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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

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10.02.2026 à 12:15

Francesca Albanese visée par des sanctions américaines habituellement réservées aux « terroristes »

Agence Média Palestine

Les États-Unis ont imposé des mesures coercitives unilatérales incluant le gel des avoirs et des restrictions financières à Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la Palestine, ainsi qu'à plusieurs responsables de la Cour pénale internationale (CPI).

Tiré de Agence média Palestine.

Albanese et les membres du personnel de la CPI sanctionnés figurent désormais sur la liste des ressortissants spécialement désignés du département du Trésor américain, aux côtés de personnes soupçonnées d'appartenir à Al-Qaïda, de trafiquants de drogue mexicains et de marchands d'armes nord-coréens, rapporte Reuters. Francesca Albanese a dénoncé « une injustice et une persécution » en raison de son travail en faveur des droits de l'homme.

L'administration Trump a ainsi décidé d'accentuer les mesures déjà prises contre la rapporteure après que des entreprises multinationales se sont plaintes à la Maison Blanche après avoir reçu des courriers de Francesca Albanese. Classées « confidentielles », les lettres ont été envoyées à certaines des entreprises les plus puissantes des États-Unis au printemps 2025. Rédigées par Francesca Albanese, les lettres avertissaient plus d'une douzaine d'entreprises et deux organisations caritatives qu'elle pourrait prochainement les citer dans un rapport de l'ONU pour « contribution aux graves violations des droits de l'homme » commises par Israël à Gaza et en Cisjordanie. Parmi les entreprises visées : Alphabet, Amazon, Caterpillar, Chevron, Hewlett Packard, IBM, Lockheed Martin, Microsoft et Palantir, détaille l'agence Reuters.

Ses lettres ont tellement alarmé les entreprises américaines, poursuit l'agence, qu'au moins deux d'entre elles ont sollicité l'aide de la Maison Blanche, selon une enquête de Reuters sur la campagne menée par les États-Unis contre Albanese et la Cour pénale internationale de La Haye.

Alors que Francesca Albanese bénéficie de l'immunité diplomatique de par son statut à l'ONU, l'administration Trump lui a imposé ces sanctions pour avoir écrit ce que le gouvernement des États-Unis considère comme « des lettres de menaces » aux entreprises et exhorté la CPI à enquêter.

La sanction infligée par Trump à Albanese s'inscrivait « dans le cadre d'un décret plus large visant à sanctionner les juges et les procureurs de la CPI – une campagne destinée en partie à empêcher toute tentative future de le tenir, lui ou ses fonctionnaires, responsables des actions militaires américaines à l'étranger », explique Reuters.

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10.02.2026 à 12:15

Voici à quoi ressemble « la fin de la guerre » à Gaza. Le terme « cessez-le-feu » a pris un nouveau sens à Gaza

Mohammed R. Mhawish

Comment peut-on qualifier un accord de cessez-le-feu dans le cadre duquel des personnes continuent de mourir ? C'est la question que se posent les habitants de Gaza depuis plusieurs mois [1].

Tiré d'À l'encontre.

En octobre, le Hamas et Israël ont signé un accord de paix censé mettre fin à deux années de massacres à Gaza. Depuis lors, plus de 420 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens [Haaretz du 4 février indique un total de 556 Palestiniens tués], soit une moyenne d'environ quatre personnes par jour, dans ce que les médiateurs internationaux continuent de qualifier de « désescalade réussie » !

Le fossé entre ce discours officiel et la réalité sur le terrain montre à quel point le terme « cessez-le-feu » a été détourné de son sens initial : il ne désigne plus une pause dans les violences, mais plutôt un mécanisme permettant de les gérer, en légitimant la poursuite des opérations militaires sous couvert de « retenue ».

Les personnes de facto assassinées, dont beaucoup de femmes et d'enfants, sont systématiquement qualifiées de menaces, d'intrus ou de victimes collatérales de l'application du cessez-le-feu. Cela inclut des familles qui tentaient de retourner chez elles [dans Gaza, après avoir été déplacées d'une fois, sous la contrainte et la menace], pour découvrir que leur quartier était désormais interdit d'accès au-delà d'une « ligne jaune » sans cesse déplacée par Israël [voir carte]. Les responsables palestiniens de la santé ont recensé plus d'un millier de violations israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, notamment des frappes aériennes, des tirs d'artillerie et des coups de feu mortels. Le cessez-le-feu a donc fonctionné exactement comme prévu : un cadre permettant de tuer et de contrôler les Palestiniens à un rythme plus lent et plus acceptable sur le plan diplomatique.

