22.01.2026 à 12:27
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Alexandre est militant de gauche à Digne-les-Bains (04). Récemment, un média d’extrême-droite l’a questionné sur son père, surnommé « le barbouze pédophile ». Il revient pour nous sur cette histoire, sur ce que cela fait de grandir à l’ombre d’un monstre, et « rappeler que même si c’est pas évident de parler, c’est pourtant la seule chose à faire quand on sait qu’un enfant est en danger ». En 2015, en Ardèche, un homme,.. Read More
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Alexandre est militant de gauche à Digne-les-Bains (04). Récemment, un média d’extrême-droite l’a questionné sur son père, surnommé « le barbouze pédophile ». Il revient pour nous sur cette histoire, sur ce que cela fait de grandir à l’ombre d’un monstre, et « rappeler que même si c’est pas évident de parler, c’est pourtant la seule chose à faire quand on sait qu’un enfant est en danger ».
En 2015, en Ardèche, un homme, Christian Georges, surnommé le « barbouze pédophile » par la presse locale en raison de prétendues activités d’espion, écope de 19 ans de prison sur renvoi de cassation, pour avoir agressé sexuellement quatre enfants âgés de 4 à 10 ans1.
Dix ans plus tard, nous retrouvons Alexandre Georges à la terrasse d’un kebab près de la gare Saint-Charles, à Marseille. L’air grave, il déroule son histoire. Jusqu’il y a peu, ce militant était une figure politique incontournable de sa ville, Digne-les-bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence (04). Chef de file de la gauche, il était pressenti pour briguer la mairie aux prochaines élections, avec derrière lui une gauche unie. « Il y avait un boulevard, en mars prochain j’aurais pu me réveiller maire de la ville… »
Mais un appel va bouleverser cet agenda. Celui d’un journaliste du groupe Canal +, du milliardaire Vincent Bolloré. Alexandre le comprend alors : les médias d’extrême-droite s’intéressent à lui. Et, plus précisément, à son nom de famille, Georges -pourtant fort répandu. Mais, voilà : Christian Georges est bel et bien son père. « Fils de pédo, c’est une étiquette difficile à enlever… Car ce qui est le plus répandu, c’est de penser que la pédocriminalité est quelque chose qui va se transmettre héréditairement. Et, en même temps, tu confierais tes gosses à un enfant de pédophile, toi ? »
Il revient sur ce père monstrueux, condamné une première fois à Djibouti, « où il travaillait apparemment pour le ministère de l’intérieur sur l’affaire du juge Borrel 2 avec des méthodes peu recommandables, pour toutes les dingueries qu’il avait faites là-bas. Mais c’est surtout à partir de son retour en France que les emmerdes ont commencé pour lui ». Et qu’il sera, donc, condamné pour viol sur le beau-frère, la belle-sœur, la cousine, et le cousin d’Alexandre : « Il a pris quasiment le maximum légal, 19 ans ».
« Moi, je n‘étais pas forcément au courant de tout ça. Je n’ai pas grandi avec lui -et à partir de mes huit ans, il était en prison à Djbouti-, même si j’étais encore en contact. Mais ma famille cherchait à me protéger un maximum de ce qu’il avait fait, et à faire en sorte qu’on vive, qu’on ait le moins de contact possible avec cette histoire ».
Si cela s’était arrêté à cette première condamnation, « j’aurais pu ne pas redouter que ça ressorte, même quand j’étais tombé sur les articles il y a à peu près un an, parce que ma mère avait fait supprimer tout lien légal de parenté avec lui ». D’autant qu’il ne pensait pas qu’il puisse recommencer après tant d’années de prison -dont il était entre-temps sorti, libéré pour « bonne conduite » après 14 années d’incarcération. « Mais a priori, je pouvais faire de la politique, sans être tenu pour le fils d’un pédocriminel ».
« Seulement, la situation a évolué. Il a récidivé et je suis témoin dans cette affaire. Pas possible de nier la paternité ». Et pour la presse d’extrême-droite -oui, celle-là même qui maintient à l’antenne un Jean-Marc Morandini définitivement condamné pour « corruption de mineurs »- autant que pour les adversaires politiques potentiellement à l’origine de cette « boule puante », de « témoin » à « impliqué » il n’y a qu’un pas, raison pour laquelle il décide de nous parler aujourd’hui de ce qu’il a vu.
