LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs REVUES Médias
Souscrire à ce flux
La revue des révolutions féministes

▸ Les 10 dernières parutions

27.01.2026 à 05:43

Tendresse queer, un portfolio de Jess T. Dugan

Jess T. Dugan

Il y a dans les portraits de Jess T. Dugan des lumières douces, des postures d’abandon, des gestes de soin, des décors empreints de quiétude. Mais également des présences affirmées, des […]
Texte intégral (970 mots)

Il y a dans les portraits de Jess T. Dugan des lumières douces, des postures d’abandon, des gestes de soin, des décors empreints de quiétude. Mais également des présences affirmées, des regards qui soutiennent le nôtre. Si l’artiste s’empare de ce genre classique de la photographie, c’est pour donner à voir les visages et les corps trop peu représentés des personnes queers, tout en s’éloignant d’une iconographie attendue. Nourri·e par son vécu de personne non binaire et son histoire familiale et affective, iel souhaite que son travail « invite le ou la spectateur·ice à se confronter à l’autre dans une forme d’intimité qui lui permet aussi de réfléchir à sa propre existence, sa propre identité ».

La prise de vue elle-même s’inscrit dans une collaboration, parfois au long cours, avec les modèles. Dans certains cas, les images s’accompagnent de témoignages, comme dans le cycle consacré aux personnes trans âgées. En faisant poser ses proches aussi bien que des inconnu·es, seul·es ou à deux, mais aussi par l’autoportrait, Jess T. Dugan tisse des liens sensibles entre expériences personnelles et enjeux universels : « Nous voulons tous·tes être perçu·es et aimé·es tel·les que nous sommes. » En cela, iel assume une « mission éducative et militante ». Dans le contexte mondial des atteintes de plus en plus graves aux droits des personnes LGBTQIA+, et en particulier dans son propre pays, Jess T. Dugan veut plus que jamais croire que « l’amour, la joie et le fait de se relier les un·es aux autres sont des manières de résister ».

Jess T. Dugan
De gauche à droite et de haut en bas)
Mike, 55, and Sky, 64, Palm Springs, California, 2017.
Melissa and Donika, 2023.
SueZie, 51, and Cheryl, 55, Valrico, Florida, 2015.
Kelli and Jen, 2017.
Oskar at sunset, 2019 [Oskar au coucher du soleil].
Shira and Sarah, 2020.
Taan, 2012.
Mom and Chris, Provincetown, 2019 [Maman et Chris].
Oskar and Zach (embrace), 2020 [Oskar et Zach (étreinte)].
Ces portraits sont extraits des séries « Look at me like you love me », « New Works » (Nouveaux Travaux), « Every Breath We Drew » (Chaque souffle que nous avons pris), « Family Pictures » (Photos de famille) et « To Survive on This Shore » (Survivre sur cette rive).
Crédit : Jess T. Dugan
Self-portrait with Vanessa, 2020 [Autoportrait avec Vanessa]. Série « Family Pictures ».
Self-portrait with Vanessa, 2020 [Autoportrait avec Vanessa].
Série « Family Pictures ». Crédit : Jess T. Dugan
Self-portrait with Vanessa and Elinor (2 days old), 2018 [Autoportrait avec Vanessa et Elinor (âgée de 2 jours).
Série « Family Pictures ».
Self-portrait with Vanessa and Elinor (2 days old), 2018 [Autoportrait avec Vanessa et Elinor (âgée de 2 jours).
Série « Family Pictures ».
Self-portrait with Vanessa and Elinor (2 days old), 2018[Autoportrait avec Vanessa et Elinor (âgée de 2 jours).
Série « Family Pictures ». Crédit : Jess T. Dugan
De haut en bas : — Collin at sunset, 2020 [Collin au coucher du soleil]. — Jamie and Ann, 2016. — Apolo lying in the grass, 2019 [Apolo allongé dans l’herbe]. Série « Look at me like you love me ».
De haut en bas :
Collin at sunset, 2020[Collin au coucher du soleil].
Jamie and Ann, 2016.
Apolo lying in the grass, 2019 [Apolo allongé dans l’herbe].
Série « Look at me like you love me ». Crédit : Jess T. Dugan
Mom holding Elinor (1 month old), 2018
[Maman tenant dans ses bras Elinor (âgée de 1 mois)].
Série « Family Pictures ».
Mom holding Elinor (1 month old), 2018
[Maman tenant dans ses bras Elinor (âgée de 1 mois)].
Série « Family Pictures ». Crédit : Jess T. Dugan
Tulips, 2023.
Tulips, 2023. Crédit : Jess T. Dugan
Self-portrait with mom (embrace), 2024 [Autoportrait avec maman (étreinte)].
Série « Family Pictures ».
Self-portrait with mom (embrace), 2024 [Autoportrait avec maman (étreinte)].
Série « Family Pictures ». Crédit : Jess T. Dugan
PDF