La ligne jaune, qui délimite théoriquement les frontières de l'occupation physique de Gaza par Israël, est peut-être le symbole le plus flagrant de ce cessez-le-feu sémantique. C'est une frontière qui existe sur les cartes et dans les briefings militaires, mais qui n'a aucune signification pour les personnes qui tentent de survivre dans ce qui reste de leurs maisons. La position de la ligne jaune ne cesse de changer. Des quartiers qui étaient censés être accessibles sont désormais des zones militaires, notamment une grande partie de l'est de la ville de Gaza, tous soumis à une présence israélienne de plus en plus renforcé malgré le retrait supposé. Les forces israéliennes se réservent le droit de tirer sur toute personne qui franchit cette ligne. Pour les Palestiniens vivant du « mauvais côté », elle délimite un territoire de plus en plus restreint à Gaza où le contrôle israélien ne cesse de s'étendre.

Israël maintient désormais une présence militaire dans plus de la moitié de la bande de Gaza. Le cessez-le-feu devait inclure le retrait israélien et le retour des Palestiniens déplacés dans leurs quartiers. Au lieu de cela, l'armée israélienne a démoli des maisons et des infrastructures dans le nord de Gaza, repoussant la ligne jaune plus profondément dans le territoire qu'elle était censée avoir évacué.

Tout cela s'est produit pendant la première phase de ce qui était censé être un plan de paix global. Cette phase comprenait des engagements spécifiques : 600 camions d'aide humanitaire entrant quotidiennement à Gaza, l'ouverture du passage de Rafah, le retrait des forces israéliennes vers des positions prédéfinies, la libération des otages israéliens et l'échange de prisonniers palestiniens. Une partie de ces engagements a été respectée dans les premiers jours : les otages vivants sont rentrés chez eux et des prisonniers palestiniens ont été libérés. Mais en l'espace de quelques semaines, le nombre de camions d'aide humanitaire a été réduit à un niveau bien inférieur aux besoins, Rafah a été refermé et les frappes israéliennes se sont intensifiées. [La réouverture de Rafah repose sur une arithmétique particulière : 50 personnes gravement blessées accompagnées chacune par deux personnes, soit un total de 150, sont censées pouvoir quitter Gaza par la porte de Rafah, après un contrôle militaro-policier des Israéliens. Or, sur 150, seulement 50 peuvent retourner à Gaza. La différence implique une expulsion de facto de Gazaouis vers un autre « territoire ». D'ailleurs, la reconnaissance du Somaliland par le gouvernement Netanyahou, selon divers experts, participe d'une stratégie de possible évacuation d'une part de la population gazaouie dans cette scission de la Somalie. – Réd.]

L'écart entre ce qui avait été promis et ce qui a été réalisé montre le décalage fondamental entre un accord de cessez-le-feu fondé sur des concessions mutuelles et une réalité où l'une des parties conserve un contrôle militaire total.

La deuxième phase de l'accord, qui prévoit le désarmement du Hamas, de nouveaux retraits israéliens et la création d'un « Conseil de paix » chargé de superviser la reconstruction de Gaza, vient d'être annoncée par le président Trump [nous reviendrons sur la réalité de ce Conseil de paix et l'expropriation politique de la population gazaouie qu'il implique – réd.]. Steve Witkoff, l'envoyé spécial de Trump [et spéculateur immobilier], a été nommé pour diriger les opérations quotidiennes de reconstruction. Des personnalités internationales ont été réunies, et des technocrates palestiniens ont été choisis pour diriger une future administration intérimaire. Tout cela semble très officiel et organisé. Mais il suffit de gratter la surface pour que le caractère creux de ces annonces apparaisse clairement. Israël continue de contester les termes de la deuxième phase, tandis que les Palestiniens continuent de mourir dans ce qui est théoriquement une période de paix.

