10.02.2026 à 14:12
regroupement d'organismes environnementaux et citoyens en énergie (ROEÉ)
Depuis quarante-sept ans, le réacteur Gentilly-1 (G-1), propriété d'Énergie atomique du Canada limitée (EACL), est à l'arrêt au bord du fleuve Saint-Laurent à Bécancour, au Québec, comme une carcasse radioactive.
En décembre dernier, EACL a attribué à des multinationales américaines – opérant sous le nom trompeur de Canadian Nuclear Laboratory Partners – un contrat de 24 milliards de dollars (provenant des contribuables) sur 20 ans pour la gestion de ses installations nucléaires et de ses déchets radioactifs. Ce contrat concerne cinq autres réacteurs à l'arrêt : un sur la rivière Winnipeg, un sur le lac Huron et trois sur la Rivière des Outaouais.
En 2016, un précédent consortium américain, également engagé par EACL, avait proposé de remplir deux de ces réacteurs de béton et de coulis et d'abandonner les structures contaminées par une radioactivité persistante à proximité de la rivière Winnipeg et la rivière des Outaouais. Les agences internationales de sécurité déconseillent cette approche, appelée « inhumation », sauf dans des circonstances extrêmes comme à Tchernobyl. Ces deux projets d'inhumation sont actuellement au point mort.
Le consortium américain nouvellement engagé souhaite désormais démanteler et démolir les parties les plus radioactives du réacteur G-1. Il s'agirait du tout premier démantèlement complet d'un réacteur nucléaire CANDU.
Le Dr Gordon Edwards, du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, déclare : « Le démantèlement des réacteurs signifie que du béton et de l'acier fortement contaminés par la radioactivité seront stockés sur place ou transportés par camion sur les routes et les ponts publics, à travers de nombreuses communautés du Québec et de l'Ontario, jusqu'au site de Chalk River situé en face du Québec, de l'autre côté de la rivière des Outaouais. Les risques pour les travailleurs, l'environnement, les rivières et les citoyens ordinaires sont réels et nécessitent un examen public et une transparence totale. »
En décembre 2025, Patrick Bonin, du Bloc québécois, a demandé au gouvernement du Canada de mettre fin à tous les transports de matières radioactives vers Chalk River, situé sur le territoire non cédé des Algonquins, sans notification, consultation ou justification. M. Bonin a également demandé une enquête publique sur les importations des déchets radioactifs au Canada et sur le transport de déchets radioactifs sur les routes publiques.
Le projet de démantèlement de G-1 a été discrètement publié dans le Registre fédéral d'évaluation d'impact juste avant Noël, avec un délai très court pour les commentaires publics, qui se termine le 5 février. Le Dr Ole Hendrickson, de l'association Concerned Citizens of Renfrew County and Area, met en garde : « En raison d'une loi inefficace, EACL pourrait prendre une décision en vertu de la Loi sur l'évaluation des impacts permettant aux entreprises américaines de poursuivre leurs activités sans audience publique devant un comité d'évaluation, et donc sans obligation de rendre des comptes au public et sans contrôle gouvernemental. »
Le réacteur G-1 se trouve sur un terrain provincial, à côté du réacteur Gentilly-2 d'Hydro-Québec, qui a été mis hors service. M. Edwards suggère qu'une remise en état coordonnée de l'ensemble du site de Gentilly, avec la pleine participation du gouvernement du Québec, créerait des emplois et apporterait des avantages environnementaux aux Canadiens, fournirait des connaissances et des compétences utiles à Hydro-Québec (car le réacteur G-2 devra également être bientôt démantelé) et garantirait la protection de l'intérêt public.
Pour plus d'informations :
*ROEÉ - Regroupement des organismes environnementaux en énergie
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10.02.2026 à 14:10
Ali Terrenoire
Pourquoi il faut détourner une partie de la puissance intellectuelle de la gauche du fétichisme des politiques publiques pour la diriger vers l'action collective
Février 2026| tiré de Canadian dimension | Photo : Matt Jiggins / Flickr
Bien qu'elle soit nettement plus animée que la transition à la direction qui a suivi l'accession sans opposition de Jagmeet Singh en 2017, l'actuelle course à la direction du NPD demeure enfermée dans une conception étroite de ce que sont les partis politiques — et de ce qu'ils peuvent faire. Tant que les progressistes n'élargiront pas cette conception, la gauche continuera vraisemblablement d'échouer, même lorsqu'elle parvient à remporter occasionnellement une victoire électorale.
