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22.01.2026 à 12:58

Que faire du recul de Trump sur le Groenland ?

la Rédaction

L'offensive trumpienne révèle une Europe bloquée sur ses alignements et ses peurs. Face aux convoitises sur les territoires hérités des colonisations, une refondation de l’ONU et de l’universalisme politique devient urgente.
Texte intégral (1925 mots)

L’offensive trumpienne révèle une Europe bloquée sur ses alignements et ses peurs. Face aux convoitises sur les territoires hérités des colonisations, une refondation de l’ONU et de l’universalisme politique devient urgente.

par Pablo Pillaud-Vivien

Le « revirement » de Donald Trump au sommet de Davos sur le Groenland a été accueilli hier avec un soupir de soulagement. Le président états-unien jure désormais qu’il n’utilisera pas la force pour s’emparer de l’île arctique. Il prétend avoir un plan avec l’Otan.

Certains s’attribuent, non sans raison, une part de la victoire présente. Les prises de paroles du président français et du premier ministre canadien ont été d’une rare fermeté. Elles ont rappelé que le Groenland n’était pas un territoire vacant, offert à l’appétit de la première puissance mondiale. Mais il ne faut pas en conclure que Donald Trump lâche l’affaire.

Ce sont d’abord ses propres fragilités intérieures qui l’ont contraint à infléchir son discours. Les marchés financiers ont réagi négativement à ses rodomontades impériales, faisant tanguer Wall Street. Le Congrès s’est cabré. Pas seulement les Démocrates : des figures éminentes de son propre camp ont exprimé leur malaise. Quant aux Américains eux-mêmes, ils se disent opposés à l’annexion du Groenland, a fortiori par la force.

Donc Donald Trump a reculé. Mais même sans chars ni bombardiers, les États-Unis disposent de moyens pour mettre en place leur plan. Ils ont déjà une base militaire stratégique à Pituffik. Rien n’empêche Washington de pousser à de nouveaux « accords » militaires, au-delà de ceux de 1951. L’autre obsession de Donald Trump, ce sont les ressources groenlandaises : terres rares, minerais, potentiel énergétique, eau. Là encore, la puissance américaine peut vouloir imposer des accords commerciaux léonins. Le capitalisme impérial sait se passer de canons quand les contrats suffisent.

Le Groenland ne sera probablement pas le cinquante-et-unième État des États-Unis… Ce n’est pas rien. Pour ce faire, il lui aurait aussi fallu la reconnaissance internationale. Donald Trump se rêve en conquérant pour marquer l’histoire. Ce n’est pas fait. Tant que l’Organisation des Nations unies et une large majorité des États refuseront de reconnaître une souveraineté américaine sur l’île, ses proclamations resteront incantatoires. Le droit international ne se plie pas si facilement aux tweets présidentiels. 

Que faire de ce premier recul ? Cette crise a aussi montré les limites de l’unité et de la volonté d’autonomie. Seuls 7 sur 27 pays européens ont eu le « courage » de participer à l’exercice de l’Otan au Groenland. Friedrich Merz, le chancelier allemand, s’est dit prêt à des négociations bilatérales avec Donald Trump, conformément à la dépendance de son économie au marché américain. Giorgia Meloni a fait de sa connivence avec l’administration trumpienne son utilité et son marqueur politique. Aucun n’ose vouloir la fin de l’Otan et beaucoup continuent d’acheter les armes aux États-Unis. Même le Danemark.

Cette crise a révélé d’autres questions comme celles des territoires issus des colonisations. Ils sont l’objet de convoitises pour leur richesses et pour leur position. Au nom de quel principe s’opposer à l’annexion par telle ou telle puissance impérialiste ? La proposition avancée par Jean-Luc Mélenchon d’un vote solennel du parlement européen pour affirmer l’appartenance du Groenland et de tous les territoires associés – comme la Nouvelle Calédonie-Kanaky, Wallis et Futuna, Polynésie française, l’Antarctique français – à l’Europe est problématique voire contradictoire avec les idées anticolonialistes. Un tel vote ancrerait l’Europe dans un projet peu désirable, celui d’une puissance parmi les puissances. Ces territoires, souvent insulaires et peu peuplés, doivent trouver un cadre qui défend tout à la fois leur autonomie, qui apporte une réponse à leur dépendance de fait pour la plupart de leurs besoins, qui ne les contraint pas à choisir leur seigneur et qui n’élude pas les enjeux pour l’humanité et la planète que recouvrent leur devenir. Il y a un urgent besoin de créativité pour répondre ensemble à ces exigences. Le grand et nécessaire chantier de la refonte de l’ONU doit y participer. 