26.01.2026 à 17:24

Etat civil : un casse-tête pour les personnes trans migrantes

Zoé Cottin

Il n’est que 17 heures, en ce jour de plein été. Une lumière blanche écrase les façades du secteur Saint-Antoine, dans les quartiers nord de Marseille. Personne dans la rue, il […]
Texte intégral (3500 mots)

Il n’est que 17 heures, en ce jour de plein été. Une lumière blanche écrase les façades du secteur Saint-Antoine, dans les quartiers nord de Marseille. Personne dans la rue, il fait trop chaud. Une heure de fin de sieste.

Pourtant, dans la salle à manger de Micha Les prénoms suivis d’un astérisque ont été modifiés., où trône un drapeau géorgien, tout le monde est attablé. Aubergines au four, salade et khatchapouris – chaussons garnis de fromage et d’œuf – défient des estomacs déjà lourds. « Ça se passe chaque fois comme ça quand je viens ici », dit en souriant Sasha Dvanova. Travailleur social, il aide Micha, 58 ans, dans ses démarches de changement d’état civil depuis plus de six ans. Au fil du repas, la conversation glisse vers des idées de missions de bénévolat que Micha pourrait mener au centre LGBTQIA+ de Marseille. Ça lui permettrait d’« occuper ses journées » puisqu’il peut difficilement travailler avec ses soucis de santé. Des échanges en russe que Sasha Dvanova traduit pour moi. Jusqu’à ce que Micha perde soudainement son calme. Ses mots se percutent. Il agite les bras. Le rouge lui monte aux joues. Dans le silence qui suit ses larmes, Sasha se tourne pour traduire : « J’ai l’impression d’être passé à côté de ma vie. En Géorgie, je portais un prénom masculin, mon physique l’était aussi et, sur les papiers, j’étais une femme. Du jour au lendemain, j’ai été licencié de mon poste de fonctionnaire de la justice. J’ai tout quitté. Quand je suis arrivé en France, ça m’a flingué de voir que j’avais des droits, mais de ne pas réussir à les faire valoir. »

En raison de la transphobie qu’il subissait dans son pays d’origine, Micha a été reconnu comme réfugié Personne qui, en raison de persécutions fondées sur la race, la religion, la nationalité, l’appartenance à un certain groupe social, l’orientation sexuelle ou les opinions politiques, a effectué une demande d’asile et a obtenu une réponse favorable de protection internationale. par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) en 2019. Mais il n’a obtenu la modification de son acte de naissance avec mention du genre masculin qu’en mars 2024. Dans l’impossibilité de présenter un acte d’état civil avec le même genre que celui indiqué sur sa carte d’identité, il n’a pas pu justifier de son identité pendant de longues années. Des circonstances qui l’ont empêché de trouver un logement, un travail, et de toucher le revenu de solidarité active (RSA). Son cas n’est pas une généralité, néanmoins les personnes trans immigrées qui souhaitent inscrire un changement de genre à l’état civil en France sont vulnérables et discriminées à deux titres : en tant que personnes trans et en tant qu’immigré·es.

À l’Ofpra, des salarié·es en porte-à-faux

L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) est un établissement public administratif sous tutelle du ministère de l’Intérieur. Il est chargé, entre autres, de l’instruction des demandes de protection internationale et de la protection de ceux et celles qui en bénéficient. Ces dernières années, le contexte social y est tendu.

Plusieurs agent·es ont dénoncé dans Mediapart le fait qu’ils et elles soient contraint·es de vérifier si les demandeur·euses d’asile qui se présentent à elles et eux ne représentent pas une menace ou un danger pour la France. Ils alertent aussi sur les risques d’une politique du chiffre, qui pousserait à privilégier le pôle instruction plutôt que le pôle protection. Cela leur donne parfois l’impression de mal faire leur travail. Malgré le recrutement récent de 16 rédacteur·ices de l’état civil au pôle protection, le taux de rotation des salarié·es a crû ces dernières années.

Pour l’ensemble des catégories B de l’Ofpra (composé à environ 70 % de rédacteur·ices d’état civil du pôle protection), ce taux est passé de 16 % en 2022 à 28,4 % en 2024 (contre 19,2 % pour l’ensemble des salarié·es de l’Ofpra). Une augmentation qui traduit sans doute la souffrance et la difficulté grandissantes des agent·es à mener à bien leurs missions.

