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21.01.2026 à 12:31

À bas Parcoursup, mais après ?

Pablo Pillaud-Vivien

C’est le début de la saison Parcoursup pour des centaines de milliers de lycéens en terminale. Ce système de préinscription est devenu le symbole des maux de l’enseignement supérieur. Mais si l’algorithme cristallise les angoisses et les colères, il masque l’essentiel : l’absence d’un projet éducatif capable de dire ce que nous voulons transmettre, produire…
Texte intégral (1129 mots)

C’est le début de la saison Parcoursup pour des centaines de milliers de lycéens en terminale. Ce système de préinscription est devenu le symbole des maux de l’enseignement supérieur. Mais si l’algorithme cristallise les angoisses et les colères, il masque l’essentiel : l’absence d’un projet éducatif capable de dire ce que nous voulons transmettre, produire et devenir collectivement.

Parcoursup ouvre ses inscriptions pour 2026. Pour de nombreux jeunes et familles, c’est cela l’actualité… Il a su faire l’unanimité contre lui. Faire huer Parcoursup et c’est le succès assuré dans tous les meetings. Contre la sélection absurde – un vœu en psycho et te voilà en géo –, contre l’opacité algorithmique, contre l’orientation par l’échec, contre la mise en concurrence généralisée des lycéens. Une question demeure : que propose-t-on à la place ?


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L’État consacre chaque année des dizaines de milliards à l’enseignement supérieur, mais ce budget ramené par étudiant a chuté de 22% depuis 2008. La gauche propose de corriger, de rééquilibrer, de démocratiser l’accès. Mais à quoi doit servir l’école, comme l’université, dans une société qui va, c’est certain, se transformer radicalement ? Parcoursup est le révélateur d’un système éducatif qui a renoncé à penser ce qu’il transmet, à qui, et dans quel but commun.

Depuis des décennies, l’école est sommée de réparer les inégalités sociales, former des citoyens, former aux métiers et préparer à des métiers qui n’existent pas encore. Mais sans jamais clarifier ce que chaque citoyen devrait acquérir.

Le socle commun est trop souvent un empilement de disciplines académiques, hiérarchisées, sacralisées : mathématiques, français, histoire, sciences naturelles. Indispensables. Mais la question des savoir-faire, des compétences pratiques, techniques, collectives, reste un angle mort du projet éducatif.

La question n’est donc pas seulement comment on oriente, mais quel type de nation nous voulons construire ? Une société qui se rêve post-industrielle assise sur une économie de services, dépendante des chaînes de valeur mondialisées ? Ou une nation capable de produire, de soigner, de défendre le droit, de nourrir sa population et de jouir aussi ?

Avec l’intelligence artificielle, l’automatisation et les gains de productivité à venir, du temps de travail va se libérer. Mais pour quoi faire ? Pour produire plus, consommer plus, s’adapter en permanence à un marché du travail instable ? Cette question du temps libéré est indissociable de celle de l’éducation : si l’on ne sait pas quoi faire du temps gagné, c’est que l’on n’a jamais appris à autre chose qu’à travailler.

La France affirme vouloir se réindustrialiser, réussir la bifurcation écologique, demeurer une grande nation agricole et de services publics. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Chaque année, elle forme environ 100 000 diplômés dans les filières d’ingénierie, quand les États-Unis en forment près de 240 000 (pour 340 millions d’habitants), la Russie plus de 450 000 (pour 140 millions d’habitants) et l’Iran plus de 230 000 (pour 90 millions d’habitants). Des puissances industrielles ou émergentes investissent massivement dans les savoirs techniques quand la France reste en retrait. Le même sous-investissement structurel se retrouve dans les métiers du soin : avec 340 médecins et 888 infirmiers pour 100 000 habitants, la France est nettement moins dotée que l’Allemagne, qui en compte respectivement 455 et près de 1200. Côté justice, l’écart est tout aussi frappant : la France dispose d’environ 11 juges pour 100 000 habitants, contre près de 25 en Allemagne, et presque deux fois moins d’avocats par habitant. Partout, le constat est le même : enseignants, techniciens, cadres intermédiaires manquent, par choix politiques.

La France affiche des ambitions de puissance productive et démocratique sans jamais se poser la question décisive : quels métiers voulons-nous former, en quelle quantité, et à travers quels enseignements communs pour faire société ? On ne rebâtit pas une industrie sans une culture technique partagée. On ne transforme l’agriculture sans des savoirs agronomiques largement diffusés. On ne renforce l’État de droit sans une formation exigeante au raisonnement juridique. Tout cela ne relève pas du marché de l’orientation individuelle mais de choix politiques collectifs.

Mais former à ces métiers ne suffit pas. Une école émancipatrice ne peut être réduite à une annexe du marché du travail, ni l’université à une fabrique de compétences immédiatement monétisables. L’éducation doit aussi nous apprendre à regarder le monde, à y être et y agir, pas seulement à y produire. Apprendre à dessiner, à jardiner, à écouter, à faire de la musique, à admirer une œuvre d’art, à lire, à comprendre un texte, à réparer un objet ou à monter son installation électrique : c’est ce qui construit des individus autonomes, sensibles, capables d’attention, de coopération et de jugement. Tout ce que l’on apprend n’a pas vocation à être rentable… 

Reste pourtant une question décisive, que Parcoursup ne fait qu’effleurer mais que la gauche ne peut plus esquiver. Avec l’intelligence artificielle, l’automatisation et les gains de productivité à venir, du temps de travail va se libérer. Mais pour quoi faire ? Pour produire plus, consommer plus, s’adapter en permanence à un marché du travail instable ? Ou pour apprendre autrement, participer davantage à la vie démocratique, créer, transmettre, prendre soin, habiter pleinement le monde ? Cette question du temps libéré est indissociable de celle de l’éducation : si l’on ne sait pas quoi faire du temps gagné, c’est que l’on n’a jamais appris à autre chose qu’à travailler.

Penser Parcoursup, ce n’est donc pas seulement repenser l’orientation, c’est rouvrir un débat politique majeur sur ce que nous voulons transmettre, sur la place du savoir dans une société émancipée et sur le type de civilisation que nous choisissons de construire. Tant que ce débat restera absent, Parcoursup continuera de trier des trajectoires individuelles là où il faudrait enfin organiser un avenir commun.

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21.01.2026 à 12:30

🔴 IDÉE DU JOUR

la Rédaction

Prison, HLM : même tambouille pour le ministre du logement Le sénateur UDI Michel Canévet propose de « comptabiliser les cellules de prison au titre de la loi SRU, qui impose aux communes de plus de 3500 habitants des grandes agglomérations de compter au moins 25% de logements sociaux ». Concrètement : une cellule en plus égale…
Lire + (168 mots)

Prison, HLM : même tambouille pour le ministre du logement

Le sénateur UDI Michel Canévet propose de « comptabiliser les cellules de prison au titre de la loi SRU, qui impose aux communes de plus de 3500 habitants des grandes agglomérations de compter au moins 25% de logements sociaux ». Concrètement : une cellule en plus égale un logement social en moins… Tout bénef’ ! Une idée tellement bonne que le ministre du logement Vincent Jeanbrun s’en est mêlé : « Quand vous avez sur un territoire des contraintes majeures […], la loi SRU s’adapte », apportant « le soutien du gouvernement, et particulièrement du ministère de la justice ». Manque de bol, l’amendement a été rejeté. Mais le ministre promet « de reparler de ces dispositions après la séquence budgétaire ». Après les motions de censure, donc.

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21.01.2026 à 12:26

À bas Parcoursup, mais après ?

la Rédaction

La newsletter du 21 janvier 📨
Texte intégral (1885 mots)

La newsletter du 21 janvier 📨

par Pablo Pillaud-Vivien

C’est le début de la saison Parcoursup pour des centaines de milliers de lycéens en terminale. Ce système de préinscription est devenu le symbole des maux de l’enseignement supérieur. Mais si l’algorithme cristallise les angoisses et les colères, il masque l’essentiel : l’absence d’un projet éducatif capable de dire ce que nous voulons transmettre, produire et devenir collectivement.

Parcoursup ouvre ses inscriptions pour 2026. Pour de nombreux jeunes et familles, c’est cela l’actualité… Il a su faire l’unanimité contre lui. Faire huer Parcoursup et c’est le succès assuré dans tous les meetings. Contre la sélection absurde – un vœu en psycho et te voilà en géo –, contre l’opacité algorithmique, contre l’orientation par l’échec, contre la mise en concurrence généralisée des lycéens. Une question demeure : que propose-t-on à la place ?

L’État consacre chaque année des dizaines de milliards à l’enseignement supérieur, mais ce budget ramené par étudiant a chuté de 22% depuis 2008. La gauche propose de corriger, de rééquilibrer, de démocratiser l’accès. Mais à quoi doit servir l’école, comme l’université, dans une société qui va, c’est certain, se transformer radicalement ? Parcoursup est le révélateur d’un système éducatif qui a renoncé à penser ce qu’il transmet, à qui, et dans quel but commun.

Depuis des décennies, l’école est sommée de réparer les inégalités sociales, former des citoyens, former aux métiers et préparer à des métiers qui n’existent pas encore. Mais sans jamais clarifier ce que chaque citoyen devrait acquérir.

Le socle commun est trop souvent un empilement de disciplines académiques, hiérarchisées, sacralisées : mathématiques, français, histoire, sciences naturelles. Indispensables. Mais la question des savoir-faire, des compétences pratiques, techniques, collectives, reste un angle mort du projet éducatif.

La question n’est donc pas seulement comment on oriente, mais quel type de nation nous voulons construire ? Une société qui se rêve post-industrielle assise sur une économie de services, dépendante des chaînes de valeur mondialisées ? Ou une nation capable de produire, de soigner, de défendre le droit, de nourrir sa population et de jouir aussi ?

La France affirme vouloir se réindustrialiser, réussir la bifurcation écologique, demeurer une grande nation agricole et de services publics. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Chaque année, elle forme environ 100 000 diplômés dans les filières d’ingénierie, quand les États-Unis en forment près de 240 000 (pour 340 millions d’habitants), la Russie plus de 450 000 (pour 140 millions d’habitants) et l’Iran plus de 230 000 (pour 90 millions d’habitants). Des puissances industrielles ou émergentes investissent massivement dans les savoirs techniques quand la France reste en retrait. Le même sous-investissement structurel se retrouve dans les métiers du soin : avec 340 médecins et 888 infirmiers pour 100 000 habitants, la France est nettement moins dotée que l’Allemagne, qui en compte respectivement 455 et près de 1200. Côté justice, l’écart est tout aussi frappant : la France dispose d’environ 11 juges pour 100 000 habitants, contre près de 25 en Allemagne, et presque deux fois moins d’avocats par habitant. Partout, le constat est le même : enseignants, techniciens, cadres intermédiaires manquent, par choix politiques.

La France affiche des ambitions de puissance productive et démocratique sans jamais se poser la question décisive : quels métiers voulons-nous former, en quelle quantité, et à travers quels enseignements communs pour faire société ? On ne rebâtit pas une industrie sans une culture technique partagée. On ne transforme l’agriculture sans des savoirs agronomiques largement diffusés. On ne renforce l’État de droit sans une formation exigeante au raisonnement juridique. Tout cela ne relève pas du marché de l’orientation individuelle mais de choix politiques collectifs.

Mais former à ces métiers ne suffit pas. Une école émancipatrice ne peut être réduite à une annexe du marché du travail, ni l’université à une fabrique de compétences immédiatement monétisables. L’éducation doit aussi nous apprendre à regarder le monde, à y être et y agir, pas seulement à y produire. Apprendre à dessiner, à jardiner, à écouter, à faire de la musique, à admirer une œuvre d’art, à lire, à comprendre un texte, à réparer un objet ou à monter son installation électrique : c’est ce qui construit des individus autonomes, sensibles, capables d’attention, de coopération et de jugement. Tout ce que l’on apprend n’a pas vocation à être rentable… 

Reste pourtant une question décisive, que Parcoursup ne fait qu’effleurer mais que la gauche ne peut plus esquiver. Avec l’intelligence artificielle, l’automatisation et les gains de productivité à venir, du temps de travail va se libérer. Mais pour quoi faire ? Pour produire plus, consommer plus, s’adapter en permanence à un marché du travail instable ? Ou pour apprendre autrement, participer davantage à la vie démocratique, créer, transmettre, prendre soin, habiter pleinement le monde ? Cette question du temps libéré est indissociable de celle de l’éducation : si l’on ne sait pas quoi faire du temps gagné, c’est que l’on n’a jamais appris à autre chose qu’à travailler.

Penser Parcoursup, ce n’est donc pas seulement repenser l’orientation, c’est rouvrir un débat politique majeur sur ce que nous voulons transmettre, sur la place du savoir dans une société émancipée et sur le type de civilisation que nous choisissons de construire. Tant que ce débat restera absent, Parcoursup continuera de trier des trajectoires individuelles là où il faudrait enfin organiser un avenir commun.

Pablo Pillaud-Vivien

🔴 IDÉE DU JOUR

Prison, HLM : même tambouille pour le ministre du logement

Ce qu’il y a de bien avec les gens de droite, c’est qu’ils osent tout, même l’exécrable. Au Sénat, deux amendements du sénateur UDI Michel Canévet ont pris une dimension inattendue. Il proposait de « comptabiliser les cellules de prison au titre de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU), qui impose aux communes de plus de 3500 habitants des grandes agglomérations (1500 en Île-de-France) de compter au moins 25% de logements sociaux », lit-on sur Mediapart. Concrètement, cette proposition visait à faire d’une pierre deux coups : de la main droite, elle « encourageait » les maires, plutôt réticents, à accueillir de nouvelles prisons – on rappelle que les gouvernements successifs sont toujours plus « bâtisseurs » en la matière – quand, de la main gauche, elle leur offrait en échange de moins se soucier du respect de la loi SRU. Une cellule en plus égale un logement social en moins… Tout bénef’ ! Une idée qu’elle est tellement bonne que le ministre du logement Vincent Jeanbrun s’en est mêlé, avec un cynisme à peine dissimulé : « Quand vous avez sur un territoire des contraintes majeures […], la loi SRU s’adapte », avance-t-il avant d’apporter « le soutien du gouvernement, et particulièrement du ministère de la justice ». Manque de bol, l’amendement a été rejeté. Mais le ministre promet « de reparler de ces dispositions dans le grand plan logement que je présenterai après la séquence budgétaire ». Après les motions de censure, donc.

L.L.C.

ON VOUS RECOMMANDE…

« Le monde est désormais en ‘faillite hydrique’, selon un rapport de l’ONU », à lire sur The Conversation. La pénurie d’eau fait de plus en plus l’actualité, en Iran, en Turquie, aux États-Unis… Les causes sont connues : surexploitation, dérèglement climatique. Les conséquences sont systémiques, elles touchent le secteur agricole, provoquent des incendies, des tempêtes de poussière, des effondrements du sol et privent d’eau potable un nombre faramineux de gens : « Environ 4 milliards de personnes vivent dans des conditions de grave pénurie d’eau (c’est-à-dire sans accès à une quantité d’eau suffisante pour répondre à tous leurs besoins) pendant au moins un mois par an ». La guerre de l’or bleu est évitable, mais elle demande des révolutions substantielles. Que l’on gagne ou perde cette guerre, l’humanité aura un lourd tribut à payer.

C’EST CADEAU 🎁🎁🎁

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20.01.2026 à 12:24

Les socialistes vont laisser passer le budget : où est le problème ?

Catherine Tricot

Faut-il excommunier le PS de la gauche ? Au lieu de jouer la déception, reconnaissons que les socialistes sont ce qu’ils sont et qu’il y a pas de plan B. Ils vont la jouer solo et ce ne sera pas la dernière fois. À défaut de majorité à l’Assemblée, comment faire adopter un budget ? On rappelle…
Texte intégral (1183 mots)

Faut-il excommunier le PS de la gauche ? Au lieu de jouer la déception, reconnaissons que les socialistes sont ce qu’ils sont et qu’il y a pas de plan B. Ils vont la jouer solo et ce ne sera pas la dernière fois.

À défaut de majorité à l’Assemblée, comment faire adopter un budget ? On rappelle la faute initiale d’une dissolution qui n’a permis ni débat ni cap approuvé. On n’oubliera pas que ceux qui gouvernent ont la plus petite légitimité politique avec une alliance des droites plus qu’incertaine. Le NFP devrait gouverner. Point.


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Mais si le NFP gouvernait, il aurait aussi négocié avec les autres groupes parlementaires. Le problème n’est donc pas que le PS ait négocié, même si depuis six mois il a davantage parlé avec le pouvoir qu’avec ses autres partenaires de gauche. Le problème est double. L’un est grave, l’autre est mesquin.

Le problème le plus grave est que le PS est fier de lui. Il pense sincèrement avoir infléchi le budget. Mais le budget d’un pays ne se mesure pas à telle ou telle mesure sociale ou fiscale mais à son orientation globale. Le budget de Sébastien Lecornu constitue-t-il une inflexion, une nouvelle direction pour sortir le pays de ses multiples nasses : désindustrialisation, inégalités et misère, agriculture perdue, école qui forme trop peu, déficit, etc. ?

Bien sûr que les repas à 1 euro pour les étudiants, c’est bien. Coût : 90 millions sur un budget de l’État de 300 milliards. C’est bien aussi parce que ce droit sera inconditionnel. Bien sûr que 50 euros de prime d’activité en plus, ce sera bon à prendre. Pour combien de salariés ? Cette prime, comme toutes les primes, n’ouvre aucun droit social en particulier pour la retraite de ces travailleurs au bord de la pauvreté. Pire : elle continue de proposer comme solution une baisse du coût du travail suppléée par l’État. Prime d’activité, baisse des charges sur les bas salaires comme le proposait le PS ou défiscalisation des heures supplémentaires : la politique de l’offre fait consensus et reste leur seule perspective.

Le PS est le PS. Face à la « réalité », il n’a pas d’autres idées. Donc rien n’est possible avec le PS ? Si vous avez un autre monde, une autre gauche de réserve, appelez-nous. « Et LFI ? » Oui, LFI. Mais elle n’est pas toute la gauche et ne peut y prétendre. C’est ainsi. Donc il faut continuer de faire ce que l’on peut pour que le PS sorte de sa gangue.

Ce matin sur France Inter, Olivier Faure ne disait pas autre chose : « Ce n’est pas possible de continuer à avoir un discours qui est celui qu’on connait depuis trop longtemps, qui est celui de la politique de l’offre exclusive et qui a mené le pays où l’on sait, c’est-à-dire à plus de 3000 milliards d’euros de dette ». Tout est dit : la politique de l’offre ne doit pas être exclusive et son défaut est la dette. Le problème est fondamentalement que le PS n’a pas d’autres idées. Il veut juste que la politique de l’offre soit moins dure et que les efforts soient mieux répartis. Pensée stérile et déphasée. On pleure d’ennui et de désespoir.

Le problème le plus mesquin vient de François Hollande. Il disait ce dimanche que « si les communistes et les écologistes prennent la décision de voter la censure alors que les socialistes ne le feraient pas, c’est difficile après de prétendre gouverner ensemble ». L’ancien président est tout à son affaire : créer les conditions politiques de son retour. Glucksmann et Cazeneuve plantés, il croit que l’heure de son come back a sonné. Il entend récupérer l’espace vacant de la « Macronie de gauche » et empêcher que se constitue un espace entre lui et La France insoumise. Premier objectif : remettre au goût du jour la théorie des deux gauches irréconciliables. Second objectif : décrédibiliser toute primaire de gauche et, pour se faire, dramatiser les votes à l’Assemblée nationale. 

Mais qui s’étonne vraiment de ces choix différents ? Le PS a, par moment, changé de positionnement politique ; il a signé la Nupes sous contrainte et rallié le NFP par antifascisme structurel. Mais le PS n’a fait aucune révolution intellectuelle, programmatique. Le PS est le PS. Il est resté bloqué dans la révolution « démocrate » opérée par François Hollande quand il était premier secrétaire du parti, mis en œuvre quand il était président. Les propos d’Olivier Faure de ce matin le rappellent. Pourtant Olivier Faure n’est pas François Hollande, il veut sincèrement que le PS se réancre dans la gauche. Mais face à la « réalité », il n’a pas d’autres idées. Le PS français n’est pas seul à la peine. En fait, c’est toute la social-démocratie qui est perdue. Mais écologistes et communistes ne sont pas en meilleure santé.

Donc rien n’est possible avec le PS ? « Plus jamais PS » ? Si vous avez un autre monde, une autre gauche de réserve, appelez-nous. J’entends dire « et LFI ? » Oui, LFI. Mais elle n’est pas toute la gauche et ne peut y prétendre. C’est ainsi. L’expérience sociale, la complexité d’une société, ça ne se dissout pas dans un mouvement gazeux. Donc il faut continuer de faire ce que l’on peut pour que le PS sorte de sa gangue. Et que les communistes et les écologistes en fassent de même. On ne peut rater les trains qui s’avancent. 

Puisque LFI aime se dire matérialiste, disons que c’est en forgeant qu’on devient forgeron et que la politique est affaire de combat continu. Aujourd’hui encore, la gauche va se diviser. Mais il n’y a pas d’autres solutions que de la rassembler. Les socialistes font faire de la m****. Ce ne sera ni la première fois, ni la dernière fois. C’est notre croix. Et ça pèse. Courage.

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20.01.2026 à 12:18

Les socialistes vont laisser passer le budget : où est le problème ?

la Rédaction

La newsletter du 20 janvier 📨
Texte intégral (2015 mots)

La newsletter du 20 janvier 📨

par Catherine Tricot

Faut-il excommunier le PS de la gauche ? Au lieu de jouer la déception, reconnaissons que les socialistes sont ce qu’ils sont et qu’il y a pas de plan B. Ils vont la jouer solo et ce ne sera pas la dernière fois.

À défaut de majorité à l’Assemblée, comment faire adopter un budget ? On rappelle la faute initiale d’une dissolution qui n’a permis ni débat ni cap approuvé. On n’oubliera pas que ceux qui gouvernent ont la plus petite légitimité politique avec une alliance des droites plus qu’incertaine. Le NFP devrait gouverner. Point.

Mais si le NFP gouvernait, il aurait aussi négocié avec les autres groupes parlementaires. Le problème n’est donc pas que le PS ait négocié, même si depuis six mois il a davantage parlé avec le pouvoir qu’avec ses autres partenaires de gauche. Le problème est double. L’un est grave, l’autre est mesquin.

Le problème le plus grave est que le PS est fier de lui. Il pense sincèrement avoir infléchi le budget. Mais le budget d’un pays ne se mesure pas à telle ou telle mesure sociale ou fiscale mais à son orientation globale. Le budget de Sébastien Lecornu constitue-t-il une inflexion, une nouvelle direction pour sortir le pays de ses multiples nasses : désindustrialisation, inégalités et misère, agriculture perdue, école qui forme trop peu, déficit, etc. ?

Bien sûr que les repas à 1 euro pour les étudiants, c’est bien. Coût : 90 millions sur un budget de l’État de 300 milliards. C’est bien aussi parce que ce droit sera inconditionnel. Bien sûr que 50 euros de prime d’activité en plus, ce sera bon à prendre. Pour combien de salariés ? Cette prime, comme toutes les primes, n’ouvre aucun droit social en particulier pour la retraite de ces travailleurs au bord de la pauvreté. Pire : elle continue de proposer comme solution une baisse du coût du travail suppléée par l’État. Prime d’activité, baisse des charges sur les bas salaires comme le proposait le PS ou défiscalisation des heures supplémentaires : la politique de l’offre fait consensus et reste leur seule perspective.

Ce matin sur France Inter, Olivier Faure ne disait pas autre chose : « Ce n’est pas possible de continuer à avoir un discours qui est celui qu’on connait depuis trop longtemps, qui est celui de la politique de l’offre exclusive et qui a mené le pays où l’on sait, c’est-à-dire à plus de 3000 milliards d’euros de dette ». Tout est dit : la politique de l’offre ne doit pas être exclusive et son défaut est la dette. Le problème est fondamentalement que le PS n’a pas d’autres idées. Il veut juste que la politique de l’offre soit moins dure et que les efforts soient mieux répartis. Pensée stérile et déphasée. On pleure d’ennui et de désespoir.

Le problème le plus mesquin vient de François Hollande. Il disait ce dimanche que « si les communistes et les écologistes prennent la décision de voter la censure alors que les socialistes ne le feraient pas, c’est difficile après de prétendre gouverner ensemble ». L’ancien président est tout à son affaire : créer les conditions politiques de son retour. Glucksmann et Cazeneuve plantés, il croit que l’heure de son come back a sonné. Il entend récupérer l’espace vacant de la « Macronie de gauche » et empêcher que se constitue un espace entre lui et La France insoumise. Premier objectif : remettre au goût du jour la théorie des deux gauches irréconciliables. Second objectif : décrédibiliser toute primaire de gauche et, pour se faire, dramatiser les votes à l’Assemblée nationale. 

Mais qui s’étonne vraiment de ces choix différents ? Le PS a, par moment, changé de positionnement politique ; il a signé la Nupes sous contrainte et rallié le NFP par antifascisme structurel. Mais le PS n’a fait aucune révolution intellectuelle, programmatique. Le PS est le PS. Il est resté bloqué dans la révolution « démocrate » opérée par François Hollande quand il était premier secrétaire du parti, mis en œuvre quand il était président. Les propos d’Olivier Faure de ce matin le rappellent. Pourtant Olivier Faure n’est pas François Hollande, il veut sincèrement que le PS se réancre dans la gauche. Mais face à la « réalité », il n’a pas d’autres idées. Le PS français n’est pas seul à la peine. En fait, c’est toute la social-démocratie qui est perdue. Mais écologistes et communistes ne sont pas en meilleure santé.

Donc rien n’est possible avec le PS ? « Plus jamais PS » ? Si vous avez un autre monde, une autre gauche de réserve, appelez-nous. J’entends dire « et LFI ? » Oui, LFI. Mais elle n’est pas toute la gauche et ne peut y prétendre. C’est ainsi. L’expérience sociale, la complexité d’une société, ça ne se dissout pas dans un mouvement gazeux. Donc il faut continuer de faire ce que l’on peut pour que le PS sorte de sa gangue. Et que les communistes et les écologistes en fassent de même. On ne peut rater les trains qui s’avancent. 

Puisque LFI aime se dire matérialiste, disons que c’est en forgeant qu’on devient forgeron et que la politique est affaire de combat continu. Aujourd’hui encore, la gauche va se diviser. Mais il n’y a pas d’autres solutions que de la rassembler. Les socialistes font faire de la m****. Ce ne sera ni la première fois, ni la dernière fois. C’est notre croix. Et ça pèse. Courage.

Catherine Tricot

🔴 RIVIERA DU JOUR

Make l’ONU great again

La « paix » à Gaza, selon Donald Trump, entre dans sa deuxième phase, après le cessez-le-feu (déjà très fragile) entre le Hamas et Israël. Le président américain a mis sur pied un « conseil de paix », présidé par lui-même, dont l’objectif est de préparer l’après-guerre et la reconstruction de Gaza. Donald Trump invite les États à se joindre à son projet. Ticket d’entrée pour y avoir un siège permanent : « plus de 1 milliard de dollars en espèces », selon la « charte » obtenue par l’AFP. Ont déjà été contactés les dirigeants d’une quinzaine de pays, dont Vladimir Poutine et Xi Jinping. La France, « à ce stade, n’entend pas donner de suite favorable » – ce qui a déclenché une nouvelle salves de menaces douanières de la part de Washington – quand le Canada se refuse de payer pour siéger dans un tel organe. Dans sa charte, Donald Trump vise clairement l’ONU – il appelle à avoir « le courage de s’écarter d’institutions qui ont trop souvent échoué » – et ambitionne de la remplacer par ce conseil sous sa tutelle. Après avoir démantelé/abandonné les instances internationales (USAID, Unesco, OMS, agence des réfugiés de Palestine, conseil des droits de l’homme…), Donald Trump entend refaçonner à sa sauce un multilatéralisme dont il serait maître. Pendant ce temps, Israël a entamé la démolition du siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est…

L.L.C.

ON VOUS RECOMMANDE…

« Dans l’ombre de Ronald Reagan », sur France Culture. Ou comment nous rendre nostalgique (lol) du fondateur du néolibéralisme avec sa copine Margareth Thatcher. Reste que Reagan apparaît comme un homme sympathique… pas comme son successeur actuellement au pouvoir, lui aussi homme de spectacle !

C’EST CADEAU 🎁🎁🎁

@adil.laboudi

🧚🧚‍♀️heureusement qu’elle est là pour les pauvres. Tu en penses quoi ? #bijoux #obscene #rire

♬ son original – Adil.laboudi

ÇA SE PASSE SUR REGARDS.FR

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20.01.2026 à 11:58

Groenland : alerte rouge sur les réponses européennes aux menaces de Trump

Bernard Marx

Dans son offensive pour s’approprier le Groenland, Donald Trump a dégainé le 17 janvier son arme fétiche : les droits de douanes dont il menace les huit pays européens qui ont osé y envoyer quelques dizaines de militaires, à savoir le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni.…
Lire + (460 mots)

Dans son offensive pour s’approprier le Groenland, Donald Trump a dégainé le 17 janvier son arme fétiche : les droits de douanes dont il menace les huit pays européens qui ont osé y envoyer quelques dizaines de militaires, à savoir le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni.

La réponse des Européens a d’abord semblé ferme. Les huit pays concernés par la hausse des droits de douane ont également publié le lendemain un communiqué commun dimanche 18 : « Les menaces douanières sapent les relations transatlantiques et risquent de conduire à un dangereux engrenage. Nous continuerons à rester unis et coordonnés dans notre réponse. Nous sommes déterminés à défendre notre souveraineté. »

Mais dès lundi cela se délite : « Nous cherchons des accords », a déclaré le premier ministre du Royaume-Uni, Keir Starmer, qui a « exclu des mesures de rétorsion du Royaume-Uni contre les États-Unis sur le Groenland ». Et le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé qu’il souhaitait « éviter une escalade douanière » et qu’il voulait rencontrer Donald Trump mercredi à Davos (Suisse). Tout seul comme un grand, avant un sommet européen annoncé pour le lendemain. Mais, sans attendre, il tient à souligner son opposition à d’éventuelles mesures de rétorsions européennes. L’Allemagne n’est pas la France, elle a des voitures à vendre outre-Atlantique, a-t-il tenu à préciser.

Il serait bien entendu extrêmement souhaitable et urgent de ne pas laisser ces dirigeants européens agir à leur guise. Mais la citoyenneté et la vie politique européenne sont si peu actives qu’il est vain d’espérer une initiative commune faisant appel à des mobilisations citoyennes et populaires en Europe le 12 janvier.

Pourtant, c’est bien l’avenir de l’Europe qui se joue. Il faudra hélas se contenter de beaucoup moins : alerter sur la menace et prévenir. En fait, il n’y a rien à négocier avec Donald Trump sur le Groenland, ni sa souveraineté, ni la mainmise sur ses richesses.

Si vous ne le pensez pas, voyez ce que raconte Gideon Rachman, commentateur en chef pour les affaires internationales du Financial Times, à chaud le 18 janvier« En capitulant à nouveau, l’UE et le Royaume-Uni signaleraient désormais que nous sommes désormais irrévocablement dans un monde où la force fait la justice […] Pour elle-même – et pour le bien du monde – l’Europe doit rester ferme sur le Groenland. »

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19.01.2026 à 12:24

Le choix de l’Europe — par Roger Martelli

la Rédaction

La newsletter du 19 janvier 📨
Texte intégral (1620 mots)

La newsletter du 19 janvier 📨

par Roger Martelli

Au moment où l’Europe en tant qu’institution et en tant que projet est fragilisé à mort, Roger Martelli prend parti et propose des axes pour la refonder sans éluder ce qui l’a tellement fragilisé. Cette refondation doit avoir les ambitions des fondateurs et soumises à l’approbation des pays et des peuples.

Après avoir fait des offres de négociations séparées au président Trump, ne voilà-t-il pas que le chancelier allemand se met à envisager un continent sans Union européenne ! Certes l’UE montre depuis longtemps défauts et fragilités. Mais jamais, au plus fort des turbulences, on n’avait entendu de telles perspectives…

Faut-il se réjouir d’une dislocation de l’UE ? Depuis des décennies, une partie de la gauche dénonce l’orientation d’une Europe devenue néolibérale et souligne que ces choix font souffrir les peuples et l’affaiblissent. Il y avait une critique politique, pas forcément un refus de la perspective européenne. Car l’Union européenne a pour elle d’être à une échelle garantissant l’efficacité de son action. Par sa richesse cumulée, elle est au troisième rang mondial, nettement devancée par la Chine et talonnant les États-Unis même s’il est vrai qu’elle est vieillissante, que son poids démographique est moins grand.

Dans le maelström européen qui dure et s’aggrave, la tentation d’envisager un destin national séparé peut-il s’envisager ? La France a des atouts. Elle compte à l’échelle mondiale et peut s’appuyer sur les ressources de son histoire, de sa diversité, de ses richesses matérielles et humaines. Pourtant, nous croyons qu’elle ne saurait à elle seule faire face à des enjeux gigantesques, qui conditionnent pour certains la survie même de l’humanité. Elle doit se penser dans un monde où de grands États-continents, Chine, États-Unis, Russie affichent des ambitions de puissance, de domination, d’hégémonie et même de conquête…

Aussi croyons-nous à la fois que la France n’a pas d’autre voie que de faire le choix de l’Europe, mais que l’Europe elle-même doit aujourd’hui faire des choix. Les atermoiements des dirigeants européens face à Donald Trump soulignent qu’il n’est plus temps de s’engluer dans les conforts anciens et la routine quotidienne. Encore faut-il débattre sur le souhait de rebâtir un édifice désormais au bord de la ruine. En fait, il faut tout remettre sur la table, en envisageant tous les scénarios possibles, y compris les pires.

Certains envisagent d’accentuer la pente libérale et technocratique. D’autres veulent maintenir la logique concurrentielle, tout en renforçant les dérives autoritaires. Certains rêvent d’une Union européenne autonome qui accepte la guerre des puissances. Quelques-uns envisagent l’Europe comme une puissance appuyée sur une Amérique en conflit ouvert avec le « Sud global ». Un peu partout, on continue à disputer de la forme fédérale ou confédérale que doit prendre l’Union.

Selon nous, ce sont des choix radicalement différents qui devraient s’imposer : une Europe ouverte sur le monde, préoccupée par la paix et le bien-être, unie par des pratiques démocratiques…

… la suite à lire sur regards.fr

Roger Martelli

🔴 PRÉSIDENTIELLE DU JOUR

Portugal : l’extrême droite progresse, le centre droit se tait

Au premier tour de la présidentielle portugaise, ce dimanche, le centre gauche a créé la surprise et est arrivé en tête : le socialiste modéré António José Seguro recueille 31,1% des voix. Le candidat de centre droit du parti au pouvoir, João Cotrim Figueiredo, a péniblement atteint les 16%, tandis que l’extrême droite accentue sa percée avec André Ventura à 23,5% et se qualifie pour le second tour. Dans un pays marqué par la mémoire de la dictature salazariste et par une transition démocratique longtemps citée en exemple, la dynamique est lourde de sens : l’extrême droite double son score par rapport à la précédente présidentielle. Une progression spectaculaire, qui dit l’enracinement d’un courant réactionnaire désormais central dans le jeu politique national et européen. Autre fait aussi notable qu’inquiétant : le premier ministre sortant, de centre droit, Luís Montenegro, a refusé de donner la moindre consigne de vote pour le second tour. En clair, le centre droit se dérobe et refuse de choisir entre le centre gauche et l’extrême droite. Des lendemains qui hantent.

P.P.-V.

ON VOUS RECOMMANDE…

« J. D. Vance, la revanche d’une Amérique », sur France TV, est un remarquable documentaire consacré au parcours et à la personnalité du vice-président américain, et à la fulgurance de sa radicalisation. Gamin de la Rust Belt, élevé par une mère toxicomane, il fut militaire en Irak avant d’entrer en politique chez les Républicains. D’abord modéré, il fut un anti-Trump revendiqué (il l’avait traité d’« Hitler américain » en 2016), ayant des amis trans et marié à une femme hindoue. Il a progressivement basculé jusqu’à devenir, notamment après l’assassinat de Charlie Kirk, une figure jugée légitime par les franges les plus dures du camp MAGA. Ayant franchi toutes les lignes rouges vers une extrême droite néonazie et suprématiste avec le zèle des nouveaux convertis, Vance ne peut plus faire marche arrière. Dauphin de Donald Trump à qui il a prêté allégeance, il ambitionne de lui succéder… et cela fait déjà froid dans le dos.

C’EST CADEAU 🎁🎁🎁

Gregory Bovino, le « commandant en chef » des gardes frontières américains, nouvelle égérie de la police anti-immigrés de Donald Trump, s’est offert un nouveau look. On se demande d’où lui vient l’inspiration…

ÇA SE PASSE SUR REGARDS.FR (mais pas que…)

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19.01.2026 à 12:12

Le choix de l’Europe — par Roger Martelli

Roger Martelli

Au moment où l’Europe en tant qu’institution et en tant que projet est fragilisé à mort, Roger Martelli prend parti et propose des axes pour la refonder sans éluder ce qui l’a tellement fragilisé. Cette refondation doit avoir les ambitions des fondateurs et soumises à l’approbation des pays et des peuples. Après avoir fait des…
Texte intégral (3425 mots)

Au moment où l’Europe en tant qu’institution et en tant que projet est fragilisé à mort, Roger Martelli prend parti et propose des axes pour la refonder sans éluder ce qui l’a tellement fragilisé. Cette refondation doit avoir les ambitions des fondateurs et soumises à l’approbation des pays et des peuples.

Après avoir fait des offres de négociations séparées au président Trump, ne voilà-t-il pas que le chancelier allemand se met à envisager un continent sans Union européenne ! Certes l’UE montre depuis longtemps défauts et fragilités. Mais jamais, au plus fort des turbulences, on n’avait entendu de telles perspectives…


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Faut-il se réjouir d’une dislocation de l’UE ? Depuis des décennies, une partie de la gauche dénonce l’orientation d’une Europe devenue néolibérale et souligne que ces choix font souffrir les peuples et l’affaiblissent. Il y avait une critique politique, pas forcément un refus de la perspective européenne. Car l’Union européenne a pour elle d’être à une échelle garantissant l’efficacité de son action. Par sa richesse cumulée, elle est au troisième rang mondial, nettement devancée par la Chine et talonnant les États-Unis même s’il est vrai qu’elle est vieillissante, que son poids démographique est moins grand.

Dans le maelström européen qui dure et s’aggrave, la tentation d’envisager un destin national séparé peut-il s’envisager ? La France a des atouts. Elle compte à l’échelle mondiale et peut s’appuyer sur les ressources de son histoire, de sa diversité, de ses richesses matérielles et humaines. Pourtant, nous croyons qu’elle ne saurait à elle seule faire face à des enjeux gigantesques, qui conditionnent pour certains la survie même de l’humanité. Elle doit se penser dans un monde où de grands États-continents, Chine, États-Unis, Russie affichent des ambitions de puissance, de domination, d’hégémonie et même de conquête…

La France n’a pas d’autre voie que de faire le choix de l’Europe, mais que l’Europe elle-même doit aujourd’hui faire des choix. Encore faut-il débattre sur le souhait de rebâtir un édifice désormais au bord de la ruine. En fait, il faut tout remettre sur la table, en envisageant tous les scénarios possibles, y compris les pires.

Aussi croyons-nous à la fois que la France n’a pas d’autre voie que de faire le choix de l’Europe, mais que l’Europe elle-même doit aujourd’hui faire des choix. Les atermoiements des dirigeants européens face à Donald Trump soulignent qu’il n’est plus temps de s’engluer dans les conforts anciens et la routine quotidienne. Encore faut-il débattre sur le souhait de rebâtir un édifice désormais au bord de la ruine. En fait, il faut tout remettre sur la table, en envisageant tous les scénarios possibles, y compris les pires.

Certains envisagent d’accentuer la pente libérale et technocratique. D’autres veulent maintenir la logique concurrentielle, tout en renforçant les dérives autoritaires. Certains rêvent d’une Union européenne autonome qui accepte la guerre des puissances. Quelques-uns envisagent l’Europe comme une puissance appuyée sur une Amérique en conflit ouvert avec le « Sud global ». Un peu partout, on continue à disputer de la forme fédérale ou confédérale que doit prendre l’Union.

Selon nous, ce sont des choix radicalement différents qui devraient s’imposer : une Europe ouverte sur le monde, préoccupée par la paix et le bien-être, unie par des pratiques démocratiques.

L’Union européenne au tournant

Et tout d’abord nous ne pouvons faire l’économie d’une compréhension de ce qui nous amène à tant de fragilités, de désillusions et de défiances de la part des peuples européens. L’analyse lucide et approfondie est nécessaire pour quiconque veut un projet européen, qu’on ait été hier du côté de ses laudateurs ou de ses contempteurs. 

L’Union telle que nous la connaissons est née il y a près de sept décennies, dans un monde certes très inégal, mais où le capitalisme composait avec les mécanismes d’un État-providence partiellement protecteur et redistributeur. Un monde où, après deux sanglantes guerres mondiales, le conflit des puissances était circonscrit par des institutions communes et par un droit international solennellement reconnu en 1948.

Au fil des années, l’Europe a tourné le dos à ces équilibres. Le jeu de la concurrence a affaibli le contrôle et la réglementation publiques. L’État-providence s’est étiolé et la marge de manœuvre des nations s’est réduite. La volonté de réduire à tout prix la dette publique a accompagné la frénésie financière et le recul de l’industrie. La prééminence de l’économie sur la politique et le déclin de la régulation étatique ont accru l’éloignement des citoyens de la sphère publique, exacerbé la crise et rétréci simultanément la vitalité démocratique. Les conséquences politiques ont été désastreuses. 

La confiance à l’égard de l’Europe s’est tassée et l’extrême droite s’est frayée un chemin sur tout le continent. Au fil des années, le poids de l’argent et celui des droites extrêmes sont allés de pair. Quant à la gauche gouvernementale, elle n’a pas su faire face, d’attentisme en capitulations. Désormais, notre continent n’est plus menacé seulement par la vague ultralibérale, mais par la percée d’une extrême droite européenne qui impose ses thèmes, ses normes et sa violence et qui reçoit désormais le soutien explicite de l’Amérique trumpisée. Il ne s’agit donc plus seulement de dire si l’Europe doit être ultralibérale ou non, mais si elle doit continuer et renouveler la trace démocratique ou s’en détourner radicalement.

Un projet européen pour la gauche

La gauche dans son ensemble est donc obligée de se mettre à niveau. Elle doit mesurer que les dangers à venir ne seront pas une simple aggravation des maux actuels. Cela suppose aussi qu’elle ne s’enferme pas dans des choix binaires simplistes, et qu’elle s’efforce de traiter les maux à leur racine.

Depuis des décennies, la dynamique européenne s’est heurtée aux carences de l’implication citoyenne, observables aussi bien à l’échelle des nations qu’à celle de l’Union. Partout, en laissant la voie libre à la frénésie de la financiarisation, en tournant le dos à la responsabilité citoyenne et en laissant les sociétés civiles sur le bord du chemin, on a fait de la démocratie représentative un simple jeu de pouvoir. On a ainsi laissé la main à une « gouvernance » reposant sur l’intrication des décideurs économiques et des élites technocratiques. La confiance ne sera reconquise ni par la course à une intégration sans visée démocratiquement définie, ni par le repliement sur le cadre national sans démocratie revivifiée. Seul un effort maîtrisé de projet et de refondation démocratiques, à toutes les échelles de territoire, peut espérer y parvenir.

Les conservateurs et les partisans de Trump se concentrent sur les aspects institutionnels de la gestion de l’espace européen. Droite et extrême droite taisent volontairement le poids des choix économiques, la compression des revenus du travail, la carence des dépenses publiques, la prédation des ressources, la spirale des inégalités. Ce qu’elles mettent en cause, ce sont les efforts proposés pour élargir la politisation populaire, pour réduire les inégalités, pour concilier le développement et la sobriété, l’efficacité et la justice. Quand les extrêmes droites brocardent les logiques fédéralistes et technocratiques, c’est pour faire oublier que leur objectif principal est de défaire le lien qui unit l’égalité, la citoyenneté et la solidarité.

Comme les « suprémacistes » américains ou comme le libertarien Javier Milei, les partis européens d‘extrême droite considèrent que « l’identité » européenne a été fragilisée quand est venu le temps des Lumières et des révolutions. À gauche, on pourrait certes faire remarquer aussi que les siècles qui suivirent le temps des révolutions ont été ceux du capitalisme, de la colonisation, des impérialismes et de la barbarie guerrière. Mais ce serait oublier que la société ne se réduit pas aux élites et à leurs projets. L’Europe ne se résume pas à la morgue coloniale, aux nationalismes débridés et au mépris du peuple par les dominants. Elle est aussi le fruit d’efforts persévérants des classes populaires continentales pour conjuguer le bien-être, la souveraineté populaire et le règne des droits. 

Pas besoin d’un « peuple européen » pour penser une Union européenne

Les institutions européennes sont le fruit de laborieux compromis entre le respect du fait national et l’intégration continentale. Les pouvoirs de la représentation des États (le Conseil), d’une structure quasi étatique commune (la Commission) et d’une représentation directe des citoyens (le Parlement) reflètent la réalité de ce compromis. Ce compromis a bougé au fil des années. Il peut encore bouger. On peut renforcer et élargir le socle des droits, instituer le primat des besoins humains, revaloriser les institutions citoyennes, limiter le champ des technocrates et des décideurs économiques, aller au-delà de l’intergouvernemental. Mais la tension entre le national et le communautaire doit subsister, parce qu’il est le seul à respecter la réalité de la construction européenne, qui est à la fois celle des nations à prolonger et celle de leur mise en commun à construire.

Il n’y a pas aujourd’hui de peuple ni de nation à l’échelle européenne, parce qu’un peuple n’existe pleinement sans conscience de former une communauté politique. Mais si le peuple politique européen n’existe pas, il y a pourtant désormais une communauté de destin des peuples européens, qui ne se réduit pas à la juxtaposition des nations installées à partir de la fin du 18ème siècle. Le lien qui relie les nations européennes ne relève pas seulement de « l’inter-nations », mais de quelque chose qui transcende le fait national. Si ce « quelque chose » de plus ne prend pas une forme politique, on laisse aux élites, privées ou publiques, économiques ou politiques, la maîtrise d’un destin commun.

Pour qu’un processus de mise en commun politique s’enracine, il ne faut donc le confier ni au fédéralisme (qui pousse à la construction d’une communauté par en haut) ni à la juxtaposition des souverainetés nationales (qui enregistre les inégalités des États). Le nouvel équilibre ne peut être que le résultat d’une implication citoyenne, dans chaque État et à l’échelle de l’Union. 

L’Europe ne peut se concevoir comme une collection d’États éparpillés, dans un monde où l’équilibre des puissances repose avant tout sur des États de dimension continentale (États-Unis, Chine, Russie, Inde, Brésil…). Si nous nous y résignions, nous devrions nous accoutumer à jouer un rôle subalterne, en nous plaçant plus ou moins dans l’orbite d’un « Grand ». Au bout du chemin de l’éparpillement, on ne trouvera pas l’autonomie, mais la dépendance, quand ce n’est pas la vassalisation.

La spirale de l’élargissement sans fin ou le rêve d’un noyau dur ne seront, ni l’un ni l’autre, garants d’une forteresse indestructible. La question centrale n’est pas de savoir quel est le nombre d’or de la « bonne » architecture européenne. Il est celui des visées que l’Europe veut s’assigner, des valeurs qui la fondent, des normes qu’elle entend appliquer, du soutien qu’elle saura susciter notamment parmi ses peuples.

La course à la puissance n’est pas l’avenir de l’Europe

L’Europe doit se doter d’une force d’agrégation capable de lui permettre de peser sur le devenir du monde et donc de combiner des souverainetés politiques nationales et une mise en commun politique européenne. 

La réponse pourrait couler de source : puisque le temps est revenu au heurt des puissances, l’Europe devrait s’instituer en puissance, dotée de tous ses attributs, économiques, politiques, militaires et symboliques. C’est en vérité un jeu dangereux et une impasse totale. Comment ne pas voir que la logique de la puissance ne fait qu’alimenter l’inquiétude et la peur ? Comment ne pas réaliser que cela alimente l’anxiété, qui conduit à renforcer les défenses de la frontière et des murs, à agrandir l’espace de domination des puissants, à restreindre la démocratie intérieure et à dévaloriser les avantages de la négociation à l’échelle internationale ? Comment ne pas voir que cela alimente les idées les plus régressives ? 

Intérioriser l’impératif de puissance, c’est tolérer que s’impose l’univers des forces qui font de la peur un carburant politique. La seule réponse raisonnable à gauche devrait donc être le refus : refus de la course illimitée au surarmement et pas seulement nucléaire ; refus de tout engrenage vers une économie de guerre ; refus de l’idée que l’Union européenne, par ailleurs nécessaire, doit se fixer pour objectif de se constituer en puissance, visant à contrebalancer celle des puissances déjà existantes.

Cela ne signifie pas le rejet, partout, de toute forme de réarmement. Ce n’est pas mépriser le droit inaliénable de chaque peuple à se doter des moyens minimaux pour se défendre. Ce n’est pas écarter toute convergence européenne défensive. Ce n’est surtout pas ignorer qu’il y a des peuples agressés qu’il convient de soutenir et des agresseurs que l’on doit combattre, sans écarter le recours à la force en dernière instance. 

Mais la prudence défensive ne devrait pas faire oublier que, même si l’obligation s’impose d’utiliser les armes, il n’y a pas de solution proprement militaire dans le monde tel qu’il est. Sauf à penser que l’anéantissement de l’ennemi, total ou partiel, est une option envisageable. Or, elle ne l’est pas et l’accumulation infinie des stocks de destruction massive est une menace tangible et active. Le seul précepte tolérable devrait être : si tu ne veux pas la guerre, fais tout ce qu’il est possible de faire pour obtenir la justice sans la guerre.

Car le monde n’est pas fait de blocs et ne relève pas du tropisme binaire des camps. Des États, différents par leur taille et l’ampleur de leurs ressources, n’éprouvent guère d’enthousiasme à s’enliser dans la course épuisante à la puissance. Des institutions internationales (Unesco, OMS, PNUD et autres) et des ONG mondiales continuent de s’opposer à l’accaparement des richesses et à la concentration extrême de la puissance. Des mouvements critiques, pacifistes et démocratiques, s’inquiètent de ce que le primat de la force rejette dans l’ombre la justice sociale, la dignité et les droits.

L’Europe doit avoir une autre ambition. Cette entité, qui n’est pas un État ni une confédération d’États, peut servir d’intermédiaire entre la fragmentation des États et les pièges d’un ordre reposant sur l’hégémonie d’un seul ou sur l’équilibre des empires. L’Europe n’ira pas bien loin en se contentant de vouloir être une puissance ; mais elle peut être un intermédiaire ou un trait d’union. Tout, d’ailleurs, ne devrait pas se réduire au jeu de la puissance et de l’hégémonie. L’histoire fonctionne aussi à l’influence et à la mise en commun : par son histoire et ses ressources, l’Europe a des atouts pour occuper ces terrains.

Il en est de l’obsession de la puissance comme de la fascination pour le capitalisme : le prix à payer est celui de la démocratie et des perspectives d’émancipation. La gauche peut promouvoir une perspective alternative. Le temps devrait venir où l’on promeut la mondialité et non la souveraineté étroite contre la mondialisation.

Pistes pour se sortir du piège

Le cadre général de l’Union doit être redéfini, pour se substituer à celui organisé par les actuels traités. Une nouvelle discussion doit donc s’engager, à la fois sur les orientations de politique économique et sociale et sur les institutions futures de l’Europe. À son issue, un nouveau traité sur les institutions de l’Europe, incluant une nouvelle Charte des droits. Une fois mis au point, ce traité doit être soumis à référendum, dans chaque pays.