En sortant de prison, Christian Georges refait sa vie avec une famille de migrants Géorgiens, dont seuls les enfants parlent français. « Il m’avait présenté assez tôt le petit dernier comme mon petit frère, qu’il aurait eu avec la maman. Et les gamins se comportaient avec moi comme avec un grand frère. » Ceci s’avérera un mensonge, produit pour respecter les termes de sa conditionnelle l’interdisant de fréquenter d’autres enfants que les siens -des termes certes confondant s’agissant d’un pédophile ayant été condamné pour avoir agressé des enfants de sa famille.
Ayant reçu des informations inquiétantes, Alexandre, après avoir retardé ce séjour suite à une lourde opération, se rend dans le foyer. « Un policier marseillais que je connaissais m’avait donné une liste de trucs à checker pour comprendre ce qui se passait. Mais pas besoin d’aller trop loin ». Car « s’il était prudent devant la maman, face à moi, il ne se cachait pas et dormait même dans le lit du petit. J’étais le cliché du fils fidèle à ses yeux… »
Alexandre sort alors en prétextant aller voir des amis, et se rend au commissariat, où il fait une déposition. Puis, dans l’attente de l’aval du parquet pour mener une perquisition, il rentre.
Sa voix s’éraille. « J‘avais fait tout le cheminement dans ma tête. Je me suis dit : Mais en fait, ma vie, elle va être foutue. Vraiment, j’avais l’impression d‘avoir laissé un gros, gros morceau de moi derrière. D’être mort à l’intérieur. Et du coup, en arrivant sur place, le dernier truc qui restait à peu près d‘important dans ma vie C’était… C’était les deux petits bout’choux, dont je pensais encore qu’ils étaient mes petits frères ».
« Je me suis dit : c’est mieux s‘il meurt, en fait. De façon concrète, sans haine, Sans rien. Je me suis dit : c‘est mieux si ça se termine. Un bon coup, on termine cette affaire, voilà, on met fin à tout ça. Il ne recommencera plus ». Il parvient cependant à se calmer. Se doutant peut-être de quelque chose, le père fuit au matin, et sera interpellé plus tard, le 21 mai dernier.
Entre-temps, en parlant avec les enfants de la fratrie, Alexandre apprendra le degré d’horreur atteint dans le foyer. Horreur qui continuera, quand l’agresseur tentera d’entrer à nouveau en contact avec la famille depuis sa cellule, à partir d’un compte Facebook utilisant la photo de profil du dernier enfant abusé, le petit Géorgien de 7 ans. « J’en ai parlé avec la maman, histoire que ce soit elle qui prévienne la police la prochaine fois. Ça ne peut pas toujours être les gosses les plus courageux…. »
Cette récidive sera prochainement jugée, avec la mère comme partie civile et Alexandre comme témoin. « Et maintenant des personnes ont l’intention de se servir de ce lien de parenté contre moi, conscientes que ça me serait politiquement très dommageable d’être le fils d’un pédophile ». « J‘ai peur que ce soit utilisé, surtout au détriment des gamins ».
Car pour ces enfants, le chemin de la reconstruction s’annonce long, si ce n’est impossible. Les premières victimes de Christian Georges y sont-elles parvenues ? « Je n’en sais rien…. Ma cousine a totalement coupé les ponts. Il faut dire que ma famille ne l’a pas vraiment soutenue, à l’époque. Ni moi non plus, même si je n’étais qu’un gamin ». Il soupire : « Je lui ai quand même envoyé un message pour lui dire que j’étais désolé. Elle ne m’a jamais répondu. Et c’est son bon droit, après tout ce qu’elle a vécu ».
Alexandre laisse son sandwich et ses frites quasiment intouchés, et s’allume une cigarette, ses cheveux roux frappés par le Mistral. Nous lui demandons ce qu’il souhaite dire en conclusion. Il réfléchit. Puis : « Pourquoi ne pas rappeler que même si c’est pas évident de parler, c’est pourtant la seule chose à faire quand on sait qu’un enfant est en danger ? »
Par Mačko Dràgàn
1 https://www.laprovence.com/article/edition-avignon-grand-avignon/3418994/le-barbouze-pedophile-ecope-de-19-ans.html
2 « L’affaire Borrel concerne l’assassinat à Djibouti du magistrat français Bernard Borrel et ses multiples développements judiciaires, médiatiques et politiques. Bernard Borrel, procureur de Lisieux de 1988 à 1995, est détaché en tant que conseiller technique à partir d’avril 1994 auprès du ministre djiboutien de la Justice pour effectuer des missions de coopération[1] quand il disparaît […]. Son cadavre est retrouvé le lendemain dans un ravin, en partie calciné » (Wikipédia).
