
16.01.2026 à 12:17
Pablo Pillaud-Vivien
Trente soldats et trois communiqués de presse pour protéger le Groenland des États-Unis… S’il nous fallait une preuve de la faiblesse stratégique et politique de l’Europe, on l’a !
Un soldat britannique, un Hollandais, deux Norvégiens, deux Finlandais, trois Suédois, une douzaine d’Allemands et une quinzaine de Français. Voilà la réponse européenne aux appétits vautours de Donald Trump vis-à-vis du Groenland. Une trentaine de militaires, envoyés pour quelques jours. On hésite entre le gag et le malaise diplomatique. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un territoire grand comme quatre fois la France, au cœur des routes arctiques, stratégique pour les minerais, l’eau, le climat, les communications et, désormais, les ambitions impériales les plus décomplexées.
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Donald Trump n’a jamais caché son obsession groenlandaise. Elle revient, cyclique, mais aussi, hélas, de plus en plus sérieuse. Un imaginaire de la conquête brutal et assumé, où l’on achète, on annexe, on « sécurise ».
Face à cela, que fait l’Europe ? Elle euphémise en parlant de « rivalités de puissances » citant explicitement la Russie et la Chine, omettant parfois les États-Unis. Elle mime la fermeté. Elle envoie des soldats comme on placerait des petits pions au Risk. Pas pour défendre, encore moins pour dissuader, mais pour signifier qu’on existe. La Maison Blanche a répondu par le mépris pour les « chiens de traîneau » et fait savoir que cela n’était pas de nature à infléchir ses projets.
Personne n’envisage une confrontation armée avec les États-Unis pour le Groenland. Alors pourquoi ces annonces martiales aussitôt vidées de leur sens par des propos lénifiants et par la faiblesse des moyens militaires ? Parce que l’Europe ne sait plus quoi faire de sa propre impuissance stratégique. On ne construit pas une politique avec trente soldats et trois communiqués de presse.
Soyons sérieux deux minutes : personne n’envisage une confrontation armée avec les États-Unis pour le Groenland. Ni Londres, ni Berlin, ni Paris. Ni même Copenhague, pourtant officiellement souveraine sur l’île. Alors pourquoi cette chorégraphie ? Pourquoi ces annonces martiales aussitôt vidées de leur sens par des propos lénifiants et par la faiblesse des moyens militaires ?
Parce que l’Europe ne sait plus quoi faire de sa propre impuissance stratégique. Elle la compense par des gestes creux, persuadée que l’affichage vaut action. On ne construit pas une politique arctique, encore moins une politique internationale, avec trente soldats et trois communiqués de presse.
D’autant que le récit trumpien est loin de faire l’unanimité aux États-Unis même. Contrairement à l’image d’un pays uni derrière son président, la question du Groenland divise profondément. Des voix républicaines s’inquiètent du coût, du précédent juridique, du mépris affiché envers les Groenlandais. L’idée d’une annexion brutale fait grincer des dents jusque dans le camp conservateur.
Le danger n’est pas une invasion imminente, bottes américaines foulant la glace sous les yeux médusés de soldats européens frigorifiés. Le danger, c’est l’accoutumance. Or accepter d’envoyer des soldats sans stratégie et sans projet, c’est accepter d’entrer dans le jeu des puissants. Ce n’est pas dissuader Donald Trump mais valider son cadre : celui d’un monde où tout se règle par rapports de force.
Derrière cet épisode arctique se joue un enjeu tout aussi grave : l’avenir même du projet européen, pris dans les vents violents de l’extrême droite, du repli nationaliste et de la paralysie institutionnelle. À Berlin, l’inquiétude est désormais explicite et assumée. Friedrich Merz, le chancelier allemand, a déjà fait des offres de relations directes à Donald Trump. Il expose désormais ses doutes sur la capacité de l’UE à tenir.