L'approche dominante considère la réussite des partis comme le produit de deux variables : le degré de radicalité (ou de modération) de la plateforme, et le charisme personnel du chef. Il est frappant de constater à quel point les commentaires politiques restent obsédés par ces deux facteurs, souvent au détriment de questions plus profondes liées au pouvoir, à l'organisation et à la stratégie. Une grande partie des débats contemporains est dominée par des affirmations péremptoires selon lesquelles la victoire — voire l'utopie — serait à portée de main, pour peu que l'on propose la bonne plateforme. Le camp opposé avance des arguments tout aussi creux, affirmant que la victoire n'est possible que si le NPD se modère afin de séduire l'électorat centriste. En comparaison de ces mantras ressassés, les débats sur la « sympathie » ou la « popularité » des candidats peuvent sembler une forme d'analyse plus concrète — bien que toujours limitée.
La voie parlementaire vers l'échec
Cette approche dominante repose implicitement sur une foi étonnamment optimiste dans le pouvoir de l'État. Toute la politique — c'est-à-dire la manière dont nous organisons et ordonnons nos sociétés et nos vies — se trouve aplatie dans les élections, perçues comme une sorte de boîte noire magique. Il suffirait d'introduire la bonne plateforme progressiste dans le NPD, le parti gagnerait une élection et, voilà, les résultats progressistes suivraient. À la base de chaque campagne à la direction se trouve l'hypothèse que les élections se traduisent directement en pouvoir. Cette croyance réduit la politique à une séquence étroite d'intrants de campagne et de résultats politiques.
En réalité, la lutte politique se poursuit entre les élections. Les résultats politiques sont déterminés par le rapport de forces, qui est une question distincte de la composition partisane du Parlement. Par exemple, la plateforme d'Avi Lewis propose une option publique en télécommunications afin de concurrencer le pouvoir de fixation des prix monopolistique des transporteurs privés canadiens. Il s'agit d'une idée bienvenue, mais qui se heurte de plein fouet au pouvoir de Bell, Rogers et Telus.
Bell, à elle seule, a enregistré des revenus annuels de 24 milliards de dollars en 2024. L'entreprise emploie également 45 000 personnes à temps plein pour faire avancer ses intérêts. De l'autre côté, le NPD dispose d'un budget annuel d'environ 6 millions de dollars, de quelques dizaines d'employés et d'environ 100 000 membres sur papier. Selon quel modèle politique pourrait-on croire que les seconds pourraient vaincre les premiers — et encore moins vaincre tous les autres monopoles économiques enracinés ? La seule manière de résoudre cette contradiction est de croire que le pouvoir étatique est entièrement neutre et facilement mobilisable : une vision de l'État comme instrument neutre et hautement efficace, prêt à être utilisé par quiconque en prend le contrôle.
Or, dans les faits, les bureaucraties publiques modernes sont gigantesques et notoirement difficiles à manœuvrer. Pour les acteurs extérieurs et les contre-élites, il peut falloir tout un mandat politique simplement pour comprendre leur fonctionnement. Pendant ce temps, l'élite en place, déjà bien organisée, peut mobiliser son pouvoir économique, social et médiatique afin de briser la coalition au pouvoir. L'histoire regorge d'exemples de gouvernements progressistes — de SYRIZA en Grèce aux gouvernements néo-démocrates provinciaux plus près de chez nous — qui ont connu des percées électorales avant d'être sapés et défaits par des élites bien enracinées.
Il existe un paradoxe curieux dans la pensée progressiste contemporaine : une vision critique à l'égard de nos élites capitalistes brutales coexiste avec une foi profonde dans des institutions politiques qui dépasse souvent leur capacité démontrée à produire des transformations profondes — comme si quelque chose pouvait être invoqué à l'existence simplement parce que 172 personnes réunies dans une salle froide de la Colline du Parlement en ont décidé ainsi.
Des forces politiques à spectre complet
Une approche plus féconde consiste à comprendre les partis comme une technologie sociale de l'action collective. À moins d'être milliardaire, l'action individuelle n'est pas le terrain pertinent de la politique.
Les gens ordinaires ne disposent pas de ressources suffisantes pour que leurs actions individuelles aient un impact significatif. En élargissant cette logique, la croyance selon laquelle l'agrégation d'actions individuelles spontanées et non coordonnées pourrait mener au pouvoir ou au changement social est également une chimère. En pratique, les partis sont des véhicules d'action collective organisée : ils permettent aux individus de se connecter, de mutualiser et de faire croître leurs ressources à travers des hiérarchies prévisibles et démocratiques, et d'instaurer une division du travail au service d'objectifs collectifs.