La situation humanitaire à Gaza reste catastrophique. Les conditions de famine se sont légèrement améliorées après le cessez-le-feu, mais cela pourrait changer en un clin d'œil. La fragilité de l'accord devient de plus en plus concrète, Israël continuant d'interdire à plus de 30 organisations humanitaires d'opérer à Gaza, notamment Médecins sans frontières et Oxfam. Une grande partie de l'infrastructure humanitaire a désormais disparu. En d'autres termes, les conditions requises pour que la deuxième phase puisse commencer sont loin d'être réunies.

Voilà à quoi ressemble un cessez-le-feu lorsque la dite communauté internationale se contente d'appeler cela la paix parce que, officiellement, la situation est moins violente qu'auparavant.

Pour la population de Gaza, presque entièrement déplacée, vivant dans des bâtiments dévastés ou des abris de fortune, la distinction entre guerre et cessez-le-feu est devenue purement théorique.

C'est peut-être le meilleur « compromis » auquel les Palestiniens peuvent prétendre dans le cadre actuel : un statu quo géré qui perdure sans satisfaire personne. Les déplacements [à l'intérieur de Gaza], l'insécurité et les morts continuent, mais à un rythme qui ne déclenche pas de réaction internationale. Les forces israéliennes justifient leur action meurtrière comme une réponse sécuritaire aux « provocations palestiniennes ». Ce qui importe, c'est que ce niveau de dévastation contrôlé soit suffisamment faible pour préserver le cadre diplomatique du cessez-le-feu, mais suffisamment élevé pour maintenir une pression opérationnelle. Grâce à cela, Israël peut maintenir sa présence militaire sans subir les coûts politiques d'une guerre totale.

Ce qui rend cet arrangement si éloquent, c'est qu'il représente la définition du succès selon la communauté internationale. Voici à quoi ressemble « la fin de la guerre » à Gaza : réduction du nombre quotidien de morts, acheminement sporadique de l'aide, libération partielle des otages palestiniens [durant cette guerre, des centaines de Palestiniens ont été arrêtés et emprisonnés dans les prisons de haute sécurité israélienne]. Le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé ce cadre, déployé des observateurs pour en superviser le respect et lui a accordé une légitimité juridique.

L'écart entre la guerre et la paix s'est réduit à une question de rythme plutôt que de principe : le même contrôle militaire et les mêmes déplacements de population, avec la même machine structurelle à tuer, mais calibrée à un niveau permettant de revendiquer des progrès diplomatiques. La population de Gaza comprend que la distinction entre les phases importe moins que la continuité des conditions. Le cadre fonctionne parce qu'il rend la souffrance supportable, suffisamment grave pour se poursuivre, mais suffisamment contrôlée pour être ignorée. (Article publié par l'hebdomadaire états-unien The Nation le 3 février 2026 ; l'article s'inscrit dans une initiative où The Nation donne la parole, prioritairement, aux témoignages provenant de la bande de Gaza. Traduction rédaction A l'Encontre)

[1] Haaretz du 4 février 2026 indique que : « Les frappes israéliennes ont tué au moins 24 Palestiniens, dont huit enfants, et blessé au moins 38 autres lors de frappes menées séparément à travers Gaza depuis mercredi matin 4 février, selon des responsables du système sanitaire. […] Une frappe sur une tente à l'est de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, a tué une jeune fille et un homme et blessé huit autres personnes. Une frappe de drone sur le camp de réfugiés de Shati, dans le nord de Gaza, a tué une autre personne et blessé plusieurs autres Palestiniens. Plus tôt mercredi, une frappe israélienne sur une tente abritant des Palestiniens déplacés à al-Muwasi, dans le sud de la bande de Gaza, a tué deux personnes, dont Hussein al-Samiri, un ambulancier en service, a déclaré le Croissant-Rouge, ajoutant que huit autres personnes avaient été blessées dans la frappe. […] La guerre génocidaire contre notre peuple dans la bande de Gaza se poursuit », a déclaré le Dr Mohamed Abu Selmiya, directeur de l'hôpital Shifa de Gaza, dans un message publié sur Facebook. « Où est le cessez-le-feu ? Où sont les médiateurs ? » […] Au total, 556 Palestiniens ont été tués par Israël et 1500 blessés depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, selon les responsables sanitaires de Gaza, tandis que l'armée israélienne affirme que quatre soldats israéliens ont été tués. » (Réd. A l'Encontre)

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10.02.2026 à 12:14

Les États-Unis expulsent secrètement des Palestiniens vers la Cisjordanie en coordination avec Israël

Ben Reiff, Ghousoon Bisharat

Une enquête révèle que les Palestiniens arrêtés par l'ICE sont transportés, ligotés et menottés, à bord d'un jet privé appartenant à un magnat israélo-américain proche de Trump. Les États-Unis expulsent discrètement les Palestiniens arrêtés par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) vers la Cisjordanie occupée à bord d'un jet privé.

