LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs REVUES Médias
Souscrire à ce flux
REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

▸ Les 77 dernières parutions

10.02.2026 à 12:18

Qui veut la peau de Liu Hu, légendaire journaliste d'investigation chinois ?

Zhulin Zhang

Liu Hu (刘虎), un journaliste d'investigation reconnu pour la qualité de ses enquêtes, a été arrêté par la police de Chengdu début février, dans le sud-ouest du pays, en compagnie de son collègue Wu Yingjiao. Ils venaient de publier un article sur des faits de corruption au Sichuan (sud-ouest de la Chine). Leur publication révélait des faits présumés de corruption concernant Pu Fayou, le secrétaire du Parti communiste chinois dans le district de Pujiang de Chengdu, la capitale du Sichuan. L'article a depuis été supprimé du réseau social mais non sans susciter un grand intérêt sur un sujet sensible en Chine.

Tiré de Asialyst.

Lundi 2 février, après une journée agitée d'interrogations sur les réseaux sociaux chinois concernant la disparition de Liu Hu, l'un des derniers journalistes d'investigation en Chine, le Bureau de la sécurité publique de Chengdu, capitale du Sichuan, a enfin confirmé l'arrestation de Liu Hu et de son collègue Wu Yingjiao. Une affaire qui fait grand bruit dans un pays où la société civile est perçue par nombre de Chinois comme une « espèce menacée. »

D'innombrables protestations avaient, telle une pluie torrentielle, immédiatement inondé les réseaux sociaux après cette annonce. Les auteurs de ces protestations, journalistes, blogueurs, avocats, juristes, universitaires, prenaient pourtant une initiative risquée, comme pour tenter de défendre le dernier terrain de la liberté d'expression ainsi que celui du journalisme, qui n'ont pas cessé de rétrécir depuis une décennie.

Ils entendaient ainsi « sauver » Liu Hu. Ce dernier a été arrêté par la police du Sichuan dimanche 1er février, le même jour que l'arrestation, à 1 500 km de là, de son jeune collège Wu Yingjiao à Handan, dans la province du Hebei, pour « fausses accusations » et « activités commerciales illégales. »*

Qui est Liu Hu, figure emblématique du journalisme d'investigation en Chine ?

« Pour les journalistes [chinois] d'investigation, Liu Hu est un rayon de lumière, » estime Yuan Suwen, ex-journaliste d'investigation chinoise, qui témoigne du statut légendaire de cet homme de 50 ans dans le monde des médias chinois.

Né à Chongqing, mégapole de la même province du Sichuan, Liu Hu rejoint en 2000 le journal Chongqing Shangbao à l'âge de 24 ans, spécialisé dans les affaires de société. Dans le milieu, il acquiert rapidement une notoriété pour son courage et la qualité de ses enquêtes sur la corruption, un terrain hautement miné qui fait reculer de très nombreux confrères. Dans ce pays de 1,4 milliard d'habitants, on ne compte que 175 journalistes d'investigation, selon une étude de 2017 de l'université Sun Yat-sen.

Un tournant dans sa vie survient en 2013. Le 23 août, Liu Hu, employé alors du quotidien cantonais XinKuai Bao à cette époque, a été menotté, invité par la force à quitter son domicile devant sa fille de 4 ans. Cette année-là, il avait enquêté sur des malversations et des détournements de fonds publics imputés à Ma Zhengqi, puissant vice-directeur de l'Administration nationale de l'industrie et du commerce. Le manque de preuves tangibles n'empêche pas une équipe de policiers de Pékin de traverser le pays (1 600 kilomètres séparent Pékin de Chongqing) pour arrêter Liu Hu.

Sur ces trois chefs d'accusation, « diffamation, » « extorsion, » et « provocation de troubles sociaux, » Liu Hu a été détenu pendant 346 jours. Le 3 août 2014, le journaliste a été libéré sous caution. Cette même année, il figure parmi « les 100 héros de l'information » de Reporters Sans Frontières (RSF). Un an plus tard, le parquet du district de Dongcheng à Pékin a finalement rendu une décision de non-lieu. « Aucune compensation n'a été reçue, » m'a confirmé Liu Hu quelques années plus tard.

