10.02.2026 à 12:19
Brendon Novel
Cette décision offre aux représentants somalilandais une opportunité inédite de promouvoir l'indépendance du pays, sans toutefois lui garantir d'importantes retombées diplomatiques et économiques. L'insertion d'Hargeisa à un arc régional israélo-émirien lui assure une centralité géopolitique nouvelle, tout en risquant de lui aliéner durablement d'autres acteurs régionaux et internationaux.
Tiré d'Afrique XXI.
« Contrairement à la “Palestine”, le Somaliland n'est pas un État virtuel. » Le président somalilandais Abdirahman Mohammed Abdullahi – dit « Irro » – n'a rien trouvé à redire aux propos provocateurs du ministre israélien des affaires étrangères Gideon Saar prononcés le 6 janvier depuis Hargeisa, la capitale du Somaliland.
Car dix jours plus tôt, le 26 décembre 2025, Israël est devenu le premier État au monde à reconnaître le Somaliland depuis sa déclaration d'indépendance unilatérale de la Somalie, en mai 1991. Cette initiative discrétionnaire a néanmoins rencontré une large réprobation, de l'Union européenne à l'Union africaine (UA) en passant par la Ligue arabe. Nombreuses ont été les marques de soutien à l'intégrité de l'État somalien, et aucun pays n'a encore emboîté le pas d'Israël.
Depuis le 26 décembre, toutes les forces politiques somalilandaises s'emploient à promouvoir la reconnaissance israélienne comme la légitime expression d'un État somalilandais souverain. Depuis plus de trois décennies déjà, la reconnaissance internationale d'un État définitivement séparé d'une Somalie qualifiée de « faillie » est présentée comme l'unique horizon envisageable.
Trente-cinq années d'impasse
Jusqu'à présent, la cause somalilandaise n'avait trouvé que peu d'écho. L'« État de facto » s'est en effet toujours heurté au principe de l'intangibilité des frontières (1) qui, par sa rigidité, rend le système international hostile à son existence. L'échec de son union avec la Somalie entre 1960 et 1991 a pourtant été souligné (2) par l'UA en 2005 dans un rapport qui reconnaît une quête de reconnaissance « historiquement unique et justifiée dans l'histoire politique africaine ».
Mais nombreuses sont les voix à ne pas en reconnaître la légitimité, quitte à caricaturer l'histoire du Somaliland et à récuser la singularité de sa trajectoire politique et les crimes de masse qui l'ont marqué. À la fin des années 1980, l'ex-dirigeant somalien Mohammed Siad Barre, au pouvoir de 1969 à 1991, a en effet réprimé dans le sang le soulèvement d'une population somalilandaise majoritairement somalie Isaaq, une confédération clanique toutefois minoritaire au niveau national et dont des dizaines de milliers de membres ont été tués.
À contre-pied des détracteurs de l'« État de facto », Israël et ses soutiens s'érigent aujourd'hui en porte-voix du Somaliland et de son droit à l'autodétermination. Cette posture n'est cependant que l'expression d'une stratégie opportuniste d'instrumentalisation des griefs de minorités régionales qui rappelle la doctrine israélienne dite de la « périphérie ». Formulée dès les années 1950, son but était de faire des États non arabes et des minorités ethniques de la région des soutiens d'Israël. L'appui de Tel-Aviv à l'indépendance du Kurdistan irakien en 2017 et à la communauté druze en Syrie en 2025 sont d'autres exemples récents de cette approche. Ce faisant, Israël entend fragiliser ses voisins, assurer son hégémonie, et garantir la pérennité de son projet colonial en Palestine.
Une politique étrangère pro-états-unienne
L'initiative du 26 décembre s'inscrit plus largement dans une diplomatie somalilandaise ouvertement alignée sur Washington. Au lendemain de l'enlèvement de Nicolás Maduro à Caracas le 3 janvier, l'« État de facto » a par exemple été le seul pays du continent africain à soutenir de manière appuyée l'action états-unienne au Venezuela, la jugeant « calibrée ».
Ce tropisme a pris forme au cours de la présidence de Muse Bihi Abdi, entre 2017 et 2024. Hargeisa a d'abord établi des liens diplomatiques avec Taipei en 2020, s'aliénant ainsi Beijing, à contre-courant des autres pays africains, qui ont tous, à l'exception de l'Eswatini, fini par rompre avec Taïwan. Bihi et son entourage ont par la suite noué d'importantes relations avec les cercles républicains états-uniens, en particulier au sein de la très conservatrice (et pro-israélienne) Heritage Foundation. En 2023, cette dernière appelait officiellement à reconnaître le Somaliland. Aujourd'hui, le président Irro se montre ouvert à l'accueil d'une base militaire étatsunienne et à l'octroi de concessions minières – espérant séduire Donald Trump et peut-être lui arracher la reconnaissance du pays.