Tiré d'Europe solidaire sans frontière.

Deux vols de ce type ont été effectués en coordination avec les autorités israéliennes depuis le début de l'année, dans le cadre d'une opération secrète et politiquement sensible révélée par une enquête conjointe du magazine +972 et du Guardian.

Huit Palestiniens, menottés aux poignets et aux chevilles pendant tout le voyage, ont été transportés par avion depuis un centre de déportation de l'ICE à Phoenix, en Arizona, le 20 janvier, et sont arrivés à Tel-Aviv le lendemain matin après avoir fait escale pour se ravitailler en carburant dans le New Jersey, en Irlande et en Bulgarie. À leur arrivée à l'aéroport Ben Gourion, les hommes ont été placés dans un véhicule avec un policier israélien armé et libérés à un poste de contrôle militaire à l'extérieur de la ville palestinienne de Ni'lin, en Cisjordanie.

Le même jet privé, qui appartient à un magnat de l'immobilier israélo-américain, ami et partenaire commercial de longue date du président Donald Trump, a effectué un voyage similaire lundi dernier, mais le nombre de passagers à bord et l'identité de la plupart d'entre eux restent inconnus.

Selon des personnes proches du dossier, les huit hommes expulsés lors du premier vol, qui a été signalé pour la première fois par le journal israélien Haaretz, sont des résidents de villes de Cisjordanie, notamment Bethléem, Hébron, Silwad, Ramun, Bir Nabala et Al-Ram. Certains d'entre eux étaient titulaires d'une carte verte et plusieurs ont des épouses, des enfants et d'autres membres de leur famille proche aux États-Unis. Certains avaient été détenus dans des centres de l'ICE pendant des semaines ; au moins l'un d'entre eux avait été détenu pendant plus d'un an.

La première personne à leur avoir prêté attention lors de leur libération au poste de contrôle de Ni'lin le 21 janvier était Mohammed Kanaan, un professeur d'université qui vit près du passage frontalier.

« Vers 11 heures, j'ai vu un groupe d'hommes marcher vers ma maison, vêtus de pyjamas gris clair, comme ceux portés par les prisonniers [palestiniens] dans les prisons israéliennes », a-t-il déclaré à +972 et au Guardian. (Ces survêtements provenaient de l'ICE.) « J'ai été très surpris de les voir. L'armée israélienne ne libère généralement pas de prisonniers à ce poste de contrôle. »

Un travailleur palestinien attend devant le poste de contrôle de Ni'lin, avec en arrière-plan la colonie israélienne de Hashmonaim, en Cisjordanie occupée, le 21 octobre 2013. (Keren Manor/Activestills)

Kanaan a déclaré que les hommes avaient froid lorsqu'ils sont arrivés chez lui. « Ils ne portaient ni veste ni manteau, et il faisait très froid et il y avait beaucoup de vent ce jour-là », a-t-il raconté. « Ils sont restés chez moi pendant deux heures, pendant lesquelles je leur ai donné à manger et ils ont appelé leurs familles qui sont venues les chercher ou ont organisé leur transport. »

Selon Kanaan, cela faisait si longtemps que ces hommes n'avaient pas eu de contact avec leur famille – en raison de leur détention prolongée dans les centres de l'ICE – que certains d'entre eux étaient considérés comme disparus. « Leurs familles étaient tellement heureuses d'entendre leur voix », dit-il. « Une mère s'est mise à crier et à pleurer au téléphone. ».

Un habitant de Ramun a confirmé que deux hommes originaires de cette ville de Cisjordanie se trouvaient à bord du premier vol de déportation. Il a ajouté qu'au moins quatre autres jeunes hommes originaires de cette ville et vivant aux États-Unis sont actuellement détenus par les autorités américaines, et que l'on craint de plus en plus qu'ils ne soient également déportés.

Plusieurs avocats spécialisés en droit de l'immigration ont exprimé leur stupéfaction et leur inquiétude à ce sujet, soulignant que les expulsions de Palestiniens via Israël étaient extrêmement rares par le passé et que le fait de favoriser les expulsions vers les territoires occupés pouvait constituer une violation du droit international.