La base de toute construction européenne ne peut se trouver ni dans l’accumulation prédatrice des richesses, ni dans celle de moyens de destruction de plus en plus meurtriers et sophistiqués. Le socle de l’avenir européen devrait se chercher plutôt dans le choix assumé d’une progression sobre et égalitaire des capacités humaines individuelles et collectives, pour tous ses résidents. Contrairement à ce qui se fait aujourd’hui, on pourrait mettre au cœur du projet européen une réaffirmation des droits, droits de la personne, du travail, de la citoyenneté pleine et entière. Le respect du pouvoir des parlements, leur contrôle effectif sur les institutions bancaires et financières devrait s’accompagner d’une implication citoyenne directe, en amont et en aval de la loi.

L’appartenance de la France à l’Union européenne peut être proclamée dans la Constitution actuelle, comme dans une Constitution pour une Sixième République. La gauche française, en tout cas, pourrait se retrouver dans une formulation simple, dans un esprit pouvant se formuler ainsi :

« La République française est membre à part entière de l’Union européenne. Elle agit pour que la construction de cette Union se fonde sur le strict respect des droits fondamentaux, sur une démocratie d’implication citoyenne, autour des principes de liberté, d’égalité, de tolérance, et de paix. Elle reconnaît les normes de l’Union, dès l’instant où, fruits d’une élaboration démocratique, ces normes respectent tout à la fois la volonté commune et le droit de chaque peuple à l’indépendance et à la souveraineté. Prônant une Europe qui soit un trait d’union dans un monde divisé, la République française plaide, en toute circonstance, pour une Union sociale, démocratique et solidaire, qui ne se reconnaît dans aucun ‘camp’, qui n’admet aucune entorse au droit international, qui agit en faveur d’une revalorisation et d’une profonde réforme de l’ONU. »

Nous en sommes loin ? Peut-être. Mais c’est pour n’avoir pas vu à temps les dérives de la construction européenne que ses failles sont devenues des gouffres.

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16.01.2026 à 17:45

UE : la révolution ou la mort — 49.3 ou ordonnances : la révolution ou la mort

la Rédaction

Comme chaque semaine, le débrief politique par Catherine Tricot et Pablo Pillaud-Vivien.
Texte intégral (3425 mots)

Comme chaque semaine, le débrief politique par Catherine Tricot et Pablo Pillaud-Vivien.

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16.01.2026 à 12:17

L’UE ne sauvera pas le Groenland si elle ne se sauve pas elle-même

Pablo Pillaud-Vivien

Trente soldats et trois communiqués de presse pour protéger le Groenland des États-Unis… S’il nous fallait une preuve de la faiblesse stratégique et politique de l’Europe, on l’a ! Un soldat britannique, un Hollandais, deux Norvégiens, deux Finlandais, trois Suédois, une douzaine d’Allemands et une quinzaine de Français. Voilà la réponse européenne aux appétits vautours…
Texte intégral (999 mots)

Trente soldats et trois communiqués de presse pour protéger le Groenland des États-Unis… S’il nous fallait une preuve de la faiblesse stratégique et politique de l’Europe, on l’a !

Un soldat britannique, un Hollandais, deux Norvégiens, deux Finlandais, trois Suédois, une douzaine d’Allemands et une quinzaine de Français. Voilà la réponse européenne aux appétits vautours de Donald Trump vis-à-vis du Groenland. Une trentaine de militaires, envoyés pour quelques jours. On hésite entre le gag et le malaise diplomatique. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un territoire grand comme quatre fois la France, au cœur des routes arctiques, stratégique pour les minerais, l’eau, le climat, les communications et, désormais, les ambitions impériales les plus décomplexées.


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Donald Trump n’a jamais caché son obsession groenlandaise. Elle revient, cyclique, mais aussi, hélas, de plus en plus sérieuse. Un imaginaire de la conquête brutal et assumé, où l’on achète, on annexe, on « sécurise ».

Face à cela, que fait l’Europe ? Elle euphémise en parlant de « rivalités de puissances » citant explicitement la Russie et la Chine, omettant parfois les États-Unis. Elle mime la fermeté. Elle envoie des soldats comme on placerait des petits pions au Risk. Pas pour défendre, encore moins pour dissuader, mais pour signifier qu’on existe. La Maison Blanche a répondu par le mépris pour les « chiens de traîneau » et fait savoir que cela n’était pas de nature à infléchir ses projets.

Personne n’envisage une confrontation armée avec les États-Unis pour le Groenland. Alors pourquoi ces annonces martiales aussitôt vidées de leur sens par des propos lénifiants et par la faiblesse des moyens militaires ? Parce que l’Europe ne sait plus quoi faire de sa propre impuissance stratégique. On ne construit pas une politique avec trente soldats et trois communiqués de presse.

Soyons sérieux deux minutes : personne n’envisage une confrontation armée avec les États-Unis pour le Groenland. Ni Londres, ni Berlin, ni Paris. Ni même Copenhague, pourtant officiellement souveraine sur l’île. Alors pourquoi cette chorégraphie ? Pourquoi ces annonces martiales aussitôt vidées de leur sens par des propos lénifiants et par la faiblesse des moyens militaires ?

Parce que l’Europe ne sait plus quoi faire de sa propre impuissance stratégique. Elle la compense par des gestes creux, persuadée que l’affichage vaut action. On ne construit pas une politique arctique, encore moins une politique internationale, avec trente soldats et trois communiqués de presse.

D’autant que le récit trumpien est loin de faire l’unanimité aux États-Unis même. Contrairement à l’image d’un pays uni derrière son président, la question du Groenland divise profondément. Des voix républicaines s’inquiètent du coût, du précédent juridique, du mépris affiché envers les Groenlandais. L’idée d’une annexion brutale fait grincer des dents jusque dans le camp conservateur.

Le danger n’est pas une invasion imminente, bottes américaines foulant la glace sous les yeux médusés de soldats européens frigorifiés. Le danger, c’est l’accoutumance. Or accepter d’envoyer des soldats sans stratégie et sans projet, c’est accepter d’entrer dans le jeu des puissants. Ce n’est pas dissuader Donald Trump mais valider son cadre : celui d’un monde où tout se règle par rapports de force. 

Derrière cet épisode arctique se joue un enjeu tout aussi grave : l’avenir même du projet européen, pris dans les vents violents de l’extrême droite, du repli nationaliste et de la paralysie institutionnelle. À Berlin, l’inquiétude est désormais explicite et assumée. Friedrich Merz, le chancelier allemand, a déjà fait des offres de relations directes à Donald Trump. Il expose désormais ses doutes sur la capacité de l’UE à tenir.

L’impuissance face au Groenland n’est pas un accident. C’est le symptôme d’une UE qui n’ose plus se penser comme projet, encore moins comme horizon démocratique et social commun. Une UE prisonnière de ses règles et de sa doxa néolibérale ; une UE incapable de surmonter ses peurs et de faire face aux forces qui travaillent à sa désagrégation.

Pour enrayer cette spirale, il faudra refonder le projet européen. Reposer enfin les questions que l’on évite depuis trop longtemps : comment décider ? À qui ? Et pour quoi faire ? Rompre avec l’Europe minimale du marché et de la concurrence, réinterroger son fonctionnement et clarifier le périmètre politique de l’UE, reconstruire une Europe capable de défendre la souveraineté des peuples, la coopération internationale et le droit face aux impérialismes.

L’Union européenne ne mourra peut-être pas dans un fracas spectaculaire. Elle peut s’éteindre lentement par renoncement, par perte de sens. Face à Donald Trump, face aux extrêmes droites européennes, face aux conflits à venir, la réponse ne peut pas être trente soldats sur la glace. Elle ne peut être que politique et collective. Tout le reste n’est que de l’esbroufe.

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