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19.01.2026 à 10:29
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Les électeurs du Rassemblement national (RN) sont racistes. Cela peut sembler anodin de le dire pour quiconque veut bien voir ce qu’il y a à voir dans ce parti, mais c’est l’une des conclusions que l’on peut tirer après lecture de l’ouvrage du sociologue Félicien Faury, Des électeurs ordinaires (Éditions du Seuil, 2024). Entretien. Le sociologue a enquêté durant six ans en région Sud-Paca sur cet électorat. Le champ politique.. Read More
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Les électeurs du Rassemblement national (RN) sont racistes. Cela peut sembler anodin de le dire pour quiconque veut bien voir ce qu’il y a à voir dans ce parti, mais c’est l’une des conclusions que l’on peut tirer après lecture de l’ouvrage du sociologue Félicien Faury, Des électeurs ordinaires (Éditions du Seuil, 2024). Entretien.
Le sociologue a enquêté durant six ans en région Sud-Paca sur cet électorat. Le champ politique et médiatique, et même les sciences sociales ont eu tendance à minimiser ce racisme, pourtant explicite. Il apparaît au grand jour dans le verbatim des enquêtés. Trop souvent remisé au rang de colère, ou de déviance morale, il a été associé à de la souffrance. Presque nous fallait-il être compassionnel avec les racistes du RN. Pourtant, ce que montre l’enquête de terrain du sociologue, c’est un racisme qui ne se nie pas. Il est l’un des ressorts majeurs du vote RN, agrège plusieurs classes autour de ce racisme, et se tourne en grande partie vers les personnes identifiées comme arabes, turcs ou musulmanes. Entretien avec Félicien Faury sur ces
électeurs ordinaires, ainsi que, comme l’annonce le sous-titre, sur « la normalisation de l’extrême droite », dans le champ médiatique et politique.
Félicien Faury : Ma démarche était décalée au départ. Je viens d’une tradition sociologique bourdieusienne assez classique. Toute une école de pensée qui met au cœur de l’analyse la question de la classe sociale, et de comment elle influence la manière de penser, les goûts et dégoûts culturels. Par conséquent, les goûts et dégoûts politiques ainsi que les préférences électorales etc. A posteriori, je crois que je voulais faire le récit d’un détournement. Il y a des colères de classe, et le RN les détourne à l’encontre des immigrés, ce qui rejoue la question du racisme mais indirectement. Ce dont je me suis rendu compte assez vite, ça a été une surprise de l’enquête, c’est que le RN, sur les questions raciales ne détourne pas grand-chose. Ces questions racialisées étaient déjà présentes chez mes enquêtés. Je n’ai évidemment pas perdu la question de la classe sociale, très présente dans mon livre, mais j’ai cessé de rabattre la question raciale sur la classe. Sous-entendu : ils sont pauvres, ils ont des difficultés et pour compenser ils deviendraient racistes. Je me suis tourné vers un autre ensemble de travaux de recherches, des rapports sociaux de race, de la racialisation, du racisme comme fait systémique et structurel. Ce qui me laissait moins démuni par rapport au récit récolté. Et surtout de pouvoir penser l’autonomie relative de la question raciale par rapport à la classe sociale.
On peut dire que les électeurs RN sont globalement dominés d’un point de vue des inégalités de classe. Par contre du point de vue des inégalités ethno-raciales, ils sont plutôt du bon côté de la ligne de couleur si je puis dire, “des vrais Français”, des personnes blanches. De ce point de vue là ils ont un pouvoir sur les minorités, ils font partie de ce que Colette Guillaumin appelle le « groupe majoritaire ». Ce pouvoir s’exerce notamment par le vote pour le Rassemblement national. J’ai considéré qu’il fallait prendre au sérieux les questions de racisme par-delà les questions de classe. Ce n’est pas un phénomène simple à expliquer. Que ce n’est pas juste de la méchanceté, mais ce sont des positions précises au sein des hiérarchies sociales racialisées qui donnent lieu à des formes de racismes spécifiques. Et c’est cette articulation entre expérience de classe et forme de racisme que j’ai essayé de faire dans mon livre.