« Outre les nombreuses irrégularités liées à l'expulsion de huit Palestiniens à bord d'un jet privé et sans procédure régulière, ce transfert viole également le principe de non-refoulement, qui interdit le renvoi forcé d'individus vers un pays où il existe des motifs sérieux de croire qu'ils risqueraient de subir des préjudices irréparables à leur retour, notamment des persécutions, des tortures, des mauvais traitements ou d'autres violations graves des droits humains », a expliqué Gissou Nia, directrice du Programme de contentieux juridique et stratégique de l'Atlantic Council.

« Les États-Unis sont liés par des traités internationaux qui interdisent explicitement cette pratique, notamment la Convention contre la torture », a-t-elle poursuivi. « Ils ont donc violé ce principe en renvoyant des demandeurs d'asile palestiniens et des Palestiniens ayant d'autres statuts sur un vol à destination d'Israël, où ils risquent d'être persécutés".

« Le rôle joué par l'État israélien dans le transfert de ces personnes de l'aéroport Ben Gourion vers la Cisjordanie les rend également complices de cette violation », a ajouté Mme Nia. « De plus, si l'Irlande et la Bulgarie savaient que le jet privé transportait ces personnes, l'escale pour le ravitaillement en carburant soulève également des questions quant à la responsabilité de ces pays en tant qu'intermédiaires. »

L'avocat israélien spécialisé dans les droits de l'homme Michael Sfard a qualifié ces vols d'« exceptionnels — je ne connais aucun cas où des Palestiniens ont pu atteindre la Cisjordanie via l'aéroport Ben Gourion, pas même dans le cadre d'une aide humanitaire, à l'exception des personnalités importantes. » Il estime donc que « ce sont des motifs particuliers qui ont rendu cela possible ».

Selon Haaretz, ces expulsions font suite à « une demande inhabituelle de Washington à Israël » et ont été approuvées par les services de sécurité israéliens (Shin Bet).

« Je ne connaissais rien d'autre que les États-Unis »

Maher Awad, 24 ans, était l'un des huit hommes à bord du premier vol d'expulsion. « Ma vie était belle », a-t-il déclaré au magazine +972 et au Guardian depuis la maison familiale à Ramun, près de Ramallah, dans un anglais teinté d'accent américain. « Je me sentais en sécurité aux États-Unis jusqu'à ce que l'ICE m'arrête. »

Il a expliqué avoir quitté la Cisjordanie il y a près de dix ans pour s'installer à Kalamazoo, dans le Michigan, où son oncle vivait déjà. Il y a terminé ses études secondaires avant de commencer à travailler dans le restaurant familial, réputé pour ses shawarma, ainsi que dans d'autres établissements appartenant à sa famille. Il n'avait pas de carte verte, mais a déclaré avoir obtenu un numéro de sécurité sociale lors de sa demande. Il payait également des impôts et avait obtenu un permis de conduire.

Il a rencontré sa compagne, Sandra McMyler, âgée de 26 ans, il y a quelques années, et ils avaient prévu de se marier. « Tout ce que je connaissais, tout ce que j'avais vécu, c'était aux États-Unis », a-t-il déclaré.

En février 2025, Awad a appelé la police pour signaler une effraction. Mais lorsque les policiers sont arrivés, ils l'ont arrêté, apparemment en relation avec une accusation de violence domestique datant de 2024, qui, selon lui et Sandra McMyler, la victime, avait été abandonnée. Il a été détenu pendant deux jours dans la prison locale ; à sa sortie, il a été arrêté par l'ICE. (Le chef d'accusation a ensuite été abandonné.

Pendant près d'un an, il a été transféré entre différents centres de détention avant d'être mis dans un avion à destination d'Israël. Selon lui, les agents de l'ICE ont confisqué son passeport palestinien et son téléphone et ne les lui ont pas rendus. Lorsqu'il a récemment été contrôlé à un poste de contrôle militaire israélien, tout ce qu'il avait à leur montrer était son permis de conduire du Michigan.

En apprenant que les autorités américaines prévoyaient de l'expulser vers la Cisjordanie, il a déclaré avoir exprimé de vives objections aux agents de l'ICE et à un juge. « Mais ils m'ont tout simplement forcé à partir », a-t-il expliqué. « C'est effrayant ; je ne veux vraiment pas être ici. Je préfèrerais être dans un autre pays que le mien en ce moment, à cause de tout ce qui se passe. »

Peu avant la détention d'Awad, Mme McMyler, qui avait déjà deux enfants, est tombée enceinte de son fils, né il y a quatre mois. Awad ne l'a pas encore vu. « Cela me rongeait chaque jour », a-t-il déclaré à propos du fait d'avoir raté la naissance. « Chaque fois que je m'endors, je regarde ses photos et je pleure. »

Outre sa compagne et son fils, le frère, la sœur et l'oncle d'Awad vivent toujours aux États-Unis, où ils ont tous un statut légal, selon lui.

« Il veut juste son fils, il veut sa famille », a déclaré Mme McMyler à +972 et au Guardian depuis le Michigan. « Il veut pouvoir m'aider à m'occuper de notre bébé. Il veut le prendre dans ses bras, l'embrasser, lui parler.Mes autres enfants lui manquent », a-t-elle ajouté, en décrivant les difficultés qu'elle a rencontrées sans Awad au cours de l'année écoulée. « Je veux que ma famille soit à nouveau réunie. »

Sameer Zeidan, un employé d'épicerie de 47 ans originaire de la ville de Bir Nabala, également près de Ramallah, se trouvait dans le même avion qui a expulsé Awad. Son oncle, Khaled, a déclaré à +972 et au Guardian que Zeidan vivait en Louisiane depuis plus de vingt ans avec sa femme, également palestinienne de Cisjordanie et citoyenne américaine. Ils ont eu cinq enfants ensemble, qui ont tous un passeport américain.

Selon son oncle, Zeidan avait une carte verte, mais il l'a laissée expirer sans la renouveler. Ses parents et trois de ses frères et sœurs vivent également aux États-Unis.

Khaled a déclaré que Zeidan, qui a purgé une peine de prison il y a environ dix ans, était détenu par l'ICE depuis environ un an et demi, période pendant laquelle il a changé plusieurs fois de centre de détention. Il a été informé de son expulsion deux mois à l'avance. Comme pour Awad, les agents de l'ICE ont confisqué la carte d'identité et le passeport palestinien de Zeidan et ne les lui ont jamais rendus.

Zeidan a dit à son oncle qu'il avait été menotté « dès qu'il a quitté la prison [de l'ICE] jusqu'à ce qu'il sorte de la voiture au poste de contrôle près de Ni'lin ». Pendant le vol, son oncle a déclaré qu'il avait mangé en « approchant son visage de l'assiette » ; lorsqu'il avait besoin d'aller aux toilettes, ils lui permettaient de retirer une menotte et une entrave.

Selon son oncle, Zeidan a été contraint de signer des documents autorisant son expulsion, ce qu'il regrette d'avoir fait. « Il m'a dit que s'il n'avait pas signé ces papiers, il aurait pu d'une manière ou d'une autre renouveler sa carte verte », a déclaré Khaled. « Maintenant, il ne peut plus retourner aux États-Unis. Toute sa famille est là-bas. »

« Un système opaque sans obligation de rendre des comptes »

La queue du jet privé utilisé pour les deux récents vols d'expulsion porte l'emblème de Dezer Development, une société immobilière créée par le promoteur israélo-américain Michael Dezer et aujourd'hui dirigée par son fils, Gil Dezer.

La somptueuse fête organisée l'année dernière pour les 50 ans de Gil Dezer a vu défiler des artistes déguisés en Trump. Son site web indique qu'il est membre de Florida Friends of the Israel Defense Forces, une organisation américaine à but non lucratif qui collecte des fonds pour l'armée israélienne.

Dezer a évoqué son « amour » pour le président dans une récente interview. « Je le connais depuis plus de 20 ans. J'étais à son mariage. Il était à mon mariage. Nous sommes de bons amis. Je suis très fier qu'il occupe cette fonction. Je suis très fier du travail qu'il accomplit. »

Ces vols interviennent alors que l'administration Trump a intensifié ses efforts pour expulser un nombre important des plus de 10 millions immigré.e.s sans papiers qui vivent aux États-Unis. À cette fin, l'ICE a affrété l'avion de Dezer — qu'il a précédemment décrit comme « mon jouet préféré » — par l'intermédiaire de Journey Aviation, une société basée en Floride fréquemment sollicitée par les agences fédérales pour mettre à disposition une flotte de jets privés. (Journey a refusé de commenter les vols d'expulsion vers Israël.)