Une fois libéré, il rejoint, en qualité de directeur adjoint du service de l'information, le journal Changjiang Shangbao. Mais quelques mois plus tard, le journal du Hubei, qui à cette époque était à son sommet, est visé par le bureau de la propagande du Hubei en raison de ses enquêtes sur des affaires de corruption. Le bureau provincial de la propagande exige des journalistes qu'ils leur remettent les transcriptions originales et les enregistrements audio de leurs reportages, en ordonnant à Changjiang Shangbao de « se concentrer désormais exclusivement sur les contenus économiques. »

A partir de là, plus aucun média chinois n'ose embaucher officiellement Liu Hu qui fait ses adieux au système en devenant « journaliste citoyen. » Le basculement de statut le rend encore plus libre, sa réputation, son influence ne cessent de croître. Bien que son nom n'apparaisse plus dans les journaux papier, dans le monde numérique il demeure « un phénix immortel, » relève sur le réseau social chinois WeChat son ancien collègue Lin Fei, en constatant que « sa légende perdure dans l'univers des médias. »

Mais en devenant un symbole, le prix payé est élevé. Liu Hu a été confronté ces dernières années à des restrictions sur ses déplacements en avion et en train à grande vitesse. Il subit de nombreux désagréments dans sa vie quotidienne. « Sa famille a sans aucun doute subi des répercussions considérables, » affirme Lin Fei. Son caractère, « inflexible, » l'a fait beaucoup souffrir, ainsi que sa famille, explique-t-il.

Il ne peut plus signer de son nom ses collaborations avec les médias chinois. Lin Fei se dit convaincu que son ancien collègue « n'a jamais choisi cette profession pour l'argent. » Réaliser un tel reportage d'investigation, minutieusement documenté et incisif que celui qui lui vaut sans doute d'être à nouveau arrêté « nous, hommes de milieu, savons l'effort et le dévouement considérables que cela requiert. »

Liu Hu entendait prouver que les « vrais » journalistes existent toujours dans son pays, une répartie à cette thèse en Occident selon laquelle la Chine n'a que de propagandistes. En 2019, il avait créé le prix « Maison des journalistes » afin d'encourager l'esprit critique dans la profession. Ce prix, salué par les grands noms du milieu, a été surnommé le « Pulitzer chinois, » se distinguant ainsi d'un autre prix, le Prix du journalisme de Chine, créé par l'Association des journalistes de Chine (All-China Journalists Association) qui prime en général les œuvres de propagande.

Qui veut la peau de Liu Hu ?

Tous les regards se tournent vers la publication du 29 janvier sur WeChat, soit quatre jours précédant leur arrestation. Cet article, intitulé « le secrétaire du Parti d'un comté du Sichuan, qui avait jadis conduit un professeur à se suicider, pousse une entreprise à la faillite, » vise directement Pu Fayou, secrétaire du Parti communiste chinois du district Pujiang, à Chengdu, de facto le numéro un du pouvoir local.

Samedi 31 janvier, Liu Hu avait reçu un message de l'Inspection et la Supervision disciplinaires de la Commission municipale de Chengdu lui demandant de la contacter, en l'avertissant. Ce message était assorti d'un avertissement ainsi rédigé : « Les signalements et les dénonciations visant des fonctionnaires doivent s'effectuer par les voies légales et de manière conforme à la loi. » Liu Hu avait répondu brièvement à ce message, en soulignant qu'il s'agit d'un article qui n'est ni une dénonciation ni une pétition. Puis il décide de rendre cet échange public.

Le lendemain, une alerte sur la disparition de Liu Hu et Wu Yingjiao est massivement propagée sur les réseaux sociaux. Le système de censure qui, sur les réseaux sociaux chinois, parvient à éliminer rapidement les messages jugés hétérodoxes ou non-désirés, ne fonctionne pas toujours comme les autorités le souhaitent. Souvent, les articles de soutien et de protestation se multiplient par vagues successives. Aussitôt les premières vagues éliminées, de nouvelles viennent les remplacer. Mis ainsi sous une forte pression, lundi 2 février, le Bureau de la sécurité publique de Chengdu a été contraint de confirmer l'arrestation des deux journalistes via un communiqué officiel.

Le 4 février, Zhou Ze, avocat de Liu Hu, obtient l'autorisation de lui rendre visite. Zhou a confirmé que la cause de la poursuite pénale contre son client, « était bien l'article critiquant les organes et les fonctionnaires de l'État. »

« Qui a peur de Liu Hu ? » s'interroge l'avocat pékinois et journaliste citoyen Li Yucheng, avant de donner sa réponse, « pas uniquement Pu Fayou, mais tous ceux qui le protègent. » Pour Li, au fond, ce n'est pas Liu Hu qu'ils craignent, mais « le fait que quelqu'un ose encore s'exprimer. »

Pourquoi tant de Chinois soutiennent-ils Liu Hu ?

« Fausses accusations » et « activités commerciales illégales, » les deux chefs d'inculpation aujourd'hui repris par les autorités de Chengdu contre les deux journalistes, sont généralement rejetées dans les milieux judiciaires chinois, relèvent les observateurs familiers de ce sujet.

« L'élément le plus susceptible d'incriminer Liu Hu est la publication d'articles rémunérés, » estime Huang Yingsheng, dans un article publié sur WeChat (censuré rapidement). Or, pour cet ancien juge de la Cour suprême de Chine, l'article rétribué est un modèle courant chez les créateurs de contenu indépendants, « la publication de contenus rémunérés n'est pas simplement une activité commerciale, mais un nouveau modèle économique basé sur la diffusion des connaissances […] et la propagation de l'information, » qui ne doit pas être classé comme « activité commerciale. »

Sur WeChat, Lao Dongyan s'indigne également de ces accusations. « Si un reportage pouvait constituer un crime, tous ceux qui gagnent leur vie en écrivant trembleraient probablement de peur, » ajoute cette juriste et professeure renommée de la Faculté de droit de l'Université Tsinghua de Pékin.

Dans la société civile, nombreux sont les Chinois qui, bien que n'ayant pas de lien avec Liu Hu, ressentent la responsabilité de prendre position en dépit des risques. La réaction de Xiang Dongliang sur WeChat, résume l'état d'esprit de cette partie de la Chine.

Si cet ex-journaliste, blogueur connu, spécialisé dans la vulgarisation scientifique, avoue sa crainte des retombées d'un tel soutien à Liu Hu bien qu'il ne l'ait jamais rencontré physiquement, c'est finalement le sens des responsabilités qui l'emporte. « Je ne peux pas [ne rien dire], car mon cœur souffre trop, » souligne-t-il.

M. Xiang pointe du doigt l'arrestation des deux journalistes tout en s'interrogeant : comment un article peut-il constituer un « crime de fausse accusation » et pourquoi la police a-t-elle arrêté les auteurs avant la conclusion de la Commission pour l'inspection et la supervision disciplinaires ? La police de Chengdu a-t-elle le droit d'arrêter Liu Hu, citoyen de Chongqing ? Tant de questions qui demeurent sans réponse.

Par Zhang Zhulin

******Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

PDF

10.02.2026 à 12:17

Gilbert Achcar : Nous sommes dans la même impasse historique que lors des printemps arabes

Gilbert Achcar, Soulayma Mardam Bey

Professeur émérite à l'École des études orientales et africaines (SOAS) de l'Université de Londres, Gilbert Achcar analyse pour « L'Orient-Le Jour » la situation de blocage politique et socio-économique qui domine dans la région.

Avec l'aimable permission de l'auteur Tiré de l'Orient le jour

L'OLJ / Propos recueillis par Soulayma MARDAM BEY, le 6 février 2026 à 17h00

Photo Une semaine après le départ de Hosni Moubarak, des milliers de manifestants sont revenus, vendredi 18 février 2011, place Tahrir au Caire, dans la capitale égyptienne, pour fêter la chute de son régime. Photo Patrick Baz/Archives AFP

C'était il y a quinze ans. Une onde de choc révolutionnaire prenait de court le monde arabe, propulsant sur le devant de la scène une jeunesse aspirant à davantage de justice sociale et de liberté. Mais dans une région où l'espace politique avait été trop longtemps confisqué, les premières victoires furent de courte durée. En Égypte, le coup d'État de 2013 porte le maréchal Abdel Fattah el-Sissi au pouvoir, mettant un terme aux illusions démocratiques déjà malmenées par la parenthèse islamiste. En Tunisie, le verrouillage progressif des institutions par le président Kaïs Saïed à partir de 2021 scelle la fin de la transition. Plusieurs pays ont sombré dans la guerre civile, comme en témoignent les cas de la Libye, du Yémen et de la Syrie. Et si, à partir de 2018-2019, une deuxième vague de contestation touche le Soudan, l'Irak, l'Algérie et le Liban, la résilience des pouvoirs a de nouveau eu raison des aspirations au changement.

Auteur de Le Peuple veut (2013), Symptômes morbides (2017) et, plus récemment, Gaza, génocide annoncé – Un tournant dans l'histoire mondiale (2025), Gilbert Achcar, professeur émérite à l'École des études orientales et africaines (SOAS) de l'Université de Londres, décrypte pour L'Orient-Le Jour les raisons de l'échec d'une séquence révolutionnaire qui n'a pas encore dit son dernier mot.

