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19.01.2026 à 15:19

Les réseaux d'intervention rapide dans la région de Minneapolis-Saint Paul

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Comment s'organise l'auto-défense populaire contre l'ICE et pourquoi Trump se devait de qualifier Renée Nicole Good de terroriste

- 19 janvier / , ,
Texte intégral (3906 mots)

Les images de Renée Nicole Good abattue au volant de son véhicule par un agent de l'ICE ont fait le tour du monde. Le soutien indéfectible de Trump à ses troupes et particulièrement à l'auteur des tirs, Jonathan Ross, jette une lumière crue sur le niveau de violence étatique en cours aux États-Unis. Cependant, l'indignation médiatique suscitée par un tel niveaux de brutalité tend à passer sous silence ce qui n'est pas seulement réprimé mais aussi et d'abord résiste. Dans l'article qui suit, nos amies étasuniens de CrimethInc. racontent et décrivent toutes les méthodes et stratégies d'auto-défense mise en place contre l'ICE par les habitants de Minneapolis et de Saint-Louis. Des réseaux d'intervention rapide qui identifient et traquent les véhicules de l'ICE, surveillent leurs déplacements et avertissent la population de leurs opérations dans l'espoir de les empêcher. Alors que les gouvernants du monde entier se plient au moindre caprice de Trump et se courbaturent en ronds de jambe, les habitants des villes jumelles viennent nous rappeler que la résistance véritable émane toujours du peuple.

Les réseaux d'intervention rapide, organisés par la population afin de protéger leurs communautés face aux agents fédéraux qui ont pour but de les enlever, de les brutaliser et de les terroriser, ont évolué très rapidement pour suivre l'évolution permanente des méthodes du Service de l'immigration et des douanes (ICE). Durant les six semaines d'occupation écoulées, les volontaires des Villes Jumelles (Minneapolis-Saint Paul) ont amélioré sans relâche leur méthode d'intervention, jusqu'à parvenir à une structure dynamique et robuste. Le présent rapport explore ce dispositif dans le but de soutenir d'autres groupes à travers le pays susceptibles d'être bientôt confrontés à des pressions comparables.

Le 2 décembre, une centaine d'agents de l'Immigration et des Douanes ont été envoyés dans les Villes Jumelles de Minneapolis et Saint Paul dans le cadre d'une opération d'arrestations et d'expulsions conduite dans plusieurs municipalités. Depuis, ces agglomérations ont été transformées en zones assiégées, irreconnaissables pour beaucoup de leurs habitants. La quantité d'agents fédéraux présents y a été multipliée par 30, atteignant près de 3 000. À titre de comparaison, le service de police de Minneapolis compte approximativement 600 policiers. La mort de Renee Nicole Good, membre d'un réseau d'intervention rapide, le 7 janvier, suivie, une semaine plus tard, le 14 janvier, par la fusillade d'une autre personne, a retenu toute l'attention nationale.

Pourtant, la majorité des personnes estiment que ce qui se déroule dans les Villes Jumelles s'inscrit dans la continuité des actions de l'ICE et des formes de résistance vues dans d'autres régions du pays. En réalité, l'étendue des arrestations, des détentions et des affrontements atteint un niveau sans précédent.

Le Déferlement

Pendant les mois qui ont précédé l'afflux important d'agents de l'ICE dans les Villes Jumelles, les habitants et les structures locales ont instauré un dispositif d'intervention rapide, assez centralisé. Les témoins pouvaient y transmettre leurs observations, avec différents niveaux de preuve, à un coordinateur via un système de messagerie instantanée. Une fois les signalements reçus, standardisés et contrôlés, les coordinateurs les relayaient massivement sur le système, ce qui entraînait le rassemblement des personnes situées à proximité. Ce système semblait efficace pour susciter une mobilisation lors d'opérations de grande ampleur, comme un raid dans un groupe d'appartements, mais il a commencé à montrer ses limites lorsque l'ICE a testé des interventions plus rapides et moins lourdes.

Puis, autour du 1er décembre, les descentes de police ont presque disparu et les agents, arrivés en masse, ont lancé une série de perquisition et d'arrestations musclées. L'ancien modèle s'est rapidement montré obsolète, le délai d'intervention se réduisant à quelques minutes. Les membres de la communauté, souhaitant une approche plus directe que le système actuel, caractérisé par des observateurs légaux et des procédures inefficaces, ont commencé à instaurer un système parallèle pour pallier leurs lacunes et gagner en réactivité.