Selon Human Rights First (HRF), qui recense les vols d'expulsion, l'avion de M. Dezer a effectué quatre autres « voyages d'expulsion » depuis octobre, vers le Kenya, le Liberia, la Guinée et l'Eswatini.

« Ce jet privé a été utilisé à plusieurs reprises pour des vols ICE Air », a déclaré Savi Arvey, directeur de la recherche et de l'analyse pour les droits des réfugié·e·s et des migrant·e·s chez HRF. « Il fait partie d'un système opaque d'avions privés qui facilite la campagne d'expulsion massive menée par cette administration, qui a ouvertement ignoré les procédures légales, séparé des familles et opéré sans avoir à rendre de comptes à qui que ce soit. »

Dans un courriel, M. Dezer a déclaré qu'il n'avait « jamais eu connaissance des noms » des personnes qui voyagent à bord de son jet lorsqu'il est affrété à titre privé par Journey, ni de l'objet du vol. « La seule chose qui m'est communiquée, ce sont les dates d'utilisation », a-t-il déclaré.

Les responsables américains n'ont pas répondu aux questions relatives au coût des deux récents vols vers Israël, mais selon l'ICE, ces vols charter ont coûté entre près de 7 000 et plus de 26 000 dollars par heure de vol dans le passé. Des sources du secteur aéronautique estiment que les vols aller-retour vers Israël ont probablement coûté entre 400 000 et 500 000 dollars à l'ICE.

Comme les États-Unis ne reconnaissent pas l'État palestinien, il existe de grandes incohérences dans la manière dont les agents des services frontaliers classent les pays d'origine et d'expulsion des Palestiniens. Les Palestiniens entrant aux États-Unis ont été identifiés comme provenant d'Israël, d'Égypte, de Jordanie ou de tout autre pays arabe par lequel ils auraient transité, la plupart de ces pays, et en particulier Israël, ayant généralement refusé de les accepter. En conséquence, les Palestiniens croupissent souvent plus longtemps que les autres immigrés dans les centres de détention pour immigrés américains.

Dans le passé, lorsque les autorités chargées de l'immigration ne parvenaient pas à trouver un pays vers lequel les expulser, les Palestiniens étaient relâchés aux États-Unis, souvent avec un bracelet électronique et l'obligation de se présenter régulièrement à l'ICE. Mais comme l'administration Trump tient à respecter sa promesse d'expulsions massives, un certain nombre de Palestiniens ont été expulsés des États-Unis ces derniers mois.

D'anciens responsables du DHS et du département d'État ont confirmé que les États-Unis avaient été réticents à expulser des Palestiniens via Israël dans le passé, et les avocats spécialisés en droit de l'immigration ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'implication d'Israël dans les expulsions, redoutant que leurs clients ne se retrouvent détenus, interrogés ou maltraités par les mêmes forces de sécurité qu'ils fuient souvent.

« [Il y a] désormais une volonté de faire ce que les autres administrations n'ont pas voulu faire », a déclaré Maria Kari, une avocate qui a représenté des Palestiniens placés en détention par l'ICE. « Les renvoyer là où ils risquent, selon toute vraisemblance, de courir un danger. »

Un porte-parole du département d'État américain a refusé de commenter, se contentant de déclarer qu'il « coordonne étroitement avec le département de la Sécurité intérieure les efforts visant à rapatrier les étrangers en situation irrégulière ».

Un porte-parole du DHS n'a pas non plus répondu aux questions relatives aux vols d'expulsion vers Israël, mais a déclaré : « Si un juge estime qu'un étranger en situation irrégulière n'a pas le droit de séjourner dans ce pays, nous allons l'expulser. Point final. »

L'ICE n'a pas répondu aux questions. Le ministère israélien des Affaires étrangères et l'administration pénitentiaire ont refusé de commenter.

Ghousoon Bisharat et Ben Reiff

Harry Davies, Alice Speri et Sufian Taha, du Guardian, ont contribué à cet article, ainsi qu'Alaa Salama.

• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro.

Source - +972 Magazine. 5 février 2026

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