Cette crise a montré les faiblesses et les divisions de l’Europe. Dont la plus saillante est son absence de projet. L’Europe n’a pas d’autres idées que de s’armer et de conforter le commerce. Ces bases ne peuvent en aucun cas unir ses peuples. L’ambition de rester fidèles aux valeurs démocratiques doit se fonder sur des projets pour nous, les Européens, et pour nous, les Terriens. L’écologie, le droit international, la recherche et la science… Les sujets capables de rassembler et de motiver les pays et les peuples ne manquent pas ; ils pourraient arracher l’Europe au club fermé des puissants qui se congratulent à Davos. Pour le moment, aucune voix, hormis celle de l’Espagnol Pedro Sanchez, ne semble prendre ce chemin d’une ouverture vers l’universalité des attentes.

La dernière proposition trumpienne de créer un « conseil de la paix » concurrent de l’ONU, sous contrôle américain, est aux antipodes du nécessaire. Emmanuel Macron a eu raison de refuser de s’y joindre. Encore un effort pour penser en pays libre, responsable par son histoire d’avancer des propositions de solutions. 

Le « revirement » de Donald Trump n’est pas une reddition. Avec lui, les pauses sont rarement synonymes d’abandon. Utilisons cette accalmie pour construire l’alternative.

Pablo Pillaud-Vivien

🔴 LÉGALISATION DU JOUR

Présomption de légitime défense : le gouvernement et les LR légifèrent sur l’impunité policière

Il n’y aura plus jamais de bavures, puisqu’elles seront autorisées. Voilà l’objet de la proposition de loi LR qui débarque ce jeudi à l’Assemblée à l’occasion de sa niche parlementaire. Contre tout principe républicain, les forces de l’ordre se verraient – si le texte est adopté – dotées d’un régime pénal dérogatoire. Concrètement, si un policier ou un gendarme blesse ou tue quelqu’un, la justice devrait alors présumer que l’acte était légal et ce sera à la victime d’apporter la preuve du contraire. Un tel régime d’exception, l’extrême droite – tant politique que syndicale – en rêve depuis des lustres et leur vœu est en passe d’être exaucé par les députés LR, avec la bénédiction du ministre de l’intérieur. Libération rappelle l’étude qui avait démontré qu’après l’assouplissement des conditions dans lesquelles les agents peuvent faire feu (adopté en février 2017, sous la présidence Hollande et du gouvernement Cazeneuve), le nombre de tirs mortels a été multiplié par six. On rappelle également que 2024 a été une année record des tués par balle, avec 27 victimes, sur un total de 52 décès en lien avec une intervention des forces de l’ordre. Depuis 2005, 562 personnes qui sont mortes de la sorte, des chiffres qui ne cessent de croître. La réponse judiciaire, elle, n’est déjà pas à la hauteur : côté IGPN, seuls 10% des affaires sont traitées et les sanctions sont quasi inexistantes. Côté ministère de la justice, les peines d’emprisonnement pour violences volontaires sont en baisse. Demain, si les députés le souhaitent, l’impunité deviendra loi.

L.L.C.

ON VOUS RECOMMANDE…

« Deux chemins militants », un épisode des Pieds sur Terre sur France Culture. À Dunkerque, Françoise rend sa carte du Rassemblement national. Aujourd’hui, elle se sent proche des anarchistes. À Nice, Thierry, syndicaliste et homosexuel, a longtemps voté pour la gauche avant de devenir militant pour le parti de Marine Le Pen. Édifiant.

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21.01.2026 à 12:31

À bas Parcoursup, mais après ?

Pablo Pillaud-Vivien

C’est le début de la saison Parcoursup pour des centaines de milliers de lycéens en terminale. Ce système de préinscription est devenu le symbole des maux de l’enseignement supérieur. Mais si l’algorithme cristallise les angoisses et les colères, il masque l’essentiel : l’absence d’un projet éducatif capable de dire ce que nous voulons transmettre, produire…
Texte intégral (1129 mots)

C’est le début de la saison Parcoursup pour des centaines de milliers de lycéens en terminale. Ce système de préinscription est devenu le symbole des maux de l’enseignement supérieur. Mais si l’algorithme cristallise les angoisses et les colères, il masque l’essentiel : l’absence d’un projet éducatif capable de dire ce que nous voulons transmettre, produire et devenir collectivement.

Parcoursup ouvre ses inscriptions pour 2026. Pour de nombreux jeunes et familles, c’est cela l’actualité… Il a su faire l’unanimité contre lui. Faire huer Parcoursup et c’est le succès assuré dans tous les meetings. Contre la sélection absurde – un vœu en psycho et te voilà en géo –, contre l’opacité algorithmique, contre l’orientation par l’échec, contre la mise en concurrence généralisée des lycéens. Une question demeure : que propose-t-on à la place ?


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L’État consacre chaque année des dizaines de milliards à l’enseignement supérieur, mais ce budget ramené par étudiant a chuté de 22% depuis 2008. La gauche propose de corriger, de rééquilibrer, de démocratiser l’accès. Mais à quoi doit servir l’école, comme l’université, dans une société qui va, c’est certain, se transformer radicalement ? Parcoursup est le révélateur d’un système éducatif qui a renoncé à penser ce qu’il transmet, à qui, et dans quel but commun.