L'administration Trump demeure toutefois ambiguë. Le 29 décembre, la représentante des États-Unis au Conseil de sécurité des Nations unies s'est distinguée (3) de ses homologues en défendant le droit d'Israël d'entretenir les relations diplomatiques de son choix. Imiter Tel-Aviv offrirait à Washington un levier de plus pour contrer l'influence régionale de la Chine. En outre, Trump n'a pas cessé ces derniers temps d'attaquer la Somalie, qu'il a qualifiée de « pays le plus corrompu sur terre », avant de considérer que cet État « n'existe même pas ». Début janvier, les accusations de corruption ont servi à justifier l'annulation de tous les programmes d'aide étatsuniens à destination du gouvernement fédéral somalien.
La rupture entre la Somalie et les Émirats arabes unis
Une reconnaissance du Somaliland entraînerait cependant une dégradation majeure des relations des États-Unis avec la Somalie, au risque d'aggraver plus encore l'instabilité du pays et de fragiliser la lutte contre les militants djihadistes d'Al-Chabab. De plus, nombre de partenaires régionaux de Washington et proches du gouvernement somalien s'y opposent, comme l'Égypte, la Turquie et Djibouti. Dès lors, il est difficile de prévoir ce que Trump pourrait ou non décider à l'égard du Somaliland.
D'autres États, relativement discrets depuis le 26 décembre, pourraient suivre Israël. Au premier rang desquels figurent les Émirats arabes unis (EAU), très présents au Somaliland depuis 2017, particulièrement au travers de la société Dubai Ports World, en charge du port de Berbera. Depuis une dizaine d'années, la proximité croissante d'Abou Dhabi avec Hargeisa et d'autres régions autonomistes somaliennes – le Puntland au nord et le Jubaland au sud – a compliqué ses relations avec Mogadiscio. Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamoud, considère d'ailleurs les Émiriens comme les facilitateurs du rapprochement d'Hargeisa avec Tel-Aviv. Le 12 janvier, il a donc mis fin à tous les accords de coopération avec les EAU, exigeant le départ du territoire somalien de toutes les entités qui leur sont liées. Cette décision est évidemment inapplicable, non seulement au Somaliland du fait de son indépendance de facto, mais aussi au Puntland en raison de l'autonomie dont jouit cette région de la Somalie.
Enfin, le gouvernement éthiopien est demeuré plutôt silencieux. Proche des EAU et d'Israël, désireux d'accéder aux côtes somalilandaises à des fins militaires et économiques, le premier ministre, Abiy Ahmed, avait promis, en janvier 2024, de reconnaître l'« État de facto ». Cette promesse, restée lettre morte, avait déjà suscité de vives réactions internationales et l'ire du gouvernement somalien. Ankara était finalement parvenue à rapprocher Addis-Abeba de Mogadiscio. Abiy Ahmed doit en effet composer avec la Turquie et la Chine, très proches de la Somalie, mais également les deux principaux investisseurs étrangers en Éthiopie.
La nouvelle corde d'un arc israélo-émirien
Après plus de deux ans de guerre et un génocide toujours en cours à Gaza qui lui valent un statut de paria dans la région, Israël a gagné un nouveau partenaire, à seulement quelques encablures du détroit de Bab el-Mandeb, qui voit passer près de 12 % du commerce mondial. Tel-Aviv disposera désormais d'un point d'appui stratégique pour protéger ses intérêts économiques. Entre 2023 et 2025, les attaques houthistes en mer Rouge les avaient sensiblement affectés.
À ce stade, les contreparties exactes consenties par le gouvernement somalilandais restent incertaines et assurément encore en tractations. Elles recouvriront probablement un renforcement de la coopération en matière de renseignement avec le Mossad, un acteur clé des négociations qui ont mené à la reconnaissance. Un ancrage militaire à Berbera est également possible (4). En revanche, l'hypothèse ubuesque d'un « accueil » de déporté·es gazaoui·es à partir de laquelle les deux pays ont noué langue en avril-mai 2025 semble désormais écartée.
Plus largement, le Somaliland s'arrime à une architecture régionale favorable à Tel-Aviv, dont les accords d'Abraham du 13 août 2020 constituent l'épine dorsale et que le président Irro a promis de signer lors d'une visite en Israël prévue prochainement. Figure de proue de ces accords, les EAU disposent d'une influence en Afrique de l'Est et dans le golfe d'Aden – de la Libye au Yémen en passant par le Soudan des Forces de soutiens rapides – qui pourrait profiter à Israël au-delà du seul cas somalilandais. Appuyé par Abou Dhabi, le yéménite Aïdarous Al-Zoubaïdi, chef du Conseil de transition du Sud aujourd'hui en difficulté, avait par exemple affirmé qu'un État indépendant dans le sud du Yémen se joindrait aux accords d'Abraham (5).