C’est une erreur de parcours qui a fait s’enliser le dossier de Micha. En tant que réfugié et trans, s’il voulait faire modifier genre et prénom sur son acte d’état civil, la procédure était la suivante : enclencher un changement de prénom auprès de la mairie, l’acter auprès de l’Ofpra, demander la modification de la mention de sexe au tribunal judiciaire, puis envoyer la décision de justice à l’Ofpra. Mais, quand Micha arrive en France, la préfecture établit son récépissé de demande d’asile sur la base de son apparence, au masculin. Conséquence : tous ses documents officiels sont émis sous cette identité. « Au début, tout a très bien fonctionné, explique Sasha Dvanova. Il a pu ouvrir ses droits à France Travail, obtenir la Sécu, un logement social, tout. »

Un répit de courte durée. L’Ofpra lui délivre son premier acte de naissance… sous le genre féminin. Résultat : Micha n’est pas identifié comme une seule et même personne par l’administration française. Comme la mention de sexe sur son acte de naissance et celui de sa pièce d’identité se contredisent, la Caisse d’allocations familiales (CAF) lui bloque son versement d’allocation aux adultes handicapés (AAH). La Sécurité sociale suspend ses droits. Par phobie administrative et crainte d’être « outé » à cause de son deadname Prénom qu’une personne, après sa transition de genre, ne souhaite plus utiliser. sur son état civil, Micha s’écarte du monde du travail – sans emploi, il accumule les dettes – et de tout parcours de soin : c’est tardivement qu’il découvre qu’il a un cancer.

Délais interminables

En l’absence de données chiffrées concernant l’identité de genre des personnes arrivant en France, on peut seulement estimer à plusieurs centaines le nombre de personnes trans en situation de migration. Sasha Dvanova tente un calcul approximatif : « Si on prend le nombre d’admissions à l’Ofpra sur les trois dernières années, on est à plus de 84 000 personnes. Si on considère que près de 1 % de la population est trans, on arrive à 840 personnes sur trois ans. » Une estimation qui ne prend en compte que les personnes réfugiées ou sous protection subsidiaire Protection internationale fournie à une personne demandeuse d’asile qui ne répond pas aux critères pour devenir réfugiée., pas celles qui ne bénéficient d’aucune protection internationale.

Pour les accompagner au mieux dans leurs démarches de changement d’état civil, des associations comme le Gisti et Acceptess‑T Groupe d’information et de soutien des immigré·es (Gisti) et Actions concrètes conciliant : éducation, prévention, travail, équité, santé et sport pour les personnes transgenres (Acceptess‑T). ont rédigé des guides. Mais, qu’il y ait erreur ou non dans les procédures, celles-ci restent très longues. Une fois passé le contretemps du départ, Micha a dû attendre encore un an avant que les décisions de la mairie et du tribunal, favorables au changement de prénom et de la mention de sexe, soient reportées sur son état civil.

L’Ofpra, établissement public sous tutelle du ministère de l’Intérieur, est responsable de ces lenteurs administratives. Son fonctionnement est « représentatif d’une politique axée sur les traitements de l’instruction et n’a que faire de l’intégration des personnes une fois qu’elles ont été reconnues bénéficiaires de la protection internationale », regrette Jean-Charles Lallemand, représentant syndical de la CGT-Ofpra. Il en veut pour preuve la différence entre le délai de délivrance d’un premier acte d’état civil pour tout bénéficiaire de la protection internationale (10,4 mois) et celui d’un examen de demande d’asile : 4 mois – « tout simplement pour réduire le nombre de jours de versement de l’allocation de demande d’asile », interprète le syndicaliste.

En 2023, des salarié·es se sont mis·es en grève contre la « politique du chiffre » de l’établissement – politique qui consiste à rendre le plus de décisions possible quant aux demandes d’asile, qu’elles soient négatives ou positives. Sarah (elle n’a pas souhaité donner son nom de famille), représentante syndicale d’Asyl (Action syndicale libre/Ofpra), évoque une « perte de sens » : « On octroie l’asile sans accompagner les personnes sur la protection. Pourtant, on n’a pas envie que la personne soit ensuite bloquée plusieurs mois dans toutes ses démarches administratives. » De son côté, l’Ofpra, par la voix de son service de communication, dit s’être « fortement mobilisé pour réduire le délai de reconstitution des actes d’état civil des bénéficiaires d’une protection internationale », de 11,7 mois en 2023 à 10,4 mois, et être « pleinement conscient de l’impact de ces délais sur le processus d’intégration des personnes concernées ».