Depuis des décennies, l’école est sommée de réparer les inégalités sociales, former des citoyens, former aux métiers et préparer à des métiers qui n’existent pas encore. Mais sans jamais clarifier ce que chaque citoyen devrait acquérir.

Le socle commun est trop souvent un empilement de disciplines académiques, hiérarchisées, sacralisées : mathématiques, français, histoire, sciences naturelles. Indispensables. Mais la question des savoir-faire, des compétences pratiques, techniques, collectives, reste un angle mort du projet éducatif.

La question n’est donc pas seulement comment on oriente, mais quel type de nation nous voulons construire ? Une société qui se rêve post-industrielle assise sur une économie de services, dépendante des chaînes de valeur mondialisées ? Ou une nation capable de produire, de soigner, de défendre le droit, de nourrir sa population et de jouir aussi ?

Avec l’intelligence artificielle, l’automatisation et les gains de productivité à venir, du temps de travail va se libérer. Mais pour quoi faire ? Pour produire plus, consommer plus, s’adapter en permanence à un marché du travail instable ? Cette question du temps libéré est indissociable de celle de l’éducation : si l’on ne sait pas quoi faire du temps gagné, c’est que l’on n’a jamais appris à autre chose qu’à travailler.

La France affirme vouloir se réindustrialiser, réussir la bifurcation écologique, demeurer une grande nation agricole et de services publics. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Chaque année, elle forme environ 100 000 diplômés dans les filières d’ingénierie, quand les États-Unis en forment près de 240 000 (pour 340 millions d’habitants), la Russie plus de 450 000 (pour 140 millions d’habitants) et l’Iran plus de 230 000 (pour 90 millions d’habitants). Des puissances industrielles ou émergentes investissent massivement dans les savoirs techniques quand la France reste en retrait. Le même sous-investissement structurel se retrouve dans les métiers du soin : avec 340 médecins et 888 infirmiers pour 100 000 habitants, la France est nettement moins dotée que l’Allemagne, qui en compte respectivement 455 et près de 1200. Côté justice, l’écart est tout aussi frappant : la France dispose d’environ 11 juges pour 100 000 habitants, contre près de 25 en Allemagne, et presque deux fois moins d’avocats par habitant. Partout, le constat est le même : enseignants, techniciens, cadres intermédiaires manquent, par choix politiques.

La France affiche des ambitions de puissance productive et démocratique sans jamais se poser la question décisive : quels métiers voulons-nous former, en quelle quantité, et à travers quels enseignements communs pour faire société ? On ne rebâtit pas une industrie sans une culture technique partagée. On ne transforme l’agriculture sans des savoirs agronomiques largement diffusés. On ne renforce l’État de droit sans une formation exigeante au raisonnement juridique. Tout cela ne relève pas du marché de l’orientation individuelle mais de choix politiques collectifs.

Mais former à ces métiers ne suffit pas. Une école émancipatrice ne peut être réduite à une annexe du marché du travail, ni l’université à une fabrique de compétences immédiatement monétisables. L’éducation doit aussi nous apprendre à regarder le monde, à y être et y agir, pas seulement à y produire. Apprendre à dessiner, à jardiner, à écouter, à faire de la musique, à admirer une œuvre d’art, à lire, à comprendre un texte, à réparer un objet ou à monter son installation électrique : c’est ce qui construit des individus autonomes, sensibles, capables d’attention, de coopération et de jugement. Tout ce que l’on apprend n’a pas vocation à être rentable… 

Reste pourtant une question décisive, que Parcoursup ne fait qu’effleurer mais que la gauche ne peut plus esquiver. Avec l’intelligence artificielle, l’automatisation et les gains de productivité à venir, du temps de travail va se libérer. Mais pour quoi faire ? Pour produire plus, consommer plus, s’adapter en permanence à un marché du travail instable ? Ou pour apprendre autrement, participer davantage à la vie démocratique, créer, transmettre, prendre soin, habiter pleinement le monde ? Cette question du temps libéré est indissociable de celle de l’éducation : si l’on ne sait pas quoi faire du temps gagné, c’est que l’on n’a jamais appris à autre chose qu’à travailler.

Penser Parcoursup, ce n’est donc pas seulement repenser l’orientation, c’est rouvrir un débat politique majeur sur ce que nous voulons transmettre, sur la place du savoir dans une société émancipée et sur le type de civilisation que nous choisissons de construire. Tant que ce débat restera absent, Parcoursup continuera de trier des trajectoires individuelles là où il faudrait enfin organiser un avenir commun.

