10.02.2026 à 14:03
Claude Charron
Hydro-Québec veut lancer au printemps 2026 un appel d'offres pour un approvisionnement de 6 400 MW d'énergie éolienne supplémentaire. Confiée à des promoteurs privés depuis 25 ans au nom du développement régional, la filière éolienne coûte des milliards aux abonnés de la société d'État, en plus d'impacter négativement les populations riveraines.
Pas à n'importe quel prix
Contrairement à ce qu'affirme l'industrie, l'éolien coûte cher. Les 45 parcs éoliens actuels, d'une capacité de 4 000 MW, ne peuvent produire plus de 1 350 MW compte tenu d'un facteur d'utilisation (F.U.) maximal de 35%. Cette production a généré jusqu'à présent des pertes de $10 milliards, lesquelles s'élèveront à terme, en 2041, à plus de $25 milliards selon Hydro-Québec.(1) Depuis plus de dix ans, 10-15% de notre facture d'électricité sert à éponger une partie de la dette éolienne ; HQ en assume le reste en diminuant ses transferts vers le Trésor public. Cela n'est d'ailleurs pas étranger au fait que sa dette soit passée de $46 milliards à $65 milliards (+40%) au cours des 5 dernières années. Les coûts de transport et d'équilibrage ne cessent de grimper à mesure que l'énergie éolienne menace la stabilité et la sécurité du réseau. Lors des vagues de froid de janvier 2026, les éoliennes étaient à l'arrêt, obligeant HQ à puiser dans ses réserves ou à s'approvisionner à fort coût sur les marchés. Enfin, les coûts d'opportunité reflètent l'ampleur des pertes : des milliards qui pourraient servir à réparer nos infrastructures qui tombent en ruine (hôpitaux, écoles, routes, etc.) ou à dépolluer nos cours d'eau.
Le gouvernement et HQ affirment que l'appel d'offres contribuera à rapprocher la production des centres de consommation et donc à en réduire les coûts. Pourtant le facteur d'utilisation dans les régions agricoles n'est que de 20-25% comparativement à plus de 35% pour les meilleurs gisements éoliens déjà identifiés (Baie-James, Côte-Nord, etc.), qui présentent en plus des économies d'échelle importantes. Encore faut-il en démontrer la nécessité et l'acceptabilité sociale... Depuis longtemps réclamée, la propriété publique de l'énergie éolienne permettrait de renouer avec la nationalisation de l'électricité pour assurer de nouveau la cohésion et la prospérité collective, contrairement à la formule actuelle, qui génère une dette profitant exclusivement aux promoteurs privés.
HQ et la CAQ tentent de justifier cet appel d'offres en arguant d'une pénurie d'énergie. Si pénurie il y a, pourquoi signe-t-on avec le Massachusetts et New-York des contrats de livraison totalisant 20 TWh/année, soit l'équivalent de la production combinée de tout le parc éolien québécois et du barrage La Romaine, et cela à un prix inférieur au prix de revient total de l'éolien ? Nous payons ainsi plus cher notre électricité pour que les Américains puissent continuer de consommer à rabais pendant que des entreprises québécoises réclament une partie de cette énergie pour se développer. De plus, HQ se dit prête à octroyer d'importants blocs d'énergie à des compagnies étrangères pour produire de l'hydrogène à un coût sept fois plus élevé que l'hydro-électricité. (TES, Hy2gen)
L'appel d'offres fait également miroiter d'alléchantes redevances aux municipalités, sous réserve d'une participation financière du milieu. Les riverains, eux, dénoncent plutôt une tentative d'acheter l'acceptabilité sociale. Une étude menée par l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques, l'IRIS, (2) conclut pourtant que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Ces redevances, sauf exceptions, ont peu d'impact sur le budget municipal et entrent en contradiction directe avec les intérêts des citoyens, qui financent ce transfert de richesse par une hausse de leur facture d'électricité. La création d'un Fonds National Éolien permettrait de combler les besoins des municipalités en situation précaire. Il n'est pas normal de perdre de l'argent en confiant à l'entreprise privée le vent, une richesse collective au même titre que l'eau des barrages. Le rôle de nos élus n'est pas de promouvoir, de financer et d'imposer des projets diviseurs et coûteux.
Pas n'importe où
De la frontière américaine jusqu'à Lotbinière, l'appel d'offres cible les terres les plus productives de la vallée du Saint-Laurent, dans des régions habitées de façon extensive. L'Union des producteurs agricoles (UPA-Montérégie) a dénoncé cette pratique comme étant incompatible avec la priorité stratégique du gouvernement d'accroître l'autonomie alimentaire (Politique bioalimentaire 2025-2035). La Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) a également rendu une décision défavorable au promoteur éolien dans le projet des Jardins de Napierville vu son emprise sur le territoire agricole qui ne représente que 2% du territoire québécois. Les éoliennes industrielles projetées (6-7 MW) culminent à plus de 200 mètres (660 pieds, plus haut que la Place Ville-Marie) et sont visibles à plus de 30 km, sans aucune mesure d'atténuation possible. L'effet d'encerclement, l'effet d'écrasement et la covisibilité de ces projets sont autant de situations menaçantes pour les riverains, qui voient les paysages auxquels ils s'identifient disparaître sous les turbines. Pour ajouter à la balafre paysagère, des milliers de kilomètres de nouvelles lignes de transport seraient nécessaires pour transporter cette énergie, transformant ainsi des milieux de vie de qualité en une vaste zone industrielle. De surcroît, le bruit généré par les éoliennes de grande puissance voyage plus loin, en plus de multiplier la production d'infrasons aux effets délétères pour l'homme et les animaux. Pourtant, les distances minimales de protection, déjà insuffisantes pour les éoliennes de 2 MW, restent pratiquement inchangées. Quant aux impacts psycho-sociaux, majeurs et accablants, ils ne sont pas non plus pris en compte dans les études environnementales, une triste réalité rencontrée dans plusieurs communautés aux prises avec des éoliennes industrielles. C'est donc en toute connaissance de cause qu'Hydro-Québec privilégie un scénario catastrophe : voisins qui ne se parlent plus, familles déchirées, amitiés brisées, élus divisés, commerces boycottés... ; même les enfants s'insultent dans les cours d'école. Et que dire de cette autre source de stress que constitue la dévaluation marchande des résidences ? À la question « Habiteriez-vous à moins de 2 km d'une ou de plusieurs éoliennes de 200 mètres de haut ? », la municipalité de Kingsey Falls, fief des frères Lemaire, fondateurs de Boralex, le promoteur éolien qui se vantait de ne pas implanter d'éoliennes en milieu habité, la MRC de Memphrémagog et ses grosses fortunes rassemblées autour du lac, et la famille Desmarais, propriétaire du Domaine Sagard dans Charlevoix, ont toutes répondu non.
Les MRC arguent qu'elles n'ont pas le choix de tenir compte des orientations gouvernementales visant à favoriser la transition énergétique. Quand le territoire devient méconnaissable, que la communauté s'entredéchire et perd son âme, la principale préoccupation de nos élus doit être de rétablir la cohésion sociale et d'appliquer le premier principe de la Loi sur le développement durable : « la protection et l'amélioration de la santé et de la qualité de vie ». Pas n'importe comment
Des dizaines de lobbyistes de l'éolien investissent tous les paliers de gouvernement, occupant plus de 95% de l'espace décisionnel qui échappe au simple citoyen. Pour définir ce qui est bon pour leurs citoyens, les élus font ainsi confiance à des personnes pour qui le profit est le motif principal. Les promoteurs exigent des conseils municipaux un cadre légal calqué sur leurs besoins. Les MRC créent et intègrent des régies privées qui utilisent la richesse foncière des citoyens pour financer des projets éoliens, sans mandat de la population, sans information, sans consultation. Sourdes aux doléances de leurs citoyens, les municipalités se placent dans une position de soumission contraire à la recherche constante de l'intérêt public. Elles s'en remettent exclusivement au discours des promoteurs et à la politique de l'État, qui a érigé l'éolien en dogme. « La filière éolienne démontre que l'État a mis tout son poids afin de s'assurer de trouver la formule la plus flexible et implacable pour forcer l'implantation d'une production privée d'énergie renouvelable au Québec. Le citoyen se trouve ainsi éjecté du triangle de la justice négociée entre les trois parties que sont l'État, la municipalité et le promoteur, ce qui remet en question les fondements mêmes de la démocratie municipale. » (3)
Plusieurs mauvaises décisions du gouvernement actuel ont miné sa crédibilité. La vision affairiste et productiviste des élus en place s'est incrustée jusqu'au sein de la direction d'HQ, créant un problème de gouvernance. À preuve les nombreux pdg qui ont récemment quitté la direction d'HQ, la dette qui explose, les pannes qui se multiplient, nos ressources bradées à vil prix. HQ nous expose non seulement à un fiasco environnemental et à un élargissement du gouffre financier, mais à un drame humain inacceptable. L'éolien a certes une place dans le bouquet énergétique du Québec, mais pas à n'importe quel prix, n'importe où et n'importe comment.