FF : Cela a été une autre bataille théorique. Au sein de la science électorale, le racisme est toujours mis du côté du culturel ou de l’identitaire, mis en opposition avec les clivages socio-économiques, eux rabattus sur la question de la classe. Le social et le sociétal en somme. C’est le clivage qu’on trouve sur le RN-Nord et le RN-Sud, l’un qui serait porté par le social, l’autre par l’identitaire. Alors que sur mon terrain, on m’a surtout parlé d’économie, et d’enjeux matériels. Ce que ça permet de penser, c’est que le racisme est une force matérielle : pour les personnes qui le subissent, comme par exemple les discriminations à l’embauche, au logement, ce n’est pas du culturel. C’est très matériel. Et les personnes qui exercent ce racisme sont aussi guidées par des enjeux matériels. Il faut le rappeler : ce n’est pas une simple erreur de penser. Les personnes blanches ont des intérêts à se maintenir dans leur domination, comme pour les hommes dans le cas du sexisme. Et donc participer à l’oppression de groupes dominés. C’est sur cet intérêt racialisé que s’appuie en partie le vote RN.
FF : C’est pour ça que je dis que les travaux sur le racisme comme fait social, et comme fait structurel m’ont beaucoup aidé pour rendre le racisme du RN, énigmatique, au sens d’une problématique de recherche. Beaucoup de travaux sur le racisme structurel insistent sur la partie institutionnalisée, naturalisée, et parfois inconsciente de la manière dont le racisme se propage. Ces études commencent toujours en disant : il ne faut pas parler que de l’extrême droite, mais aussi du racisme au cœur de la société. La question que je me suis posée, c’est pourquoi eux se trouvent obligés d’être aussi explicites sur leur racisme. Ce que j’arrive à comprendre avec ma recherche, c’est justement parce qu’ils n’ont pas les ressources sociales pour pouvoir profiter tranquillement des inégalités ethno-raciales. Ils n’ont pas le luxe d’être blanc, sans être estampillé racistes. Il y a tout un tas de groupes sociaux qui par exemple peuvent détourner la carte scolaire, en choisissant où habiter, en vérifiant qui on va embaucher. Ils participent à ces inégalités mais dans les enquêtes d’opinion, ça ne se voit pas. Les électeurs RN n’ont pas les moyens de mettre en œuvre ce racisme.
Pour prendre la question résidentielle, sur mon terrain, j’ai entendu beaucoup de « j’aimerais bien être dans un quartier blanc où il n’y a pas de minorités, mais je n’y arrive pas car je n’ai pas les moyens de déménager ». On parle beaucoup de l’entre-soi blanc des électeurs RN, mais dans le Sud en tout cas, il est raté. Leurs ressources sociales ne sont pas à la hauteur de leurs aspirations raciales. C’est pour cela qu’ils vont le verbaliser et voter pour le RN. Il est aussi violent dans les discours qu’il est impuissant dans les actes. Ils n’ont pas de pouvoir raciste très important hormis leur vote. Oui, il y a du racisme dans le vote RN, mais il n’en a pas le monopole. Il faut aussi s’interroger sur nos propres manières de participer à cet ordre-là, y compris de façon inconsciente. Un des enjeux de mon livre était aussi de faire comprendre comment on fait soi-même partie du problème.
FF : C’est ce qui est pratique quand on travaille avec l’extrême droite. Contrairement à d’autres études qui travaillent sur la blanchité ou sur le racisme comme fait central dans la société, ça n’est pas dit et le racisme s’exprime de façon plus insidieuse. Là, je me suis dit, au moins eux sont clairs : « Il y a trop d’Arabes dans cette école, point. » D’un côté je me suis dit qu’il ne fallait pas euphémiser les propos pour y voir la violence de ceux-ci. Et il y avait la crainte de redoubler cette violence avec une forme de voyeurisme sur ces questions. Ma discipline était de sélectionner les propos utiles à l’analyse. Je n’ai gardé que peu d’insultes, je ne voulais pas que ce soit un musée des horreurs. Mais il fallait montrer que ça existe.
Ensuite, je distinguerais encore une fois les rapports sociaux et rapports raciaux. Si ce sont des chiens de garde, c’est de la blanchité. Ils font effectivement le sale boulot racial à la place du groupe majoritaire qui lui, peut souvent se contenter de laisser faire et d’agir discrètement sans avoir besoin de politiser cette question. Les électeurs RN sont obligés de politiser cette question parce qu’ils ont l’impression qu’ils sont à la limite et ont peur de basculer de l’autre côté, du côté des immigrés. Le vote RN c’est cela, c’est voter pour quelqu’un qui vous promet de durcir encore les frontières ethno-raciales. Cela rejoint les questions de classe puisque très souvent les immigrés sont associés aux assistés, aux chômeurs, aux personnes pauvres.
Ils sont toujours dans cette position de dominants/dominés, pas les plus pauvres, pas les plus à plaindre, souvent propriétaires de leur habitat avec un CDI, mais qui ne sont pas très élevés. En somme, des personnes qui ont acquis un petit capital et qui ont peur de le perdre. Ils se disent : on va conserver à tout prix l’ordre tel qu’il est car si cela bouge trop, on risque de basculer de l’autre côté. Pour les petites classes moyennes, il peut y avoir deux modalités : une réactionnaire, l’autre révolutionnaire.
FF : J’ai commencé en 2017 et j’ai fini en 2022, et j’ai revu des personnes d’une élection à l’autre. L’intensification de la détestation de Macron m’a marquée. Et en même temps, il n’est pas du tout considéré comme de droite, et encore moins d’extrême droite par les électeurs ordinaires du RN. Sur les questions migratoires et sécuritaires, il est même considéré comme de gauche. Ce qui est beaucoup revenu c’est : on ne sait pas trop où il est. Il y a toujours un questionnement sur sa place sur l’échiquier politique. Ce qui est une preuve de ce que montre la science politique année après année : quand vous êtes un parti de droite, reprendre les thématiques du RN peut marcher sur le très court terme, notamment auprès de votre base militante. Mais sur le moyen terme, c’est inefficace car vous légitimez les thèses de l’extrême droite en les rendant possibles et désirables, mais vous ne récupérez aucun électeur. Ça ne marche pas. Il continue d’être un pôle de détestation pour toute l’extrême droite.
FF : C’est totalement un mythe que cet électorat communiste qui aurait basculé du côté du RN. Les classes populaires de droite, qui ont toujours existé, ont basculé à l’extrême droite. Et il y a également le renouvellement générationnel. Ces nouveaux arrivants sur le marché électoral sont dans un paysage politique différent. Le RN demeure sulfureux, mais est complètement normalisé par rapport à ce qu’il était dans les années 1980. C’est une option électorale banale pour un électeur d’aujourd’hui. Surtout, ils arrivent dans un monde social qui n’est plus du tout le même. Les conditions matérielles d’existence, les conditions d’exercice de la politique au quotidien par rapport à des années où il y avait une industrie et des syndicats puissants. Il y a une radicalisation du prolétariat de droite et un changement du contexte socio-économique et politique. Il faut également rappeler qu’au sein des classes populaires, les plus pauvres, les plus précaires, continuent de voter à gauche lorsqu’elles votent, et surtout s’abstiennent.
FF : Totalement. On m’a souvent opposé le livre de Vincent Tiberj, en me disant : vous parlez de normalisation du racisme mais le racisme baisse dans la société française. Premièrement, on ne mesure pas le racisme qu’à travers des études d’opinion. Comme je l’ai dit il y a tout un tas de manières silencieuses de participer aux inégalités ethno-raciales. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a tout un ensemble de croyances explicites, ou de préjugés racistes qui baissent. Ce n’est pas du tout contradictoire avec ce que je dis. Il faut distinguer l’existence des préjugés et leur politisation, leur conversion en vote. Vous pouvez avoir moins de préjugés dans une société mais les personnes qui continuent de les avoir, votent en fonction de ces préjugés, par exemple pour l’extrême droite. Dans les années 1970, des sondages menés auprès de l’électorat ouvrier communiste sur leur attitude xénophobe envers les travailleurs nord-africains, montrent qu’ils avaient des préjugés presque pires que l’électorat ouvrier actuel qui vote pour l’extrême droite. Ils votaient communiste, car ce qui s’activait en eux au moment du vote, ce n’était pas ces affects-là, mais d’autres facettes de leur existence, notamment des questions de classe. Ce qu’on note, c’est que ces préjugés même s’ils baissent, cette fois sont politisés. La montée de l’extrême droite, ce n’est pas le signe d’une montée du racisme, c’est le signe de la politisation du racisme. C’est sur cela qu’il faut s’interroger. Ce que je montre dans le livre, c’est qu’il y a des concurrences sociales pour des ressources communes, qui deviennent des ressources rares, de plus en plus fortes. Il y a également une offre politique et médiatique qui attise constamment, depuis assez longtemps maintenant, ces affects racistes là et donc les politise.
Pour terminer, il y a une dernière dimension de la politisation qui est celle, effectivement du backlash. C’est assez documenté à l’international. Lorsque vous avez une évolution des normes dans un sens progressiste, cela crée en face de la réaction. D’un certain côté, la montée de l’extrême droite, c’est bon signe, car cela montre comment ça bouge. Auparavant, tout un tas d’inégalités raciales étaient naturalisées, allaient de soi, et n’étaient pas politisées. Aujourd’hui, ça l’est, il y a des luttes, et donc des contre-luttes. Un autre exemple, le mariage pour tous : en face on a la manif pour tous. Et quand le mariage pour tous passe, la manif pour tous s’étiole et les normes évoluent dans un sens progressiste.
Il y a également les effets de long terme de la décolonisation, avec ce grand mouvement d’émancipation collective qui n’a pas été sans effets sur l’imaginaire occidental blanc. L’extrême droite commence à monter après la décolonisation. Il s’agit moins de civiliser le colonisé que de se défendre et d’expulser l’immigré. On a cette politisation défensive qui se joue, donc effectivement il y a un effet backlash très important.
FF : J’ai rencontré des électeurs fidèles dans mon enquête qui votaient pour l’extrême droite depuis Jean-Marie Le Pen. Et aussi des néo-votants. Pour l’instant le RN arrive à gagner sur les deux tableaux. A conserver sa base la plus radicale tout en ayant une aura de normalisation qui lui permet d’attirer de nouvelles personnes. Sur le plan social, ils arrivent à avoir les indépendants, les petits patrons, les classes moyennes, et aussi les ouvriers, les employés, des personnes de classes populaires. Ils arrivent à maintenir ces deux types d’électorat ensemble, ce qui pourrait être exploité comme une contradiction. Ils parviennent à la neutraliser notamment grâce à la question raciale.
FF : Cela a été une victoire culturelle et historique. C’est encore négatif d’être considéré comme raciste et/ou d’être considéré comme d’extrême droite. Le RN bataille dans sa normalisation afin de ne plus être assimilé à cela. Cette petite musique a fini par marcher. La diabolisation marche pour lutter contre l’extrême droite. Ils cherchent à se normaliser pour gagner. Sous la Vème République, on ne gagne pas en étant un parti paria.
FF : Assurément. La question c’est : est-ce que le RN est parvenu à cela ou l’a-t-on fait à sa place ? Beaucoup d’acteurs politiques croyant récupérer des parts électorales ont fait le travail à sa place et imposé ses thématiques. Dans les années 1980 il y a une dépolitisation de la question de la domination du capitalisme. Mais il y a eu en parallèle une surpolitisation de la question migratoire et sécuritaire. On a montré un volontarisme politique très important sur ces questions. Je le vois dans les entretiens : lutter contre les inégalités par en haut, ça paraît irréaliste, et c’est peu discuté. Il y a un fatalisme de classe vis-à-vis du haut et par contre pour les inégalités du bas disons, mais surtout liées à l’immigration, tout le monde se dit que c’est possible. Plus les médias et l’offre politique insistent sur cette question, et crée du scandale autour de ces questions, plus cela politise. Il y a une scandalisation différentielle entre ce que fait le capitalisme à notre monde et de l’autre ce que fait l’immigration et l’insécurité. Cela a des effets propres sur les représentations politiques, de ce qui est possible ou non. La plupart des programmes de gauche serait favorable aux conditions matérielles d’existence des électeurs que j’ai rencontrés. Certains le reconnaissent, mais personne n’y croit. En revanche, ils pensent possible d’arrêter l’immigration.
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12.01.2026 à 11:12
admin
Dans sa chronique « La Dalle », Lauren Malka revient pour nous sur l’injuste incarcération de ex-président, incapable de se préparer un œuf dur. L’occasion de parler d’alimentation en prison avec une spécialiste du sujet, l’autrice Lucie Inland, qui a publié « Surveiller et nourrir », avec ce constat : « Beaucoup de détenu·es n’ont pas les moyens de manger à leur faim ». On a eu peur mais on respire. Malgré son alimentation désastreuse pendant.. Read More
Cet article Ce que Sarko a mangé en prison est apparu en premier sur MOUAIS.
Dans sa chronique « La Dalle », Lauren Malka revient pour nous sur l’injuste incarcération de ex-président, incapable de se préparer un œuf dur. L’occasion de parler d’alimentation en prison avec une spécialiste du sujet, l’autrice Lucie Inland, qui a publié « Surveiller et nourrir », avec ce constat : « Beaucoup de détenu·es n’ont pas les moyens de manger à leur faim ».
On a eu peur mais on respire. Malgré son alimentation désastreuse pendant ses 21 jours de détention, et contrairement à ce que redoutait sa femme Carla qui le voyait déjà dépérir, Sarkozy ne risquait pas grand-chose à part une selle un peu sèche, d’après un endocrinologue et nutritionniste de l’hôpital Bichat interrogé par les journalistes – manifestement inquiets, eux aussi – du journal Le Point. On souffle aussi en apprenant que, malgré sa détermination à ne bénéficier d’aucun privilège – « Quitte à boire le calice, autant le boire jusqu’à la lie », écrit-il dans son livre – Sarko a pu “cantiner” en prison, c’est-à-dire accéder à des repas décents, plus dignes en tous cas que la « gamelle » quotidienne réservée aux détenu-es ordinaires.

On regrette simplement que l’ancien président n’ait pas croisé la route de Moben, artiste et détenu de longue durée, qui vient de publier ses astuces pour apprendre à mieux se nourrir en prison : un récit de vie à l’isolement et de recettes illustrées par lui-même et co-écrit avec Gaëlle Hoarau intitulé Mange ta peine (éditions du Bout de la ville). Et pour cause, au moment même où Sarkozy quittait la Santé pour fêter la parution de son livre chez son éditeur Fayard à Saint Germain des Près, sans relecture – allez hop, les livres c’est comme le champagne, faut faire péter le bouchon sans réfléchir – Moben, lui, était condamné à un transfert punitif vers la prison de haute sécurité d’Alençon-Condé-sur-Sarthe, où il a été placé au sein du nouveau quartier de lutte contre la criminalité organisée, pour avoir publié ses bonnes recettes de prisonnier.
Nicolas Sarkozy, qui révèle dans son livre avoir refusé tous les repas qu’on lui servait, parce que l’odeur des “petites barquettes” et la vision de la « baguette molle et humide » proposées chaque jour au déjeuner, lui « soulevaient le cœur », mais qui explique aussi ne pas se sentir assez « habile » pour se faire cuire un œuf aurait-il pu et su tirer profit des recettes de vie et de survie de Moben, pour « dominer sa peine » et éviter de « se la manger en pleine tête » ? Pour réfléchir à ces questions, j’ai contacté la journaliste et autrice Lucie Inland qui, dès 2023, dans son enquête « Surveiller et nourrir », levait justement le coin de nappe sur cet aspect méconnu, peu discuté avant le « Yaourt Gate » de Sarkozy : l’indignité des prisons françaises et américaines à travers le prisme de l’alimentation des prisonnier.e.s.
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J’ai lu son livre avant de te répondre, et je n’ai rien remarqué de particulier. L’administration pénitentiaire lui a fourni les mêmes repas qu’à n’importe quelle personne détenue, et effectivement ils n’ont pas la réputation d’être appétissants. Il a pu avoir accès à un frigo et une plaque de cuisson pour acheter et stocker les aliments de son choix disponibles à la cantine (magasin interne de la prison), là aussi comme n’importe quelle personne détenue … qui a les moyens de payer. Car oui, à part les trois repas fournis par la prison (tout comme les hôpitaux et les écoles c’est un service public qui ne laisse pas les gens mourir de faim, et c’est une bonne chose même si la nourriture en elle-même est discutable), rien n’est gratuit en prison ! Donc non, il n’a pas bénéficié de repas personnalisés, mais il a eu les moyens de s’acheter ce qu’il voulait.
La « cantine » c’est le catalogue interne à la prison, qui permet notamment d’acheter de la nourriture et du matériel pour cuisiner. Le choix est plus limité que dans un supermarché et les tarifs sont (vraiment) plus élevés (souvent le double qu’à l’extérieur). Ils diffèrent selon les établissements qui n’ont pas tous les mêmes fournisseurs. On considère qu’il faut 200 € à 250€ minimum par mois pour vivre correctement en prison : ce n’est pas rien ! Même si la personne détenue a accès à un travail, il n’est rémunéré qu’à 45% du Smic. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, je ne doute pas que son épouse Carla a eu les moyens d’approvisionner son compte sans se priver de son côté.
Cantiner n’est pas à la portée de toutes les personnes détenues. Environ une sur quatre est considérée comme « indigente », faute de proches pouvant approvisionner son compte ou de travail (affreusement mal) rémunéré en prison, et ne peut compter que sur les repas fournis par la prison.
En général, la prison accentue les inégalités et les difficultés présentes dans la société en général : pauvreté, problème de santé mentale et d’addiction, illettrisme.
Lucie Inland. Crédit photo : Louise Quignon ➡
Quand j’ai lu les premières lignes de l’article du Point mentionnant que « par principe » il refusait de se préparer à manger je n’ai pas été surprise mais j’ai quand même râlé. C’est vraiment une réponse de privilégié ! Comme je le disais, beaucoup de détenu·es n’ont pas les moyens de manger à leur faim, et lui semble considérer que ce serait s’abaisser au niveau du bas peuple que de se faire cuire des pâtes et des œufs sur une plaque de cuisson tout seul comme un grand. Lorsque j’ai lu dans son livre que c’est son ancienne directrice de cabinet qui lui a expliqué les temps de cuisson j’ai vraiment roulé des yeux. En même temps, depuis combien de décennies n’a-t-il pas eu à se faire à manger (une tartine tout au plus) ni même faire ses courses ? Il a été assez « habile » pour occuper le plus haut poste de la fonction publique, mais pas pour se préparer un repas aussi simple ?
Le cas du marquis de Sade à la Bastille dont je parle dans mon livre n’est plus possible aujourd’hui. Il se faisait livrer des quantités de nourriture via sa femme, qui payait pour lui, comme des fruits frais, du fromage, des pâtisseries. Il a quand même subi les plats infâmes servis en prison, jusqu’à l’eau qui le rend malade et dont il parle dans le style excessif qu’on lui connait.
De nos jours, à part pour les colis de fin d’année, les proches ne peuvent pas apporter de nourriture à leurs proches incarcéré·es lors des parloirs – même si certain·es le font pour ramener un peu de réconfort. Et encore ces colis sont soumis à certaines conditions : ils ne doivent pas excéder 5kg ni contenir de denrées rapidement périssables.
Nicolas Sarkozy a fait le choix de refuser les « gamelles » (plats fournis par la prison) par dégoût (et par peur de se faire servir de la nourriture souillée voire empoisonnée par représailles) pour se nourrir de yaourts, de thon en boîte et de barres de céréales. C’est son droit le plus strict. Mais on peut tout de même déplorer qu’il refuse de s’abaisser à mettre la main à la pâte (ou plutôt aux pâtes) pour se préparer des repas améliorés, en se servant de la gamelle comme ingrédients de base, complétés par des ingrédients cantinés. C’est ce que fait notamment Moben.
Moben n’a pas le luxe de refuser de cuisiner des repas plus consistants et appétissants pour rester en bonne santé, étant condamné à une longue peine. Au lieu d’écrire des mémoires soporifiques, il a préféré consacrer son temps à développer et partager des astuces pour cuisiner au mieux avec le strict minimum. J’ai l’impression qu’il savait déjà se faire cuire des pâtes et des œufs avant d’être incarcéré, ça doit aider !
Cuisiner en cellule permet d’occuper des journées vite ennuyeuses. Se débrouiller avec une plaque de cuisson et de la bricole exige davantage de temps, mais les personnes détenues en ont énormément. Manger, ce n’est pas que se nourrir physiologiquement : ça permet de penser à autre chose, de partager quand on est plusieurs en cellule ou qu’on dispose d’espaces à plusieurs comme en centres de détention (ce n’est pas le cas de Moben, en isolement), reprendre un peu de pouvoir sur un quotidien imposé en décidant du contenu de son assiette. Ce transfert punitif est, à mon sens, abusif, puisque le livre a été réalisé dans des conditions connues de l’administration pénitentiaire et qu’en théorie chacun·e est libre de ses opinions tant qu’elles respectent le cadre légal. Y a-t-il une loi qui condamne la critique des conditions d’incarcération ? Je doute qu’il puisse me lire mais il a tout mon soutien.
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