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21.01.2026 à 12:26

À bas Parcoursup, mais après ?

la Rédaction

La newsletter du 21 janvier 📨
Texte intégral (1889 mots)

La newsletter du 21 janvier 📨

par Pablo Pillaud-Vivien

C’est le début de la saison Parcoursup pour des centaines de milliers de lycéens en terminale. Ce système de préinscription est devenu le symbole des maux de l’enseignement supérieur. Mais si l’algorithme cristallise les angoisses et les colères, il masque l’essentiel : l’absence d’un projet éducatif capable de dire ce que nous voulons transmettre, produire et devenir collectivement.

Parcoursup ouvre ses inscriptions pour 2026. Pour de nombreux jeunes et familles, c’est cela l’actualité… Il a su faire l’unanimité contre lui. Faire huer Parcoursup et c’est le succès assuré dans tous les meetings. Contre la sélection absurde – un vœu en psycho et te voilà en géo –, contre l’opacité algorithmique, contre l’orientation par l’échec, contre la mise en concurrence généralisée des lycéens. Une question demeure : que propose-t-on à la place ?

L’État consacre chaque année des dizaines de milliards à l’enseignement supérieur, mais ce budget ramené par étudiant a chuté de 22% depuis 2008. La gauche propose de corriger, de rééquilibrer, de démocratiser l’accès. Mais à quoi doit servir l’école, comme l’université, dans une société qui va, c’est certain, se transformer radicalement ? Parcoursup est le révélateur d’un système éducatif qui a renoncé à penser ce qu’il transmet, à qui, et dans quel but commun.

Depuis des décennies, l’école est sommée de réparer les inégalités sociales, former des citoyens, former aux métiers et préparer à des métiers qui n’existent pas encore. Mais sans jamais clarifier ce que chaque citoyen devrait acquérir.

Le socle commun est trop souvent un empilement de disciplines académiques, hiérarchisées, sacralisées : mathématiques, français, histoire, sciences naturelles. Indispensables. Mais la question des savoir-faire, des compétences pratiques, techniques, collectives, reste un angle mort du projet éducatif.

La question n’est donc pas seulement comment on oriente, mais quel type de nation nous voulons construire ? Une société qui se rêve post-industrielle assise sur une économie de services, dépendante des chaînes de valeur mondialisées ? Ou une nation capable de produire, de soigner, de défendre le droit, de nourrir sa population et de jouir aussi ?

La France affirme vouloir se réindustrialiser, réussir la bifurcation écologique, demeurer une grande nation agricole et de services publics. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Chaque année, elle forme environ 100 000 diplômés dans les filières d’ingénierie, quand les États-Unis en forment près de 240 000 (pour 340 millions d’habitants), la Russie plus de 450 000 (pour 140 millions d’habitants) et l’Iran plus de 230 000 (pour 90 millions d’habitants). Des puissances industrielles ou émergentes investissent massivement dans les savoirs techniques quand la France reste en retrait. Le même sous-investissement structurel se retrouve dans les métiers du soin : avec 340 médecins et 888 infirmiers pour 100 000 habitants, la France est nettement moins dotée que l’Allemagne, qui en compte respectivement 455 et près de 1200. Côté justice, l’écart est tout aussi frappant : la France dispose d’environ 11 juges pour 100 000 habitants, contre près de 25 en Allemagne, et presque deux fois moins d’avocats par habitant. Partout, le constat est le même : enseignants, techniciens, cadres intermédiaires manquent, par choix politiques.

La France affiche des ambitions de puissance productive et démocratique sans jamais se poser la question décisive : quels métiers voulons-nous former, en quelle quantité, et à travers quels enseignements communs pour faire société ? On ne rebâtit pas une industrie sans une culture technique partagée. On ne transforme l’agriculture sans des savoirs agronomiques largement diffusés. On ne renforce l’État de droit sans une formation exigeante au raisonnement juridique. Tout cela ne relève pas du marché de l’orientation individuelle mais de choix politiques collectifs.

Mais former à ces métiers ne suffit pas. Une école émancipatrice ne peut être réduite à une annexe du marché du travail, ni l’université à une fabrique de compétences immédiatement monétisables. L’éducation doit aussi nous apprendre à regarder le monde, à y être et y agir, pas seulement à y produire. Apprendre à dessiner, à jardiner, à écouter, à faire de la musique, à admirer une œuvre d’art, à lire, à comprendre un texte, à réparer un objet ou à monter son installation électrique : c’est ce qui construit des individus autonomes, sensibles, capables d’attention, de coopération et de jugement. Tout ce que l’on apprend n’a pas vocation à être rentable… 

Reste pourtant une question décisive, que Parcoursup ne fait qu’effleurer mais que la gauche ne peut plus esquiver. Avec l’intelligence artificielle, l’automatisation et les gains de productivité à venir, du temps de travail va se libérer. Mais pour quoi faire ? Pour produire plus, consommer plus, s’adapter en permanence à un marché du travail instable ? Ou pour apprendre autrement, participer davantage à la vie démocratique, créer, transmettre, prendre soin, habiter pleinement le monde ? Cette question du temps libéré est indissociable de celle de l’éducation : si l’on ne sait pas quoi faire du temps gagné, c’est que l’on n’a jamais appris à autre chose qu’à travailler.