Une exposition géopolitique à risque
Aux projections régionales des puissances israélienne et émirienne s'opposent de nombreux pays, notamment les appuis traditionnels du gouvernement fédéral somalien comme la Turquie, l'Égypte et le Qatar. Une présence d'Israël sur le golfe d'Aden, qui plus est militaire, pourrait ainsi exposer le territoire somalilandais à des tentatives de déstabilisation. Les houthistes ont déjà menacé d'en faire une cible (6).
Par ailleurs, l'Arabie saoudite se distingue aujourd'hui comme l'un des principaux soutiens de la Somalie. Dans un contexte de rivalités croissantes avec Abou Dhabi, Riyad s'efforce de réduire l'influence régionale émirienne. À cette opposition se rattachent aussi les liens de l'Arabie saoudite avec le Pakistan et ceux des EAU avec l'Inde, un pays proche de Tel-Aviv où des voix l'appellent à reconnaître le Somaliland.
La reconnaissance israélienne – sur fond de promotion enthousiaste d'Israël par les dirigeants somalilandais – n'est donc pas gage de stabilité pour l'« État de facto ». Ce dernier s'antagonise durablement une grande partie de l'Afrique et du monde arabe, où le principe de l'intangibilité des frontières demeure structurant et la question palestinienne prégnante. Enfin, les retombées économiques d'hypothétiques investissements israéliens restent à ce stade incertaines.
Consolider le projet somalilandais
La promotion du droit à l'autodétermination offerte par Israël a facilité l'adhésion d'une partie significative de la population somalilandaise à la reconnaissance mutuelle des deux pays. Pour beaucoup, plus de trois décennies d'isolement diplomatique ont fini par reléguer la cause palestinienne derrière l'opportunité israélienne. Dès le 26 décembre, il y a eu d'importantes manifestations de joie, principalement dans le centre-ville d'Hargeisa, près du musée national sur lequel un immense drapeau israélien a été projeté. Y ont également été projetés celui des EAU et le logo de DP World en signe de gratitude, mais surtout pour souligner l'indépendance radicale du Somaliland et son rejet de la décision somalienne d'expulser les Émiriens du territoire.
Mais le Somaliland n'est pas un monolithe. D'autres images – certes moins nombreuses – ont aussi circulé sur les réseaux sociaux, notamment de contestations. À Borama, la capitale de la province occidentale de l'Awdal, des individus ont exprimé leur opposition à cette reconnaissance. Plusieurs personnes ont même été arrêtées, parmi lesquelles certaines arborant des drapeaux palestiniens, mais également des intellectuels et des chefs religieux critiques.
Il est néanmoins difficile de mesurer l'ampleur de l'opposition interne dès lors qu'elle est criminalisée car considérée comme hostile au Somaliland. De manière générale, l'adhésion au projet somalilandais des régions occidentales et orientales – dont une partie a été perdue en 2023 – a toujours été fluide. Leurs populations, issues de clans somalis minoritaires, ont longtemps été marginalisées au profit des provinces centrales Isaaq autour desquelles le projet national s'est structuré. À terme, il est donc possible qu'une partie de ces populations périphériques fasse de la reconnaissance israélienne un outil de plus de contestation des autorités, dont l'exercice effectif de la souveraineté pourrait être fragilisé.
Note
1- La Conférence des chefs d'État et de gouvernement de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), réunie au Caire, opta en faveur du « principe de l'intangibilité » des frontières en Afrique le 21 juillet 1964.
2- Union africaine, « AU Fact-Finding Mission to Somaliland (30 April to 4 May 2005) », 2005.
3- Tammy Bruce, représentante adjointe des États-Unis d'Amérique auprès des Nations unies, « Remarks at a UN Security Council Emergency Meeting on Somaliland », 29 décembre 2025.
4- Lazar Berman, « Somaliland Official Confirms Talks with Israel on Hosting a Military Base », The Times of Israel, 8 janvier 2026.
5- Mohamad Ali Harisi, « Yemen's Al Zubaidi on Southern independence and what comes next », The National, 24 septembre 2025.
6- « Any Israeli presence in Somaliland will be a “target” : Houthi leader », Al Jazeera, 28 décembre 2025.
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10.02.2026 à 12:18
Zhulin Zhang
Liu Hu (刘虎), un journaliste d'investigation reconnu pour la qualité de ses enquêtes, a été arrêté par la police de Chengdu début février, dans le sud-ouest du pays, en compagnie de son collègue Wu Yingjiao. Ils venaient de publier un article sur des faits de corruption au Sichuan (sud-ouest de la Chine). Leur publication révélait des faits présumés de corruption concernant Pu Fayou, le secrétaire du Parti communiste chinois dans le district de Pujiang de Chengdu, la capitale du Sichuan. L'article a depuis été supprimé du réseau social mais non sans susciter un grand intérêt sur un sujet sensible en Chine.
Tiré de Asialyst.
Lundi 2 février, après une journée agitée d'interrogations sur les réseaux sociaux chinois concernant la disparition de Liu Hu, l'un des derniers journalistes d'investigation en Chine, le Bureau de la sécurité publique de Chengdu, capitale du Sichuan, a enfin confirmé l'arrestation de Liu Hu et de son collègue Wu Yingjiao. Une affaire qui fait grand bruit dans un pays où la société civile est perçue par nombre de Chinois comme une « espèce menacée. »
D'innombrables protestations avaient, telle une pluie torrentielle, immédiatement inondé les réseaux sociaux après cette annonce. Les auteurs de ces protestations, journalistes, blogueurs, avocats, juristes, universitaires, prenaient pourtant une initiative risquée, comme pour tenter de défendre le dernier terrain de la liberté d'expression ainsi que celui du journalisme, qui n'ont pas cessé de rétrécir depuis une décennie.
Ils entendaient ainsi « sauver » Liu Hu. Ce dernier a été arrêté par la police du Sichuan dimanche 1er février, le même jour que l'arrestation, à 1 500 km de là, de son jeune collège Wu Yingjiao à Handan, dans la province du Hebei, pour « fausses accusations » et « activités commerciales illégales. »*
Qui est Liu Hu, figure emblématique du journalisme d'investigation en Chine ?
« Pour les journalistes [chinois] d'investigation, Liu Hu est un rayon de lumière, » estime Yuan Suwen, ex-journaliste d'investigation chinoise, qui témoigne du statut légendaire de cet homme de 50 ans dans le monde des médias chinois.
Né à Chongqing, mégapole de la même province du Sichuan, Liu Hu rejoint en 2000 le journal Chongqing Shangbao à l'âge de 24 ans, spécialisé dans les affaires de société. Dans le milieu, il acquiert rapidement une notoriété pour son courage et la qualité de ses enquêtes sur la corruption, un terrain hautement miné qui fait reculer de très nombreux confrères. Dans ce pays de 1,4 milliard d'habitants, on ne compte que 175 journalistes d'investigation, selon une étude de 2017 de l'université Sun Yat-sen.
Un tournant dans sa vie survient en 2013. Le 23 août, Liu Hu, employé alors du quotidien cantonais XinKuai Bao à cette époque, a été menotté, invité par la force à quitter son domicile devant sa fille de 4 ans. Cette année-là, il avait enquêté sur des malversations et des détournements de fonds publics imputés à Ma Zhengqi, puissant vice-directeur de l'Administration nationale de l'industrie et du commerce. Le manque de preuves tangibles n'empêche pas une équipe de policiers de Pékin de traverser le pays (1 600 kilomètres séparent Pékin de Chongqing) pour arrêter Liu Hu.
Sur ces trois chefs d'accusation, « diffamation, » « extorsion, » et « provocation de troubles sociaux, » Liu Hu a été détenu pendant 346 jours. Le 3 août 2014, le journaliste a été libéré sous caution. Cette même année, il figure parmi « les 100 héros de l'information » de Reporters Sans Frontières (RSF). Un an plus tard, le parquet du district de Dongcheng à Pékin a finalement rendu une décision de non-lieu. « Aucune compensation n'a été reçue, » m'a confirmé Liu Hu quelques années plus tard.
Une fois libéré, il rejoint, en qualité de directeur adjoint du service de l'information, le journal Changjiang Shangbao. Mais quelques mois plus tard, le journal du Hubei, qui à cette époque était à son sommet, est visé par le bureau de la propagande du Hubei en raison de ses enquêtes sur des affaires de corruption. Le bureau provincial de la propagande exige des journalistes qu'ils leur remettent les transcriptions originales et les enregistrements audio de leurs reportages, en ordonnant à Changjiang Shangbao de « se concentrer désormais exclusivement sur les contenus économiques. »
A partir de là, plus aucun média chinois n'ose embaucher officiellement Liu Hu qui fait ses adieux au système en devenant « journaliste citoyen. » Le basculement de statut le rend encore plus libre, sa réputation, son influence ne cessent de croître. Bien que son nom n'apparaisse plus dans les journaux papier, dans le monde numérique il demeure « un phénix immortel, » relève sur le réseau social chinois WeChat son ancien collègue Lin Fei, en constatant que « sa légende perdure dans l'univers des médias. »
Mais en devenant un symbole, le prix payé est élevé. Liu Hu a été confronté ces dernières années à des restrictions sur ses déplacements en avion et en train à grande vitesse. Il subit de nombreux désagréments dans sa vie quotidienne. « Sa famille a sans aucun doute subi des répercussions considérables, » affirme Lin Fei. Son caractère, « inflexible, » l'a fait beaucoup souffrir, ainsi que sa famille, explique-t-il.
Il ne peut plus signer de son nom ses collaborations avec les médias chinois. Lin Fei se dit convaincu que son ancien collègue « n'a jamais choisi cette profession pour l'argent. » Réaliser un tel reportage d'investigation, minutieusement documenté et incisif que celui qui lui vaut sans doute d'être à nouveau arrêté « nous, hommes de milieu, savons l'effort et le dévouement considérables que cela requiert. »
Liu Hu entendait prouver que les « vrais » journalistes existent toujours dans son pays, une répartie à cette thèse en Occident selon laquelle la Chine n'a que de propagandistes. En 2019, il avait créé le prix « Maison des journalistes » afin d'encourager l'esprit critique dans la profession. Ce prix, salué par les grands noms du milieu, a été surnommé le « Pulitzer chinois, » se distinguant ainsi d'un autre prix, le Prix du journalisme de Chine, créé par l'Association des journalistes de Chine (All-China Journalists Association) qui prime en général les œuvres de propagande.
Qui veut la peau de Liu Hu ?
Tous les regards se tournent vers la publication du 29 janvier sur WeChat, soit quatre jours précédant leur arrestation. Cet article, intitulé « le secrétaire du Parti d'un comté du Sichuan, qui avait jadis conduit un professeur à se suicider, pousse une entreprise à la faillite, » vise directement Pu Fayou, secrétaire du Parti communiste chinois du district Pujiang, à Chengdu, de facto le numéro un du pouvoir local.
Samedi 31 janvier, Liu Hu avait reçu un message de l'Inspection et la Supervision disciplinaires de la Commission municipale de Chengdu lui demandant de la contacter, en l'avertissant. Ce message était assorti d'un avertissement ainsi rédigé : « Les signalements et les dénonciations visant des fonctionnaires doivent s'effectuer par les voies légales et de manière conforme à la loi. » Liu Hu avait répondu brièvement à ce message, en soulignant qu'il s'agit d'un article qui n'est ni une dénonciation ni une pétition. Puis il décide de rendre cet échange public.
Le lendemain, une alerte sur la disparition de Liu Hu et Wu Yingjiao est massivement propagée sur les réseaux sociaux. Le système de censure qui, sur les réseaux sociaux chinois, parvient à éliminer rapidement les messages jugés hétérodoxes ou non-désirés, ne fonctionne pas toujours comme les autorités le souhaitent. Souvent, les articles de soutien et de protestation se multiplient par vagues successives. Aussitôt les premières vagues éliminées, de nouvelles viennent les remplacer. Mis ainsi sous une forte pression, lundi 2 février, le Bureau de la sécurité publique de Chengdu a été contraint de confirmer l'arrestation des deux journalistes via un communiqué officiel.
Le 4 février, Zhou Ze, avocat de Liu Hu, obtient l'autorisation de lui rendre visite. Zhou a confirmé que la cause de la poursuite pénale contre son client, « était bien l'article critiquant les organes et les fonctionnaires de l'État. »
« Qui a peur de Liu Hu ? » s'interroge l'avocat pékinois et journaliste citoyen Li Yucheng, avant de donner sa réponse, « pas uniquement Pu Fayou, mais tous ceux qui le protègent. » Pour Li, au fond, ce n'est pas Liu Hu qu'ils craignent, mais « le fait que quelqu'un ose encore s'exprimer. »
Pourquoi tant de Chinois soutiennent-ils Liu Hu ?
« Fausses accusations » et « activités commerciales illégales, » les deux chefs d'inculpation aujourd'hui repris par les autorités de Chengdu contre les deux journalistes, sont généralement rejetées dans les milieux judiciaires chinois, relèvent les observateurs familiers de ce sujet.
« L'élément le plus susceptible d'incriminer Liu Hu est la publication d'articles rémunérés, » estime Huang Yingsheng, dans un article publié sur WeChat (censuré rapidement). Or, pour cet ancien juge de la Cour suprême de Chine, l'article rétribué est un modèle courant chez les créateurs de contenu indépendants, « la publication de contenus rémunérés n'est pas simplement une activité commerciale, mais un nouveau modèle économique basé sur la diffusion des connaissances […] et la propagation de l'information, » qui ne doit pas être classé comme « activité commerciale. »
Sur WeChat, Lao Dongyan s'indigne également de ces accusations. « Si un reportage pouvait constituer un crime, tous ceux qui gagnent leur vie en écrivant trembleraient probablement de peur, » ajoute cette juriste et professeure renommée de la Faculté de droit de l'Université Tsinghua de Pékin.
Dans la société civile, nombreux sont les Chinois qui, bien que n'ayant pas de lien avec Liu Hu, ressentent la responsabilité de prendre position en dépit des risques. La réaction de Xiang Dongliang sur WeChat, résume l'état d'esprit de cette partie de la Chine.
Si cet ex-journaliste, blogueur connu, spécialisé dans la vulgarisation scientifique, avoue sa crainte des retombées d'un tel soutien à Liu Hu bien qu'il ne l'ait jamais rencontré physiquement, c'est finalement le sens des responsabilités qui l'emporte. « Je ne peux pas [ne rien dire], car mon cœur souffre trop, » souligne-t-il.
M. Xiang pointe du doigt l'arrestation des deux journalistes tout en s'interrogeant : comment un article peut-il constituer un « crime de fausse accusation » et pourquoi la police a-t-elle arrêté les auteurs avant la conclusion de la Commission pour l'inspection et la supervision disciplinaires ? La police de Chengdu a-t-elle le droit d'arrêter Liu Hu, citoyen de Chongqing ? Tant de questions qui demeurent sans réponse.
Par Zhang Zhulin
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10.02.2026 à 12:17
Gilbert Achcar, Soulayma Mardam Bey
Professeur émérite à l'École des études orientales et africaines (SOAS) de l'Université de Londres, Gilbert Achcar analyse pour « L'Orient-Le Jour » la situation de blocage politique et socio-économique qui domine dans la région.
Avec l'aimable permission de l'auteur Tiré de l'Orient le jour
L'OLJ / Propos recueillis par Soulayma MARDAM BEY, le 6 février 2026 à 17h00
Photo Une semaine après le départ de Hosni Moubarak, des milliers de manifestants sont revenus, vendredi 18 février 2011, place Tahrir au Caire, dans la capitale égyptienne, pour fêter la chute de son régime. Photo Patrick Baz/Archives AFP
C'était il y a quinze ans. Une onde de choc révolutionnaire prenait de court le monde arabe, propulsant sur le devant de la scène une jeunesse aspirant à davantage de justice sociale et de liberté. Mais dans une région où l'espace politique avait été trop longtemps confisqué, les premières victoires furent de courte durée. En Égypte, le coup d'État de 2013 porte le maréchal Abdel Fattah el-Sissi au pouvoir, mettant un terme aux illusions démocratiques déjà malmenées par la parenthèse islamiste. En Tunisie, le verrouillage progressif des institutions par le président Kaïs Saïed à partir de 2021 scelle la fin de la transition. Plusieurs pays ont sombré dans la guerre civile, comme en témoignent les cas de la Libye, du Yémen et de la Syrie. Et si, à partir de 2018-2019, une deuxième vague de contestation touche le Soudan, l'Irak, l'Algérie et le Liban, la résilience des pouvoirs a de nouveau eu raison des aspirations au changement.
Auteur de Le Peuple veut (2013), Symptômes morbides (2017) et, plus récemment, Gaza, génocide annoncé – Un tournant dans l'histoire mondiale (2025), Gilbert Achcar, professeur émérite à l'École des études orientales et africaines (SOAS) de l'Université de Londres, décrypte pour L'Orient-Le Jour les raisons de l'échec d'une séquence révolutionnaire qui n'a pas encore dit son dernier mot.
Quinze ans après les printemps arabes, l'euphorie semble avoir laissé place à un défaitisme généralisé. Pourquoi ?
On peut tout à fait comprendre ces déceptions. Aujourd'hui, la situation régionale est catastrophique. Il ne s'agit pas uniquement de Gaza, où un génocide abominable a eu lieu, mais aussi de la Tunisie, qui, jusqu'en 2021, constituait le dernier pays où des conquêtes démocratiques avaient pu être préservées, ou encore du Soudan, où une jeunesse active continuait à lutter pour ses droits avant que le pays ne sombre dans une guerre entre des fractions de l'armée en 2023. Le paysage d'ensemble est désolant et le système témoigne d'une résistance au changement particulièrement coriace. Nous sommes dans la même impasse historique qu'il y a quinze ans, celle qui, justement, a conduit aux soulèvements populaires.
Comment expliquer cette résilience des régimes en place ?
Il existe, à mon sens, deux facteurs principaux. Sur le plan interne, ces régimes ne s'imposent aucune limite en termes de répression. Nous sommes dans une région du monde qui vivait déjà au rythme des horreurs de la guerre civile syrienne, avant le génocide à Gaza. D'une certaine manière, celui-ci a davantage représenté une poursuite de la violence en cours qu'une nouveauté pour les populations de la région. Nous sommes confrontés à des classes dirigeantes qui se sont approprié leurs pays. À cela se conjuguent des intérêts stratégiques et économiques qui nourrissent la disposition des puissances régionales et mondiales à intervenir pour renforcer ou défendre les pouvoirs en place.
Vous avez beaucoup analysé les facteurs socio-économiques de ces vagues révolutionnaires. Dans quelle mesure ceux-ci restent présents aujourd'hui pour la génération Z (née entre 1997 et 2010) ?
La génération Z est confrontée à une situation pire encore que ses aînés. Nous avons assisté à deux vagues de soulèvements en 2010/2011, puis en 2018/2019. Elles étaient le produit d'un blocage économique à l'échelle régionale, d'une faiblesse des taux de développement, avec peu de créations d'emplois. Depuis plusieurs décennies, le monde arabe détient le record mondial du chômage des jeunes. Cette question est symptomatique d'une crise profonde qui n'a cessé de s'aggraver. Tant qu'il n'y a pas de solution, nous allons assister à des vagues successives de contestation sociale. Récemment, il y a eu un grand mouvement de la génération Z au Maroc – le mouvement GenZ 212 –, qui est étroitement lié au fait que ce pays connaît un chômage des jeunes très important, y compris parmi les diplômés. C'est une caractéristique régionale qui explique d'ailleurs que ces soulèvements ont fait, et continuent de faire, un grand usage des technologies de la communication. Beaucoup de contestataires sont ainsi issus d'une jeunesse éduquée disposant d'un accès à ces outils. Depuis quinze ans, cet usage massif des moyens de communication modernes a permis de contourner la très grande difficulté de s'organiser physiquement comme opposition politique dans des pays ultrarépressifs.
Vous avez mentionné les deux pays qui ont pu susciter momentanément l'espoir : la Tunisie, qui semblait avoir la transition la plus aboutie ; et le Soudan, où les révolutionnaires semblaient avoir pris en compte les erreurs des soulèvements précédents, notamment en Égypte. Est-ce à dire que dans la région, même lorsque les mouvements populaires font preuve de prudence politique et de capacité organisationnelle, ils sont voués à l'échec ?
Je ne crois pas que l'on puisse formuler cela ainsi. Certes, la vague de 2019 a tenu compte des leçons de 2011. Pour parler du Soudan, il n'y a pas eu d'espoir placé dans l'armée comme cela a été le cas en Égypte après la chute de Hosni Moubarak, puis le coup d'État contre Mohammad Morsi en 2013 et l'avènement au pouvoir du maréchal Abdel Fattah el-Sissi. Il en va de même pour le troisième régime militaire du monde arabe, l'Algérie, où le Hirak ne s'est bercé d'aucune illusion après la destitution de Abdelaziz Bouteflika. Si l'on s'arrête au cas du Soudan, les révolutionnaires soudanais se sont dotés d'une forme d'organisation démocratique, mais se sont heurtés à un problème en dehors de leur ressort : un conflit entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide. Contre cela, la seule possibilité aurait été la constitution d'un mouvement politique avec la capacité d'étendre son influence au sein de la base sociale de l'armée. Or cela n'a malheureusement pas eu lieu et le pays s'est trouvé pris entre le marteau et l'enclume. Si vous regardez les révolutions dans l'histoire, elles passent toujours par une désintégration ou une insubordination des forces armées. L'une des raisons qui font que les régimes arabes sont particulièrement coriaces vient du fait que ces pouvoirs – tribaux, confessionnels ou autres – tiennent compte de cette expérience historique et ont ainsi tissé des liens organiques avec des forces d'élite, rendant plus difficile qu'ailleurs le renversement de l'ordre établi.
Le sociologue iranien Asef Bayat avait évoqué dans son ouvrage Revolution without Revolutionaries (2017) le caractère réformiste, selon lui, des soulèvements arabes, qui les distinguerait par exemple de la radicalité de la révolution iranienne en 1979. Qu'en pensez-vous ?
À partir du moment où le mot d'ordre principal des soulèvements depuis la première vague était « Le peuple veut renverser le régime », nous nous trouvions face à des aspirations révolutionnaires, et non « réformistes ». Et elles ont, dans un premier temps, réussi dans quelques pays. Ce fut le cas en Tunisie, en Égypte, au Yémen ou encore au Soudan. Seulement, ces révolutions en sont restées au changement politique. Il n'y a pas eu de bouleversement du système socio-économique en place. En conséquence, ces amorces de transformation n'ont pas duré. On ne saurait d'ailleurs parler de mouvements réformistes, puisque ces États ne sont tout simplement pas réformables. Comment observez-vous le cas syrien aujourd'hui ?
Je vous avais cité deux particularités du système régional, qui étaient la férocité des régimes d'une part et les interventions extérieures en appui au système de l'autre. On peut toutefois ajouter l'existence d'un courant régional réactionnaire qui s'est glissé dans l'opposition aux régimes en place, surtout durant la première vague de 2011. C'est ce que j'avais résumé dans la formule : « une révolution, deux contre-révolutions ». Dans la région, nous n'avons pas le binôme traditionnel « révolution/contre-révolution » que l'on retrouve dans la plupart des expériences révolutionnaires historiques. Nous avons plutôt une révolution face à deux courants réactionnaires rivaux – les régimes en place et l'intégrisme islamique. Ce dernier est réactionnaire par définition, comme tous les intégrismes religieux. En Syrie, le soulèvement démocratique a été défait dès 2013, battu par la combinaison de la brutalité de la répression, d'une convergence de fait entre le régime Assad et les monarchies du Golfe pour favoriser les jihadistes au détriment des forces démocratiques, et, bien sûr, de l'intervention de l'Iran et de ses auxiliaires régionaux. Finalement, le régime contre-révolutionnaire des Assad a été renversé par une opposition elle-même contre-révolutionnaire, d'origine intégriste et violemment confessionnelle.
Pour vous, qui vous inscrivez dans une tradition politique de gauche anti-impérialiste, la Syrie ne se trouve donc pas aujourd'hui dans une situation post-révolutionnaire mais contre-révolutionnaire…
Oui. Le nouveau régime bénéficie du soutien des monarchies pétrolières arabes, des États-Unis et même de la Russie. Bref, de l'ensemble de l'ordre mondial contre-révolutionnaire. Mais il n'est pas en capacité d'unifier ou de réunifier le peuple syrien. Pour cela, il aurait fallu un mouvement démocratique appelant à une coalition de toutes les forces en présence, afin d'enclencher un processus constitutionnel intégrant tout le monde et visant, entre autres, à instaurer un certain degré de décentralisation, pour tenir compte des dynamiques qui ont été produites par toutes ces années d'effritement et de guerre. Au lieu de cela, nous sommes en présence d'un nouveau projet autoritaire qui, s'il ne montre pas encore complètement ses crocs – malgré des massacres terribles commis contre les communautés alaouite et druze –, fait ce qu'il peut pour se consolider, appuyé par la Turquie et dans les limites que lui impose Israël au Sud.
Avec les printemps arabes, la cause palestinienne semblait avoir perdu de sa centralité dans la région. Certes, la guerre menée par Israël contre la bande de Gaza – que vous qualifiez de premier génocide perpétré par un État industriel avancé depuis 1945 et de première guerre conjointe israélo-américaine – l'a brutalement replacée au cœur des enjeux régionaux. Mais beaucoup, notamment au Liban et en Syrie, éprouvés par une décennie de crises et de destructions, paraissent vouloir s'en détacher pour se recentrer sur des priorités nationales. Dans quelle mesure est-il, selon vous, possible de penser séparément les destins du Liban, de la Syrie et de la Palestine ?
Ne serait-ce que du fait de l'interdépendance étroite des pays de la région, cette séparation s'avère encore plus illusoire qu'ailleurs. « America first » peut avoir un sens pour la plus grande puissance mondiale. Mais « Lebanon first » ou « Syria first » relève d'une forme de démagogie visant à titiller l'exaspération face à l'instabilité régionale. Cela ne mène nulle part. La démocratie, la liberté, l'égalité sont des valeurs universelles qui ont du mal à survivre étouffées dans un seul pays, plus encore lorsque l'on parle d'un petit pays. Il faut soutenir toutes les luttes qui vont dans le sens de ces valeurs si l'on veut qu'elles puissent triompher chez nous. Comment imaginer que le Liban, cerné par Israël d'un côté, la Syrie d'Assad hier et celle de Chareh aujourd'hui, puisse être hermétique à leur influence ? Existe-t-il, malgré tout, des raisons d'espérer ?
Nous traversons une période très sombre, il n'y a aucun doute là-dessus. Rien n'incite à l'optimisme, mais il faut distinguer entre l'optimisme et l'espoir. Prenons le cas de l'Iran aujourd'hui : le pays connaît un processus révolutionnaire avec plusieurs vagues successives depuis 2017, dont le dernier soulèvement est la culmination. Les raisons sont en partie semblables à celles qu'il y a dans le monde arabe, à savoir le blocage économique et social. Mais dans le même temps, il y a une situation politique très particulière : un régime théocratique qui n'a pas d'équivalent dans la région et une confrontation de longue date avec les États-Unis qui se décline sous forme de sanctions qui ont un rôle économique majeur. L'ampleur inouïe de la répression actuelle a de quoi pousser au pessimisme, mais d'un autre côté, la façon dont les gens ne cessent de se soulever a de quoi susciter l'espoir. N'oublions pas que le processus révolutionnaire arabe a débuté il y a quinze ans seulement. Ce n'est pas grand-chose à l'échelle de l'histoire. Combien d'années a-t-il fallu à l'Europe pour passer de l'absolutisme à la démocratie ? Cela s'est construit sur un siècle, une période qui a vu révolutions, contre-révolutions et guerres civiles.
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