Quinze ans après les printemps arabes, l'euphorie semble avoir laissé place à un défaitisme généralisé. Pourquoi ?

On peut tout à fait comprendre ces déceptions. Aujourd'hui, la situation régionale est catastrophique. Il ne s'agit pas uniquement de Gaza, où un génocide abominable a eu lieu, mais aussi de la Tunisie, qui, jusqu'en 2021, constituait le dernier pays où des conquêtes démocratiques avaient pu être préservées, ou encore du Soudan, où une jeunesse active continuait à lutter pour ses droits avant que le pays ne sombre dans une guerre entre des fractions de l'armée en 2023. Le paysage d'ensemble est désolant et le système témoigne d'une résistance au changement particulièrement coriace. Nous sommes dans la même impasse historique qu'il y a quinze ans, celle qui, justement, a conduit aux soulèvements populaires.

Comment expliquer cette résilience des régimes en place ?

Il existe, à mon sens, deux facteurs principaux. Sur le plan interne, ces régimes ne s'imposent aucune limite en termes de répression. Nous sommes dans une région du monde qui vivait déjà au rythme des horreurs de la guerre civile syrienne, avant le génocide à Gaza. D'une certaine manière, celui-ci a davantage représenté une poursuite de la violence en cours qu'une nouveauté pour les populations de la région. Nous sommes confrontés à des classes dirigeantes qui se sont approprié leurs pays. À cela se conjuguent des intérêts stratégiques et économiques qui nourrissent la disposition des puissances régionales et mondiales à intervenir pour renforcer ou défendre les pouvoirs en place.

Vous avez beaucoup analysé les facteurs socio-économiques de ces vagues révolutionnaires. Dans quelle mesure ceux-ci restent présents aujourd'hui pour la génération Z (née entre 1997 et 2010) ?

La génération Z est confrontée à une situation pire encore que ses aînés. Nous avons assisté à deux vagues de soulèvements en 2010/2011, puis en 2018/2019. Elles étaient le produit d'un blocage économique à l'échelle régionale, d'une faiblesse des taux de développement, avec peu de créations d'emplois. Depuis plusieurs décennies, le monde arabe détient le record mondial du chômage des jeunes. Cette question est symptomatique d'une crise profonde qui n'a cessé de s'aggraver. Tant qu'il n'y a pas de solution, nous allons assister à des vagues successives de contestation sociale. Récemment, il y a eu un grand mouvement de la génération Z au Maroc – le mouvement GenZ 212 –, qui est étroitement lié au fait que ce pays connaît un chômage des jeunes très important, y compris parmi les diplômés. C'est une caractéristique régionale qui explique d'ailleurs que ces soulèvements ont fait, et continuent de faire, un grand usage des technologies de la communication. Beaucoup de contestataires sont ainsi issus d'une jeunesse éduquée disposant d'un accès à ces outils. Depuis quinze ans, cet usage massif des moyens de communication modernes a permis de contourner la très grande difficulté de s'organiser physiquement comme opposition politique dans des pays ultrarépressifs.

Vous avez mentionné les deux pays qui ont pu susciter momentanément l'espoir : la Tunisie, qui semblait avoir la transition la plus aboutie ; et le Soudan, où les révolutionnaires semblaient avoir pris en compte les erreurs des soulèvements précédents, notamment en Égypte. Est-ce à dire que dans la région, même lorsque les mouvements populaires font preuve de prudence politique et de capacité organisationnelle, ils sont voués à l'échec ?

Je ne crois pas que l'on puisse formuler cela ainsi. Certes, la vague de 2019 a tenu compte des leçons de 2011. Pour parler du Soudan, il n'y a pas eu d'espoir placé dans l'armée comme cela a été le cas en Égypte après la chute de Hosni Moubarak, puis le coup d'État contre Mohammad Morsi en 2013 et l'avènement au pouvoir du maréchal Abdel Fattah el-Sissi. Il en va de même pour le troisième régime militaire du monde arabe, l'Algérie, où le Hirak ne s'est bercé d'aucune illusion après la destitution de Abdelaziz Bouteflika. Si l'on s'arrête au cas du Soudan, les révolutionnaires soudanais se sont dotés d'une forme d'organisation démocratique, mais se sont heurtés à un problème en dehors de leur ressort : un conflit entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide. Contre cela, la seule possibilité aurait été la constitution d'un mouvement politique avec la capacité d'étendre son influence au sein de la base sociale de l'armée. Or cela n'a malheureusement pas eu lieu et le pays s'est trouvé pris entre le marteau et l'enclume. Si vous regardez les révolutions dans l'histoire, elles passent toujours par une désintégration ou une insubordination des forces armées. L'une des raisons qui font que les régimes arabes sont particulièrement coriaces vient du fait que ces pouvoirs – tribaux, confessionnels ou autres – tiennent compte de cette expérience historique et ont ainsi tissé des liens organiques avec des forces d'élite, rendant plus difficile qu'ailleurs le renversement de l'ordre établi.

Le sociologue iranien Asef Bayat avait évoqué dans son ouvrage Revolution without Revolutionaries (2017) le caractère réformiste, selon lui, des soulèvements arabes, qui les distinguerait par exemple de la radicalité de la révolution iranienne en 1979. Qu'en pensez-vous ?

À partir du moment où le mot d'ordre principal des soulèvements depuis la première vague était « Le peuple veut renverser le régime », nous nous trouvions face à des aspirations révolutionnaires, et non « réformistes ». Et elles ont, dans un premier temps, réussi dans quelques pays. Ce fut le cas en Tunisie, en Égypte, au Yémen ou encore au Soudan. Seulement, ces révolutions en sont restées au changement politique. Il n'y a pas eu de bouleversement du système socio-économique en place. En conséquence, ces amorces de transformation n'ont pas duré. On ne saurait d'ailleurs parler de mouvements réformistes, puisque ces États ne sont tout simplement pas réformables. Comment observez-vous le cas syrien aujourd'hui ?

Je vous avais cité deux particularités du système régional, qui étaient la férocité des régimes d'une part et les interventions extérieures en appui au système de l'autre. On peut toutefois ajouter l'existence d'un courant régional réactionnaire qui s'est glissé dans l'opposition aux régimes en place, surtout durant la première vague de 2011. C'est ce que j'avais résumé dans la formule : « une révolution, deux contre-révolutions ». Dans la région, nous n'avons pas le binôme traditionnel « révolution/contre-révolution » que l'on retrouve dans la plupart des expériences révolutionnaires historiques. Nous avons plutôt une révolution face à deux courants réactionnaires rivaux – les régimes en place et l'intégrisme islamique. Ce dernier est réactionnaire par définition, comme tous les intégrismes religieux. En Syrie, le soulèvement démocratique a été défait dès 2013, battu par la combinaison de la brutalité de la répression, d'une convergence de fait entre le régime Assad et les monarchies du Golfe pour favoriser les jihadistes au détriment des forces démocratiques, et, bien sûr, de l'intervention de l'Iran et de ses auxiliaires régionaux. Finalement, le régime contre-révolutionnaire des Assad a été renversé par une opposition elle-même contre-révolutionnaire, d'origine intégriste et violemment confessionnelle.

Pour vous, qui vous inscrivez dans une tradition politique de gauche anti-impérialiste, la Syrie ne se trouve donc pas aujourd'hui dans une situation post-révolutionnaire mais contre-révolutionnaire…

Oui. Le nouveau régime bénéficie du soutien des monarchies pétrolières arabes, des États-Unis et même de la Russie. Bref, de l'ensemble de l'ordre mondial contre-révolutionnaire. Mais il n'est pas en capacité d'unifier ou de réunifier le peuple syrien. Pour cela, il aurait fallu un mouvement démocratique appelant à une coalition de toutes les forces en présence, afin d'enclencher un processus constitutionnel intégrant tout le monde et visant, entre autres, à instaurer un certain degré de décentralisation, pour tenir compte des dynamiques qui ont été produites par toutes ces années d'effritement et de guerre. Au lieu de cela, nous sommes en présence d'un nouveau projet autoritaire qui, s'il ne montre pas encore complètement ses crocs – malgré des massacres terribles commis contre les communautés alaouite et druze –, fait ce qu'il peut pour se consolider, appuyé par la Turquie et dans les limites que lui impose Israël au Sud.

Avec les printemps arabes, la cause palestinienne semblait avoir perdu de sa centralité dans la région. Certes, la guerre menée par Israël contre la bande de Gaza – que vous qualifiez de premier génocide perpétré par un État industriel avancé depuis 1945 et de première guerre conjointe israélo-américaine – l'a brutalement replacée au cœur des enjeux régionaux. Mais beaucoup, notamment au Liban et en Syrie, éprouvés par une décennie de crises et de destructions, paraissent vouloir s'en détacher pour se recentrer sur des priorités nationales. Dans quelle mesure est-il, selon vous, possible de penser séparément les destins du Liban, de la Syrie et de la Palestine ?