Penser Parcoursup, ce n’est donc pas seulement repenser l’orientation, c’est rouvrir un débat politique majeur sur ce que nous voulons transmettre, sur la place du savoir dans une société émancipée et sur le type de civilisation que nous choisissons de construire. Tant que ce débat restera absent, Parcoursup continuera de trier des trajectoires individuelles là où il faudrait enfin organiser un avenir commun.

Pablo Pillaud-Vivien

🔴 IDÉE DU JOUR

Prison, HLM : même tambouille pour le ministre du logement

Ce qu’il y a de bien avec les gens de droite, c’est qu’ils osent tout, même l’exécrable. Au Sénat, deux amendements du sénateur UDI Michel Canévet ont pris une dimension inattendue. Il proposait de « comptabiliser les cellules de prison au titre de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU), qui impose aux communes de plus de 3500 habitants des grandes agglomérations (1500 en Île-de-France) de compter au moins 25% de logements sociaux », lit-on sur Mediapart. Concrètement, cette proposition visait à faire d’une pierre deux coups : de la main droite, elle « encourageait » les maires, plutôt réticents, à accueillir de nouvelles prisons – on rappelle que les gouvernements successifs sont toujours plus « bâtisseurs » en la matière – quand, de la main gauche, elle leur offrait en échange de moins se soucier du respect de la loi SRU. Une cellule en plus égale un logement social en moins… Tout bénef’ ! Une idée qu’elle est tellement bonne que le ministre du logement Vincent Jeanbrun s’en est mêlé, avec un cynisme à peine dissimulé : « Quand vous avez sur un territoire des contraintes majeures […], la loi SRU s’adapte », avance-t-il avant d’apporter « le soutien du gouvernement, et particulièrement du ministère de la justice ». Manque de bol, l’amendement a été rejeté. Mais le ministre promet « de reparler de ces dispositions dans le grand plan logement que je présenterai après la séquence budgétaire ». Après les motions de censure, donc.

L.L.C.

ON VOUS RECOMMANDE…

« Le monde est désormais en ‘faillite hydrique’, selon un rapport de l’ONU », à lire sur The Conversation. La pénurie d’eau fait de plus en plus l’actualité, en Iran, en Turquie, aux États-Unis… Les causes sont connues : surexploitation, dérèglement climatique. Les conséquences sont systémiques, elles touchent le secteur agricole, provoquent des incendies, des tempêtes de poussière, des effondrements du sol et privent d’eau potable un nombre faramineux de gens : « Environ 4 milliards de personnes vivent dans des conditions de grave pénurie d’eau (c’est-à-dire sans accès à une quantité d’eau suffisante pour répondre à tous leurs besoins) pendant au moins un mois par an ». La guerre de l’or bleu est évitable, mais elle demande des révolutions substantielles. Que l’on gagne ou perde cette guerre, l’humanité aura un lourd tribut à payer.

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20.01.2026 à 12:24

Les socialistes vont laisser passer le budget : où est le problème ?

Catherine Tricot

Faut-il excommunier le PS de la gauche ? Au lieu de jouer la déception, reconnaissons que les socialistes sont ce qu’ils sont et qu’il y a pas de plan B. Ils vont la jouer solo et ce ne sera pas la dernière fois. À défaut de majorité à l’Assemblée, comment faire adopter un budget ? On rappelle…
Texte intégral (1183 mots)

Faut-il excommunier le PS de la gauche ? Au lieu de jouer la déception, reconnaissons que les socialistes sont ce qu’ils sont et qu’il y a pas de plan B. Ils vont la jouer solo et ce ne sera pas la dernière fois.

À défaut de majorité à l’Assemblée, comment faire adopter un budget ? On rappelle la faute initiale d’une dissolution qui n’a permis ni débat ni cap approuvé. On n’oubliera pas que ceux qui gouvernent ont la plus petite légitimité politique avec une alliance des droites plus qu’incertaine. Le NFP devrait gouverner. Point.


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Mais si le NFP gouvernait, il aurait aussi négocié avec les autres groupes parlementaires. Le problème n’est donc pas que le PS ait négocié, même si depuis six mois il a davantage parlé avec le pouvoir qu’avec ses autres partenaires de gauche. Le problème est double. L’un est grave, l’autre est mesquin.

Le problème le plus grave est que le PS est fier de lui. Il pense sincèrement avoir infléchi le budget. Mais le budget d’un pays ne se mesure pas à telle ou telle mesure sociale ou fiscale mais à son orientation globale. Le budget de Sébastien Lecornu constitue-t-il une inflexion, une nouvelle direction pour sortir le pays de ses multiples nasses : désindustrialisation, inégalités et misère, agriculture perdue, école qui forme trop peu, déficit, etc. ?

Bien sûr que les repas à 1 euro pour les étudiants, c’est bien. Coût : 90 millions sur un budget de l’État de 300 milliards. C’est bien aussi parce que ce droit sera inconditionnel. Bien sûr que 50 euros de prime d’activité en plus, ce sera bon à prendre. Pour combien de salariés ? Cette prime, comme toutes les primes, n’ouvre aucun droit social en particulier pour la retraite de ces travailleurs au bord de la pauvreté. Pire : elle continue de proposer comme solution une baisse du coût du travail suppléée par l’État. Prime d’activité, baisse des charges sur les bas salaires comme le proposait le PS ou défiscalisation des heures supplémentaires : la politique de l’offre fait consensus et reste leur seule perspective.

Le PS est le PS. Face à la « réalité », il n’a pas d’autres idées. Donc rien n’est possible avec le PS ? Si vous avez un autre monde, une autre gauche de réserve, appelez-nous. « Et LFI ? » Oui, LFI. Mais elle n’est pas toute la gauche et ne peut y prétendre. C’est ainsi. Donc il faut continuer de faire ce que l’on peut pour que le PS sorte de sa gangue.

Ce matin sur France Inter, Olivier Faure ne disait pas autre chose : « Ce n’est pas possible de continuer à avoir un discours qui est celui qu’on connait depuis trop longtemps, qui est celui de la politique de l’offre exclusive et qui a mené le pays où l’on sait, c’est-à-dire à plus de 3000 milliards d’euros de dette ». Tout est dit : la politique de l’offre ne doit pas être exclusive et son défaut est la dette. Le problème est fondamentalement que le PS n’a pas d’autres idées. Il veut juste que la politique de l’offre soit moins dure et que les efforts soient mieux répartis. Pensée stérile et déphasée. On pleure d’ennui et de désespoir.

Le problème le plus mesquin vient de François Hollande. Il disait ce dimanche que « si les communistes et les écologistes prennent la décision de voter la censure alors que les socialistes ne le feraient pas, c’est difficile après de prétendre gouverner ensemble ». L’ancien président est tout à son affaire : créer les conditions politiques de son retour. Glucksmann et Cazeneuve plantés, il croit que l’heure de son come back a sonné. Il entend récupérer l’espace vacant de la « Macronie de gauche » et empêcher que se constitue un espace entre lui et La France insoumise. Premier objectif : remettre au goût du jour la théorie des deux gauches irréconciliables. Second objectif : décrédibiliser toute primaire de gauche et, pour se faire, dramatiser les votes à l’Assemblée nationale. 

Mais qui s’étonne vraiment de ces choix différents ? Le PS a, par moment, changé de positionnement politique ; il a signé la Nupes sous contrainte et rallié le NFP par antifascisme structurel. Mais le PS n’a fait aucune révolution intellectuelle, programmatique. Le PS est le PS. Il est resté bloqué dans la révolution « démocrate » opérée par François Hollande quand il était premier secrétaire du parti, mis en œuvre quand il était président. Les propos d’Olivier Faure de ce matin le rappellent. Pourtant Olivier Faure n’est pas François Hollande, il veut sincèrement que le PS se réancre dans la gauche. Mais face à la « réalité », il n’a pas d’autres idées. Le PS français n’est pas seul à la peine. En fait, c’est toute la social-démocratie qui est perdue. Mais écologistes et communistes ne sont pas en meilleure santé.

Donc rien n’est possible avec le PS ? « Plus jamais PS » ? Si vous avez un autre monde, une autre gauche de réserve, appelez-nous. J’entends dire « et LFI ? » Oui, LFI. Mais elle n’est pas toute la gauche et ne peut y prétendre. C’est ainsi. L’expérience sociale, la complexité d’une société, ça ne se dissout pas dans un mouvement gazeux. Donc il faut continuer de faire ce que l’on peut pour que le PS sorte de sa gangue. Et que les communistes et les écologistes en fassent de même. On ne peut rater les trains qui s’avancent. 

Puisque LFI aime se dire matérialiste, disons que c’est en forgeant qu’on devient forgeron et que la politique est affaire de combat continu. Aujourd’hui encore, la gauche va se diviser. Mais il n’y a pas d’autres solutions que de la rassembler. Les socialistes font faire de la m****. Ce ne sera ni la première fois, ni la dernière fois. C’est notre croix. Et ça pèse. Courage.

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20.01.2026 à 12:18

Les socialistes vont laisser passer le budget : où est le problème ?

la Rédaction

La newsletter du 20 janvier 📨
Texte intégral (2018 mots)

La newsletter du 20 janvier 📨

par Catherine Tricot

Faut-il excommunier le PS de la gauche ? Au lieu de jouer la déception, reconnaissons que les socialistes sont ce qu’ils sont et qu’il y a pas de plan B. Ils vont la jouer solo et ce ne sera pas la dernière fois.