Un moratoire immédiat sur l'éolien s'impose. Une transition énergétique réfléchie ne peut être ni bousculée, ni enfoncée dans la gorge des citoyens. Autant le Québec a besoin d'une nouvelle direction politique, autant il a besoin d'une consultation élargie sur son avenir énergétique (PGIRE, BAPE générique, etc.) afin de faire des choix éclairés qui tiennent compte des aspirations, des valeurs et des besoins de ses citoyens.
Nous voulons que nos enfants grandissent dans un milieu de vie accueillant, qu'ils souhaitent y demeurer et qu'ils n'aient pas un jour à nous dire : « Ne prétendez pas que vous ne saviez-pas. »
Claude Charron, comité des riverains des éoliennes de L'Érable (CRÉÉ) Membre de Vent d'élus
(1)Michel Morin, $23 milliards sur 25 ans pour l'éolien déjà en place, JDM, 9 avril 2016 Pierre Couture, $2.7 milliards pour brancher les éoliennes au réseau d'Hydro-Québec, TVA Nouvelles, 28 novembre 2018, (2) IRIS, Énergie éolienne au Québec : une filière en manque de planification et de transparence, 26 novembre 2025 (3) Marie -Claude Prémont, La justice négociée de l'énergie éolienne au Québec, Cahiers de droit, juin 2019, page 365
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10.02.2026 à 14:03
Climat Québec
Climat Québec dénonce la constitution provincialiste de la CAQ qui deviendrait une reconnaissance, de facto, de la Constitution canadienne
Québec, le mercredi le 4 février 2026 — Climat Québec a présenté aujourd'hui son mémoire sur le projet de loi 1 du ministre Jolin-Barrette de la CAQ, portant sur la Constitution de la province du Québec. Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec, accompagnée de Marie-Claude Archambault et Jean Cloutier, ont pris part aux travaux de la commission parlementaire.
Traitement discriminatoire lors des consultations parlementaires
D'entrée de jeu, Climat Québec dénonce le traitement discriminatoire réservé par la commission à certains intervenants. Pourquoi Climat Québec n'a-t-il pas bénéficié d'une plage complète de 30 minutes, comme plusieurs autres groupes ? Pourquoi le parti avait-il été jumelé, sans son consentement, à un autre parti avec lequel il ne partage ni la vision ni l'analyse. Il a fallu des démarches répétées pour éviter cette association. Sur quels critères objectifs la commission se base-t-elle pour décider qui mérite plus de temps de parole et qui en mérite moins ? Est-ce que les élus des partis siégeant à l'Assemblée nationale utiliseraient leur pouvoir pour minimiser voire bloquer l'espace parlementaire aux partis émergents pour freiner la concurrence ? Ces pratiques fragilisent la qualité du débat démocratique et la crédibilité des consultations.
Une constitution provinciale juridiquement subordonnée
Sur le fond, Climat Québec a rappelé un élément central largement occulté dans le débat public : pour être légale, une constitution provinciale doit être compatible avec la Constitution canadienne. Ainsi, l'adoption d'une constitution de la province du Québec équivaut implicitement à reconnaître la Constitution canadienne, un geste politique majeur qu'aucun gouvernement du Québec n'a posé jusqu'à présent, tous partis confondus.
« Le projet de loi 1 pose un geste lourd de conséquences. En adoptant une constitution provinciale, le gouvernement reconnaît de facto la Constitution canadienne, sans jamais l'assumer clairement. Pour Climat Québec, c'est une entourloupe dangereuse pour l'avenir de la libération du Québec. » a déclaré Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec.
Une constitution en 2026 ne peut ignorer la crise climatique
« En 2026, une constitution qui ne reconnaît pas explicitement la crise climatique passe à côté de sa responsabilité première : protéger l'avenir collectif. Inscrire la lutte aux changements climatiques dans la constitution, c'est donner une boussole claire à l'État pour toutes ses décisions. » a déclaré pour sa part Marie-Claude Archambault
Climat Québec a également insisté sur un enjeu incontournable : une constitution adoptée en 2026 ne peut faire abstraction du dérèglement climatique. Cette crise est une réalité tangible. S'il est trop tard pour l'empêcher, il est encore possible d'éviter le pire, à condition d'agir maintenant. À l'instar de nombreuses organisations signataires d'une lettre ouverte, Climat Québec a inscrit explicitement cette responsabilité dans son Projet de Constitution initiale et transitoire de la République du Québec.
L'article 29 y stipule que :
« Le gouvernement et l'Assemblée nationale doivent favoriser la réduction de la crise climatique, la pérennité du vivant et le maintien de la biodiversité lors de leurs prises de décision. »
En conclusion, Climat Québec réaffirme que le Québec mérite mieux qu'une constitution provinciale juridiquement subordonnée au Canada. Le parti propose une démarche en trois période : un Projet de Constitution initiale et transitoire de la République du Québec, assumé et cohérent, qui place la démocratie, le bien commun et la responsabilité climatique au cœur de l'action publique, voté à l'Assemblée nationale. Une Assemblée constituante indépendante parcourant toutes les régions du Québec pour élaborer la Constitution définitive et permanente de la République du Québec ; Une Constitution définitive et permanente de la République du Québec, soumise au peuple par référendum.
À propos de Climat Québec : Climat Québec est un parti politique indépendantiste dédié à la justice climatique qui propose que l'État de la République du Québec prenne toutes ses décisions à travers le prisme du climat dans une perspective d'équité sociale et économique.
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10.02.2026 à 13:57
Marie-Ève Mathieu
Le CAP écologique (comité d'action politique) de QS entend proposer une motion d'urgence, reproduite ici en fin de texte, lors du prochain CN (conseil national) qui aura lieu le 21 février prochain. Le but est d'infléchir le cours de la discussion durant une des rares instances regroupant un nombre important de membres du parti.
Pour les lecteurs et lectrices qui sont moins familiers avec les structures, le Conseil national se tenait traditionnellement en alternance avec le congrès se réunissant généralement aux deux ans. Si un congrès pouvait permettre la rencontre de plus de cinq cents personnes, le conseil, quant à lui, avait des visées plus modestes et pouvait en réunir environ la moitié. Depuis la réforme des statuts qui a lieu en novembre 24, on tient les conseils nationaux en ligne et avec un nombre encore plus restreint de membres délégués.
Le prochain CN de février devrait recevoir, si tout va bien, une centaine de personnes. On aura droit à un mot du comité d'éthique, au discours des porte-paroles, au rapport du comité de coordination central (CCN), de l'aile parlementaire et finalement du comité électoral. Le premier moment où on pourra entendre la parole venant de la base commence à 14h. Il s'agit d'un vague atelier sur la conjoncture. Et le seul vote que l'on tiendra concerne le bloc 1 sur les cibles de représentativité des candidatures. Il y sera demandé que l'on autorise une exception à une décision de prioriser les femmes et les personnes non binaires pour donner Gouin à une vedette inconnue. Quel oxymore renversant ! On demande aux membres un chèque en blanc, car si le membre ordinaire est laissé dans l'ignorance, le comité électoral, lui, a tout réfléchi. Comprenez, ce monsieur doit mettre sa vie entre parenthèses, c'est pour cela qu'il a besoin d'un château fort, sinon sa carrière pourrait en souffrir. Si ce n'est pas une gifle à toutes les femmes qui se sont présentées en 2022, je ne sais pas ce que c'est. Ces femmes étaient infirmières, médecins, professeures, avocates, entre autres. Ce n'étaient pas des carrières assez prestigieuses ? Et, le parti compte refaire le pari Marissal ?