Théoriquement, les masses de travailleurs ordinaires pourraient faire avancer leurs intérêts par l'entremise d'un ensemble d'institutions distinctes : une organisation axée sur le logement, une autre sur le travail, une autre sur la santé, etc. Cet écosystème institutionnel permettrait à des individus impuissants isolément de se renforcer et de poursuivre leurs intérêts collectifs dans de multiples sphères. Cette vision reflète en partie la richesse de la vie associative de la classe ouvrière du XXᵉ siècle au Canada et dans d'autres démocraties libérales. Les prédicateurs de l'évangile social s'organisaient par leurs églises, les syndicats avaient leurs salles et leurs sections locales, les communautés ukrainiennes et finlandaises progressistes construisaient leurs maisons du travail, et des générations de prolétaires ambitieux passaient par les programmes de formation de cadres du Parti communiste, devenant au passage des organisateurs plus aguerris (même si plusieurs quittaient ensuite le parti).
Comme la partie immergée d'un iceberg, tout un écosystème de coordination de la classe ouvrière soutenait les gouvernements réformistes de gauche dans des régions comme l'Ouest canadien. Dans ce contexte, le CCF/NPD pouvait fonctionner simplement comme une force parlementaire représentant cet écosystème élargi. Mais nous sommes en 2026, et cet écosystème a en grande partie disparu, érodé par des décennies de désindustrialisation, d'inégalités croissantes et de démantèlement délibéré des institutions ouvrières. Les marchés du travail fragmentés d'aujourd'hui, l'affaiblissement des syndicats et l'atomisation sociale rendent irréaliste toute reconstitution de cet ancien écosystème. Toute stratégie progressiste sérieuse doit tenir compte de cette réalité. Il ne suffit plus d'être un parti des urnes et de la rue (le parti des urnes et de la rue étant un slogan forgé par le parti de gauche québécois Québec solidaire), puisque la seconde composante de cette formule s'est affaiblie.
Reconnaissant le caractère creux des partis progressistes contemporains, certains appellent à reconnecter les partis aux mouvements sociaux, ou à créer de nouvelles formations comme Québec solidaire, conçues comme des partis des urnes et de la rue. Mais ce cadrage passe à côté du problème fondamental. Les « mouvements sociaux » souffrent de bon nombre des mêmes défaillances de coordination que les partis parlementaires eux-mêmes. Lorsque les conditions sont favorables, ces mouvements peuvent croître rapidement, portés par des moments de crise ou d'indignation. Mais faute de structures durables, de mécanismes solides de discipline interne et de coûts réels à la sortie, ils sont tout aussi susceptibles de s'effondrer rapidement — ou de se fossiliser au sein de l'écosystème des ONG et du plaidoyer une fois le moment passé.
Plutôt que de s'engager dans la tâche vouée à l'échec de reconstruire cet écosystème, une voie plus efficace consiste à organiser les partis politiques eux-mêmes comme des forces politiques à spectre complet. Nous vivons en tant que locataires, travailleurs, consommateurs, patients, etc. Notre véhicule d'action collective — notre parti — devrait être en mesure de contester le pouvoir dans toutes ces sphères. Les questions stratégiques réellement intéressantes sont celles qui portent sur la manière de bâtir un parti ayant la profondeur et l'ampleur nécessaires pour y parvenir. Comment accumuler des ressources ? Comment recruter des membres ? Comment nous former à diriger et à être dirigés ?
Les masses de gens ordinaires ne peuvent accroître leur pouvoir si leur parti n'est qu'une marque parlementaire : il doit être transformé en un État-en-devenir, une contre-hiérarchie qui construit une société alternative dans la coquille de l'ancienne. Les plateformes et les chefs parlementaires sont des éléments d'une stratégie plus large, mais ne constituent pas les enjeux les plus importants. Notre problème n'est pas que nos structures d'action collective suivent la mauvaise idéologie ou soient dirigées par les mauvaises personnes, mais que nos structures existantes sont fragmentées, inégales et souvent inadéquates à l'ampleur du défi. Les débats entre révolution et réformisme, ou autres différenciations idéologiques, n'ont de portée que dans le cadre d'une hiérarchie organisée pouvant être orientée dans une direction donnée.
Des commentaires récents sur la candidature d'Avi Lewis à la direction ont soutenu que sa plateforme sur le travail jetait les bases d'un renouveau de la construction de mouvements au sein et autour du NPD. Et il est vrai que ce document est exceptionnellement ambitieux, tant par son ampleur que par sa substance, abordant non seulement la démocratie en milieu de travail et la réforme de l'assurance-emploi, mais aussi l'IA, la justice migrante, les services publics et la démocratie économique au sens large.
