10.02.2026 à 14:17
Mohamed Lotfi
Il se joue au Québec une bataille silencieuse, invisible. Elle prend racine dans une décision politique identitaire qui s'infiltre dans les vies, les attentes, les projets d'avenir. Elle porte le nom de projet de loi 9.
Dans mon entourage, je connais une jeune femme de 22 ans, appelons-la Amina. Originaire d'un pays lointain, elle a d'abord étudié pendant trois ans une matière scientifique à l'université, pour ensuite faire ce pas immense vers Montréal, vers le Québec, vers une école privée où elle s'est inscrite dans un programme en administration de la santé. Les délais d'inscription à cette formation l'ont obligée à quitter son pays natal quelques mois avant d'obtenir sa licence en chimie.
Après mûres réflexions, elle a pris une décision qu'elle ne regrette pas. Elle étudie depuis plusieurs mois, elle a déjà obtenu un permis de travail, elle s'efforce de conjuguer études et emplois, elle occupe deux jobs, prodigue son énergie, sa discipline, sa curiosité, dans un français impeccable qui se teinte d'accent québécois au fil des jours.
Elle envisage bien sûr de travailler dans le domaine de la santé et de faire une demande de résidence permanente à la fin de ses études, comme tant d'autres avant elle. Chez nous, au Québec, les permis d'étude et de travail sont souvent la première serrure qui ouvre vers un avenir plus stable, vers l'intégration durable dans la société, vers une contribution directe à l'économie, à la culture et à la démographie. Généralement, ces permis ouvrent la porte à une demande de résidence permanente qui permet de passer du statut de travailleur temporaire à celui d'immigrant, d'aspirant à citoyen, dans le respect des règles et des processus établis.
Aujourd'hui, Amina, comme beaucoup d'hommes et de femmes venus d'ailleurs, vit sous la menace de ce projet de loi et de ses effets réels et potentiels. Déjà, par son effet psychologique, il suspend l'avenir de familles entières qui ont entamé leur cheminement d'intégration.
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Jamais je n'aurais cru voir François Roberge, à son arrivée au pouvoir en 2018, capable d'une décision aussi violente. Pouvez-vous imaginer cet éducateur de formation, anciennement ministre de l'Éducation, devenu ministre de l'Immigration, expliquer son projet à une classe du primaire ? Moi, je n'y arrive pas. Il a beau porter la signature de ce projet de loi, ce n'est pas son projet, c'est celui d'un gouvernement en perte de popularité. C'est aussi le résultat d'une époque où les opinions publiques carburent à la peur, la peur de l'autre étant devenue un levier politique en soi.
Tel qu'il est déposé par le gouvernement de la CAQ, le projet de loi 9 se présente sous des aspects multiples, complexes, techniques. Officiellement, il est intitulé Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes. Le projet modifie en profondeur le cadre normatif de l'immigration au Québec et affecte des milliers de personnes, déjà ici, qui espèrent construire leur vie, leur travail, leurs liens sociaux et familiaux. Derrière les chiffres, derrière les consultations parlementaires, derrière l'intitulé administratif, il y a des rêves d'avenir, des trajectoires personnelles qui cherchent à prendre sens jour après jour.
Ce projet de loi n'est pas une abstraction, c'est une violence institutionnelle. Une loi qui change subitement l'accès à l'immigration, qui efface des espérances, qui retarde des trajectoires, produit un effet de mise en danger des projets individuels et provoque un stress immense chez des milliers d'hommes et de femmes qui travaillent, qui étudient, qui contribuent à la richesse sociale du Québec.
Le ministre de l'Immigration, François Roberge, présente le projet de loi comme une stratégie d'ajustement du nombre d'arrivées, une adaptation du marché du travail, mais pour les personnes affectées, déjà installées ici, c'est avant tout une rupture, un renversement, une remise en question de ce qui était devenu possible.
Alors, quelle est la raison d'être de ce projet de loi qui devient, pour beaucoup, une source d'incertitude ? Les gouvernants affirment vouloir répondre aux besoins socio-économiques du Québec, prioriser certaines qualifications, améliorer l'intégration des personnes immigrantes en lien avec les besoins du marché du travail. Ils parlent d'harmonisation, de prospérité économique, d'efficacité administrative. Mais pour ceux qui vivent ces décisions au quotidien, pour ceux qui construisent pas à pas leur vie ici, ce projet de loi est perçu comme un obstacle, une menace aux droits acquis, un ralentissement de trajectoires qui étaient en marche.
C'est ici que la politique devient un art de se servir des gens au lieu de les servir. Pire, l'immigrant devient l'autre, l'étranger, c'est-à-dire moins important, on s'en sert presque comme d'un objet.
Quand un gouvernement pense pouvoir gagner des points dans les sondages en restreignant l'immigration temporaire ou permanente, quand il oublie que ces mêmes travailleurs et étudiants ont rendu un service immense pendant la pandémie, qu'ils occupent des emplois essentiels, qu'ils enrichissent notre société par leur présence, leur diversité, leur engagement, alors la politique cesse d'être une force de cohésion humaine.
