indisciplinés mais rationalisables à coups de micro-incitations.


À lire aussi : Les mots de la gestion des déchets : quand le langage façonne nos imaginaires


Dispositifs défaillants et production institutionnelle de la stigmatisation

Sur le terrain, les observations ethnographiques montrent un paysage différent. Il est davantage structuré par des dispositifs sociotechniques, économiques, organisationnels que par les intentions individuelles.

Dans de nombreux quartiers, le tri est entravé par des infrastructures inadaptées. Citons par exemple les vide-ordures encore en usage qui empêchent toute séparation des flux à la source, l’absence d’espaces de stockage dans les logements, les bacs trop éloignés ou difficilement accessibles… certains dispositifs semblent conçus sans avoir tenu compte des pratiques quotidiennes de circulation des habitants. On peut ainsi penser aux points d’apport volontaire dispersés sur plusieurs centaines de mètres, qui imposent de longs trajets pour trier le verre, le papier et les plastiques.

Ces contraintes matérielles façonnent les gestes quotidiens, bien davantage qu’un prétendu manque de volonté ou de sensibilisation. S’y ajoute un autre phénomène, particulièrement saillant dans les quartiers populaires : des pratiques de circulation d’objets – don, récupération, redistribution informelle – se trouvent placées sous un régime de suspicions et de sanctions.

Autrement dit, ce qui relevait auparavant d’une économie populaire du réemploi est désormais requalifié en dépôts sauvages et incivilités. Et cela non pas parce que les pratiques auraient nécessairement changé, mais parce que leur visibilité est perçue comme un problème par les institutions.

Cette requalification transforme des logiques de subsistance ou de solidarité en manquements à la norme. Dans ce cadre, les acteurs institutionnels chargés de la gestion des déchets valorisent avant tout une logique de salubrité publique. Leur action se concentre alors sur l’évacuation, la disparition rapide des traces, l’entretien visuel de la voie publique. Le déchet y est traité comme un rebut dont il faut se débarrasser, et non comme une ressource susceptible d’être valorisée. Ainsi, des objets laissés temporairement dans l’espace public dans l’attente d’un repreneur ou d’un réemploi sont ramassés par les camions de collecte. Et ce faisant, définitivement soustraits à toute possibilité de réutilisation, parfois réduits à l’état de déchets ultimes par le broyage.

Ce glissement est lourd d’effets. Dans ces quartiers, les déchets deviennent des marqueurs sociaux. Ils servent à requalifier des groupes, à leur attribuer des comportements naturalisés, à désigner des « responsabilités » qui coïncident souvent avec des stigmatisations ethno-sociales préexistantes.

La propreté devient alors un instrument de classement. La figure de l’« habitant défaillant » se substitue aux défaillances structurelles des dispositifs sociotechniques, économiques et organisationnels. Rebut d’un côté, ressources de l’autre : la distinction n’est pas seulement technique, elle est sociale et politique. Elle organise la manière dont les territoires sont perçus, traités et hiérarchisés.


À lire aussi : Pollution, un mot qui permet aussi d’opérer un classement social


Les sciences comportementales masquent les vrais enjeux

Dans ce contexte, le recours aux sciences comportementales agit comme un masque. Il détourne l’attention des problèmes très concrets qui structurent la gestion des déchets au quotidien :

  • infrastructures défaillantes ou mal pensées (vide-ordures qui encouragent à jeter sans trier, locaux poubelles saturés, équipements peu lisibles),

  • conditions de travail éprouvantes (gardiens inexistants ou cantonnés à « tenir » les parties communes sans moyens ni formation sur le tri, prestataires de nettoiement soumis à des règles strictes et à des cadences élevées),

  • et des conflits permanents entre acteurs (bailleur, métropole, prestataires, habitants).

Au lieu de rendre ces dysfonctionnements visibles, l’analyse se concentre sur le dernier maillon de la chaîne : l’habitant, présenté comme celui qui se trompe, résiste ou ne fait pas assez d’efforts. C’est pourtant l’organisation du système qui crée les conditions mêmes de ces « mauvais gestes ».