Mais cela ne fait que renforcer le problème central. Même le plan de politiques le plus complet et le plus favorable aux travailleurs reste inerte sans un appareil organisationnel capable de mobiliser les travailleurs, de soutenir des conflits prolongés et de coordonner l'action au-delà des moments électoraux sporadiques. Les politiques peuvent esquisser une orientation vers la construction de mouvements, mais elles ne peuvent se substituer au travail ardu de création de hiérarchies durables, de discipline et de capacités partagées d'action collective. Sans cette infrastructure, même le meilleur plan de travail risque de devenir un autre document admirable circulant parmi les militants, les syndicats et les commentateurs — plutôt qu'un levier capable de modifier le rapport de forces.
Une classe pour soi
Plutôt que de se concentrer principalement sur des visions politiques à long terme détachées des questions de pouvoir et d'organisation, nous devrions mettre l'accent sur des voies intermédiaires permettant d'accroître notre pouvoir. Pour fonctionner comme une force à spectre complet, le parti doit s'implanter partout où les gens vivent, travaillent et luttent. Pourquoi le NPD n'aurait-il pas son propre journal, voire éventuellement sa propre chaîne de télévision ? Pourquoi ne gérerait-il pas des salles de parti servant de centres communautaires à travers le pays ? Pourquoi le parti ne créerait-il pas son propre milieu d'organisations, comme des syndicats de locataires, voire ne lancerait-il pas ses propres efforts d'organisation syndicale ?
Bien que le NPD soit encore formellement lié au mouvement syndical canadien, une approche plus intégrée est nécessaire — une approche dans laquelle syndicats et parti se chevauchent et coopèrent au sein d'une même hiérarchie organisée, plutôt que d'exister avec des priorités disjointes qui ne se coordonnent que de manière épisodique. Pourquoi ne pas lancer son propre service de conseil en procurations d'actionnaires, afin d'orienter les fonds de pension et autres véhicules d'investissement contrôlés par les membres vers une transformation du comportement des entreprises ? Pourquoi ne pas créer ses propres coopératives de consommation, voire des entreprises appartenant au parti ?
Nous devrions chercher dès maintenant à utiliser l'une des rares institutions ouvrières encore existantes — le NPD — pour faire progresser notre pouvoir collectif. Il est tout à fait possible d'accroître notre pouvoir dans ce pays sans remporter d'élections. À partir d'un certain seuil, davantage de pouvoir exigera des victoires électorales comme condition nécessaire — mais jamais comme condition suffisante. Ces voies ne sont même pas opposées : la construction d'un État alternatif en gestation est bénéfique à la réussite électorale. Bien sûr, nous ne devons pas simplement présumer de victoires électorales, mais nous ne pouvons pas non plus supposer que nous résoudrons facilement les problèmes d'action collective inhérents à toutes les entreprises évoquées ci-dessus. Mais nous devrions au moins déplacer une partie de la puissance intellectuelle de la gauche du fétichisme des politiques publiques vers le véritable problème : la difficulté croissante de l'action collective.
Il est éclairant d'inverser le cliché clausewitzien : la politique est la guerre par d'autres moyens. Mais l'asymétrie particulière de l'inégalité fausse le champ de bataille. Les riches disposent déjà d'une armée permanente : leur argent, leurs institutions, leurs entreprises. Les partis peuvent être utiles, mais les riches n'en ont pas besoin. Ils sont moins nombreux, disposent de plus de ressources et se connaissent déjà tous. Ils n'ont pas besoin de la technologie sociale des partis politiques pour assurer la coordination, l'action collective et la construction d'un soutien populaire. Pour les riches, la coordination est automatique. Pour le reste d'entre nous, elle doit être construite.
La grande masse d'individus atomisés de la classe ouvrière et de la classe moyenne ne peut pas se coordonner aussi facilement. Les partis sont un outil nécessaire pour connecter les individus et transformer leurs intérêts communs en un intérêt de classe collectif. La gauche ne gagnera pas simplement en votant pour de meilleurs politiciens, mais en forgeant un instrument politique à la hauteur du monde qu'elle cherche à créer — un instrument qui fonctionne au-delà des élections. Voilà la promesse d'un parti : non pas une simple ligne sur un bulletin de vote, mais le moyen par lequel le grand nombre peut l'emporter sur le petit nombre.
L'auteur est commentateur et organisateur et écrit sous le nom d'Ali Terrenoire. On peut le trouver sur X sous le pseudonyme @AliTerrenoire, sur Bluesky à @aliterrenoire.bsky.social, et sur Instagram à @ali.terrenoire.
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10.02.2026 à 14:10
Avocats sans frontières Canada (ASFC)
Québec, le 6 février 2026 – Avocats sans frontières Canada (ASF Canada) déplore le choix des autorités canadiennes de ne pas engager de poursuites criminelles à l'encontre de Jorge Vinicio Sosa Orantes, alors qu'il a tous les outils pour le faire.
Cet ancien sous-lieutenant de l'armée guatémaltèque, installé au Canada depuis près de 40 ans, a participé au massacre de Las Dos Erres en 1982, au cours duquel plus de 200 civils, dont de nombreux enfants, ont été tués. En choisissant de mettre fin à son statut par des procédures administratives – plutôt que d'engager des poursuites criminelles pour crimes contre l'humanité – le Canada manque à ses obligations internationales en matière de lutte contre l'impunité.
« Tout ce qu'ils vont faire, c'est lui retirer sa citoyenneté et le renvoyer du Canada. Il n'y aura pas de justice. En réalité, rien n'a été fait, ou presque. De mon point de vue, en tant que témoin des faits, je constate qu'il n'y a pas de justice. Ce que nous voulions, c'est qu'il paie pour ses actes et qu'il soit jugé pour ses crimes. » (trad. libre) — Ramiro Osorio Cristales, l'un des survivants du massacre de Las Dos Erres, aujourd'hui réfugié au Canada. Il avait 5 ans au moment du massacre.
Trop peu, trop tard
Le 5 février 2026, la Cour fédérale du Canada a déchu Jorge Vinicio Sosa Orantes de sa citoyenneté canadienne pour avoir omis consciemment de déclarer son passé militaire lors de sa demande d'immigration ; et l'a déclaré inadmissible au statut de réfugié, en raison de sa participation dans des crimes contre l'humanité commis à Las Dos Erres en 1982. Cette procédure, amorcée en 2017, pourrait mener à son expulsion du territoire canadien sans assurance que justice soit faite.
« Le Canada avait une occasion bien réelle de faire entendre la voix de la justice internationale, alors qu'elle est attaquée de toute part. En choisissant de ne pas juger au criminel M. Sosa Orantes pour ses actes ou de l'extrader dans un pays aux fins de jugement, il renonce à son engagement de lutte contre l'impunité des crimes internationaux. » — Karine Ruel, directrice générale d'ASF Canada.
Pourtant, le Canada dispose d'une loi fondée sur le principe de compétence universelle, qui lui permet de poursuivre les auteurs de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre ou de génocide, se trouvant sur son territoire, peu importe où ces crimes ont été commis ou la nationalité de l'auteur présumé.
Dans le cas de M. Sosa Orantes, le gouvernement a délibérément évité la voie judiciaire, malgré les outils juridiques à sa disposition et l'investissement financier et en temps important d'une procédure administrative. Ce choix s'inscrit dans un contexte plus large d'inaction : l'unité fédérale responsable de ce programme n'a publié aucun rapport public depuis 2015, révélant un grave déficit de transparence et d'engagement envers la justice internationale.
Silence et inaction malgré des appels répétés à la justice
Depuis plusieurs années, ASF Canada, en collaboration avec le Partenariat canadien pour la justice internationale, multiplie les démarches auprès du gouvernement canadien à propos du cas de M. Sosa Orantes. L'organisation a transmis des analyses juridiques, organisé des rencontres avec des parlementaires et lancé plusieurs appels publics pour que des poursuites criminelles soient engagées. Malgré ces efforts soutenus, le gouvernement est resté silencieux.
« Dans la période actuelle, où la loi du plus fort, les intérêts politiques et les doubles standards polluent les conversations diplomatiques, il est plus important que jamais pour les États de jouer le rôle qu'ils se sont eux-mêmes donné à Rome en 1998 : ils doivent prendre des mesures concrètes visant à refermer les espaces où l'impunité s'infiltre et survit, y compris sur le territoire canadien. » — Fannie Lafontaine, directrice du Partenariat canadien pour la justice internationale.
Le Canada se présente comme un défenseur de la justice internationale. Il soutient les enquêtes de la Cour pénale internationale et affirme qu'il exécutera ses mandats d'arrêt, même contre des chefs d'État. La crédibilité de ce rôle dépend d'abord de ses actions à l'intérieur de ses frontières.
ASF Canada salue les efforts pour retirer la citoyenneté obtenue de façon frauduleuse. Mais cela ne peut pas remplacer un procès pour des crimes d'une telle gravité.
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