Ne serait-ce que du fait de l'interdépendance étroite des pays de la région, cette séparation s'avère encore plus illusoire qu'ailleurs. « America first » peut avoir un sens pour la plus grande puissance mondiale. Mais « Lebanon first » ou « Syria first » relève d'une forme de démagogie visant à titiller l'exaspération face à l'instabilité régionale. Cela ne mène nulle part. La démocratie, la liberté, l'égalité sont des valeurs universelles qui ont du mal à survivre étouffées dans un seul pays, plus encore lorsque l'on parle d'un petit pays. Il faut soutenir toutes les luttes qui vont dans le sens de ces valeurs si l'on veut qu'elles puissent triompher chez nous. Comment imaginer que le Liban, cerné par Israël d'un côté, la Syrie d'Assad hier et celle de Chareh aujourd'hui, puisse être hermétique à leur influence ? Existe-t-il, malgré tout, des raisons d'espérer ?

Nous traversons une période très sombre, il n'y a aucun doute là-dessus. Rien n'incite à l'optimisme, mais il faut distinguer entre l'optimisme et l'espoir. Prenons le cas de l'Iran aujourd'hui : le pays connaît un processus révolutionnaire avec plusieurs vagues successives depuis 2017, dont le dernier soulèvement est la culmination. Les raisons sont en partie semblables à celles qu'il y a dans le monde arabe, à savoir le blocage économique et social. Mais dans le même temps, il y a une situation politique très particulière : un régime théocratique qui n'a pas d'équivalent dans la région et une confrontation de longue date avec les États-Unis qui se décline sous forme de sanctions qui ont un rôle économique majeur. L'ampleur inouïe de la répression actuelle a de quoi pousser au pessimisme, mais d'un autre côté, la façon dont les gens ne cessent de se soulever a de quoi susciter l'espoir. N'oublions pas que le processus révolutionnaire arabe a débuté il y a quinze ans seulement. Ce n'est pas grand-chose à l'échelle de l'histoire. Combien d'années a-t-il fallu à l'Europe pour passer de l'absolutisme à la démocratie ? Cela s'est construit sur un siècle, une période qui a vu révolutions, contre-révolutions et guerres civiles.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

PDF

10.02.2026 à 12:17

À Jakarta, 19 ans de « manifestations de jeudi » : justice différée, injustice réalisée

Nadhifa Azkiya Hurin

Depuis 19 ans, chaque jeudi, des victimes de violations des droits humains et leurs familles se rassemblent silencieusement devant le palais présidentiel à Jakarta. Ces manifestations, connues sous le nom de Kamisan, constituent l'une des plus longues actions de résistance civile en Indonésie. Alors que le président Prabowo Subianto [1] a proclamé l'ancien dictateur Suharto « héros national » en novembre 2025, l'exigence de justice pour les crimes du passé demeure plus actuelle que jamais. [2] [MJ]

Tiré d'Europe solidaire sans frontière.

« Longue vie aux victimes, ne restez pas silencieux, battez-vous ! ». Une phrase qui est présentée à chaque action Kamisan [3] (jeudi) dans différentes villes d'Indonésie.

Cette phrase n'est pas seulement un cri de ralliement, mais plutôt un puissant appel à la résistance afin que les souvenirs ne s'estompent pas et que les promesses de justice soient tenues.

Cette semaine, les actions Kamisan célèbrent leur 19e anniversaire. Les victimes, leurs familles et même celles et ceux qui les soutiennent restent fidèles à cette action. Pour Maria Catarina Sumarsih et d'autres militant.e.s des droits humains, près de deux décennies, c'est loin d'être une courte période quand on se bat pour les principes de justice et de droits humains dans ce pays. Ce long parcours est toutefois la preuve que l'État n'a pas encore pleinement assumé ses responsabilités pour les diverses violations flagrantes des droits humains commises dans le passé. [4]

Pour la génération actuelle, le terme « action Kamisan » peut sembler inconnu. Beaucoup ignorent son contexte, ses revendications ou sa signification. Malgré cela, la cohérence de l'action Kamisan n'a jamais vraiment faibli. Elle continue d'être présente, semaine après semaine, jeudi après jeudi, comme une forme de résistance silencieuse mais inébranlable.

Les actions « Kamisan » sont des manifestations organisées tous les jeudis devant le palais présidentiel par les victimes de violations des droits humains en Indonésie. Elles ont débuté le 18 janvier 2007. Dès le départ, leur principale revendication était claire : obtenir que l'État rende des comptes au sujet de violations flagrantes des droits humains, telles que la tragédie de Trisakti en 1998 [5], les tragédies de Semanggi I et II en 1998-1999 [6], la tragédie du 13-15 mai 1998 [7], l'affaire Tanjung Priok en 1984 [8], l'incident de Talangsari en 1989 [9] et divers autres cas qui n'ont toujours pas été jugés.