Les éboueurs, les agents de tri, les services techniques et les décisions politiques disparaissent derrière une théorie simplifiée des comportements, où l’individu devient un point d’application dépolitisé. Pour les instituions, cette approche est séduisante à plusieurs titres :

  • d’abord parce qu’elle promet des résultats visibles à court terme ;

  • ensuite, parce qu’elle évite d’avoir à ouvrir le dossier – plus coûteux et plus conflictuel – de la réduction à la source, de la régulation de la production, ou de la reconfiguration des infrastructures (transformation matérielle et organisationnelle des dispositifs existants). Cela impliquerait ainsi de remettre en cause des équipements qui orientent structurellement les pratiques vers l’évacuation plutôt que vers la valorisation. Ou encore de redéfinir le rôle des acteurs de terrain – gardiens, agents de propreté, prestataires –, aujourd’hui cantonnés à une gestion de la salubrité visible ;

  • enfin, elle s’accorde avec une conception néolibérale de l’action publique où chacun est sommé d’être responsable de son empreinte.

Pourtant, cette logique se heurte à deux limites majeures.

La première tient aux résultats eux-mêmes de ces interventions comportementales. D’abord, leurs effets sont difficiles à mesurer. Elles peuvent également se révéler peu durables, puisque fortement dépendante des configurations sociales et matérielles dans lesquelles elles sont déployées. Enfin, elles peuvent modifier les comportements à court terme, mais ces ajustements se défont rapidement lorsque les incitations cessent, tant que l’organisation concrète reste inchangée. En pratique, les effets observés dans des cadres expérimentaux se révèlent difficiles à transposer durablement dans les contextes ordinaires.

La seconde limite est politique. En recentrant l’attention sur les comportements individuels, ces interventions contribuent à déplacer la responsabilité vers ceux qui disposent de la marge de manœuvre la plus étroite. Les habitants les plus précaires deviennent les premiers visés par ces dispositifs correctifs, alors même qu’ils subissent des infrastructures défaillantes et des conditions d’habiter plus contraignantes que d’autres.

Pendant ce temps, les ressorts structurels de la production de déchets demeurent intouchés. L’action publique se focalise ainsi sur ceux qui ont le moins de pouvoir d’action et épargne ceux qui déterminent réellement les volumes et les flux.

Sortir de la vision psychologisante de la gestion des déchets

En finir avec les sciences comportementales appliquées à la gestion des déchets ne signifie pas rejeter toute forme d’attention aux pratiques quotidiennes et individuelles. Cela implique plutôt de déplacer son centre de gravité. Pour cela, il convient de sortir d’une vision psychologisante, de réintroduire les dimensions matérielles, institutionnelles, historiques, politiques et sociales, et enfin de reconnaître que les déchets ne sont pas seulement une affaire d’individus mais aussi de systèmes.

Les infrastructures, les logiques économiques de production, la division sociale du travail, les politiques urbaines et les rapports de pouvoir façonnent bien davantage les volumes, les flux et les gestes que ne le feront jamais les autocollants sur un bac jaune.

Si les sciences comportementales ont pu offrir quelques outils ponctuels, elles ne constituent ni une théorie sociale ni une politique publique durable. La gestion des déchets exige une compréhension plus exigeante, celle d’un monde où la matérialité, les normes, la stigmatisation, les inégalités et les infrastructures s’entremêlent. S’y dérober en réduisant sa complexité à des micro-incitations n’est pas seulement inefficace, c’est aussi renoncer à penser ce que les déchets révèlent réellement de nos sociétés.

The Conversation

Camille Dormoy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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14.01.2026 à 16:22

The first ice core library in Antarctica to save humanity’s climate memory

Thomas Stocker, Emeritus Professor of Climate and Environmental Physics, University of Bern

With an average temperature of -50°C, Antarctica’s first-ever 100% natural sanctuary protects endangered ice cores from global warming.
Texte intégral (1678 mots)
Ice Core Storage at the Ice Memory Sanctuary in Concordia, Antarctica. Gaetano Massimo Macri/Ice Memory Foundation, Fourni par l'auteur

On Wednesday, January 14, 2026, the coolest library on Earth was inaugurated at the Concordia station, Antarctica. Samples from glaciers rescued worldwide are now beginning to be stored there for safekeeping. This will allow, among other things, future generations to continue studying traces of past climates trapped under ice, as glaciers on every continent continue to thaw out at a fast pace.

With its temperature of -50°C, the archive sanctuary built below the surface at Concordia will allow endangered ice cores extracted from the Andes, Svalbard, the Alps, the Caucasus, and the Pamir Mountains in Tajikistan to escape global warming without the need for technical intervention or refrigeration.

Former co-chair of the IPCC’s “Science” working group, Swiss climatologist and physicist Thomas Stocker is now president of the Ice Memory Foundation, which initiated this project, together with the University of Grenoble Alpes (France) and Ca’ Foscari University of Venice (Italy). He explains the urgency for this long-term initiative.


The Conversation: Could you give us a concrete example of how these ice cores stored in Antarctica could be used by scientists in the future?

Thomas Stocker: We can take the example of a new substance found in the atmosphere, like a pesticide. If in fifty years from now, a scientist wants to know what the concentration of that compound was in the year 2026, say in the European Alps or in Asia, they can now turn to an ice core.

If the ice core had not been collected and stored in Antarctica, the scientist would simply be at a loss to answer the question. But thanks to these ice cores that are now being safeguarded in Antarctica, researchers can analyse a sample of that core in Antarctica, measure the compound from the ice that was collected fifty or one hundred years ago, and reconstruct the data to answer that question.

But in order to allow future scientists to answer the many questions that will arise, we need to act quickly. A very recent article in Nature takes a global view of glacier loss and predicts that the number of glaciers to vanish will increase until around 2040, at which point annual glacier loss worldwide is set to peak.

Thereafter numbers will decline not because global warming has halted, but because one by one, glaciers disappear off the face of the earth, leaving fewer glaciers in a state of meltdown, a prospect which, in turn, ultimately destroys the prestigious and precious environmental archives available.

Temperatures in the Alps are rising about twice as fast as the global average, so it’s essentially a race against time. We need to secure these ice cores when water from the melting surface in summer has not yet penetrated the ice.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


Since you started working, you have undoubtedly seen many methodological and technological advances that have enabled us to make the ice “talk”. What are your hopes for future generations? What factors would allow for further “dialogue” with the ice core that will be stored at Concordia?

T.S.: I can only extrapolate from what we have learned and experienced in science over the last fifty years. We witnessed the arrival of new technology that, all of a sudden, offers the analysis of parameters of elemental composition, of the concentration of gases trapped within the ice that suddenly, like a key, opens a door to a whole new series of information about our environmental system.

So what I can see happening is new optical methods to determine the isotopic composition of different elements in various chemical substances, the likelihood of high-precision analytical tools being invented in the next decades or so that go down to the picogram level or or femtomole level, to tell us something about atmospheric composition, and particles such as dust and minerals from various regions which have been deposited in these ice cores that give us information about the conditions or state of the atmosphere in the past.

How were the snow caves built for ice core storage?

You are an Emeritus Professor of Climate and Environmental Physics. Which other fields will the Ice Memory project be useful for?

T.S.: Biology comes to mind. If you find organic remains or DNA in these ice cores, that’s biology. You can question the chemical composition of the atmosphere. That’s chemistry. If you question what’s the mineral composition of small dust particles that are deposited in these ice cores. That’s geology. And so, you have a whole range of different branches of science that can draw new information from these ice cores.

The Ice Memory Project brings together different scientific disciplines, as well as scientists of many nationalities. How challenging can this be in a time of increasing geopolitical tensions?

T.S.: Ice Memory is a case in point for how multilateralism plays out in the scientific community. It’s an opportunity for scientists in every nation to make use of this unique sanctuary in Concordia. And for us, it’s really an iconic endeavour that goes beyond frontiers, beyond political divisions, to really safeguard data from planet Earth, not only for the next generation of scientists, but for humanity in general.

We also urge all nations who have glaciers on their territory to participate and support scientific community-led ice coring expeditions in these areas, and to follow Tajikistan’s example. Tajikistan was the first nation to donate an ice core, 105 metres of precious ice from a unique location (the Kon Chukurbashi ice cap, for preservation in the Ice Memory foundation’s storage sanctuary in Antarctica.

Pamir Mountains ice core handed over by Tajikistan for Antarctic preservation.

During the Cold War, Antarctica was one of the few places on Earth where Russians and Americans could exchange ideas and conduct scientific research together. Could Antarctica still be a place where dialogue replaces rivalry?

T.S.: I am absolutely convinced that the unique environment Antarctica offers that’s so rich with nature and life, and so special on our planet, means that considerations surrounding each country’s position and values are secondary. The top priority, as we have demonstrated over the past fifty years of scientific exploration in the field, is really to understand our climate system, observe nature from the perspective of Antarctica, and to protect it. This gives us the opportunity to truly immerse ourselves, work together, and exchange ideas on specific scientific issues that concern us all, and in particular, concern the future of the planet we share.

Interview by Gabrielle Maréchaux, Environment Journalist at The Conversation France.

The Conversation

Thomas Stocker is the president of the Ice Memory Foundation.

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