Cette base qui, depuis 2006, posait les pancartes, faisait les téléphones et le porte-à-porte et qui, aussi, contribuait au financement en donnant son 100$, en plus de son temps et de bonne volonté. Depuis Saguenay, il est de bon ton de nous peindre comme des récalcitrants ou de nous diminuer comme faisant partie d'une franche extrémiste. Parmi ces « radicaux » se trouvent des membres fondateurs qui ont donné 20 ans de militance au parti pour se rendre compte que des postures traditionnelles de la gauche, comme de vouloir contrôler ses ressources premières, protéger l'environnement, miser sur le transport collectif et défendre une véritable égalité entre les genres sont devenues des anathèmes. Ils et elles n'ont pas changé de posture, c'est simplement que la course vers la respectabilité électoraliste, censée nous permettre de gagner tellement de sièges, a déplacé tout le parti plus à droite.
Donc, la tentative de faire voter la motion d'urgence cherche à recréer un semblant de discussion entre les membres, mais surtout de permettre de renouer avec ce qui préoccupe les mouvements sociaux. Cette motion a été écrite en parallèle de celle que vient de se voter le conseil central du Montréal métropolitain de la CSN. La leur comprend deux parties, d'abord une lutte contre les projets de lois autoritaires et antisyndicales (la loi 1, 3, 7, 9, entre autres), ensuite, une demande de réinvestissement massif dans le filet social. Celle du CAP écologiste touche la question des lois liberticides. Il est à noter que le conseil central va plus loin que nous dans ses revendications. Nous sommes conscients du fossé qui le sépare des positions présentes de QS, lequel n'a demandé que le retrait de la loi 1 et aimerait qu'on gèle les augmentations de loyer au niveau de l'inflation et qu'on détaxe les produits d'hygiène. Avec les économies sur le savon, je pense que je vais pouvoir m'acheter un capuccino.
Si les syndicats se lancent dans une démarche de grève sociale pour défendre les droits des travailleurs et des travailleuses, leur liberté d'association, voire leur liberté d'expression, nous devons les appuyer. C'est à côté d'eux qu'il faut se tenir, bien plus que dans les couloirs de l'Assemblée nationale où nous n'arrivons pas à faire des gains signifiants devant une CAQ encore fortement majoritaire.
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Proposition du COCO du CAP ÉCOLOGISTE.1. Proposition d'urgence : Pour une campagne nationale de Québec solidaire contre les lois liberticides du gouvernement Legault a. ATTENDU QUE : i. Depuis 2025, le gouvernement de la Coalition avenir Québec a multiplié les lois et projets de loi portant atteinte aux droits fondamentaux, notamment : le projet de loi 1, dit « loi constitutionnelle », qui vise à affaiblir les contre-pouvoirs juridiques et à restreindre la capacité de contestation démocratique ; les projets de loi 3 et 9, qui s'attaquent directement au droit syndical, à l'autonomie des organisations des travailleuses et des travailleurs ainsi qu'au droit de grève ; les réformes touchant l'intégration et l'immigration, qui renforcent une logique coercitive et assimilationniste au détriment des droits des personnes migrantes ; ii. Face à cette offensive, une mobilisation sociale réelle s'est développée, notamment par l'action des syndicats, des regroupements communautaires, des organisations féministes, écologistes et de défense des droits. Celle-ci s'est concrétisée par la grande manifestation du 29 novembre réunissant plus de 50 000 personnes, ainsi que par l'émergence d'appels à une escalade des moyens de pression, incluant la perspective d'une grève sociale ; iii. Dans le contexte actuel, l'absence d'une initiative politique claire de Québec solidaire risquerait de laisser le terrain à la droite, à la démobilisation ou à la récupération institutionnelle du mécontentement social ; iv. Le renforcement de la crédibilité de Québec solidaire passe par son implication dans un soutien actif aux luttes de la majorité populaire contre les lois liberticides du gouvernement Legault ; v. Québec solidaire a un rôle unique à jouer pour relier les mobilisations sociales à une alternative politique crédible, sans se substituer aux mouvements, mais en amplifiant leur portée et en contribuant à faire reculer le gouvernement ; vi. Cette implication concrète dans les luttes sociales constitue un instrument essentiel pour permettre à Québec solidaire d'élargir ses appuis électoraux. b. IL EST PROPOSÉ QUE QUÉBEC SOLIDAIRE : i. Lance une campagne nationale contre les lois liberticides du gouvernement Legault. Cette campagne visera la dénonciation du virage autoritaire du gouvernement de la CAQ et le retrait complet des lois liberticides (PL 1, PL 3, PL 7 et PL 9). Elle permettra à Québec solidaire de s'inscrire activement dans la construction d'un front social et populaire de résistance pour la défense des droits collectifs. Elle positionnera Québec solidaire comme le pôle politique de la résistance sociale et démocratique face aux politiques autoritaires et antisyndicales du gouvernement Legault.
10.02.2026 à 13:57
Omar Haddadou
Que le lecteur (trice) m'absolve de circonscrire cet écrit, pondu promptement, et lui conférer le caractère d'un commentaire, un ressenti émanant de mon for intérieur. Que suggèrent ces 2 photo-archives poignantes, prises pendant la guerre d'Algérie 1954-1962 ?
De Paris, Omar HADDADOU
Gardons-nous de revenir sur les tenants et les aboutissants de la violence de cette guerre que d'aucuns continuent à qualifier abjectement « d'Evénements ». Si tel est le cas, les Historiens logeraient alors les barbaries du Nazisme en France (1939-1945) à la même enseigne ! Anthropologiquement, l'Homme persécuté se mue toujours en oppresseur, colon prédateur, despote insatiable, une fois affranchi du joug qui le condamnait auparavant à l'asservissement.
Revenons à ces photos ! On y voit, sur la première, un jeune algérien torse nu (On aurait dit Marlon Brando) ligoté comme une bête sauvage par des Parachutistes français, fiers d'exhiber leur proie aux photographes. Indéniablement, c'est séquence passage à tabac pour lui faire cracher le morceau. Car une bataille urbaine ne se gagne que par l'efficacité d'un Service de Renseignements agissant.
Le Résistant (e) obéit à la logique de la lutte contre l'envahisseur. L'Envahisseur aux dispositions de la colonisation ! Dont la torture pratiquée en Algérie avec ignominie. Le captif est sommé par le Front de Libération Nationale (FLN) de ne pas passer aux aveux au minimum 24 heures après sa chute.
Cela permet au Réseau clandestin de disparaitre dans la nature. Les tortionnaires que l'on voit sur la photo le savent et n'hésitent pas à passer à la vitesse supérieure par des méthodes épouvantables pour lui tirer les vers du nez.
En Algérie, dans chaque immeuble, il y a des mémoires vivantes qui vous racontent cette horreur ! Des voisins (es) portent encore les cicatrices de la torture. Il suffit d'exhumer le contexte pour qu'ils vous exhibent la traçabilité de l'atrocité.
Sur ce support historique poussiéreux en noir et blanc, il y a le Donneur d'ordres et les Exécutants de la sale besogne. Le chef n'a pas jugé utile de se mettre en face le photographe. Il est conscient de l'ignominie dont il est l'artisan. Une protection contre son intégrité physique ? Un cas de conscience ? Ce qui demeure patent, est le fait qu'il Il torture un mortel, lui le mortel !
Sa posture de Cowboy suffisant rappelle fidèlement celle des SS dans la même circonstance. Le jeune conscrit qui se trouve derrière, scrute le sol, méditatif, refusant de cautionner la cruauté. Ce pays où les gens s'abreuvent des vertus psychologiques vivifiantes du soleil, de la mer et du paysage, n'est pas le sien ! Il s'y trouve embaqué pour trucider sa population et baliser la campagne de domination et de spoliation.
La deuxième photo est l'indice imprescriptible par excellence de « la civilisation » introduite en Algérie par la France. En la considérant, on comprend pourquoi elle se garde de regarder son passé colonial en face. La Gégène ! Phonétiquement, ça donne déjà des frissons.
Le Peuple algérien d'alors l'a subie ! Son évocation est déjà un trépas ! Une abomination de la culture occidentale que les médias français et les Politiques éludent, tant elle est infamante ! Une métastase dans la République !
La boite qui fait souffrir le sujet par une forte décharge électrique. Le corps de la victime bien ligoté, les bourreaux l'incrustent dans le creux des pneus, faisant office de bassin, et déclenchent la Gégène ! A y voir de plus près, le Parachutiste ployé au milieu de la chambre semble se délecter de la prise de photo. Son regard traduit sa volonté à se mettre fièrement en évidence et à immortaliser ce moment de persécution et de domination. Les photos de ces péripéties sinistres, comme des milliers d'autres, ne figureront jamais dans les manuels scolaires des enfants en Hexagone.
Je pensais que la grandeur d'une Nation est celle qui se consigne avec ses gloires et ses tares ! Voilà un avant-goût des « bienfaits » du colonialisme français en Algérie. O.H
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10.02.2026 à 13:52
Marc Simard
Probablement pas en ce qui concerne la psychologie du personnage. Cependant, son œuvre peut nous permettre de questionner notre manière de comprendre le totalitarisme du 20e siècle et, qui sait, peut-être celui du 21e siècle. Commençons par quelques points. Pour Arendt, le système totalitaire (…)
10.02.2026 à 12:38
Gerhard Klas
Le Conseil du travail de Nuremberg aurait dû se prononcer dès le 9 janvier sur une injonction provisoire qui aurait permis à Isabella Paape, déléguée du personnel et membre du syndicat IG Metall, d'accéder à nouveau aux locaux de l'entreprise et à l'intranet. Elle avait été licenciée sans préavis en novembre, sans motif, et s'était vu interdire l'accès à l'entreprise.
3 février 2026 | tiré d'Inprecor.fr
De toute évidence, l'approche des élections professionnelles n'y est pas pour rien, tout comme la volonté de jouer la montre : sans accès aux locaux de l'entreprise, Mme Paape ne peut mener une campagne efficace pour les élections du comité d'entreprise du 3 mars chez Siemens Energy Global GmbH à Erlangen.
Si elle devait attendre que son recours contre son licenciement abusif soit examiné, dont l'audience de conciliation est prévue début février, une grande partie de la campagne électorale serait déjà terminée. « Je serais de fait exclue de la campagne électorale au sein de l'entreprise », explique la tête de liste « Gemeinsam aktiv » (Actifs ensemble). Son affaire donne déjà le ton pour les élections nationales des comités d'entreprise, qui doivent avoir lieu entre mars et mai 2026.
Le juge du tribunal du travail s'était déclaré en arrêt maladie le 9 janvier, mais avait auparavant proposé un accord à l'amiable, que Isabella Paape et son avocat avaient toutefois refusé, car il n'apportait guère d'amélioration par rapport à la situation actuelle. Le 15 janvier, le tribunal du travail a finalement donné partiellement raison à Isabella Paape. Jusqu'au 5 mars, Siemens doit lui permettre à nouveau d'accéder à l'entreprise les jours ouvrables entre 11 h et 14 h sur les sites d'Erlangen et de Forchheim. « Je je suis très heureuse de pouvoir à nouveau parler en personne avec mes collègues au sein de l'entreprise », déclare Isabella Paape.
Toutefois, elle ne bénéficie pas encore d'une égalité totale de traitement elle n'est toujours pas autorisée à utiliser les moyens de communication numériques de l'entreprise. Sur des sites comme Erlangen, cela représente un inconvénient majeur, car moins d'un tiers des salarié.e.s sont régulièrement présents au bureau, les autres travaillent à domicile ou sont en déplacement à travers le monde. Mme Paape a donc décidé de déposer un recours auprès du tribunal régional du travail par l'intermédiaire de son avocat.
Une sanction ?
Isabella Paape, qui travaille chez Siemens depuis 2002 et militait activement au sein du comité d'entreprise et du syndicat sur le site d'Erlangen, qui compte plus de 7 000 salarié·e·s, a reçu mi-novembre son deuxième congédiement sans préavis, sans qu'aucune raison concrète ne lui soit donnée.
Elle a dû rendre ses outils de travail, tels que son ordinateur portable et son téléphone professionnel, et s'est vu interdire l'accès à l'entreprise. Elle avait déjà reçu un premier avis de licenciement en juin 2025. Cependant, le comité d'entreprise n'ayant pas donné son accord à ce licenciement, la direction n'a pas poursuivi sa démarche. Siemens aurait dû saisir le tribunal du travail afin de substituer à l'opposition du comité d'entreprise une décision d'approbation du tribunal. Mais l''affaire aurait alors été rendue publique.
Ce n'est qu'en novembre que le deuxième licenciement sans préavis d'Isabella Paape a reçu une l'approbation du comité d'entreprise. La question de savoir si le comité d'entreprise a été consulté dans les règles n'est apparemment pas encore tranchée. À ce jour, Isabella Paape n'a toujours pas été informée des motifs de son licenciement.
Motif de licenciement inconnu
I.Paape et ses nombreux soutiens reprochent à l'entreprise de vouloir la réduire au silence en raison de son implication au sein du comité d'entreprise et de son engagement critique au sein de l'entreprise.
I.Paape est membre du comité d'entreprise depuis plus de dix ans. En 2022, elle a lancé la liste syndicale « Gemeinsam aktiv » (Actifs ensemble) pour les élections au comité d'entreprise qui a remporté deux sièges dès le premier tour. Depuis, ces élu·es se sont imposé·es par leur sérieux et leur compétence comme des représentant.e.s à l'écoute des préoccupations des travailleuses et des travailleurs. Ils ont par exemple obtenu que le montant de la prime de rendement soit nettement revu à la hausse, ce qui a permis à nombre de salarié.es de toucher davantage d'argent. Avec des événements en ligne, des consultations des collègues et via l'intranet, la liste a su s'imposer auprès du personnel et pourrait remporter d'autres sièges encore au comité d'entreprise lors des prochaines élections en mars.
Est-ce pour cette raison qu'Isabella Paape a été licenciée ? « À notre connaissance, aucun incident ne justifie objectivement une mesure aussi extrême », déclarent ses collègues de la liste. « Nous considérons donc ce licenciement comme une attaque contre le travail engagé du comité d'entreprise et comme une tentative d'affaiblir les voix critiques et actives au sein de cette instance. »
MCis comme certains membres du comité d'entreprise du site d'Erlangen ont manifestement approuvé la demande de licenciement présentée par l'employeur, les voix critiques qualifient ces derniers de « jaunes » qui ont préféré défendre les intérêts de la direction plutôt que de représenter de manière indépendante les intérêts des salariés.
Le fait qu'un comité d'entreprise approuve le licenciement de l'un de ses propres membres sans en exposer les raisons de manière transparente et sans les soumettre à un examen public est considéré dans les milieux syndicaux comme une violation du principe de solidarité. Dans sa prise de position sur cette affaire, le syndicat GEW (éducation et sciences) d'Erlangen dénonce une « attitude contraire à la solidarité et juridiquement contestable ».
Solidarité
Le GEW a déjà condamné publiquement ce licenciement fin novembre, y voyant un « coup porté à ceux et celles, qui sont la grande majorité, qui n'ont rien d'autre à vendre pour gagner leur vie que leur force de travail ».
Une pétition a également été lancée dans le but de faire annuler ce licenciement et de permettre à Isabella Paape de se présenter aux prochaines élections du comité d'entreprise. La fédération régionale du DGB de Moyenne-Franconie lui a emboîté le pas début décembre. Estimant notamment que « certaines dispositions importantes régissant la cogestion n'avaient pas été correctement appliquées », elle a exigé « l'annulation immédiate du licenciement sans préavis d'Isabella Paape ». Mi-décembre, le syndicat IG Metall Erlangen a suivi le mouvement après un vote unanime de son assemblée des délégué·es et a « instamment appelé les parties concernées à respecter les dispositions légales ».
Malgré son licenciement, Mme Paape a finalement confirmé fin décembre sa nouvelle candidature au comité d'entreprise et se présente en tête de liste. « Même dans des conditions difficiles, nous continuerons à travailler activement sur les questions qui préoccupent beaucoup d'entre nous au quotidien, qu'il s'agisse de la garantir la rémunération tarifaire prévue par la convention collective, de l'augmentation de la charge de travail, des questions relatives au temps partiel pour les salarié.e.s âgé.s. et au régime de retraite complémentaire de l'entreprise, ou encore de la pérennité des sites et des réorganisations », explique la liste « Gemeinsam aktiv » (Actifs ensemble).
« Notre mobilisation », ajoutent les autres membres de la liste, « suscite de plus en plus l'attention des médias ». Selon eux, de nombreuses personnes, tant au sein de Siemens Energy qu'à l'extérieur, « observent attentivement ce qui se passe et comment la direction réagit face à un comité d'entreprise critique et mobilisé. Cela nous encourage à continuer dans cette voie ». Cependant, le harcèlement dont Isabella Paape est victime de la part du comité d'entreprise intimide beaucoup d'autres collègues. « S'ils parviennent à la licencier, plus personne n'osera ouvrir la bouche ici », pronostique l'élue au comité d'entreprise.
Pour signer la pétition : www.openpetition.de/petition/online/betriebsraetin-isabella-paape-kuend….
Publié le 1er février 2026 par Sozialistische Zeitung, traduit pour ESSF par pierre Vandevoorde.
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10.02.2026 à 12:38
Ronald Cameron
Le 29 janvier dernier avait lieu le lancement de la nouvelle signature du Journal d'Alter, de son bulletin les Actus d'Alter et de la présentation de sa page. Une vingtaine de personnes, dont plusieurs stagiaires de l'hiver-printemps 2026, et aussi des anciennes de 2023, de 2024 et de 2025, étaient au rendez-vous.
Le défi est important dans la période qui vient pour le Journal d'Alter. Le financement est un enjeu de premier plan et nous allons compter sur votre soutien pour réussir à le relever.
Nous avons également annoncé l'heureuse collaboration de Martin Godon, professeur de philosophie à la retraite du cégep du Vieux Montréal et qui a enseigné aussi en communication, qui sera en soutien à la rédaction.
Pour l'occasion, nous avons présenté trois petits vidéos, la correspondante à Beyrouth, Amélie David, le correspondant de Dakar, Serigne Sarr, ainsi que la présentation de l'équipe actuelle de stagiaires. Vous les trouverez ci-dessous (vidéo).
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10.02.2026 à 12:37
Nicholas Dawson
Vida. Journal de la peur Nicholas Dawson | récit Parution le 10 février 2026 au Québec Parution le 3 avril 2026 en Europe
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« Un partage courageux dont les élans d'intimité ne prétendent pas à l'universel, mais célèbrent plutôt la singularité de chacune des histoires qui nous constituent, pour mieux embrasser les multitudes dans lesquelles existent l'injustice, la peur, l'amitié, la mort, mais surtout la vie. » Anne-Frédérique Hébert-Dolbec, Le Devoir
En couverture : Un chant peut traverser l'océan. 09, Leila Zelli Encre, graphite aquarelle, crayon de couleur, estampe [avec les mots « femme, vie, liberté » en persan]
Montréal, 16 juillet 2022. Première entrée dans le journal de l'écrivain Nicholas Dawson. Un journal qui l'accompagnera durant les deux dernières années de la vie de sa sœur Caroline, brutalement emportée par le cancer. Quels mots pour appréhender la peur, pour canaliser l'effroi, pour célébrer la vie ? Au cœur d'une expérience de maladie et de mort, Vida redit la liberté d'une écrivaine partie trop tôt, et la force du lien qui l'unit à son frère.
« Je décide aujourd'hui de raconter ce petit récit de ma peur, parce que Caroline, dans un acte de partage courageux et féministe, a rendu sa maladie publique pour inviter les autres à faire partie de son histoire. Ce faisant, elle nous a invité·es à notre tour à raconter nos histoires, qu'elles soient de maladie, de peur, de mort ou de deuil, aussi bien que de joies et de fêtes, pour sortir coûte que coûte d'un silence qui serait, d'après ses dires, un silence de mort. »
Né au Chili et établi à Tiohtià:ke (Montréal), Nicholas Dawson est écrivain, commissaire, chercheur et directeur littéraire des éditions Triptyque. Il a notamment fait paraître Vueltas. Affects diasporiques (Nota Bene, 2025), Peur pietà (Noroît, 2024) et Désormais, ma demeure (Triptyque, 2020), lauréat du Grand prix du livre de Montréal 2021. Au Remue-ménage, il a codirigé avec Marie-Claude Garneau Savoir les marges. Écritures politiques en recherche-création (2022).
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10.02.2026 à 12:37
Alain Bihr
Professeur honoraire de sociologie, auteur de nombreux ouvrages dont Le premier âge du capitalisme (Page 2 / Lausanne et Syllepse / Paris, 2018-2019) qui a déjà fait l'objet d'une recension dans lundimatin, Alain Bihr présente ici son dernier ouvrage, L'écocide capitaliste, à paraître dans les prochains jours chez les mêmes éditeurs. Cet ouvrage se compose de trois tomes réunis en un même coffret. Son enjeu est d'élucider l'antagonisme entre capitalisme et écologie.
9 février 2026 | alencontre.org Publié en février 2026, disponible en librairie.
Alain Bihr, vous publiez un volumineux ouvrage divisé en trois tomes, l'ensemble formant 1 250 pages, sous le titre de L'écocide capitaliste, coédité par Page 2 (Lausanne) et Syllepse (Paris). Avant d'en aborder le contenu, pouvez-vous nous dire quelques mots des raisons personnelles qui vous ont poussé à l'écrire ?
Alain Bihr : Comme tout un chacun aujourd'hui, plus ou moins, j'étais déjà conscient et soucieux de la gravité des problèmes écologiques auxquels nous faisons face. Mais l'origine immédiate de cet ouvrage a été le choc psychologique produit par la pandémie de la Covid-19. Elle m'a surpris en pleine élaboration de la suite que je comptais donner au Premier âge du capitalisme, qui devait d'ailleurs comprendre un chapitre sur la catastrophe écologique généré par le devenir-monde du capitalisme. J'ai immédiatement identifié cette pandémie comme une nouvelle zoonose, dont la multiplication depuis une quarantaine d'années fait intégralement partie des problèmes écologiques. C'est ce qui m'a alors décidé à me pencher, toutes autres affaires cessantes, sur ces derniers. Cependant, mon intérêt pour les questions écologiques est antérieur. Ainsi ma thèse de doctorat, rédigée dans les années 1980, comprend un chapitre consacré à analyser la manière dont la crise écologique impacte le mouvement ouvrier. Et un chapitre de mon premier ouvrage, L'économique fétiche (1979), inclut déjà un développement intitulé « la réduction-destruction de la poïèsis naturelle dans et par le devenir-monde de l'économique ». Mais, jusqu'alors, je n'avais jamais abordé frontalement la thématique et la problématique écologiques.
Comment avez-vous procédé pour l'aborder frontalement ? D'où êtes-vous parti ? Sur quoi vous êtes-vous appuyé ?
Etant donné que je suis tombé tout petit dans le bain du marxisme et que son effet est permanent chez moi, je me suis d'abord tourné vers Marx et vers ce que la tradition marxiste avait à me proposer pour aborder cette thématique et problématique. Mais, tout en y trouvant des éléments intéressants et valables, j'ai été rapidement amené à me détourner de ceux – ils sont légion – qui reprochent à Marx de ne pas s'être intéressé à cette thématique et problématique, de n'avoir pas grand-chose d'intéressant et de valable à nous en dire, ou encore de pécher par un prométhéisme industrialiste qui le rendait définitivement inutilisable et même infréquentable. Mais aussi de ceux qui, inversement, à la manière de Paul Burkett et de John Bellamy Foster, plus récemment, de Kohei Saito, pensent que tout (ou du moins l'essentiel) se trouve déjà chez Marx qui nous permettrait de penser directement la thématique et la problématique écologique. D'une manière générale, m'importe peu ce que Marx a dit ou n'a pas dit, a fait ou n'a pas fait. M'importe au contraire ce que nous pouvons dire et faire à partir de ce qu'il a dit et fait, autrement dit de son héritage théorique et politique, dont il nous appartient sans doute de dresser l'inventaire mais qu'il nous appartient surtout de faire fructifier, en le confrontant aux problèmes qui sont les nôtres et qui étaient déjà partiellement, mais partiellement seulement, les siens.
Mais, précisément, qu'avez-vous trouvé chez Marx qui puisse servir à aborder aujourd'hui les problèmes écologiques ?
Pour commencer, le concept de rapports sociaux de production, que Marx présente lui-même, dans la célèbre préface à sa Contribution à la critique de l'économie politique comme son principal apport à la compréhension de la structure et du devenir des sociétés humaines. Or que nous dit ce concept ? Que les rapports sociaux, les rapports des humains entre eux, s'articulent directement avec les rapports qu'ils entretiennent avec la nature au sein du procès social de travail, et réciproquement. Autrement dit, qu'on ne peut donc pas saisir les uns sans les autres. Ce qui signifie qu'il est impossible de comprendre les problèmes qui surgissent au sein des rapports que nous entretenons avec la nature si on les isole des rapports sociaux qui structurent aujourd'hui le procès social de travail. Et c'est là que Marx est utile à nouveau parce qu'il nous a laissé une riche analyse des rapports capitalistes de production qui reste sans équivalent de nos jours.
Comment avez-vous utilisé l'analyse marxienne des rapports capitalistes de production pour procéder à l'analyse des problèmes écologiques contemporains ?
En fait, j'ai procédé en trois temps qui correspondent aux trois tomes qui, de manière indissociable, composent l'ouvrage. Dans le premier tome, intitulé « Une catastrophe écologique planétaire », je ne me contente pas seulement de dresser un état des lieux de cette catastrophe en passant en revue ses principales manifestations : changement climatique, atteinte aux milieux naturels globaux (océans, zones humides, forêts), épuisement des éléments (terre, eau, air, feu), appauvrissement de la biodiversité, multiples menaces sur la santé humaine. J'analyse aussi la manière dont « nos » instances dirigeantes (directions des grandes entreprises, chefs d'Etat, instances multinationales telles que la Banque centrale, le FMI, l'OMC, l'ONU, etc.) ont réagi à cette catastrophe. Je dénonce le peu d'effet et même quelquefois l'échec complet de ce qu'ils ont pu entreprendre sous l'égide du paradigme du « développement durable ». Pensons par exemple aux résultats de leur soi-disant lutte contre le changement climatique dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies adoptée en 1992 à Rio. Et je mets en garde contre leurs tentatives de répondre à cette catastrophe en « redoublant la mise », en prétendant que la solution consisterait à pousser à bout la logique capitaliste en actionnant les moyens à la fois économiques, technologiques et idéologiques qui sont les siennes. Autrement dit, ce qui a créé le problème, provoquer la catastrophe écologique, est censé nous permettre de le résoudre, de nous extirper de la catastrophe.
Par exemple, pour tenter de réduire les émissions des gaz à effet de serre, notamment du principal d'entre eux, le dioxyde de carbone, on a mis en place des marchés de droits à émettre ce gaz dans le cadre d'un quota global d'émission qu'on se propose de diminuer – ce qui a en principe pour effet d'accroître le prix de ces droits – de manière à contraindre économiquement les émetteurs à réduire leurs émissions. De même, on a développé des marchés de droits à compenser des atteintes aux milieux naturels pour garantir que les projets de développement industriels ou commerciaux responsables de pareilles atteintes puissent se réaliser sans perte nette de biodiversité. Et je montre que ces mécanismes de marché non seulement sont inefficaces, ils n'atteignent pas leurs objectifs, mais qu'ils sont dans le cas des marchés de compensation écologique totalement dépourvus de sens. Et il en va de même de la plupart des solutions technologiques auxquelles on recourt. Au mieux, elles ne sont pas à la hauteur des enjeux, telles les énergies dites renouvelables. Ou bien, elles aggravent même les problèmes qu'elles prétendent résoudre, tels le nucléaire, les biocarburants, la voiture électrique. Et il arrive même d'être proprement délirantes, comme dans le cas de la géo-ingénierie.
Quel rôle attribuez-vous aux rapports capitalistes de production dans l'écocide ?
C'est l'objet du deuxième tome intitulé « La nature en proie au capital ». En reprenant une à une les principales caractéristiques de ces rapports, je cherche à expliquer en quoi et pourquoi elles ne peuvent qu'être écocidaires, en générant les différents problèmes et phénomènes qui sont parties prenantes de la catastrophe écologique actuelle.
A ce sujet, convient-il de cibler le productivisme capitaliste ?
Certes, mais ce n'est pas la seule ni même la première des caractéristiques des rapports capitalistes de production sur laquelle je m'arrête. En effet, elle a déjà été souvent mise en évidence et dénoncée par des auteurs marxistes, qui ont eu cependant le tort de s'arrêter à elle quand ils ont traité des problèmes écologiques. Je me contente pour ma part d'insister sur le fait que le productivisme est inhérent au capital : il tient à la nécessité dans laquelle il se trouve de se reproduire en élargissant constamment l'échelle écologique et sociale de sa reproduction comme en accélérant non moins constamment le rythme de sa reproduction. Je rappelle aussi que ce productivisme est prolongé et soutenu par un consumérisme non moins débridé qu'assure l'obsolescence des produits. Obsolescence matérielle (souvent programmée) et surtout l'obsolescence sociale, à coups de campagnes publicitaires, des différentes techniques du marketing, de phénomènes de mode – ce qui, soit dit en passant, nous rend tous et toutes plus ou moins complices de l'écocide capitaliste. Je montre enfin que cette dynamique infernale n'a aucune chance d'être enrayée par le développement de la soi-disant « économie immatérielle » qui n'a d'immatérielle que le nom, de l'économie dite circulaire (le recyclage notamment) et des efforts visant à accroître la sobriété matérielle et l'efficacité énergétique, du fait notamment des effets rebond qu'ils entraînent.
Quelles sont alors les autres caractéristiques des rapports capitalistes de production porteuses d'effets écocidaires ?
On oublie trop souvent que le fondement premier du capital comme rapport de production est, comme Marx n'a cessé d'y insister, l'expropriation des producteurs : leur séparation de fait et de droit de tout moyen social de production ; leur incapacité à produire par eux-mêmes leurs moyens de subsistance ; leur réduction par conséquent au statut d'« individus nus » comme dit Marx, dont la seule propriété immédiate est celle de leur propre personne et de sa force ou puissance de travail ; une puissance de travail qu'ils se trouvent contraints de mettre en vente auprès de ceux qui peuvent en avoir besoin.
Or cette expropriation a également une portée écocidaire. En effet, le premier et le principal moyen de production étant la terre, sol et sous-sol, cette expropriation institue une véritable aliénation de la nature : elle rend les hommes étrangers à la nature et la nature étrangère à eux. Cette aliénation prend de multiples formes, toutes écocidaires en un sens. Par exemple, elle est responsable de la disparition tendancielle des sociétés paysannes traditionnelles, reposant sur une agriculture alliant polyculture, polyélevage et artisanat domestique, vivant en symbiose avec la nature, donc plus ou moins respectueuses des écosystèmes locaux dans lesquels elles sont insérées. Elle a favorisé, inversement, le développement d'une agriculture capitaliste, impliquant la monoculture intensive, basée sur la mécanisation et la chimisation du procès de travail agricole, recourant à force engrais et pesticide, dans le but d'accroître la productivité du travail agricole et d'augmenter le rendement agricole, la terre n'étant plus qu'un facteur de production. Mais elle a alimenté tout aussi bien l'exode rural : l'entassement des populations dans des agglomérations urbaines de plus en plus gigantesques, où elles n'ont plus de contact direct avec la nature vivante, plus d'expérience de la poïésis naturelle. Enfin, avec d'autres facteurs, on la retrouve à la source de la modification des pratiques alimentaires, avec le développement de la malbouffe aux conséquences sanitaires désastreuses : la prévalence croissante du surpoids et de l'obésité, partant du diabète et des maladies cardiovasculaires. Car le capital ne s'attaque pas seulement à la nature externe, l'œcumène, la biosphère, mais aussi bien à la nature interne, notre corps, notre corporéité.
Y a-t-il encore d'autres caractéristiques des rapports capitalistes de production auxquelles vous prêtez des effets écocidaires et sur lesquelles vous vous êtes penché ?
Oui, il y en a au moins une autre qui mérite d'être mentionnée. C'est l'appropriation capitaliste de la nature : les formes et modes sous et par lesquels le capital se rend « maître et possesseur » de la nature, pour parler comme Descartes. Dans tout mode de production, l'appropriation de la nature s'opère dans et par le procès de travail dont elle constitue la finalité. Par conséquent, l'appropriation capitaliste de la nature s'opère par l'intermédiaire de l'appropriation capitaliste du procès de travail. Et Marx, lui encore, nous en a fourni l'analyse canonique en montrant que l'enjeu en est la subordination du procès de travail au procès de valorisation du capital, moyennant la transformation du travail concret en travail abstrait, substance de la valeur. Et il distingue deux moments, deux modalités et étapes en même temps, dans ce processus : un moment d'appropriation formelle et un moment d'appropriation réelle. J'ai tenté de montrer que l'on pouvait prolonger l'analyse marxienne de l'appropriation du procès de travail à l'appropriation de la nature qui s'opère au sein du procès de travail.
Pourriez-vous préciser davantage ce point ?
Je parle d'appropriation formelle de la nature tant que le capital ne peut pas ou ne veut pas transformer les propriétés naturelles, physiques, chimiques, biologiques, etc., des matières qu'il s'approprie. Il les prend en quelque sorte telles qu'elles sont produites par la nature, offertes par elle. Au contraire, l'appropriation de la nature devient réelle dès lors que le capital cherche à adapter le plus étroitement possible la matérialité même des ressources naturelles aux exigences de sa valorisation. Il cherche en somme à engendrer une matérialité spécifiquement capitaliste, qu'il s'agisse d'actualiser des potentialités de la matière que la nature n'a pas réalisées ou, au contraire, de virtualiser, de rendre ineffectives, des potentialités matérielles actualisées par la nature.
Pourriez-vous donner des exemples ?
Je mets en évidence au moins trois modalités différentes de l'appropriation réelle. Première modalité : forcer la nature à ne pas produire ce qu'elle produit spontanément. Par exemple au sein de l'agriculture capitaliste, cela consiste à séparer les espèces les unes des autres – c'est ce qui se passe dans la monoculture – ou à séparer les espèces de leur biotope, comme c'est le cas par exemple avec l'élevage en stabulation qui conduit jusqu'aux monstruosités de l'élevage hors sol. Deuxième modalité inverse de la précédente : forcer la nature à produire ce qu'elle ne produit pas spontanément. Par exemple des matériaux artificiels : le béton, le plastique, les semi-conducteurs ; des êtres vivants artificiels, les fameux OGM ; et même des êtres humains artificiels, des humains technologiquement « augmentés » : des cyborgs. Dernière modalité de l'appropriation réelle : reproduire artificiellement la nature. C'est ce qui se passe par exemple dans la reconstitution artificielle des milieux naturels dégradés ou détruits ; ou, plus encore, dans la constitution d'écosystèmes artificiels, tels par exemple les monocultures sylvestres qui ne sont pas des forêts mais des plantations d'arbres.
Mais en quoi est-ce que « forcer la nature » serait regrettable ? A l'exception des chasseurs-cueilleurs, toute société humaine, dès lors qu'elle est productive, ne force-t-elle pas la nature d'une manière ou d'une autre ? Vous avez souligné plus haut, au sujet de l'expropriation capitaliste des producteurs, qu'elle « a également une portée écocidaire ». Il semble donc que l'essentiel, à vous suivre, soit de repérer le lien entre le rapport social de production et l'écologie. Diriez-vous que seule une société réellement « socialiste » serait écologique, ou plutôt que seul le capitalisme est écocidaire ?
Il est vrai que le travail humain consiste toujours, en un sens, à forcer la nature. Et ce forçage comporte nécessairement un risque d'écocide. En témoigne le fait que de grandes civilisations précapitalistes (pensons par exemple à la Mésopotamie antique ou aux Mayas) sont entrées en décadence pour n'avoir pas su maîtriser ce risque. Mais, dans leur cas, l'écocide est resté régional à l'échelle planétaire et a mis un bon millénaire à produire ses effets, sans d'ailleurs pour autant radicalement ravager, rendre inhabitable, leur œcumène : on vit encore en Irak et dans le Yucatan. La radicalité de la dimension écocidaire du capitalisme, tel qu'il résulte du procès de reproduction de ce rapport social de production qu'est le capital, se mesure à l'ampleur et à la rapidité de ses ravages écocidaires : en à peine trois-quatre siècles, il s'est mis en mesure de bouleverser des équilibres écologiques planétaires, au point de menacer de rendre la planète inhabitable par l'humanité. Par exemple, il n'est pas certain qu'elle puisse s'adapter au scénario d'une « planète étuve » si l'augmentation de la température moyenne du globe s'élève de 5°C ou même 6°C au-dessus de sa moyenne pendant toute la durée de l'holocène, un scénario extrême que n'excluent pas les derniers rapports du GIEC. En ce sens, si le capital n'est certes pas le seul rapport de production à avoir été écocidaire, il l'a été à une dimension jusqu'alors totalement inconnue dans l'histoire. Quant à savoir si, à quelles conditions et sous quelles formes une société socialiste est en mesure de relever le défi de faire face à la catastrophe écologique actuelle et d'instaurer un mode de développement de l'humanité qui ne soit pas écocidaire, c'est une question qui reste ouverte mais que je n'aborde pas dans cet ouvrage.
Vous nous avez parlé d'un troisième tome. Que contient-il ?
Sous le titre « Perspectives historiques », il réunit toute une série d'analyses qui concernent l'écocide capitaliste mais qui n'ont pas trouvé leur place dans les deux tomes précédents. En premier lieu, j'esquisse une histoire de l'écocide capitaliste pour montrer comment le processus écocidaire n'a cessé de gagner en ampleur tout au long du devenir-monde du capitalisme, tant en en étendant le champ social et spatial qu'en intensifiant l'emprise du capital sur la nature, notamment sous la forme d'une quête constante de puissance, au double sens physique et politique du terme. Je m'arrête aussi sur le rôle qu'a joué l'économie politique, la science économique, dans ce processus écocidaire, en montrant que, dans son ensemble, soit elle a ignoré ou du moins méconnu la thématique et la problématique écologiques ; soit, quand elle s'y est intéressée, elle s'est montrée incapable d'apporter des réponses adéquates à l'écocide capitaliste. Et la même raison prévaut à chaque fois : sa méconnaissance des rapports capitalistes de production. Enfin, dans une dernière partie de ce tome, j'inverse en quelque sorte la perspective antérieurement suivie par l'ouvrage. Après avoir montré en quoi le capital met la nature en crise, engendre une catastrophe écologique, je me demande si et dans quelle mesure cette catastrophe est susceptible à son tour de mettre le capital en crise, plus exactement si et dans quelle mesure elle est susceptible d'aggraver la crise structurelle qui affecte l'économie capitaliste depuis un demi-siècle déjà. Ce qui m'amène à envisager l'hypothèse selon laquelle la catastrophe écologique pourrait fournir un nouveau tremplin au capital, soit l'occasion de relancer sa dynamique de reproduction élargie, en discutant différents projets de Green New Deal(notamment ceux de Naomi Klein et de Jeremy Rifkin) mais pour conclure que, plus probablement, la catastrophe écologique risque d'aggraver encore et aggrave de fait d'ores et déjà la crise structurelle dans laquelle se débat le capital en dégradant encore davantage ses conditions de valorisation. Notamment sous l'effet d'une hausse tendancielle continue du prix des matières premières et de l'énergie, qui ne pourra aller qu'en s'amplifiant au fur et à mesure où ces dernières vont se raréfier sous l'effet de la poursuite de l'accumulation capitaliste.
En vous écoutant, j'ai bien peur que votre lecteur ne sorte désespéré de votre ouvrage. Lui laissez-vous malgré tout entrevoir quelque porte de sortie dans votre conclusion ?
Pas vraiment ou, du moins, pas tout de suite. Ma conclusion est que, laissé à lui-même, le capitalisme ne peut que continuer à s'enfoncer dans sa crise structurelle désormais aggravée d'une catastrophe écologique qu'il a engendrée et qu'il n'a vocation qu'à aggraver. A l'horizon de ce devenir funeste, il y a l'apocalypse dont les cinq – et non pas quatre : tant pis pour les Ecritures ! – seront un chaos écologique grandissant, la paupérisation des populations se généralisant, la maladie engendrée par les deux facteurs précédents, la guerre comme issue des tensions grandissantes pour l'accession à des ressources naturelles exploitables allant se raréfiant, enfin la dictature (l'écofascisme) pour tenter de maintenir un semblant d'ordre. Soit la mort sous différentes formes. En face, le parti de la vie ne peut qu'être, encore et toujours, celui du socialisme. Mais d'un socialisme qui doit désormais lui-même se confronter à la catastrophe écologique, prendre en charge ses enjeux et ses exigences, en se redéfinissant en conséquence. Soit un écosocialisme. Ma conclusion n'en dit pas plus parce que j'en réserve le développement à un prochain ouvrage déjà en cours de préparation.
Pouvez-vous toutefois nous résumer brièvement la raison pour laquelle vous préférez le mot « socialisme » à celui, par exemple, de « communisme » ?
Je parle d'écosocialisme parce que je conserve la thèse qu'entre le capitalisme et le communisme figure nécessairement cette phase de transition qu'est le socialisme. Si cette transition est en fait, sous certains rapports, déjà engagée au sein même du capitalisme, le communisme ne serait pas pour autant réalisé aux lendemains immédiats d'une révolution politique qui aurait renversé la domination capitaliste. Pour autant, le but reste bien l'avènement d'une société communiste : Marx lui-même parle quelquefois du socialisme comme de « la phase inférieure » de la société communiste. Mais parler d'écosocialisme a encore une autre vertu : celle de nous rappeler que, comme n'a cessé de le rappeler Henri Lefebvre, il existe deux versions qui sont en même temps deux versants du communisme. Une version éthique, qui implique la réconciliation de l'humanité avec elle-même, la fin de toutes les formes d'oppression, de domination et d'exploitation de l'homme par l'homme, donc la fin de la division de la société en classes et de la lutte des classes, la fin de l'Etat, etc. Mais aussi une version esthétique – c'est précisément celle vers laquelle pointe le préfixe éco dans écosocialisme – qui implique la réconciliation de l'humanité avec la nature, tant la nature interne que la nature externe. C'est ainsi que l'on peut comprendre, à mon sens, ces formules quelque peu énigmatiques que Marx a employées dans ses manuscrits parisiens de 1844, disant que le « communisme en tant que naturalisme achevé = humanisme, en tant qu'humanisme achevé = naturalisme ». Ce qui semble suggérer que, sous ce rapport, le communisme implique aussi bien la naturalisation de l'homme que l'humanisation de la nature. Autant de formules sur lesquelles je me propose de revenir dans mon prochain ouvrage.
(Entretien paru dans lundimatin#507, le 2 février 2026)
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10.02.2026 à 12:36
Bruno Marquis
Les gens du pays viennent aussi d'ailleurs Ruba Ghazal
La porte-parole féminine de Québec Solidaire et députée de Mercier à l'Assemblée nationale Ruba Ghazal nous raconte dans cet essai son cheminement depuis son arrivée au Québec avec ses parents et sa famille, anciens réfugiés palestiniens, à l'âge de dix ans, jusqu'à aujourd'hui, son apprentissage du français, son intégration à sa nouvelle culture, ses relations familiales et de couple, son parcours professionnel, sa volonté de faire du Québec un pays et ses valeurs nettement progressistes. Elle nous rappelle que nous ne saurions envisager démographiquement l'avenir économique et politique du Québec sans l'immigration. C'est en somme seulement de manière inclusive, avec les Québécois et Québécoises de toutes les origines, que nous parviendrons un jour à faire l'indépendance. J'ai beaucoup aimé.
Extrait :
Si je suis devenue souverainiste convaincue, moi, l'enfant de la loi 101 qui ne parlait pas un mot de français en arrivant au Québec, c'est parce que j'ai été entourée, tout au long de mon parcours d'intégration, de gens bienveillants qui m'ont offert des clés pour comprendre l'importance de l'avoir, ce pays.
Pour elles toutes Gwenola Ricordeau
Cet ouvrage ouvertement engagé à l'endroit des femmes et qui s'articule autour de l'abolitionnisme pénal et de la prison m'a ouvert les yeux sur des réalités que je n'avais jusqu'alors qu'entrevues : le caractère récent et essentiellement punitif de la prison, les effets négatifs du système pénal sur les femmes, comme victimes directes ou indirectes, son manque de résultats au regard de la criminalité, et les avenues que nous devrions envisager en matière de justice. C'est un ouvrage un peu technique qui mériterait d'être vulgarisé, mais c'est très instructif.
Extrait :
Mon cœur se serre avec elles toutes qui ne disent rien. Celles qui ne disent rien parce que la police n'a rien fait la dernière fois, parce qu'on ne les a pas crues lorsqu'elles étaient enfants, parce que ce n'est pas si grave et qu'il avait peut-être le droit. Celles qui ne disent rien car elles savent qu'on ne les croira pas, car elles sont trop tox, trop vieilles, pas assez jolies, pas assez sexy, trop grosses, trop handicapées, pas assez féminines. Celles qui ne disent rien car elles ont peur qu'on ne les croie pas, parce qu'elles n'écrivent pas assez bien, parce qu'elles ne sont pas blanches, parce qu'elles ne se souviennent plus très bien. Celles qui ne disent rien parce que c'est leur père, parce qu'il est policier, parce qu'il est riche et qu'il prendra un avocat, parce qu'il est français et qu'elles ne le sont pas. Celles qui ne disent rien parce qu'elles ont peur qu'on leur réponde qu'il n'y a pas idées de sortir la nuit, de sortir dans cette tenue, de sortir toute seule. Qu'il n'y a pas idée de boire, d'inviter un homme chez soi, d'aller sur un site de rencontres. Celles qui ne disent rien parce que « pourquoi le dire maintenant » ? Celles qui ne disent rien car elles se demandent si ce n'est pas un peu leur faute, celles qui ne disent rien parce qu'elles l'aiment. Mon coeur se serre avec elles toutes qui ne disent rien.
Au nom de la race Marc Hillel
Je ne sais plus depuis combien de temps ce livre, acheté d'occasion, reposait dans ma bibliothèque. Publié plus de trente ans après la Seconde Guerre mondiale, il nous décrit comment la Schutzstaffel (SS) se livrait sous l'Allemagne nazie à l'élevage humain et au rapt des enfants de « sang pur » à travers l'Europe. Le Lebensborn nazi avait alors pour but d'accélérer la création et le développement d'une race aryenne parfaitement pure et dominante… Un ouvrage fouillé avec de nombreux témoignages durs et poignants. J'ai bien aimé. Extrait :
On commença à murmurer qu'il s'agissait, en réalité, d'une organisation ultra-secrète de la SS, créée par Himmler dans le dessein de fabriquer des enfants blonds aux yeux bleus, à partir d'hommes et de femmes sélectionnés parmi les meilleurs spécimens nordiques de l'Allemagne – rumeur qui naturellement s'amplifia au fur et à mesure qu'augmentèrent le nombre des cliniques et l'importance de l'Office L, finalement installé à Munich. Bientôt « chacun connaissait quelqu'un qui avait entendu parler d'une fille ayant accepté d'offrir un enfant au Führer grâce à un arrangement avec le Lebensborn ».
Écrits profanes Sor Juana Inés de la Cruz Traduit de l'espagnol
Née au Mexique en 1645, Sor Juana Inés de la Cruz fut une poète et une grande intellectuelle de son temps, l'une des premières américaines sûrement à revendiquer le droit à l'éducation pour les femmes. Ses écrits, comme le récit de son existence, nous illustrent une fois de plus combien affligeante aura été la condition des femmes pendant très longtemps. Ces écrits profanes regroupent surtout des poèmes, mais un peu de prose aussi.
Extrait :
Le gentil page vous dira qu'après avoir lu votre message je l'ai déchiré pour ne pas révéler son secret. J'ai même fait plus, je vous assure, puisque j'ai aussi avalé bravement les morceaux de papier car je respecte les secrets et même en morceaux je les veux près de mon cœur.
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