Ce système a commencé avec un tchat à grande échelle pour les signalements concernant le Southside, où chacun pouvait diffuser n'importe quelle alerte. À mesure que les opérations de l'ICE s'intensifiaient et s'accéléraient, ce tchat, plus ouvert et réactif, a vu son nombre de membres augmenter et est devenu un espace attirant pour ceux qui souhaitaient aller de simplement consigner les opérations de l'ICE. Les participants ont commencé par utiliser le programme de signalement existant pour avertir les personnes visées de l'arrivée de l'ICE et harceler ses agents, puis ont peu à peu cherché à les mettre en échec : en bloquant les véhicules de l'ICE avec leurs propres voitures, en bloquant physiquement les agents, et en mobilisant des foules et des patrouilles pour intimider de petits groupes d'agents et les forcer à battre en retraite.

Au fur et à mesure que les tchats gagnaient en ampleur, de nouveaux tchats ont été ouverts pour subdiviser la ville en sections de plus en plus restreintes, certaines couvrant à peine un rayon de quatre pâtés de maisons. Cela permet aux utilisateurs de suivre les signalements qui les concernent directement et de répondre rapidement et efficacement aux observations proches.

Contre-surveillance

Ces réseaux ont largement tiré profit d'un dispositif de contre-surveillance instauré au bureau local de l'ICE. Le bâtiment Whipple, un édifice fédéral implanté à Fort Snelling, en périphérie de Minneapolis et de Saint Paul, accueille depuis longtemps un siège régional de l'ICE, après avoir hébergé d'autres administrations fédérales. Le complexe fait face à une garnison de la Garde nationale, se situe près d'une installation militaire et jouxte le fort lui-même, aujourd'hui conservé. Ce dernier se trouve sur le site sacré de la confluence de deux cours d'eau. Il fut l'un des premiers lieux de colonisation de la région et servit même, à une époque, de camp de détention pour les Amérindiens Dakota.

Le complexe Whipple englobe des locaux administratifs, des infrastructures de traitement et de détentions au sous-sol, ainsi qu'un grand parking. Les habitants ont identifié ce site comme un point stratégique durant l'été et y maintiennent une présence continue depuis le mois d'août.

Le bâtiment est entouré par deux autoroutes nationales, deux rivières et un aéroport. Avec seulement deux accès pour les véhicules, il est facile de suivre les entrées et sorties des véhicules de l'ICE. Le dispositif Whipple Watch, comme on l'appelle, mobilise depuis des mois des manifestants et des observateurs postés sur place. Ils collectent des informations sur les convois se dirigeant vers la ville ou transportant des détenus vers l'aéroport, identifient les schémas opérationnels, tout comme les jours et les heures de forte activité, et consignent minutieusement les plaques d'immatriculation des véhicules. Cette base de données est consultée quasiment en continu, permettant aux équipes d'intervention rapide, à pied ou motorisées, de confirmer en temps réel la présence des véhicules de l'ICE. L'ICE a commencé à changer régulièrement ses véhicules et plaques pour tenter de contrer ce système de contre-surveillance, mais le nombre de signalements reçus ne cesse d'augmenter.

Whipple Watch poursuit trois objectifs principaux :

  • Fournir un système d'alerte anticipé concernant les afflux massifs de troupes et de convois aux réseaux locaux d'intervention rapide,
  • Collecter des données, notamment via les registres des plaques d'immatriculation,
  • S'assurer que l'ICE sache qu'elle est surveillée, y compris sur son propre territoire.

Whipple Watch a clairement atteint ces objectifs, malgré la présence d'une force militarisée plus qu'hostile.

Comment ça marche

Chaque quartier de la ville (Southside, Uptown, Whittier, etc.) possède des équipes de dispatcheurs qui se relaient pour gérer communication continue via la plateforme Signal lors des heures de fonctionnement. Il arrive que plusieurs dispatcheurs opèrent simultanément pour se partager les tâches supplémentaires telles que la surveillance de la communication, la transmission des rapports vers d'autres canaux ou la vérification des plaques d'immatriculation. La répartition des patrouilles permet également une couverture homogène de tout le secteur, de prendre des notes et d'apporter son aide lors de confrontations. Tous les patrouilleurs, qu'ils soient en véhicule ou à pied, restent connectés pendant toute la durée de leur ronde. Le flux d'informations est constant, permettant aux autres véhicules de décider s'ils sont en mesure de rejoindre l'équipe, de prendre le relais d'une filature ou de poursuivre la recherche d'autres véhicules.