L’impuissance face au Groenland n’est pas un accident. C’est le symptôme d’une UE qui n’ose plus se penser comme projet, encore moins comme horizon démocratique et social commun. Une UE prisonnière de ses règles et de sa doxa néolibérale ; une UE incapable de surmonter ses peurs et de faire face aux forces qui travaillent à sa désagrégation.
Pour enrayer cette spirale, il faudra refonder le projet européen. Reposer enfin les questions que l’on évite depuis trop longtemps : comment décider ? À qui ? Et pour quoi faire ? Rompre avec l’Europe minimale du marché et de la concurrence, réinterroger son fonctionnement et clarifier le périmètre politique de l’UE, reconstruire une Europe capable de défendre la souveraineté des peuples, la coopération internationale et le droit face aux impérialismes.
L’Union européenne ne mourra peut-être pas dans un fracas spectaculaire. Elle peut s’éteindre lentement par renoncement, par perte de sens. Face à Donald Trump, face aux extrêmes droites européennes, face aux conflits à venir, la réponse ne peut pas être trente soldats sur la glace. Elle ne peut être que politique et collective. Tout le reste n’est que de l’esbroufe.
16.01.2026 à 11:58
la Rédaction
La perquisition policière menée le 7 janvier à Violette and Co, librairie queer parisienne, marque une escalade inquiétante du climat politique autour des espaces de pensée critique. Parce qu’ils recherchaient un livre de coloriage considéré comme pro-palestinien, From the River to the Sea, les forces de l’ordre, accompagnées d’un magistrat, ont fouillé les rayons et les réserves de ce lieu indépendant, déjà visé par des campagnes de harcèlement, menaces et dégradations ces derniers mois. Cette intervention disproportionnée s’inscrit dans un contexte où des voix militantes sont de plus en plus ciblées par des actions judiciaires et politiques qui dépassent le strict cadre du droit, fragilisant la liberté d’expression et de publication dans nos librairies engagées. Angoissant et inquiétant.
16.01.2026 à 11:56
la Rédaction

Un soldat britannique, un Hollandais, deux Norvégiens, deux Finlandais, trois Suédois, une douzaine d’Allemands et une quinzaine de Français. Voilà la réponse européenne aux appétits vautours de Donald Trump vis-à-vis du Groenland. Une trentaine de militaires, envoyés pour quelques jours. On hésite entre le gag et le malaise diplomatique. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un territoire grand comme quatre fois la France, au cœur des routes arctiques, stratégique pour les minerais, l’eau, le climat, les communications et, désormais, les ambitions impériales les plus décomplexées.
Donald Trump n’a jamais caché son obsession groenlandaise. Elle revient, cyclique, mais aussi, hélas, de plus en plus sérieuse. Un imaginaire de la conquête brutal et assumé, où l’on achète, on annexe, on « sécurise ».
Face à cela, que fait l’Europe ? Elle euphémise en parlant de « rivalités de puissances » citant explicitement la Russie et la Chine, omettant parfois les États-Unis. Elle mime la fermeté. Elle envoie des soldats comme on placerait des petits pions au Risk. Pas pour défendre, encore moins pour dissuader, mais pour signifier qu’on existe. La Maison Blanche a répondu par le mépris pour les « chiens de traîneau » et fait savoir que cela n’était pas de nature à infléchir ses projets.
Soyons sérieux deux minutes : personne n’envisage une confrontation armée avec les États-Unis pour le Groenland. Ni Londres, ni Berlin, ni Paris. Ni même Copenhague, pourtant officiellement souveraine sur l’île. Alors pourquoi cette chorégraphie ? Pourquoi ces annonces martiales aussitôt vidées de leur sens par des propos lénifiants et par la faiblesse des moyens militaires ?
Parce que l’Europe ne sait plus quoi faire de sa propre impuissance stratégique. Elle la compense par des gestes creux, persuadée que l’affichage vaut action. On ne construit pas une politique arctique, encore moins une politique internationale, avec trente soldats et trois communiqués de presse.