Les actions Kamisan ont été menées par trois membres des familles des victimes de violations des droits humains commises pendant l'ère du Nouvel Ordre (Orde Baru) de l'ancien président Suharto [10] : Sumarsih, la mère de Bernardinus Realino Norma Irmawan, Suciwati, l'épouse de feu Munir Said Thalib [11], et Bedjo Untung, un membre de la famille d'une victime de violations des droits humains contre les personnes accusées d'être liées au Parti communiste indonésien (Partai Komunis Indonesia, PKI) en 1965-1966 [12]. Dès le début, les actions Kamisan ont été conçues comme des manifestations silencieuses. Les participants étaient vêtus de noir et portaient des parapluies noirs en signe de deuil, de résistance et de détermination.

Au 15 janvier 2026, plus de 800 actions Kamisan avaient été organisées. Ces actions ne se déroulent plus uniquement à Jakarta, mais se sont étendues et ont trouvé un écho dans diverses autres villes telles que Surabaya, Malang, Bandung, Semarang, Yogyakarta et Medan. Cette propagation montre que les tensions et les revendications de justice pour les violations des droits humains ne se limitent pas à une seule ville, mais constituent plutôt un enjeu national qui touche toutes les générations et transcende les frontières territoriales.

Les actions Kamisan et la figure d'Ibu Sumarsih [13] ont également été immortalisées dans des œuvres populaires. Citons par exemple la chanson « Kamis » de Hindia, de son vrai nom Baskara Putra, qui figure sur la compilation des Doves, « 25 on Blank Canvas ». Dans ce morceau, Ibu Sumarsih explique que la couleur noire qu'elle porte toujours lors des actions « Kamis » n'est pas seulement un symbole de deuil pour les familles des victimes, mais aussi un symbole de détermination. La puissante phrase de conclusion, « Il ne doit pas y avoir que des victimes, mais aussi des coupables », réaffirme la revendication de justice portée depuis longtemps.

Lors de la 893e action Kamisan devant le palais présidentiel hier, le chanteur Baskara Putra était également présent. Sa présence est plus qu'un simple soutien moral. C'est une prise de position, une proclamation que les questions relatives aux droits humains ne doivent pas être prises à la légère ou éloignées de la vie de la jeune génération. Dans une culture populaire souvent perçue comme apolitique, la présence de personnalités publiques dans des espaces de lutte comme celui-ci ouvre la voie à des possibilités de discussions plus larges.

La présence de jeunes lors des actions Kamisan indique que cette lutte retrouve peu à peu son écho. Les actions Kamisan ne sont plus seulement considérées comme un espace de deuil pour les victimes, mais aussi comme un espace d'apprentissage, un espace de mémoire et un espace d'encouragement à ne pas oublier. [14] Au milieu du flux rapide d'informations et de la tendance à l'apathie souvent associée à la génération actuelle, les actions Kamisan rappellent que la justice ne vient jamais automatiquement, mais qu'elle doit être continuellement revendiquée.

Depuis 19 ans, les actions Kamisan prouvent que le silence ne signifie pas la capitulation. Il représente au contraire une forme de résistance constante, calme et digne. Les parapluies noirs, les vêtements noirs et la présence constante chaque jeudi symbolisent un engagement inébranlable à ne pas laisser le temps refermer les blessures historiques, et encore moins à les effacer sans que les responsables n'aient à rendre des comptes.

En fin de compte, les actions Kamisan n'appartiennent plus uniquement aux victimes et à leurs familles. Elles appartiennent désormais à l'opinion publique, à la génération actuelle et à l'avenir. Tant que l'État ne s'acquittera pas pleinement de sa responsabilité en matière de violations flagrantes des droits humains, les actions Kamisan continueront d'exister, comme une voix qui nous rappelle que justice différée est injustice faite. [15]

Nadhifa Azkiya Hurin

https://www.kompasiana.com/nadhifaazkiyasmpn37surabaya1497/696a0e1fc925c402d91a0552/menyapa-peringatan-19-tahun-aksi-kamisan

Traduit en anglais par James Balowski.

https://www.indoleft.org/news/2026-01-16/19-years-of-kamsian-actions-reminds-us-that-justice-delayed-is-injustice-itself.html

Traduit en français pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepL Pro.