À défaut de majorité à l’Assemblée, comment faire adopter un budget ? On rappelle la faute initiale d’une dissolution qui n’a permis ni débat ni cap approuvé. On n’oubliera pas que ceux qui gouvernent ont la plus petite légitimité politique avec une alliance des droites plus qu’incertaine. Le NFP devrait gouverner. Point.

Mais si le NFP gouvernait, il aurait aussi négocié avec les autres groupes parlementaires. Le problème n’est donc pas que le PS ait négocié, même si depuis six mois il a davantage parlé avec le pouvoir qu’avec ses autres partenaires de gauche. Le problème est double. L’un est grave, l’autre est mesquin.

Le problème le plus grave est que le PS est fier de lui. Il pense sincèrement avoir infléchi le budget. Mais le budget d’un pays ne se mesure pas à telle ou telle mesure sociale ou fiscale mais à son orientation globale. Le budget de Sébastien Lecornu constitue-t-il une inflexion, une nouvelle direction pour sortir le pays de ses multiples nasses : désindustrialisation, inégalités et misère, agriculture perdue, école qui forme trop peu, déficit, etc. ?

Bien sûr que les repas à 1 euro pour les étudiants, c’est bien. Coût : 90 millions sur un budget de l’État de 300 milliards. C’est bien aussi parce que ce droit sera inconditionnel. Bien sûr que 50 euros de prime d’activité en plus, ce sera bon à prendre. Pour combien de salariés ? Cette prime, comme toutes les primes, n’ouvre aucun droit social en particulier pour la retraite de ces travailleurs au bord de la pauvreté. Pire : elle continue de proposer comme solution une baisse du coût du travail suppléée par l’État. Prime d’activité, baisse des charges sur les bas salaires comme le proposait le PS ou défiscalisation des heures supplémentaires : la politique de l’offre fait consensus et reste leur seule perspective.

Ce matin sur France Inter, Olivier Faure ne disait pas autre chose : « Ce n’est pas possible de continuer à avoir un discours qui est celui qu’on connait depuis trop longtemps, qui est celui de la politique de l’offre exclusive et qui a mené le pays où l’on sait, c’est-à-dire à plus de 3000 milliards d’euros de dette ». Tout est dit : la politique de l’offre ne doit pas être exclusive et son défaut est la dette. Le problème est fondamentalement que le PS n’a pas d’autres idées. Il veut juste que la politique de l’offre soit moins dure et que les efforts soient mieux répartis. Pensée stérile et déphasée. On pleure d’ennui et de désespoir.

Le problème le plus mesquin vient de François Hollande. Il disait ce dimanche que « si les communistes et les écologistes prennent la décision de voter la censure alors que les socialistes ne le feraient pas, c’est difficile après de prétendre gouverner ensemble ». L’ancien président est tout à son affaire : créer les conditions politiques de son retour. Glucksmann et Cazeneuve plantés, il croit que l’heure de son come back a sonné. Il entend récupérer l’espace vacant de la « Macronie de gauche » et empêcher que se constitue un espace entre lui et La France insoumise. Premier objectif : remettre au goût du jour la théorie des deux gauches irréconciliables. Second objectif : décrédibiliser toute primaire de gauche et, pour se faire, dramatiser les votes à l’Assemblée nationale. 

Mais qui s’étonne vraiment de ces choix différents ? Le PS a, par moment, changé de positionnement politique ; il a signé la Nupes sous contrainte et rallié le NFP par antifascisme structurel. Mais le PS n’a fait aucune révolution intellectuelle, programmatique. Le PS est le PS. Il est resté bloqué dans la révolution « démocrate » opérée par François Hollande quand il était premier secrétaire du parti, mis en œuvre quand il était président. Les propos d’Olivier Faure de ce matin le rappellent. Pourtant Olivier Faure n’est pas François Hollande, il veut sincèrement que le PS se réancre dans la gauche. Mais face à la « réalité », il n’a pas d’autres idées. Le PS français n’est pas seul à la peine. En fait, c’est toute la social-démocratie qui est perdue. Mais écologistes et communistes ne sont pas en meilleure santé.

Donc rien n’est possible avec le PS ? « Plus jamais PS » ? Si vous avez un autre monde, une autre gauche de réserve, appelez-nous. J’entends dire « et LFI ? » Oui, LFI. Mais elle n’est pas toute la gauche et ne peut y prétendre. C’est ainsi. L’expérience sociale, la complexité d’une société, ça ne se dissout pas dans un mouvement gazeux. Donc il faut continuer de faire ce que l’on peut pour que le PS sorte de sa gangue. Et que les communistes et les écologistes en fassent de même. On ne peut rater les trains qui s’avancent. 

Puisque LFI aime se dire matérialiste, disons que c’est en forgeant qu’on devient forgeron et que la politique est affaire de combat continu. Aujourd’hui encore, la gauche va se diviser. Mais il n’y a pas d’autres solutions que de la rassembler. Les socialistes font faire de la m****. Ce ne sera ni la première fois, ni la dernière fois. C’est notre croix. Et ça pèse. Courage.

Catherine Tricot

🔴 RIVIERA DU JOUR

Make l’ONU great again

La « paix » à Gaza, selon Donald Trump, entre dans sa deuxième phase, après le cessez-le-feu (déjà très fragile) entre le Hamas et Israël. Le président américain a mis sur pied un « conseil de paix », présidé par lui-même, dont l’objectif est de préparer l’après-guerre et la reconstruction de Gaza. Donald Trump invite les États à se joindre à son projet. Ticket d’entrée pour y avoir un siège permanent : « plus de 1 milliard de dollars en espèces », selon la « charte » obtenue par l’AFP. Ont déjà été contactés les dirigeants d’une quinzaine de pays, dont Vladimir Poutine et Xi Jinping. La France, « à ce stade, n’entend pas donner de suite favorable » – ce qui a déclenché une nouvelle salves de menaces douanières de la part de Washington – quand le Canada se refuse de payer pour siéger dans un tel organe. Dans sa charte, Donald Trump vise clairement l’ONU – il appelle à avoir « le courage de s’écarter d’institutions qui ont trop souvent échoué » – et ambitionne de la remplacer par ce conseil sous sa tutelle. Après avoir démantelé/abandonné les instances internationales (USAID, Unesco, OMS, agence des réfugiés de Palestine, conseil des droits de l’homme…), Donald Trump entend refaçonner à sa sauce un multilatéralisme dont il serait maître. Pendant ce temps, Israël a entamé la démolition du siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est…

L.L.C.

ON VOUS RECOMMANDE…

« Dans l’ombre de Ronald Reagan », sur France Culture. Ou comment nous rendre nostalgique (lol) du fondateur du néolibéralisme avec sa copine Margareth Thatcher. Reste que Reagan apparaît comme un homme sympathique… pas comme son successeur actuellement au pouvoir, lui aussi homme de spectacle !

C’EST CADEAU 🎁🎁🎁

@adil.laboudi

🧚🧚‍♀️heureusement qu’elle est là pour les pauvres. Tu en penses quoi ? #bijoux #obscene #rire

♬ son original – Adil.laboudi

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20.01.2026 à 11:58

Groenland : alerte rouge sur les réponses européennes aux menaces de Trump

Bernard Marx

Dans son offensive pour s’approprier le Groenland, Donald Trump a dégainé le 17 janvier son arme fétiche : les droits de douanes dont il menace les huit pays européens qui ont osé y envoyer quelques dizaines de militaires, à savoir le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni.…
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Dans son offensive pour s’approprier le Groenland, Donald Trump a dégainé le 17 janvier son arme fétiche : les droits de douanes dont il menace les huit pays européens qui ont osé y envoyer quelques dizaines de militaires, à savoir le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni.

La réponse des Européens a d’abord semblé ferme. Les huit pays concernés par la hausse des droits de douane ont également publié le lendemain un communiqué commun dimanche 18 : « Les menaces douanières sapent les relations transatlantiques et risquent de conduire à un dangereux engrenage. Nous continuerons à rester unis et coordonnés dans notre réponse. Nous sommes déterminés à défendre notre souveraineté. »

Mais dès lundi cela se délite : « Nous cherchons des accords », a déclaré le premier ministre du Royaume-Uni, Keir Starmer, qui a « exclu des mesures de rétorsion du Royaume-Uni contre les États-Unis sur le Groenland ». Et le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé qu’il souhaitait « éviter une escalade douanière » et qu’il voulait rencontrer Donald Trump mercredi à Davos (Suisse). Tout seul comme un grand, avant un sommet européen annoncé pour le lendemain. Mais, sans attendre, il tient à souligner son opposition à d’éventuelles mesures de rétorsions européennes. L’Allemagne n’est pas la France, elle a des voitures à vendre outre-Atlantique, a-t-il tenu à préciser.

Il serait bien entendu extrêmement souhaitable et urgent de ne pas laisser ces dirigeants européens agir à leur guise. Mais la citoyenneté et la vie politique européenne sont si peu actives qu’il est vain d’espérer une initiative commune faisant appel à des mobilisations citoyennes et populaires en Europe le 12 janvier.

Pourtant, c’est bien l’avenir de l’Europe qui se joue. Il faudra hélas se contenter de beaucoup moins : alerter sur la menace et prévenir. En fait, il n’y a rien à négocier avec Donald Trump sur le Groenland, ni sa souveraineté, ni la mainmise sur ses richesses.

Si vous ne le pensez pas, voyez ce que raconte Gideon Rachman, commentateur en chef pour les affaires internationales du Financial Times, à chaud le 18 janvier« En capitulant à nouveau, l’UE et le Royaume-Uni signaleraient désormais que nous sommes désormais irrévocablement dans un monde où la force fait la justice […] Pour elle-même – et pour le bien du monde – l’Europe doit rester ferme sur le Groenland. »

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