D’autant que le récit trumpien est loin de faire l’unanimité aux États-Unis même. Contrairement à l’image d’un pays uni derrière son président, la question du Groenland divise profondément. Des voix républicaines s’inquiètent du coût, du précédent juridique, du mépris affiché envers les Groenlandais. L’idée d’une annexion brutale fait grincer des dents jusque dans le camp conservateur.
Le danger n’est pas une invasion imminente, bottes américaines foulant la glace sous les yeux médusés de soldats européens frigorifiés. Le danger, c’est l’accoutumance. Or accepter d’envoyer des soldats sans stratégie et sans projet, c’est accepter d’entrer dans le jeu des puissants. Ce n’est pas dissuader Donald Trump mais valider son cadre : celui d’un monde où tout se règle par rapports de force.
Derrière cet épisode arctique se joue un enjeu tout aussi grave : l’avenir même du projet européen, pris dans les vents violents de l’extrême droite, du repli nationaliste et de la paralysie institutionnelle. À Berlin, l’inquiétude est désormais explicite et assumée. Friedrich Merz, le chancelier allemand, a déjà fait des offres de relations directes à Donald Trump. Il expose désormais ses doutes sur la capacité de l’UE à tenir.
L’impuissance face au Groenland n’est pas un accident. C’est le symptôme d’une UE qui n’ose plus se penser comme projet, encore moins comme horizon démocratique et social commun. Une UE prisonnière de ses règles et de sa doxa néolibérale ; une UE incapable de surmonter ses peurs et de faire face aux forces qui travaillent à sa désagrégation.
Pour enrayer cette spirale, il faudra refonder le projet européen. Reposer enfin les questions que l’on évite depuis trop longtemps : comment décider ? À qui ? Et pour quoi faire ? Rompre avec l’Europe minimale du marché et de la concurrence, réinterroger son fonctionnement et clarifier le périmètre politique de l’UE, reconstruire une Europe capable de défendre la souveraineté des peuples, la coopération internationale et le droit face aux impérialismes.
L’Union européenne ne mourra peut-être pas dans un fracas spectaculaire. Elle peut s’éteindre lentement par renoncement, par perte de sens. Face à Donald Trump, face aux extrêmes droites européennes, face aux conflits à venir, la réponse ne peut pas être trente soldats sur la glace. Elle ne peut être que politique et collective. Tout le reste n’est que de l’esbroufe.
PERQUISITION DU JOUR
La perquisition policière menée le 7 janvier à Violette and Co, librairie queer parisienne, marque une escalade inquiétante du climat politique autour des espaces de pensée critique. Parce qu’ils recherchaient un livre de coloriage, From the River to the Sea, les forces de l’ordre, accompagnées d’un magistrat, ont fouillé les rayons et les réserves de ce lieu indépendant, déjà visé par des campagnes de harcèlement, menaces et dégradations ces derniers mois. Cette intervention s’inscrit dans un contexte où des voix militantes sont ciblées par des actions d’intimidation émanant de l’extrême droite et, hélas aussi, du pouvoir. Ce précédent, dans une librairie, fragilise la liberté d’expression et de publication. Angoissant et inquiétant.
P.P.-V.

Alors que l’actualité est saturée de discours sur la « nécessité » des guerres, de la remilitarisation et des sacrifices à consentir au nom de la nation, voir « À l’Ouest rien de nouveau », réalisé par Lewis Milestone en 1930, fait un bien fou. Adaptation du roman pacifiste d’Erich Maria Remarque publié un an auparavant, le film démonte avec brutalité le mensonge du patriotisme guerrier de la Première guerre mondiale : derrière les slogans et l’enthousiasme forcé, il n’y a que des corps broyés, des vies jeunes détruites et une violence absurde qui ne produit ni victoire morale ni sens collectif. Ce classique du 7ème art rappelle que la guerre n’est jamais un horizon émancipateur en soi… Précieux à l’heure où les tambours résonnent à nouveau en Europe et ailleurs. À voir sur la plateforme de films libres de droits Wikiflix !



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