Notes

[1] Prabowo Subianto, ancien général et gendre du dictateur Suharto, a été élu président de l'Indonésie en février 2024. Son gouvernement a été marqué par une remilitarisation croissante et une vague de manifestations populaires massives en août 2025. Sur la révolte populaire de 2025 en Indonésie, voir « Révolte populaire en Indonésie, contre la corruption et la militarisation », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76365

[2] Sur la proclamation de Suharto comme « héros national » et les réactions des mouvements de femmes et de la société civile indonésienne, voir « Déclaration (Indonésie) : Honorer Suharto comme un héros national, c'est, sous le régime Prabowo-Gibran, un dangereux retour en arrière pour la démocratie indonésienne », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77029

[3] Les actions Kamisan tirent leur nom du mot indonésien kamis, qui signifie « jeudi ».

[4] Pour un panorama historique des violations des droits humains en Indonésie depuis 1965 et de l'impunité persistante, voir « Indonésie 1965-2025 : quand passé et présent s'entrechoquent », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77337

[5] Le 12 mai 1998, quatre étudiants de l'université Trisakti de Jakarta ont été abattus par les forces de sécurité lors de manifestations contre le régime de Suharto. Ces fusillades ont déclenché les émeutes massives qui ont conduit à la chute du dictateur.

[6] Les « tragédies de Semanggi » désignent deux épisodes de répression militaire contre des manifestations étudiantes à Jakarta : Semanggi I (13 novembre 1998), au cours de laquelle des soldats ont ouvert le feu, tuant au moins 17 personnes, et Semanggi II (24 septembre 1999), qui a fait au moins un mort et de nombreux blessés.

[7] Du 13 au 15 mai 1998, des émeutes massives ont frappé Jakarta et d'autres villes indonésiennes, faisant plus de 1 000 morts. Des viols collectifs systématiques, ciblant principalement des femmes d'origine chinoise, ont également été perpétrés.

[8] Le 12 septembre 1984, l'armée indonésienne a ouvert le feu sur des manifestants dans le quartier portuaire de Tanjung Priok à Jakarta, tuant des dizaines de personnes. Les manifestants protestaient contre des restrictions imposées aux activités religieuses musulmanes par le régime de Suharto.

[9] Le 7 février 1989, l'armée indonésienne a mené une opération meurtrière contre une communauté musulmane dans le village de Talangsari, dans la province de Lampung (sud de Sumatra), tuant des dizaines de personnes accusées de rébellion contre l'idéologie officielle du Pancasila.

[10] Le Nouvel Ordre (Orde Baru) désigne le régime autoritaire du général Suharto, qui a gouverné l'Indonésie de 1966 à 1998. Arrivé au pouvoir à la suite des massacres anticommunistes de 1965-1966, qui ont fait entre 500 000 et un million de morts, Suharto a instauré un système de répression systématique, de censure et de contrôle militaire de la société.

[11] Munir Said Thalib (1965-2004) était l'un des plus éminents défenseurs des droits humains en Indonésie. Cofondateur de la Commission pour les personnes disparues et les victimes de violence (KontraS), il a été empoisonné à l'arsenic lors d'un vol de la compagnie Garuda Indonesia à destination d'Amsterdam le 7 septembre 2004. L'enquête sur son assassinat, dans laquelle l'Agence nationale de renseignement (BIN) est soupçonnée d'être impliquée, n'a jamais abouti à l'identification des commanditaires. ESSF a consacré une rubrique à cette affaire : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?rubrique248

[12] Les massacres de 1965-1966 constituent l'un des pires bains de sang de l'histoire moderne. À la suite du coup d'État du général Suharto, entre 500 000 et plus d'un million de personnes accusées d'être membres ou sympathisantes du PKI ont été systématiquement assassinées, avec le soutien des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Des centaines de milliers d'autres ont été emprisonnées sans jugement. Ces massacres n'ont jamais fait l'objet de poursuites judiciaires.

[13] En indonésien, Ibu est un titre de respect signifiant « Madame » ou « Mère ».

[14] Sur la dimension générationnelle des mouvements de protestation récents en Indonésie et leur lien avec l'héritage des luttes passées, voir Edward Aspinall, « Manifestations de masse et les deux mondes de la politique indonésienne », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article76075

[15] Pour un panorama complet de la situation politique et sociale actuelle en Indonésie, incluant la répression des mouvements sociaux et la question des droits humains, voir Pierre Rousset, « L'Indonésie frappée par une catastrophe climatique et l'autoritarisme du pouvoir », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article77277

******Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

PDF
63 / 77
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌓