Lors d’une rencontre entre les représentants américains Steve Witkoff, Jared Kushner et Josh Gruenbaum avec Vladimir Poutine à Moscou hier, jeudi 22 janvier, le président russe a réitéré sa position quant à un règlement du conflit : la fin de la guerre n’est envisageable qu’à condition d’un retrait ukrainien du Donbass.

Selon des sources américaines, le contrôle territorial est le « principal sujet » discuté lors d’une réunion trilatérale Russie-États-Unis-Ukraine aujourd’hui, vendredi 23, à Abou Dabi 1.

  • Depuis le lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022, l’armée russe a conquis 69 500 km² de territoire ukrainien.
  • La majeure partie de ces gains — 61 700 km², soit 88,8 % du total — ont été réalisés au cours de la première année de guerre, en 2022.
  • Depuis, le conflit s’est enlisé et le contrôle territorial n’a que relativement peu bougé : +3 300 km² en 2024 et +4 300 km² l’an dernier. 
  • Au cours des trois premières semaines de l’année, l’armée russe n’a progressé que de 150 km², soit moins de 7 km² par jour.

Comme le souligne Stéphane Audrand, il semble désormais abusif de parler de « ligne de front » tant la situation est devenue différente par rapport à 2022. L’actuelle zone de confrontation, sur les plus de 1250 kilomètres de front actif, d’une profondeur de 5 à 20 kilomètres, se présente ainsi sous la forme d’un damier de positions plus ou moins entremêlées.

Les chiffres de l’avancée territoriale russe, bien que faibles, ont néanmoins des implications stratégiques.

  • À l’été 2025, l’armée russe a pénétré dans la région de Dnipropetrovsk, à la jonction entre les régions de Donetsk et de Zaporijia, pour la première fois depuis 2022.
  • Cette région, bien qu’elle ne soit pas officiellement revendiquée par le Kremlin, fait partie de la « Novorossia » (ou « Nouvelle Russie »), un toponyme très marqué idéologiquement qui comprend les régions de Kharkiv, Dnipropetrovsk, Mykolaïv et Odessa.
  • Lors d’une conférence de presse le 14 janvier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré : « sans régler la question du sort des populations de Crimée, de Novorossiya et du Donbass […] rien ne pourra aboutir » 2.
  • Ces dernières semaines, Moscou a renforcé son offensive dans la région de Zaporijia, en direction de la capitale régionale, et continue de mener des opérations à Soumy et Kharkiv, dans le nord-est du pays.

Après bientôt quatre années de guerre, l’armée russe contrôle près de 19,3 % du territoire ukrainien, selon les données de Deep State.

  • Là encore, la majeure partie des gains remonte à 2022, lorsque l’armée russe s’est emparée de plus de 10 % du pays.
  • Cette progression est venue s’ajouter à la Crimée, illégalement annexée en 2014 et qui représente près de 8 % de l’Ukraine.
  • En raison de pertes humaines très élevées — estimées par Kiev à 1,2 million de tués et de blessés depuis 2022 —, la Russie a échangé 1 % de sa population contre 1,25 % du territoire ukrainien.

Au jeudi 22 janvier, l’Ukraine contrôlait toujours 21,5 % de la région de Donetsk et 0,4 % de Louhansk, qui forment ensemble la région du Donbass. Kiev maintient également son contrôle sur plus d’un quart de la région de Zaporijia.

Sources
  1. Trump’s envoys meet Putin for four hours on Ukraine », Axios, 23 janvier 2026.
  2. Выступление и ответы на вопросы СМИ Министра иностранных дел Российской Федерации С.В.Лаврова в ходе совместной пресс-конференции с Министром международных отношений и торговли Республики Намибии С.Ашипалой-Мусавьи по итогам переговоров, Москва, Ministère russe des Affaires étrangères, 14 janvier 2026.