Depuis que l'organisation a été subdivisée en zones de quartier plus précises, les habitants de nombreux secteurs ont également mis en place un dispositif de messagerie instantanée quotidienne. Les conversations sont recréées et effacées chaque jour afin de rester lisibles et d'éviter la saturation (le nombre maximal de participants par groupe Signal étant limité à 1 000 personnes). Divers quartiers des villes et des banlieues ont reproduit la structure de base de ce système, mais avec des modèles, des structures de discussion, des mécanismes de vérification et des méthodes de collecte de données plus ou moins différentes.

Un groupe chargé de la collecte d'informations rassemble les données anonymes transmises par Whipple Watch ainsi que par plusieurs groupes locaux d'intervention rapide, puis les organise sous des formats exploitables, comme des cartes interactives des zones à risque. Ce groupe gère également la base de données consultable des plaques d'immatriculation, classées selon les catégories : « membres de l'ICE confirmés », « membres de l'ICE présumés », « personnes non affiliées à l'ICE confirmées » et autres.

« Mes parents sont dans un café lorsqu'ils entendent des sifflets et des klaxons. Tous les clients se lèvent d'un coup et se précipitent vers la sortie. »

D'autres forums de discussion localisés ont été créés, notamment autour des établissements scolaires, des communautés religieuses et des services de livraison de courses solidaires. De plus, le forum d'accueil des Réseaux de quartier centralise les informations concernant les nouveaux bénévoles. Des personnes venant de l'ensemble de la ville – ou même du Minnesota – peuvent s'y inscrire et explorer les différents forums disponibles. Les administrateurs les ajoutent ensuite aux groupes ouverts ou les orientent vers les processus de sélection et de formation pour les groupes plus fermés.

Plus récemment, les dispatcheurs ont testé un système de relais permettant aux patrouilleurs qui suivent des véhicules jusqu'aux limites de leur secteur de patrouille de communiquer via messagerie instantanée afin de passer le relai à un patrouilleur de la zone voisine. Cela permet aux patrouilleurs la possibilité de se concentrer sur des itinéraires de plus en plus réduits, qu'ils peuvent rapidement maîtriser pleinement et parcourir ainsi mieux que n'importe quel agent de l'ICE.

Par ailleurs, des relais hispanophones copient les alertes ICE issues des appels de répartition et des tchats locaux, les traduisent, puis les diffusent à de vastes réseaux hispanophones sur Signal et WhatsApp.

Ce qui pourrait sembler, de l'extérieur, comme une formalisation excessive des échanges d'informations, ou au contraire comme un manque de structure dans les communications ouvertes auxquelles participent simultanément tous les patrouilleurs d'une même zone, se révèle en réalité être un dispositif de communication efficace, auto-organisé et bien coordonné.

L'information circule de manière fiable à tous les niveaux grâce aux tchats et aux dispatcheurs, et les patrouilleurs adoptent rapidement des méthodes qui leur permettent d'éviter de se couper la parole et de transmettre les messages de façon claire et structurée. Les volontaires définissent eux-mêmes leurs créneaux horaires, variables en durée, en fonction de leurs connaissances, de leurs compétences, de leurs centres d'intérêt et de leurs disponibilités.

Ce système est en perpétuelle évolution, très flexible, quelque peu difficile à expliquer aux personnes extérieures, mais étonnamment facile à intégrer – bon, une fois surmonté le choc de recevoir plus de 1 500 messages par jour, bien sûr.

« Tu peux pas savoir à quel point c'est des trucs de dingue ici »

La réaction de l'ICE a été tangible. Ils ont modifié leur tactique. Ils ont été expulsés de certains quartiers lors d'opérations. On les a surpris en train de parler de leur peur et du fait que beaucoup d'entre eux avaient fui.