L’établissement met en avant un doublement des moyens dévolus à l’activité du pôle protection, passé « d’une à deux divisions » et la création en 2013 d’un groupe spécifique sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, face au constat que « les motifs liés au genre ou à l’intime prenaient une place de plus en plus importante dans les demandes d’asile ».

Pour autant, l’Ofpra assume le fait que sa « première priorité » est « la détermination de l’éligibilité à une protection internationale des demandeurs et demandeuses qui s’adressent à lui ». Soit le traitement des demandes d’asile. Parfois, l’état civil d’une personne en transition a beau avoir été modifié dans le pays d’origine, il n’est pas rétabli tel quel par l’Ofpra une fois la personne arrivée en France. Laura Sage, référente pédagogique de l’Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour (Ardhis), se souvient de Sara*, une Iranienne qui avait fourni son acte de naissance iranien, avec la mention de sexe féminin et de son prénom d’usage.

En retour, l’office français lui avait délivré un acte de naissance portant la mention de sexe masculin et son ancien prénom. Dans un courrier, l’Ofpra justifiait sa décision ainsi : « Le document présenté comme le duplicata de l’acte de naissance de Mme S., délivré en 2015 en Iran, constitue une décision des autorités iraniennes modifiant l’état civil de l’intéressée mais ne revêt pas le caractère d’un acte de naissance, dès lors que celui-ci ne peut que refléter l’état civil tel qu’il a été constaté à la naissance de l’enfant. »


« Du jour au lendemain, j’ai été licencié. J’ai tout quitté. Quand je suis arrivé en France, ça m’a flingué de voir que j’avais des droits, mais de ne pas réussir à les faire valoir. »

Micha, 58 ans



Il existe encore d’autres cas que ceux de Micha et Sara : ceux des demandeur·euses d’asile qui ont formulé une demande de protection internationale auprès de l’Ofpra mais sont encore en attente d’une réponse. Pour ces personnes, d’après June Lucas, bénévole à l’Ardhis et à Acceptess‑T, « l’idée qui domine c’est : “De toute façon, je ne peux pas faire le changement d’état civil.” » Ce qui n’est pas entièrement faux. Quand on a fait une demande de protection internationale dans son pays d’origine, on ne peut plus y solliciter de demande de changement d’état civil. Mais la France, en tant que pays d’accueil, n’a pas encore la compétence de gestion de cet état civil. On ne peut donc entamer aucune démarche.


« Dans un contexte de recrudescence des discours transphobes, il est important de continuer à conquérir de nouveaux droits. »

Mélanie Vogel, sénatrice écologiste


Quant aux personnes ayant un titre de séjour, c’est-à-dire qui ont le droit de séjourner en France sans bénéficier de protection, certaines se découragent d’avance. Inès est arrivée en France du Maroc pour ses études il y a quinze ans. Une fois sa thèse terminée, elle a entamé une transition. « Mais je n’ai pas changé d’état civil, assume-t-elle. Je savais que ça allait être trop complexe. » Comme le changement de la mention de sexe dépend de la loi du pays dont la personne a la nationalité, le risque aurait été de faire une demande de modification des documents administratifs français sans qu’il y ait de changement de l’état civil dans le pays d’origine… Et de se retrouver avec des documents discordants.

Inès a préféré attendre d’être naturalisée pour lancer une démarche, mais cela l’a placée en situation de vulnérabilité. « Alors que je voyageais à Dubaï, des policiers m’ont demandé mes papiers, se rappelle-t-elle. Après que je leur ai montré mon passeport, ils m’ont menacée : “Vous êtes un homme, c’est interdit dans notre pays, ça s’appelle du travestissement.” Ils m’ont dit que s’ils m’avaient chopée à la sortie des toilettes des femmes, j’aurais terminé en prison. Tout ça parce que mes papiers n’étaient pas avec la bonne identité. » Cela fait maintenant un an qu’elle attend une réponse du service d’état civil de Nantes à sa demande de changement de genre à l’état civil. Elle dit rester optimiste et patiente, même si elle ne peut pas changer de travail sans évoquer sa transidentité. Elle retarde donc le projet. « Je suis condamnée à vivre sous mon ancienne identité. »

Climat de transphobie généralisée

Ces réalités ont longtemps constitué un angle mort des droits des personnes trans. Employé à Urgence homophobie en tant que travailleur social depuis 2019, Sasha Dvanova se rend compte des besoins sur le terrain grâce à un groupe de parole. Il se spécialise petit à petit. Pionnier sur le sujet, il a l’impression de devoir « constamment expliquer les enjeux ». Mais, depuis peu, il constate que « davantage de travailleurs et travailleuses sociales s’intéressent au sujet ». Il reçoit aussi des commandes institutionnelles : une formation à l’institut régional du travail social de Provence-Alpes-Côte d’Azur et une intervention auprès du tribunal administratif de Marseille. Un intérêt qu’il explique par la « force politique du sujet » alors qu’un « climat transphobe règne à l’échelle internationale », d’« Emmanuel Macron, selon qui, “changer de sexe en mairie” est une idée “ubuesque Le 18 juin 2024, Emmanuel Macron déclare que la gauche propose « des choses complètement ubuesques, comme aller changer de sexe [sic] en mairie ».” » à « la droite et l’extrême droite qui instrumentalisent la peur de l’autre ».

En France, ce climat transphobe s’observe à travers une hausse des infractions anti-LGBTQIA+ : en 2024, 4 800 infractions à caractère homophobe ou transphobe ont été enregistrées, soit une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente, selon les données du ministère de l’Intérieur – qui ne compile que les chiffres issus des dépôts de plainte. Aux États-Unis, dès son accession au pouvoir, en janvier 2025, Donald Trump a signé une série de décrets restreignant les droits des personnes trans : interdiction de la notion de genre au sein de l’administration fédérale, bannissement des rangs de l’armée ou interdiction de la thérapie hormonale pour les mineur·es.

Dans ce contexte, il est plus qu’urgent, selon Sasha Dvanova, de s’emparer du sujet de l’état civil des personnes trans étrangères, qui « rencontrent des problèmes spécifiques », à l’intersection de plusieurs discriminations. Dans une étude qualitative menée en Italie en 2021 auprès de personnes trans réfugiées Fau Rosati et al., « Experiences of Life and Intersectionality of Transgender Refugees Living in Italy: A Qualitative Approach », International Journal of Environmental Research and Public Health, novembre 2021., il apparaît qu’un grand nombre de réfugié·es trans peuvent subir, à leur arrivée dans le pays d’accueil, une « victimisation secondaire en raison du manque de préparation des acteurs institutionnels impliqués dans les systèmes internationaux d’accueil et de protection » : ces agent·es, sans forcément être mal inten­tionné·es, ont des comportements transphobes, alors même qu’elles et ils sont censé·es participer à l’accueil et la protection.

Afin d’éviter ces situations de double peine en France, June Lucas, juriste de l’Ardhis, estime que « l’un des meilleurs leviers d’action serait de changer la loi pour permettre à tous·tes l’autodétermination » : rendre possible le changement de prénom et de genre en mairie, sans passer par la case tribunal. En 2016, la loi a déjà évolué en faveur de la démédicalisation du changement d’état civil des personnes trans : il n’est plus obligatoire de fournir de documents médicaux et psychiatriques. « Mais on n’est pas allé·es au bout de la démarche », avance Mélanie Vogel, sénatrice écologiste, à l’initiative d’une proposition de loi visant à faciliter la reconnaissance du genre à l’état civil. Déposée le 2 avril 2024 au Sénat, sa proposition accorde une grande place aux personnes en situation de migration. Elle prévoit la reconnaissance du sexe dans lequel un étranger se présente, mais aussi que « la décision de modification ou de changement de prénoms régulièrement acquise à l’étranger donne lieu à la délivrance d’une attestation de demande d’asile conforme ».

Avec ce texte de loi qui rendrait possible l’autodétermination, l’élue souhaite un changement de braquet. « Dans un contexte de recrudescence des discours transphobes, affirme-t-elle, il est important de montrer qu’il y a des responsables politiques qui se préoccupent du sujet, et de continuer à conquérir de nouveaux droits. »

Encore faut-il que la mesure soit adoptée au Sénat, à majorité de droite. À ce jour, la proposition de loi n’est plus à l’étude. La dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 a retardé le processus : il a fallu de nouveau déposer le texte. La sénatrice écologiste espérait du gouvernement un soutien entier pour l’inscrire à l’ordre du jour et en permettre l’examen rapidement, en vain. Les saillies homophobes du Premier ministre Sébastien Lecornu n’ont pas tardé à sortir dans la presse et à doucher les espoirs.


Malgré tout, Micha ne peut s’empêcher d’être optimiste. À la fin du repas, il passe une serviette sur ses lèvres et confie en regardant Sasha : « Sans vous, j’aurais mis fin à ma vie. » Aujourd’hui il n’a pas d’autre choix que de se battre en espérant des jours meilleurs. •

PDF

26.01.2026 à 16:18

Girlxcott Education

Anne Simon

 
Texte intégral (3500 mots)
 
PDF
9 / 10
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
AlterQuebec
CETRI
ESSF
Inprecor
Journal des Alternatives
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌓