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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

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10.02.2026 à 12:24

JO d'hiver en Italie : neige artificielle, flambée de l'immobilier et privatisation dénoncés par les opposants

Caroline Bordecq

Alors que s'ouvrent les Jeux olympiques d'hiver à Milan, des activistes donnent le coup d'envoi de leurs « Jeux utopiques ». Une manifestation populaire de 3 jours pour dénoncer une ville transformée pour les plus riches.

Tiré de Reporterre. Légende de la photo : Depuis trois ans, le comité de olympiades insoutenable s'oppose à l'arrivée des JOP dans les Alpes italiennes et la métropole lombarde. Capture d'écran du film "Il Grande Gioco".

« J'adore Milan, mais ces Jeux d'hiver sont l'énième confirmation que cette ville ne m'appartient plus », soufflait Matilda le mardi 3 février. L'enseignante était venue assister à un débat avec le Comité des olympiades insoutenables (CIO). Ce dernier a réalisé le documentaire Il Grande Gioco sur les conséquences des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) Milan Cortina qui s'ouvrent vendredi 6 février.

Depuis trois ans, ce réseau d'associations s'oppose à l'arrivée de cette grand-messe du sport dans les Alpes italiennes et la métropole lombarde. De vendredi à dimanche 8 février, les activistes organisent des « Jeux utopiques ». Au programme : une manifestation nationale samedi et des séances de sport (boxe, football, capoeira, pole dance...) dans un ancien palais des sports occupé.

L'objectif est multiple. D'abord, se réapproprier la ville « devenue toujours plus exclusive et excluante », explique Marco, membre du CIO venu présenter le film. « Même ces JO qui devraient célébrer le sport sont réservés aux plus aisés », pointe Martino Iniziato, de l'association de randonnée APE Milano. À Milan, seuls quelques billets pour le hockey féminin sont à moins de 100 euros.

Des rénovations pour attirer les plus riches

Les opposants soulèvent aussi les conséquences à long terme des Jeux. « Que ce soit en ville ou en montagne, ils amplifient des processus déjà en cours », reprend Martino. Dans les Alpes, où les températures grimpent et où la neige se raréfie, les écologistes dénoncent l'acharnement à préserver une économie basée sur les sports d'hiver. À l'occasion des Jeux, des millions d'euros ont été investis dans la production de neige artificielle.

Milan, de son côté, affiche depuis des années l'ambition de rejoindre le cercle des grandes métropoles internationales, comme Londres ou Paris. Accueillir de grands événements comme les JOP participe à cette stratégie. À quel prix pour ses habitants ?

« Les Jeux accélèrent la gentrification, reprend Marco. Près du village olympique, le quartier a déjà commencé à se transformer : de nouveaux bâtiments sortent de terre, des bars et restaurants ouvrent. » Le problème n'est pas de rénover des quartiers périphériques, « souvent laissés à l'abandon », mais de le faire « pour attirer les classes plus aisées, plutôt que pour améliorer les conditions de celles et ceux qui y vivent déjà ».

« Les Jeux accélèrent la gentrification »

Le phénomène n'est pas nouveau. L'Exposition universelle de 2015 a marqué un tournant : la ville s'est transformée et les prix de l'immobilier ont flambé. En 2022, acheter une maison à Milan coûtait en moyenne 40 % de plus qu'en 2015. À 29 ans, Matilda a enfin pu quitter le logement familial, « mais seulement parce que mon copain possède un appartement. Comment faire avec un salaire de 1 700 euros par mois ? »

Sur ce front, les JOP ont d'ailleurs un goût d'occasion ratée. Propriété d'un promoteur privé, le village olympique deviendra la plus grande résidence étudiante du pays après les Jeux, mais les loyers font déjà polémique : de 600 euros à 1 000 euros par mois.

Privatisation des lieux sportifs

Les activistes pointent une autre contradiction : alors que Milan sera une scène du sport mondial ces prochaines semaines, « ses espaces sportifs pour le grand public sont laissés à l'abandon », déplore Martino Iniziato. À l'été 2025, seules trois piscines municipales en plein air étaient ouvertes pour 1,3 million d'habitants ; les cinq autres étant en travaux ou désaffectées.

Dans un rapport de 2024, des experts soulignent la privatisation progressive des lieux sportifs rendant leur accès plus coûteux. « La ville subit la pression du marché et ouvre la porte aux investisseurs privés, sans se préoccuper des répercussions sociales pour les habitants », écrivent-ils. La mairie estime pour sa part impossible de maintenir ces infrastructures sans l'appui du secteur privé, tout en refusant de parler de « privatisation ».

Pour Marco, ce « désengagement du public » ne date pas d'hier. Mais « face à ça, l'Italie a toujours eu une grande capacité d'autogestion », dit-il, en citant les centres sociaux autogérés, bête noire de la Première ministre d'extrême droite Giorgia Meloni. Et les Jeux utopiques de ce weekend s'inscrivent dans cette longue tradition.

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10.02.2026 à 12:24

Ukraine : la paix qui ne peut advenir

Oleksandr Kyselov

La Russie semble refuser tout compromis en Ukraine – un problème ignoré par ceux qui appellent à mettre fin au soutien à Kiev. Pour mes grands-parents, il a fallu trois ans, dix mois, deux semaines et trois jours d'horreur et de sacrifice depuis le moment où les premières bombes sont tombées sur les villes biélorusses et ukrainiennes jusqu'à la capitulation de l'agresseur.

4 février 2026 | tiré du site de la Gauche anticapitaliste

Aujourd'hui, la guerre que la Russie mène dans notre pays est sur le point d'entrer dans sa cinquième année sans victoire ni défaite en vue. Près de 20 pour cent du territoire ukrainien est déjà occupé, mais moins d'un pour cent a été conquis au cours de la dernière année.

Au soulagement de nombreux partisans de la paix, les efforts de Kiev se sont orientés vers la recherche de solutions diplomatiques, suivis par les capitales européennes. Pourtant, alors que les échéances fixées par Trump sont passées, l'accord reste introuvable. Les affirmations optimistes selon lesquelles 95 pour cent des termes seraient convenus, avec seulement quelques questions épineuses restantes, font se demander en quoi cela diffère du fameux communiqué d'Istanbul(1), qui « nous a presque apporté la paix » mais était également rempli de désaccords différés.

Les négociations tournent désormais principalement autour des positions de l'Ukraine et de ses alliés, avec celles des États-Unis, qui tiennent à leur tour des pourparlers avec la Russie. Les dernières propositions maintiennent des chiffres symboliques – une armée nationale de 800 000 hommes, des garanties de type Article 5(2) valables jusqu'à ce que l'Ukraine tire sur le territoire russe sans provocation – tout en laissant non résolus le contrôle de la centrale nucléaire de Zaporijjia(3) et les concessions territoriales. Kiev a accepté des élections présidentielles et même suggéré un référendum pour valider l'accord de paix, à condition qu'un armistice les rende possibles. En vain : après un appel téléphonique, Poutine et Trump ont tous deux convenu qu'un cessez-le-feu immédiat ne ferait que prolonger le conflit.

Toutes les actions étrangères de la Russie sont depuis longtemps subordonnées à un seul objectif : l'assujettissement de l'Ukraine, devenu une idée fixe.

Entre-temps, la Russie continue de « résoudre les problèmes par des moyens militaires ». Les frappes de début janvier contre les infrastructures énergétiques ont provoqué des coupures totales d'électricité dans les régions de Dnipropetrovsk et de Zaporijjia, laissant près de 800 000 personnes sans électricité alors que les températures chutaient bien en dessous de zéro. Puis l'électricité a été coupée à plus de 500 000 personnes à Kiev. Moscou a même tiré un missile balistique hypersonique Orechnik(4) à capacité nucléaire qui aurait touché un stockage souterrain de gaz près de la frontière polonaise.

L'idée fixe de la Russie

Andriy Movchan soutient que beaucoup sous-estiment gravement la composante idéologique de l'invasion du Kremlin(5). Toutes les actions étrangères de la Russie sont depuis longtemps subordonnées à un seul objectif : l'assujettissement de l'Ukraine, devenu une idée fixe. Si cela ne peut être réalisé militairement maintenant, la Russie intégrera dans tout processus de paix des conditions lui permettant de continuer dans des circonstances plus favorables. Empêcher la récurrence de l'agression est essentiel tant pour l'Ukraine que pour la sécurité européenne.

Cela explique la réaction dure de Moscou même à la discussion prudente d'un éventuel déploiement de forces multinationales en Ukraine : de taille limitée, seulement après un cessez-le-feu complet, loin de la ligne de contact, et si rien ne met leur sécurité en danger. Le Kremlin perçoit tout obstacle potentiel comme une menace à ses ambitions et avertit que toutes ces unités et installations seront traitées comme des cibles militaires légitimes.

Si la Russie cherchait véritablement un compromis de bonne foi, une hypothétique mission de police internationale dans une zone neutre démilitarisée le long de toute la ligne de contact pourrait lever le siège de Kherson(6), assurer la liberté de navigation sur le Dniepr, sécuriser la centrale nucléaire de Zaporijjia, rétablir l'accès aux mines de charbon à coke de Pokrovsk(7), permettre aux réfugiés de revenir et séparer physiquement les forces. Contrairement aux formations militaires, une telle mission pourrait se concentrer sur la protection des civils et la surveillance plutôt que sur la projection de force. Elle pourrait même permettre à Moscou de déclarer victoire : pas de troupes de l'OTAN en Ukraine, une zone tampon sécurise « le peuple du Donbass », leur lien terrestre vers la Crimée est maintenu, tandis que l'adhésion à l'UE oblige Kiev à respecter les droits des minorités et les dote de mécanismes de recours. Le fait que rien de tel ne soit même envisagé est une preuve supplémentaire que tout cela n'est que des excuses.

Lors de la réunion du ministère de la Défense en décembre 2025, Poutine a été explicite : la Russie atteindrait « inconditionnellement » ses objectifs de guerre et « libérerait ses terres historiques », prédisant que les « petits cochons » européens soutenant Kiev finiraient par perdre le pouvoir.

L'aile pacifiste

Les porte-parole de Peace from Below (La Paix par le bas)(8), Alexei Sakhnin et Lisa Smirnova, rejettent également dans Jacobin l'idée que Poutine cherche un règlement à l'amiable. Les objectifs du régime russe sont d'écraser complètement l'Ukraine, de la laisser sans défense et en désordre politique, pour justifier les coûts de l'« opération militaire spéciale » et éviter toute menace future possible. Pourtant, ils croient qu'un appel sincère à une trêve immédiate et inconditionnelle de la part des mouvements populaires, une fois refusé par le Kremlin, délégitimerait le régime aux yeux de ses sympathisants.

Cette position est au-delà de la naïveté. Elle pourrait même causer du tort si elle était prise au sérieux. Saper le soutien à l'effort de défense de l'Ukraine ne fait qu'affaiblir le pouvoir de négociation de Kiev. Il est totalement flou ce qu'un tel appel pourrait offrir de différent des propositions ukrainiennes précédentes sans donner au Kremlin exactement ce qu'il veut. Au cours de l'année écoulée, Kiev a soumis de multiples propositions de cessez-le-feu, toutes rejetées d'emblée. Pourtant, il n'y a eu aucune manifestation de militants pacifistes en colère devant les ambassades russes dans le monde entier. Tandis que des rassemblements massifs pour la paix condamnant le militarisme national se tenaient en Occident – abondamment relayés par les médias russes – rien de tel n'était visible dans les rues des villes russes(9).

Tandis que les désertions se produisent et que la fatigue s'accroît, Moscou annonce avoir dépassé ses quotas de recrutement de mercenaires. Des centaines de milliers de Russes continuent d'aller armés en Ukraine, volontairement, pour échapper à des peines, gagner de l'argent ou faire carrière. L'expérience historique montre qu'il faut plus que des bonnes vibrations de l'étranger pour que les gens se soulèvent. Les pénuries alimentaires ont déclenché des émeutes en 1917, et les lourdes pertes sur le champ de bataille ainsi que la méfiance envers un commandement incompétent ont conduit à l'insurrection de Prigojine en 2023(10).

La mission impossible de l'Ukraine

Les derniers chiffres d'opinion publique montrent une résilience constante : au cours de l'année, la part de ceux qui s'opposent catégoriquement aux concessions territoriales reste stable, à une majorité simple. En même temps, plus des deux tiers pourraient accepter un conflit gelé, mais 74 pour cent continuent de rejeter les termes de Moscou. Pourtant, 17 pour cent admettent qu'ils pourraient vivre avec la version russe de la paix, et neuf pour cent supplémentaires restent indécis – suffisamment de personnes à référencer ou interpeller pour ceux qui veulent tenter leur chance. À mesure que les ressources diminuent et que l'épuisement s'approfondit, ces chiffres pourraient augmenter, ce qui pourrait jeter les bases d'un conflit politique interne(11).

La réalité budgétaire est brutale. Le budget 2026 de l'Ukraine nécessite 49 milliards de dollars (environ 47 milliards d'euros) de soutien extérieur – sans quoi le pays serait financièrement non fonctionnel. Le déficit commercial de l'année dernière a doublé pour atteindre 42 milliards de dollars (environ 40 milliards d'euros), amplifiant la dépendance aux flux de trésorerie occidentaux. La dette publique a atteint 186 milliards de dollars (environ 178 milliards d'euros), son service consommant déjà 18 pour cent des recettes intérieures. Au lieu de saisir les avoirs russes gelés(12), le prêt de 90 milliards d'euros de l'UE pour 2026-2027 s'ajoute à ce tas de dettes, mais au moins le remboursement est supposément reporté jusqu'à ce que Moscou paie des réparations. Même si les avoirs gelés étaient utilisés, sans paix en vue, le piège de la dette se resserre et les coûts de reconstruction s'accumulent.

Les petites nations ou communautés doivent-elles accepter un monde où les grandes puissances dictent ce qu'elles veulent ? Et sinon, quels outils sont réellement disponibles pour résister quand quelqu'un de plus fort vous tord le bras ?

L'épuisement militaire aggrave la crise budgétaire. L'épidémie de désertions a atteint des niveaux records en 2025, poussant le gouvernement à restreindre les données statistiques et à annoncer un énième changement de ministre de la Défense. Kiev contrôle encore près de 20 pour cent des territoires disputés avec des zones urbaines fortement fortifiées. Se retirer est à la fois impopulaire et stratégiquement dangereux, car cela rapproche la ligne de front des régions voisines avec des positions plus difficiles à défendre. Les troupes russes avancent lentement avec de lourdes pertes, mais Moscou semble prêt à attendre et à payer le prix.

Cette situation sombre force une question inévitable que j'aurais rejetée il y a des années sous prétexte de ne pas être un expert militaire. Quel est l'objectif de l'Ukraine dans cette guerre ? Tenir jusqu'à rassembler assez de force pour expulser les occupants ? Mais d'où viendront ces ressources ? Attendre que l'économie russe s'effondre ? Les recherches d'Ilya Matveev soulignent que si la mobilisation dirigée par l'État a aidé la Russie à surmonter les chocs initiaux, son économie s'est installée dans une stagnation à long terme – mais aucun effondrement imminent n'est en vue(13).

Maintenir l'indépendance et les perspectives d'avenir ? Mais une guerre prolongée mine les deux.

Le soutien au peuple n'est pas la même chose que le soutien au gouvernement. Ce dernier peut être affreux et dégoûtant, mais ceux en Ukraine peuvent difficilement se permettre de passer à autre chose et de s'écarter parce que le règne de l'agresseur est bien pire. Rares sont ceux qui sont prêts à risquer de mourir au combat, mais encore plus rares sont ceux qui choisiraient de vivre sous l'occupation. Les meilleures options d'un point de vue individuel seraient que la guerre s'arrête ou, au moins, qu'il y ait une possibilité de s'échapper. Mais aucune n'est sur la table pour le pays dans son ensemble.

La Russie est prête à supporter les coûts de la guerre, condamnant l'Ukraine à un choix peu enviable : céder maintenant ou combattre tant que le soutien continue. Appeler à retirer les ressources pour forcer la capitulation de l'Ukraine dans « une guerre impossible à gagner » est un choix politique curieux, mais beaucoup à gauche semblent s'en contenter. Tôt ou tard, un tel résultat peut effectivement devenir réalité. Mais à la déception de l'aile pacifiste, le monde dans lequel cela devient possible n'apporte pas le paradis.

Le nouveau désordre mondial

Le contexte plus large offre un aperçu de l'avenir. Le 3 janvier, les États-Unis ont mené une opération militaire pour capturer l'autocrate vénézuélien Nicolás Maduro. Ce n'était même pas déguisé en intervention humanitaire. La justification était brutale : le contrôle du pétrole.

Enhardi par ce succès, Trump a relancé sa volonté d'acquérir le Groenland et s'est ouvertement moqué du droit international dans la foulée. Le signal était sans équivoque : le pouvoir décide, les règles suivent si elles sont commodes. Dans ce contexte, il est difficile de savoir à quel point l'intérêt de Washington pour l'Ukraine est durable, quel prix il exigera, et si des garanties de sécurité engageraient les États-Unis une fois les circonstances changées. Pour l'Europe, qui réalise encore la nécessité de confronter la Russie, prête à affirmer ses intérêts par la force, cela ressemble moins à du leadership qu'à une trahison. Soudain, parler de l'Ukraine comme d'un bouclier ne semble plus être une figure de style. Les assurances de Poutine ne devraient offrir aucun réconfort – c'est un homme de parole au sens le plus étroit : il la donne et la reprend(14).

L'Ukraine devra peut-être avaler une pilule amère, mais il en sera de même pour tout autre pays qui n'est pas intéressé par, ou pas capable de, conquête impériale. Quiconque réduit la paix ou la justice à des catégories morales ne sera jamais capable d'atteindre l'une ou l'autre. Plutôt que de condamner les torts, il est temps de se demander ce qui les rend possibles. Les petites nations ou communautés doivent-elles accepter un monde où les grandes puissances dictent ce qu'elles veulent ? Et sinon, quels outils sont réellement disponibles pour résister quand quelqu'un de plus fort vous tord le bras ?(15)

Oleksandr Kyselov est originaire de Donetsk. Il est militant de gauche, membre du conseil de Sotsialnyi Rukh (Mouvement social)(16) et assistant de recherche à l'Université d'Uppsala.

La traduction allemande de cet article a été publiée dans analyse & kritik 722. Traduit pour ESSF par Adam Novak

Notes 1. En mars-avril 2022, des délégations russes et ukrainiennes ont tenu des pourparlers de paix à Istanbul. Un projet d'accord aurait été proche de la conclusion avant l'échec des négociations, chaque partie accusant l'autre de la rupture. L'épisode reste très controversé, certains analystes occidentaux affirmant que l'Ukraine a été poussée à continuer le combat tandis que d'autres soulignent la poursuite des opérations militaires russes et leurs exigences maximalistes. 2. L'Article 5 du Traité de l'Atlantique Nord est la clause de défense collective de l'OTAN, stipulant qu'une attaque armée contre un membre doit être considérée comme une attaque contre tous. 3. La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande installation nucléaire d'Europe avec six réacteurs, est sous occupation russe depuis mars 2022. Son statut reste un point de contentieux majeur dans les négociations en raison des préoccupations sécuritaires et de son importance stratégique. 4. L'Orechnik est un missile balistique russe à portée intermédiaire utilisé pour la première fois en combat en novembre 2024. Son déploiement a marqué une escalade significative, car le missile est conçu pour transporter des ogives nucléaires. 5. Sur les fondements idéologiques de l'impérialisme russe, voir Zbigniew Kowalewski, « L'identité impériale de la Russie : des tsars à Poutine », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://europe-solidaire.org/spip.php?article33683 6. Kherson, une grande ville ukrainienne sur le Dniepr, a été occupée par les forces russes de mars à novembre 2022. Bien que la ville ait été libérée, les forces russes continuent de la bombarder depuis la rive opposée du fleuve. 7. Pokrovsk, dans la région de Donetsk, est critique pour l'industrie métallurgique ukrainienne en tant que site de l'un des plus grands gisements de charbon à coke d'Europe. Les forces russes avancent vers la ville depuis mi-2024. 8. Peace from Below est une initiative lancée en 2024 par certains gauchistes occidentaux prônant un cessez-le-feu immédiat et un désarmement mutuel en Ukraine, s'inspirant de l'héritage de la Conférence de Zimmerwald de 1915 où des socialistes s'opposèrent à la Première Guerre mondiale. 9. Pour une analyse des débats au sein de la gauche occidentale sur l'Ukraine, voir Oleksandr Kyselov, « Militant ukrainien à la gauche européenne : « On ne peut pas combattre le fascisme avec des fleurs » », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article75457 10. Evgueni Prigojine, fondateur de la société militaire privée Wagner, a mené une brève mutinerie armée contre la direction militaire russe en juin 2023. La rébellion a été interrompue après des négociations, et Prigojine est mort dans un accident d'avion deux mois plus tard dans des circonstances suspectes. 11. Pour une analyse détaillée de l'opinion publique ukrainienne et de la lassitude de la guerre, voir Oleksandr Kyselov, « Ukraine abandonnée. Capitulation injuste ou résistance insoutenable ? », Europe Solidaire Sans Frontières, novembre 2025. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77103 12. Environ 300 milliards de dollars d'avoirs de la Banque centrale russe ont été gelés par les pays occidentaux après l'invasion de 2022. Le débat se poursuit sur la confiscation de ces avoirs pour financer la reconstruction ukrainienne, bien que des préoccupations juridiques aient limité l'action à l'utilisation des seuls intérêts générés. 13. Sur l'économie politique russe et l'impérialisme, voir « L'impérialisme politique, la Russie de Poutine et le besoin d'une alternative mondiale de gauche : Entretien avec Ilya Matveev », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article72148 14. Voir Manuel Afonso, « Contre le partage colonial de l'Ukraine par Trump et Poutine », Europe Solidaire Sans Frontières, février 2025. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article73763 15. Pour une analyse plus approfondie de l'auteur sur les dilemmes de la gauche ukrainienne, voir Oleksandr Kyselov, « Ukraine : le dilemme de la gauche face à un ordre mondial qui s'effondre : Se préparer à combattre ou laisser les autres décider du résultat ? », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73842 16. Sotsialnyi Rukh (Mouvement social) est une organisation socialiste démocratique ukrainienne fondée en 2015, engagée dans l'internationalisme, le féminisme socialiste, l'anticapitalisme et l'anti-impérialisme. Voir « Ukraine : Présentation de Sotsialnyi Rukh (Mouvement social) », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61539

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10.02.2026 à 12:23

Clémentine Autain veut représenter la gauche comme candidate à la présidence de la république

Clémentine Autain

La députée Clémentine Autain, candidate à la présidentielle via la primaire unitaire de la gauche, a lancé sa campagne en présentant son projet de « Sécurité sociale de l'alimentation ».

Son manifesteReprendre la main, Satisfaire nos besoins, Sécuriser nos vies.

Pourquoi je suis candidate

Je veux représenter la gauche et les écologistes à l'élection présidentielle de 2027. Pour porter un projet, celui d'un État qui nous donne les moyens de reprendre la main. Pour satisfaire nos besoins authentiques et sécuriser nos vies. Ce que je défends, c'est la vie meilleure. Pour toutes et tous.

Car il n'y a pas de fatalité à ce monde égoïste et dangereux, à la vie chère et à l'insécurité alimentaire, aux déserts médicaux et aux urgences saturées, au mal-travail et au mal-logement, aux délocalisations et à la désindustrialisation, aux violences faites aux femmes et au narcotrafic, au racisme et à l'antisémitisme, au chaos institutionnel et au rejet des institutions. Ce sont des choix politiques. Nous pouvons en faire d'autres.

La clé de notre victoire face au pouvoir en place et à la menace de l'extrême droite, c'est l'union des gauches et des écologistes, sur la base d'un projet de transformation en profondeur du pays. Une gauche franche et collective : là est mon engagement depuis toujours. Satisfaire nos besoins authentiques

La vie meilleure, c'est d'abord de nous donner un objectif, à la fois simple et ambitieux : satisfaire nos besoins authentiques.

Alors que des pans toujours plus grands de nos vies sont soumis à la loi du profit, mon ambition est de faire reculer la place de la marchandisation, pour permettre à chacune et chacun d'accéder à la dignité et à la liberté. Les défenseurs du capitalisme nous avaient promis la prospérité. Or les inégalités ont explosé et toute une série de besoins artificiels, créés par la soif de rendement du capital, viennent épuiser nos forces de travail, la planète et nos désirs.

Accéder à la vie meilleure, c'est d'abord contribuer à relever le défi climatique. La bifurcation écologiste doit rimer demain avec la vie meilleure, et non contraintes et restrictions pour le plus grand nombre.

Accéder à la vie meilleure, c'est ensuite bâtir les conditions de la liberté : assurer un accès à une alimentation saine, aux soins, à un logement digne, à l'éducation, à la culture, ou encore à la mobilité. Et c'est aussi redonner du sens à l'emploi : pour qu'il nous permette de produire ce dont nous avons réellement besoin, et de vivre dignement. Le partage de la valeur doit se rediriger vers les travailleuses et les travailleurs, celles et ceux qui produisent les richesses. L'État pour nous

Pour cela, je propose une méthode : transformer l'État, pour qu'il nous serve, au lieu de servir les intérêts des marchés financiers.

Devenu esclave des lois du marché, l'État s'est dépossédé de ses savoir-faire et de sa capacité à améliorer nos vies. Il doit se redonner les moyens d'agir au service du bien commun. Pour cela, l'esprit public doit irriguer le sommet de l'État.

Cela suppose de réformer les écoles de la haute fonction publique, mieux encadrer les allers-retours entre le privé et le public, ou encore élever le nombre et le niveau des hauts cadres. Cela suppose aussi de mettre fin à l'hémorragie de tous ces services publics privatisés, et d'en créer de nouveaux, comme un service public de la petite enfance ou du grand âge. Car étendre le commun est une condition du progrès humain.

Je ne propose pas que l'État fasse tout lui-même : je veux qu'il orchestre la satisfaction de nos besoins, en lien avec les collectivités locales, l'économie sociale et solidaire, les TPE/PME qui irriguent une économie de proximité soucieuse de bien commun, le monde du travail et de la création, les comités citoyens.

Refonder l'État suppose de lui redonner de l'air budgétaire. Notre système fiscal est impuissant à mettre à contribution ceux qui ont le plus, et dont la richesse atteint des sommets toujours plus indécents. Une grande réforme de la fiscalité est l'une de mes grandes priorités, d'abord pour que les très hauts patrimoines et les grandes entreprises paient leur juste part d'impôts. Enfin, un État-stratège doit planifier pour transformer.

Je veux faire de la France et de l'Europe un modèle au niveau mondial de la bifurcation écologiste. Si elle est bien réalisée, elle sera juste, et dégagera du pouvoir vivre pour la population.

Alors que les entreprises ferment les unes après les autres à coups de délocalisations, nous devons d'urgence stopper cette dynamique et agir pour la réindustrialisation. Nous devons nous doter d'une approche stratégique : la France ne peut pas rayonner seulement pour son industrie du luxe et l'aérospatial. Je propose un « Airbus du médicament » et de faire de la France un modèle en matière de production alimentaire saine et accessible. Sécuriser nos vies

Ma démarche porte une ambition : sécuriser nos vies.

Sécuriser nos vies, ce n'est pas fantasmer des boucs-émissaires, ce n'est pas accroître la haine des arabo-musulmans et des étrangers. C'est prendre le mal à la racine, et organiser la société pour qu'elle nous protège.

Cela suppose d'élever les protections sociales et les filets de sécurité pour éviter le basculement dans la pauvreté, et accompagner les vulnérabilités. Au lieu de détruire les conquêtes du Conseil National de la Résistance, à commencer par la sécurité sociale, nous devons en imaginer de nouvelles, comme la Sécurité Sociale de l'Alimentation. Celle-ci permettra d'assurer à chacune et chacun l'accès à une alimentation de qualité, tout en permettant à ceux qui la produisent d'en vivre dignement, sans détruire les écosystèmes.

Pour sécuriser nos vies, il faut faire reculer toutes les violences, et agir en s'attaquant à leurs causes, et non focaliser notre attention sur la seule répression. Agir contre les inégalités et les discriminations, mettre en place une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, investir dans la protection de l'enfance et désaturer les secteurs psychiatriques et psychologiques, réformer la police républicaine, ou encore agir avec méthode et sérieux pour lutter contre le narcotrafic, voilà mes solutions pour lutter contre l'insécurité.

Enfin, l'urgence est à apaiser et élever le niveau du débat public. Notre démocratie est aujourd'hui en danger. Pour la protéger, il nous faut agir pour le pluralisme, avec une grande loi anti-concentration dans les médias. Il nous faut assurer la qualité de l'information, avec un meilleur service de l'audiovisuel public, et le soutien à la recherche et à l'indépendance des chercheurs à l'égard des intérêts privés. Les propos tenus sur les réseaux sociaux doivent aussi être régulés, ainsi que la captation de nos données par les GAFAM qui accaparent nos libertés. Une France influente

Enfin, face à la bascule du monde opérée par Donald Trump, la France devra retrouver son influence et son rayonnement sur la scène internationale, pour promouvoir un autre ordre du monde que celui de la loi du plus fort et de la prédation. Ne pas se laisser impressionner, ni vassaliser : voilà ce qui est attendu de la France et de l'Europe.

Face à l'internationale réactionnaire et autoritaire, la France doit affirmer son alignement sur les principes, ceux du droit, de la justice, de la coopération, du partage des richesses et des ressources. Tenir tête à l'échelle internationale nous enjoint à acter la fin de l'OTAN, et à impulser une autre coalition diplomatique et de défense à l'échelle européenne. Et à nouer des liens étroits avec les pays du Sud. Vers la VIème République Tout cela ne sera possible que si nous refondons notre République, pour renouer un lien de confiance entre citoyenne, citoyens, institutions, et politiques. Nous devons donner plus de pouvoir direct aux citoyens, notamment avec le RIC, et une meilleure représentativité et diversité des élus, grâce à la parité sociale.

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