Ils ont aussi intensifié de façon constante et violente leurs agressions envers les observateurs. Les patrouilleurs qui suivent l'ICE de trop près ou trop longtemps se retrouvent souvent encerclés, permettant à quatre à dix agents d'encercler leur véhicule, de frapper aux portes, de crier, de filmer et de les menacer d'arrestation. Les patrouilleurs qui ont bloqué l'ICE avec leur voiture ont été percutés, leurs vitres brisées, ou ont été extraits de force pour être détenus ou arrêtés. Certaines personnes ont été embarquées de force dans des véhicules de l'ICE, transportées sur plusieurs kilomètres, puis balancés au bord de la route. Des agents ont arraché des personnes de leurs voitures, les ont trainés sur plusieurs pâtés de maisons, puis les ont laissées s'enfuir dans la rue. Récemment, des agents ont utilisé du gaz poivre contre les voitures – parfois en essayant de saturer l'intérieur pour contraindre les occupants à sortir, parfois simplement pour marquer les voitures de façon visible afin de les harceler et de les cibler davantage.

Récemment, des agents de l'ICE ont projeté une grenade lacrymogène depuis leur voiture sur l'autoroute afin de tenter de dissuader une personne de les suivre. Non seulement ces agents ont suivi des patrouilleurs jusqu'à leur domicile, mais ils ont également identifié le conducteur ou le véhicule qui les suivait et conduit ces derniers jusqu'à leur propre domicile, dans un but d'intimidation. Des patrouilleurs nous ont raconté avoir été frappés, avoir failli être fauchés, avoir vu leurs véhicules foncer sur eux, avoir été menacés par une arme, avoir eu leurs pneus crevés et avoir été extraits de force hors de véhicules en marche. Si l'assassinat de Renee Nicole Good a choqué le pays, il n'a surpris personne parmi ceux qui ont arpenté les rues des Villes Jumelles ces six dernières semaines.

Le modèle des Villes Jumelles : ne le copiez pas, inspirez-vous-en

Ce qui différencie le réseau d'intervention rapide des Villes Jumelles et tout son écosystème, ce n'est pas l'adhésion stricte à une structure particulière. C'est plutôt une analyse lucide de leur situation, une volonté d'adaptation et le courage de riposter face à l'escalade de la violence.

Les habitants de Minneapolis et Saint Paul observent attentivement leurs adversaires. Ils connaissent les modes de déploiement des agents de l'ICE, leurs positions, leur apparence, leurs comportements et leurs réactions. Ils vivent dans une agglomération relativement petite et densément peuplée, où de nombreux quartiers sont accessibles à pied et où le plan en damier facilite les déplacements en voiture. Les gens sont liés entre eux, s'appuyant sur des liens hérités des mouvements et des soulèvements antérieurs. Le maire de Minneapolis cherche à préserver l'image progressiste de son administration ; il est peu probable que la police soit déployée en renfort des opérations de l'ICE. Ce sont ces conditions concrètes et observables qui ont directement déterminé la conception et la mise en œuvre de la résistance locale.

Les personnes impliquées dans le modèle s'engagent à faire preuve de souplesse et de capacité d'adaptation face à l'évolution de la situation. La ville étant composée de quartiers aux caractéristiques et aux profils démographiques variés, le modèle a été conçu pour s'adapter à chaque quartier. Après l'arrêt des raids, l'ICE a conduit ses opérations presque exclusivement depuis un point central à accès restreints, ce qui a poussé les organisateurs à investir massivement dans la contre-surveillance à cet endroit. Lorsque les interventions de l'ICE ont évolué vers des arrestations de rue et des perquisitions rapides et aléatoires, la seule manière d'anticiper leurs déplacements consistait à identifier leurs véhicules en approche. La population s'est donc focalisée sur le repérage des véhicules de l'ICE sur les routes et sur leur suivi. L'ICE, contraint d'utiliser la surprise et les embuscades, les intervenants se sont servis du bruit – sifflets et klaxons – pour donner rapidement l'alerte à distance. Les agents de l'ICE n'apprécient guère d'agir en infériorité numérique ni d'être encerclés ; les patrouilles regroupent donc les véhicules et mettent en place des barrages routiers improvisés.

Peu de ces situations pouvaient être anticipées. La seule manière de s'adapter efficacement consistait à créer un environnement ouvert et inclusif, favorisant la prise d'initiative et l'auto-organisation.

Le courage des habitants des Villes Jumelles mérite une reconnaissance particulière. Il est facile de critiquer les réseaux d'intervention rapide, car filmer ou observer l'escalade de la violence ne suffit pas à la maîtriser. Dans de nombreuses régions du pays, ces réseaux se sont désengagés avant même de pouvoir agir, en tentant de contrôler de manière excessive les actions de leurs membres, malgré une volonté générale de participer activement au conflit. Les formateurs insistent souvent sur la non-ingérence ; certains intervenants se surveillent mutuellement dans la rue, réprimandant quiconque jette des projectiles ou crie. Dans certains cas, cela découle d'une peur instinctive de représailles envers les ONG impliquées. Dans d'autres, c'est une attention, bien intentionnée mais mal orientée, portée à la « sécurité », qui se traduit par un paternalisme consistant à déterminer pour autrui le niveau de risque jugé acceptable.

On observe cette même prudence excessive dans les Villes Jumelles. Certains instructeurs et coordinateurs, par habitude, incitent les gens à se retirer plutôt qu'à les accompagner dans leurs initiatives. D'autres, au lieu de contrecarrer l'ICE, entravent ceux qui passent à l'action.

Mais ici, le conflit est conduit par ceux qui repoussent les limites, qui se servent de leurs véhicules et de leurs corps pour immobiliser les agents et libérer les personnes détenues, qui jettent des boules de neige et des pierres, qui renvoient les grenades lacrymogènes, qui couvrent les voitures et les agents de peinture et brisent les vitres de leurs automobiles, qui continuent de hurler au visage des ravisseurs lorsqu'ils sont frappés, aspergés de gaz poivré ou touchés par des balles en caoutchouc, qui assistent aux enlèvements masqués, aux disparitions non-élucidées et au nombre sans précédent de morts perpétrés par cette nouvelle ICE enhardie, et ils sont prêts à prendre de véritables risques pour les arrêter. Ils subissent les représailles, et malgré cela, ils sont plus nombreux, plus forts et plus courageux.

Se préparer à l'arrivée massive des agents de l'ICE dans votre ville – et croyez-moi, leur arrivée est imminente – demande d'examiner le terrain et de faire preuve de créativité. La stratégie la plus adaptée à votre ville ne ressemblera probablement pas aux unités d'observation régulières stationnées dans leurs quartiers généraux ni aux patrouilles mobiles d'intervention rapide. Il faudra analyser en profondeur comment tirer le meilleur parti de vos atouts et exploiter vos faiblesses dans votre contexte spécifique. Commencez dès maintenant à étudier, planifier, collaborer et expérimenter.

Nous nous tournons vers les Villes Jumelles, non pas pour en reproduire les détails, mais pour leur clarté d'analyse, leur action rapide et décisive, leur expérimentation agile, leur profonde bienveillance mutuelle et leur courage contagieux.

Ce rapport a été rédigé par des visiteurs des Villes Jumelles, qui ont eu le plaisir d'être accueillis au sein du réseau pour quelques jours. Merci à tous ceux qui nous ont fait découvrir leur ville, nous ont expliqué le fonctionnement de leurs systèmes et nous ont emmenés patrouiller. Amour et rage.

Traduction : Nathan Beltràn

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19.01.2026 à 11:13

Alerte incendie

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« Il est grand temps de saisir les extincteurs »

- 19 janvier / , ,
Texte intégral (1536 mots)

Quand on offre un lance-flammes à un incendiaire il ne faut pas s'étonner qu'il mette le feu. Quand on donne à un candidat avoué à la dictature le pouvoir qui lui permettra de l'exercer ; quand on lui fournit les moyens d'imposer totalement ses décisions, il ne sert à rien ensuite de se plaindre qu'il en use sans modération. La sidération affichée de la plupart des roitelets du monde devant les coups de force du pacha trônant à la Maison Blanche, est un ridicule vaudeville.

Ces cris offusqués devant l'irrespect du prétendu « droit » dans le cadre duquel les gouvernants de la planète devraient agir montrent surtout la raison profonde de leur dépit : Le molosse qui les aidait à faire tenir leurs petites tyrannies leur montre qu'il veut que ce « service » lui rapporte plus, qu'il n'hésitera pas à leur piquer de plus grosses parts du butin puisqu'il a les moyens de le faire, et qu'il se moque complètement que sa manière de sauter à gros bombardiers sur la table du festin perturbe leurs petites arnaques.

En ne prenant « pas de gants » [1]pour lancer ses razzias ; en chamboulant les règles et codes hypocrites du guignol diplomatique et en méprisant allègrement le « Conseil de sécurité » grabataire censé les faire respecter, Trump ne fait que se comporter conformément à ses promesses électorales de Matamore [2]. Si, élu pour être « gendarme du monde il se prend pour un braconnier » [3], c'est parce qu'il ne fait qu'appliquer son programme prétendant restaurer la « grandeur » impériale de sa boutique, en écrasant tous les concurrents. Il ne fait qu'agir comme le reste des chefs mafieux se partageant, et se disputant la gouvernance du monde. Mais il le fait comme le plouc lourdingue qu'il est, sans s'embarrasser d'enrober ses agressions de trop de baratin visant à persuader ses victimes du bien fondé des coups qu'il leur inflige.

Ayant enfilé de travers son cache-sexe de Libertador accourant au secours des peuples insurgés contre leurs tyrans, il laisse tellement voir que ce n'est qu'un prétexte éhonté pour leur imposer sa dictature, piller leurs ressources et les faire trimer à son profit, qu'il abîme de lui même sa posture de Zorro. Trump trompe mal. Par tous les pores de son ego boursouflé il braque les projecteurs sur ce qu'il est réellement : un vampire affamé prêt à tout pour se gaver. Ce faisant il renverse aussi les paravents publicitaires soutenant l'inféodation du monde à ce conglomérat de saigneurs rivaux dont les bagarres, sèment partout la cruauté, la douleur et la mort.

Au contraire de ce que lui reprochent ses objecteurs, Trump respecte le droit. Il applique le seul droit véritablement existant : le droit du plus fort. Aucun droit, jamais, n'a pu s'affirmer et obtenir d'être respecté s'il n'avait pas la force de le faire, à commencer par les fameux « droits de l'homme », enfants de la prise de la Bastille. Le droit ne fait toujours qu'entériner ce qu'une force a obtenu et peut défendre. Les tyrans l'ont largement prouvé à leur manière, en se servant de la force de leurs soudards pour renverser les barrières légales conçues pour les contenir. Mais les combattants contre toutes les dictatures l'ont confirmé : Le « droit » d'un moment, définissant et cadran les rapports au sein d'une société, n'est pas la formulation d'une vérité inébranlable et de comportements immanquablement justes, c'est un outil occasionnel dans les affrontements sociaux. A qui veut imposer son droit, il a toujours fallu opposer le droit de résister.

Par la franchise cynique de ses agressions et de ses menaces, Trump oblige à se souvenir de cette vérité : si tu ne veux pas subir les coups du fouet ne te mets pas à genoux devant le bourreau. C'est en cela qu'il irrite ses concurrents au poker géopolitique, surtout ceux qui ont choisi de faire carrière sous l'une ou l'autre des bannières portant label « démocrate ». En déplorant le mépris de la « démocratie » que Trump manifeste sans vergogne, c'est tout le mensonge sur la réalité de ce qui se présente sous cette étiquette qu'ils essaient de sauver. Leur « démocratie » c'est sa perversion gérée par les oligarques. C'est le mensonge qui, justement, a permis d'installer des Trump et autres Poutine au volant des rouleaux compresseurs écrasant l'humanité, d'où ils s'amusent à appuyer sur le champignon, menant le monde vers le gouffre. C'est l'instrument adoré de tous les professionnels de la démagogie politicarde : la démocrature.

De sorte que ceux qui, aujourd'hui, appellent à « sauver la démocratie » contre les attaques des fascismes décomplexés et modernisés, invitent à sauver un leurre. S'il est vrai que les principes fondateurs de l'idéal démocratique, ayant pour but d'éviter tout accaparement du gouvernail de la société par un ou des dictateurs, sont de bons outils à opposer aux entreprises despotiques, il faut qu'ils soient réels, entiers, solides, et non les lambeaux de peau de chagrin à laquelle les ont réduits les aristos « républicains » et autres champions de la culotte réversible. Si la démocratie peut être l'antidote à la dictature, aujourd'hui elle n'est pas à défendre, elle est à construire.

Les razzias que mènent et promettent de mener Trump et son gang accélèrent la marche de l'humanité vers une possible guerre globale dans laquelle elle aurait de fortes chances de terminer horriblement son parcours. L'apocalypse promise par des prophètes de malheur semble se rapprocher a grande vitesse [4].

Mais la plupart des humains, hors des champs de bataille, ne donnent pas l'impression de s'en apercevoir, peut être parce qu'ils sont coincés dans des soucis de subsistance qui ne leur laissent guère le loisir de s'occuper de ça, ou parce qu'ils se laissent distraire par toute la machinerie conçue pour les détourner de s'en mêler, et parce qu'ils se sentent impuissants, paralysés par leur grande dépendance aux « institutions », coupés de leurs semblables, dépourvus de moyens. Il serait pourtant urgent de réagir alors que les « autorités », largement secondées par les médias, s'emploient à conditionner les esprits à l'idée de la guerre et invitent à « se préparer au pire ».

Or, seul pourrait le faire efficacement un fort mouvement de résistance citoyenne internationale, armé par une souveraineté effective de ses participants, sachant décider et agir en toute indépendance, et peser par cette action sur la marche des événements. Non une organisation hiérarchique charpentée, mais une alliance souple d'opposants, de désobéissants, d'objecteurs, de déserteurs, de saboteurs : Une nébuleuse, retrouvant l'esprit de toutes les résistances à toutes les dictatures de tous les temps, la vivacité, l'imagination, la fraternité combattante. On en est loin. Ce n'est pas une mince tâche, c'est vrai, et il est déjà tard pour s'y engager. Mais, à l'heure où les incendiaires montrent une telle envie de jouer avec leurs lance-flammes et où ils ont déjà commencé largement leurs grillades, il est grand temps de saisir les extincteurs.

Gédicus

Le 19 janvier 2026


[1] Dominique de Villepin, Libération, 8 janvier 2026.

[2] Voir Les Nérons nouveaux sont arrivés ! lundimatin N° 461.

[3] Jean Pierre Raffarin, Le Dauphiné libéré, 15 janvier 2026.

[4] Voir Vers une fin effroyable ? lundimatin N° 466.

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19.01.2026 à 11:00

El Hacen Diarra Ils ne diront pas ton nom

dev

Texte intégral (508 mots)

El Hacen Diarra
Ils ne diront pas ton nom
Dans les préfectures
Les ministères, les cabinets
Dans les journaux, à la radio
El Hacen Diarra
Ils ne diront pas ton nom
Dans leurs maisons, leurs bureaux
Et ne le disant pas
Ils continueront à te tuer

El Hacen Diarra
Ils ne diront pas la vérité
Ils diront cet individu
Crise cardiaque, ils diront
Ils ne diront pas qu'ils t'ont tué
Le sang sur le trottoir
El Hacen Diarra
Encore une fois
Ils diront oqtf ou n'importe quoi
Ils diront usage légitime de la force
Ils diront de leurs bouches tordues
Et sans honte
El Hacen Diarra, ils diront
Monopole légal de la force
Et ils te tueront une nouvelle fois
Ils diront qu'ils ne s'excusent pas
Ils ne diront pas ton nom
Ta force et ta famille
Ta joie, El Hacen Diarra
Ils ne diront pas la justice
Comme ils ne diront pas ton nom
Ils ne disent pas Adama Traoré
Aboubacar Fofana
Ils ne disent pas Mohamadou Oury Sow
Et ne le disant pas
Ils continuent de les tuer
Ils continuent de les tuer
Ils ne disent pas Etat policier
Ils ne disent pas crimes racistes
Ou haine
Ils disent quelque chose comme igpn
El Hacen Diarra
Ils ne disent pas les enfants tués
Les vies détruites
Larami Samoura
Nahel Merzouk
Zied Benna
Bouna Traoré
Leurs noms, ils ne les disent pas
Ils ne disent pas le nom des blessés
Le nom des blessures
Les crânes enfoncés
Les yeux percés
Les techniques
Ils ne les disent pas
Ils ne disent pas Théo Luhaka
Ils taisent Hedi
Ils les blessent encore
Encore, El Hacen Diarra

Nassera Tamer

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