La violence de ce projet de loi n'est pas seulement dans les mots des textes législatifs, elle est dans les cœurs qui s'inquiètent, dans les familles qui redoutent l'avenir, dans les jeunes qui se demandent si leur énergie et leur talent trouveront un foyer durable ici. Gérald Godin doit tourner dans sa tombe. Comme ministre de l'Immigration, jamais il n'aurait proposé un projet de loi aussi fascisant.
Le Québec accueille des immigrants chaque année, il a besoin de ces personnes pour faire face à des défis démographiques, pour revitaliser ses régions, pour enrichir sa vie économique et culturelle. Alors pourquoi normaliser une chasse à des aspirants à l'immigration ? Pourquoi les accueillir pour, par la suite, les rejeter, les renvoyer et casser leurs rêves ?
Heureusement, tous les citoyens n'adhèrent pas à ce projet. Une pétition circule, des voix s'élèvent pour demander au gouvernement de revenir à la raison, pour respecter les droits acquis de ces travailleurs et étudiants dont le Québec a tant besoin, pour rejeter toute violence institutionnelle qui entrave les vies et les rêves.
Je pense à Amina. Supposons que cette nouvelle loi entre en vigueur, à quoi son diplôme obtenu ici, pour les besoins d'ici, va-t-il lui servir ailleurs ? Elle vit déjà la tension de l'incertitude, entre l'aspiration à construire sa vie et la peur d'être renvoyée à la case départ.
Et parce que nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, touchés par ces décisions politiques, parce que la liberté de se projeter dans l'avenir concerne chacun d'entre nous, il est essentiel de comprendre que derrière le projet de loi, il y a des êtres humains. Il y a des histoires comme celle que je connais, il y a des espoirs qui se tissent au fil des jours, et il y a une société qui se mesure à sa capacité à accueillir, à respecter, à reconnaître la valeur de chacun. Il suffirait d'ajouter une simple clause de droit acquis à ce projet pour en changer la nature même.
Si vous êtes contre le projet de loi modifiant le Programme de l'expérience québécoise, je vous invite à signer et à partager sans modération.
Mohamed Lotfi 6 Février 2026
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10.02.2026 à 14:17
Collectif
Ces derniers mois, le niveau d'insatisfaction envers le gouvernement a été particulièrement élevé. La grogne populaire a atteint des sommets, ce qui a forcé le premier ministre François Legault à démissionner de ses fonctions. De ce fait, il est inconcevable que la CAQ persiste dans ses projets de réformes et de compressions budgétaires, ainsi que dans l'adoption de projets de loi controversés, alors qu'elle n'a plus aucune légitimité.
Arrivé au pouvoir avec 8 milliards de dollars de surplus et maintenant embourbé dans le déficit, le gouvernement Legault ne peut expliquer son choix de se tourner vers des politiques d'austérité. D'un côté, il dilapide des millions de fonds publics dans des projets privés controversés (Northvolt, SAAQclic, etc.) ; de l'autre, il coupe dans les services publics et les programmes sociaux. Ses multiples tentatives de jeter la pierre aux immigrant·e·s, qu'il n'hésite pas à accuser d'être responsables de la crise du logement, du débordement des hôpitaux ou du déficit, ne parviennent jamais, au final, à le faire remonter dans les sondages.
Cet automne, plutôt que d'écouter les groupes sociaux, syndicaux, communautaires et citoyens qui s'organisent pour dénoncer les coupures, le gouvernement Legault, acculé au pied du mur, choisit de tirer à boulets législatifs sur à peu près tout le monde. Legault attaque les médecins avec le PL 2, les syndicats avec le PL 3 et les organismes communautaires avec le PL 7, dans une ultime tentative de renverser l'opinion publique. C'est dans la même veine qu'a été déposé le PL 1, projet de Constitution québécoise, qualifié de « dérive autoritaire » par le Barreau du Québec.
Après les annonces de départ en rafales, il est inconcevable que ce qu'il reste du gouvernement de la CAQ poursuive dans cette lancée sans prendre acte du verdict évident de la population. S'il décide de se maintenir en place jusqu'aux élections d'octobre, le gouvernement de la CAQ doit faire amende honorable et retirer au plus vite les projets de loi controversés.
Signataires
Naélie Bouchard-Sylvain, Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches
Julie Corbeil, Table régionale des organismes d'éducation populaire de Montréal
Catherine Cartier Pouliot, Mouvement d'éducation populaire autonome de Lanaudière
Mylène Baril-Mantha, Regroupement d'éducation populaire en Abitibi-Témiscamingue
Michel Savard, Table des groupes populaires de la Côte-Nord
Geneviève Tremblay-Racette, Table ronde des organismes volontaires en éducation populaire de l'Outaouais
Gabriel Grégoire-Mailhot, Table ronde des organismes volontaires en éducation populaire de l'Estrie
Geneviève Latour, Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire de la Montérégie
Gabrielle Renaud, Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MÉPACQ)
Vanessa Gamboa, Association des groupes d'éducation populaire autonome (AGÉPA) Centre-du-Québec
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10.02.2026 à 14:16
Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec (GRFPQ), Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MÉPACQ)
Guide sur la montée des discours toxiques d'extrême-droite
Tiré de Le Nouvel R 4 février 2026 Infolettre de l'R des Centre s de femmes https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLbvTWCmhXGKKwrTjzBclcJscHshmgCpbBRnJPXLzlPSvrqHQXfzdlzzhXXGgZqTnbq
Qui sommes-nous ?
Le Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec (GRFPQ) est un organisme communautaire autonome de formation. On réfléchit ensemble à comment créer une société égali-taire fondée sur le partage égal des richesses et sur l'autonomie et la dignité de toutes les per-sonnes.
Site web : grfpq.org
Le MÉPACQ, le Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec, est un mouvement national et multisectoriel qui travaille à la transformation sociale dans une perspective de justice sociale. Il regroupe 11 tables régionales en éducation populaire autonome (ÉPA) qui re-groupent 338 groupes populaires et communautaires autonomes.
Site web : mepacq.qc.ca
Introduction
Depuis quelques années, on voit des changements dans ce qu'on entend à la télévision et à la radio.
C'est de plus en plus acceptable d'haïr des gens et de les blâmer de tous les problèmes de la société.
À force d'entendre ces idées-là, on arrête de voir des humains. À la place, on voit des problèmes et des menaces. Ça devient correct de leur enlever des droits, de les insulter ou d'être violent avec elles.
C'est facile de penser « C'est pas de moi qu'on parle, ça ne me concerne pas ».
Mais quand on regarde le passé, on sait ce qui arrive : quand on enlève des droits à des gens, ça devient facile d'en enlever à tout le monde. Quand on accepte la violence et la surveillance dans notre société, c'est tout le monde qui est en danger.
Les idées, c'est comme les légumes. Si on voit que ça commence à pourrir, il faut s'en débarrasser avant que la pourriture contamine tout le frigo.
On a fait ce petit guide pour nous aider à reconnaître des idées passées date et pour voir ce que ça peut donner si on les laisse pourrir.
Est-ce que vous en reconnaissez ?
Immigration
1- La crise du logement, c'est 100% de la faute des personnes immigrantes. Il faut accepter moins de personnes immigrantes et demandeuses d'asile.
2- Les personnes immigrantes vont finir par remplacer les vrais Québécois de souche. Il faut arrêter toute l'immigration.
3- Notre peuple et notre culture sont menacés par “les autres”. Il faut renvoyer dans leur pays ceux qui ne sont pas des "vrais Québécois".
Ouache ! La peur et la haine, ça lève le coeur.
Vive l'accueil et l'entraide !
Diversité sexuelle et de genre
1- Les personnes homosexuelles et les personnes trans ont le droit d'exister, mais il ne faut pas les encourager
2- Les personnes trans veulent convaincre nos enfants d'être trans aussi. Il faut empêcher ces personnes d'être avec nos enfants.
3- La biologie, c'est un homme et une femme qui font des bébés ensemble. Les personnes homosexuelles ou les personnes trans sont malades et on doit les forcer à se faire soigner.
Ouache ! La méfiance, c'est pas beau à voir.
Vive l'ouverture !
Femmes
1- Les féministes veulent contrôler les hommes et la société. Les femmes qui demandent plus d'égalité devraient se taire.
2- La société allait mieux quand les hommes et les femmes avaient des rôles séparés. Les femmes doivent retourner à la maison pour s'occuper des enfants et du ménage.
3- Les hommes ont toujours dominé les femmes, c'est l'ordre naturel des choses. Les femmes doivent obéir aux hommes.
Ouache ! La domination, ça pue !
Vive l'égalité !
Personnes assistées sociales
1- Il ne faut pas encourager les gens à se faire vivre par le gouvernement. Si une personne n'a pas d'emploi, c'est normal qu'elle doive aller à la banque alimentaire.
2- Les seules personnes qui méritent l'aide sociale sont celles qui ont un handicap ou une maladie grave. On devrait couper l'aide sociale pour les autres.
3- Le gouvernement ne devrait pas faire vivre les personnes qui ne rapportent rien à la société. Les personnes sans emploi devraient faire des travaux forcés.
Ouache ! Les préjugés, ça passe mal.
Oui au partage des richesses et à valoriser les contributions bénévoles à la société !
Personnes vivant avec un handicap
1- Certaines personnes avec un handicap ne sont pas capables de travailler. On doit les mettre dans des écoles spéciales et leur donner des tâches faciles pour les occuper.
2- Les personnes avec un handicap ont déjà de la misère à s'occuper d'elles-mêmes. Elles ne devraient pas avoir d'enfants.
3- Les personnes avec un handicap souffrent et leur vie ne vaut pas la peine d'être vécue. En plus, elles sont un poids pour la société. On devrait leur donner l'aide médicale à mourir.
Ouache ! Le mépris, ça a mauvais goût.
Vive la dignité et l'autonomie !
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